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Stefan Zweig

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Œuvres principalesStefan Zweig (/ˈʃtɛ.fan t͡svaɪ̯k/[2]), né le 28 novembre 1881 à Vienne, en Autriche-Hongrie, et mort par suicide le 22 février 1942, à Petrópolis au Brésil, est un écrivain, dramaturge, journaliste et biographe autrichien. Ami de Si... Plus >

Bibliocollège Le joueur d'échecs (2014)

De Stefan Zweig chez Hachette Education
(372 votes, note moyenne : 4.4)

Tandis qu'en 1941 l'Europe sombre dans la terreur, le narrateur, à bord d'un paquebot, joue tranquillement aux échecs. Soudain un mystérieux joueur sort de l'ombre... Le Joueur d'échecs est la dernière œuvre de Stefan Zweig. Avec le sentiment d'assister impuissant à la déroute des valeurs humanistes auxquelles il était si fortement attaché, l'écrivain dénonce ici la barbarie nazie. Et cette dénonciation est aussi un bel éloge de l'intelligence et de la culture qui nous invite à lutter à notre tour contre tous les fanatismes et toutes les violences.

Paru le 09-04-2014 - 160 pages - 18 x 12 x 1 cm - 140 g - ISBN 10 : 2012848001 - ISBN 13 : 9782012848009

Collection : Bibliocollège

Tags : 20ème siècle, littérature allemande, autriche, littérature autrichienne, littérature germanique, guerre, seconde guerre mondiale, nazisme, psychologie, jeux, enfermement, échecs, folie, prisons, autrichiens, obsessions, classique, nouvelles, roman, littérature.

Citations de Bibliocollège Le joueur d'échecs (10)

Vous vous figurez sans doute que je vais maintenant vous parler d'un de ces camps de concentration où furent conduits tant d'Autrichiens restés fidèles à notre vieux pays, et que je vais vous décrire toutes les humiliations et les tortures que j'y souffris. Mais il n'arriva rien de pareil. Je fus classé dans une autre catégorie. On ne me mit pas avec ces malheureux sur lesquels on se vengeait d'un long ressentiment par des humiliations physiques et psychiques, mais dans cet autre groupe beaucoup moins nombreux, dont les national-socialistes espéraient tirer de l'argent ou des renseignements importants.

[...] n'est-il pas diablement aisé, en fait, de se prendre pour un grand homme quand on ne soupçonne pas le moins du monde qu'un Rembrandt, un Beethoven, un Dante ou un Napoléon ont jamais existé ?

Ce gaillard ne sait qu'une chose, derrière son front barré, c'est que depuis des mois, il n'a pas perdu une seule partie d'échecs, et comme précisément il ne soupçonne pas qu'il y a d'autres valeurs en ce monde que les échecs et l'argent, il a toutes les raisons d'être enchanté de lui-même.

C'était un livre ! Oh, un livre ! Une pensée me traversa comme un coup de feu : "Vole-le ! Si tu réussis, tu pourras le cacher dans ta cellule et ensuite le lire. Lire, lire ! Enfin lire de nouveau !"

Mais n'est-ce pas déjà le limiter injurieusement que d'appeler les échecs un jeu ? N'est-ce pas aussi une science, un art, ou quelque chose qui, comme le cercueil de Mahomet entre ciel et terre, est suspendu entre l'un et l'autre, et qui réunit un nombre incroyable de contraires ? L'origine s'en perd dans la nuit des temps, et cependant il est toujours nouveau ; sa marche est mécanique, mais elle n'a de résultat que grâce à l'imagination ; il est étroitement limité dans un espace géométrique fixe, et pourtant ses combinaisons sont illimitées. Il poursuit un développement continuel, mais il reste stérile ; c'est une pensée qui ne mène à rien, une mathématique qui n'établit rien, un art qui ne laisse pas d'œuvre, une architecture sans matière ; et il a prouvé néanmoins qu'il était plus durable, à sa manière, que les livres ou tout autre monument, ce jeu unique qui appartient à tous les peuples et à tous les temps, et dont personne ne sait quel dieu en fit don à la terre pour tuer l'ennui, pour aiguiser l'esprit et stimuler l'âme.

