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Sorj Chalandon

Après trente-quatre ans à Libération, Sorj Chalandon est aujourd’hui journaliste au Canard enchaîné. Ancien grand reporter, prix Albert-Londres (1988), il est aussi l’auteur de sept romans, tous parus chez Grasset. Le Petit Bonzi (2005), Une promesse (2006 – prix Médicis), Mon traître (2008), La Légende de nos pères (2009), Retour à Killybegs (2011 – Grand Prix du roman de l’Académie française), Le Quatrième Mur (2013 – prix Goncourt des lycéens), Profession du père (2015) et Le Jour d'avant (2017).

Présentation de Sorj Chalandon (Wikipedia)

Sorj Chalandon, né à Tunis le 16 mai 1952[2], est un journaliste et écrivain français.

Livres de Sorj Chalandon

Citations de Sorj Chalandon (21)

Le client raconte, le biographe écrit. C'est son devoir, sa fonction, son rôle. Et peu importe si tout est trop beau ou trop calme.

– La Légende de nos pères

A mon frère, il a parlé du convoi du 27 avril 1944. Des six chiffres tatoués sur son avant-bras gauche. Il a raconté son retour, seul. Les drapeaux fanés qui l'avaient accueilli. Son réseau sans honneurs, sans hommages, sans rien.La guerre redevenue la paix, les prisonniers errants, les soldats jetés aux civils par milliers. Les douleurs qui glacent, les bravoures qui ennuient, les désarrois qui agacent aussi. Son retour de camp, c'était cela. Des résistants en trop,des déportés en plus, une humanité barbelée dont on n'a su que faire.

– La Légende de nos pères

Paupières closes, mains posées sur les accoudoirs du fauteuil, canne entre les genoux, il a chanté. Comme s'il était seul, ou fou, ou fatigué de tout.Je viens de fermer ma fenêtreLe brouillard qui tombe est glacéJusque dans ma chambre, il pénètreNotre chambre pleure le passé... Sa voix était rocaille, sourde, en éclats de briques.— Vous connaissez ?— Oui, j'ai répondu. La musique, pas les paroles.Le vieil homme a souri. ... Il a dit que souvent, c'était ainsi. De la guerre, les gens d'aujourd'hui connaissaient la musique, mais pas les paroles...— Cette chanson s'appelle «Seule ce soir», elle était chantée par Léo Marjane en 1941....Encore, il a chanté.Dans la cheminée le vent pleureLes roses s'effeuillent sans bruitL'horloge, en marquant les quarts d'heure,D'un son grêle berce l'ennui.

– La Légende de nos pères

P. 66 - J'ai raconté mon enfance. Mon père sans confidences, ma mère sans profession, mon frère sans yeux. J'ai avoué ma solitude...

– La Légende de nos pères

Mon père était mort. Et avec lui ma part de fierté. Ce sillon d'histoire me manquait.

– La Légende de nos pères

"On fait son deuil.C'est effroyable, mais on le fait.Après avoir été au loin, au plus profond, creusé par l'absence et le silence,sans air, sans lumière, sans souffle, sans pensée, sans rêve , sans voix, après avoir perdu la faim, la foi, les nuits, après avoir tremblé à l'infini, après avoir eu froid tous les jours sans l'autre, tous ces gestes sans l'autre .......On défroisse le linceul qui nous couvrait aussi, on caresse l'étoffe, on la regarde encore,on la plie avec soin, on fait son deuil , mais on ne revient pas d'un rendez- vous manqué."

– La Légende de nos pères

Son retour de camp, c'était cela. Des résistants en trop, des déportés en plus, une humanité barbelée dont on n'a su que faire.

– La Légende de nos pères

Comment approcher l'évident, le simple, des feuilles qui frissonnent. Parce qu'écrire frissonner, c'est déjà s'éloigner de la feuille. Elles ne frissonnent pas, les feuilles. Elles font tout autre chose que ce qu'en dit le vent. Elles ne bougent pas, ne remuent pas, ne palpitent pas. Elles feuillent. Voilà, elles feuillent, les feuilles. Et le ciel, il nuage.

– La Légende de nos pères

L'odeur du tabac brun a la voix de mon père.

– La Légende de nos pères

- Nous n'attendions pas des honneurs insignes, des récomprenses exceptionnelles, des traitements de faveur. Nous ne nous apprêtions pas à jouer le rôle de héros nationaux... L'un des gars a dit ça devant la tombe ouverte. C'était le seul que mon père appelait "compagnon". Ils avaient combattu ensemble dans une section du Loiret, puis en région parisienne. Ils avaient été arrêtés ensemble, déportés ensemble. Et ils étaient revenus de camp avec du cœur en moins.

