livres actu Livres Actu

Accueil > Silvio D'arzo > Maison des autres

Acheter ce livre - 6.2 €



Silvio D'arzo

0 abonné

Maison des autres (2015)

De Silvio D'arzo chez Verdier
(19 votes, note moyenne : 3.8)

« Ici, en haut, il y a une certaine heure. Les ravines et les bois, les sentiers et les pâturages deviennent d’une couleur vieille rouille, puis violette, puis bleue : dans le soir naissant, les femmes soufflent sur leurs réchauds, penchées au-dessus des marches, et le bruit des clarines de bronze arrive clairement jusqu’au village. Les chèvres se montrent aux portes avec des yeux qui semblent les nôtres. »
La douloureuse question qu’une vieille femme, après lapsus et repentirs, pose au prêtre d’un village perdu de l’Apennin, dans Maison des autres, ne peut avoir de réponse : l’univers minéral et désolé où elle affleure, par la magie d’une prose obsédante, se referme sur le drame indicible qui fait le livre.
Tout aussi dense est la rencontre d’un instituteur et d’un « veuf de village », à la fin de la guerre, dans Un moment comme ça, qui débusque le tragique sous l’apparence du sordide, et qu’on peut lire comme un double de Maison des autres dont la figure féminine serait absente.
Mais le vrai mystère de ces deux récits tient à la façon dont leur rythme même transforme en consolation la profondeur du deuil.

Paru le 04-05-2015 - Format : Broché - 96 pages - 18 x 11 x 0 cm - 88 g - ISBN 10 : 2864327910 - ISBN 13 : 9782864327912

Collection : Verdier Poche

Tags : récits, nouvelles, suspense, mystère, drame, cycle, relations humaines, campagne, condition humaine, recueil, scandales, paysages, introspection, humanité, vivre, religion, montagnes, italien, littérature italienne, 20ème siècle, littérature, roman, poésie en prose, suspense, nature, campagne, difficulté de vivre, secrets, papier, vieillesse, solitude, misère, blog, religion, philosophie, montagnes, italie, italien, littérature italienne, 20ème siècle.

Citations de Maison des autres (16)

Et si un arbre peut de quelque façon servir à évoquer un humain, eh bien c'était un vieil olivier des fossés qui lui convenait. À la voir ainsi, il me semblait que ni la fatigue ni l'ennui ne pourraient désormais rien contre elle: elle se laissait vivre et cela suffisait, voilà tout.

Une minute passa, puis une autre. La lune elle aussi semblait regarder. Dans le silence, on entendait le bruit de l'eau, le crépitement d'une branche déjà morte et ce nombre infini de bruits dont personne ne sait ce qu'ils sont et qui semblent monter peu à peu du coeur même de la nuit et des montagnes. Une troisième minute passa, à grand-peine. Soudain, on entendit des pas sur le sentier. Je me hissai sur la pointe des pieds et me mis prudemment à la fenêtre. Au virage du sentier d'en haut apparurent une chèvre, puis une brouette et une vieille.

Mais toutes choses comme venues d'un autre, choses anciennes et en outre déjà dites plus de mille fois. Pas un seul mot venu vraiment de moi: et là, en revanche, il fallait quelque chose de nouveau, de moi, et tout le reste était moins que rien.

Je l'interrompis en souriant:"Ma foi, depuis quelque temps, il ne souffle pas un trop bon vent pour nous les prêtres, je sais bien. Mais il me semble que nous n'en sommes pas encore là. "Et je dis cela sur un ton propre à lui faire comprendre que tout ce qu'un homme peut apprendre sur un autre: nom, rue, métier, ainsi de suite, je l'avais appris depuis un bout de temps. Le reste, c'était justement d'elle que je l'attendais.

Le couloir était plus noir qu'un four et à la vue de cette raie de lumière qui sortait par la fente de la porte, je me sentis comme en dette: le créancier est là qui attend et on ne sait quoi faire parce qu'on a déjà dépensé tous ses sous depuis un bon bout de temps et tout ce qu'on a, c'est quelques quelques pièces de cuivre qui tiennent dans une main.

J'ai une chèvre que j'emmène toujours avec moi : et ma vie, c'est exactement la sienne. Elle vient au fond de la vallée, elle remonte à midi, elle s'arrête avec moi au bord du fossé, et puis je l'emmène au canal et quand je vais dormir, elle va dormir aussi. Et même pour la nourriture, il n'y a pas grande différence, parce qu'elle mange de l'herbe et moi de la chicorée et de la salade, et la seule différence c'est le pain. Et dans quelque temps, je ne pourrai même plus en manger... Comme moi... comme moi. Voilà la vie que je mène : une vie de chèvre. Une vie de chèvre et rien d'autre.

