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Romain Gary

Romain Gary, né Roman Kacew à Vilnius en 1914, est élevé par sa mère qui place en lui de grandes espérances, comme il le racontera dans La promesse de l’aube. Pauvre, «cosaque un peu tartare mâtiné de juif», il arrive en France à l’âge de quatorze ans et s’installe avec sa mère à Nice. Après des études de droit, il s’engage dans l’aviation et rejoint le général de Gaulle en 1940. Son premier roman, Éducation européenne, paraît avec succès en 1945 et révèle un grand conteur au style rude et poétique. La même année, il entre au Quai d’Orsay. Grâce à son métier de diplomate, il séjourne à Sofia, New York, Los Angeles, La Paz. En 1948, il publie Le grand vestiaire, et reçoit le prix Goncourt en 1956 pour Les racines du ciel. Consul à Los Angeles, il quitte la diplomatie en 1960, écrit Les oiseaux vont mourir au Pérou (Gloire à nos illustres pionniers) et épouse l’actrice Jean Seberg en 1963. Il fait paraître un roman humoristique, Lady L., se lance dans de vastes sagas : La comédie américaine et Frère Océan, rédige des scénarios et réalise deux films. Peu à peu les romans de Gary laissent percer son angoisse du déclin et de la vieillesse : Au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable, Clair de femme. Jean Seberg se donne la mort en 1979. En 1980, Romain Gary fait paraître son dernier roman, Les cerfs-volants, avant de se suicider à Paris en décembre. Il laisse un document posthume où il révèle qu’il se dissimulait sous le nom d’Émile Ajar, auteur d’ouvrages majeurs : Gros-Câlin, La vie devant soi, qui a reçu le prix Goncourt en 1975, Pseudo et L’angoisse du roi Salomon.

Présentation de Romain Gary (Wikipedia)

Romain Gary, né Roman Kacew le 21 mai 1914 (8 mai dans le calendrier julien), à Vilna dans l'Empire russe (actuelle Vilnius en Lituanie) et mort le 2 décembre 1980 à Paris, est un aviateur, militaire, résistant, diplomate, romancier, scénariste et réalisateur français, de langues française et anglaise. Important écrivain français de la seconde moitié du XXe siècle, il est également connu pour la mystification littéraire qui le conduisit, dans les années 1970, à signer plusieurs romans sous le nom d'emprunt d'Émile Ajar, en les faisant passer pour l'œuvre d'un tiers. Il est ainsi le seul romancier à avoir reçu le prix Goncourt à deux reprises, le second prix étant attribué à ce pseudonyme.

Livres de Romain Gary

Citations de Romain Gary (264)

Nous étions alors au fond du trou – je ne dis pas de l'»abîme», parce-que j'ai appris, depuis, que l'abîme n'a pas de fond, et que nous pouvons tous y battre des records de profondeur sans jamais épuiser les possibilités de cette intéressante institution.

– La promesse de l'aube (première partie)

Vous me demandez de raconter un peu ma vie, sous prétexte que j'en ai une, je n'en suis pas tellement sûr parce que je crois surtout que c'est la vie qui nous a, qui nous possède. Après, on a l'impression d'avoir vécu, on se souvient d'une vie à soi comme si on l'avait choisie.Personnellement, je sais que j'ai eu très peu de choix dans la vie, que c'est l'histoire au sens le plus général et à la fois le plus particulier et quotidien du mot, qui m'a en quelque sorte embobiné.

– Le sens de ma vie / entretien

Je m'aperçois tous les jours, dans tout ce que l'on écrit sur moi, que je ne me reconnais absolument pas dans cette image de marque que je traîne. Il y a une profonde différence de toute façon entre un auteur et lui-même. Un auteur met le meilleur de lui-même, de son imagination, dans le livre et garde le reste, "le misérable petit tas de secrets" comme disait Malraux, pour lui-même.

– Le sens de ma vie / entretien

J'ai décrit tout cela, le rôle qu'a joué ma mère qui a été déterminant dans ma vie, dans -La Promesse de l'aube- qui est ma première autobiographie que j'ai écrite à l'âge de quarante-cinq ans. Ma mère était une francophile comme on n'en conçoit pas aujourd'hui parce que cela date encore du XIXe siècle et à l'époque, pour les Russes surtout, la France était l'incarnation même de la grandeur, de la beauté, de la justice, des droits de l'homme, de toutes les jolies histoires que nous nous sommes racontées sur nous-mêmes. (p.17)

– Le sens de ma vie / entretien

Et si on me demande quel a été le sens de ma vie, je répondrai toujours ... que cela été la parole du Christ dans ce qu'elle a de féminin, de ce qu'elle constitue pour moi l'incarnation même de la féminité.

– Le sens de ma vie / entretien

Je vous ai dit au début de cet entretien que l'on vit moins une vie que l'on est vécu par elle. J'ai l'impression d'avoir été vécu par ma vie, d'avoir été objet d'une vie plutôt que de l'avoir choisie et en plus de cela, avec la notoriété, on est donc manipulé par la vie elle-même.

– Le sens de ma vie / entretien

Je continuais à écrire à l'âge de douze ans et j'avais tellement envie d'être écrivain et surtout d'être publié que mes premiers efforts littéraires, je les recopiais dans une cahier en écriture d'imprimerie pour me donner l'illusion d'être publié. (p.19)

– Le sens de ma vie / entretien

Dans la Préface, Roger Grenier écrit :"La première fois que j'ai rencontré Gary - je ne me doutais pas qu'il allait devenir un ami si proche - il venait d'avoir le Goncourt pour Les Racines du Ciel, et il débarquait de Bolivie. C'était à l'hôtel Pont-Royal. J'étais journaliste à l'époque et le hasard fait que je suis allé peu après en Côte d'Ivoire, dans la réserve de Bouna, où le garde-chasse Raphaël Matta venait d'être abattu par les Lobis, une tribu primitive, parce qu'il voulait les empêcher de tuer les éléphants. Ce malheureux Matta avait eu la tête chamboulée par la lecture des Racines du Ciel. Il a écrit plusieurs fois à Romain Gary. J'ai vu le marigot où il a été achevé à coups de casse-tête après avoir été atteint par des flèches empoisonnées. Bientôt une légende s'est installée, l'inverse de la réalité. On disait que c'était l'histoire de Matta qui avait inspiré le roman.""Dans cette ultime confession, Romain Gary évoque Les Cerfs-Volants qui est à ce moment-là sur le point de paraître, son dernier roman, un des plus beaux et des plus émouvants."

– Le sens de ma vie / entretien

L'humour de Groucho Marx est pour moi très important, comme tout humour en général parce que l'humour est l'arme blanche des hommes désarmés. […] L'humour des frères Marx est un humour agressif, il est une contre-attaque, c'est un combat à l'arme blanche de l'humour. Il est plus pacifique, plus calme, plus gentlemanesque chez les anglais, où il est également très puissant, et il a retrouvé sa forme virulente, sa forme d'arme d'autodéfense en Amérique grâce aux juifs, dans la grande école littéraire new-yorkaise où nous avons connu deux prix Nobel, d'abord celui de Saul Bellow, ensuite celui de Singer et dont les représentants sont très nombreux : Malamud, Bruce J. Friedman, sans oublier l'auteur du Complexe de Portnoy, Philip Roth.

– Le sens de ma vie / entretien

Je me prépare en ce moment - enfin il est terminé et remis à l'éditeur - à sortir un nouveau roman qui s'appelle Les Cerfs-volants. Les Cerfs-volants est un roman qui m'est très cher et très important parce que c'est un roman sur la mémoire historique des Français, la mémoire affective, c'est aussi le roman de la fidélité.

– Le sens de ma vie / entretien

Je trouve que c'est ce que j'ai fait de plus valable dans ma vie, c'est d'introduire dans tous mes livres, dans tout ce que j'ai écrit, cette passion de la féminité soit dans son incarnation charnelle et affective de la femme, soit dans son incarnation philosophique de l'éloge et de la défense de la faiblesse, car les droits de l'homme ce n'est pas autre chose que la défense du droit à la faiblesse.

– Le sens de ma vie / entretien

Quelques mois auparavant, il avait fait l'amour avec une petite Française dans un chalet à Wengen, et le matin, alors qu'il essayait de sortir sur la pointe des pieds, ses chaussures à la main, il était tombé sur la mère. Il n'y avait pas moyen de nier, alors, il avait essayé de s'en tirer par la politesse, en disant à la vieille quelque chose de gentil, en français, mais tout ce qu'il était arrivé à trouver fut "merci beaucoup", à peu près les seuls mots qu'il connaissait. Apparemment c'était pas des choses à dire à une mère, vu les circonstances, seulement, c'était trop tard, il l'avait déjà dit, et la vieille s'était mise à hurler, il ne savait plus comment s'en tirer, mais finalement, il lui dit encore "à votre santé", l'autre phrase en français qu'il connaissait, et attendit, très fier de lui, en lui faisant un de ces grands sourires innocents bien américains, qui sont censés vous aller doit au coeur. Mais pas du tout, la bonne femme était devenue vraiment furieuse et elle avait appelé son mari.

– La comédie américaine.2 - La comédie américaine, II : Adieu Gary Cooper

La première chose qu'une femme en France exige de vous quand elle s'est laissé baiser, c'est de la respecter. Les Françaises font ça aussi bien que n'importe qui, mais elles vous disent après, « qu'est-ce que vous allez penser de moi », comme si vous aviez des critiques à formuler sur leur façon de faire l'amour. Dès qu'elles ont fini de faire l'amour, les Françaises se lèvent et courent se laver, ça doit être religieux, la France est un pays catholique. Elles n'ont pas de préjugés raciaux.

– La comédie américaine.2 - La comédie américaine, II : Adieu Gary Cooper

Je suis un homme libre. Je refuse d'être l'esclave du bonheur. Tous les bonheurs se valent : on est heureux, on jouit de la vie, c'est la fin de la révolte. Là où il y a du bonheur, il n'y a pas de révolte, et je vous défie de me prouver que ce n'est pas vrai. Le bonheur, c'est l'opium du peuple, la stagnation, c'est le malheur qui fait le progrès, c'est l'aiguillon qui vous pousse en avant

– La comédie américaine.2 - La comédie américaine, II : Adieu Gary Cooper

Il riait. Il paraissait heureux, comme si elle lui avait prouvé quelque chose. Et des taches de rousseur autour du nez. On peut être un salopard odieux et avoir quand même des taches de rousseur.

– La comédie américaine.2 - La comédie américaine, II : Adieu Gary Cooper

N'oubliez pas que tout homme rassasié a un frère qui meurt de faim dans le monde.

– La comédie américaine.2 - La comédie américaine, II : Adieu Gary Cooper

L'amour, c'est la vie qui essaye de vous récupérer. Elle se refait une beauté, la vieille.

– La comédie américaine.2 - La comédie américaine, II : Adieu Gary Cooper

L'un des clichés les plus idiots de la psychiatrie consiste à affirmer que les alcooliques boivent parce qu'ils n'arrivent pas à s'adapter à la réalité. Mais un homme qui peut s'adapter à la réalité n'est qu'un enfant de pute.

– La comédie américaine.2 - La comédie américaine, II : Adieu Gary Cooper

- Je connais un type à Zermatt, qui dit : « C'est pas au point, tout ça. Il faut changer le monde. Il faut qu'on se mette tous ensemble et qu'on change le monde. » Mais si on pouvait se mettre tous ensemble, le monde, on aurait plus besoin de le changer. Il serait déjà complètement différent. Seul, tu peux faire quelque chose. Tu peux changer ton monde à toi, tu peux pas changer celui des autres.

