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René Maury

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René Maury (né le 29 janvier 1928 à Béziers et mort le 21 janvier 2014 à Montferrier-sur-Lez) est un économiste, juriste et historien français. Agrégé de sciences économiques, docteur en droit et diplômé de la Harvard Business School, René Maury fut ... Plus >

Albine (1998)

De René Maury chez Calmann Lévy

I?>L'INNOCENCE BAFOUÉE 1779-1815?>?>1?>Une reine sans couronne?>« PÈRE, je vous en prie...— Que veux-tu, Albine ?— Parlez-moi encore de l'histoire du royaume de France... »C'est une enfant, dont les yeux sont d'un bleu admirable. Sa naissance est déjà un mystère. Les registres de l'état civil qui la concernent ont en effet été détruits pendant la Commune avec l'incendie de l'Hôtel de Ville. Est-elle née en 1779 ou en 1780 ? On ne le saura jamais1. Une seule chose est sûre : ce fut à Paris, tout en haut de la ville, sur la butte Montmarat2— notre butte Montmartre —, comme s'il eût été écrit que sa vie devait être vertigineuse. Elle a passé ses deux premières années près de ce minuscule vignoble dont elle a goûté les raisins !« Pourquoi maman dit-elle que vous êtes un bateau ivre, mon père ? »Le marquis Jean-André de Vassal éclate de rire :« Parce qu'elle croit que je suis né, comme elle, dans un océan de vignes. Elle se trompe, ma chérie. Je suis né à Montpellier, mais ta mère a vu le jour à Béziers — il baisse la voix — l'endroit au monde où l'on produit le plus de raisins...— Alors, vous, pourquoi êtes-vous né à Montpellier ?— Parce que c'est là que se trouvent les meilleurs médecins du monde pour soigner les ivrognes, mon enfant.— Mais vous connaissez le vin mieux que personne, n'est-ce pas ?— Bien sûr que non, Albine ! À Saint-Jean, dans son château, ta maman possède aussi des vignes. Mais comme tous les Pas de Beaulieu, elle préfère le vin de Bourgogne. Partout oùj'ai été receveur des finances de Sa Majesté, à Riom, à Foix, à Perpignan, elle a toujours réclamé du bourgogne... »Avec son petit doigt, Albine gratte délicatement sa gorge, une habitude qu'elle gardera toute sa vie. Elle hausse ses minuscules épaules et baisse les yeux :« Mon père, pardonnez-moi. Je n'aime pas la Bourgogne...— Bien sûr ! Paris !— Je n'aime pas non plus Paris... J'ai peur, à Paris. Je ne suis heureuse qu'ici, avec vous, dans notre château de La Fortelle, ou à Nesles, dans nos fermes briardes...— Alors, je ne te prendrai plus avec moi à Versailles...— Oh si ! Versailles ! Versailles ! C'est à Versailles que je voudrais vivre ! »Elle sautille sur place et bat des mains, ce qui enchante le marquis.« Petite ambitieuse, va !— Je voudrais revoir la reine, mon père. Conduisez-moi au Trianon, comme l'autre jour. Je voudrais jouer à la bergère avec la reine...— La reine de France, ma petite Albine, a bien d'autres soucis en ce moment... »L'enfant est déjà coquette ; elle le sera toute sa vie. C'est une blondinette aux cheveux naturellement bouclés, avec des yeux clairs, dans un visage curieusement triangulaire, aux pommettes légèrement saillantes. Elle connaît son charme et en abuse avec son père, en jouant de toutes ses fossettes, sur les coudes, sur les doigts, dans sa robe de satin. D'une voix douce, elle proteste :« Pourquoi me dit-on toujours Albine ? Je m'appelle aussi Hélène... »Le marquis prend son visage entre ses mains :« Parce que, jadis, l'une de tes ancêtres s'est appelée Albine, et qu'elle a connu un destin prodigieux et secret.— C'est quoi le destin, mon père ?— C'est ce que Dieu a choisi pour chacun de nous.— Et Dieu, c'est quoi ? »Le marquis observe un silence.« C'est l'amour, mon enfant.— Alors, je ne peux pas choisir mon destin ?— Je ne crois pas, Albine, mais une voyante a prédit à ta naissance que tu serais reine, plus tard, sans porter aucune couronne... »
