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Sylvain Tesson

Né en 1972, il est membre de la Société des explorateurs français. Son recueil, Une vie à coucher dehors, a été récompensé du Goncourt de la nouvelle 2009. Il a également reçu pour son essai, Dans les forêts de Sibérie, le prix Médicis 2011.

Présentation de Sylvain Tesson (Wikipedia)

Sylvain Tesson est un écrivain et voyageur français né le 26 avril 1972 à Paris.

Livres de Sylvain Tesson

Citations de Sylvain Tesson (140)

Le principe du banya repose sur la science du choc thermique. Les Russes ont horreur du juste milieu. Avec le banya, ils ont mis au point l'art de n'être bien nulle part : dedans, le four ; dehors : le pôle. P.89

– L'éternel retour

Quand il découvrit Penhir, au bout de la presqu'île de Crozon, il se dit qu'il voudrait finir ses jours devant ce spectacle. Le ciel roulait des tourments. Le vent avait engrossé la mer. La houle bavait au pied de la falaise. En Bretagne, même la mer fait de la crème. Vladimir Vladimirovitch aimait les parois océaniques, cette manière qu'à la terre de tirer sa révérence. On traverse les campagnes, on passe des vallons et des villages heureux et soudain, c'est la falaise : la fin de l'Histoire, tranchée par la géographie.

– L'éternel retour

Dans les cœurs naquit l'ennui. Ils étaient englués dans le pot noir des heures. Les minutes passaient comme des coques vides sur une onde silencieuse. Le naufrage les avait exclus de la marche du monde, la survie les extrayait de la marche du temps. Lorsque la nuit tombait sur le Pacifique, la journée leur paraissait avoir duré un mois.

– L'éternel retour

Si le paradis est réservé à ceux qui ont contemplé la beauté du monde, il était sûr de sa place. Si ce n'est pas le cas, il était sûr de l'enfer.

– L'éternel retour

L'enfer, ce n'est pas les autres, c'est quand ils vivent trop près.

– L'éternel retour

Dans les baraques en tôles chauffées par es poêles à bois et éclairées par des groupes électrogènes, il régnait chaque soir une atmosphère joyeuse. On partageait le kachapouri, le vin rouge et les souvenirs des années soviétiques.Ce chantier fut montré en exemple dans le pays comme un modèle de sécurité.P.21

– L'éternel retour

Ils étaient venus à bout du premier litre. La vodka ne fait jamais mal lorsqu'on la boit à deux. Le principe du toast a été inventé par les Russes pour se passer de la psychanalyse. Au premier verre, on se met en train ; au second, on parle sincèrement ; au troisième, on vide son sac et, ensuite, on montre l'envers de son âme, on ouvre la bonde de son cœur, et tout — rancœurs enfouies, secrets fossilisés et grandeurs contenues — finit par se dissoudre ou se révéler dans le bain éthylique.

– L'éternel retour

Le ciel roulait des tourments. La houle bavait au pied de la falaise. En Bretagne, même la mer fait de la crème. Vladimir Vladimirovitch aimait les parois océaniques, cette manière qu'à la terre de tirer sa révérence. On traverse les campagnes, on passe des vallons et des villages heureux et soudain, c'est la falaise : la fin de l'Histoire, tranchée par la géographie. P.82

– L'éternel retour

Hymne au goudron composé par l'instituteur :Tsalka la morteRessucitéeGrâce au goudronQui nous emporte !Tsalka dormeuseRevigoréeGrâce à l'asphalteQui nous épate !P.23

– L'éternel retour

Piotr avait un chien pour ne pas être seul, un fusil pour ne pas avoir faim, une hache pour ne pas avoir froid. Ce jour-là, il caressa le premier, graissa le second, aiguisa le troisième. La vie n'est pas compliquée quand on a tiré le rideau de la forêt sur toute ambition.

– L'éternel retour

La patronne m'ouvrit la porte de sa grange où tambourinait l'averse. À la lueur frontale, je partageai mon pain avec quatre chats maigres qui me remercièrent de mon invitation à dîner en me garantissant une nuit sans souris.

– Sur les chemins noirs

Perdre du poids en marche, c'est laisser un peu de soi à la route.

– Sur les chemins noirs

Je jetais quelques lignes sur un carnet si le spectacle d'un chêne dans un champ blond m'inspirait un salut affectueux. Il me le rendait d'un battement de branche. La marche était une pêche à la ligne : les heures passaient et soudain une touche se faisait sentir, peut-être une prise ? Une pensée avait mordu !

– Sur les chemins noirs

Entre moi et le monde, il n'y avait que l'air tiède, quelques rafales, des herbes échevelées, l'ombre d'une bête. Et pas d'écran ! Aucune information, pas d'amertume, pas de colère.

– Sur les chemins noirs

Certains hommes espéraient entrer dans l'Histoire. Nous étions quelques-uns à préférer disparaître dans la géographie.

