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Thomas Bernhard

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Né le 10 février 1931 à Heerlen aux Pays-Bas, Thomas Bernhard est fils d'un cultivateur autrichien. Il fait ses études secondaires à Salzbourg et suit des cours de violon et de chant, puis de musicologie. Son premier recueil de poèmes paraît en 1957,... Plus >

Extinction (2009)

De Thomas Bernhard chez Gallimard
(8 votes, note moyenne : 3.3)

Brebis galeuse d'une famille attachée à ses traditions, héritier d'un domaine dont il n'a que faire, Murau, le narrateur, rentre au château familial de Wolfsegg, en Autriche, pour enterrer ses parents et son frère, morts dans un accident de voiture. Dans ce lieu grandiose, aux rites respectés et bafoués à la fois par son père, ancien membre du parti nazi, et par sa mère, maîtresse de l'archevêque Spadolini, haut dignitaire du Vatican, Murau évoque le passé, les souvenirs inquiétants, comme pour se désenvoûter de cet univers oppressant, et « éteindre » définitivement tout ce qui le rattachait encore à son enfance et à sa jeunesse. Dans cet ultime roman, Thomas Bernhard se livre à une analyse familiale caustique et jubilatoire. Il met en scène les personnages les plus vils et grossiers, sinistres marionnettes dans une tragédie moderne emplie d'amertume.

Paru le 17-01-2009 - Format : Broché - 512 pages - 12 x 3 cm - 505 g - ISBN 10 : 2070125246 - ISBN 13 : 9782070125241

Collection : L'imaginaire

Tags : 20ème siècle, vienne, autriche, italien, littérature autrichienne, littérature germanique, roman autriche, mariage, histoires de famille, nazisme, religion, enterrement, traditions, romanesque, soeurs, accident, vin, censure, roman, littérature.

Citations de Extinction (10)

Naturellement je n'ai pas pu m'endormir et, durant mon insomnie, je n'ai fait que penser, que va-t-il advenir de tout cela ?

Le Oui du mariage décide du joug du mariage. Rien d'autre. Et les gens n'aspirent à rien de plus qu'à se dire Oui et à renoncer à eux-même et à se détruire, ai-je pensé.

"Nous vivons toujours dans l'erreur que, de même que nous avons évolué, peu importe dans quel sens, les autres évoluent aussi, mais c'est là une erreur, la plupart se sont arrêtés et n'ont absolument pas évolué, ni dans un sens ni dans l'autre, ils ne sont devenus ni meilleurs ni pires, ils sont seulement devenus vieux et, par là, inintéressants au plus haut point. Nous croyons que nous allons être surpris de l'évolution de quelqu'un que nous n'avons pas vu depuis longtemps, mais lorsque nous le revoyons, nous ne sommes tout de même surpris que de ce qu'il n'a absolument pas évolué, qu'il a seulement vingt ans de plus et qu'au lieu d'être bien bâti, il a à présent une grosse bedaine et de grosses bagues de mauvais goût à ses doigts boudinés qui jadis nous semblaient très beaux. Nous croyons que nous pourrons parler d'un tas de choses avec l'un ou l'autre et nous constatons qu'avec eux tous nous ne pouvons parler de rien du tout. Nous sommes là et nous nous demandons pourquoi, et nous ne trouvons rien à dire sinon qu'il fait un temps comme ci ou comme ça, que la crise politique est comme ci ou comme ça, que le socialisme montre à présent son vrai visage et ainsi de suite. Nous croyons que l'ami d'autrefois est aussi l'ami d'aujourd'hui, mais nous voyons aussitôt notre terrible erreur, très souvent carrément funeste. Avec cette femme-ci tu peux parler de peinture, avec celle-là de poésie, penses-tu, mais ensuite tu es obligé de reconnaître que tu t'es trompé, l'une n'en sait pas plus sur la peinture que l'autre sur la poésie, toutes deux n'ont en réserve que leur bavardage sur la cuisine, comment on fait la soupe de pommes de terre à Vienne et comment on la fait à Innsbruck et combien coûte une paire de chaussures à Merano et la même à Padoue. Tu pouvais si bien parler de mathématiques avec l'un, penses-tu, si bien d'architecture avec l'autre, mais tu constates que la mathématique de l'un, l'architectonique de l'autre se sont embourbées il y a vingt ans dans le marécage de l'adolescence. Tu ne trouves plus de repères, plus de points d'appui, et dès lors tu les choques sans qu'ils sachent pourquoi. Tout d'un coup tu n'es plus rien que celui qui choque, qui les choque continuellement."

J'allais chez les pauvres gens et m'étonnais de les trouver si amicaux avec moi, car j'avais toujours cru qu'ils étaient intolérants, comme les miens me les avaient toujours dépeints, bornés, inabordables, butés et sournois.

Les Autrichiens n'ont pas le moindre goût, en tout cas ils n'en ont plus depuis longtemps, partout où l'on jette les yeux règne le pire mauvais goût. Et quel manque d'intérêt généralisé. Comme si l'unique centre était l'estomac, ai-je dit, et que la tête fût entièrement mise hors circuit. Un peuple si bête ai-je dit, et un pays si merveilleux dont, en revanche, la beauté est inégalable. Une nature à nulle autre pareille et des gens qui se désintéressent à tel point de cette nature. Une si haute culture, si ancienne, ai-je dit, et une si barbare absence de culture aujourd'hui, une inculture catastrophique. Ne parlons même pas de la situation politique déprimante. Quelles abominables créatures détiennent aujourd'hui le pouvoir en Autriche !

