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Thomas Bernhard

Né le 10 février 1931 à Heerlen aux Pays-Bas, Thomas Bernhard est fils d'un cultivateur autrichien. Il fait ses études secondaires à Salzbourg et suit des cours de violon et de chant, puis de musicologie. Son premier recueil de poèmes paraît en 1957, suivi deux ans plus tard d'un livret de ballet. Il écrit des pièces dont plusieurs sont jouées dans de nombreux pays et en France à partir de 1960. Thomas Bernhard a obtenu en 1970 le prix Georg Büchner, la plus importante récompense littéraire d'Allemagne occidentale. Il est mort le 12 février 1989 à Gmunden (Autriche).

Présentation de Thomas Bernhard (Wikipedia)

Œuvres principalesThomas Bernhard est un écrivain et dramaturge autrichien né le 9 février 1931 à Heerlen et mort le 12 février 1989 à Gmunden.

Livres de Thomas Bernhard

Citations de Thomas Bernhard (99)

Malheureusement, nous n'entendons toujours que les bavards bavarder, les autres se taisent parce qu'ils savent très bien qu'il n'y a pas beaucoup de choses à dire.

– Un enfant

En été je me vois avec ma mère poussant à travers la ville un petit chariot à ridelles. Je ressentais cela comme une honte énorme. Nous étions en route pour les forêts avoisinantes et nous allions chercher les écorces d'arbres laissées par les bûcherons. Avec ces écorces nous nous chauffions en hiver. La moitié du grenier était pleine d'écorces qui là-haut étaient sèches en peu de temps. Le plus souvent je devais aller seul dans la forêt avec le chariot à ridelles. Je bourrais la charrette d'autant d'écorces que possible, il me fallait peiner pour la tirer. A partir de la hauteur de la caserne, je m'y étais assis et j'étais allé en ville en dirigeant le timon avec les jambes.

– Un enfant

Elle me corrigea mais elle ne m'éduqua pas.

– Un enfant

Mon grand-père avait passé en revue devant moi toutes les possibilités de faire s'effondrer le pont. Avec un explosif on peut tout anéantir, à condition qu'on le veuille. En théorie, chaque jour j'anéantis tout, comprends-tu ? disait-il. En théorie il était possible tous les jours et à tout instant désiré d'anéantir tout, de faire s'effondrer, d'effacer de la terre. Cette pensée, il la trouvait grandiose entre toutes. Moi-même je m'appropriai cette pensée et ma vie durant, je joue avec elle. Je tue quand je veux, je fais s'effondrer quand je veux, j'anéantis quand je veux. Mais la théorie est seulement de la théorie, disait mon grand-père, après quoi il allumait sa pipe.

– Un enfant

La seule différence entre un homme et un enfant, c'est l'expérience.

– Un enfant

La FilleMais ce ne peut être qu'une bonne idéede l'avoir invité à KatwijkLa mèreC'est facile à direCe n'était pas une bonne idéeIl faut toujours que nous fassions quelque chose contre nous mêmebrusquementnous ne savons pas pourquoiNous allons au marché avec luinous écoutons avec lui de la bonne musiquenous mangeons avec lui dans un bon restaurantQuel âge a-t-il La FilleJe ne sais pas

– Au but

LA MÈREComme si tu comprenais le moindre motà la littérature dramatiqueles gens ne comprennent rienet applaudissent à tortparce qu'ils ont juste à ce moment envie d'applaudirmais ils applaudissent la chose la plus absurdeIls applaudissent même leur propre enterrementils applaudissent à toutes les giflesqu'ils reçoiventon le gifle depuis la rampeet ils applaudissentIl n'y a pas de plus grande perversitéque la perversité du public de théâtre

– Au but

LA MÈREPour moi c'est incompréhensiblequ'ils aient applaudialors qu'il s'agissait d'une pièceoù ils sont tous mis à nuet de la manière la plus abjecteavec de l'esprit je l'admetsmais un mauvais espritavec bassesse mêmeavec une bassesse absolueEt tout d'un coup ils ont applaudi

