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Stefan Zweig

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Œuvres principalesStefan Zweig (/ˈʃtɛ.fan t͡svaɪ̯k/[2]), né le 28 novembre 1881 à Vienne, en Autriche-Hongrie, et mort par suicide le 22 février 1942, à Petrópolis au Brésil, est un écrivain, dramaturge, journaliste et biographe autrichien. Ami de Si... Plus >

Trois maîtres / Balzac, Dickens, Dostoïevski (1995)

De Stefan Zweig chez Le Livre De Poche
(9 votes, note moyenne : 3.1)

À Romain Rolland en remerciement pour son amitié indéfectible, dans les jours lumineux comme dans les jours sombres.BALZAC

Balzac est né en 1799 dans la Touraine, la province de l'abondance, la joyeuse patrie de Rabelais. La date vaut la peine d'être retenue. C'est cette année-là que Napoléon — le monde, déjà agité par ses exploits, ne l'appelait encore que Bonaparte — revint d'Égypte, moitié en vainqueur et moitié en fugitif.

Il avait combattu sous des constellations étrangères, devant les Pyramides, ces témoins de pierre ; puis, fatigué de mener péniblement à bout une œuvre grandiosement commencée, il s'était glissé, sur un esquif minuscule, entre les corvettes de Nelson qui le guettaient ; quelques jours après son arrivée, il rassemblait une poignée de fidèles, balayait le Corps législatif, qui lui faisait obstacle et, en un tour de main, se saisissait du gouvernement de la France.

1799, l'année de la naissance de Balzac, est le commencement de l'Empire. Le nouveau siècle ne connaît plus « le petit général », l'aventurier corse ; il ne connaît désormais que Napoléon, l'Empereur des Français. Pendant dix ans, pendant quinze ans encore — ce sont les années d'enfance de Balzac — les mains avides de pouvoir de l'Empereur embrassent la moitié de l'Europe, tandis que ses rêves ambitieux, semblables au vol de l'aigle, s'éploient déjà sur l'univers entier, de l'Orient jusqu'à l'Occident. Pour quelqu'un prenant une part si intense à tout ce qui se passe autour de lui, pour un Balzac, il ne peut pas être indifférent que les seize premières années de l'éveil à la vie coïncident précisément avec les seize années de l'Empire — cette époque peut-être la plus fantastique de l'histoire universelle. Car les premières impressions que l'on reçoit et la vocation sont-elles, à vrai dire, autre chose que la face interne et la face externe d'un même objet ?

Que quelqu'un, un inconnu, soit venu à Paris, d'une île quelconque de la Méditerranée, sans amis et sans emploi, sans mission et sans fonction ; que brusquement il y ait saisi à la gorge le pouvoir, pour qui il n'y avait plus de frein ; qu'il l'ait maîtrisé et contenu dans les brides de l'ordre ; qu'un homme sans appui, tout seul, un étranger, ait conquis de ses mains nues Paris, puis la France et puis l'univers, voilà un prodigieux caprice de l'histoire universelle que le jeune Balzac apprend à connaître, non pas noir sur blanc dans quelque livre, parmi des légendes ou des histoires inventées, mais directement et avec toutes les couleurs de la réalité ; voilà des événements merveilleux qui, par ses sens avidement ouverts sur le monde, pénètrent dans sa vie personnelle, peuplant de mille souvenirs concrets et bariolés le monde encore vierge de son âme. Ces événements doivent de toute nécessité prendre la force de l'exemple. Peut-être que Balzac enfant a appris à lire dans les proclamations de l'Empereur qui racontaient fièrement et brutalement, avec un pathos presque romain, les lointaines victoires ; sans doute que son doigt d'enfant a suivi maladroitement, sur la carte où la France, comme un fleuve débordé, se répandait peu à peu sur l'Europe, les marches des soldats de Napoléon — aujourd'hui franchissant le mont Cenis, demain traversant la Sierra Nevada, les rivières, au-delà desquelles est l'Allemagne, la neige, au-delà de laquelle est la Russie, et la mer, au-delà de laquelle est Gibraltar, où les Anglais avec les boulets rouges de leurs canons mettaient le feu à la flottille ennemie.

