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Simone De Beauvoir

Simone de Beauvoir est née à Paris le 9 janvier 1908. Elle fit ses études jusqu'au baccalauréat dans le très catholique cours Désir. Agrégée de philosophie en 1929, elle enseigna à Marseille, à Rouen et à Paris jusqu'en 1943. C'est L'Invitée (1943) qu'on doit considérer comme son véritable début littéraire. Viennent ensuite Le sang des autres (1945), Tous les hommes sont mortels (1946), Les Mandarins (prix Goncourt 1954), Les Belles Images (1966) et La Femme rompue (1968). Simone de Beauvoir a écrit des mémoires où elle nous donne elle-même à connaître sa vie, son œuvre. L'ampleur de l'entreprise autobiographique trouve sa justification, son sens, dans une contradiction essentielle à l'écrivain : choisir lui fut toujours impossible entre le bonheur de vivre et la nécessité d'écrire ; d'une part la splendeur contingente, de l'autre la rigueur salvatrice. Faire de sa propre existence l'objet de son écriture, c'était en partie sortir de ce dilemme. Outre le célèbre Deuxième sexe (1949) devenu l'ouvrage de référence du mouvement féministe mondial, l'œuvre théorique de Simone de Beauvoir comprend de nombreux essais philosophiques ou polémiques. Après la mort de Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir a publié La Cérémonie des adieux (1981) et les Lettres au Castor (1983) qui rassemblent une partie de l'abondante correspondance qu'elle reçut de lui. Jusqu'au jour de sa mort, le 14 avril 1986, elle a collaboré activement à la revue fondée par Sartre et elle-même, Les Temps Modernes, et manifesté sous des formes diverses et innombrables sa solidarité avec le féminisme.

Livres de Simone De Beauvoir

Citations de Simone De Beauvoir (123)

Si tu portes le mot non avec toi, tu ne seras jamais pauvre, même dans la vieillesse.

– Birmanie / la terre d'or

La vieillesse ne supporte pas les affronts. Le système nerveux est le premier atteint par l'âge.

– Miami / les Keys, parcs nationaux : 2017-2018

Trois choses entrent dans une maison sans se faire annoncer : les dettes, la vieillesse et la mort.

– Maisons

Rien ne nous retint de goûter le genre nouveau qui venait de naître en Amérique: le burlesque. Les derniers Buster Keaton, les derniers Harold Lloyd, les premiers Eddie Cantor prolongaient, d'ailleurs avec charme, la vieille tradition comique.

– La Force de l'âge

Un jour, au premier étage du Flore, Sartre demanda à Queneau qu'est-ce qui lui restait du surréalisme : « L'impression d'avoir eu une jeunesse », nous dit-il. Sa réponse nous frappa, et nous l'enviâmes.

– La Force de l'âge

Une habitude c'est presque une compagnie dans la mesure où une compagnie n'est bien souvent qu'une habitude.

– La Force de l'âge

La vie enveloppe deux vérités entre lesquelles il n'y a pas à choisir et qu'il faut affronte ensemble; la gaieté d'exister et l'horreur de finir.

– La Force de l'âge

Et même si je l'ai entrepris, c'est en grande partie parce que je sais qu'on ne peut jamais se connaitre mais seulement se raconter.

– La Force de l'âge

Le vieux réalisme, qui décrit les objets en soi, reposait sur des postulats erronés. Proust, Joyce optaient, chacun à sa manière, pour un subjectivisme que nous ne jugions pas mieux fondé. Chez Hemingway, le monde existait dans son opaque extériorité, mais toujours à travers la perspective d'un sujet singulier ; l'auteur ne nous en livrait que ce qu'en pouvait saisir la conscience avec laquelle il coïncidait ; il réussissait à donner aux objets une énorme présence, précisément parce qu'il ne les séparait pas de l'action où ses héros étaient engagés ; en particulier, c'est en utilisant les résistances des choses qu'il parvenait à faire sentir l'écoulement du temps.

– La Force de l'âge

Je ne peux plus rien écrire d'autre que ce journal et même j'ai à peine envie de l'écrire, mais il faut tuer le temps.

– La Force de l'âge

La parole ne représente parfois qu'une manière, plus adroite que le silence, de se taire.

– La Force de l'âge

A dix-neuf ans, malgré mes ignorances et mon incompétence, j'avais sincèrement voulu écrire ; je me sentais en exil et mon unique recours contre la solitude, c'était de me manifester.

– La Force de l'âge

Vivre pour eux, c'était juste ne pas mourir. Pendant quarante ou cinquante ans ne pas mourir ; et pour finir mourir. À quoi bon se débattre ? De toute manière bientôt ils seraient délivrés ; chacun à son tour ils mourraient.

– Tous les hommes sont mortels

- Je les comprends, dis-je. Maintenant je les comprends. Ce qui a du prix à leurs yeux, ce n'est jamais ce qu'ils reçoivent : c'est ce qu'ils font. S'ils ne peuvent pas créer, il faut qu'ils détruisent, mais de toute façon ils doivent refuser ce qui est, sinon ils ne seraient pas des hommes. Et nous qui prétendons forger le monde à leur place et les y emprisonner, ils ne peuvent que nous haïr. Cet ordre, ce repos dont nous rêvons pour eux serait la pire malédiction...