– Au but

LA MÈRETu es faite pour moije t'ai mise au monde pour moiTu n'es pas Richardqui a échappétu es pour moipour moi toute seuleTu ne te doutes même pasque tu m'appartiennes à moi seule rien qu'à moi seuleTu m'appartiens de la tête aux pieds

– Au but

LA MÈREje haïssais tout dans cet hommeje haïssais aussi sa manière de marchersa démarche je la haïssaiset sa façon de s'asseoiret sa façon de se leveret sa façon de poser les mains l'une sur l'autreet d'écarter largement les narinesquand il disait fluxet tout aussi largement quand il disait reflux

– Au but

J'entendais les Variations Goldberg et je pensais, il a cru s'être rendu immortel avec cette interprétation, peut-être d'ailleurs y est-il effectivement arrivé, pensai-je, car je ne puis imaginer qu'il se trouvera jamais, hormis lui, un pianiste pour jouer les Variations Goldberg de cette façon, c'est à dire aussi génialement que Glenn.

– Le Naufragé

Et je n'étais moi-même pas exempt de haine envers Glenn, pensai-je, je haïssais Glenn à tout moment, en même temps je l'aimais avec la plus extrême conséquence. Rien de plus effrayant, en effet, que de rencontrer un homme si grand que sa grandeur nous annihile et de devoir assister à ce processus et de devoir le subir, et aussi, finalement et au bout du compte, de devoir l'accepter alors même que nous ne croyons pas véritablement à un tel processus, toujours pas, jusqu'à ce qu'il se soit imposé à nous comme un fait incontournable, pensai-je, au moment où il est trop tard pour nous.

– Le Naufragé

Jour et nuit j'entends gémir les grands penseurs que nous avons enfermés dans nos bibliothèques, de grands esprits dérisoires, des têtes réduites sous verre. Tous ces gens ont violé la nature, ils ont commis le crime capital contre l'esprit, c'est pourquoi ils sont punis et enfermés par nous pour toujours dans nos bibliothèques.

– Le Naufragé

Tous nos propos sont aberrants, peu importe ce que nous disons, c'est aberrant, et toute notre vie n'est qu'une unique aberration. Cela, je l'ai compris tôt, à peine ai-je commencé à penser que j'ai compris cela, nous ne tenons que des propos aberrants, tout ce que nous disons est aberrant, de même d'ailleurs que ce qui se dit en général, on n'a dit sur cette terre que des choses aberrantes jusqu'à présent, et on n'a effectivement et naturellement écrit que des choses aberrantes, parce que ça ne peut pas être autre chose qu'aberration, comme l'histoire le prouve.

– Le Naufragé

Nous tentons encore et toujours de nous faufiler hors de nous-mêmes mais la tentative échoue et nous prenons encore et toujours un coup sur la tête parce que nous ne voulons pas reconnaître que nous ne pouvons pas nous faufiler hors de nous-mêmes si ce n'est par la mort.

– Le Naufragé

Il voulait être un artiste, être un artiste de la vie ne lui suffisait pas et pourtant, il n'y a guère que cette façon de concevoir les choses qui puisse nous rendre heureux si nous y regardons de près.

– Le Naufragé

Au fond, nous voulons être piano, dit-il, non pas homme mais piano, nous fuyons l'homme que nous sommes pour devenir entièrement piano, et pourtant cela échoue nécessairement, et pourtant nous ne voulons pas y croire, c'est lui qui parle. L'interprète au piano (il ne disait jamais pianiste !) est celui qui veut être piano, et je me dis d'ailleurs chaque jour, au réveil, que je veux être le Steinway, non point l'homme qui joue sur le Steinway, c'est le Steinway lui-même que je veux être. Parfois nous sommes proches de cet idéal, dit-il, très proches, spécialement quand nous croyons que nous sommes d'ores et déjà fous, quasiment sur le chemin de cette démence que nous craignions plus que tout au monde.