– Sur les chemins noirs

Je me réveillai au pied d'un pin, gonflé d'une excitation nouvelle. L'arbre fait-il percoler un peu de sa force dans l'organisme de celui qui dort à son pied ? Après tout, on gagnait à rester dans le voisinage de certains êtres. Peut-être en allait-il de même avec les arbres ?

– Sur les chemins noirs

Les nuits dehors, pour peu qu'on les chérisse et les espère, lorsqu'elles couronnent les journées de mouvement, sont à accrocher au tableau des conquêtes. Elles délivrent du couvercle, elles dilatent les rêves.

– Sur les chemins noirs

A Barjac, une plaque sur le mur du cimetière :"Passant, arrête -toi et prie, c'est ici la tombe des morts. Aujourd'hui pour moi, demain pour toi."(...) Pendant quelques mois j'avais porté une bague à tête de mort qu'on m'avait retiré après ma chute. L'inscription latine gravée au revers du crâne disait la même chose que la plaque de Barjac : "Je fus ce que tu es, tu seras ce que je suis". J'avais tardé à me pénétrer de cette évidence que les Romains inscrivaient à l'entrée de leurs cimetières (...) Voilà longtemps que je ne m'étais pas trouvé exactement tel que je le désirais : en mouvement. Je jouissais de me tenir debout dans la campagne et d'avancer sur ces chemins choisis. Noirs, lumineux, éclaircis. C'était la noble leçon de Mme Blixen devant le paysage de sa ferme africaine : "Je suis bien là, où je me dois d'être". C'était la question cruciale de la vie. La plus simple et la plus négligée.

– Sur les chemins noirs

Le sentiment de ne plus habiter ce vaisseau terrestre avec la même grâce provenait d'une trépidation générale fondée sur l'accroissement. Il y avait eu trop de tout, soudain. Trop de production, trop de mouvement, trop d'énergies.Dans un cerveau, cela provoquait l'épilepsie.Dans l'Histoire, cela s'appelait la massification.Dans une société, cela menait à la crise.

– Sur les chemins noirs

Mauvais débutDans le train(...) A quoi servait-il de voyager si vite ? (...) Pendant que la vitesse chassait le paysage, je pensais aux gens que j'aimais et j'y pensais bien mieux que je savais leur exprimer mon affection. En réalité je préférais penser à eux que de les côtoyer. Ces proches voulaient toujours que "l'on se voie", comme s'il s'agissait d'un impératif, alors que la pensée offrait une si belle proximité. (p. 19)

– Sur les chemins noirs

Noël était la plus parfaite entreprise de détournement spirituel de l'histoire de l'humanité. On avait transformé la célébration de la naissance d'un anarchiste égalitariste en un ensevelissement des êtres sous des tombereaux de cadeaux.

– Le téléphérique et autres nouvelles

Les arbres sont des saints : ils se laissent persécuter en silence.

– Le téléphérique et autres nouvelles

Au village, on avait retrouvé les vieux réflexes. On avait ressorti les lampes à pétrole, réactivé les poêles à bois. Les Russes ne s'affolent jamais quand le confort recule. [...] Après tout, l'électricité publique n'était arrivée que très récemment dans ces confins : l'année où Poutine avait relancé les efforts d'exploitation des ressources dans les parages arctiques.La ligne

– Le téléphérique et autres nouvelles

— Lui aussi il avait du temps. Imaginez l'hiver, seul, dans un cube de rondins. Dehors : - 40°C, le vent, le soleil qui rôde, malade, pendant cinq ou six heures, dans un ciel de clinique et les heures blanches, épouvantablement silencieuses qui passent, qui tombent, une à une, identiques, et lui, devant la fenêtre, à regarder le cadavre de l'hiver en serrant dans sa pogne sa tasse fumante.L'ermite

– Le téléphérique et autres nouvelles

Lorsque je rencontrais un russe , je le rangeais dans l'une des cinq catégories sociomorphologiques auxquelles- pour le moment- aucun de mes interlocuteurs n'avait échappé .Businessman arriviste enrichi par la chute de l'URSS: parasite qui doit sa prospérité au dépeçage de l'Union soviétique, individu flasque ,blanc et gros, cachant son manque d'éducation et sa crasse culturelle sous des vêtements lamentablement assortis, un amas de gadgets prétentieux et la satisfaction de soi-même, possède davantage le sens du kitsch que du beau, souvent moscovite , considère la nature comme un parc d'attractions et les bêtes sauvages comme des cibles pour le tir à la carabine.