– Tous les hommes sont mortels

Ils s'étaient levés ; ils dansaient mal, mais ils ne le savaient pas , et ils étaient heureux . L' amour était dans leurs yeux :tout l'amour ; entre eux , le grand drame humain se déroulait comme si jamais Régine n'avait aimé . Pour la première fois , dans l'angoisse et dans la détresse , un homme désirait une femme , et pour la première fois une femme se sentait devenir entre les bras d' un homme une idole de chair . Un printemps neuf fleurissant , unique comme chaque printemps , et Régine était déjà morte .

– Tous les hommes sont mortels

L' homme était là , couché dans un transatlantique immobile comme un fakir Chaque matin il était là . Il ne lisait pas , il ne dormait pas , il ne parlait à personne ; les yeux grands ouverts il fixait le ciel ; il gisait sans bouger au milieu de la pelouse , de l' aube à la nuit .

– Tous les hommes sont mortels

Mais quant à moi, ma poitrine était gonflée d'une houle trop puissante ; je ne pouvais rien entendre hors cette voix triomphante qui jamais ne résonnerait aux oreilles d'un homme ; c'était ma propre voix et elle me disait : voilà que l'Univers m'appartient pour toujours, à moi seul; il est mon domaine et personne ne peut le partager avec moi. Charles gouvernera quelques années, et moi j'ai devant moi l'éternité. Je m'approchai de la fenêtre. Je regardai le ciel étoilé que traversait une ceinture de lait ; des millions de millions d'étoiles. Et sous mes pieds une seule terre : ma terre; Elle flottait toute ronde dans l'éther, tachetée de bleu, de jaune et de vert ; je la voyais. Des vaisseaux voguaient sur les mers ; des routes sillonnaient les continents: et moi, d'un geste de ma mains, j'arrachais les forêts inextricables, j'asséchais les marécages, je réglais le cours des fleuves ; le sol se couvrait de champs et de pâturages, des villes poussaient aux croisement des routes. Les plus humbles tisserands habitaient des grandes maison claires, les greniers étaient pleins de pur froment ; tous les hommes riches, forts et beaux, tous étaient heureux. Je pensai : "Je ressusciterai le paradis terrestre."

– Tous les hommes sont mortels

Un des moines hérétiques que nous avons fait bruler m'a dit avant de mourir : il n'y a qu'un seul bien, c'est d'agir selon sa conscience. Si cela est vrai, il est vain de vouloir dominer la terre; on ne peut rien pour les hommes, leur bien ne dépend que d'eux mêmes.

– Tous les hommes sont mortels

Ils se contentent de tuer le temps en attendant que le temps les tue.

– Tous les hommes sont mortels

Comme Sartre en arrivant au Japon avait dit pendant une conférence de presse qu'il estimait beaucoup les livres de Tanizaki, sa veuve nous a invité. Avant d'épouser l'écrivain, qui déjà dans sa jeunesse avait écrit des romans érotiques, elle était la femme d'un de ses amis ; pendant quelque temps elle a été avec le consentement de son mari la maîtresse de Tanizaki qui était lui-même marié ; il a envoyé sa femme vivre avec un autre de ses amis et il a épousé l'actuelle Mme Tanizaki. L'histoire a fait un petit scandale dans les milieux littéraires. Dans "La Confession impudique" et dans " Les Mémoires d'un vieux fou" l'auteur décrit les expériences érotiques de sa vieillesse ; dans le premier roman, sa partenaire est sa femme ; dans le second, sa bru.

– Tout compte fait

Souvent malade, Violette Leduc quand elle était petite fille sentait qu'elle était pour sa mère un fardeau et un vivant reproche : elle se tenait pour coupable.

– Tout compte fait

Dans les périodes difficiles de ma vie, griffonner des phrases - dussent-elles n'être lues par personne - m'apporte le même réconfort que la prière au croyant : par le langage, je dépasse mon cas particulier, je communie avec toute l'humanité.

– Tout compte fait

Seule la lecture, avec une économie de moyens - juste ce volume dans ma main - crée des rapports neufs et durables entre les choses et moi.

– Tout compte fait

J'aurais vite découvert la pauvreté de ses sentiments et intellectuellement il ne m'aurait pas satisfaite. J'aurais tenu à lui cependant, et aux enfants que nous aurions eus. J'aurais connu les déchirements qui sont ceux de tant de jeunes femmes, ligotées par l'amour et la maternité sans avoir oublié leurs anciens rêves.

– Tout compte fait

Si la rupture avec le passé est à la fois violemment désirée et rigoureusement interdite il arrive que le sujet se voie acculé au suicide. Ce fut le cas de Leiris, tel qu'il le décrit dans Fibrilles : il ne pouvait ni trahir la compagne de toute son existence, ni renoncer à la femme qui venait de lui ouvrir des horizons neufs. Pour ménager des êtres chers, accomplir un acte qui les déchirera, cela peut paraitre absurde. Mais l'absurdité est alors la seule issue.

– Tout compte fait

Dans l'après-midi, la charcutière qui habite à côté de chez lui m'a dit avec compassion : " Pauvre Monsieur Sartre ! il y a deux ans c'était l'O.A.S. ! Maintenant le Nobel ! on ne le laissera jamais tranquille."