– Le Naufragé

Le fait est que si j'allais chez Wertheimer à Traich, c'était uniquement pour le détruire, pour le déranger et le détruire, et Wertheimer, inversement, n'avait aucune autre raison de venir chez moi ; en allant à Traich, je n'avais d'autre but que de me détourner de mon effroyable misère spirituelle et de déranger Wertheimer, échanger des souvenirs de jeunesse, pensai-je, devant une tasse de thé, et toujours Glenn Gould comme centre, non pas Glenn, mais Glenn Gould qui nous a détruit tous les deux, pensai-je.

– Le Naufragé

Il n'y a que par le détour du malheur que nous pouvons être heureux.

– Le Naufragé

Beaucoup se suicident dans leur cinquante et unième année, pensai-je........ Très souvent, la cause en est la honte que, passé cinquante ans, le quinquagénaire éprouve, précisément pour avoir franchi cette limite. Car cinquante ans, c'est amplement suffisant, pensai-je. Nous tombons dans la vulgarité quand nous passons la cinquantaine et continuons néanmoins à vivre, à exister. Nous sommes assez lâches pour aller jusqu'à la limite, pensai-je...

– Le Naufragé

"MONSIEUR BERNHARDC'est toujours la même choseà peine sommes-nous autour de la tableautour du chêneil y en a un qui trouve un nazi dans la soupeet au lieu de la bonne vieille soupe aux nouillesnous avons tous les joursla soupe aux nazis sur la tablerien que des nazis au lieu de nouilles."(Le déjeuner allemand)

– Dramuscules

La salle à mangertout le mal est parti d'icipère mère enfantsrien que personnages de l'enfertout ce qui était de quelque valeura toujours été noyédans les soupes et dans les saucesune penséeen avais je une fondée sur de faits en avais je une d'une réelle valeurla mère la noyait dans la soupeun sentimenten avais je un fondé sur les faitsen avais je un d'une réelle valeurelle le recouvrait de sa sauceEt le père tolérait sans scrupule ce que ma mère étouffait en moivoilà pourquoi cette salle à mangerje l'ai toujours haïede cette place du pèren'ont jamais été prononcés que des arrêts de mort...

– Déjeuner chez Wittgenstein

Seul l'imbécile admire, l'intelligent n'admire pas, il respecte, estime, comprend, voilà.

– Maîtres anciens

Bruckner est un compositeur négligent, tout comme Stifter est un écrivain négligent, cette négligence haute-autrichienne, ces deux-là l'ont en commun. Tous deux ont pratiqué un art soi-disant soumis à la volonté divine et qui est un danger public. Le torrent sonore brucknérien a conquis le monde, peut-on dire, la sentimentalité et la solennité hypocrite triomphent chez Bruckner.

– Maîtres anciens

C'est en vérité l'Etat qui engendre les enfants, il ne naît que des enfants de l'Etat, voilà la vérité. Il n'y a pas d'enfant libre, il n'y a que l'enfant de l'Etat, dont l'Etat peut faire ce qu'il veut, l'Etat met les enfants au monde, on fait seulement croire aux mères qu'elles mettent les enfants au monde, c'est du ventre de l'Etat que sortent les enfants, voilà la vérité. (p42)

– Maîtres anciens

Ne regardez pas longtemps un tableau, ne lisez pas un livre avec trop d'attention, n'écoutez pas un morceau de musique avec la plus grande intensité, vous vous abîmerez tout et, dès lors, ce qu'il y a de plus beau et de plus utile au monde. (p51)

– Maîtres anciens

Il serait d'ailleurs impensable que de ce trou de province petit-bourgeois qu'est Linz, qui depuis l'époque de Kepler, est en vérité resté un révoltant trou de province, qui a un opéra où les gens ne savent pas chanter, un théâtre où les gens ne savent pas jouer, des peintres qui ne savent pas peindre et des écrivains qui ne savent pas écrire, soit tout d'un coup sorti un génie, comme Stifter est cependant réputé unanimement. (P55)

– Maîtres anciens

Dès mon enfance je l'ai évitée, la masse, j'ai détesté la foule, le rassemblement de gens, cette concentration de grossièreté et d'étourderie et de mensonge. Autant nous devrions aimer chacun en particulier, me dis-je, autant nous détestons la masse.

