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Ruth Klüger

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Refus de témoigner (2010)

De Ruth Klüger chez Viviane Hamy

Paru le 01-01-2010 - Format : Broché - 334 pages - 18 x 12 x 0 cm - 255 g - ISBN 10 : 2878583167 - ISBN 13 : 9782878583168

Collection : Bis

Tags : littérature juive, polonais, littérature autrichienne, états-unis, sciences humaines, éducation, shoah, camps de concentration, seconde guerre mondiale, nazisme, prisons, coup de poing, survivants, mémoire, antisémitisme, histoire, témoignage, autobiographie, récits, littérature.

Citations de Refus de témoigner (10)

Le viol comme un empiétement sur un droit de propriété masculin. Selon la formule "on lui a violé sa femme", avec même peut-être une secrète réserve, issue de la rivalité entre hommes : "C'est bien fait pour lui, cette ordure." Et les femmes, ainsi réduites à l'état d'objet se taisaient. Sur un acte de violence qui a aussi nom "déshonneur", le mieux est de garder le silence. Le langage sert les hommes dans la mesure où il met la honte de la victime au service du bourreau.

Le nom d'Auschwitz a aujourd'hui un rayonnement, même négatif, tel qu'il détermine dans une large mesure la réflexion sur une personne, à partir du moment où l'on sait qu'elle y a été.

Elle me vit dans la file, enfant condamnée à mort, elle vint vers moi, me souffla les mots qu'il fallait dire, elle prit ma défense et me permit de passer au travers des mailles. Jamais nulle part on eut d'avantage d'occasion d'agir librement, et spontanément que là-bas, à cette époque. Je le répète, parce que je ne trouve pas de moyen plus percutant de le faire comprendre que la répétition. J'ai fait l'expérience de "l'acte pur". Ecoutez et ne le contestez pas mesquinement, mais prenez-le comme c'est écrit ici, et retenez le bien.

C'était la mort et non le sexe, le secret dont les grandes personnes parlaient en chuchotant, et sur lequel on aurait bien voulu en apprendre davantage. Prétextant que je n'arrivais pas à dormir, je suppliais qu'on me laissât m'endormir sur le divan de la salle de séjour (qu'en fait nous appelions "le salon") et, naturellement, je ne m'endormais pas: la tête sous la couverture, j'espérais saisir quelques bribes des nouvelles terrifiantes qui s'échangeaient autour de la table. Certaines concernaient des inconnus, certaines des parents, toutes concernaient des Juifs.

Je me plaignais de la grant-tante à ma mère. "C'est une mère de garçons", disait ma mère pour prendre la défense de sa tante préférée. "Que veux-tu, elle n'est pas habituée aux filles." Je ne voyais pas ce qui exigeait qu'on s'y habituât. C'est ainsi qu'elle incarne, figée dans la mort, la distance qui me sépare de la génération de mes parents, et je ne saurais me souvenir avec émotion ni d'elle ni de l'oncle qui allait avec. En même temps, je suis atterrée que la Tante Rosa, morte en chambre à gaz, demeure uniquement un mauvais souvenir d'enfance, la femme qui me punissait lorsqu'elle découvrait que j'avais versé dans l'évier mon cacao du matin.

Quelque temps après que j'eus quitté l'école, on me fit encore donner des leçons particulières d'anglais par une Anglaise de naissance qui admirait les nazis et que je détestais à proportion. Mais comment ma mère - me demande un ami plus jeune - put-elle donc en arriver à employer une sympathisante des nazis comme professeur particulier? Je réponds que nazis et non-nazis ne se distinguaient pas aussi facilement que les torchons et les serviettes. Les convictions étaient flottantes, les humeurs changeants, les sympathisants d'aujourd'hui pouvaient être les adversaires du lendemain, et inversement. Ma mère pensait que l'essentiel était le bon accent britannique, que les opinions politiques de mon professeur ne me concernaient pas, et que je pouvais de toute façon apprendre des choses avec elle. Elle se trompait: la petite Juive ne plaisait pas plus à cette femme que celle-ci ne me plaisait, ces leçons étaient un supplice à force d'aversion mutuelle. Quoique j'apprisse, je m'empressais de l'oublier d'une leçon à l'autre, avec une application qui eût fait honneur à Pénélope.