– Tout compte fait

Naturellement, la presse a accusé Sartre d'avoir monté toute l'affaire par goût de la publicité. Elle a insinué qu'il avait refusé le prix parce que Camus l'avait eu avant lui ; ou parce que j'aurais été jalouse. Il fallait qu'il soit bien riche pour cracher sur 26 millions. Ce qui l'a davantage démonté, ce sont les lettres de gens qui lui demandaient de prendre l'argent et de leur en donner une partie, ou la totalité, ou même un peu plus : ils l'utiliseraient pour protéger les animaux, pour sauver une certaine espèce d'arbres, pour s'acheter un fonds de commerce, pour réparer une ferme, pour s'offrir un voyage. Ils acceptaient tous les principes du capitalisme ; les grosses fortunes établies ne les scandalisaient pas ni que Mauriac eût consacré le montant du prix à se faire installer une salle de bain : mais que Sartre dédaignât une pareille somme les frustrait.

– Tout compte fait

"Nous sommes des carcasses potentielles. Chaque fois que je vais chez un boucher, je pense qu'il est étonnant que ce ne soit pas moi qui sois à la place de l'animal" a dit Francis Bacon dans une interview.

– Tout compte fait

Je haussais les épaules. Que faire si le respect des valeurs auxquelles nous croyions devait entraîner leur défaite ? Fallait-il devenir esclaves pour rester libres, tuer pour garder nos mains pures ? Fallait-il perdre notre liberté pour avoir refusé l'esclavage, et nous souiller de mille crimes pour n'avoir pas voulu tuer ? Je ne savais plus. (P203)

– Le Sang des autres

Et j'ai senti dans mes bras un grand élan pour t'attirer à moi, pour te serrer contre mon coeur ; dans mes bras, le geste semblait si facile ; facile à faire, et facile à défaire, un geste transparent et tout juste égal à lui-même. Mais j'ai gardé les bras collés à mon corps. Un geste, et Jacques est mort. Un geste, et quelque chose de neuf apparaît dans le monde, quelque chose que j'ai crée et qui se développe hors de moi, sans moi, entraînant après soi d'imprévisibles avalanches.

– Le Sang des autres

-Alors selon toi, dit Hélène, il y a des milliers de filles exactement pareilles à moi de par le monde ?Paul rit placidement.-Tu sais, on dit qu'il n'y a pas deux feuilles d'arbre exactement pareilles.Hélène haussa les épaules avec impatience.-Mais en gros, on peut les confondre ?-En gros, oui, dit Paul qui riait toujours.-Bon, dit Hélène ; elle se planta devant lui : Alors, pourquoi prétends-tu que tu m'aimes, moi, et pas une autre ?-Il y a aussi des milliers de types comme moi sur terre, dit Paul. Et ça fait des milliers d'amours pareils au nôtre. Il prit Hélène aux épaules et la regarda gaiement : Chacun aime sa chacune.-Mais, en somme, on pourrait échanger les chacuns et les chacunes, dit Hélène ; elle se dégagea : Il me semble que quand on aime vraiment quelqu'un, on n'a même pas l'idée qu'on pourrait aimer quelqu'un d'autre.-Naturellement, dit Paul. Mais ça aussi, ça se rencontre dans tous les amours ; on n'en veut pas d'autres que celui qu'on a.-Ah ! Tu m'embrouilles, dit Hélène ; elle fit un pas vers lui : Oui ou non, pourrais-tu aimer une autre fille que moi ?Paul hésita une seconde ; ce qu'il y avait de terrible avec lui, c'est qu'il prenait tout tellement au sérieux ; elle ne lui demandait pas de répondre avec cette bonne foi.-Maintenant, j'ai du mal à l'imaginer ; et pourtant, je sais bien que oui. Toi aussi, tu aurais pu aimer un autre type.-Je n'ai jamais dit le contraire, dit Hélène. (P53/54)

– Le Sang des autres

[…] on ne crée pas comme ça, en l'air ; on crée par la force d'un amour, d'un désir ; et alors ce qu'on a crée se dresse devant soi, bien solide, bien réel.

– Le Sang des autres

Et la honte était là. Il fallait bien m'habituer à vivre avec elle, c'était la nouvelle figure du remords. On pouvait la chasser d'un coin de sa vie, la polir, la rendre bien lisse et bien nette : aussitôt, on la retrouvait tapie dans un autre coin. Elle était toujours quelque part.

– Le Sang des autres

Son regard se posait sur mon front, sur le ciel, il fouillait l'horizon pour lui arracher toutes ses promesses, ses jambes frémissaient d'un élan contenu ; le monde était devant toi si vaste, une si belle proie. Il n'y a plus d'avenir et le monde s'efface. Tes yeux sont fermés, les images tournent en rond dans ta tête bruissante comme ce sang qui court de ton coeur à ton coeur ; même quand tes paupières se soulèvent, les choses sont là, évidentes et inertes, comme en rêve, et elles ne se distinguent plus de toi-même ; le monde perd de son épaisseur, il s'engloutit en toi, il s'amenuise jusqu'à ne plus être que cette faible lueur qui pâlit, qui va s'éteindre ; l'avenir se rétracte vers l'immobilité de l'instant ; bientôt il n'y aura plus qu'un présent coïncidant exactement avec lui-même ; il n'y aura plus de temps, il n'y aura plus de monde, il n'y aura plus personne. Tu dansais, serrée contre moi, et déjà se tissait entre nous ce lien qui me rive à ton agonie ; déjà malgré moi j'étais entré dans ta vie afin qu'un jour je demeure ainsi malgré moi seul aux portes de ta mort.