– La comédie américaine.2 - La comédie américaine, II : Adieu Gary Cooper

Les hommes étaient tous absolument surréalistes. Lenny n'avait pas très bien compris ce que c'était, le surréalisme, mais Bug lui avait confirmé que c'était justement cela, le surréalisme: il fallait pas essayer de comprendre. Les hommes, c'était tout à fait ça.

– La comédie américaine.2 - La comédie américaine, II : Adieu Gary Cooper

Elle se mit à rire. Il en eut le souffle coupé. Quand elle riait, c'était comme si on était soudain remonté là-haut, d'un seul coup, deux mille mètres au-dessus du niveau de la merde.

– La comédie américaine.2 - La comédie américaine, II : Adieu Gary Cooper

Le temps est une belle ordure, il vous dépiaute alors que vous êtes encore vivant, comme les tueurs de bébés phoques.

– L'angoisse du roi Salomon

Mais moi je crois que c'est par égoïsme et que je pense aux autres pour ne pas penser à moi-même, qui est la chose qui me fait le plus peur au monde.

– L'angoisse du roi Salomon

- C'est tellement plus difficile de rester jeune pour une femme. - Mademoiselle Cora, vous n'êtes pas vraiment vieille. Soixante-cinq ans aujourd'hui, avec les moyens qu'on a, c'est plus la même chose. C'est même remboursé par la sécurité sociale. On n'est plus au dix-neuvième siècle. Aujourd'hui, on va dans la lune, merde.

– L'angoisse du roi Salomon

J'ai toujours voulu être un salaud qui s'en fout sur toute la ligne et quand vous n'êtes pas un salaud, c'est là que vous vous sentez un salaud, parce que les vrais salauds ne sentent rien du tout. Ce qui fait que la seule façon de ne pas se sentir un salaud c'est d'être un salaud.

– L'angoisse du roi Salomon

J'étais avec elle tout le temps même quand je la quittais. Je me demandais comment j'avais pu vivre avant si longtemps sans la connaître, vivre dans l'ignorance. Dès que je la quittais elle grandissait à vue d'œil. Je marchais dans la rue et je souriais à tout le monde, tellement je la voyais partout. Je sais bien que tout le monde crève d'amour car c'est ce qui manque le plus, mais moi j'avais fini de crever et je commençais à vivre.

– L'angoisse du roi Salomon

[...] quand on aime comme on respire, ils prennent tous ça pour une maladie respiratoire.

– L'angoisse du roi Salomon

On a toujours besoin des autres, on ne peut pas passer sa vie à se détester soi-même.

– L'angoisse du roi Salomon

On a toujours besoin de quelqu'un qui a besoin de vous.

– L'angoisse du roi Salomon

"et puis il y a un moment où tu commences à sentir que c'est trop tard, que la vie ne va jamais te rembourser, et c'est l'angoisse. C'est ce que nous appelons l'angoisse du roi Salomon, à SOS"

– L'angoisse du roi Salomon

Moi j'avais envie de crever mais on ne peut pas crever chaque fois qu'il y a une raison, on n'en finrait pas.

– L'angoisse du roi Salomon

"Je" me fait rire, c'est un grand comique, et c'est pourquoi le rire populaire a souvent été un début d'incendie. [...] La source même du rire populaire et de tout comique, c'est cette pointe d'épingle qui crève le ballon du "je", gonflé d'importance.

– La nuit sera calme / entretiens avec François Bondy

(...) et je me sentais une telle merde que ça a complètement changé mes rapports avec la merde.

– La nuit sera calme / entretiens avec François Bondy

(...) mon "je" ne me suffit pas comme vie, et c'est ce qui fait de moi un romancier, j'écris des romans pour aller chez les autres. Si mon "je" m'est souvent insupportable, ce n'est pas à cause de mes limitations et infirmités personnelles, mais à cause de celles du "je" humain en général. On est toujours piégé dans un "je".

– La nuit sera calme / entretiens avec François Bondy

Tu ne peux pas aimer une femme, un homme, sans les avoir d'abord inventés, tu ne peux pas aimer l'autre sans l'avoir d'abord inventé, imaginé, parce qu'une belle histoire d'amour, ce sont d'abord deux êtres qui s'inventent, ce qui rend la part de réalité acceptable, et indispensable même, comme matériau de départ.

– La nuit sera calme / entretiens avec François Bondy

Et je n'éprouve aucun frisson d'amour-propre à l'idée de m'ouvrir à n'importe qui - j'aime bien "n'importe qui", c'est un copain - et de me livrer à l'"opinion publique", parce que mon "je" ne me contraint à aucun égard envers moi-même, bien au contraire.

– La nuit sera calme / entretiens avec François Bondy

(...) chaque fois que tu aimes, c'est une vie nouvelle qui commence.

– La nuit sera calme / entretiens avec François Bondy

J'ai le goût du merveilleux. Ce sont des restes d'enfance. Il n'y a pas de création sans ça. J'ai un goût très vif pour tous les papillons du merveilleux et j'essaie de les saisir, et qu'ils soient observés, vécus ou créés, c'est la même chose, c'est toujours une quête du merveilleux. Le cinéma, c'est un filet à papillons, comme le roman, comme la vie vécue.

– La nuit sera calme / entretiens avec François Bondy

Si encore j'étais riche et déshonoré, ça aurait fait moins mal, mais pauvre et déshonoré, c'était trop.

– La nuit sera calme / entretiens avec François Bondy

L'inaccessible, on le fabrique souvent soi-même.

– La nuit sera calme / entretiens avec François Bondy

J'ai vu tomber à mes côtés des jeunes gens faits pour le bonheur et pour l'amour et qui croyaient qu'ils mourraient pour un monde fraternel : ils ont été victimes d'une tricherie.

– La nuit sera calme / entretiens avec François Bondy

Ça compte beaucoup, la présentation, dans la vie.

– Le Grand vestiaire

Il n'y a pas de sérénité plus grande qu'une conscience métaphysique de sa propre nullité. La fraternité des zéros, où chaque zéro supporte l'autre de sa solitude, l'inouïe solitude des zéros, la société des zéros, l'amour d'un zéro pour l'autre, le néant, le vide, le rien, qu'est-ce que vous voulez, moi, je trouve cela extrêmement encourageant !

– Le Grand vestiaire

le nom de Kuhl, ça te dit quelque chose ?,- non.L'inspecteur bougea un peu, sur la causette. Il avait l'air extrêmement malheureux.Ton père a été tué dans le maquis du Véziers, dit-il.-Foutez-lui la paix, dis-je.Mon père n'est pas dans le coup.- C'était un héros, ton père, dit le flic.

– Le Grand vestiaire

- On ne peut dire que je sois vraiment un traître. Je n'ai pas donné de Français, vous savez. Je n'ai donné que des juifs...

– Le Grand vestiaire

- Ça s'appelle Kilimandjaro. C'est en Afrique- Ça ne peut pas être en Afrique, voyons, il y a de la neige.- Il y a partout de la neige en montagne. On appelle ça des neiges éternelles. Même en Afrique, il y en a …. Si j'étais millionnaire, j'irai vivre dans les neiges éternelles, avec ma femme. On doit respirer.De nouveau, il frappa du poing dans le creux de sa main.- Nom de Dieu, ce serait formidable. Il faudrait naturellement que la femme m'aime bien, qu'elle soit fidèle.- Dans les neiges éternelles, tu ne risques rien.Il ne m'écoutait pas, il regardait la montagne.

– Le Grand vestiaire

Il faut d'abord beaucoup d'amour donné pour faire un traître, beaucoup de mains tendues, pour faire une trahison…

– Le Grand vestiaire

" Au fond, vous savez, nous ne sommes pas si loin mes uns des autres. Nous sommes tous frères, hein... Et si on commence à creuser les différences, on reste seul dans la vie et ce n'est pas drôle." P.183

– Le Grand vestiaire

C'est dur à repérer, un homme, lorsque ça se planque bien. On peut vivre très vieux et jouir de tout, naturellement, en cachette. La vie, jeune homme, apprenez-le dès maintenant, c'est uniquement une question de camouflage.

– Le Grand vestiaire

Il y a des gens, jeune homme, qui tombent tellement amoureux de la vie qu'ils préfèrent mourir plutôt que de renoncer à vivre.

– Le Grand vestiaire

Où étaient-ils donc, ces fameux hommes, dont mon père m'avait parlé, dont tout le monde parlait tant ?

– Le Grand vestiaire

Je commençais à comprendre qu'il faut savoir laisser, même à sa raison de vivre, le droit de vous quitter de temps en temps, et même celui de vous tromper un peu avec la solitude.

– Les cerfs-volants

Rien ne vaut la peine d'être vécu qui n'est pas d'abord une oeuvre d'imagination, ou alors la mer ne serait plus que de l'eau salée... Tiens, moi, par exemple, depuis cinquante ans, je n'ai jamais cessé d'inventer ma femme. Je ne l'ai même pas laissée vieillir. Elle doit être bourrée de défauts que j'ai transformés en qualités. Et moi, je suis à ses yeux un homme extraordinaire. elle n'a jamais cessé de m'inventer, elle aussi. En cinquante ans de vie commune, on apprend vraiment à ne pas se voir, à s'inventer et à se réinventer à chaque jour qui passe. Bien sûr, il faut toujours prendre les choses telles qu'elles sont. Mais c'est pour mieux leur tordre le cou. La civilisation n'est d'ailleurs qu'une façon continue de tordre le cou aux choses telles qu'elles sont...

– Les cerfs-volants

Il y a longtemps que toute trace de haine pour les Allemands m'a quitté. Et si le nazisme n'était pas une monstruosité inhumaine? S'il était humain? S'il était un aveu, une vérité cachée, refoulée, camouflée, niée, tapie au fond de nous-mêmes, mais qui finit toujours par resurgir? Les Allemands, bien sûr, oui, les Allemands... C'est leur tour, dans l'histoire, et voilà tout. On verra bien, après la guerre, une fois l'Allemagne vaincue et le nazisme enfui ou enfoui, si d'autres peuples, en Europe, en Asie, en Afrique, en Amérique, ne viendront pas prendre la relève.

– Les cerfs-volants

C'était la première fois que j'utilisais l'imagination comme arme de défense et rien ne devait m'être plus salutaire dans la vie.

– Les cerfs-volants

Les prix étaient salés. Le ministre Anatole de Monzie lui avait dit un jour : - Mon cher Marcellin, on déguste vos plats, et c'est de l'érotisme ; on regarde vos prix, et c'est de la pornographie.

– Les cerfs-volants

Elle avait un visage aux traits si fins qu'on avait envie de la prendre au creux de la main et une vivacité harmonieuse dans chaque mouvement qui m'avait permis d'avoir une très bonne note à mon bac de philo. J'avais choisi l'esthétique à l'oral et l'examinateur, excédé sans doute par une journée de travail, m'avait dit : - Je ne vous poserai qu'une question et je vous demande de me répondre par un seul mot. Qu'est-ce qui caractérise la grâce ?Je pensai à la petite Polonaise, à son cou, à ses bras, au vol de sa chevelure, et je répondis sans hésiter : - Le mouvement. J'eus un dix-neuf. Je dois mon bac à l'amour.