– Maîtres anciens

L'enfance est le trou noir où l'on a été précipité par ses parents et d'où l'on doit sortir sans aucune aide. Mais la plupart des gens n'arrivent pas à sortir de ce trou qu'est l'enfance, toute leur vie ils y sont, n'en sortent pas et sont amers.

– Maîtres anciens

Si l'enfer existe, et naturellement l'enfer existe, a-t-il dit, alors mon enfance a été l'enfer.

– Maîtres anciens

Nous haïssons les gens et nous voulons tout de même vivre avec eux, parce que c'est seulement avec les gens et parmi eux que nous avons une chance de continuer à vivre et de ne pas devenir fous.

– Maîtres anciens

Mieux vaut lire douze lignes d'un livre avec la plus grande intensité, donc de les pénétrer entièrement, comme on peut le dire, que de lire tout le livre, comme le lecteur ordinaire qui, à la fin, connaît aussi peu le livre qu'il a lu que le passager d'avion le paysage qu'il survole. (P31)

– Maîtres anciens

Comme tous les autres médecins, ceux qui soignaient Paul se retranchaient derrière le latin médical, qu'ils dressaient peu à peu comme une muraille infranchissable et inexpugnable entre eux et leur patient, tout comme leurs prédécesseurs depuis des siècles, à seule fin de masquer leur incompétence et de jeter le voile sur leur charlatanisme.

– Le neveu de Wittgenstein

Sa famille possède encore aujourd'hui différentes propriétés dispersées au milieu des forêts, au fond de merveilleuses criques du lac, et de vallons perdus, sur des coteaux et des cimes : des villas et des fermes, des pavillons de chasse et de simples abris, où les Wittgenstein, aujourd'hui encore, passent les répits qu'ils ménagent à grand-peine dans les activités plutôt déplaisantes qui permettent d'être riche.

– Le neveu de Wittgenstein

Comme quatre-vingt-dix pour cent de l'humanité, je voudrais au fond toujours être là où je ne suis pas.

– Le neveu de Wittgenstein

Je ne me supporte pas moi-même, et, moins encore, une meute de gens comme moi.

– Le neveu de Wittgenstein

Il était tout sauf un discoureur ou même un phraseur, dans un monde qui semble n'être fait que de discoureurs et de phraseurs.

– Le neveu de Wittgenstein

Tout comme d'autres essaient constamment, toute leur vie, de gagner et de garder une fortune plus ou moins grande, ou un art plus ou moins grand, voire le grand art, et n'hésitent pas, tant qu'ils vivent, à exploiter par tous les moyens et en toutes circonstances cette fortune et cet art, et à en faire le centre unique de leur vie, Paul a, toute sa vie, défendu jalousement, gardé pour lui et mis au centre de sa vie sa folie, par tous les moyens et en toutes circonstances, tout comme moi ma maladie des poumons, tout comme moi ma folie, tout comme moi en fin de compte, à partir de cette maladie des poumons et de cette folie, pour ainsi dire, mon art.

– Le neveu de Wittgenstein

Le malade qui a été loin de chez lui pendant des mois y revient comme quelqu'un à qui tout est devenu étranger, et qui doit peu à peu et à grand-peine se familiariser à nouveau avec tout, tout se réapproprier.

– Le neveu de Wittgenstein

Car, avouons-le, les têtes qui nous sont la plupart du temps accessibles sont inintéressantes, nous n'en tirons guère plus que si nous nous trouvions en compagnie de pommes de terre hypertrophiées, qui, plantées sur des corps souffreteux affublés de vêtements d'un goût discutable, traîneraient une existence piteuse, mais hélas pas du tout pitoyable.

