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Sophocle

Présentation de Sophocle (Wikipedia)

Œuvres principalesSophocle (en grec ancien Σοφοκλῆς / Sophoklễs), né à Colone en -495 et mort en -406, est l'un des trois grands dramaturges grecs dont l'œuvre nous est partiellement parvenue, avec Eschyle et Euripide. Il est principalement l'auteur de cent vingt-trois pièces (dont une centaine de tragédies), mais dont seules sept nous sont parvenues. Cité comme paradigme de la tragédie par Aristote, notamment pour l'usage qu'il fait du chœur et pour sa pièce Œdipe roi, il remporte également le nombre le plus élevé de victoires au concours tragique des grandes Dionysies (dix-neuf), et n'y figure jamais dernier. Son théâtre rompt avec la trilogie « liée » et approfondit les aspects psychologiques des personnages. Ses pièces mettent en scène des héros, souvent solitaires et même rejetés (Ajax, Antigone, Œdipe, Électre) et confrontés à des problèmes moraux desquels naît la situation tragique. Comparé à Eschyle, Sophocle ne met pas ou peu en scène les dieux, qui n'interviennent que par des oracles dont le caractère obscur trompe souvent les hommes, sur le mode de l'ironie tragique.

Livres de Sophocle

Citations de Sophocle (130)

Me voilà donc ici, sans plaisir pour moi, sans plaisir pour vous, je le sais : nul n'éprouve de tendresse pour un porteur de mauvaises nouvelles.

– Antigone

Antigone:Oui, car ce n'est pas Zeus qui l'avait proclamé. Ce n'est pas la Justice, assise aux côtés des dieux infernaux. Non, ce ne sont pas là les lois qu'ils ont jamais fixées aux hommes, et je ne pensais pas que tes défenses, à toi, fussent assez puissantes pour permettre à un mortel des passer outre a d'autres lois non écrites, inébranlables des dieux!

– Antigone

Je suis de ceux qui aiment et non de ceux qui haïssent.

– Antigone

ISMENE : Mais c'est dès le principe qu'il faudrait renoncer à chercher l'impossible.ANTIGONE : Va, continue à raisonner ainsi, et tu auras ma haine, (...). Va donc, et laisse-nous, moi et ma sottise, courir notre risque.

– Antigone

HEMON. – […] Père, ton bonheur m'est plus cher que tout : un père florissant fait l'orgueil de ses enfants comme de beaux enfants sont l'orgueil de leur père. Mais montre-toi moins absolu dans tes jugements ; ne te crois pas l'unique détenteur de la vérité. Ceux qui pensent avoir seuls reçu la sagesse en partage ou posséder une éloquence, un génie hors de pair, on découvre à l'épreuve l'inanité de leurs prétentions. Même pour un grand clerc, il n'y a pas de honte à s'instruire sans cesse et à réformer ses jugements.

– Antigone

La sagesse est de beaucoup la première des conditions du bonheur. (...) Les orgueilleux voient leurs grands mots payés de grands coups du sort, et ce n'est qu'avec les années qu'ils apprennent à être sages.

– Antigone

"Regardez-moi, vous qui habitez la cité de la terre paternelleC'est le dernier cheminQue je parcours, et c'est le dernier soleilDont je vois la lumière :Ce ne sera jamais plus. Oui, celui qui faitLe lit de tous, Hadès, m'emmène vivanteAu rivageDe l'Achéron, et je n'ai pas eu ma partNuptiale, je n'ai pas eu devant la maison d'un fiancéQuelqu'un pour me chanterLe chant nuptial : non, je serai la fiancée de l'Achéron."

– Antigone

Jamais n'a grandi chez les hommes pire institution que l'argent. C'est l'argent qui détruit les États ; c'est lui qui chasse les citoyens de leurs maisons ; c'est lui dont les leçons vont séduisant les cœurs honnêtes, leur font embrasser l'infamie.

– Antigone

Quiconque s'imagine être le seul à bien raisonner et prétend détenir le privilège de la parole et de l'intelligence, une fois qu'on l'a mis à nu, on s'aperçoit que ce n'est que du vide.

– Antigone

Avant tout, il ne faut pas s'obstiner à l'impossible.

– Antigone

Ne va pas, sur un simple soupçon, m'incriminer sans m'avoir entendu. Il n'est pas équitable de prendre à la légère les méchants pour les bons, les bons pour les méchants. Rejeter un ami loyal, c'est en fait se priver d'une part de sa propre vie, autant dire de ce qu'on chérit plus que tout. Mais cela, il faut du temps pour l'apprendre de façon sûre. Le temps seul est capable de montrer l'honnête homme, tandis qu'il suffit d'un jour pour dévoiler un félon.