– Le téléphérique et autres nouvelles

LE BARRAGEMon père avait fait visiter le Cambodge à ma mère. Quand elle avait perdu sa dent de porcelaine dans sa soupe aux fleurs de lotus, elle n'avait plus voulu ouvrir la bouche avant de regagner Sienn Reap et de trouver un dentiste. Leur union avait été ainsi inaugurée par un long silence qu'ils s'étaient ensuite chargés de combler. ( p.12)

– Le téléphérique et autres nouvelles

Le choix avait procédé d'un débat ardent. Nous étions au lit, un dimanche de grande médiocrité météorologique :- La Russie ! avais-je dit.- Tu as vu comment s'habille Poutine ? Les Russes sont dingues et c'est trop grand, on va se perdre.- Mais je connais bien la région, moi...- Justement, il nous faut du nouveau. À tous les deux, avait-elle dit.- Le Groenland, avais-je dit.- Trouve toi une savoyarde qui porte des fourrures polaires.- Le Japon? avais-je hasardé.- J'aurais l'impression de réviser mes cours...- Et le Pakistan ? avait-elle dit.Depuis un séjour au Maroc j'avais contracté une aversion pour les terres d'islam, où les femmes rampent, écrasées de la culpabilité d'exister, assommées par des soleils d'enclume et le regard des hommes fiévreux de frustration.- Jamais ! Les mecs te materont comme une pute parce que tu ne t'enfouiras pas sous un sac en toile de jute.-La Chine, alors.-Oui ! Mais où ?- Le Yunnan!

– Le téléphérique et autres nouvelles

Les arbres sont des saints : ils se laissent persécuter en silence.Le téléphérique

– Le téléphérique et autres nouvelles

Depuis un séjour au Maroc j'avais contracté une aversion pour les terres d'islam (…)- La Chine, alors.- Oui ! Mas où ?- Le Yunnan !Le mot signifiait le Sud nuageux et avait suffi à conquérir Marianne. Elle avait une théorie sur les régions subtropicales :- On vit dans un brumisateur naturel. C'est bon pour le teint.En outre, nous trouvions sain de mettre dix fuseaux horaires entre le désir de nous chérir et une famille adorablement envahissante.Quinze jours avant le départ, Marianne apprit par cœur le Tao-tö-king. P.14/15

– Le téléphérique et autres nouvelles

Marianne et mi nous étions rencontrés aux Langues orientales dans le début d'une année dont la perspective me décourageait. (…) Elle avait fait irruption dans ma salle de conférences, croyant rejoindre sa propre étude. Elle avait reculé, bredouillant des excuses, je l'avais invitée à s'asseoir ; je ne sais pourquoi elle avait accepté – ou obéi. Les élèves avaient tourné la tête, elle avait rougi, j'avais donné ma leçon pour elle. Il s'agissait d'une analyse des contacts entre les Cosaques de la conquête de l'Extrême-Orient russe et les chamans de la taïga. « Prodigieusement emmerdant », me confia Marianne trois semaines plus tard. On s'était mariés en avril et, quand les gens nous demandaient comment nous nous étions rencontrés, je répondais que Marianne s'était trompée de porte.P.13

– Le téléphérique et autres nouvelles

Ils étaient venus à bout du premier litre. La vodka ne fait jamais mal lorsqu'on la boit à deux. Le principe du toast a été inventé par les Russes pour se passer de la psychanalyse. Au premier verre, on se met en train ; au second, on parle sincèrement ; au troisième, on vide son sac et, ensuite, on montre l'envers de son âme, on ouvre la bonde de son cœur, et tout – rancœurs enfouies, secrets fossilisés et grandeurs contenues – finit par se dissoudre ou se révéler dans le bain éthylique.

– Une vie à coucher dehors

Dans la rade, il n'y a que les destroyers qui oublient que le temps passe. Ils tournent hérissés de canons, ignorant que l'océan est Pacifique.

– Une vie à coucher dehors

... et puisque tes serments n'étaient que des paravents derrière lesquels tu trahissais l'amour, puisque tes lettres n'étaient que des mots et qu'aucun de tes mots ne peut être pris à la lettre, je te quitte en te maudissant d'avoir transformé en haine pour les hommes l'amour que j'éprouvais envers l'un d'eux.

– Une vie à coucher dehors

[...] et je ne viendrai plus jamais te troubler même en pensée et même s'il m'en coûte la vie puisque la mienne ne pèse rien sans toi...

– Une vie à coucher dehors

Piotr aimait cette phrase : "[...] car j'appartiens aux forêts et à la solitude." Il l'avait gravée au couteau sur le linteau de la porte. Ainsi, les rares personnes qui lui faisaient le frais d'une visite étaient prévenues.

– Une vie à coucher dehors

Ils sont venus nous convaincre que l'avenir était dans la production en batterie. Ils disaient qu'aujourd'hui un éleveur doit nourrir des centaines, des milliers de gens entassés dans les villes...Nos usines étaient des asiles. Certains porcs devenaient dangereux, ils attaquaient leurs congénères. Je ne peux plus dormir. Les cris me réveillent...Il y a cinq mois j'ai cessé l'exploitation. Et je viens juste de vendre la ferme.....Quand on lira ces lignes, je me serai pendu depuis un moment. et il faudra encore du temps pour me retrouver. Je souhaite exposer mon corps à la lumière du soleil, à la caresse du vent, au frôlement des branches et au murmure du Fiddle. A tout ce dont j'ai privé mes bêtes.