– Le neveu de Wittgenstein

Le monde des bien-portants n'accueille le malade rentré chez lui qu'avec un semblant d'amabilité, qu'avec un semblant de serviabilité, qu'avec un semblant de dévouement ; mais si, par hasard, le malade met vraiment à l'épreuve cette amitié et cette serviabilité et ce dévouement, tout cela se révèle aussitôt n'être que complaisance apparente et simulée.

– Le neveu de Wittgenstein

Les gens qui quittent une grande ville et qui veulent maintenir leur niveau intellectuel à la campagne, comme disait Paul, doivent être dotés d'un énorme potentiel, et donc d'une incroyable réserve de substance cérébrale, mais eux aussi, à plus ou moins long délai, finissent par stagner et s'étioler, et la plupart du temps, quand ils prennent conscience de ce processus d'étiolement, il est déjà trop tard pour ce qu'ils veulent entreprendre, ils se ratatinent inéluctablement.

– Le neveu de Wittgenstein

Nous abandonnons souvent la partie pour notre confort.

– Le froid

Il faut pouvoir se lever et partir de toute société qui n'est bonne à rien et laisser les visages qui ne sont rien et les esprits d'une stupidité souvent sans limite et pouvoir sortir, descendre et aller en plein air et laisser derrière soi tout ce qui est en rapport avec cette société bonne à rien ; on doit pouvoir posséder la force et le courage et la brutalité même à l'égard de soi-même, de laisser derrière soi tous ces gens et ces esprits ridicules, inutiles et stupides et de remplir ses poumons, d'expulser de ses poumons toutes les choses qu'on a abandonnées et d'emplir ses poumons d'un air nouveau, il faut quitter par le chemin le plus rapide ces sociétés inutiles ; ces bandes rassemblées pour rien d'autre que des stupidités, afin de ne pas devenir un élément de ces sociétés stupides, en sortant de pareilles sociétés il faut revenir à soi-même et trouver en soi-même apaisement et clarté.

– Corrections

L'insensé se moque de la correction de son père, mais celui qui se rend au châtiment deviendra plus sage.

– Corrections

Naturellement je n'ai pas pu m'endormir et, durant mon insomnie, je n'ai fait que penser, que va-t-il advenir de tout cela ?

– Extinction

Le Oui du mariage décide du joug du mariage. Rien d'autre. Et les gens n'aspirent à rien de plus qu'à se dire Oui et à renoncer à eux-même et à se détruire, ai-je pensé.

– Extinction

"Nous vivons toujours dans l'erreur que, de même que nous avons évolué, peu importe dans quel sens, les autres évoluent aussi, mais c'est là une erreur, la plupart se sont arrêtés et n'ont absolument pas évolué, ni dans un sens ni dans l'autre, ils ne sont devenus ni meilleurs ni pires, ils sont seulement devenus vieux et, par là, inintéressants au plus haut point. Nous croyons que nous allons être surpris de l'évolution de quelqu'un que nous n'avons pas vu depuis longtemps, mais lorsque nous le revoyons, nous ne sommes tout de même surpris que de ce qu'il n'a absolument pas évolué, qu'il a seulement vingt ans de plus et qu'au lieu d'être bien bâti, il a à présent une grosse bedaine et de grosses bagues de mauvais goût à ses doigts boudinés qui jadis nous semblaient très beaux. Nous croyons que nous pourrons parler d'un tas de choses avec l'un ou l'autre et nous constatons qu'avec eux tous nous ne pouvons parler de rien du tout. Nous sommes là et nous nous demandons pourquoi, et nous ne trouvons rien à dire sinon qu'il fait un temps comme ci ou comme ça, que la crise politique est comme ci ou comme ça, que le socialisme montre à présent son vrai visage et ainsi de suite. Nous croyons que l'ami d'autrefois est aussi l'ami d'aujourd'hui, mais nous voyons aussitôt notre terrible erreur, très souvent carrément funeste. Avec cette femme-ci tu peux parler de peinture, avec celle-là de poésie, penses-tu, mais ensuite tu es obligé de reconnaître que tu t'es trompé, l'une n'en sait pas plus sur la peinture que l'autre sur la poésie, toutes deux n'ont en réserve que leur bavardage sur la cuisine, comment on fait la soupe de pommes de terre à Vienne et comment on la fait à Innsbruck et combien coûte une paire de chaussures à Merano et la même à Padoue. Tu pouvais si bien parler de mathématiques avec l'un, penses-tu, si bien d'architecture avec l'autre, mais tu constates que la mathématique de l'un, l'architectonique de l'autre se sont embourbées il y a vingt ans dans le marécage de l'adolescence. Tu ne trouves plus de repères, plus de points d'appui, et dès lors tu les choques sans qu'ils sachent pourquoi. Tout d'un coup tu n'es plus rien que celui qui choque, qui les choque continuellement."