– Œdipe Roi

Subitement, il poussa un cri terrible et, comme mené par un guide, le voilà qui se précipite sur les deux vantaux de la porte, fait fléchir le verrou qui saute de la gâche, se rue enfin au milieu de la pièce... La femme est pendue ! Elle est là, devant nous, étranglée par le nœud qui se balance au toit... Le malheureux à ce spectacle pousse un gémissement affreux. Il détache la corde qui pend, et le pauvre corps tombe à terre... C'est un spectacle alors atroce à voir. Arrachant les agrafes d'or qui servaient à draper ses vêtements sur elle, il les lève en l'air et il se met à en frapper ses deux yeux dans leurs orbites.

– Œdipe Roi

Personne dans sa ville ne pouvait contempler son destin sans envie. Aujourd'hui, dans quel flot d'effrayante misère est-il précipité ! C'est donc ce dernier jour qu'il faut, pour un mortel, toujours considérer. Gardons-nous d'appeler jamais un homme heureux, avant qu'il ait franchi le terme de sa vie sans avoir subi un chagrin.

– Œdipe Roi

Je ne suis pas né avec le désir d'être roi, mais bien avec celui de vivre comme un roi. Et de même quiconque est doué de raison.

– Œdipe Roi

Hélas ! qu'il est terrible de savoir, quand le savoir ne sert de rien à celui qui le possède !

– Œdipe Roi

On ne doit estimer heureux aucun mortelavant de voir son dernier jour et qu'il ait atteintle terme de sa vie sans subir de souffrance.

– Œdipe Roi

Œdipe. Eh bien, ce mystère, je remonterai à sa source, moi, et je l'éclaircirai. Phœbos a pleinement raison, et toi aussi tu as raison, Créon, de prendre en main la cause du mort. Et mon intervention n'est pas moins légitime, lorsque ce pays et le dieu réclament réparation. Ce n'est pas dans l'intérêt d'amis éloignés, c'est dans mon propre intérêt que j'abolirai cette souillure : quel qu'il soit, l'assassin de Laïos m'a déjà condamné ; prêter assistance au défunt, c'est donc me défendre moi-même. Allons, vite, mes enfants, debout ; et emportez ces rameaux suppliants. Que l'un de vous assemble le peuple de Cadmos : je prends en main l'affaire. Avec l'aide du dieu, vous me verrez réussir ; sinon, je ne m'en relèverais pas.

– Œdipe Roi

Ah ! noble et cher Œdipe ! Ainsi la chambre nuptiale a vu le fils après le père entrer au même port terrible ! Comment, comment le champ labouré par ton père a-t-il pu si longtemps, sans révolte, te supporter, ô malheureux ?

– Œdipe Roi

JOCASTE : Je veux savoir d'abord ce qui est arrivé.LE CHŒUR : Une idée qu'on s'est faite sur des mots mal compris.

– Œdipe Roi

Les hommes éprouvés se trouvent aussi ceux dont je vois les conseils le plus souvent couronnés de succès.

– Œdipe Roi

Même si on est outragé, on ne peut haïr ses enfants.

De tous les mots, les plus douloureux sont ceux que l'on s'est infligés soi-même.

Il en va toujours de même : chacun ne travaille que pour soi.

Un chef avisé montre sa force et dissimule ses points faibles.

C'est folie d'entreprendre plus qu'on ne peut.

Tout est bruit pour qui a peur.

Qui juge lentement juge sûrement.

Plus faibles sont les risques, meilleure est l'entreprise.

Le sort qui vous emporte, il faut le porter courageusement.

Je suis né pour partager l'amour et non la haine.

Etrange chose que d'être mère ! Ils ont beau nous faire du mal, nous n'avons pas de haine pour nos enfants.

C'est terrible, le commerce des grandes oeuvres ; où trouver l'énergie et la certitude d'avoir encore à écrire quand on fréquente Sophocle et Shakespeare ?

Esclave de corps, d’esprit libre.

Ce qu'on cherche, on le trouve.

Se tromper est le fait de tous les hommes.

Présent d'ennemi, présent de malheur.

Le mauvais exemple est contagieux.

Est heureux qui sait qu'il est heureux.

J'ai l'habitude de me taire sur ce que j'ignore.

Celui qui ne craint pas d'agir ne craint pas de parler.

L'homme porte en lui la semence de tout bonheur et de tout malheur.

Parler beaucoup est une chose, parler à bon escient en est une autre.