– Une vie à coucher dehors

Lorsque nous dînions, à table, l'idée ne me quittait pas que là, à trois cent mètres dans mon dos, se tenaient des bêtes encagées, embourbées dans les immondices, enfiévrées de terreur et rendues folles d'inaction. J'ai perdu l'appétit......Mes complices ? Mes congénères. Le samedi, j'allais au mall et je les observais jeter nonchalamment la viande sous plastique dans les Caddie. Le plastique protège la conscience. S'ils avaient su, c'eût été notre faillite.L'édifice ne repose pas sur le mensonge mais sur l'ignorance.

– Une vie à coucher dehors

Un autre avait parié qu'il garderait son pied le plus longtemps possible sur la chaussée au passage du compresseur et gagna son pari.

– Une vie à coucher dehors

Ils se familiarisèrent avec la tonte du gazon, qui est à l'art des jardins anglais ce que la taille du buis est à la science du jardin français.

– Une vie à coucher dehors

«  Une lettre, c'est un petit peu de compagnie, la preuve qu'on a pensé à vous. Cette attention, née du passé, écrite au présent et destinée à l'avenir survit, voyage, s'achemine lentement vers vous, triomphe des kilomètres et soudain, lorsqu'on ouvre l'enveloppe, vous saute au cou, vous salue et vous fête comme un petit chien heureux. »

– Une vie à coucher dehors

L'énergie, cette faculté de se précipiter dans l'inconnu.

– Eloge de l'énergie vagabonde

Le philosophe allemand Peter Sloterdijk professe que l'homme s'est distingué du règne animal en s'isolant dans des sphères mentales (la conscience de soi, la culture) et des sphères matérielles (la maison, la ville). L'effet de serre ne serait-il pas la conséquence d'un effet de sphères ? À trop vivre en nos bulles individuelles nous avons oublié que nous vivions sur une boule unique.

– Eloge de l'énergie vagabonde

Souvent les voyageurs justifient leur départ par leur soif de rencontres. découvrir l'Autre, s'y frotter, le comprendre, l'écouter et l'aimer : motifs des voyages modernes. Serait-ce qu'à la maison, il n'y a personne digne de soi? Serait-ce que l'exotisme confère à l'étranger une valeur suprême? Y aurait-il un rapport entre la profondeur des gens et leur éloignement? Un voyage en des terres désolées, vides de tout être, n'aurait-il pas d'intérêt? [...] "Partir pour rencontrer" entend-on ici et là comme si rencontrer l'autre était équivalent à visiter les temples ou goûter à la cuisine locale. La rencontre est un bonheur fugace, rare, avare de lui-même. Elle survient sur la route. Surtout ne pas aller vers elle! Si elle se décide à venir, alors elle illuminera notre ciel intérieur sans qu'il n'y ait rien à faire.

– Eloge de l'énergie vagabonde

L'énergie de l'existence se trouve contenue dans la propre incertitude de son déroulement.

– Eloge de l'énergie vagabonde

La nostalgie est une paresse. Elle autorise à ne pas traquer dans l'époque les raisons de se réjouir. Elle permet de se contenter d'effeuiller les pages des grimoires au lieu d'écrire les propres lignes du temps présent. La nostalgie, fauteuil spongieux qui vous engloutit par le cul, comme si on s'asseyait dans une mangrove. Il est plus facile de cueillir des souvenirs dans le panier du passé que de ramasser les champignons du présent poussés à ses pieds. La nostalgie est un agent désénergisant. Une suceuse.

– Eloge de l'énergie vagabonde

"La terre n'est à personne, le fruit est à tout le monde", disait Gracchus Babeuf ! Proclamons que la terre n'est à personne et que ses fruits lui appartiennent. Et à la manière des coureurs sibériens, remercions-les en pensée, à chaque fois que nous les cueillons.

– Eloge de l'énergie vagabonde

Partir dans la steppe, c'est choisir le cloître: on est seul. On ne croise pas grand monde.

– Eloge de l'énergie vagabonde

La joie de l'expérience intérieure est de se laisser féconder , comme un terreau propice , par des émotions inconnues , portées par le vent des hasards .

– Eloge de l'énergie vagabonde

La vie des hommes n'est pas une science exacte , elle échappe aux lois de la physique qui conditionnent l'évolution du monde . Nul déterminisme pour la guider . Elle est dangereuse car imprédictible .

– Eloge de l'énergie vagabonde

Une jetée est l'endroit où se jettent les gens dans l'espoir que le destin les précipite dans les bras les uns des autres .

– Eloge de l'énergie vagabonde

Leur arrivée dans les villages de la taïga fit à ces terres deshéritées l'effet d'un coup de fouet. Partout où ils vécurent, les décebristes ( révolte de décembre 1825 contre le tsar Nicolas 1er fomentée par des nobles et des gradés de Saint-Pétersbourg ) apportèrent leur lumières. Ils tombèrent amoureux de leur terrain d'exil. Étant de la race des bâtisseurs, ils ne purent s'empêcher de bâtir. Ils se consacrèrent donc au développement de la Sibérie et on reconnaît encore aujourd'hui la trace de leur passage dans l'élégance d'une maison, dans une silhouette d'une église dréssée au milieu d'une clairière, dans la présence d'une bibliothèque au milieu d'un hameau...

