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Thomas Bernhard

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Né le 10 février 1931 à Heerlen aux Pays-Bas, Thomas Bernhard est fils d'un cultivateur autrichien. Il fait ses études secondaires à Salzbourg et suit des cours de violon et de chant, puis de musicologie. Son premier recueil de poèmes paraît en 1957,... Plus >

Le Naufragé (1993)

De Thomas Bernhard chez Gallimard
(5 votes, note moyenne : 3.8)

«Trois jeunes pianistes plus que prometteurs - Glenn Gould, le narrateur et son ami Wertheimer - se sont rencontrés autrefois au Mozarteum de Salzbourg pour y suivre un cours donné par Horowitz. Rencontre déterminante au cours de laquelle Glenn Gould fait d'emblée figure de génie triomphant au point de détourner brutalement et définitivement les deux autres de leur carrière de pianiste virtuose.Mais si le narrateur, après s'être séparé de son Steinway, se mue alors délibérément en un "artiste de la représentation du monde" (Weltanschauungskünstler) tout entier voué à la rédaction toujours recommencée d'un interminable essai sur Glenn Gould, son ami Wertheimer s'engage sur la voie fatale du vaincu, du "sombreur" comme Glenn Gould en personne l'a plaisamment mais fort exactement surnommé aussitôt après avoir fait sa connaissance.Vingt ans plus tard, au terme d'une longue plongée dans son propre malheur, Wertheimer le sombreur mettra fin au tourment de son existence en se pendant haut et court devant la maison de sa sœur.»Bernard Kreiss.

Paru le 01-02-1993 - Format : Poche - 192 pages - 18 x 11 x 1 cm - 117 g - ISBN 10 : 2070385868 - ISBN 13 : 9782070385867

Collection : Folio

Tags : littérature du 20ème siècle, 20ème siècle, littérature contemporaine, littérature allemande, autriche, suisse, littérature autrichienne, musique, destins croisés, suicide, pianiste, naufrage, fugue, grotesque, grève, cycle, théâtre, roman, littérature, récits.

Citations de Le Naufragé (10)

J'entendais les Variations Goldberg et je pensais, il a cru s'être rendu immortel avec cette interprétation, peut-être d'ailleurs y est-il effectivement arrivé, pensai-je, car je ne puis imaginer qu'il se trouvera jamais, hormis lui, un pianiste pour jouer les Variations Goldberg de cette façon, c'est à dire aussi génialement que Glenn.

Et je n'étais moi-même pas exempt de haine envers Glenn, pensai-je, je haïssais Glenn à tout moment, en même temps je l'aimais avec la plus extrême conséquence. Rien de plus effrayant, en effet, que de rencontrer un homme si grand que sa grandeur nous annihile et de devoir assister à ce processus et de devoir le subir, et aussi, finalement et au bout du compte, de devoir l'accepter alors même que nous ne croyons pas véritablement à un tel processus, toujours pas, jusqu'à ce qu'il se soit imposé à nous comme un fait incontournable, pensai-je, au moment où il est trop tard pour nous.

Jour et nuit j'entends gémir les grands penseurs que nous avons enfermés dans nos bibliothèques, de grands esprits dérisoires, des têtes réduites sous verre. Tous ces gens ont violé la nature, ils ont commis le crime capital contre l'esprit, c'est pourquoi ils sont punis et enfermés par nous pour toujours dans nos bibliothèques.

Tous nos propos sont aberrants, peu importe ce que nous disons, c'est aberrant, et toute notre vie n'est qu'une unique aberration. Cela, je l'ai compris tôt, à peine ai-je commencé à penser que j'ai compris cela, nous ne tenons que des propos aberrants, tout ce que nous disons est aberrant, de même d'ailleurs que ce qui se dit en général, on n'a dit sur cette terre que des choses aberrantes jusqu'à présent, et on n'a effectivement et naturellement écrit que des choses aberrantes, parce que ça ne peut pas être autre chose qu'aberration, comme l'histoire le prouve.