Ne proclamons heureux nul homme avant sa mort.

Un bien acquis par fraude ne profite jamais longtemps.

Quoi de plus agréable que de rire aux dépens d'un ennemi ?

Qui a le droit avec soi peut aller le front haut.

Pour agir avec prudence, il faut savoir écouter.

D'un fâcheux emportement, rien ne peut naître que de fâcheux.

L'argent, ah ! Fléau des humains !

Il n'y a pas au monde de pire malheur que la servitude.

Rien n'est blessant comme un reproche injuste.

Il n'y a pas de plus grande joie que celle qu'on n'attend pas.

Un jour suffit pour faire monter ou descendre toutes les fortunes humaines.

Je pardonne à qui entend des injures de répondre par des insultes.

Il n'y est pas de bienfaiteur qui ne songe un peu à lui-même.

Le silence donne aux femmes une grâce qui leur sied.

Le savoir est de beaucoup la portion la plus considérable du bonheur.

Quiconque va trouver un tyran devient son esclave, même s'il est venu libre.

Lorsque Dieu se prépare à faire du mal à un homme, il endommage d'abord son esprit.

C’est le temps seul qui révèle l’homme juste ; un seul jour dévoile le perfide.

Jamais, dans une cité, les lois n’auraient la force qui convient, si elles n’étaient pas maintenues par la peur.

Il n'y a pas de loi plus belle que d'obéir à un père.

Rendre service de tout son pouvoir, de toutes ses forces, il n'est pas de plus noble tâche sur la terre.

Il est bien des merveilles en ce monde, il n'est pas de plus grande que l'homme.

En face du vrai bonheur, les richesses valent l'ombre d'une fumée.

Pour les hommes, il n'y a jamais eu d'institution aussi fatale que l'argent.

Le pêcheur qui, à coups de rames, fait avancer sa barque, a son passé devant lui et son avenir dans le dos.

L'ami, de son serment oblige, ne va pas déshonorer son nom en l'accusant sans preuves.

La jeunesse grandit dans un domaine qui n'est qu'à elle, où ni l'ardeur du ciel, ni la pluie, ni les vents ne viennent l'émouvoir.

Mieux vaut cent fois n'être pas né ; mais s'il nous faut voir le jour, le moindre mal est de s'en retourner là d'où l'on vient.

Seul un sot voudrait se mesurer au dieu de l'Amour, l'amour ne suit que sa voie avec les dieux eux-mêmes. Alors pourquoi pas avec moi ?

ÉLECTRE : Songes-y bien : si tu veux établir ce principe pour tous, ne risques-tu pas d'établir ainsi ton propre malheur et d'avoir à t'en repentir. On doit donc tuer un homme pour un autre ? Mais tu serais alors la première à mourir si tu étais punie comme tu le mérites !

– Electre

ORESTE : Il faudrait que le châtiment intervînt toujours sur l'heure, pour quiconque prétend passer outre aux lois : la mort ! La canaille ainsi serait moins nombreuse.

– Electre

{N. B. : voici un passage d'une rare intensité pour l'époque et qui doit vous prouver combien Sophocle, dans sa manière d'écrire le théâtre, est en avance sur son temps et qui, à beaucoup d'égards, annonce un genre inconnu alors : le roman.}Tous s'arrêtent à l'endroit où les juges désignés leur ont attribué leurs places par le sort et leur ont fait ranger leurs chars. La trompette d'airain donne le signal : ils partent, et tandis qu'ils excitent leurs chevaux de la langue, de leurs mains ils secouent les guides. Le stade entier s'emplit du fracas des chars sonores ; la poussière monte vers le ciel, et tous les concurrents ensemble, confondus, n'épargnent pas le fouet : chacun entend dépasser les moyeux ou l'attelage hennissant de ses rivaux. Sur leur dos, sur leurs roues en marche, le souffle des chevaux jaillit, écumant. Oreste, qui va menant tout contre la borne extrême, l'effleure à chaque fois de son essieu, en rendant la main au cheval de volée, à droite, et en retenant au contraire le cheval qui frôle la borne. Tous les chars jusque-là étaient restés intacts, quand soudain, au moment d'achever le sixième tour et de commencer le septième, les chevaux de l'Éniane prenant le mors aux dents, enlèvent leur char, et faisant demi-tour, vont donner du front contre le char cyrénéen. Alors, du même coup, voilà les chars qui se brisent, qui s'écroulent l'un sur l'autre. La plaine entière de Crisa est remplie de leurs débris. L'adroit cocher d'Athènes se rend compte du danger. Il tire vers l'extérieur et suspend sa marche un moment, de façon à laisser passer le flot trouble des chars qui roule dans l'arène. Oreste menait le dernier, maintenant ses cavales en queue, se réservant pour la fin de course. Il voit qu'il ne lui reste qu'un seul concurrent. Il fait claquer un bruit sec aux oreilles de ses animaux ardents et se lance... Tous deux maintenant vont menant de front. Tantôt c'est l'un, tantôt c'est l'autre, dont on aperçoit la tête en avant de son propre char. Le malheureux avait sans défaillance mené son char bien droit tous les autres tours, bien droit lui-même sur son char toujours droit, quand soudain il laisse filet la guide de gauche au moment même où son cheval prend le tournant, et, malgré lui, il heurte alors la borne, brise son essieu entre les moyeux et glisse par-dessus la rampe de son char. Le voilà aussitôt empêtré dans les guides et, tandis qu'il roule à terre, ses chevaux s'égaillent à travers la lice. Le peuple qui le voit tomber de son char pousse un cri de deuil sur le jeune athlète : quel désastre après quels exploits ! On le voit tantôt projeté au sol et tantôt les jambes dressées vers le ciel — jusqu'au moment où les autres cochers, arrêtant à grand-peine la course des bêtes, le dégagent, couvert de sang, dans un état où pas même un des siens ne pourrait reconnaître sa pauvre dépouille.