– Le Sang des autres

Nous n'existons que si nous agissons. (P247)

– Le Sang des autres

Je ne choisie pas d'être, mais je suis. Une absurdité responsable d'elle-même, voilà ce que je suis «─ Comment êtes-vous, pour de vrai, dit-elle. ─ Pas spécialement sympathique, dis-je. Tenez, quand vous me demandez pourquoi je ne vous aime pas, je vous réponds que vous êtes trop petite, que nous n'avons pas les mêmes préoccupations. Oui. Mais c'est aussi que j'ai le sang pauvre....

– Le Sang des autres

- [...] sous prétexte d'éviter la guerre, ils vous font avaler n'importe quelle paix.- Sous prétexte de révolution, vous nous jetteriez dans n'importe quelle guerre, dit Jardinet.- Parce que nous, nous sommes des révolutionnaires, dit Masson. Vous avez peur de la révolution.- Non, dis-je, mais ne voulons pas l'acheter par une guerre mondiale. Ce serait payer trop cher.- On ne paiera jamais trop cher. Paul me regarda avec dédain. Vous n'arriverez jamais à rien, parce que vous ne voulez pas payer.- C'est facile de payer avec le sang des autres.- Le sang des autres et le nôtre, c'est le même, dit Paul.

– Le Sang des autres

Il y a une chose pour laquelle on peut accepter la mort, dis-je. C'est pour que ça garde un sens de vivre.

– Le Sang des autres

Leurs penséesn ça me fait juste comme leurs paroles et leurs visages : des objets qui sont dans mon monde à moi. Elisabeth s'étonne que je ne sois pas ambitieuse; mais c'est aussi pour ça. Je n'ai pas besoin de chercher à me tailler dans le monde une place privilégiée. J'ai l'impression que j'y suis déjà installée.

– L'Invitée

Ça me désolait autrefois de penser que je ne connaîtrais jamais qu'un pauvre petit morceau du monde.

– L'Invitée

En face de Xavière, elle sentait avec une espèce de joie se lever en elle quelque chose de noir et d'amer qu'elle ne connaissait pas encore et qui était presque une délivrance : puissante, libre, s'épanouissant enfin sans contrainte, c'était la haine.

– L'Invitée

Elle regarda Gerbert avec un peu d'agacement; un amour, c'était tout de même moins simple qu'il ne pensait. C'était plus fort que le temps, mais ça se vivait quand même dans le temps et il y avait instant par instant des inquiétudes, des renoncements de menues tristesses; bien sûr tout ça ne comptait guère, mais parce qu'on refusait d'en tenir compte: il fallait parfois un petit effort.P154

– L'Invitée

Vivre, c'était vieillir, rien de plus.

– L'Invitée

J'ai voulu te donner plus que tu ne pouvais recevoir. Et si l'on est sincère, donner c'est une manière d'exiger.

– L'Invitée

Penses-tu vraiment que la liberté, ça consiste à remettre les choses en question à chaque minute ?

– L'Invitée

C'est ridicule, la fidélité sexuelle, ça conduit à un véritable esclavage. Je ne comprends pas que tu acceptes ça pour ta part.

– L'Invitée

Vous êtes tellement dans l'instant que n'importe quel avenir vous apparaît comme un rêve ; c'est du temps même que vous doutez.

– L'Invitée

« Elle ne cherchait pas le plaisir d'autrui. Elle s'enchantait égoïstement du plaisir de faire plaisir. »

– L'Invitée

en parlant des critiques lors de la publication de l'essai "Le deuxième sexe" :A croire que Freud et la psychanalyse n'avaient jamais existé. Quel festival d'obscénité, sous prétexte de fustiger la mienne ! Le bon vieil esprit gaulois coula à flot. Je reçus, signés ou anonymes, des épigrammes, épîtres, satires, admonestations, exhortations que m'adressaient, par exemple, des "membres très actifs du premier sexe". Insatisfaite, glacée, priapique, nymphomane, lesbienne, cent fois avortée, je fus tout, et même mère clandestine. On m'offrait de me guérir de ma frigidité, d'assouvir mes appétits de goule, on me promettait des révélations, en termes orduriers, mais au nom du vrai, du beau, du bien, de la santé et même de la poésie, indignement saccagés par moi. Bon. C'est monotone de tracer des graffiti dans les lavabos ; que des maniaques sexuels préfèrent m'envoyer leurs élucubrations, je pouvais le comprendre. Mais Mauriac, tout de même! Il écrivait à un des collaborateurs des Temps Modernes : "J'ai tout appris sur le vagin de votre patronne" : ce qui montre que, dans le privé, il n'avait pas peur des mots.

– La force des choses

Je me disais aussi : « Il y a des gens plus malheureux que moi », mais je ne trouvais pas cette vérité consolante, au contraire ; cette frêle tristesse en moi, c'était comme un résonateur qui captait un concert de plaintes ; un désespoir universel s'insinuait dans mon coeur jusqu'à me faire souhaiter la fin du monde.

– La force des choses

Maintenant je sais que c'était idiot, parce que des bras n'ont aucune chaleur, quand ils se trouvent de l'autre côté de l'océan, et que la vie est trop courte et trop froide pour qu'on renonce à toute chaleur pendant tant de mois.

– La force des choses

Mon premier livre n'avait que deux ans, il n'était pas temps de tirer un traité. J'avais l'avenir, je lui faisais confiance. Jusqu'où m'amènerait-il ? Sur la valeur de mon œuvre, au futur comme au présent, j'éviterais de m'interroger: je ne voulais ni me bercer d'illusions, ni prendre les risques d'une lucidité peut-être cruelle.

– La force des choses

La guerre était finie : elle nous restait sur les bras comme un grand cadavre encombrant, et il n'y avait nulle place au monde où l'enterrer.