(...) si ton métier est de t'intéresser à tous, commence donc par t'intéresser à l'un d'eux, rien qu'un seul. Mais jusqu'au bout, au bas mot : jusqu'à la racine. Il n'est pas meilleur moyen pour t'intéresser alors sérieusement à tous les autres. (p. 50)

L'important, c'est de ne pas perdre son numéro. Il peut toujours sortir, voilà tout.- Mais je ne l'ai pas perdu, dit-elle au bout d'un moment avec un sourire, comme si utiliser les mêmes mots que moi, c'était boire au même verre. (p. 34)

L'automne était déjà à l'agonie. La nuit, les haies se couvraient de givre et la lune était devenue plus froide que la pierre : dure, ronde et précise comme elle ne peut l'être qu'à Noël, et les deux nuages qui l'entouraient ressemblaient à de la buée.

On entendait par instants les clarines des moutons et des chèvres ça et là un peu avant les pâturages. Juste à l'heure, vous comprenez, où la tristesse de vivre semble grandir en même temps que le soir et vous ne savez qui en attribuer la faute : la mauvaise heure.

Voilà le vie que je mène : une vie de chèvre. Une vie de chèvre et rien d'autre. (p. 75)

et bien, dis-je en moi-même,quand il s'y met pour de bon, le monde peut être bien triste, va. Il est doué pour ça, et même un homme, jamais, au grand jamais, ne pourrait en faire autant.

Et maintenant, c'était fini. Quelque chose était arrivé, une fois, une seule, et maintenant tout était fini.Pourtant, je n'éprouvais même pas de douleur, ni de remords, de mélancolie ou quoi que ce soit de ce genre. Je sentais seulement en moi un grand vide comme si désormais plus rien n'avait pu m'arriver. Rien jusqu'à la fin des siècles.Je faisais les cent pas dans la pièce où pour la première fois elle m'avait si bêtement parlé, je déplaçais un livre, le déplaçais à nouveau, ou tapais comme ça sur une vitre : et maintenant même un enfant aurait pu me conduire par la main. Une absurde vieille, un absurde prêtre : toute une absurde histoire de quatre sous.Un bruit monta de la ruelle. Les six vieilles de Bobbio arrivaient à l'instant. Toutes les haies avaient gelé. Les six vieilles se réchauffaient en battant des pieds. Un filet de fumée sortit d'une autre maison.Le garçon monta et frappa à la porte.« Monsieur le curé, m'annonça-t-il sans entrer. Je cours sonner la cloche. À présent, la Melide a fini.— J'arrive », dis-je.Il faisait froid. Décembre est froid chez nous.

- Voilà, dans la lettre il y avait ça d'écrit : est-ce que dans un cas spécial, tout à fait différent des autres, sans faire de mal à personne, quelqu'un pourrait avoir la permission de finir un peu plus tôt ?Je me retournai sans avoir bien compris.- "Oui, se tuer..." expliqua t-elle avec une tranquillité d'enfant.Et elle se mit à regarder ses sabots.Tout cela me prit tellement au dépourvu que sur le moment ne me vint aucun mot. Aucun. Mais ensuite, non, ce fut différent : montèrent à mes lèvres des mots et encore des mots, des recommandations, des conseils, des "pour l'amour de Dieu" et des " Qu'est-ce que vous dîtes ?", des sermons, des pages entières et tout ce que vous voudrez. Mais toutes choses comme venues d'un autre, choses anciennes et en outre déjà dites plus de mille fois. Pas un seul mot venu vraiment de moi: et là, en revanche, il fallait quelque chose de nouveau, de moi, et tout le reste était moins que rien. (p.75)

