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Roberto Ferrucci

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Ces histoires qui arrivent (2017)

De Roberto Ferrucci chez Editions La Contre Allée
(4 votes, note moyenne : 4.5)

Tout commence à Lisbonne, un trajet à bord du célèbre tram 28 mène le narrateur et sa compagne au cimetière où est enterré son ami, l’auteur italien Antonio Tabucchi. Il laisse un mot sur sa tombe, et c’est le prétexte pour revenir sur le cours de leur histoire commune...

Lorsqu’on le présente, on dit d’Antonio Tabucchi qu’il est le plus européen des écrivains italiens. Il a vécu dans trois pays différents, l’Italie (il est né en 1943 à Vecchiano, près de Pise), le Portugal (Lisbonne, la ville de son épouse Maria José de Lancastre) et la France (Paris) dans un va et vient perpétuel.

Aspect indiscutable de sa bibliographie, l’Europe est toujours présente dans ses livres (essais, reportages, articles). Tabucchi en critiquait la dérive économique, il n’aimait pas l’Europe des banques et ressentait l’absence d’une Europe qui a d’abord besoin de valeurs, de droits. En évoquant leur amitié, Roberto Ferrucci brosse un portrait intime de l’un des plus grands protagonistes de la culture européenne.

Paru le 20-10-2017 - Format : Broché - 96 pages - 15 x 11 x 0 cm - 75 g - ISBN 10 : 2917817704 - ISBN 13 : 9782917817704

Collection : Fictions D'euro

Tags : récits, magie, amitié, pélerinages, poetique, tendresse, compassion, cimetière, numérique, attentats, noblesse, engagement, sociologie, québécois, auteur italien.

Citations de Ces histoires qui arrivent (3)

Piero le Gondolier nous dit au revoir, Antonio dit que nous devons penser au déjeuner et nous prenons la voiture. La façade de la Coop de Vecchiano – criarde – est jaune avec l'inscription in Coop verte et rouge, et Vecchiano en vert. En bas, l'entrée et la sortie ont des portes miroir. Dedans, nous avons acheté du vin rouge, peut-être un Montalcino, du poisson, un dessert mais je me souviens plus quoi. En revanche, je me souviens très bien que dans la voiture, à l'aller, nous avions déjà commencé à parler, pas de Battisti, mais de littérature et tout est parti de sa précieuse et habituelle curiosité : tu es en train d'écrire ? Et quoi ? Mais moi je m'en suis tiré avec Je t'ai apporté mon roman qui vient de sortir, pas d'écriture pour le moment, et aujourd'hui, en y repensant, je regrette d'avoir fait dévier la conversation, ses paroles étaient si précieuses quand on parlait d'écriture, comme ses conseils, sa franchise si tu disais une bêtise, comme cette fois-là sur Battisti, ou s'il n'était pas convaincu par ce que tu étais en train de faire. C'était toujours comme ça avec lui, peu importe le sujet, que ce soit la politique, l'écriture, la littérature, le cinéma ou autre chose : à chaque fois, c'était comme écouter une master class.

Une jeune serveuse installait des chaises et des tables et elle avait tout à fait l'air de quelqu'un qui répète ces mêmes gestes chaque matin, seule, en recommençant à zéro, des tables et des chaises en plastique vert foncé, un réfrigérateur rouge – Coca Cola, évidemment – avec une porte en verre mais plus petit que d'habitude, deux présentoirs pour les brioches mais sans brioches, sans rien, posés sur une table servant de comptoir et trois ou quatre parasols jaunes encore repliés et appuyés contre le frigo. Un café en devenir qui avait comme unique présence à ce moment-là un petit garçon de deux, trois ans peut-être, qui courait entre les tables qu'elle était en train d'installer. Il les bougeait, elle les redressait, dans une succession de gestes concentriques qui auraient pu continuer à l'infini. Nous nous sommes assis, en silence, en regardant le ballet plein de tendresse de ces deux personnages qui avaient vraiment l'air d'une mère et de son enfant. Tirsa tenait dans sa main les trois cailloux que la femme d'Antonio, la veille au soir, nous avait demandé de mettre dans la chapelle des écrivains portugais.