– Extinction

J'allais chez les pauvres gens et m'étonnais de les trouver si amicaux avec moi, car j'avais toujours cru qu'ils étaient intolérants, comme les miens me les avaient toujours dépeints, bornés, inabordables, butés et sournois.

– Extinction

Les Autrichiens n'ont pas le moindre goût, en tout cas ils n'en ont plus depuis longtemps, partout où l'on jette les yeux règne le pire mauvais goût. Et quel manque d'intérêt généralisé. Comme si l'unique centre était l'estomac, ai-je dit, et que la tête fût entièrement mise hors circuit. Un peuple si bête ai-je dit, et un pays si merveilleux dont, en revanche, la beauté est inégalable. Une nature à nulle autre pareille et des gens qui se désintéressent à tel point de cette nature. Une si haute culture, si ancienne, ai-je dit, et une si barbare absence de culture aujourd'hui, une inculture catastrophique. Ne parlons même pas de la situation politique déprimante. Quelles abominables créatures détiennent aujourd'hui le pouvoir en Autriche !

– Extinction

Le plus grand bonheur que je connaisse [....], c'est celui du vieux fou qui peut se livrer à sa folie en toute indépendance .

– Extinction

Le moment exact où nous n'aimons plus nos frères et soeurs mais les haïssons, nous ne pouvons pas le préciser et nous ne nous efforcons d'ailleurs pas de repérer ce moment exact, parce qu'au fond nous avons peur de le faire.

– Extinction

L'ensemble des gens ne se donne du mal, dirait-on qu'aussi longtemps qu'ils peuvent attendre des diplômes stupides avec lesquels ils peuvent se pavaner de public, lorsqu'ils ont en main un nombre suffisant de ces diplômes stupides, ils sa laissent aller.

– Extinction

Le plus grand bonheur que je connaisse [...], c'est celui du vieux fou qui peut se livrer à sa folie en toute indépendance .

– Extinction

..parce qu'ils doivent utiliser leur abonnement, ils vont au théâtre à Linz et vont voir une comédie exécrable et n'ont pas honte, et vont à ces concerts ridicules au Brucknerhaus comme on l'appelle, où règnent les fausses notes poussées à la puissance maximum. Ces gens, je veux dire tes parents, a-t-il dit, n'ont pas seulement pris un abonnement au théâtre et au concert, ils vivent leur vie par abonnement, ils assistent aussi chaque jour à leur vie comme ils vont au théâtre, à une comédie exécrable, et n'ont pas honte d'assister à leur vie comme à un concert détestable où seules dominent les fausses notes, et ils vivent parce que cela se fait, non pas parce qu'ils l'ont voulu, parce que c'est leur passion, leur vie, non : parce qu'ils y ont été abonnés par leurs parents. Et de même qu'au théâtre ils applaudissent à contretemps, ils applaudissent aussi dans leur vie à contretemps, et sans cesse ils manifestent bruyamment leur joie dans leur vie là où il n'y a aucune raison de manifester bruyamment sa joie, et leurs visages arrogants font les grimaces les plus repoussantes alors qu'ils devraient rire de bon coeur. Et de même que les oeuvres auxquelles ils assistent grâce à leur abonnement sont une catastrophe et du niveau le plus bas, leur vie aussi est une catastrophe et du niveau le plus bas.... 