– Les cerfs-volants

Ce qu'il y a d'affreux dans le nazisme, dit-on, c'est son côté inhumain. Oui. Mais il faut bien se rendre à l'évidence : ce côté inhumain fait partie de l'humain. Tant qu'on ne reconnaîtra pas que l'inhumanité est chose humaine, on restera dans le mensonge pieux.

– Les cerfs-volants

L'inaccessible, on le fabrique soi-même.

– La nuit sera calme / entretiens avec François Bondy

On disait d'elle que c'était une femme froide -cette froideur qu'on accorde si généreusement aux femmes que seul le soleil intéresse. Depuis des années, elle avait toujours su qu'elle était là, quelque part, à l'attendre, à l'appeler, elle ne savait où, à San Francisco, à Rio, dans un bistrot de Paris ou sur une plage du Pérou, et tout le monde croyait qu'elle avait seulement le goût des voyages, des fugues soudaines à travers les continents.

– Les Clowns lyriques

- le fasciste aussi peut rêver d'amour.-Je te parle d'amour pas de cul, dit Rainier.-Non mais dites donc ! protesta la pute.-On parle pas de vous, la rassura La Marne. Chez vous c'est pas idéologique.

– Les Clowns lyriques

L'amour, c'est une aspiration à l'amour ! On ne peut pas consommer ! On ne peut pas réduire l'amour à ses pauvres réalités consommables !

– Les Clowns lyriques

Car la solitude n'est pas de vivre seul, mais d'aimer seul : ne jamais rencontrer celle qui ne vous aimera jamais, voilà peut-être la définition la plus juste du bonheur humain.

– Les Clowns lyriques

Il arrive un moment dans la vie où toutes les femmes que l'on a rencontrées finissent par composer une image très claire de celle qui vous manque.

– Les Clowns lyriques

On a pas le droit de juger une idée sur ce qu'elle devient quand elle se concrétise. Elle n'est pas faite pour ça. Une idée se casse toujours la gueule quand elle touche terre.

– Les Clowns lyriques

Il ferma les yeux pour mieux sentir ses lèvres sur les siennes et pour qu'il n'y eût plus d'ailleurs, rien que la douceur de la vie au goût de femme.

– Les Clowns lyriques

On n'a pas le droit de juger une idée sur ce qu'elle devient quand elle se concrétise. Elle n'est pas faite pour ça. Une idée se casse toujours la gueule quand elle touche terre. Elle se couvre toujours de merde et de sang quand elle dégringole de la tête aux mains.Une idée ne peut être jugée par aucun des crimes que l'on commet en son nom, elle ne saurait être trouvée dans aucun des modèles qu'elle inspire.

– Les Clowns lyriques

Les grandes amours ... existent bien sûr, mais seulement à la façon des lignes parallèles qui ne se rencontrent jamais.

– Les Clowns lyriques

La vie est une rencontre, avait écrit le philosophe Martin Buber. Encore faut-il donner une chance à la rencontre, donner une chance à la chance.

– Les Clowns lyriques

Raton : M'en fous, moi ! C'est leur merde, je te dis… Et je la leur laisse ! Qu'ils la bouffent eux-mêmes… J'vais pas la bouffer pour eux… Allez les gars, on le plante là et on se tire ! Luc : Mais on emmène une moitié. Raton : Quelle moitié ? Luc : La bonne. Raton : Non mais ça n'va pas ? […] Luc : Les bonnes femmes à poil et le crâne rasé, tu as vu ? Raton : Ben oui, c'est normal, on a gagné la guerre, non ? C'est la juste indignation qui veut ça. Luc : Tu parles ! Tout ce que ça veut dire, c'est que les Allemands sont partis, mais que les nazis sont restés… Allez, on l'emmène. C'est pas pour lui… C'est contre les autres…

– La bonne moitié

Vous avez vu dans la rue de très vieux couples inséparables qui se soutiennent en marchant ? C'est ça, la part du feu. Moins il reste de chacun, et plus il reste des deux…

– Clair de femme

On vit seule, pour se prouver que l'on peut. Mais on regarde un étranger comme si c'était encore possible. Et je vous ferais remarquer que je sais aussi ceci: il ne suffit pas d'être malheureux séparément pour être heureux ensemble.Deux désespoirs qui se rencontrent, cela peut bien faire un espoir, mais cela prouve seulement que l'espoir est capable de tout...

– Clair de femme

Nous crevons de faiblesse, et cela permet tous les espoirs. La faiblesse a toujours vécu d'imagination. La force n'a jamais rien inventé, parce qu'elle croit se suffire. C'est toujours la faiblesse qui a du génie.

– Clair de femme

La plus cruelle façon de m'oublier, ce serait de ne plus aimer.

– Clair de femme

Tu savais bien que je ne pourrais vivre sans toi, et c'est ainsi que tu lui as fait beaucoup de place. Je ne lui parlerai plus jamais de toi, comme je te l'ai promis, parce que tu ne voulais pas l'encombrer d'une autre, tu ne voulais pas lui imposer tes goûts, tes habitudes, tu voulais qu'elle soit libre de toute référence. Je cacherai toutes les photos et tous les objets que tu as aimés, je ne vivrai pas de mémoire. Il me suffira toujours de voir les forêts, les champs, les mers, les continents, le monde, pour aimer le peu qui me reste de toi.

– Clair de femme

Il ne suffit pas d'être malheureux séparément pour être heureux ensemble.[Folio, 1977, p.26]

– Clair de femme

il y a tant d'hommes et femmes qui se ratent! Qu'est-ce qu'ils deviennent? De quoi vivent-ils? C'est terriblement injuste. Il me semble que si je ne t'avais pas connu, j'aurais passé ma vie à te haïr.

– Clair de femme

-Est-ce que je suis envahissante?-Terriblement, lorsque tu n'es pas là.

– Clair de femme

Aimer est une aventure sans carte et sans compas où seule la prudence égare.

– Clair de femme

p. 43 Comment veux-tu distinguer le faux du vrai, quand on crève de solitude? On rencontre un type, on essaie de le rendre intéressant, on l'invente complètement, on l'habille de qualités des pieds à la tête, on ferme les yeux pour mieux le voir, il essaie de donner le change, vous aussi, s'il est beau et con on le trouve intelligent, s'il vous trouve conne, il se sent intelligent, s'il remarque que vous avez les seins qui tombent, il vous trouve de la personnalité, si vous commencez à sentir que c'est un plouc, vous vous dites qu'il faut l'aider, s'il est inculte, vous en avez assez pour deux, s'il veut faire ça tout le temps, vous vous dites qu'il vous aime, s'il n'est pas très porté là-dessus, vous vous dites que ce n'est pas ça qui compte, s'il est radin, c'est parce qu'il a eut une enfance pauvre, s'il est mufle, vous vous dites qu'il est nature, et vous continuez ainsi à faire les pieds et des mains pour nier l'évidence, alors que ça crève les yeux et c'est ce que l'on appelle les problèmes du couple, le problème du couple, quand il n'est plus possible de s'inventer l'un l'autre, et alors, c'est le chagrin, la rancune, la haine, les débris que l'on essaie de faire tenir ensemble à cause des enfants ou tout simplement parce qu'on préfère encore être dans la merde que de se retrouver seule.

– Clair de femme

(...) mes yeux se lassent de courir sur la trace d'un autre, ce qu'il faut, c'est essayer d'arracher soi-même un miracle de vie et de beauté à la matière.

– Les oiseaux vont mourir au Pérou

Dans le sable, certains oiseaux étaient encore debout : les nouveaux venus. Ils regardaient les îles. Les îles, au large, étaient couvertes de guano : une industrie très profitable, et le rendement d'un cormoran en guano au cours de son existence peut faire vivre une famille entière pendant le même laps de temps. Ayant accompli ainsi leur mission sur terre, les oiseaux venaient ici pour mourir. Tout compte fait, il pouvait dire qu'il avait lui aussi accompli sa mission : la dernière fois, dans la Sierra Madre, avec Castro. Le rendement en idéalisme d'une belle âme peut faire vivre un régime policier pendant le même laps de temps.

– Les oiseaux vont mourir au Pérou

Les trois Roumains se taisent. Le vieux Michel Christianu serre impatiemment les poings. Le sort du combat qui va être livré le laisse froid. Il s'est joint à l'Allemand pour régler des comptes personnels : leur voisin Fédor avait fait un gosse à sa fille. " Triste cela, songe Kopfff, triste! d'avoir à mourir avec des imbéciles et des brutes. Enfin... L'important est la Cause et non ceux qui la servent!" Nerveusement il ajuste le monocle dans son œil fatigué : " De l'allure... du panache! " Ses bottes sont soigneusement cirées, ses boutons et son ceinturon brillent dans la nuit, il a mis sa plus belle tenue, sa tenue de gala : il s'agit de Mourir. Si seulement il pouvait dominer ce tremblement nerveux des lèvres, ce bégaiement et cette féroce envie d'uriner... Mais ce ne sont là que des détails.

– Les oiseaux vont mourir au Pérou

P51 « […] ce qu'il faut, c'est essayer d'arracher soi-même un miracle de vie et de beauté à la matière. »

– Les oiseaux vont mourir au Pérou

On ira bientôt dans la lune et il n'y aura plus de lune. Il jeta sa cigarette dans le sable. Un grand amour peut naturellement arranger tout cela, pensa-t-il moqueusement, avec une assez forte envie de crever. La solitude le prenait ainsi parfois le matin, la mauvaise solitude : celle qui vous écrase au lieu de vous aider à respirer.

– Les oiseaux vont mourir au Pérou

Une abeille bourdonna un moment au-dessus de la nappe, entre le miel et le vase de fleurs; sur le Bosphore, un caïque passa avec juste ce qu'il fallait de langueur pour ne rien demander à la paresse de l'oeil.

– Les oiseaux vont mourir au Pérou

Il faut s'y résigner : il y a toujours une explication scientifique. On peut évidemment se réfugier dans la poésie, se lier d'amitié avec l'Océan, écouter sa voix, continuer à croire aux mystères de la nature. Un peu poète, un peu rêveur... on se réfugie au Pérou, au pied des Andes, sur une plage où tout finit, après s'être battu en Espagne, dans le maquis en France, à Cuba, parce qu'à quarante-sept ans on a tout de même appris sa leçon et qu'on attend plus rien ni des belles causes ni des femmes : on se console avec un beau paysage. Les paysages vous trahissent rarement.

– Les oiseaux vont mourir au Pérou

L'homme , mais bien sûr, mais comment donc, nous sommes parfaitement d'accord : un jour il se fera ! Un peu de patience, un peu de persévérance : on n'en est plus à dix mille ans près. Il faut savoir attendre, mes bons amis, et surtout voir grand, apprendre à compter en âges géologiques, avoir de l'imagination : alors là, l'homme ça devient tout à fait possible, probable même : il suffira d'être encore là quand il se présentera. Pour l'instant, il n'y a que des traces, des rêves, des pressentiments... Pour l'instant, l'homme n'est qu'un pionnier de lui-même. Gloire à nos illustres pionniers ! Sacha Tsipotchkine dans Promenades sentimentales au clair de lune.(En réalité, Sacha Tsipotchkine n'est autre que Gary lui-même...)

– Les oiseaux vont mourir au Pérou

Au moment de l'arrivée au pouvoir en Allemagne du Führer Adolf Hitler, il y avait à Munich un certain Karl Loewy, fabricant de jouets de son métier, un homme jovial, optimiste, qui croyait à la nature humaine, aux bons cigares, à la démocratie, et bien qu'assez peu aryen, ne prenait pas trop au sérieux les proclamations antisémites du nouveau chancelier, persuadé que la raison, la mesure et un certain sens inné de la justice, si répandu malgré tout dans le cœur des hommes, allaient l'emporter sur les aberrations passagères.