– La force des choses

(...) je le sais maintenant, chercher les raisons pour lesquelles il ne faut pas marcher sur la figure d'un homme, c'est accepter qu'on lui marche sur la figure.

– La force des choses

« La parole ne représente parfois qu'une manière, plus adroite que le silence, de se taire. »

– La force des choses

Un défaut des journaux intimes et des autobiographies c'est que, d'ordinaire, " ce qui va sans dire " n'est pas dit et qu'on manque l'essentiel.

– La force des choses

Simone Weil réclamait qu'on traduise devant un tribunal ceux qui se servent de l'écriture pour mentir aux hommes et je la comprends. Il y a des mots aussi meurtriers qu'une chambre à gaz.

– La force des choses

Ma curiosité est moins barbare que dans ma jeunesse, mais presque aussi exigeante : on n'a jamais fini d'apprendre parce qu'on n'a jamais fini d'ignorer.

– La force des choses

La vieillesse est l’âge où les hommes s’occupent davantage de leur nourriture que de la serveuse, même si elle est jolie.

– Même si...

Depuis sept ans , je me confessais deux fois par mois à l'abbé Martin; je l'entretenais de mes états d'âme; je m'accusais d'avoir communié sans ferveur, d'avoir prié du bout des lèvres, trop rarement pensé à Dieu; à ces défaillances éthérées, il répondais par un sermon d'un style élevé. Un jour, au lieu de se conformer à ces rites, il se mis à me parler sur un ton familier. "Il m'est venu aux oreilles que ma petite Simone a changé... qu'elle est désobéissante, turbulente, qu'elle répond quand on la gronde... Désormais il faudra faire attention à ces choses." Mes joues s'embrasèrent, je regardait avec horreur l'imposteur que j'avais pendant des années pris pour le représentant de Dieu : brusquement il venait de retrousser sa soutane, découvrant des jupons de bigote; sa robe de prêtre n'était qu'un travesti; elle habillait une commère qui se repaissait de ragots.

– Mémoires d'une jeune fille rangée

J'avais réussi à me délivrer intérieurement des clichés dont les adultes accablent l'enfance : j'osais mes émotions, mes rêves, mes désirs, et même certains mots. Mais je n'imaginais pas qu'on pût communiquer sincèrement avec autrui. Dans les livres, les gens se font des déclarations d'amour, de haine, ils mettent leur cœur en phrases ; dans la vie, jamais on ne prononce de paroles qui pèsent.

– Mémoires d'une jeune fille rangée

Je me crus autorisée moi aussi à considérer mon goût pour les livres, mes succès scolaires, comme le gage d'une valeur que confirmerait mon avenir. Je devins à mes propres yeux un personnage de roman. Toute intrigue romanesque exigeant des obstacles et des échecs, je m'en inventai.

– Mémoires d'une jeune fille rangée

Et mon âme n'était pas moins précieuse aux yeux de Dieu que celle des enfants mâles: pourquoi les eussé-je enviés ?

– Mémoires d'une jeune fille rangée

J'aimerai le jour où un homme me subjuguera par son intelligence, sa culture et son autorité.

– Mémoires d'une jeune fille rangée

Je me disais que, tant qu'il y aurait des livres, le bonheur m'était garanti.

– Mémoires d'une jeune fille rangée

On m'avait entraînée à confondre ce qui doit être et ce qui est

– Mémoires d'une jeune fille rangée

Les pensées vont et viennent à leur guise dans notre tête, on ne fait pas exprès de croire ce qu'on croit.

– Mémoires d'une jeune fille rangée

Un seule chose, par instants, m'assombrissait: un jour, je le savais, cette période de ma vie s'achèverait. Cela ne paraissait pas vraisemblable. Quand on a aimé ses parents vingt ans, comment peut-on, sans mourir de douleur, les quitter pour suivre un inconnu ? et comment peut-on, alors qu'on s'est passé de lui pendant vingt ans, se mettre à aimer du jour au lendemain un homme qui ne vous est rien ?

– Mémoires d'une jeune fille rangée

Malgré les promesses du ciel, je suffoquais d'horreur en pensant à la mort qui sur terre sépare à jamais les gens qui s'aiment.

– Mémoires d'une jeune fille rangée

Je me suis agacée parfois au cours de discussions abstraites d'entendre des hommes me dire : “Vous pensez telle chose parce que vous êtes une femme” ; mais je savais que ma seule défense, c'était de répondre : “Je la pense parce qu'elle est vraie” éliminant par là ma subjectivité ; il n'était pas question de répliquer : “Et vous pensez le contraire parce que vous êtes un homme” ; car il est entendu que le fait d'être un homme n'est pas une singularité ; un homme est dans son droit en étant un homme, c'est la femme qui est dans son tort.

– La Femme indépendante

Ainsi la femme indépendante est aujourd'hui divisée entre ses intérêts professionnels et les soucis de sa vocation sexuelle; elle peine à trouver son équilibre; si elle l'assure c'est au prix de concessions, de sacrifices, d'acrobaties qui exigent d'elle une perpétuelle tension. C'est là beaucoup plus que dans les données physiologiques qu'il faut chercher les raisons de la nervosité, de la fragilité que souvent on observe en elle.