– Extinction

Le temps où l'on est élève et étudiant est principalement un temps de pensée suicidaire et celui qui le nie a tout oublié.

– L'Origine

J'ai une jambe artificielle, un artifice pour jambe et je ne pouvais pas encore me servir de ma jambe artificielle, [...] je ne pouvais pas encore manier comme il fallait et de la façon requise pour ne pas se faire remarquer, dit Koller, aussi bien n'avait-il été libéré de l'hôpital Wilhelmi,e que le matin même et il avait fait de sa jambe artificielle ce qu'il appelait ses premiers pas de liberté.

– Les Mange-pas-cher

Par nature, il avait été fait pour prendre un chemin de l'esprit, comme il l'appelait lui-même, et cela ne signifiait rien d'autre que de devoir marcher parfaitement seul. Mais c'était afin de vivre et d'exister pour ce degré de difficulté le plus haut qu'il était né.

– Les Mange-pas-cher

Pour ce qui le concernait, disait-il, il avait très tôt déjà résolu de ne surtout suivre aucun conseil, de quelque côté qu'il vînt, et en fait il avait même pris pour règle de faire exactement ce qu'on lui avait déconseillé, ce contre quoi on l'avait mis en garde, et il s'était toujours avéré, quoique souvent beaucoup plus tard seulement, qu'il avait agi comme il le fallait en ne suivant aucun conseil, cela non seulement sur un plan tout à fait général, mais avant tout sur tous les plans de l'esprit.

– Les Mange-pas-cher

Penser n'avait encore jamais été rendu dans sa perfection et son infini, avait dit Goldscchmidt à Koller. Rien de cela, aussi longtemps que rendre la pensée devrait passer par la langue, ne changerait.

– Les Mange-pas-cher

comme si je venais de tomber sans rémission dans un épouvantable puits sans fond. J'étais persuadé que l'erreur d'avoir placé tout mes espoirs dans la littérature allait m'étouffer

– Mes prix littéraires

e Danube ne cessait de s'étrécir, le paysage ne cessait de s'embellir, avant de redevenir d'un seul coup morne et fade, et me voilà arrivé à Ratisbonne

– Mes prix littéraires

Les gens qui abordaient le sujet avec moi pensaient tous que j'avais naturellement obtenu le Grand Prix d'Etat, à chaque fois je devais affronter l'embarras de leur dire qu'il s'agissait du petit prix, celui que n'importe quel trou du cul ayant publié quelque chose avait déjà reçu.

– Mes prix littéraires

Finalement (...) le président Hunger se leva, rejoignit l'estrade et proclama l'attribution à ma personne du prix Grillparzer. Il lut quelques phrases élogieuses au sujet de mon travail, non sans citer quleques titres de pièces dont j'étais censé être l'auteur, mais je n'avais pas du tout écrites...

– Mes prix littéraires

Depuis des années je m'interrogeais sur le sens de cette Académie, et toujours j'en revenais à me dire qu'un tel sens ne saurait procéder de ce qu'une assemblée, qui en fin de compte n'a été fondée que pour servir froidement le narcissisme de ses vaniteux membres, se réunisse deux fois par an pour s'auto-encenser et, après le bénéfice d'un voyage luxueux aux frais de l'Etat, goûter dans des établissements renommés à de de la bonne cuisine bourgeoise et à de la bonne boisson, tout cela pour tourner pendant près d'une semaine autour du pot de sa bouillie littéraire fade et faisandée.

– Mes prix littéraires

L'Académie envoie automatiquement, en cas de décès de l'un de ses membres, un avis mortuaire bordé de noir. Avec un peu de chance je vivrai assez longtemps pour recevoir de sa part un avis de décès non d'un de ses honorables membres, mais de l'institution elle-même.

– Mes prix littéraires

Quand les gens me demandaient qui avait déjà reçu ce Grand Prix, je disais à chaque fois : que des trous du cul, et quand ils me demandaient de citer ces trous du cul, je leur citais toute une série de trous du cul, qui leur étaient tous inconnus; ces trous du cul n'étaient connu que de moi !..