Il y a des années, j'avais recopié ces mots de lui : Les histoires ne commencent pas et ne finissent pas, elles arrivent. Je suis sûr de les avoir recopiés pendant que j'écrivais mon mémoire de maîtrise, de les avoir soulignés, appris par coeur. Je dois même les avoir empruntés pour une lettre d'amour – je crois, ou de rupture, je ne sais pas -, parce qu'à vingt ans, les lecteurs, c'est bien connu, sont de vrais pillards. Dès que j'ai pensé au titre que je pourrais donner au livre que j'étais en train d'écrire – que vous êtes en train de lire -, je me suis mis à leur recherche. J'étais convaincu qu'ils étaient dans les premières pages du Fil de l'horizon, mais non. Je les ai cherchés dans tous ses autres livres, toujours rien. Alors j'ai exploré Google de long en large, avec toutes les combinaisons possibles : histoire au singulier et au pluriel, choses ou événements à la place d'histoire, se produisent à la place d'arrivent, débutent à la place de commencent, se terminent à la place de finissent. Pas la moindre trace, à part celle qu'il y a dans ma mémoire, mais c'est lui qui m'a dit, un jour – ou alors, je l'ai entendu dire quelque part – que la mémoire est pleine de trous, elle est faite de décombres, et alors qui sait de combien de trous et de combien de décombres sera fait ce livre que je viens de commencer à écrire, même si je vais essayer de raconter uniquement ce qui me paraît clair, et là où je trouverai un trou, je le signalerai, personne ne se fera de mal s'il met le pied dedans. Qui sait alors où elle est, cette phrase, l'un d'entre vous l'a peut-être conservée avec plus de soin que je ne l'ai fait, il connaît sa demeure, même si j'ai demandé à des amis dispersés dans toute l'Europe, qui le connaissaient et qui auraient pu savoir, j'ai demandé à sa femme et à ses traducteurs, rien non plus de leur côté, mais ils ont tous ajouté que oui, ça pourrait bien être une phrase d'Antonio Tabucchi, et ça m'a redonné du courage. Parce que l'histoire de notre amitié est arrivée, elle n'a pas simplement commencé et elle est encore moins finie.


Critiques de Ces histoires qui arrivent : avis de lecteurs (4)


  • Critique de Ces histoires qui arrivent par soleil (Babelio)

    Montez à bord du tramway Lisboète. Le 28. Celui qui mène le narrateur vers la dernière demeure de son ami écrivain Antonio Tabucchi. Laissez-vous conduire. Faites-lui confiance. -----------------...

    Lire la critique complète >
    Par soleil - publiée le 13/10/2019

  • Critique de Ces histoires qui arrivent par Livresselitteraire (Babelio)

    Tel un pèlerinage, Roberto Ferrucci nous guide dans les pas de l'homme qu'était Tabucchi, dans cet engagement qui l'habitait et lui a valu bien des problèmes. Entre Portugal, Italie et France, nous ré...

    Lire la critique complète >
    Par Livresselitteraire - publiée le 14/01/2018

  • Critique de Ces histoires qui arrivent par Charybde2 (Babelio)

    L'histoire poignante et poétique d'une rencontre et d'une amitié littéraires. Sur le blog Charybde 27 : https://charybde2.wordpress.com/2017/12/16/note-de-lecture-ces-histoires-qui-arrivent-roberto...

    Lire la critique complète >
    Par Charybde2 - publiée le 16/12/2017

  • Critique de Ces histoires qui arrivent par EvlyneLeraut (Babelio)

    « Ces histoires qui arrivent » subrepticement, entrelacs littéraires, touchent le lecteur, comme si d'un seul coup, Lisbonne était l'encre de ses yeux. Roberto Ferrucci rend hommage à la noblesse nour...

    Lire la critique complète >
    Par EvlyneLeraut - publiée le 19/10/2017

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