Peut-être que pendant le jour les soldats ont joué avec lui dans la rue — les soldats dont le visage portait la trace des coups de sabre des Cosaques, et peut-être que la nuit il a été souvent réveillé par le roulement furieux des canons qui se dirigeaient vers l'Autriche pour briser, à Austerlitz, la couche de glace sous les pieds de la cavalerie russe. Tous les désirs de sa jeunesse ont dû forcément se fondre dans un seul nom, une seule pensée, une seule image, qui les enflammait du feu de l'émulation : Napoléon.

Devant le grand jardin par lequel Paris s'ouvre sur le monde un arc de triomphe s'était élevé où étaient gravés les noms des villes vaincues de la moitié de l'univers, ce sentiment de domination, à quelles monstrueuses déceptions ne dut-il pas faire place lorsque, plus tard, les soldats de l'étranger, musique en tête et drapeaux flottants, défilèrent sous la fière voûte ! Ce qui se passait à l'extérieur, dans un monde en ébullition, marquait profondément sa trace dans l'âme de l'enfant. De bonne heure il assista à cet extraordinaire bouleversement des valeurs, aussi bien intellectuelles que matérielles. Il vit les assignats, qui, revêtus du sceau de la République, portaient engagement pour cent ou mille francs, s'égailler au vent, comme des bouts de papier sans aucune valeur. Sur la pièce d'or qui brillait dans sa main, il voyait tantôt l'obèse profil du roi décapité, tantôt le bonnet jacobin de la liberté, tantôt la figure romaine du Premier Consul, ou encore Napoléon en habit d'empereur.

À une époque de monstrueuses révolutions, où la morale, l'argent, la terre, les lois, la hiérarchie, bref, tout ce qui depuis des siècles était endigué dans des limites rigides s'affaissait ou débordait, à une époque où se produisaient des transformations inouïes, il devait forcément prendre de bonne heure conscience de la relativité de toutes les valeurs. Le monde autour de lui était un tourbillon, et quand, pris de vertige, le regard cherchait un point d'appui solide, un symbole, une étoile au-dessus de ces vagues cabrées, dans ce chaos d'événements montants ou descendants, c'était toujours le même personnage, la même force agissante qui donnait le branle à ces mille vacillations et oscillations. Et, qui plus est, ce personnage, Napoléon, le jeune Balzac l'avait vu lui-même.

Il le vit chevaucher vers la parade, avec les créatures de sa volonté, avec Roustan, le Mameluk, avec Joseph, à qui il avait donné l'Espagne, avec Murat, à qui il avait fait cadeau de Naples et de la Sicile, avec Bernadotte, le traître, avec tous ceux pour qui il avait forgé des couronnes et conquis des royaumes, qu'il avait élevés du néant de leur passé dans la splendeur de son présent. Pendant une seconde, de façon bien nette et bien vivante, avait rayonné sur la rétine de l'enfant une image plus grande que tous les exemples de l'Histoire : il avait vu le Grand Conquérant de l'Univers. Et, pour un enfant, voir un conquérant, n'est-ce pas la même chose que désirer en devenir un soi-même ? À ce moment-là, en deux autres endroits, vivaient paisiblement deux autres conquérants : à Kœnigsberg, un philosophe soumettait à la loi de la logique le chaos du monde, à Weimar, un poète ne possédait pas moins le monde dans sa totalité que Napoléon avec ses armées. Mais c'étaient là pour longtemps encore des lointains qui restaient inconnus à Balzac. C'est d'abord l'exemple de Napoléon qui a fait naître en lui le désir de n'aspirer toujours qu'à l'ensemble, de chercher avidement à saisir non pas quelque richesse isolée mais toute la plénitude de l'univers — enfin cette fiévreuse ambition.

Une telle monstrueuse volonté de puissance universelle n'arrive pas tout de suite à trouver son chemin. Balzac ne se décide d'abord pour aucune profession. Né deux années plus tôt, il aurait pris rang à l'âge de dix-huit ans parmi les soldats de Napoléon, il eût peut-être, près de Belle-Alliance, donné l'assaut aux hauteurs où la mitraille anglaise balayait tout devant elle. Mais l'Histoire n'aime pas les répétitions. Au ciel orageux de l'époque napoléonienne succèdent des jours d'été clairs, amollissants et alanguissants. Sous Louis XVIII le sabre devient une épée de parade, le soldat un courtisan et l'homme politique un beau parleur ; ce n'est plus le poing de fer de l'action, la sombre corne d'abondance du hasard qui dispense les hauts emplois de l'État ; ce sont de douces mains de femmes qui distribuent grâces et faveurs. La vie publique s'ensable et tarit presque ; l'écume des événements s'efface devant le miroir poli d'un étang plat et stagnant. Avec les armes il n'y avait plus moyen de conquérir le monde. Si Napoléon était pris en exemple par quelque esprit h...