– Mes prix littéraires

[...] cette ville à travers laquelle je cours, pour effroyable qu'elle me paraisse et m'ait toujours paru, est décidément quand même la meilleure ville pour moi, cette Vienne que j'ai toujours haïe est quand même tout à coup de nouveau pour moi la meilleure, ma meilleure Vienne [...]

– Des arbres à abattre

Ils le voyaient bien : je suis l'observateur, l'ignoble individu qui s'est confortablement installé dans le fauteuil à oreilles et s'adonne là, profitant de la pénombre de l'antichambre, à son jeu dégoûtant qui consiste plus ou moins à disséquer, comme on dit, les invités des Auersberger. Ils m'en avaient toujours voulu de les avoir toujours disséqués en toute occasion, effectivement sans le moindre scrupule, mais toujours avec une circonstance atténuante ; je me disséquais moi-même encore bien davantage, ne m'épargnais jamais, me désassemblais moi-même en toute occasion en tous mes éléments constitutifs, comme ils diraient, me dis-je dans le fauteuil à oreilles, avec le même sans-gêne, la même grossièreté, la même indélicatesse. Et après cela, ce qui restait de moi était encore bien moins de chose que ce qui restait d'eux, me dis-je.

– Des arbres à abattre

la figure repoussante avait cédé la place à l'homme philosophique, la figure à l'homme tout court, donc exactement l'inverse de ce qui se passe habituellement

– Des arbres à abattre

Seul l’imbécile admire, l’intelligent n’admire pas, il respecte, estime, comprend, voilà.

J'espère que je ne vous dérange pas est l'une des phrases les plus hypocrites qui soient.

La vie est un procès judiciaire : peu importe qui on est et ce qu'on fait, on perd toujours.

Les gens falsifient tout, ils falsifient jusqu'à l'enfance qu'ils ont eue.

Chacun veut vivre, personne ne veut être mort, tout le reste est mensonge.

L'incompétence règne dans toutes les relations et, avec le temps, elle produit très naturellement l'indifférence.

Les prix ne sont jamais un honneur, l’honneur lui-même est une perversion, dans le monde entier il n’existe pas d’honneur

Les poètes et les écrivains ne doivent pas être subventionnés, encore moins par une Académie elle-même subventionnée, ils doivent être livrés à eux-mêmes

Il n'y a plus rien à enjoliver, dans une société et dans un monde où tout est constamment enjolivé de la manière la plus répugnante.

Se faire comprendre est impossible.

La morale est un mensonge.

Vieillir c'est se rappeler son enfance.

Passer sous silence n'est pas mensonge.

Le beau c'est l'imprévu.

Celui qui lit tout n'a rien compris.

Tout, chez tout le monde, n'est que divertissement, dérivatif à la mort.

Plus les gens deviennent cultivés, plus leur bavardage devient insupportable.

Les maladies sont le plus court chemin de l'homme pour arriver à soi.

Quand nous savons ce qui nous attend, nous le supportons plus facilement.

Chaque homme a des mots qu'on doit éviter de lui dire tout haut.

L'admiration rend aveugle, elle rend l'admirateur stupide.

Dans une ville qu'on aime on a toujours quelqu'un qu'on aime.

L'amour est une absurdité qui n'est nullement inscrite dans la nature.

Le sport amuse les masses, leur bouffe l'esprit et les abêtit.

La jeunesse est un défaut... Mais le défaut de l'âge, c'est de voir les défauts de la jeunesse.

La mort ne doit en aucune façon redresser l'image que nous avons d'un homme.

La véritable intelligence ne connaît pas l'admiration, elle prend connaissance, elle respecte, elle estime, c'est tout.

Etre complètement seul ne signifie rien d'autre qu'être complètement fou.

Nous ne maîtrisons que ce que nous trouvons finalement ridicule, c'est seulement lorsque nous trouvons le monde et la vie qu'on y mène ridicules que nous avançons, il n'y a pas d'autre, pas de meilleure méthode.

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