– La Femme indépendante

Que la femme se propose trop hardiment, l'homme se dérobe : il tient à conquérir. La femme ne peut donc prendre qu'en se faisant proie : il faut qu'elle devienne une chose passive, une promesse de soumission. Si elle réussit, elle pensera que cette conjuration magique, elle l'a effectuée volontairement, elle se retrouvera sujet. Mais elle court le risque d'être figée en un objet inutile par le dédain du mâle. C'est pourquoi elle est si profondément humiliée s'il repousse ses avances. L'homme aussi se met parfois en colère quand il estime qu'il a été joué ; cependant, il n'a fait qu'échouer dans une entreprise, rien de plus. Au lieu que la femme a consenti à se faire chair dans le trouble, l'attente, la promesse ; elle ne pouvait gagner qu'en se perdant : elle reste perdue. Il faut être grossièrement aveugle ou exceptionnellement lucide pour prendre son parti d'une telle défaite. Et lors même que la séduction réussit, la victoire demeure équivoque ; en effet, selon l'opinion publique, c'est l'homme qui vainc, qui a la femme.

– La Femme indépendante

La femme libre est seulement en train de naître ; quand elle se sera conquise, peut-être justifiera-t-elle la prophétie de Rimbaud : « Les poètes seront ! Quand sera brisé l'infini servage de la femme, quand elle vivra pour elle et par elle, l'homme — jusqu'ici abominable — lui ayant donné son renvoi, elle sera poète, elle aussi ! La femme trouvera l'inconnu ! Ses mondes d'idées différeront-ils des nôtres ? Elle trouvera des choses étranges, insondables, repoussantes, délicieuses ; nous les prendrons, nous les comprendrons. »

– La Femme indépendante

«Tout ce qui a été écrit par les hommes sur les femmes doit être suspect, car ils sont à la fois juge et partie », a dit au XVIIe siècle Poulain de la Barre, féministe peu connu.

– La Femme indépendante

"La femelle est femelle en vertu d'un certain manque de qualités", disait Aristote. "Nous devons considérer les caractère des femmes comme souffrant d'une défectuosité naturelle." Et saint Thomas à sa suite décrète que la femme est un "homme manqué", un être "occasionnel". C'est ce que symbolise l'histoire de la Genèse où Eve apparaît comme tirée, selon le mot de Bossuet, d'un "os surnuméraire" d'Adam. L'humanité est mâle et l'homme définit la femme non en soi mais relativement à lui ; elle n'est pas considérée comme un être autonome.

– La Femme indépendante

Un des bénéfices que l'oppression assure aux oppresseurs c'est que le plus humble d'entre eux se sent supérieur : un « pauvre Blanc » du sud des U.S.A. a la consolation de se dire qu'il n'est pas un « sale nègre » ; et les Blancs plus fortunés exploitent habilement cet orgueil. De même le plus médiocre des mâles se croit en face des femmes un demi-dieu. Il était beaucoup plus facile à M. de Montherlant de se penser un héros quand il se confrontait à des femmes (d'ailleurs choisies à dessein) que lorsqu'il a eu à tenir parmi des hommes son rôle d'homme : rôle dont beaucoup de femmes se sont acquittées mieux que lui. C'est ainsi qu'en septembre 1948 dans un de ses articles du Figaro littéraire, M. Claude Mauriac — dont chacun admire la puissante originalité — pouvait écrire à propos des femmes : « Nous écoutons sur un ton (sic !) d'indifférence polie… la plus brillante d'entre elles, sachant bien que son esprit reflète de façon plus ou moins éclatante des idées qui viennent de nous. » Ce ne sont évidemment pas les idées de M. C. Mauriac en personne que son interlocutrice reflète, étant donné qu'on ne lui en connaît aucune ; qu'elle reflète des idées qui viennent des hommes, c'est possible : parmi les mâles mêmes il en est plus d'un qui tient pour siennes des opinions qu'il n'a pas inventées ; on peut se demander si M. Claude Mauriac n'aurait pas intérêt à s'entretenir avec un bon reflet de Descartes, de Marx, de Gide plutôt qu'avec lui-même ; ce qui est remarquable, c'est que par l'équivoque du nous il s'identifie avec saint Paul, Hegel, Lénine, Nietzsche et du haut de leur grandeur il considère avec dédain le troupeau des femmes qui osent lui parler sur un pied d'égalité ; à vrai dire j'en sais plus d'une qui n'aurait pas la patience d'accorder à M. Mauriac un « ton d'indifférence polie ».

– La Femme indépendante

Si on invite un enfant à la paresse en l'amusant tout le jour sans lui donner l'occasion d'étudier, sans lui en montrer l'utilité, on ne dira pas quand il atteint l'âge d'homme qu'il a choisi d'être incapable et ignorant.

– La Femme indépendante

Un monde où les hommes et les femmes seraient égaux est facile à imaginer car c'est exactement celui qu'avait promis la révolution soviétique : les femmes élevées et formées exactement comme les hommes travailleraient dans les mêmes conditions et pour les mêmes salaires ; la liberté érotique serait admise par les mœurs, mais l'acte sexuel ne serait plus considéré comme un « service » qui se rémunère ; la femme serait obligée de s'assurer un autre gagne-pain ; le mariage reposerait sur un libre engagement que les époux pourraient dénoncer dès qu'ils voudraient ; la maternité serait libre, c'est-à-dire qu'on autoriserait le birth-control et l'avortement et qu'en revanche on donnerait à toutes les mères et à leurs enfants exactement les mêmes droits, qu'elles soient mariées ou non ; les congés de grossesse seraient payés par la collectivité qui assumerait la charge des enfants, ce qui ne veut pas dire qu'on retirerait ceux-ci à leurs parents mais qu'on ne les leur abandonnerait pas.