La fortune de Silvio d'Arzo da,s la vie littéraire italienne est singulière. Son nom n'apparaît presque jamais dans les panoramas et bilans (...) qu'on peut lire dans les journaux, les revues ou les livres (...)Mais demandez donc aux happy few quel est vraiment le plus beau récit paru en Italie depuis quarante ou cinquante ans : soyez sûr qu'écartant sans hésitation tous les autres titres, on vous répondra -Casa d'Altri- (Maison des autres) de Silvio d'Arzo.La raison de ce phénomène contradictoire ? peut-être la mort prématurée de Silvio D'Arzo, sa vie provinciale, son indifférence à l'égard du succès ou encore le fait qu'il n'aurait écrit que pour lui-même. (...) Le 8 septembre 1943, jour de l'armistice italien et début de l'occupation allemande (...) il déserta et rentra chez lui. Aucun autre événement extérieur notable ne marqua son existence, qui fut celle d'un garçon pauvre (sa mère tirait les cartes aux paysans qui, le jour du marché, affluaient au chef-lieu), très intelligent, brillant au point de sauter plusieurs classes et de passer très tôt sa licence. Il commença dès lors à toucher son modeste salaire d'enseignant qu'il reversait dans le maigre budget familial, n'en soustrayant que les quelques lires nécessaires pour acheter les livres de ses bien-aimés Stevenson, James, Kipling et Hemingway. (p. 11) [ Préface de Attilio Bertolucci ]

A présent, à soixante-dis ans passés, il venait à ces bergers des barbes et des traits de saints, des yeux plus clairs et plus bleus que ceux d'un enfant, de sorte qu'on se sentait toujours coupable quand ils vous regardaient en face : la vérité, c'était qu'ils avaient plus de flair qu'un chat et qu'on ne pouvait rien leur cacher. (p. 53)

< Voir moins de citations
Voir plus de citations >

Critiques de Maison des autres : avis de lecteurs (22)


  • Critique de Maison des autres par (Babelio)

    Maison des autres est une nouvelle rondement menée qui dessine le caractère absurde du quotidien avec précision et poésie. Découpé en quinze parties, le texte expose la rencontre entre le curé de M...

    Lire la critique complète >
    Par Babelio - publiée le 21/02/2020

  • Critique de Maison des autres par oiseaulire (Babelio)

    Ceci n'est pas un livre d'aventures. C'est qu'il s'agit précisément de LA grande aventure humaine et d'ELLE uniquement. L'auteur a gratté les os de la vie il ne reste que l'épure : un paysage sombre ...

    Lire la critique complète >
    Par oiseaulire - publiée le 07/04/2018

  • Critique de Maison des autres par Adriatik (Babelio)

    "Sept maisons. Sept maisons adossées et rien d'autre : plus deux rues caillouteuses, une cour qu'on appelle la place, un étang, un canal, et des montagnes autant qu'on veut." Le village isolé de Mont....

    Lire la critique complète >
    Par Adriatik - publiée le 12/03/2018

  • Critique de Maison des autres par Fapifap (Babelio)

    "Les moments essentiels sont ceux où ils ne se passent rien" En ce sens, ce livre est essentiel car de l'action il n'y en a pas mais alors pas du tout. Cela dit l'action n'est pas forcément essentie....

    Lire la critique complète >
    Par Fapifap - publiée le 11/07/2015

  • Critique de Maison des autres par (Babelio)

    Quelques pages pour faire un retour en arrière dans le temps. C'est saisissant. Je me demandais si Silvio d'Arzo aurait la moindre chance d'être édité de nos jours. Quand je lis ou j'entends des édi...

    Lire la critique complète >
    Par Babelio - publiée le 19/06/2015

  • Critique de Maison des autres par Tatty (Babelio)

    un petit livre contenant 2 histoires qui n'ont pas de lien entre elles si ce n'est la réflexion sur le sens de la vie. La première histoire concerne un prêtre de campagne dans des montagnes italienne...

    Lire la critique complète >
    Par Tatty - publiée le 16/06/2015

  • Critique de Maison des autres par leslylove (Babelio)

    Silvio D'Arzo, de son vrai nom Ezio Comparoni naquit le 6 février 1920 et mourut le 30 janvier 1952. Durant sa bien brève vie, il fût soldat et enseignant. D'un milieu modeste, Ezio Comparoni se montr...

    Lire la critique complète >
    Par leslylove - publiée le 16/06/2015

  • Critique de Maison des autres par majero (Babelio)

    Montagne profonde. Dans le première nouvelle c'est le curé du village qui se demande ce que lui veut la vieille, misérable, tacite, lointaine, qui se tue à laver des guenilles au torrent. Dans la d...

    Lire la critique complète >
    Par majero - publiée le 29/04/2020

  • Critique de Maison des autres par viou1108 (Babelio)

    Dans ce petit village de montagne perdu au milieu des Apennins, la vie passe sans qu'il ne se passe rien. Un vieux curé, quelques bergers, des femmes qui font la cuisine, des enfants, des chèvres. "Ce...