Nous tentons encore et toujours de nous faufiler hors de nous-mêmes mais la tentative échoue et nous prenons encore et toujours un coup sur la tête parce que nous ne voulons pas reconnaître que nous ne pouvons pas nous faufiler hors de nous-mêmes si ce n'est par la mort.

Il voulait être un artiste, être un artiste de la vie ne lui suffisait pas et pourtant, il n'y a guère que cette façon de concevoir les choses qui puisse nous rendre heureux si nous y regardons de près.

Au fond, nous voulons être piano, dit-il, non pas homme mais piano, nous fuyons l'homme que nous sommes pour devenir entièrement piano, et pourtant cela échoue nécessairement, et pourtant nous ne voulons pas y croire, c'est lui qui parle. L'interprète au piano (il ne disait jamais pianiste !) est celui qui veut être piano, et je me dis d'ailleurs chaque jour, au réveil, que je veux être le Steinway, non point l'homme qui joue sur le Steinway, c'est le Steinway lui-même que je veux être. Parfois nous sommes proches de cet idéal, dit-il, très proches, spécialement quand nous croyons que nous sommes d'ores et déjà fous, quasiment sur le chemin de cette démence que nous craignions plus que tout au monde.

Le fait est que si j'allais chez Wertheimer à Traich, c'était uniquement pour le détruire, pour le déranger et le détruire, et Wertheimer, inversement, n'avait aucune autre raison de venir chez moi ; en allant à Traich, je n'avais d'autre but que de me détourner de mon effroyable misère spirituelle et de déranger Wertheimer, échanger des souvenirs de jeunesse, pensai-je, devant une tasse de thé, et toujours Glenn Gould comme centre, non pas Glenn, mais Glenn Gould qui nous a détruit tous les deux, pensai-je.

Il n'y a que par le détour du malheur que nous pouvons être heureux.

Beaucoup se suicident dans leur cinquante et unième année, pensai-je........ Très souvent, la cause en est la honte que, passé cinquante ans, le quinquagénaire éprouve, précisément pour avoir franchi cette limite. Car cinquante ans, c'est amplement suffisant, pensai-je. Nous tombons dans la vulgarité quand nous passons la cinquantaine et continuons néanmoins à vivre, à exister. Nous sommes assez lâches pour aller jusqu'à la limite, pensai-je...

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Critiques de Le Naufragé : avis de lecteurs (5)


  • Critique de Le Naufragé par sbrodj (Babelio)

    Si vous ne connaissez pas le grand auteur autrichien,ce petit roman est une bonne introduction à son oeuvre. Deux amis, qui se destinent à être concertistes, croisent la route d'un génie: Glenn Gould....

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    Par sbrodj - publiée le 22/06/2011

  • Critique de Le Naufragé par Marti94 (Babelio)

    C'est un livre très surprenant. En lisant, j'ai eu du mal à savoir si j'adorais ou détestais. Pourtant, j'ai été attirée comme dans un tourbillon de mots; c'est le signe que Thomas Bernhard a une écri...

    Lire la critique complète >
    Par Marti94 - publiée le 27/11/2013

  • Critique de Le Naufragé par chartel (Babelio)

    Il est bien question d'un naufragé dans ce roman étonnant de Thomas Bernhard où un narrateur soliloque sur près de 200 pages? C'est justement le narrateur lui-même, le seul encore en vie, passé la cin...

    Lire la critique complète >
    Par chartel - publiée le 13/06/2015

  • Critique de Le Naufragé par ladymuse (Babelio)

    « Quand il était venu en Europe pour suivre les cours de Horowitz, Glenn était déjà le génie et nous, à cette même époque, nous étions déjà les naufragés. » Publié en 1983, six ans avant la ...

    Lire la critique complète >
    Par ladymuse - publiée le 29/11/2019

  • Critique de Le Naufragé par JoLynRol (Babelio)

    Quel immonde style d'écriture : des répétitions à n'en plus finir, qui tout en étant passables alourdissent les lamentations stériles de l'auteur (sans blaguer, s'il écrivait avec fluidité et qu'il ne...

    Lire la critique complète >
    Par JoLynRol - publiée le 17/03/2020

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