– Electre

ÉLECTRE : Il suffit de si peu de mots pour décider souvent ou d'un échec ou d'un succès.

– Electre

CLYTEMNESTRE : Chose étrange que d'être mère ! Quelque mal qu'ils vous fassent, on ne peut haïr ses enfants.

– Electre

ÉLECTRE : Déjà, toute seule, j'aurais su atteindre un de mes deux buts : me sauver glorieusement, ou glorieusement périr.

– Electre

LE CHŒUR : Ni sanglots ni prières n'arracheront ton père au marais de l'Enfer, où tous doivent descendre. Et toi, en passant la mesure pour te plonger dans un deuil éperdu, pour te lamenter sans répit, tu te tues lentement, sans davantage parvenir à te délivrer de tes maux. Pourquoi ne chercher que ce qui t'afflige ? [...] Tu n'es pas la seule parmi les humains à qui la douleur se soit révélée, ma fille, et, en face d'elle, tu montres quelque excès, comparée à d'autres.

– Electre

ÉLECTRE:Et nulle voix autre que la mienne, père, ne retentit pour crier la misère de cette mort inique et misérable ! Mais je n'aurai cesse à mes larmes, à mes amers gémissements, aussi longtemps que je verrai les astres darder leur étincellement, et le jour rayonner. Oui, comme un rossignol devant sa nichée dévastée, je clamerai sur le seuil paternel, sans cesse, à tous échos, l'appel de mes sanglots. Ô fief d'Hadès et Perséphone, ô Hermès souterrain, ô Malédiction imprescriptible, et vous, redoutables filles des dieux, les Érinyes, dont l'œil est ouvert sur les crimes d'assassinat et sur les trahisons d'alcôve, venez me donner votre appui, vengez me meurtre de mon père, en ramenant mon frère : seule, c'en est trop pour mes forces ! le poids de ma douleur l'emporte contre moi...

– Electre

ÉLECTRE : Le malheur oblige à être méchant. [...] Voir les actes honteux enseigne à les commettre.

– Electre

LE CHŒUR : Il est des choses qu'on ne discute pas, lorsqu'on a affaire aux puissants.

– Electre

[DÉJANIRE] Là-devant, malheureuse que je suis, je ne sais à quelle pensée me jeter, mais je vois que j'ai fait quelque chose d'épouvantable. Car enfin, quel motif, quelle dette avait-il, ce centaure, au moment de mourir, pour me montrer de la bienveillance, à moi qui était cause de sa mort ? Impossible ! S'il me cajolait, c'était pour obtenir la perte de celui qui l'avait frappé (Héraclès). Et moi, je ne le comprends que trop tard, quand cela ne sert plus à rien. C'est moi seule, si mon pressentiment ne me trompe pas, c'est moi, misérable, qui aurait détruit sa vie !

– Les Trachiniennes

HÉRACLÈS : Va, mon fils, fais cela ; aie pitié de celui qui a droit à mille pitiés, qui crie et qui pleure ici comme une fille, alors que cela, personne ne peut dire qu'il l'ait jamais vu faire à l'homme que je fus. Toujours, sans une plainte, je suivais les douleurs. Mais cette fois, sous pareil coup, je me révèle, hélas ! une simple femme...