Paru le 04-01-1995 - Format : Poche - 213 pages - 1 x 1 x 0 cm - 142 g - ISBN 10 : 225313628X - ISBN 13 : 9782253136286

Collection : Livre De Poche Sf


Critiques de Trois maîtres / Balzac, Dickens, Dostoïevski : avis de lecteurs (9)


  • Critique de Trois maîtres / Balzac, Dickens, Dostoïevski par Bunee (Babelio)

    Dans ces essais, somme toute relativement courts, Stefan zweig aborde les univers de trois grands de la littérature : Balzac, Dickens, et Dostoïevski. La critique est très riche et met en parrallèl...

    Lire la critique complète >
    Par Bunee - publiée le 30/05/2008

  • Critique de Trois maîtres / Balzac, Dickens, Dostoïevski par araucaria (Babelio)

    Je n'ai pas totalement adhéré à ce texte et je le regrette car généralement j'aime beaucoup les livres de Stefan Zweig. En fait je m'attendais à découvrir des biographies de ces trois grands maîtres d...

    Lire la critique complète >
    Par araucaria - publiée le 04/05/2012

  • Critique de Trois maîtres / Balzac, Dickens, Dostoïevski par isla16 (Babelio)

    …et bien ça donne un livre qui n'est pas du tout dans le ton de ceux que l'on a l'habitude de lire chez Stefan Zweig. Moi qui suis pourtant une inconditionnelle de ses biographies, une fois n'est pas...

    Lire la critique complète >
    Par isla16 - publiée le 31/01/2013

  • Critique de Trois maîtres / Balzac, Dickens, Dostoïevski par Marple (Babelio)

    Cette lecture a été pour moi un immense plaisir, du fait de la finesse du propos, de la fluidité du style et de la justesse des mots. Plus que des biographies, Stefan Zweig propose ici l'analyse psych...

    Lire la critique complète >
    Par Marple - publiée le 06/04/2013

  • Critique de Trois maîtres / Balzac, Dickens, Dostoïevski par geraldineca (Babelio)

    Stephan Zweig est un excellent auteur qui, grâce à son écriture et son talent nous fait partager son goût de la lecture. De plus, il nous fait découvrir ou redécouvrir l'univers de ces "trois maîtres"...

    Lire la critique complète >
    Par geraldineca - publiée le 03/12/2013

  • Critique de Trois maîtres / Balzac, Dickens, Dostoïevski par valamars (Babelio)

    Voilà une manière bien originale de nous faire découvrir ces 3 auteurs. Pour Balzac comme j'avais lu quelques ouvrages de ce dernier je me suis bien retrouvée dans les descriptions qu'il a pu faire de...

    Lire la critique complète >
    Par valamars - publiée le 22/05/2016

  • Critique de Trois maîtres / Balzac, Dickens, Dostoïevski par mazou31 (Babelio)

    Davantage portraits littéraires que biographies, tels que les appréciait Stefan Sweig, ces textes sont de petites merveilles d'analyse et de finesse. Ils traitent des trois écrivains qu'il considérait...

    Lire la critique complète >
    Par mazou31 - publiée le 15/07/2016

  • Critique de Trois maîtres / Balzac, Dickens, Dostoïevski par Bobby_The_Rasta_Lama (Babelio)

    Trois étoiles uniquement parce que Zweig est un de mes auteurs préférés. Je me suis toujours délectée de son style plein de justesse et de l'humanité, mais là, on entre quelque peu dans la démesure. P...

    Lire la critique complète >
    Par Bobby_The_Rasta_Lama - publiée le 18/12/2016

  • Critique de Trois maîtres / Balzac, Dickens, Dostoïevski par frandj (Babelio)

    Je connais un peu l'oeuvre De Balzac, j'ai lu les principaux romans de Dostoïevski, mais j'ai toujours "boycotté" Dickens. C'est avec beaucoup d'intérêt que j'ai découvert le travail de Stefan Zweig s...

    Lire la critique complète >
    Par frandj - publiée le 20/01/2020
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