– L'Axe Du Loup

À pied, à cheval, à bicyclette. Je trouve déloyal de se présenter devant la géographie armé d'un moteur, et je sais que le pas humain, la foulée du cheval sont les meilleurs instruments pour mesurer l'immensité du monde. Voilà dix ans que je trouve la paix en battant les chemins et que rien ne me met plus en joie qu'un horizon fuyant lentement mes tentatives de le rejoindre. Parfois, comme les mongols qui sont les fils du vent, je pense que la terre est dure et le ciel lointain, mais j'apprécie tellement que celle-là me serve de paillasse et celui-ci d' auvent que je suis prêt à leur sacrifier les misérables plaintes de mes articulations.

– L'Axe Du Loup

Le fleuve charrie des blocs de glace qui passent en froufroutant comme des meringues.

– L'Axe Du Loup

Mais, dans la difficulté, je ne l'ai jamais entendu émettre la moindre plainte.C'est qu'il ( Thomas Goisque ) tient le renoncement pour une trahison.Quand il commence à douter de sa capacité à venir à bout d'un obstacle physique, il a volontiers recours à cette pensée de Péguy : "Réfléchir, c'est commencer à capituler."

– L'Axe Du Loup

Ineptie des hommes : retourner une montagne pour trouver des paillettes ! Je n'aime pas cet or qui embellit certes le cou des femmes mais pour lequel on saccage le ventre de la terre. Ne pourrait-on pas pas le laisser reposer en paix ? Pourquoi déterrer du limon pour l'enfouir aussitôt dans l'obscurité des des coffres ?

– L'Axe Du Loup

En voyage, on devrait fermer les yeux.Blaise CendrarsQue ma patrie soit la Russieest une des grandes et mystérieuses certitudes dont je vis.Rainer Maria RilkeLes pendus sont pendus, mais le bagne, c'est horrible.PouchkinePréface

– L'Axe Du Loup

Ici, on a mis la steppe en cage. Krouchkine me conduit au cimetière, l'ultime lieu d'Oulan-Bator où s'est réfugiée l'âme russe. (…)- Vous voyez ici, à cet endroit, étaient enterrés les déportés politiques qui, en 1950, ont construit la route de Kiakhta à Oulan-Bator. C'était le chantier numéro 505. Soljenitsyne le mentionne dans ses livres. Ces zeks-là n'ont jamais été réhabilités, ils n'y a même pas de plaque à leur mémoire. P.145

– L'Axe Du Loup

Le poste frontalier est flambant neuf. Nous sommes ici à la lisière du monde. A une poignée de kilomètres plus au sud, la taïga rend en effet les armes. La frontière russo-mongole longe l'orée des bois. (…)La terre est dure, le ciel est loin, dit la maxime des cavaliers de l'Asie centrale. Un factionnaire mongol tamponne mon visa. Il est temps de vérifier l'adage. P.128/129

– L'Axe Du Loup

Je comprends au cours de ces heures passées à ouvrir ma voie, à forcer mon chemin dans la forêt ou au long de la rive, pourquoi les bagnards parlaient parfois de l'évasion comme du passage devant le procureur vert : le procureur vert c'est la Nature, et ses fourches caudines furent plus redoutables pour bien des fugitifs que les condamnations des procureurs rouges ! P.38

– L'Axe Du Loup

Pour faire passer le temps, je récapitule les conseils en tout genre qu'on m'a donnés en cas de rencontre avec l'ours :Se transformer en tronc d'arbre, silencieux comme la souche.Ne pas y penser.Lui parler.Ne rien dire.Ne pas le regarder.Le regarder sans crainte car il attaque ceux qui ont peur.Frapper un arbre avec son bâton.Ne pas faire le moindre bruit.Et ce dernier avis d'un des bûcherons de Delgey :Essayer de ne pas en rencontrer. P.56

– L'Axe Du Loup

Les gens imaginent que l'errant va le nez au vent. Pourtant c'est avec rigueur qu'il trace sa route. Il faut de la discipline pour ne pas céder à l'envie d'une halte. Il faut de la méthode pour gagner le rythme nomade, cette cadence nécessaire à l'avancée et qui aide le marcheur à oublier sa lenteur. Lors de mes traversées transcontinentales, je m'efforçais (.. .) de disposer toujours de la même façon mes effets au bivouac, de réciter dans le même ordre ma cargaison de poèmes... Minuscules stratagèmes qui constituent la Règle monastique du voyageur. Voyager, ce n'est pas choisir les ordres, c'est faire entrer l'ordre en soi.

– Petit traité sur l'immensité du monde

Ce n'est pas par goût de la souffrance que j'use mes semelles mais parce que la lenteur révèle des choses cachées par la vitesse.