– Les oiseaux vont mourir au Pérou

Elle sanglotait. Ce fut à ce moment que ce qu'il appelait sa bêtise invincible le reprit, et bien qu'il en fût entièrement conscient, bien qu'il eût l'habitude de voir toujours tout s'effriter dans sa main, c'était ainsi, et il n'y avait rien à faire : il y avait en lui quelque chose qui refusait d'abandonner et qui continuait à mordre à tous les hameçons de l'espoir. Il croyait secrètement à un bonheur possible, caché au fond de la vie et qui viendrait soudain tout éclairer, à l'heure même du crépuscule. Une sorte de bêtise sacrée était en lui, une candeur qu'aucune défaite ni aucun cynisme n'étaient jamais parvenus à tuer, une force d'illusion qui l'avait mené des champs de bataille d'Espagne au maquis du Vercors et à la Sierra Madre de Cuba et vers les deux ou trois femmes qui viennent toujours vous réamorcer aux grands moments de renoncement, alors que tout paraît enfin perdu.

– Les oiseaux vont mourir au Pérou

J'ai trouvé dans les livres toutes sortes de baisers, souvent décrits avec beaucoup de talent, descriptions presque toujours un trop bruyantes d'adjectifs mais méritoires dans leur efforts de sauver et faire revivre ces papillons fragiles dont les lèvres féminines assurent la fugitive immortalité.

– Les enchanteurs

L'amour, tu sais, ce dont il a le plus besoin, c'est l'imagination. Il faut que chacun invente l'autre avec toute son imagination, avec toutes ses forces et qu'il ne cède pas un pouce du terrain à la réalité ; alors, là, lorsque deux imaginations se rencontrent… Il n'y a rien de plus beau.

– Les enchanteurs

Qu'est-ce donc que l'amour sinon une œuvre d'imagination ?

– Les enchanteurs

Mon père plaisait beaucoup aux dames ( Un célèbre illusionniste ).Celles-ci étaient convaincues que ses pouvoirs extraordinaires ne s'arrêtaient pas à la porte de l'alcôve, bien au contraire, et attendaient là aussi de Giuseppe Zaga des exploits sans précédent dans le répertoire. Liszt devait me dire un jour qu'il s'était heurté à la même difficulté : " C'est très curieux où les femmes vont parfois chercher le génie. "

– Les enchanteurs

Je reçus un baiser sur la joue, je sentis un parfum qui fut ma première ivresse et le premier pressentiment de ce que j'allais demander à la vie.

– Les enchanteurs

C'était la saison des étoiles filantes et je me demandais pourquoi elles choisissaient pour tomber le même mois que les fruits mûrs. Couché sur le dos, je me perdais dans le ciel ; je me promenais sur la Voie Lactée, grimpais sur la Grande Ourse comme sur un arbre, m'égratignais les mains en me hissant sur le Chariot, fréquentais Sirius, ramassais à mes pieds certaines étoiles sans nom et trop humbles pour oser me le dire : je les portais à mon oreille pour guetter leur murmure comme celui des coquillages et me mettais à jongler avec Castor et Pollux, dont on méconnaît en général les humeurs espiègles. Je m'endormais ainsi en plein rêve et lorsque je me réveillais, tout ce tapis étincelant et brodé avec un si profond souci de plaire au regard avait disparu.

– Les enchanteurs

Vous avez sans doutes pu constater que plus les gens sont grands, et plus ils sont bêtes, car le corps tire à lui la substance nourricière qui devait aller au cerveau.

– Les enchanteurs

Les chemins qui mènent à la liberté et à la dignité humaine passent par bien des abîmes et ne sauraient donc mener d'un seul coup aux sommets…

– Les enchanteurs

Je vais vous avouer qu'il m'arrive souvent de donner une préférence au rêve, ne laissant jamais à sa rivale la Réalité plus de cinquante pour cent des bénéfices, ce qui explique peut-être ma longévité, dont tant de gens s'étonnent, car ne vivant vraiment qu'à moitié, il est normal que ma ration de vie s'en trouve doublée.

– Les enchanteurs

Je suis heureuse de savoir que mon fils se bat contre vous. Il vous apprend le malheur qui vous apprendra à être humains...

– Education européenne

Mme Laitue (…) monte chez M. Lévy pour lui dire adieu convenablement. Elle sonne. M. Lévy ne répond pas. «Il est parti !» pense Mme Laitue. Elle prend son passe et ouvre la porte. Elle entre. Oui, M. Lévy est parti. Son corps chétif pend au bout d'une corde, au milieu du salon. Il est parti. Sans permis, il a traversé la frontière. Il est passé dans la zone libre. (…). Sans doute a-t-il hésité quelque peu, avant de partir. Sans doute redoutait-il quelque peu de trouver les portes de l'au-delà fermées devant lui, avec, au-dessus, une pancarte : «Entrée interdite aux juifs.»

– Education européenne

Les Universités européennes ont été le berceau de la civilisation. Mais il y a aussi une autre éducation européenne, celle que nous recevons en ce moment : les pelotons d'exécution, l'esclavage, la torture, le viol - la destruction de tout ce qui rend la vie belle. C'est l'heure des ténèbres.

– Education européenne

En Europe on a les plus vieilles cathédrales, les plus vieilles et les plus célèbres Universités, les plus grandes librairies et c'est là qu'on reçoit la meilleure éducation – de tous les coins du monde, il paraît, on vient en Europe pour s'instruire. Mais à la fin, tout ce que cette fameuse éducation européenne vous apprend, c'est comment trouver le courage et de bonnes raisons, bien valables, bien propres, pour tuer un homme qui ne vous a rien fait, et qui est assis là, sur la glace, avec ses patins, en baissant la tête, et en attendant que ça vienne.

– Education européenne

Il lui arrivait souvent d'appuyer sa main contre l'écorce dure et rassurante d'un arbre et de lever les yeux vers lui avec gratitude, et il s'était même lié d'amitié avec un très vieux chêne, certainement le plus beau, le plus puissant de la forêt, dont les branches s'ouvraient au dessus de Janek comme des ailes protectrices. Le vieux chêne murmurait et grommelait sans cesse et Janek essayait à comprendre ce qu'il cherchait à lui dire; il y avait même des moments de naïveté, dont il avait un peu honte, lorsqu'il attendait que le chêne lui parlât d'une voix humaine. Il savait bien que c'étaient là des enfantillages indignes d'un partisan, mais ne pouvait s'empêcher parfois de se serrer contre le vieil arbre, d'attendre, d'écouter, d'espérer.

– Education européenne

Je voudrais que mon livre soit un de ces refuges, qu'en l'ouvrant, après la guerre, quand tout sera fini, les hommes retrouvent leur bien intact, qu'ils sachent qu'on a pu nous forcer à vivre comme des bêtes, mais qu'on n'a pas pu nous forcer à désespérer.

– Education européenne

À quoi sert-il de prier, d'espérer et de croire? Le monde où souffrent et meurent les hommes est le même que celui où souffrent et meurent les fourmis: un monde cruel et incompréhensible, où la seule chose qui compte est de porter plus loin une brindille absurde, un fétu de paille, toujours plus loin, à la sueur de son front et au prix de ses larmes de sang, toujours plus loin! sans jamais s'arrêter pour souffler ou demander pourquoi...

– Education européenne

"La liberté est la fille des forêts. C'est là qu'elle est née, c'est là qu'elle revient se cacher quand ca va mal".

– Education européenne

En effet, dès que les maquisards apprenaient que leurs filles, sœurs, épouses, fiancées avaient été livrées au plaisir des soldats allemands et malgré les efforts désespérés de leurs chefs pour les retenir, ils sortaient de la forêt et se jetaient au secours de leurs femmes ce qui était exactement ce que l'ennemi escomptait. On n'avait qu'à fumer tranquillement une cigarette derrière sa mitrailleuse, en attendant que des hommes rendus à demi fous par le désespoir se ruent à l'assaut, se présentant dans la ligne de mire à l'endroit précis où tout était prêt pour les accueillir. Ce plan avait partout donné de bons résultats mais avec les Polonais qui avaient le sens de l'honneur masculin particulièrement chatouilleux, il était pour ainsi dire infaillible.Page 17

– Education européenne

Moi, l'héroïne, je crache dessus. Les mômes qui se piquent deviennent tous habitués au bonheur et ça ne pardonne pas, vu que le bonheur est connu pour ses états de manque.

– La vie devant soi

Je pense que pour vivre, il faut s'y prendre très jeune, parce qu'après on perd toute sa valeur et personne ne vous fera de cadeaux. (p88)

– La vie devant soi

Moi je souriais, mais à l'intérieur j'avais envie de crever. Des fois je sens que la vie, c'est pas ça, c'est pas ça du tout, croyez-en ma vieille expérience.

– La vie devant soi

"Pendant longtemps, je n'ai pas su que j'étais arabe parce que personne ne m'insultait."

– La vie devant soi

Je crois que c'est les injustes qui dorment le mieux, parce qu'ils s'en foutent, alors que les justes ne peuvent pas fermer l'œil et se font du mauvais sang pour tout. Autrement ils seraient pas justes.

– La vie devant soi

Elle était si triste qu'on ne voyait même pas qu'elle était moche.

– La vie devant soi

Elle ne voulait pas entendre parler de l'hôpital où ils vous font mourir jusqu'au bout au lieu de vous faire une piqure.Elle disait qu'en France on était contre la mort douce et qu'on vous forçait à vivre tant que vous étiez encore capable d'en baver .

– La vie devant soi

« Il ne faut pas pleurer, mon petit, c'est naturel que les vieux meurent. Tu as toute la vie devant toi. »

– La vie devant soi

"Parce qu'on ne peut pas vivre sans quelqu'un à aimer"

– La vie devant soi

il m'a expliqué en souriant que rien n'est blanc ou noir et que le blanc, c'est souvent le noir qui se cache et le noir, c'est parfois le blanc qui s'est fait avoir.

– La vie devant soi

J'ai vu tous les océans sauf l'Arctique et l'Antarctique ; mais la mer Rouge a une magie unique, celle de tous les échos, mystères et senteurs de l'Arabie. La côte du Yémen, en face, fut il y a quinze ans encore la plus interdite du monde. Sur ces eaux qui n'ont de rouge que le sang du soleil, flotte je ne sais quelle absence, je ne sais quelle prenante nostalgie. De Suez à l'Ethiopie, de La Mecque à l'océan Indien, les côtes désertiques nourrissent de leur vide une poésie étrange comme un chant silencieux de l'Islam. p 31

– Les trésors de la mer Rouge

"Ce ne sont ni les trésors engloutis qui dorment au sein des grands fonds sous-marins que je suis allé chercher pour vous sur ces eaux que l'art des conteurs arabes a peuplé de fabuleuses histoires. Ni les perles que l'on n'y pêche plus guère, ni les rubis, émeraudes et diamants que l'eunuque Murad a jetés dit-on, dans la mer Rouge par l'ordre de son maître Ibn Séoud, afin qu'ils rejoignent dans l'inaccessible le fils préféré du dernier conquérant d'Arabie des temps modernes. Ni l'or clandestin transporté par les boutres aux mâts obliques vers les coffres des trafiquants indiens... Les trésors que j'ai ramenés de là-bas sont immatériels et, lorsque la plume ne s'en saisit pas, ils disparaissent à jamais. Le romancier que je suis, amoureux de ces diamants éphémères, parfois très purs, parfois noirs, mais toujours uniques et bouleversants dans leur mystérieux éclat, est parti à leur recherche vers cette mine de richesse et de pauvreté inépuisable que l'on appelait jadis l'âme humaine - je dis "jadis", car le mot est passé de mode, avec son écho d'au-delà. "

– Les trésors de la mer Rouge

Méprisez quelqu'un pendant des générations et vous avez une bonne chance de le rendre méprisable, jusqu'au jour où, les armes à la main, il reconquiert sa dignité… Il me regarde avec ce sourire informé de ceux qui, pour avoir été trop longtemps privés de dignité, finissent par acquérir une sorte de compréhension ignoble du cœur humain.