– La Femme indépendante

Écoutez votre père qui vous a donné la vie, et ne méprisez pas votre mère lorsqu'elle sera dans la vieillesse.

– Méprise

La vieillesse n'est qu'une certaine idée que les autres se font de vous.

– La vieillesse

Peut-être l'angoisse provient-elle aussi de mon extrême fatigue, je dors à peine depuis trois nuits à cause des 'Mains sales', jeudi je ne me suis couchée qu'à 5 ou 6h du matin, vendredi on affrontait le moment dangereux : critiques littéraires, journalistes, non sans anxiété. Or ça a été un vrai triomphe, on répète que c'est la meilleure pièce de Sartre, la meilleure montée en France depuis longtemps. Nous jubilions, mais après, il a fallu assister à un grand souper, qui lui n'a pas été une réussite (.. .) Pourquoi faut-il que les gens de théâtre soient malhereusement de la pire espèce ? De vraies élégantes au dos et aux seins nus, couvertes de bijoux, en longues robes du soir de soie à traîne et faux cheveux (.. .) Des richards déplaisants, des snobs, pour la plupart ex-collabos reconvertis à de Gaulle (.. .) Cocteau qui paraissait très vieux, Bérard pleurant d'amour dans sa barbe sale pour son danseur russe chauve éthéromane...

– Lettres à Nelson Algren

Autre chose à propos de nous. L'an dernier notre amour a débuté dans la facilité d'un film rose –très bien. Désormais, il s'est transformé en une aventure humaine, bien terrestre, ce qui peut valoir infiniment plus pour peu que nous nous en donnions la peine, êtes-vous de mon avis ?

– Lettres à Nelson Algren

 Je veux tout de la vie, être une femme et aussi un homme, avoir beaucoup d'amis, et aussi la solitude, travailler énormément, écrire de bons livres, et aussi voyager, m'amuser, être égoïste et aussi généreuse… Vous voyez, ce n'est pas facile d'avoir tout ce que je veux. Or quand je n'y parviens pas, ça me rend folle de colère.Simone de Beauvoir, Lettre à Nelson Algren 3 juillet 1947

– Lettres à Nelson Algren

Une autre lettre de vous est arrivée. Oui je connais bien Jack London, dont j'ai presque tout lu quand j'étais petite, et plus tard j'avais beaucoup de goût pour certains de ses livres. Martin Eden surtout.

– Lettres à Nelson Algren

Je ne suis pas triste. Assommée, plutôt, très loin de moi-même, incapable de croire vraiment que désormais vous serez si loin, si loin, vous qui étiez si proche. Avant de partir, je veux vous dire deux choses seulement, après je n'en parlerai plus jamais, promis. La première, c'est mon espoir de vous revoir un jour. Je le veux, j'en ai besoin. Cependant, souvenez-vous, je vous en prie, que jamais je ne demanderai à vous voir, pas par fierté, avec vous, je n'en ai pas, vous le savez, mais parce que notre rencontre n'aura de sens que si vous la souhaitez. J'attendrai donc. Quand vous le souhaiterez, dites-le. Je n'en conclurai pas que vous avez recommencé à m'aimer, pas même que vous désiriez coucher avec moi, nous ne serons nullement obligés de rester ensemble longtemps – juste quand et autant que vous en aurez envie. Sachez que moi je désirerai toujours que vous me le demandiez.

– Lettres à Nelson Algren

Les femmes se forgent à elles-mêmes les chaînes dont l'homme ne souhaite pas les charger.

– Le deuxième sexe (Tome 1-Les faits et les mythes)

Une femme qui n'a pas peur des hommes leur fait peur, me disait un jeune homme.

– Le deuxième sexe (Tome 1-Les faits et les mythes)

La consigne du de "l'amour conjugal" invite au contraire à tous les refoulements et à tous les mensonges. Et d'abord elle interdit aux époux de véritablement se connaître. L'intimité quotidienne ne crée ni compréhension ni sympathie. Le mari respecte trop sa femme pour intéressé aux avatars de sa vie psychologique : ce serait lui reconnaître une secrète autonomie qui pourrait s'avérer gênante, dangereuse; au lit prend-elle vraiment du plaisir? Aime-t-elle vraiment son mari? Est-elle heureuse de lui obéir? Il préfère ne pas s'interroger; ces questions lui semblent même choquantes. Il a épousé une "honnête femme" ; par essence elle est vertueuse, dévoué, fidèle, pure, heureuse, et elle pense ce qu'il faut penser.

– Le deuxième sexe (Tome 1-Les faits et les mythes)

Le drame du mariage, ce n'est pas qu'il n'assure pas à la femme le bonheur qu'il lui promet-il n'y a pas d'assurance sur le bonheur, c'est qu'il la mutile, il la voue à la répétition et à la routine. Les vingt premières années de la vie féminine sont d'une extraordinaire richesse; la femme traverse les expériences de la menstruation, de la sexualité, du mariage, de la maternité; elle découvre le monde et son destin. A vingt ans, maîtresse d'un foyer, liée à jamais à un homme, un enfant dans les bras, voilà sa vie finie pour toujours

– Le deuxième sexe (Tome 1-Les faits et les mythes)

Il m'était plus facile de penser un monde sans créateur qu'un créateur chargé de toutes les contradictions du monde.