    Lire la critique complète >
    Par viou1108 - publiée le 27/03/2020

  • Critique de Maison des autres par JoeMi (Babelio)

    Je désirais écrire une nouvelle dont je voulais éprouver le titre: "Les Maisons des autres" sur internet. Et je tombe sur ce titre, un poil déçue: comme souvent, d'autres y ont déjà pensé! Mais ma dé...

    Lire la critique complète >
    Par JoeMi - publiée le 21/10/2019

  • Critique de Maison des autres par Nuageuse (Babelio)

    Un prêtre est intrigué par une vieille femme qui lave des haillons dans le canal à l'extérieur du village, et qui est propriétaire d'une chèvre. Les auteurs italiens excellent dans la concision de l...

    Lire la critique complète >
    Par Nuageuse - publiée le 11/06/2019

  • Critique de Maison des autres par (Babelio)

    Je suis doublement ému à l'instant de poster cette critique. Ému tout d'abord, car il s'agit de ma première. Ému ensuite, car je viens de tourner la dernière page de la nouvelle de Silvio d'Arzo, qui ...

    Lire la critique complète >
    Par Babelio - publiée le 18/03/2018

  • Critique de Maison des autres par blandine5674 (Babelio)

    Un roman où il ne semble pas se passer grand-chose, et pourtant… Un prête dans un village de montagne se fera poser une question étrange par une vieille lavandière. Un livre petit de par sa longueur s...

    Lire la critique complète >
    Par blandine5674 - publiée le 18/02/2018

  • Critique de Maison des autres par vivianpb (Babelio)

    Un récit court à la beauté étrange et dérangeante.

    Lire la critique complète >
    Par vivianpb - publiée le 27/12/2017

  • Critique de Maison des autres par maylibel (Babelio)

    Montelice, petit village perdu des Apennins. Les gens « vivent et c'est tout ». Leur curé n'a donc plus aucune illusion. Mais un soir, une vieille femme vient le trouver pour lui poser une question. ...

    Lire la critique complète >
    Par maylibel - publiée le 17/12/2014

  • Critique de Maison des autres par Bookycooky (Babelio)

    Ce classique de la Littérature italienne est un chef-d'oeuvre.L'action de ce court récit se situe peu après la guerre dans un petit village de l'Appenin émilien.Un trou perdu,où ne se passe jamais rie...

    Lire la critique complète >
    Par Bookycooky - publiée le 01/10/2014

  • Critique de Maison des autres par MarianneL (Babelio)

    Le silence miraculeux des mots. Né en 1920, Silvio d'Arzo, de son vrai nom Ezio Comparoni, publia « Maison des autres » en 1948 dans une revue, et ne cessa ensuite de retravailler ce texte jusqu'à ...

    Lire la critique complète >
    Par MarianneL - publiée le 16/12/2013

  • Critique de Maison des autres par zazy (Babelio)

    Ce court roman, plutôt une longue poésie en prose nous promène dans les Apenins, région de montagnes où il ne se passe rien. La vie s'écoule au rythme des saisons, du passage des chèvres. Pourtant… le...

    Lire la critique complète >
    Par zazy - publiée le 17/01/2012

  • Critique de Maison des autres par mimipinson (Babelio)

    Un petit village dans la montagne où il ne se passe rien, où la vie s'écoule jour après jour…tel est le décor de cette petite nouvelle. Un curé vit au rythme de ses habitants, des clarines, des chiens...

    Lire la critique complète >
    Par mimipinson - publiée le 27/02/2011

  • Critique de Maison des autres par Lali (Babelio)

    Silvio D'Arzo, né Ezio Comparoni, a peu publié de son vivant et a laissé de nombreux inédits derrière lui lorsqu'une leucémie l'a emporté en 1952, alors qu'il n'avait que 32 ans. Maison des autres est...

    Lire la critique complète >
    Par Lali - publiée le 03/02/2011

  • Critique de Maison des autres par ivredelivres (Babelio)

    Montelice, un village perdu des apennins, tout juste un village d'ailleurs «sept maisons adossées et rien d'autre» le curé est là depuis trente ans, c'est lui qui raconte. Il raconte la vie du villag...

    Lire la critique complète >
    Par ivredelivres - publiée le 11/08/2010

  • Critique de Maison des autres par Jollanne (Babelio)

    Une écriture pure. Une histoire singulière, triste mais merveilleusement racontée. Un bijou.

    Lire la critique complète >
    Par Jollanne - publiée le 28/05/2010
< Voir moins de critiques
Voir plus de critiques >

Ils parlent de Maison des autres

Du même auteur

Commentaires

Connexion




S'inscrire

Inscription à Livres Actu




Se connecter