– Les trésors de la mer Rouge

Nous sommes debout. Il verse le champagne dans les quarts.— Messieurs, à la victoire de Dien Bien Phu...Car, vous l'ignorez peut-être, mais Machonnard vous le dira: l'Indochine et l'Algérie sont toujours françaises, le général Salan est président de la République, dans toute l'Afrique "française" les enfants noirs continuent à apprendre en chœur les premières lignes d'Isaac et Malet: "Nos ancêtres les Gaulois avaient de longues moustaches blondes..."

– Les trésors de la mer Rouge

Je sens le sol bouger sous mes pieds et évite de baisser les yeux, pour échapper à la nausée : les crabes. Ils sont quelque vingt mille sur cet îlot : le sable bouge sans cesse, grouille, finit par donner le mal de mer. Ils sont jaunes avec des allures de danseuses en tutu ; des crânes sur pattes, avec des bouches rouges en cœur qui évoquent irrésistiblement celles des girls des Folies-Bergère à l'époque de Mistinguett.

– Les trésors de la mer Rouge

Et pourtant, même dans ce coin sans transistors, Mao est présent. Je l'ai vu à deux cent kilomètres à l'est, sur une plage où des centaines de requins, fraîchement séparés de leurs ailerons, séchaient au soleil dans une puanteur infecte. Les pêcheurs étaient yéménites, des gens "d'en face", comme on dit ici. Ils avaient dressé sur le sable une cabane d'épineux et à l'intérieur, Mao: un portrait tout neuf...

– Les trésors de la mer Rouge

Je roule à travers les canyons recouverts d'étoiles, dans la douceur de cette nuit d'Arabie où se mêlent la fraîcheur des altitudes et les caresses chaudes qui montent déjà du désert à travers les gorges tourmentées. " Le manteau de la reine " : c'est ainsi qu'un vieux chant des bergers yéménites appelle encore ce ciel nocturne et éblouissant qui avait enveloppé jadis les épaules de la reine de Saba, en route vers la couche du roi Salomon...C'est une course pour rien, sans but, si ce n'est pour me griser de la plus vieille nuit de la terre, celle d'un royaume fondé par Sem, le fils de Noé.

– Les trésors de la mer Rouge

Je sens le sol bouger sous mes pieds et évite de baisser les yeux, pour échapper à la nausée : les crabes. Ils sont quelques vingt mille sur cet îlot : le sable bouge sans cesse, grouille, finit par donner le mal de mer. Ils sont jaunes avec des allures de danseuses en tutu ; des crânes sur patte, avec des bouches rouges en coeur qui évoquent irrésistiblement celles des girls des Folies-Bergère à l'époque de Mistinguett.

– Les trésors de la mer Rouge

Jamais encore je n'avais éprouvé à ce point le sentiment de n'être personne, c'est-à -dire d'être enfin quelqu'un...L'habitude de n'être que soi-même fini par nous priver totalement du reste du monde, de tous les autres ; " je ", c'est la fin des possibilités...Je me mets à exister enfin hors de moi, dans un monde si entièrement dépourvu de ce caractère familier qui vous rend à vous-même, vous renvoie à vos petits foyers d'infection...J'avais réussi ma transhumance. [...]Je suis heureux d'avoir pu enrichir l'expérience yéménite de ce fonctionnaire chinois qui s'est arrêté pour prendre une photo de moi, ce qui me procura un merveilleux sentiment d'authenticité.

– Les trésors de la mer Rouge

C'est pourtant un visage de femme que je suis venu chercher ici. De fillette plus exactement. Il faut être un rêveur invétéré, travaillé par la nostalgie de je ne sais quelle unique et rédemptrice beauté, pour venir au Yémen dans l'espoir d'en saisir un fugitif mais rassurant sourire. [...]Je suis donc venu au Yémen. À ceux qui s'étonneront de voir un homme plus qu'adulte débarquer d'un boutre dans la fournaise de l'affreux port de Hodeïda, où tout semble cuire jour et nuit dans la graisse, et faire cinq cents kilomètres à moto à la poursuite d'un regard, je ne peux que répondre ceci : à chacun ses trésors. J'ai toujours été torturé par le goût de l'éphémère. D'un éphémère saisi, perpétué, sauvé...Je ne serais pas devenu écrivain si je n'étais habité par un ange-démon qui me pousse à me pencher sur tout ce que guette déjà le temps avec des yeux d'oubli...

– Les trésors de la mer Rouge

Il a déserté pour être avec une femme qu'il aimait, et parce qu'il avait horreur de la contrainte, de l'armée, de la discipline, des chefs, des armes à feu, de la violence, de marcher au pas, du salut au drapeau, il a déserté parce qu'il était un jeune de son temps, c'est à dire un insoumis, un garçon qui ne pouvait plus accepter de charger sur ses épaules le poids mort des traditions pourries.

– Légendes du je

J'étais un mauvais père. Je devrais penser plus souvent à elle. C'est un exercice de yoga qui m'aide à oublier ma vie de luttes sanglantes - cinq survivants seulement sur les deux cent cinquante hommes de mon escadrille, les gens tués et fusillés, les maisons que j'avais bombardées, les salauds que j'avais achevés de ma main. Et tout ça pour rien.

– L'orage

"Toutes les fois qu'un imbécile lui demandait "Tu fais quoi dans la vie, le môme?", il savait qu'il était temps de déguerpir, et sans traîner. C'est une drôle de question, d'ailleurs, tu fais quoi dans la vie? Vous l'a-t-on déjà posée? C'est une question qui vous donne la réelle impression que le seul fait de vivre ne suffit pas; elle met la vie en minorité si l'on peut dire, elle la relègue au deuxième rang, comme si ce n'était pas assez d'être vivant, comme s'il fallait encore payer un tribut."

– L'orage

Il est tout à fait possible que l'homme soit un concept romantique et poétique, une création artistique qui ne supporte pas d'être confronté à la réalité".

– L'orage

Pour commencer, je me dois d'avertir le lecteur français qu'il n'existe pas dans cette langue d'équivalent au terme américain de "mother-fucker".

– L'orage

Elle resta un instant immobile, à réfléchir. Sa toilette était trop habillée, avec du rouge partout, et il arrive un moment dans la vie d'une femme où plus les vêtements sont somptueux, plus ils ont l'air de se moquer de vous.

– L'orage

- Pourquoi appelez-vous ça un fuckburger ?- Parce que c'est le meilleur qui soit.Je goûtai le viande. Un hamburger tout à fait banal, avec un peu de poésie autour . - A bout de souffle

– L'orage

Toutes les fois qu'un imbécile lui demandait "Tu fais quoi dans la vie, le môme?", il savait qu'il était temps de déguerpir, et sans traîner. C'est une drôle de question, d'ailleurs, tu fais quoi dans la vie? Vous l'a-t-on déjà posée? C'est une question qui vous donne la réelle impression que le seul fait de vivre ne suffit pas; elle met la vie en minorité si l'on peut dire, elle la relègue au deuxième rang, comme si ce n'était pas assez d'être vivant, comme s'il fallait encore payer un tribut.

– L'orage

"Il ne restait jamais sur la même île plus d'un mois ou deux, juste le temps de se familiariser avec l'endroit, sans laisser aux gens du coin le temps de trop bien le connaître. Toutes les fois qu'un imbécile lui demandait "Tu fais quoi dans la vie, le môme ?", il savait qu'il était temps de déguerpir, et sans traîner. C'est une drôle de question, d'ailleurs, tu fais quoi dans la vie ? Vous l'a-t-on déjà posée ? C'est une question qui vous donne la réelle impression que le seul fait de vivre ne suffit pas ; elle met la vie en minorité, si l'on peut dire, elle la relègue au deuxième rang, comme si ce n'était pas assez d'être vivant, comme s'il fallait encore payer un tribut."

– Le Grec

Mademoiselle Dreyfus m'a adressé la parole et elle est tout de suite entrée dans le vif du sujet. - Et votre python, vous l'avez toujours ? Comme ça, en plein dedans. En me regardant droit dans les yeux. Les femmes, quand elles veulent quelque chose...J'ai été à ce point secoué que j'ai fait une gaffe. Une gaffe terrible. - Oui, il vit toujours avec moi. Vous savez, dans l'agglomération parisienne, il faut quelqu'un à aimer...Quelqu'un à aimer...il faut être con, quand même, pour dire ça à une jeune femme. Car ce qu'elle a compris, à cause de l'incompréhension naturelle, c'est que j'avais déjà quelqu'un, merci beaucoup. Elle est très jolie. Je pourrais la rendre plus belle encore, dans mon imagination, mais je ne le fais pas, pour ne pas augmenter les distances. Le nombre de femmes que j'aurais eues si je n'avais pas un python chez moi, c'est fou. L'embarras du choix, c'est l'angoisse. Je ne veux pas qu'on s'imagine pourtant que j'ai pris un reptile universellement réprouvé et rejeté pour me protéger.

– Gros-Câlin

Beaucoup de gens se sentent mal dans leur peau, parce que ce n'est pas la leur.

– Gros-Câlin

Elle me serra très fort dans ses bras et me caressa dans ce silence au goutte-à-goutte qui fait bien les choses. La tendresse a des secondes qui battent plus lentement que les autres. Son cou avait des abris et des rivages possibles. Elle était vraiment douée pour la féminité.

– Gros-Câlin

La vie est une affaire sérieuse, à cause de sa futilité.

– Gros-Câlin

Je sais parfaitement que la plupart des jeunes femmes aujourd'hui refuseraient de vivre en appartement avec un python de deux mètres vingt qui n'aime rien tant que de s'enrouler affectueusement autour de vous, des pieds à la tête. Mais il se trouve que Mlle Dreyfus est une Noire de la Guyane française, comme son nom l'indique. J'ai lu tout ce qu'on peut lire sur la Guyane quand on est amoureux et j'ai appris qu'il y a cinquante-deux familles noires qui ont adopté ce nom, à cause de la gloire nationale et dur racisme aux armées en 1905. Comme ça, personne n'ose les toucher.

– Gros-Câlin

Je vais entrer ici dans le vif du sujet, sans autre forme de procès. L'Assistant, au Jardin d'Acclimatation, qui s'intéresse aux pythons, m'avait dit :- Je vous encourage fermement à continuer, Cousin. Mettez tout cela par écrit, sans rien cacher, car rien n'est plus émouvant que l'expérience vécue et l'observation directe. Évitez surtout toute littérature, car le sujet en vaut la peine.Il convient également de rappeler qu'une grande partie de l'Afrique est francophone et que les travaux illustres des savants ont montré que les pythons sont venus de là. Je dois donc m'excuser de certaines mutilations, mal-emplois, sauts de carpe, entorses, refus d'obéissance, crabismes, strabismes et immigrations sauvages du langage, syntaxe et vocabulaire. Il se pose là une question d'espoir, d'autre chose et d'ailleurs, à des cris défiant toute concurrence. Il me serait très pénible si on me demandait avec sommation d'employer des mots et des formes qui ont déjà beaucoup couru, dans le sens courant, sans trouver de sortie. Le problème des pythons, surtout dans l'agglomérat du grand Paris, exige un renouveau très important dans les rapports, et je tiens donc à donner au langage employé dans le présent traitement une certaine indépendance et une chance de se composer autrement que chez les usagés. L'espoir exige que le vocabulaire ne soit pas condamné au définitif pour cause d'échec.