– Le deuxième sexe (Tome 1-Les faits et les mythes)

Mais le principe du mariage est obscène parce qu'il transforme en droits et devoirs un échange qui doit être fondé sur un élan spontané :il donne aux corps en les vouant à se saisir dans leur généralité un caractère instrumental, donc dégradant ;le mari est souvent glacé par l'idée qu'il accomplit un devoir, et la femme a honte de se sentir livrée à quelqu'un qui exerce sur elle un droit.

– Le deuxième sexe (Tome 1-Les faits et les mythes)

Il est très difficile à une femme d'agir en égale de l'homme tant que cette égalité n'est pas universellement reconnue et concrètement réalisée.

– Le deuxième sexe (Tome 1-Les faits et les mythes)

La prostituée est un bouc émissaire; l'homme se délivre sur elle de sa turpitude et il la renie. Qu'un statut légal la mette sous une surveillance policière ou qu'elle travaille dans la clandestinité, elle est en cas traitée en paria.

– Le deuxième sexe (Tome 2-L'expérience vécue)

"Quand une porte a été enfoncée, ensuite c'est difficile de la tenir fermée", disait une jeune prostituée de quatorze ans.

– Le deuxième sexe (Tome 2-L'expérience vécue)

Ce qui est certain, c'est que jusqu'ici les possibilités de la femme ont été étouffées et perdues pour l'humanité et qu'il est grand temps dans sont intérêt et dans celui de tous qu'on lui laisse enfin courir toutes ses chances.

– Le deuxième sexe (Tome 2-L'expérience vécue)

Ce que l'homme et la femme haïssent l'un chez l'autre, c'est l'échec éclatant de sa propre mauvaise foi et de sa propre lâcheté.

– Le deuxième sexe (Tome 2-L'expérience vécue)

p.545Pour faire de grandes choses, ce qui manque essentiellement à la femme d'aujourd'hui, c'est l'oubli de soi : mais pour s'oublier il faut d'abord être solidement assuré qu'on s'est d'ores et déjà trouvé. Nouvelle venue au monde des hommes, piètrement soutenue par eux, la femme est encore trop occuper à se chercher.

– Le deuxième sexe (Tome 2-L'expérience vécue)

« Il y a en France chaque année autant d'avortements que de naissances. C'est un phénomène si répandu qu'il faut le considérer comme un des risques normalement impliqués par la condition féminine. »[L'avortement était encore interdit]

– Le deuxième sexe (Tome 2-L'expérience vécue)

N'avoir plus confiance en son corps, c'est perdre confiance en soi-même.

– Le deuxième sexe (Tome 2-L'expérience vécue)

Une des malédictions qui pèse sur la femme c'est que, dans son enfance, elle est abandonnée aux mains des femmes. Le garçon aussi est d'abord élevé par sa mère; mais elle a du respect pour sa virilité et il lui échappe très vite.

– Le deuxième sexe (Tome 2-L'expérience vécue)

Les femmes d'aujourd'hui sont en train de détrôner le mythe de la féminité; elles commencent à affirmer concrètement leur indépendance; mais ce n'est pas sans peine qu'elles réussissent à vivre intégralement de leur condition d'être humain.

– Le deuxième sexe (Tome 2-L'expérience vécue)

La jeune fille sensible et généreuse, réceptive et ardente, est toute prête à devenir une grande amoureuse. Quand elle ne rencontre pas l'amour, il lui arrive de rencontrer la poésie.

– Le deuxième sexe (Tome 2-L'expérience vécue)

Sans échec, pas de morale.

Dans toutes les larmes s’attarde un espoir.

L’humanité préfère à la vie des raisons de vivre.

On ne naît pas femme : on le devient.

Se vouloir libre, c'est aussi vouloir les autres libres.

Entre deux individus, l'harmonie n'est jamais donnée, elle doit indéfiniment se conquérir.

Toute réussite déguise une abdication.

Les femmes se forgent à elles-mêmes les chaînes dont l’homme ne souhaite pas les charger.

Aucune action ne peut se faire pour l'homme sans se faire aussitôt contre des hommes.

La femme est tout ce que l’homme appelle et tout ce qu’il n’atteint pas.

Il y a des femmes de talent : aucune n'a cette folie dans le talent qu'on appelle le génie.

Le couple heureux qui se reconnaît dans l’amour défie l’univers et le temps ; il se suffit, il réalise l’absolu.

Le mystère de l’incarnation se répète en chaque femme ; tout enfant qui naît est un Dieu qui se fait homme.

Le présent n’est pas un passé en puissance, il est le moment du choix et de l’action.

Il n'y a pas une grande distance entre la trahison de l'absence et l'infidélité

Ce qu'il y a de scandaleux dans le scandale, c'est qu'on s'y habitue.

Personne n'est plus arrogant envers les femmes, plus agressif ou méprisant, qu'un homme inquiet pour sa virilité.

Dans les livres, les gens se font des déclarations d'amour, de haine, ils mettent leur coeur en phrases ; dans la vie, jamais on ne prononce de paroles qui pèsent.

Incapable de s'accomplir dans la solitude, l'homme dans ses rapports avec ses semblables est sans cesse en danger : sa vie est une entreprise difficile dont la réussite n'est jamais assurée.

C'est par le travail que la femme a en grande partie franchi la distance qui la séparait du mâle ; c'est le travail qui peut seul lui garantir une liberté concrète.

La femme n'est victime d'aucune mystérieuse fatalité : il ne faut pas conclure que ses ovaires la condamnent à vivre éternellement à genoux.

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