– Les Trachiniennes

[Le chœur à Déjanire]Oui, j'ai des reproches à te faire:je te les adresse avec déférence,mais sans biaiser: tu ne devrais pas,je te le dis, laisser flétrirtes pensées d'heureux avenir!Être à l'abri de la douleur,même le Tout-Puissant, le Roi fils de Cronosne l'a point assigné aux mortels; non: sur touspeine et joie vont leur cercle,comme la ronde que décriventles étoiles de la Grande Ourse.

– Les Trachiniennes

[HÉRACLÈS] Va, mon fils, ne te dérobe pas, aie pitié de moi, qui fais pitié à tous, et qui hurle et sanglote comme une petite fille... Cela, personne avant ce jour, ne prétendra qu'il l'a vu faire à Héraclès : sans une plainte, je suivais toujours mon rude chemin. Mais à présent, tombé de si haut, on me voit me conduire comme une femmelette ! Quelle misère !

– Les Trachiniennes

[HÉRACLÈS] Une prédiction m'a été faite jadis par mon père: "Tu ne périras point par le fait d'âme qui vive, mais par un mort déjà relégué dans l'outre-tombe." Et c'est bien le monstre, le centaure, qui, selon la divine prédiction, m'a tué, moi vivant, après sa mort.

– Les Trachiniennes

DÉJANIRE: Finalement la décision qu'apporta Zeus-Arbitre fut heureuse... Heureuse? voire! Élue comme épouse d'Héraclès, devenue sa compagne, je ne cesse d'aller d'angoisse en angoisse : elles me rongent. Je me fais tant de souci pour lui ! La chagrin me hante : la nuit le lègue à la nuit, qui ne l'écarte que pour le remplacer.

– Les Trachiniennes

CHANT DU CHŒUR. – […] Soit dit sans te blesser, ce trop d'inquiétude, je ne l'approuve pas. Je dis qu'il ne faut pas toujours décourager ton espérance, De sort affranchi des douleurs, jamais le roi tout-puissant, le fils de Cronos lui-même n'en assigne aux mortels ; mais la joie et la peine alternent pour chacun, comme en leur parcours circulaire passent les étoiles de l'Ourse, Rien n'est constant pour les mortels, ni la nuit d'astres diaprée, ni les revers, ni la richesse ; brusquement, quittant l'un, de l'autre s'approchant, ainsi va le bonheur, ainsi l'adversité.

– Les Trachiniennes

Ce que l'avenir nous réserve, nul ne saurait le prévoir ; mais l'heure présente est lourde d'affliction pour nous, de honte pour eux, et, pour celui qu'ils ont frappé, d'une souffrance qui passe les forces humaines.

– Les Trachiniennes

HERACLES : - […] Mon fils, aie pitié de ton père ! Tire ton glaive et ne crains point le blâme : frappe là, sous la clavicule, et guéris-moi des tourments par lesquels ta mère -l'impie !- excita mes fureurs ! Ah ! puissé-je à son tour la voir tomber, et de la même mort dont je péris, mourir ! Frère de Zeus, Hadès, dispensateur de paix, envoie au malheureux la mort à tire-d'aile ! Endors, endors enfin ses forces consumées…

– Les Trachiniennes

DEJANIRE. – C'est une sagesse vieille comme le monde qui dit que de toute vie mortelle il faut attendre le terme avant d'affirmer qu'elle fut heureuse ou malheureuse. Hélas ! je n'ai pas besoin d'être allée chez Hadès pour savoir combien l'infortune aura pesé sur la mienne.

– Les Trachiniennes

ULYSSE : Moi aussi, quand j'étais jeune, j'avais la langue paresseuse, le bras toujours prêt à agir. Aujourd'hui, expérience faite, je vois que ce qui mène tout, c'est la langue et non les actes.

– Philoctète

ULYSSE - Aucune chance de le persuader ! Et de vive force, tu ne l'auras pas.NEOPTOLEME - Il a donc de si puissantes raisons d'être assuré de ce qu'il peut?ULYSSE - Oui: des flèches que nul n'évite, et qui rayonnent la mort.NEOPTOLEME - Mais alors, avec un tel homme, les approches mêmes ne sont pas sûres?ULYSSE - Non, à moins de le prendre par ruse, comme je te dis.NEOPTOLEME - Il n'y a donc pas de honte, selon toi, à dire des mensonges?ULYSSE - Non, si le mensonge permet de se tirer d'affaire.NEOPTOLEME - Mais quel front faudrait-il pour oser un tel langage?ULYSSE - Quand ça rapporte, il n'y a pas à hésiter.NEOPTOLEME - Et qu'est-ce que cela me rapportera qu'il vienne sous Troie?ULYSSE - Son arc, ses flèches sont la perte de Troie. Eux seuls.