– Gros-Câlin

Lorsqu'on a besoin d'étreinte pour être comblé dans ses lacunes, autour des épaules surtout, et dans le creux des reins, et que vous prenez trop conscience des deux bras qui vous manquent, un python de deux mètres vingt fait merveille. Cros-Câlin est capable de m'étreindre ainsi pendant des heures et des heures.

– Gros-Câlin

Qu'est-ce que l'alcoolisme sinon la création artificielle d'un état illusoire ?*J'attends des autres ce que je ne puis attendre de moi-même.*Aujourd'hui, un séisme est chose rassurante : au moins une horreur dont nous ne sommes pas responsables.*L'art est ce qui n'est pas là, mais qui devrait y être. *J'ignore ce que c'est, une dépression nerveuse, parce que pour moi c'est l'état normal de l'humanité.*Le problème fondamental pour moi est que l'être humain ne peut pas vivre de lui-même. On vit toujours de l'Autre. Dieu ou femme.

– L'affaire homme

Dire le fond de sa pensée sans prendre en considération la difficulté d'être un homme, notre manque de talent, nos luttes, nos illusions, nos insuffisances et nos fragilités, lâcher une vérité cruelle quand rien d'essentiel n'est en jeu relève simplement du fanatisme et de l'intolérance. Après tout, si l'humanité devait savoir toute la vérité sur elle, peut-être se désintégrerait-elle pour mourir d'horreur et de désespoir.

– L'affaire homme

Je suis a priori contre tous ceux qui croient avoir absolument raison. Je suis contre tous les systèmes politiques qui croient détenir le monopole de la vérité. Je suis contre tous les monopoles idéologiques

– L'affaire homme

La clé de l'affaire, c'est la contradiction constante, quotidienne entre les aspirations des peuples et ce qu'elles deviennent lorsqu'elles sont évoquées aux Nations Unies. Tout devient discours. Tout devient mots. Tout devient figure de style. Je l'ai dit dans la pièce : "Les larmes elles-mêmes, la faim, la souffrance deviennent de la rhétorique, et il faut avoir une dose de cynisme extraordinaire pour pouvoir assister à ces exercices de voltige sans être profondément écœuré.Je n'ai pas besoin de souligner la contradiction flagrante et légèrement monstrueuse qui existe entre les principes les plus élevés évoqués à l'ONU, cette espèce, si je puis m'exprimer ainsi, de coursier tout blanc de l'idéalisme que n'importe quel délégué enfourche à la tribune, et la bête obscure et noire qu'il chevauche dans son propre pays. Lorsqu'on observe ce spectacle de près pendant des années, ça devient particulièrement révoltant.

– L'affaire homme

Aussi longtemps que des phares de la pensée humaine prétendront au monopole de la lumière, il ne saurait y avoir que des successions d'éclairs de lumière et de ténèbres, de foi et de désillusion, d'excès dans la croyance et dans la démystification, de fanatisme et de retrait, de croisades sanguinaires suivies d'une haine du mot même de "foi", de dévouement total puis de nausée totale, le genre d'amoralisme qui vient d'une morale trop rigide, puis à nouveau le genre de morale rigide qui procède d'une excès d'amoralisme.

– L'affaire homme

...Ce n'est pas une façon de me traiter......je suis le dernier anarchiste qu'il reste à l'Angleterre, on devrait tout de même me ménager....

– Lady L.

- Dicky, il m'arrive une chose épouvantable.- Ce qui signifie, je suppose, que vous êtes tombée amoureuse, et aussi que vous êtes mal tombée. On ne tombe jamais bien lorsqu'on tombe amoureux. - Dicky, je vous assure que je n'aurais pas pu tomber plus mal. - Félicitations, mon petit. C'est sûrement très bon.

– Lady L.

La vérité est que Percy aimait souffrir : tous les mauvais poètes sont ainsi. Ils adorent les blessures, à condition qu'elles ne soient pas trop profondes, et dans le cas de Percy, le fait qu'elles lui soient infligées par une très grande dame lui procurait par surcroît un délicieux sentiment de réussite sociale.

– Lady L.

Ah ! fallait-il que je vous visse,Fallait-il que vous me plussiez,Qu'ingénument je vous le disse,Que fièrement vous vous tussiez.Fallait-il que je vous aimasse,Que vous me désespérassiez,Et que je vous idolâtrasse,Pour que vous m'assassinassiez.Ode à l'humanité, ou emploi du subjonctif. Auteur inconnu

– Lady L.

Devant lui, elle pouvait laisser tomber son masque de vieille dame et les conventions du grand âge pour se manifester librement avec toute l'impertinence et la fraîcheur de ses vingt ans ; le temps ne vous fait pas vieillir, mais vous impose ses déguisements. ( à propos de Lady L. qui fête ses quatre-vingts ans )

– Lady L.

Le temps ne vous fait pas vieillir, mais vous impose ses déguisements.

– Lady L.

(...) Ce n'est jamais lorsqu'ils enlèvent leur culotte que les hommes font du mal...C'est la morale bourgeoise, ça. Non, pour leurs vraies saloperies, les gens s'habillent. Ils se mettent même en uniforme, ou en jaquette. Personne n'a jamais fait grand mal le cul nu...

– Lady L.

Elle avait passé toute la matinée dans son fauteuil devant la fenêtre ouverte, face au pavillon, la tête appuyée contre le petit coussin qui ne la quittait jamais et qu'elle emportait toujours avec elle dans ses voyages. Le motif brodé représentait les bêtes tendrement unies dans la paix enchantée de l'Éden ; elle aimait surtout le lion qui fraternisait avec l'agneau et le léopard qui léchait amoureusement l'oreille d'une biche : la vie, quoi.

– Lady L.

Elle se rendait parfaitement compte qu'elle n'était plus qu'une "adorable vieille dame" - oui, après toutes ces années qu'elle avait déjà perdues à être une dame, il fallait à présent être une vieille dame par-dessus le marché."On voit encore qu'elle a dû être belle …" Lorsqu'elle percevait ce murmure insidieux, elle avait de la peine à retenir un certain mot bien français qui lui montait aux lèvres et faisait semblant de ne pas avoir entendu. Ce qu'on appelle si pompeusement "le grand âge" vous fait vivre dans un climat de muflerie que chaque marque d'égards ne fait qu'accentuer : on vous apporte votre canne sans que vous l'ayez demandée, on vous offre le bras chaque fois que vous faites un pas, on ferme les fenêtres dès que vous apparaissez, on vous murmure "Attention, il y a une marche" comme si vous étiez aveugle, et on vous parle avec des airs faussement enjoués, comme si on savait que vous deviez mourir demain et qu'on essayait de vous le cacher.Page 13

– Lady L.

Lady L. savait aujourd'hui qu'il y avait une contradiction entre ce qu'Armand lui enseignait et sa façon d'être, entre cette liberté absolue qu'il invoquait et son propre asservissement à une idée. Il y avait une contradiction même entre l'idée de la liberté absolue et un dévouement absolu à une idée. Il y avait une contradiction entre la liberté de l'homme dont il se réclamait et sa soumission totale à une idée, une idéologie. Il lui semblait aujourd'hui que si l'homme devait être vraiment libre, il devait se comporter librement aussi avec ses idées, ne pas se laisser entraîner complètement par la logique, pas même par la vérité, laisser une marge humaine à toute chose, autour de toute pensée. Peut-être même fallait-il savoir s'élever au-dessus de ses idées, de ses convictions, pour demeurer un homme libre. Plus une logique est rigoureuse et plus elle devient une prison et la vie est faite de contradictions, de compromis, d'arrangements provisoires et les grands principes pouvaient aussi bien éclairer le monde que le brûler.pages 155/156

– Lady L.

_ Alors, on fait comme d'habitude ?_ Cela me paraît évident._Pas de décision ?_ Pas de décision._ Bon. Dans ce cas, passons à l'examen des problèmes suivants.

– L'Homme à la colombe

..ne serait-ce que du point de vue de la sécurité, cela me paraît extremement inquiétant. Nous avons parmi les délégués de puissants dictateurs qui ont exterminé des populations entières et nous devons assurer leur protection.

– L'Homme à la colombe

Les résultats pratiques, ça fait un peu petzouille. ça fait business. Notre Organisation existe pour élever les âmes, pas pour faire de l'épicerie.

– L'Homme à la colombe

…avec les idéalistes, c'est toujours le cul qui disparaît le premier, car c'est ce que les hommes ont de plus terrestre.

– L'Homme à la colombe

Les intellectuels idéalistes mûrissent toujours à l'envers. Ils commencent par être rouges, et puis ils deviennent verts. C'est alors, du reste, qu'ils ont le plus de goût.

– L'Homme à la colombe

Ce que je veux dire c'est que, pour les Nations Unies, il n'est pas indispensable de résoudre les problèmes. Naturellement, il faut essayer. Mais il s'agit pour nous moins de résoudre les problèmes que de durer plus longtemps que ceux-ci. Notre but suprême, c'est la survie. Si, sans résoudre de problèmes, nous arrivons tout simplement à leur survivre, au bout de cinquante ans on commencera à dire que les Nations Unies ont accompli de grandes choses. Si nous demeurons là, solides au poste, malgré les guerres, les famines, les terreurs policières, et les injustices sociales, tout le monde sera convaincu de notre puissance.

– L'Homme à la colombe

... il s'agit pour nous moins de résoudre les problèmes que de durer plus longtemps que ceux-ci. Notre but suprême, c'est la survie. Si, sans résoudre les problèmes, nous arrivons à leur survivre, au bout de cinquante ans on commencera à dire que les nations Unies ont accompli de grandes choses.

– L'Homme à la colombe

Nul n'ignore en effet qu'il existe entre les Etats-Unis et l'U.R.S.S. un gentlemen's agreement qui permet à ces deux grandes puissances de ne jamais être d'accord sur rien et de ne jamais adopter le même point de vue sur les affaires du monde, ceci afin de ne pas donner à leurs opinions publiques respectives l'impression d'un "nouveau Munich" et de ne pas créer un état d'affolement et d'insécurité dans leurs populations ni parmi leurs divers alliés et satellites.Ceci exige naturellement des deux partenaires des contacts étroits et beaucoup de souplesse dans la manoeuvre.

– L'Homme à la colombe

La présence d'un chien dans les couloirs donnaient d'ailleurs incontestablement aux Nations Unies un caractère un peu plus humain.

– L'Homme à la colombe

Les larmes humaines apparaissaient fréquemment certes dans les travaux de l'Organisation, mais uniquement comme une figure de style, un point de référence ou un effet oratoire et, à part quelques experts et chargés de mission, aucun des hauts fonctionnaires et des délégués n'en avait vu personnellement.

– L'Homme à la colombe

L'argent n'a pas d'odeur! C'est à dire. Il pue toujours bon !

– Le Vin des morts

Vous savez qu'est ce que c'est qu'une attaqué ? C'est quand on sort des tranchées en hurlant pour ce être tué.