Le plus grand bonheur que je connaisse [....], c'est celui du vieux fou qui peut se livrer à sa folie en toute indépendance .

Le moment exact où nous n'aimons plus nos frères et soeurs mais les haïssons, nous ne pouvons pas le préciser et nous ne nous efforcons d'ailleurs pas de repérer ce moment exact, parce qu'au fond nous avons peur de le faire.

L'ensemble des gens ne se donne du mal, dirait-on qu'aussi longtemps qu'ils peuvent attendre des diplômes stupides avec lesquels ils peuvent se pavaner de public, lorsqu'ils ont en main un nombre suffisant de ces diplômes stupides, ils sa laissent aller.

Le plus grand bonheur que je connaisse [...], c'est celui du vieux fou qui peut se livrer à sa folie en toute indépendance .

..parce qu'ils doivent utiliser leur abonnement, ils vont au théâtre à Linz et vont voir une comédie exécrable et n'ont pas honte, et vont à ces concerts ridicules au Brucknerhaus comme on l'appelle, où règnent les fausses notes poussées à la puissance maximum. Ces gens, je veux dire tes parents, a-t-il dit, n'ont pas seulement pris un abonnement au théâtre et au concert, ils vivent leur vie par abonnement, ils assistent aussi chaque jour à leur vie comme ils vont au théâtre, à une comédie exécrable, et n'ont pas honte d'assister à leur vie comme à un concert détestable où seules dominent les fausses notes, et ils vivent parce que cela se fait, non pas parce qu'ils l'ont voulu, parce que c'est leur passion, leur vie, non : parce qu'ils y ont été abonnés par leurs parents. Et de même qu'au théâtre ils applaudissent à contretemps, ils applaudissent aussi dans leur vie à contretemps, et sans cesse ils manifestent bruyamment leur joie dans leur vie là où il n'y a aucune raison de manifester bruyamment sa joie, et leurs visages arrogants font les grimaces les plus repoussantes alors qu'ils devraient rire de bon coeur. Et de même que les oeuvres auxquelles ils assistent grâce à leur abonnement sont une catastrophe et du niveau le plus bas, leur vie aussi est une catastrophe et du niveau le plus bas.... 

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Critiques de Extinction : avis de lecteurs (8)


  • Critique de Extinction par monito (Babelio)

    J'ai abandonné après 130 pages. Non que l'écriture ne soit belle, encore que le style répétitif ait quelque aspect désarçonnant, mais la vision pessimiste à l'extrême de T. Bernhard, de ses parents, d...

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    Par monito - publiée le 08/10/2009

  • Critique de Extinction par sbrodj (Babelio)

    Terrible réquisitoire contre la famille bourgeoise et l'Autriche, comme d'habitude, de la part de cet enragé de Thomas Bernhard qui possède un indéniable mais éprouvant génie. Une expérience de lectur...

    Lire la critique complète >
    Par sbrodj - publiée le 22/06/2011

  • Critique de Extinction par Corboland78 (Babelio)

    L'auteur qui vit à Rome reçoit un télégramme de ses deux soeurs l'informant du décès dans un accident de voiture, de leurs parents et frère. Murau quitte la capitale italienne et rentre en Autriche dan...

    Lire la critique complète >
    Par Corboland78 - publiée le 22/03/2012

  • Critique de Extinction par ignatus-reilly (Babelio)

    Murau, le héros, a pour projet d'écrire un livre nommé "Extinction". Il est originaire d'Autriche et habite depuis de nombreuses années à Rome. Il apprend par un télégramme le décès accidentel de se.....

    Lire la critique complète >
    Par ignatus-reilly - publiée le 30/03/2012

  • Critique de Extinction par Incongrue (Babelio)

    Ce livre a été pour moi une expérience unique (que je n'ai pas la moindre intention de renouveler) : je le trouvais ennuyeux à mourir et pourtant je n'ai pas réussi à le laisser tomber. Pendant des se...

    Lire la critique complète >
    Par Incongrue - publiée le 17/02/2013

  • Critique de Extinction par mickspleen (Babelio)

    Extinction est un livre dévastateur. Tout est passé à la moulinette du narrateur : famille, pays, professeurs, photographie. Style "moulinette " : l'auteur tourne et retourne son propos. Les mots so....

    Lire la critique complète >
    Par mickspleen - publiée le 06/08/2016

  • Critique de Extinction par st79310 (Babelio)

    Lu jusqu'au bout mais berrrk ... 2 chapitres et aucun paragraphe = livre indigeste .... Le résumé au dos de la couverture ne correspond pas au livre : le narrateur parle plus de son état d'esprit qu...

    Lire la critique complète >
    Par st79310 - publiée le 26/08/2019

  • Critique de Extinction par ladymuse (Babelio)

    Famille je te hais, Église je te hais, pays et médiocrité je vous hais, je vous honnis, je vous vomis. Quel écrivain s'est-il jamais permis des propos de vilipender des personnalités présentes pe...

    Lire la critique complète >
    Par ladymuse - publiée le 30/11/2019
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