– Philoctète

NÉOPTÉLÈMEQue m'ordonnes-tu donc, si ce n'est de mentir ?ULYSSEJe dis que tu dois te saisir de Philoctète par ruse.NÉOPTÉLÈMEPourquoi le tromper plutôt que le persuader ?ULYSSEOn ne le persuadera pas, et tu ne pourras te saisir de lui par la force.NÉOPTÉLÈMEEst-il si orgueilleusement sûr de ses forces ?ULYSSESes flèches donnent inévitablement la mort.NÉOPTÉLÈMEIl n'est donc pas d'un homme brave de l'approcher ?ULYSSETu ne le prendras jamais que par ruse, comme je le dis.NÉOPTÉLÈMEMais tu ne penses donc pas qu'il est honteux de dire des choses fausses ?ULYSSENon, si le mensonge apporte le salut.NÉOPTÉLÈMEDe quel front ose-t-on parler ainsi ?ULYSSEQuand on agit pour un profit, il ne convient pas d'hésiter.NÉOPTÉLÈMEQuel profit ai-je à ce qu'il vienne à Troie ?ULYSSESes flèches seules prendront Troie.NÉOPTÉLÈMEN'est-ce donc pas moi, oui, moi, comme il est dit, qui la prendrai ?ULYSSENi toi sans elles, ni elles sans toi.NÉOPTÉLÈMESi la chose est ainsi, il faut nous en saisir.ULYSSESi tu fais cela, tu y auras un double avantage.NÉOPTÉLÈMELequel ? Dis, et je ne refuserai point d'agir.ULYSSETu seras tenu à la fois pour habile et brave.NÉOPTÉLÈMEAllons ! j'agirai et mettrai toute honte de côté.

– Philoctète

NÉOPTOLÈME : Je le tiens encore pour moins coupable que les hommes au pouvoir. Tout un État est dans ses chefs, et toute une armée de même. Les gens qui se conduisent mal doivent aux leçons de leurs maîtres d'être devenus des méchants.

– Philoctète

NEOPTOLEMEToutes choses sont difficiles quand on renonce à sa propre nature et quand on entreprend ce qui est indigne de soi.

– Philoctète

LE CHŒUR. – Insouciant Sommeil qu'épargne la douleur, Sommeil, viens près de nous répandre ton haleine, mon doux seigneur, délice de nos jours, et garde aux traits de ce dormeur, cette sérénité qui s'y peint à présent…

– Philoctète

LE CHŒURÀ la vérité, j'ai pitié de lui, car personne ne s'en inquiète et le malheureux n'est consolé par l'aspect d'aucun mortel ; mais toujours seul, il souffre d'un mal affreux, et il va errant, en proie au désir toujours déçu de toute chose nécessaire. Comment le malheureux résiste-t-il ? Ô industrie vainement habile des mortels ! Ô misérables générations des hommes pour qui la vie mauvaise passe toute mesure !

– Philoctète

HERACLES. – […] Ayez soin, quand vous ravagerez le pays, de respecter les droits des dieux. Le reste, le grand Zeus le tient pour secondaire. C'est que la piété ne partage point la condition des humains : ils vivent et meurent, elle est impérissable.

– Philoctète

NÉOPTOLÈME : Et tu ne vois rien de honteux à user ainsi de mensonges ?ULYSSE : Certes non, quand mentir doit te sauver la vie.NÉOPTOLÈME : De quel front cependant oser parler ainsi ?ULYSSE : Quand on cherche un profit, on ne peut hésiter.

– Philoctète

PHILOCTÈTE.Je veux seulement saluer une dernière fois ces lieux. Adieu, cher antre, mon asile! adieu, nymphes des eaux qui arrosent ces prairies! Adieu, bruit retentissant de la mer brisée contre les rochers, et dont l'écume, poussée par le Notos, mouilla souvent ma tête, souvent aussi le mont Hermaeon (145) me renvoya ta voix puissante, comme un écho des cris que m'arrachait la douleur. Et vous, 401 fontaines d'Apollon, que j'avais cru ne quitter jamais, je vais vous quitter! Adieu, terre de Lemnos baignée par les flots! qu'un vent favorable me porte là où m'appelle le destin, le vœu de mes amis (146), et le dieu, souverain suprême, qui a décrété ces événements (147).