– Le Vin des morts

Solennellement : -Jeune homme ! clama-t-il. Je vous transmets la garde du Saint-Graal, où le sang du Christ est enfermé : -Pour sûr, reconnut Tulipe, que ça vaut mieux que le pinard à quinze sous le litre, comme tu dis !

– Le Vin des morts

Si j'pensais un peu à tout ça... j'ferais dans mon pantalon... C'est pas l'envie, nom de Dieu, qui me manque ! Mais faut jamais penser... jamais réfléchir... Ça vous fait un mal formidable..., ça vous tue rapidement... comme un rien... beuh ! Il rota dans le creux de sa main.

– Le Vin des morts

Il cracha en l'air, le rattrapa sur la langue, le recracha, son compagnon le saisit au vol, le recracha, ils jonglèrent ainsi une fois, deux, envoyèrent ça à Tulipe qui l'attrapa, le recracha et le premier bourgeois le rattrapa, l'avala...

– Le Vin des morts

Mais quand on a trop souffert, qu'on a aimé trop fort, on continue à aimer, à souffrir, même mort!.

– Le Vin des morts

Nous venons tous nus en ce monde. conséquemment, nous pouvons nous y promener nus...

– Le Vin des morts

Dans un coin de la fosse, il y avait un gros tonneau rond, bien gros et bedonnant, et Tulipe se jeta dessus comme un pape mourant sur les saints sacrements, et ayant fait voler en poussière les quelques flics miteux qui prétendaient lui en barrer l'accès, il s'aplatit d'abord devant lui, comme devant le Seigneur et puis contre lui, comme l'amante contre l'amant et se mit à sucer le bon bout se réjouissant de ce qu'on appelle la chaleur animale qui montait dans ses intestins et se répandit en lui des pieds à la tête, qui grandissait en lui à la manière d'un bel autodafé dans lequel on brûlerait la misère, la désolation, les flics, le remords, l'angoisse et toutes les autres larves et vermines de cette ignoble petite putain toujours si crasseuse et malodorante qu'on appelle l'âme humaine.

– Le Vin des morts

L'argent n'a pas d'odeur ! C'est à dire... Il pue toujours bon !

– Le Vin des morts

L'humour a été pour moi, tout le long du chemin, un fraternel compagnonnage , je lui dois mes seuls instants véritables de triomphe sur l'adversaire. Personne n'est jamais parvenu à m'arracher cette arme, et je la retourne d'autant plus volontiers contre moi-même, qu'à travers le "je" et le "moi", c'est à notre condition profonde que j'en ai.

– La promesse de l'aube

Je reste là, au soleil, le cœur apaisé, en regardant les choses et les hommes d'un œil amical et je sais que la vie vaut vraiment la peine d'être vécue, que le bonheur est accessible, qu'il suffit simplement de trouver sa vocation profonde, et de se donner à ce qu'on aime avec un abandon total de soi.

– La promesse de l'aube

Il n'est pas bon d'être tellement aimé, si jeune, si tôt. Ca vous donne de mauvaises habitudes. On croit que c'est arrivé. On croit que ça existe ailleurs, que ça peut se retrouver. On compte là-dessus. On regarde, on espère, on attend. Avec l'amour maternel, la vie vous fait à l'aube une promesse qu'elle ne tient jamais. On est obligé ensuite de manger froid jusqu'à la fin de ses jours

– La promesse de l'aube

[...] On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné. Jamais plus, jamais plus, jamais plus. Des bras adorables se referment autour de votre cou et des lèvres très douces vous parlent d'amour, mais vous êtes au courant. Vous êtes passé à la source très tôt et vous avez tout bu. Lorsque la soif vous reprend, vous avez beau vous jeter de tous côtés, il n'y a plus de puits, il n'y a que des mirages. Vous avez fait, dès la première lueur de l'aube, une étude très serrée de l'amour et vous avez sur vous de la documentation. Je ne dis pas qu'il faille empêcher les mères d'aimer leurs petits. Je dis simplement qu'il vaut mieux que les mères aient encore quelqu'un d'autre à aimer. Si ma mère avait eu un amant, je n'aurais pas passé ma vie à mourir de soif auprès de chaque fontaine. [...]

– La promesse de l'aube

Mon égocentrisme est en effet tel que je me reconnais instantanément dans tous ceux qui souffrent et j'ai mal dans toutes leurs plaies. Cela ne s'arrête pas aux hommes, mais s'étend aux bêtes et même aux plantes. Un nombre incroyable de gens peuvent assister à une corrida, regarder le taureau blessé et sanglant sans frémir. Pas moi. Je suis le taureau. J'ai toujours un peu mal lorsqu'on chasse l'élan, le lapin, l'éléphant. Par contre, il m'est assez indifférent de penser qu'on tue les poulets. Je n'arrive pas à m'imaginer dans un poulet.

– La promesse de l'aube

L'humour est une déclaration de dignité, une affirmation de la suprématie de l'homme sur ce qui lui arrive.

– La promesse de l'aube

Il n'est pas bon d'être tellement aimé, si jeune, si tôt. Ca vous donne de mauvaises habitudes. On croit que c'est arrivé. On croit que ça existe ailleurs, que ça peut se retrouver. On compte là-dessus. On regarde, on espère, on attend. Avec l'amour maternel, la vie vous fait à l'aube une promesse qu'elle ne tient jamais. On est obligé ensuite de manger froid jusqu'à la fin de ses jours. Après cela, chaque fois qu'une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son cœur, ce ne sont plus que des condoléances. On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné. Jamais plus, jamais plus, jamais plus. Des bras adorables se referment autour de votre cou et des lèvres très douces vous parlent d'amour, mais vous êtes au courant. Vous êtes passé à la source très tôt et vous avez tout bu. Lorsque la soif vous reprend, vous avez beau vous jeter de tous côtés, il n'y a plus de puits, il n'y a que des mirages. Vous avez fait, dès la première lueur de l'aube, une étude très serrée de l'amour et vous avez sur vous de la documentation. Partout où vous allez, vous portez en vous le poison des comparaisons et vous passez votre temps à attendre ce que vous avez déjà reçu.

– La promesse de l'aube

Avec l'amour maternel, la vie vous fait à l'aube une promesse qu'elle ne tient jamais.

– La promesse de l'aube

"Ce que je veux dire, c'est qu'elle avait des yeux où il faisait si bon vivre que je n'ai jamais su où aller depuis."

– La promesse de l'aube

Schizo comme pas possible, et génétique, au nom du Père, de la Mère et du Fils : puant d'un côté, il se mettait à rayonner de sainteté de l'autre et, avec du sang plein la gueule, il lui venait en même temps des poèmes d'amour là où normalement il n'y aurait dû y avoir que sa bestialité foncière. Il réussissait parfois, dans un prodigieux effort de vérité, à avoir un trou du cul à la place d'un orifice buccal, mais là, donc, où normalement il n'y aurait dû y avoir que de la merde, il lui sortait comme chez d'habiles fumeurs des auréoles de sainteté, de beauté et de martyr, qu'il utilisait aussitôt habilement pour cacher ses infamies. Il faisait des chefs-d'œuvre avec des gargouillements d'agonie, et avec la puanteur de son souffle, il fabriquait des canulars qui dégorgeaient une odeur que l'on aurait pu qualifier d'immortelle, si ce mot n'avait pas tant servi à lécher le cul de la mort.

– Pseudo

sans angoisse,il n y aurai pas de création.Et je dirais meme,il n'y aurai pas d'homme.le crime serait indiscernable

– Pseudo

Si je suis dévoré par un tel besoin d'Auteur, c'est que je suis le fils d'un homme qui m'a laissé toute ma vie en état de manque.

– Pseudo

quand on comprend tout,on fait toujours une dépréssion nerveuse grave.C'est la lucidité qui veut ça.

– Pseudo

Le besoin d'affabulation, c'est toujours un enfant qui refuse de grandir.

– Pseudo

J'avais peur d'aller à Paris à cause des passages cloutés. Étant donné la nature au volant, c'est sur les passages cloutés que l'on a le plus de chance d'être écrasé. C'est étroit, bien défini et le gars au volant peut viser juste. Et puis il y a les feux verts qui cherchent à vous baiser, en vous encourageant à traverser pour vous piéger. Moi je traverse toujours au feu rouge.

– Pseudo

Je continue à chercher quelqu'un qui ne me comprendrait pas et que je ne comprendrais pas, car j'ai un besoin effrayant de fraternité.

– Pseudo

Je finirai mon livre parce que les blancs entre les mots me laisse une chance.

– Pseudo

Ce livre est une nouvelle à chute qui raconte l'histoire d'une dame qui part en vacances sur une île perdue des Marquises, Taratora. Là-bas, elle rencontre une dame âgée d'une cinquantaines d'années, Taratonga. Un jour, la dame reçoit un gâteau enveloppé d'une toile à sac qui lui rappelle une peinture d'un grand peintre. Elle se renseigne d'où viennent les toiles et par la suite de l'histoire, la dame va apprendre qu'elles n'ont aucune valeur. Ce qui m'a attiré pour choisir ce livre, c'est que j'aime beaucoup les nouvelles à chutes et aussi que le titre m'a plu quand je l'ai lu.Ce qu'il m'a bien plu dans la nouvelle, c'est que j'avais l'impression de vivre l'histoire et de m'évader.Ce qu'il m'a moins plu dans la nouvelle, c'est qu'il y avait des moments où l'histoire restait un peu sur un même passage.Je conseillerais cette nouvelle à chute, car elle correspondrait à tout types de lecteurs.

– J'ai soif d'innocence et autres nouvelles

Lorsque, il y a quelques années, l'Institut français d'Haïti m'invita à faire une conférence littéraire sur un sujet à ma convenance, je n'hésitai pas un seul instant : je choisis l'héroïsme. C'est un sujet qui m'est familier : j'ai passé de longues heures dans ma bibliothèque à l'étudier. Le danger, le courage, l'esprit de sacrifice n'avaient pour ainsi dire plus de secrets pour moi et lorsque j'arrivai à Port-au-Prince, j'étais vraiment prêt à donner le meilleur de moi-même.

– J'ai soif d'innocence et autres nouvelles

La belle faveur de soie rose était défaite. Le maquillage s'était brouillé, le rouge des lèvres était répandu sur les joues, sur le cou. La fermeture Eclair de la jupe était arrachée. Elle tirait maladroitement sur un bas qui refusait de tenir.

– Une page d'histoire

- Je comprends, dit S..., mais je n'approuve pas. Brûlez la toile, voilà un geste qui rehausserait non seulement votre prestige de votre collection, mais encore votre réputation d'homme d'honneur. et , encore une fois, il ne s'agit pas de vous: il s'agit de Van Gogh.

– Une page d'histoire

Si les poux peuvent lire l'avenir, s'il existe une puissance mystérieuse pour les avertir et les sauver à temps, tous les espoirs sont vraiment permis.

– Une page d'histoire

Le comte avait passé le plus clair de sa carrière dans les grandes capitales, et s'il lui restait encore une ambition, c'était celle d'être un jour nommé à Rome, au coeur de cette Méditerranée dont il continuait à rêver avec une ferveur d'amoureux.

– Une page d'histoire

il est bon, tout de même, de pouvoir quitter la terre sur un sentiment de mystère.