– La Légende de nos pères

Parfois dans l'obscurité, après m'avoir giflé, il passait ses doigts sous mes yeux. Il voulais savoir si je pleurais. Je savais qu'il aurait ce geste. Dès les premiers coups, je le savais. Il terminait toujours ses punitions en vérifiant ma douleur. Mais je ne pleurais pas. Jamais je n'ai pleuré. "Mais pleure donc !", suppliait ma mère. Pendant que je protégeais mon visage, je glissais les doigts dans ma bouche. Je les mouillais de salive et barbouillais mes joues. Alors il prenait ma bave pour des larmes, certain que son diable de fils avait enfin compris la leçon.

– Retour à Killybegs

Je n'ai jamais reconnu d'élégance à mon ennemi. Je cherchais à le tuer, il cherchait à m'abattre. La guerre n'avait jamais été rien d'autre.

– Retour à Killybegs

Il écoutait mes yeux, pas mes réponses.

– Retour à Killybegs

Ce n'était ni méchant ni moqueur. Mais l'impression qu'il y avait toujours un jugement derrière le rideau. Les Britanniques surveillaient nos gestes, l'IRA surveillait notre engagement, les curés surveillaient notre pensée, les parents surveillaient notre enfance et les fenêtres surveillaient nos amours. Rien ne nous cachait jamais.

– Retour à Killybegs

Dans la rue, un crieur de journaux vendait le Belfast Telegraph. Il hurlait des centaines de morts, un millier de blessés. Moi, j'ai vu un bras. Je n'ai pas pleuré. J'ai fait comme tous ceux qui passaient. Mon index et mon majeur sur mon front, ma poitrine, mon épaule gauche, mon épaule droite. Au nom du père et de tous les autres. J'avais décidé de ne plus être un enfant.

– Retour à Killybegs

J'ai de la fièvre. Le jour tarde. J'attends toujours ce lambeau de clarté. J'ai froid de mon pays, mal de ma terre. Je ne respire plus, je bois. La bière coule en pleurs sur ma poitrine. Je sais qu'ils m'attendent. Ils vont venir. Ils sont là. Je ne bougerai pas. Je suis dans la maison de mon père. Je les regarderai en face, leurs yeux dans les miens, le pardon du fusillé offert à ses bourreaux.

– Retour à Killybegs

Mon oncle ne buvait plus depuis 10 ans. Un soir, il avait renversé sa voiture, heurtant un poteau, puis un arbre et roulant dans le fossé. Hilda et lui revenaient de chez le médecin. Les analyses de sa femme n'étaient pas bonnes. Ils n'auraient pas d'enfant, jamais. Rien d'autre qu'elle et lui, chaque matin, chaque soir, tous les jours de la vie. Et il en serait ainsi jusqu'à ce que l'un parte et que l'autre le suive.En chemin, ils avaient bu pour oublier. Ils avaient traversé la frontière en criant, hurlant adieu aux Brits par la fenêtre ouverte. Et vive la République ! Et revoilà enfin le pays ! Et il a dérapé sur son sol. La voiture s'est retournée. Lawrence a vécu. Hilda est morte. Depuis, mon oncle avait remplacé l'ivresse par le silence.

– Retour à Killybegs

J'ai pris peur de l'autre en moi. Je me suis dégoûté. Toute ma vie j'avais recherché les traîtres, et voilà que le pire de tous était caché dans mon ventre. 

– Retour à Killybegs

- Tu serais quoi si tu n'étais pas irlandais, avait demandé le patron du Mullin's.- Je serais honteux, lui avait répondu mon père.

– Retour à Killybegs

Le regard d'Antoine a été l'un des plus beaux jamais portés sur moi, et aussi l'un des derniers.Lorsque le petit Français me regardait, je m'aimais. Je m'aimais dans ce qu'il croyait de moi, dans ce qu'il disait de moi, dans ce qu'il espérait. Je m'aimais, lorsqu'il marchait à mes côtés comme l'aide de camp d'un général. Lorsqu'il prenait soin de moi. Qu'il me protégeait de son innocence. Je m'aimais, dans ses attentions, dans la fierté qu'il me portait. Je m'aimais, dans cette dignité qu'il me prêtait, dans ce courage, dans cet honneur. J'aimais de lui tout ce que son coeur disait de moi. Lorsque Antoine me regardait, il voyait le Fianna triomphant, le compagnon de Tom Williams, le rebelle de Crumlin, l'insoumis de Long Kesh. Lorsqu'il me regardait, Danny Finley était vivant.

– Retour à Killybegs

La tragédie, c’est gratuit. C’est sans espoir. Ce sale espoir qui gâche tout. Enfin, il n’y a plus rien à tenter. C’est pour les rois la tragédie.

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