– Philoctète

Je vois bien que nous ne sommes, nous tous qui vivons ici, rien de plus que des fantômes ou que des ombres légères.

– Ajax

Il ne répond que par des mots brefs — l'éternel refrain : " La parure des femmes, femme, c'est le silence."

– Ajax

AGAMEMNON [à Teucros]On m'annonce que tu oses te répandre impunément en insolences contre nous ? Cependant, tu est né d'une captive. Combien, te dressant sur l'extrémité de tes pieds, ne te vanterais-tu pas orgueilleusement, s tu avais été nourri par une mère libre, puisque n'étant qu'un homme de rien tu combats pour celui qui n'est plus rien, disant que nous ne sommes les chefs ni des nefs, ni des Achéens, ni les tiens, et qu'Ajax est monté sur ses nefs par sa propre volonté ? N'est-ce pas un grand opprobre d'entendre de telles choses d'un esclave ?

– Ajax

TEUCROS [à Ménélas]Je ne m'étonnerai plus, ô citoyens, de voir faillir un homme de race vile, quand ceux qui semblent être sortis d'une race illustre prononcent des paroles aussi insensées. Allons ! Recommence tout ceci. Ne dis-tu pas que tu as amené Ajax aux Achéens et qu'il n'a point navigué de lui-même et volontairement ? En quoi es-tu son chef ? En quoi t'es-t-il permis de commander à ceux qu'il a menés de la patrie ? Tu es venu, étant roi de Sparte, et non ayant sur nous le moindre pouvoir, et il ne t'appartient pas plus de lui donner des ordres qu'il n'a le droit lui-même de te faire obéir aux siens. Tu es venu ici soumis à d'autres ; tu n'es point le chef de tous et tu n'as jamais été celui d'Ajax. Commande à ceux que tu mènes et parle-leur arrogamment ! Mais, que vous le défendiez ou non, toi et l'autre chef, j'enfermerai Ajax dans le tombeau, comme il est juste, sans souci de tes menaces. En effet, jamais il n'a combattu pour ton épouse, comme ceux qui subissent tous les dangers de la guerre. Il était lié par son serment, et il n'a rien fait pour toi, car il n'avait nulle estime pour les hommes de rien. Viens donc ci, amenant avec toi le chef lui-même suivi de nombreux hérauts ; car je ne me soucie en aucune façon de ton bavardage, tant que tu seras ce que tu es.

– Ajax

ATHÉNAVois, Ulysse, combien est grande la puissance des dieux. As-tu jamais rencontré un homme plus sensé et meilleur dans l'action que ne l'était celui-ci ?ULYSSEPersonne, à la vérité. J'ai pitié de ce malheureux, bien qu'il soit mon ennemi, parce qu'il est en proie à une destinée mauvaise, et je songe à la mienne autant qu'à la sienne, car nous ne sommes, nous tous qui vivons, rien autre chose que des images et des ombres vaines.

– Ajax

Méditez, je vous prie, ces deux destins humains: Hector, que son baudrier, présent d'Ajax, servit à ligoter à la main courante d'un char pour le raboter et le déchiqueter sans trêve jusqu'au dernier souffle; Ajax, à qui il avait fait présent de cette épée, a succombé par elle mortellement empalé. N'est-ce pas une furie de sang qui a forgé l'une, et le féroce Ouvrier d'enfer cousu l'autre? Pour moi, je dirais que ceci, comme toute la trame des choses humaines, est ourdi par les dieux.

– Ajax

C'est au point que tu mérites les pleurs de tes ennemis mêmes.

– Ajax

ATHÉNAN'est-il donc pas très doux de rire de ses ennemis ?ULYSSEIl me suffit qu'il reste dans sa tente.

– Ajax

Les créatures d'excès et de déraison trébuchent sous le doigt des dieux en de lourdes calamités, expliquait le devin, lorsque, douées qu'elles sont de l'humaine nature, leur orgueil vient à quitter l'humaine mesure.

– Ajax

ATHÉNA (s'adressant à Ulysse): Après ce que tu vois ici, garde-toi de trancher toi-même de paroles altières envers les dieux. Ne t'enfle point de jactance si tu es mieux doté qu'un autre pour la valeur de ton bras ou l'amas de tes amples richesses: un seul jour abat et relève les destinées humaines: les dieux en vous chérissent la mesure, et tout écart coupable, ils le haïssent.

– Ajax

LE CHŒUR : Chacun doit défendre son droit pour le mieux, mais aussi s'abstenir, quand il l'a défendu, de pousser la pointe blessante que comporte un haineux langage.PHILOCTÈTE.