– Une page d'histoire

Je les entends, toutces ces âmes... Liberté ! Egalité ! Fraternité ! Justice ! Humanité ! Elles se ruent partout, arrêtent la circulation, débordent le service d'ordre... Elles grimpent sur les becs de gaz, sur les monuments publics... Le-droit-à-la-vie ! Le-droit-à-la-paix ! Le-droit-de-penser, de-parler, de-crier ! Le droit d'être obbsu, bègue, nègre, juif, homme ! Le droit d'être châtain ! Le droit d'être rouge, vert, jaune, noir ! Nous voulons, pour nos enfants, des morts naturelles ! Elles se répandent partout, arrachent les pavés, mettent le feu à la Maison de la Culture fasciste, forcent les cordons de police, reversent les tramways ! Une âme décorée de la Croix de fer est piétinée et jetée dans l'égoût. Tous les nuages sont couverts d'affiches : "Âmes libres, en avant !" et "Pour un front commun des âmes, unissez-vous !"

– Une page d'histoire

La beauté même des oeuvres d'art ne faisait que l'exaspérer, parce qu'elle suggérait, avec une sorte d'impuissance, une perfection plus grande, plus totale, dont l'art n"était jamais qu'un humble pressentiment.

– Une page d'histoire

Dans un monde où le truquage et les fausses valeurs triomphent partout, la seule certitude qui nous reste est celle des chefs-d'œuvre. Nous devons défendre notre société contre les faussaires de toute espèce. Pour moi, les œuvres d'art sont sacrées, l'authenticité pour moi est une religion...

– Une page d'histoire

Il faut savoir s'ennuyer un petit peu, dit-il. Sans quoi les choses perdent de leur goût...

– Une page d'histoire

je suis persuadé que vous avez du génie, papa, et qu'il y a en vous un très grand peintre ou un très grand sculpteur qui a été ligoté pendant toute une vie? Si bien qu' aujourd'hui, pour vous, chaque objet d'art est un reproche, un remords.

– Une page d'histoire

Être aimée, c'est d'abord être inventée, rêvée par quelqu'un. Elle savait qu'elle pouvait compter sur Danthès jusqu'au bout, bien qu'il se servit un peu d'elle à son tour, pour se sentir aimé ; mais dans cette part d'invention qu'il lui apportait, il y avait assez pour deux.

– Europa

Ils vécurent six semaines dans une proximité que supportent mal, en général, ces créatures imaginaires : les êtres qu'on aime. L'absence a une vertu créatrice. Danthès se tirait admirablement de cette confrontation avec son double, celui qu'Erika avait inventé. Il avait une aisance extraordinaire dans ses rapports avec cet étranger et finit par l'éclipser complètement.

– Europa

En Amérique, les hommes ont même inventé un mouvement spécial, le Mouvement de Libération de la Femme, qui est une sorte de cinquième colonne masculine dont le but est de démystifier la femme et de la faire tomber à leur niveau. Brrr.

– Europa

L'Europe, pourquoi pas ? Elle n'a jamais existé, et n'existera jamais : alors, on peut tout attendre d'elle.

– Europa

Il se méfiait à cet égard de sa profession. Le métier de diplomate, par le privilège d'immunité qu'il confère, fait vivre en marge, sous une cloche de verre, et permet d'observer sans être touché. Le devoir d'analyser froidement pousse à voir les situations humaines sous un aspect théorique de «problème» et guère sous celui de la souffrance.

– Europa

Le Temps est un abominable touche-à-tout. Et encore vieillir ne serait rien, s'il était possible de ne pas rester jeune.

– Europa

L'amour a le génie de la connerie.

– Europa

En fait, le Destin, qu'est-ce que c'est ? Une espèce de souffleur dans un théâtre où les acteurs ne savent jamais leur rôle.

– Europa

La fin d'une civilisation, c'est d'abord la prostitution de son vocabulaire.

– Europa

L'Europe n'a jamais existé, et n'existera jamais en tant que dignité humaine, parce qu'elle ne pouvait s'accomplir que dans la fraternité d'un partage et dans cet amour dont ont longtemps parlé ceux qu'on appelait les chrétiens, et si une telle métamorphose était possible, il n'y aurait nul besoin d'Europe.

– Europa

Car après tout les grands conflits de l'Histoire, il y a toujours eu, soit une renaissance splendide de la foi, soit des révolutions barbares.

– Tulipe

La bonne parole était plus forte que la force des ténèbres.

– Tulipe

Ce n'est pas un verre d'eau qu'il nous faut. C'est un déluge.– Ça ne sert à rien, les déluges non plus, patron : on l'a bien vu. Il y a toujours un Noé quelconque qui fabrique une arche et puis ça y est, tout est à recommencer.

– Tulipe

Il faut enfin passer aux actes. Nous sommes responsables devant l'histoire. On ne peut pas continuer éternellement à errer sur ce glacier. Il faut faire quelque chose immédiatement, quelque chose d'énergique.

– Tulipe

On n'obtiendra rien de moi par la force. Le règne de la force est terminé. La non-résistance résolue du peuple anglais viendra à bout de la tyrannie des rajahs hindous.

– Tulipe

Une hirondelle ne fait pas le printemps.

– Tulipe

Des sources de lait jaillissent du sol dans le Bronx. En une nuit, un champ de blé a poussé dans la Cinquième Avenue et les chômeurs sont occupés à faire la récolte. Un Noir a été élu à la Maison Blanche.

– Tulipe

- On commence toujours par crever de faim, à New York, jusqu'au jour où l'on fait crever de faim les autres, dit Grinberg. C'est ce qu'on appelle « réussir ».

– Tulipe

"Ce n'est pas Buchenwald qui est horrible, ce n'est pas Belsen, que je n'arrive pas à oublier." Il continua à mâcher, distraitement. "Ce que je ne pardonne pas, ce n'est pas Dachau, cette ville de trente mille habitants voués à la torture, mais le petit village à côté, où les gens vivent heureux..."

– Tulipe

- Du nouveau ? demanda Flaps [un journaliste]- Charlie Chaplin dans une affaire de paternité, dit Grinberg.- Encore ?- Il a été acquitté... L'ennui avec ce type là, c'est qu'il n'a pas de sang noir. On ne peut pas le lyncher sans preuve.

– Tulipe

Monsieur Ouchakov, votre ordinateur croit-il en Dieu?

– Charge d'âme

Les Russes échangeaient des regards. On leur avait dit que le nouveau Président des Etats-Unis était un peu excentrique, et il fallait faire preuve de patience.

– Charge d'âme

Le moment était venu de partir, mais Pei ne parvenait pas à s'arracher, et il restait là, avec son crâne rasé de près, triturant sa casquette, essayant désespérément de trouver de nouveaux mots d'amour à dire, des mots différents du vocabulaire bourgeois réactionnaire, quelque chose de doux et de tendre, une de ces petites choses qui rendent une fille heureuse.- Les chiffres montrent que nous avons augmenté l'étendue des terres arables de dix pour cent, cette année. Nous avons mis au point des missiles qui peuvent porter une charge nucléaire à cinq mille kilomètres.C'était une bonne excuse: Lan prit sa main dans la sienne et la serra tendrement.

– Charge d'âme

-Je suis aussi soucieux que vous de notre survie spirituelle. Provoquer un effondrement total de la civilisation technologique, comme le voudrait une certaine jeunesse, cela implique un gigantesque holocauste. Le genre d'arguments que mèneraient à supprimer les 3/4 de l'humanité pour laisser au quart restant une chance de repartir dans une nouvelle direction. Détruire la civilisation pour assurer la survie spirituelle de l'homme...[...]cela signifie la mort spirituelle de l'homme.

– Charge d'âme

Les sources de puissance illimitées sont presque toujours aussi des sources de catastrophe...

– Charge d'âme

Il faut toujours connaître les limites du possible. Pas pour s'arrêter, mais pour tenter l'impossible dans les meilleures conditions.

– Charge d'âme

-C'est ça, parle-moi du massacre des bébés phoques en Norvège et au Canada, ou de celui des éléphants en Afrique. Rappelle-moi le nombre de chiens que les Français laissent crever chaque fois qu'ils partent en vacances. Il y avait longtemps… Ah oui, et les baleines ! J'ai oublié l'extermination des baleines ! Ou les cinq millions de Juifs partis en fumée… Vas-y, parle-moi de la pollution irréversible du milieu marin ! Qu'est-ce que tu attends ! La déshumanisation, tu parles ! La déshumanisation, c'est humain ! Il s'interrompit. Ce qu'il y avait d'extraordinaire, dans tout ça, c'est que toutes les preuves accumulées ne prouvaient rien. L'illusion lyrique demeurait, comme si l'homme ne pouvait mettre fin à sa foi qu'en mettant fin à lui-même.

– Charge d'âme

Le bonheur à deux exige une qualité très rare d'ignorance, d'incompréhension réciproque, pour que l'image merveilleuse que chacun avait inventée de l'autre demeure intacte, comme aux premiers instants.

– Charge d'âme

Parce qu'on ne peut pas vivre sans quelqu'un à aimer.

Au fond, si la mort n'existait pas, la vie perdrait son caractère comique.

Qu'est-ce donc que l'amour sinon une œuvre d'imagination ?

Il ne faut pas avoir peur du bonheur. C'est seulement un bon moment à passer.

Quand on a envie de crever, le chocolat a encore meilleur goût que d'habitude.

Il n'y a pas d'art désespéré- le désespoir, c'est seulement un manque de talent.

Il y a longtemps que je ne crains plus le ridicule; je sais aujourd'hui que l'homme est quelque chose qui ne peut pas être ridiculisé.

Ce que je veux dire, c'est qu'elle avait des yeux où il faisait si bon vivre que je n'ai jamais su où aller depuis.

Les femmes sont vulnérables au murmure de l'âme et l'art de la séduction est fait de délicatesse.

La vérité, c'est qu'il y a une quantité incroyable de gouttes qui ne font pas déborder le vase.

Le patriotisme c'est l'amour des siens. Le nationalisme c'est la haine des autres.

J'étais tellement heureux que je voulais mourir parce que le bonheur il faut le saisir pendant qu'il est là.

La vraie maison de l'amour est toujours une cachette.

L'Afrique ne s'éveillera à son destin que lorsqu'elle aura cessé d'être le jardin zoologique du monde.

Le désespoir est toujours une soumission.

On ne peut pas exister sans être aimé.

L'ironie est toujours une bonne garantie d'hygiène mentale.

La tendresse a des secondes qui battent plus lentement que les autres.

La vie est pavée d'occasions perdues.

C'est toujours dans les yeux que les gens sont les plus tristes.

Le renouveau a toujours été d'abord un retour aux sources.

La médecine doit avoir le dernier mot et lutter jusqu'au bout pour empêcher que la volonté de Dieu soit faite.

C'est la première fois que j'utilisais l'imagination comme arme de défense et rien ne devait m'être plus salutaire.

Déjà l'humour était pour moi ce qu'il devait demeurer toute ma vie : une aide nécessaire, la plus sûre de toutes.

L'humour est une affirmation de la dignité, une déclaration de la supériorité de l'homme face à ce qui lui arrive.

Les chemins qui mènent à la liberté et à la dignité humaine passent par bien des abîmes et ne sauraient donc mener d’un seul coup aux sommets.

Je vois la vie comme une grande course de relais où chacun de nous avant de tomber doit porter plus loin le défi d'être un homme.

L'incompréhension va toujours plus loin que tout le savoir, plus loin que le génie, et c'est toujours elle qui a le dernier mot.

Je tiens pas tellement à être heureux, je préfère encore la vie. Le bonheur, c'est une belle ordure et une peau de vache et il faudrait lui apprendre à vivre.

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