– Petit traité sur l'immensité du monde

Le vagabond évite tout ce qui risquerait d'enlaidir sa vie. Comme le faisaient les Celtes, il évite les êtres difformes, et rejette les situations conflictuelles, persuadé que la vilenie de l'âme s'exprime dans la laideur extérieure. Au moindre nuage menaçant son esthétique de vie, il prend la tangente. N'avoir qu'un bâton et un chapeau à plume permet de tourner les talons si le climat se gâte.....

– Petit traité sur l'immensité du monde

Il est cependant une autre catégorie de nomades. Pour eux, ni tarentelle ni transhumance. Ils ne conduisent pas de troupeaux et n'appartiennent à aucun groupe. Ils se contentent de voyager silencieusement, pour eux-mêmes, parfois en eux-mêmes. On les croise sur les chemins de monde. Ils vont seuls, avec lenteur, sans autre but que celui d'avancer.

– Petit traité sur l'immensité du monde

Les bois : dernier endroit du monde où remontent à la surface de nos âmes perdues les vieilles terreurs et les nouveaux élans.

– Petit traité sur l'immensité du monde

Vivre, c'est faire de son rêve un souvenir

– Petit traité sur l'immensité du monde

Fidèle à l'image de l'impassibilité, saint Augustin prêchait que le bonheur était de «désirer ce que l'on possède déjà» ...

– Petit traité sur l'immensité du monde

Pour bien vagabonder, il faut peu de choses : un terrain propice et un état d'esprit juste, mélange d'humeur joyeuse et de détestation envers l'ordre établi.

– Petit traité sur l'immensité du monde

Le voyageur à pied, lui, peut quitter la route fréquentée pour des sentes mieux traitées par les hommes, c'est-à-dire moins battues. (p. 21)

– Petit traité sur l'immensité du monde

L'enfer, ce n'est pas les autres, c'est l'obligation de vivre avec eux. Le mieux consiste donc à construire un donjon solitaire avec le ciment de son rêve suffisamment solide pour que le ressac du monde extérieur s'y fracasse.

– Petit traité sur l'immensité du monde

Les hommes sont prêts à tout pour peu qu'on les exalte et que le conteur ait du talent.

– Berezina

Là venait tout de même une réflexion. Ce "rien de plus triste", je le trouvais d'une retenue terrible. Qu'aurions-nous éprouvé, nous autres, devant ces spectacles ? Comment l'aurions-nous décrite, cette plaine de Borodino, nous qui n'avions pas accepté que quatre- vingt-neuf de nos soldats donnent leur vie en dix ans de conflit afghan ? Comment faisaient ces hommes pour supporter ce qu'ils voyaient ? S'habitue-t-on vraiment au côtoiement des morts ? Etait-ce nos nerfs qui s'étaient affaiblis, en huit générations ?...Mais eux, les soldats de 1812, ... parvenaient le soir au terme de journées où soixante-dix mille hommes avaient été déchiquetés autour d'eux.P. 73

– Berezina

En Russie, l'art du toast a permis de s'épargner la psychanalyse. Quand on peut vider son sac en public, on n'a pas besoin de consulter un freudien mutique, allongé sur un divan.

– Berezina

Le froid est un fauve. Il se saisit d'un membre, le mord, ne le lâche plus et son venin peu à peu envahit l'être.

– Berezina

Nos plaques d'immatriculation portaient l'indicatif de Moscou : 77.Ah, la Seine-et-Marne, dit le type. Ça fait un bout pour venir jusqu'ici ! P.194

– Berezina

"Il faut lâcher prise" concluent ceux qui ne pratiquent pas l'escalade.

– Berezina

L'homme n'est jamais content de son sort, il aspire à autre chose, cultive l'esprit de contradiction, se propulse hors de l'instant. L'insatisfaction est le moteur de ses actes.

– Berezina

L'Empereur avait réussi une entreprise de propagande exceptionnelle. Il avait imposé son rêve par le verbe. Sa vision s'était incarnée. La France, l'Empire et lui-même étaient devenus l'objet d'un désir, un fantasme. Il avait réussi à étourdir les hommes, à les enthousiasmer, puis à les associer tous à son projet : du plus modeste des conscrits au mieux né des aristocrates.Il avait raconté quelque chose aux hommes et les hommes avaient eu envie d'entendre une fable, de la croire réalisable. Les hommes sont prêts à tout pour peu qu'on les exalte et que le conteur ait du talent.

– Berezina

J'en étais persuadé : le mouvement encourage la méditation. La preuve : les voyageurs ont toujours davantage d'idées au retour qu'au départ. Ils les ont saisies, chemin faisant. Leurs amis en font d'ailleurs les frais, cela s'appelle : les récits de voyage. P.185

– Berezina

Le silence des bêtes est la double expression de leur dignité et de notre déshonneur. Nous autres, humains, faisons tant de vacarme ...

– Berezina

Cette publicité dans un journal : « Allumez X (une marque de téléviseur), et mettez en veille le monde autour de vous ! » Je préfère éteindre la télé et allumer le monde autour de moi.