Ce n'était pas possible, une jeune fille juive avec un goy, et de surcroît un Allemand. J'étais ulcérée. Vous, et vos liaisons avec les jeunes Allemandes, comment osez-vous me faire la leçon? C'était différent, ils étaient des hommes, ils pouvaient avoir des rapports avec qui ils voulaient. Je n'étais pas assez initiée aux perversités de la distribution sociale des rôles des deux sexes pour saisir ce genre de finesse. Je perçus seulement ce qu'il y avait de mépris pour les femmes dans l'établissement de cette distinction et dans la prétention des hommes à vouloir exercer sur moi une sorte de tutelle.

Giséla (...) me parle d'un émigré qui a reçu des décorations en Allemagne, et qui n'éprouve me aucune rancoeur à l'égard des Allemands. Je le connais, et je me demande un peu étonnée, s'il manque tellement de caractère qu'il offre une réconciliation et un pardon qu'il ne lui revient pas d'accorder. (...) Une injustice n'est pas réparée par les états d'âme de ceux qui en ont été les victimes. Je m'en suis tirée, la vie sauve, c'est beaucoup, mais je n'en suis pas sortie avec un sac plein de certificats d'acquittements que les fantômes m'auraient remis pour que je les distribue à ma guise.

a fait la connaissance à Jérusalem d'un vieux Hongrois qui avait été détenu à Auschwitz et qui néanmoins, « dans un même souffle », disait du mal des Arabes, prétendant qu'ils étaient tous mauvais.Comment quelqu'un qui est passé par Auschwitz peut-il parler ainsi ? demande l'allemand. J'interviens, demande, sur un ton peut-être un peu acerbe qu'il ne faudrait , ce qu'on espère : Auschwitz n'a jamais été un établissement d'éducation d'aucune sorte, et surtout pas d'éducation à l'humanité et à la tolérance (p.80)

Ditha aussi s'est entendu dire qu'en continuant de laisser visible ce numéro elle voulait imposer aux autres des sentiments de culpabilité. Ne devraient-ils pas essayer d'analyser pourquoi la vue de ces numéros déclenche une telle agressivité de leur part ? (Que devons-nous alors penser quand vous jurez de jamais oublier sans qu'on vous le demande ?) (p.261)

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Critiques de Refus de témoigner : avis de lecteurs (4)


  • Critique de Refus de témoigner par labson (Babelio)

    Déportée à 12 ans, Ruth Klüger attendra de nombreuses années avant de parler de sa jeunesse. Et lorsqu'elle le fait c'est dans un style très particulier, distancié qui implique totalement le lecteur ....

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    Par labson - publiée le 09/05/2010

  • Critique de Refus de témoigner par lagrandeval (Babelio)

    Ce roman autobiographique traite de l'enfance de l'auteur née à Vienne et qui, en 1942, sera déportée avec sa mère dans 3 camps différents. Elle décrit ses années de sa vie sans pathos mais apporte un...

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    Par lagrandeval - publiée le 30/08/2015

  • Critique de Refus de témoigner par djathi (Babelio)

    "Refus de témoigner " ou "Re-vivre" , selon le titre de parution en allemand : Peu importe finalement , le résultat est là : une oeuvre essentielle dans le non-devoir de mémoire et le non-...

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    Par djathi - publiée le 09/03/2017

  • Critique de Refus de témoigner par Taraxacum (Babelio)

    Refus de témoigner est une oeuvre caustique et sans concession, sur tous les sujets. Ruth Klüger raconte son enfant dans Vienne où monte l'antisémitisme, raconte les camps, la fuite, ses relations ave...

    Lire la critique complète >
    Par Taraxacum - publiée le 05/05/2020

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