Vouloir jouer aux échecs contre soi-même, est donc aussi paradoxal que de vouloir marcher sur son ombre.

Autour de moi, c'était le néant, j'y étais tout entier plongé. On m'avait pris ma montre, afin que je ne mesure plus le temps, mon crayon, afin que je ne puisse plus écrire, mon couteau, afin que je ne m'ouvre pas les veines ; on me refusa même la légère griserie d'une cigarette. Je ne voyais aucune figure humaine, sauf celle du gardien, qui avait ordre de ne pas m'adresser la parole et de ne répondre à aucune question. Je n'entendais jamais une voix humaine. Jour et nuit, les yeux, les oreilles, tous les sens ne trouvaient pas le moindre aliment, on restait seul, désespérément seul en face de soi-même, avec son corps et quatre ou cinq objets muets : la table, le lit, la fenêtre, la cuvette. On vivait comme le plongeur sous sa cloche de verre, dans ce noir océan de silence, mais un plongeur qui pressent déjà que la corde qui le reliait au monde s'est rompue et qu'on ne le remontera jamais de ces profondeurs muettes.

Toute ma vie, les diverses espèces de monomanies, les êtres passionnés par une seule idée m'ont fasciné, car plus quelqu'un se limite, plus il s'approche en réalité de l'infini ; et ces gens-là précisément, qui semblent s'écarter du monde, se bâtissent, tels des termites, et avec leur matériau particulier, un univers en miniature, singulier et parfaitement unique.

On ne nous faisait rien - on nous laissait seulement en face du néant, car il est notoire qu'aucune chose au monde n'oppresse davantage l'âme humaine.

Dès le moment où je cherchais à jouer contre moi même, je me mis inconsciemment au défi. Le noir que j'étais rivalisait avec le blanc que j'étais aussi, chacun d'eux devenait avide et impatient en voulant gagner la pensée de ce que je ferais en jouant avec les blancs, me donnaient la fièvre quand je jouais avec les noirs. L'un des deux adversaires qui étaient en moi, triomphait, et s'irritait à la fois quand l'autre commettait une erreur ou manquait d'astuce. Tout cela paraît dépourvu de sens, le serait en effet s'il s'agissait d'un homme normal vivant dans des conditions normales.

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Critiques de Bibliocollège Le joueur d'échecs : avis de lecteurs (5)


  • Critique de Bibliocollège Le joueur d'échecs par EveD (Babelio)

    J'avais lu, avant même de commencer Le Joueur d'échecs, une critique faisant l'éloge du parallèle entre la nouvelle et le nazisme. C'est dans cette optique, et avec la ferme intention de dénicher cett...

    Lire la critique complète >
    Par EveD - publiée le 19/05/2020

  • Critique de Bibliocollège Le joueur d'échecs par Fernandopaz (Babelio)

    Éblouissante manière de dénoncer les atrocités d'une dictature.

    Lire la critique complète >
    Par Fernandopaz - publiée le 20/05/2020

  • Critique de Bibliocollège Le joueur d'échecs par des_mots_plein_les_yeux (Babelio)

    Trois euros, qu'il coûtait ce petit livre, ce petit livre d'un grand auteur. À ce prix-là, je me voyais pas bien faire mon difficile, même si trois euros, quand même, ça compte pas pour un rien. Je me...

    Lire la critique complète >
    Par des_mots_plein_les_yeux - publiée le 21/05/2020

  • Critique de Bibliocollège Le joueur d'échecs par Doubleplusgood (Babelio)

    Bon, j'ai fini de lire ce petit livre de Stefan Zweig, un chef-d'oeuvre pour beaucoup, mais je reste avec une certaine frustration. D'abord parceque ce livre parle essentiellement du jeu d'échecs, e...

    Lire la critique complète >
    Par Doubleplusgood - publiée le 22/05/2020

  • Critique de Bibliocollège Le joueur d'échecs par Isa0409 (Babelio)

    and #9823; Je ne sais pas vous, mais quand je lis Stefan Zweig, il se passe deux choses : la première, c'est que je suis happée par le récit et, bien souvent, je lis ses romans d'une traite, impossible d...

    Lire la critique complète >
    Par Isa0409 - publiée le 08/06/2020

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