– Géographie de l'instant

Août 2007Longue échappée à moto au Chili, du désert d'Atacama à l'île de Chiloé.Cigare.Devant l'océan, je fume un Churchill offert par une amie très chère. Le Chili lui-même est long comme un cigare avec la Terre de Feu pour boit incandescent. Kilomètres après kilomètres, je consume mon voyage. Il reste la cendre des souvenirs.P.75

– Géographie de l'instant

La patrie de la bonté, c'est le silence de nos coeurs et le secret de nos actes.

– Géographie de l'instant

Les livres sont des rivières aurifères. La lecture est le tamis qui permet de remonter les pépites.

– Géographie de l'instant

Suis-je aveuglé par ma passion ? Il m'a toujours semblé que les filles qui lisaient dans les trains étaient les plus jolies.

– Géographie de l'instant

Les livres, regardez-les : ils se tiennent bien tranquilles, debout, serrés, alignés, en rang sur les étagères. Mais à l'intérieur ! Quelles tempêtes ! Quels bouillonnements !

– Géographie de l'instant

Lire, c'est laisser une parole s'élever dans le silence, vous traverser, vous emporter et vous laisser, métamorphosé, sur le rivage de la dernière page .

– Géographie de l'instant

... les citations ne sont pas des paravents derrière lesquels se réfugier. Elles sont la formulation d'une pensée qu'on a caressée un jour et que l'on reconnait, exprimée avec bonheur, sous la plume d'un autre. Les citations révèlent l'âme de celui qui les brandit.

– Géographie de l'instant

être né sur la paille, avoir échappé à Hérode et finir sur une croix, tout ça pour que, le 24 décembre, les foules hystériques se battent devant les vitrines, obsédées par cette question : faudra-t-il ouvrir les magasins le dimanche au cas où l'on aurait pas le temps de remplir les hottes de Noël ras-la-gueule ? (p59)...Avoir fait de l'anniversaire de la naissance de l'homme qui nous a enjoints de nous débarrasser de nos biens et de partir sur les routes à la recherche de l'amour, une fête où l'on s'ensevelit les uns les autres sous un tombereau de cadeaux dans la chaleur du foyer familial, c'est l'un des plus habiles détournements de message de l'histoire de l'Occident. (p163)

– Géographie de l'instant

Lire nous confirme que la solitude est un trésor. Un livre peut changer une vie. Et dire qu'il n'y a aucune mise en garde d'inscrite sur la couverture !

– Géographie de l'instant

Elle se tenait exactement à la verticale de cet endroit où il ne se passe jamais rien : la source des choses.(L'ennui)

– S'abandonner à vivre

Après un dîner de viande nous fumions en étendant nos jambes meurtries par les longueurs d'escalade et regardions les étoiles aspirer les escarbilles. La voie lactait la nuit.(Les pitons)

– S'abandonner à vivre

On parlait peu, on se refusait tout conseil, on s'épargnait toute confidence. Pas un geste d'humeur, pas un reproche, pas un jugement, nulle familiarité : on se côtoyait en se foutant la paix. La distance est l'ingrédient des amitiés vraies.(Les pitons)

– S'abandonner à vivre

Je n'ai jamais aimé faire l'amour dans la nature. Les étreintes de plein air me dégoûtent...Le foin pique la peau, l'herbe marque le gras des cuisses, le soleil brûle le dos, les buissons hypocrites camouflent les voyeurs, et même la tente n'est d'aucun secours avec son nylon qui colle à la peau. je me souviens d'un jour à Oxford : elle était anglaise et le gazon grattait, nous étions sous un saule, près d'un embarcadère. Je m'aperçus soudain qu'une famille de colverts nous matait et j'en fus plus gêné que si c'était ma mère.

– S'abandonner à vivre

On s'ennuyait à crever, mais il n'était pas question d'aller dormir. Nous avions peur de vieillir et ne voulions pas risquer d'attraper des rides en fermant l'œil. Nous étions des veilleurs de nuit, nous surveillions nos vies. Nous mettions notre vigilance dans l'insomnie.(Les amants)

– S'abandonner à vivre

Les Russes n'ont aucun respect pour leur propre existence mais un sens pathologique de la conservation des objets.L'ermite

– S'abandonner à vivre

.Le soleil déchira les nuages , illumina quelques instants le bulbe de l'église de Notre-Dame- de- Kazan [...][...] Tatiana imagina les babouchkas à l'œuvre devant l'iconostase .Elles devaient être en train de se prosterner devant l'icône , de s'écraser le visage contre les stigmates , et d'appeler de toutes leurs forces le monstrueux néant de la vie éternelle pour se consoler d'avoir traîné si patiemment le fardeau d'une existence en larmes sur la terre sibérienne .P.69

– S'abandonner à vivre

Epigraphe, nouvelle "Les fées"Un enchantement, une fée vêtue D'un mouvement -- doux comme le sommeil ;Ellipse de toutes les joies Somme de toutes les larmesDylan Thomas, poèmes de jeunesse

– S'abandonner à vivre

Il est rare en voyage de vivre des jours conformes aux idées que l'on s'étaient forgées avant les grands départs. D'habitude, voyager c'est faire voir du pays à sa déception.