– Tragédies complètes

AJAX : Oui, le temps, dans sa longue, interminable course, le temps fait voir ce qui restait dans l'ombre, tout comme il cache ce qui brillait au jour. Il n'est donc rien à quoi l'on ne puisse s'attendre, et l'on trouve en défaut aussi bien le plus fort serment que les volontés les plus fermes.

– Tragédies complètes

Des mots trop durs blessent, pour justes qu'ils puissent être.

– Tragédies complètes

Ils ne sont pas nombreux, les gens dont l'amitié offre un refuge sûr.AJAX.

– Tragédies complètes

Est-il impossible que l'on change d'idée ?PHILOCTÈTE.

– Tragédies complètes

TECMESSE : Les esprits vulgaires ne comprennent le prix de ce qu'ils possèdent que du jour où ils l'ont perdu.AJAX.

– Tragédies complètes

Les dieux sont seuls à ne connaître ni la vieillesse ni la mort. Tout le reste subit les bouleversements qu'inflige le Temps souverain. Voit-on pas dépérir la force de la terre comme dépérit la force d'un corps? La loyauté se meurt, la félonie grandit, et ce n'est pas le même esprit qui toujours règne entre amis, pas plus que de ville à ville. Aujourd'hui pour tels, et pour tels demain, la douceur se change en aigreur, et puis redevient amitié. De même pour Thèbes : aujourd'hui, à ton égard, règne la paix la plus sereine. Mais le Temps infini enfante à l'infini et des nuits et des jours, au cours desquels, sous un léger prétexte, on verra soudain la guerre disperser à tous les vents les assurances qui vous unissent aujourd'hui.(Oedipe à Colone)

– Tragédies complètes

C'est le devoir de l'homme de ne pas oublier le bien qu'on lui a fait.

– Tragédies complètes

Pourtant c'est le fait d'un traitre que de prétendre, quand on n'est qu'un sujet, ne pas obéir à ses chefs. Jamais les lois dans un État ne seraient admises ainsi qu'il le faut, si la crainte ne régnait pas ; et jamais plus une armée ne ferait montre de sage discipline, sans un rempart de crainte et de respect. Un homme doit savoir que, quand même il aurait stature de géant, il n'en peut pas moins succomber à un mal de rien. Celui qui garde dans son cœur crainte et vergogne à la fois, celui-là, sois-en sûr, porte son salut en lui.ANTIGONE.

– Tragédies complètes

TEUCROS : Le monde est toujours prêt à bafouer les morts, sitôt qu'ils sont à terre.AJAX.

– Tragédies complètes

Gardons-nous d'appeler jamais un homme heureux, avant qu'il ait franchi le terme de sa vie sans avoir subi un chagrin. OEDIPE ROI

– Théâtre complet

SILENE. – Un bruit ! Un bruit vous affole et vous épouvante, corps impurs, pétris de cire molle, bêtes couardes entre toutes les bêtes ; une ombre vous fait fuir, vous avez peur de tout. Serviteurs fainéants, brouillons, cœurs esclaves, dénués d'esprit, dispos seulement de la langue et de la braguette. Lorsqu'on demande votre aide, vous promettez tout ce que l'on veut ; mais au moment d'agir, plus personne ! -Les Limiers-

– Théâtre complet

L'homme porte en lui la semence de tout bonheur et de tout malheur.

– Théâtre complet

Jamais, dans une cité, les lois n'auraient la force qui convient, si elles n'étaient pas maintenues par la peur.

– Théâtre complet

Telle est mon infortune:je suis encore et ne suis plus parmi les hommes,séparée à la fois des vivants et des mortsANTIGONE

– Théâtre complet

Rejeter un ami sans reproche, c'est comme s'amputer de sa propre vie, de ce qu'on a de plus cher.

– Œdipe roi/Le mythe d'Œdipe

Gardons-nous d'appeler jamais une homme heureux, avant qu'il ait franchi le terme de sa vie sans avoir subi un chagrin.

– Œdipe roi/Le mythe d'Œdipe

Celui qui n'a pas peur d'un acte a moins peur encore d'un mot.

– Œdipe roi/Le mythe d'Œdipe

Il est juste que tous deux vous trouviez un appui en moi. Je me charge de la cause à la fois de Thèbes et du dieu. Et n'est pas pour des amis lointains, c'est pour moi que j'entends chasser d'ici cette souillure. Quel que soit l'assassin , il peut vouloir un jour me frapper d'un coup tout pareil. Lorsque je défends Laios, c'est moi-même aussi que je sers.

– Œdipe roi/Le mythe d'Œdipe
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