– S'abandonner à vivre

(Définition du) Businessman arriviste enrichi par la chute de l'URSS :Parasite qui doit sa prospérité au dépeçage de l'Union soviétique, individu flasque, blanc et gros, cachant son manque d'éducation et sa crasse culturelle sous des vêtements lamentablement assortis, un amas de gadgets prétentieux et la satisfaction de soi-même, possède davantage de sens du kitsh que du beau, souvent moscovite, considère la nature comme un parc d'attraction et les bêtes sauvages comme des cibles pour le tir à la carabine.

– S'abandonner à vivre

Nous avons eu un précédent auquel je n'ai pas donné suite.

– Aphorismes Dans Les Herbes Et Autres Propos De La Nuit

J'aurais pu tomber amoureux de la sage-femme mais je l'ai rencontrée trop tôt.

– Aphorismes Dans Les Herbes Et Autres Propos De La Nuit

Le temps d'un baiser rentre t-il dans l'espace d'un instant?

– Aphorismes Dans Les Herbes Et Autres Propos De La Nuit

Lorsqu'on apprendque l'homme n'est que poussière,on ne regarde pas le dessous des tapis du même oeil.

– Aphorismes Dans Les Herbes Et Autres Propos De La Nuit

Importance des articles.Se coucher avec les pouleset se coucher avec des poulesn'est pas la même chose.

– Aphorismes Dans Les Herbes Et Autres Propos De La Nuit

Je crois au progrès et à l'évolutionde l'Homme. Vers son autodestruction.

– Aphorismes Dans Les Herbes Et Autres Propos De La Nuit

Je mets des galets dans mon sablierpour être sûr d'avoir le temps.

– Aphorismes Dans Les Herbes Et Autres Propos De La Nuit

L'espérance est une insulte à l'instant.

– Aphorismes Dans Les Herbes Et Autres Propos De La Nuit

Moi, quand je fais la grèvej'arpente les plages.

– Aphorismes Dans Les Herbes Et Autres Propos De La Nuit

À la campagne, on dirait que les chemins se promènent.

– Aphorismes Dans Les Herbes Et Autres Propos De La Nuit

Lire nous confirme que la solitude est un trésor.

Les citations révèlent l'âme de celui qui les brandit.

Un voyage, c’est une folie qui nous obsède, nous emporte dans le mythe.

L’individualité s’exprime magnifiquement dans le mouvement.

L'ermite nie la vocation de la civilisation, en constitue la critique vivante.

Une mauvaise chute vaut mieux qu’une fin insignifiante.

Je suis très peu favorable à la crispation commémorative, aux célébrations en tous genres.

Moi, je suis assez partisan de la fuite. Je trouve ça très beau.

La géographie est la plus littéraire de toutes les disciplines scientifiques.

La solitude : ce que les autres perdent à n’être pas auprès de celui qui l’éprouve.

Quand deux petits chiens vous fêtent au matin, la nuit prend la saveur de l'attente.

La pluie a été inventée pour que l'homme se sente heureux sous un toit.

Quand on se méfie de la pauvreté de sa vie intérieure, il faut emporter de bons livres.

Les sociétés n'aiment pas les ermites. Elles ne leur pardonnent pas de fuir.

Usage de la fenêtre : inviter la beauté à entrer et laisser l'inspiration sortir.

Quand le corps se meut, l’esprit vagabonde, la pensée explore des recoins intouchés.

J’écris pour lutter contre le temps et l’oubli, pour m’assurer un petit supplément de vie.

Et si les psychanalystes étaient les seuls à pouvoir mener la lutte contre le djihadisme ?

Il y a quelque chose de philosophique et littéraire dans l’ascension : c’est un condensé de vie incroyable.

Je suis persuadé que la conversation permanente avec les livres a une efficacité au moins aussi intense que les médicaments.

Il me semblerait d’utilité publique qu’on engage un corps de lecteurs, payés par la Sécurité sociale, au chevet des convalescents.

Le voyage est une fuite contre la routine, la monotonie, la familiarité, la soumission à la régulation du gouvernement collectif.

C’est ce qui est agréable dans une vie de lecteur, quand ta bibliothèque intérieure résonne à chaque instant de ta vie.

Le grand processus auquel on est soumis, c’est le processus de la désagrégation, de l’oubli et du tri.

Je trouve incroyable de ne pas tenir l’archive de son existence, tant on risque de l’abandonner au vice de l’oubli.

On dispose de tout ce qu'il faut lorsque l'on organise sa vie autour de l'idée de ne rien posséder.

Un livre peut changer une vie. Et dire qu'il n'y a aucune mise en garde d'inscrite sur la couverture !

Il y a une morsure douloureuse : le chagrin de ne pas partager avec un être aimé la beauté des moments vécus.

L'enfer, ce n'est pas les autres, c'est l'obligation de vivre avec eux.

Beaucoup de gens vous reprochent, quand vous placez dans vos livres des mots rares, de vous montrer pédant ou élitiste.

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