Elle fait la moue :« Ce n'est pas juste. Dieu n'est pas juste !— Tu ne dois jamais dire cela, Albine, tu entends ? C'est un blasphème. Tu vas lui demander pardon, tout de suite ! »
Jean-André de Vassal a cinq filles, mais il ne sait pas se défendre d'une préférence pour Albine. Il lui demande, attendri :«Si tu pouvais choisir ton destin, que voudrais-tu devenir ? »Elle n'ose pas répondre. Toute l'éducation qu'elle a reçue depuis six ans l'invite à la modération, à la maîtrise de soi, à l'humilité. Mais son père est le seul être au monde qui lui inspire autant d'admiration que de confiance. Il peut tout entendre et tout pardonner. Elle le regarde droit dans les yeux, caresse lentement son corsage de satin rose et murmure :«Je voudrais devenir reine, comme Marie-Antoinette.— N'y compte pas, mon enfant.— Que faut-il faire, père, pour devenir reine avec une couronne ? »Le marquis de Vassal réprime un froncement de sourcils :« Il faut épouser le roi de France, ma chérie...— C'est cela que je veux. Je veux me marier avec le roi de France !— C'est impossible, Albine. Plus tard, tu pourras devenir duchesse, tout au plus. Ou comtesse, ou marquise. Mais tu ne seras jamais reine de France... »La blonde enfant minaude. Elle quitte la pièce. Sur le seuil, elle se retourne, boudeuse :« Alors, c'est vous que je veux épouser, mon père, quand je serai grande. »Le marquis de Vassal l'emporte dans ses bras et l'embrasse :« Hélas, c'est également impossible, mon enfant. Nous t'expliquerons plus tard. Maintenant, dis-moi, pourquoi te contenterais-tu d'être marquise de Vassal, faute de pouvoir devenir la reine de France ?— Vous le savez bien.— Pourquoi ?— Parce que vous auriez dû être le roi.— Il ne faut jamais prononcer de telles sottises, Albine. Nous ne sommes pas dignes d'une telle élévation. Je me contente d'être receveur général des finances et maître d'hôtel de Monsieur, le frère du roi. C'est déjà beaucoup, tu sais. Je suis aussi seigneur de Saint-Hubert parce que la chasse est l'une de mes passions... »L'enfant sanglote doucement, son père la console en silence.« Albine, tu n'as que six ans, mais tu es trop ambitieuse.Notre rôle résulte de nos devoirs et notre devoir, mon enfant, est d'aider les pauvres gens. Il y a beaucoup de pauvres gens, aujourd'hui, dans le royaume de France. Quand tu rencontres une petite fille de ton âge dans la rue, si tu penses qu'elle a faim, conduis-la au château, tu entends ?— Ce n'est pas ce qu'on dit. Quand nous allons à Sillery, ce n'est pas ce que m'a appris Henry...— Tu parles d'Henry de Carrion d'Espagne, ce jeune homme de Montpellier ?— Oui, père. Les Nisas-Paulin vont fêter cette semaine le succès d'Henry à l'École militaire. Vous me conduirez à Sillery pour la fête, n'est-ce pas ? Marie-Souveraine m'a promis que nous irions... »Le marquis n'écoute plus Albine. Il a bien connu la famille Carrion d'Espagne de Nisas-Paulin en Languedoc, quand il était député de la noblesse de cette province. En 1785, il s'étonne que ce jeune homme, dont il a conservé le souvenir de son baptême à l'église Notre-Dame-des-Tables, à Montpellier, soit déjà officier. Dix-huit ans ont bientôt passé, et la promotion de l'Ecole militaire de 1785 comptera cinquante-huit cadets gentilshommes du roi.La plupart sont des pensionnaires, c'est-à-dire de jeunes aristocrates. On en compte quatre-vingt-trois dans cette promotion de 1785. Quant aux autres, ceux qui ne songent pas à s'amuser, ce sont des roturiers, généralement boursiers du roi. La monarchie estime que le service militaire doit permettre aux premiers, qui seront plus tard appelés aux plus hautes responsabilités, d'approcher les seconds auxquels les grandes carrières seront interdites en raison de leur naissance.« À quelle date aura-t-elle lieu, cette fête ?— Je ne sais pas, soupire Albine.— Ce sera le 28 septembre, mon père, précise Marie-Souveraine en entrant. Elle a été remise après la naissance du dauphin...— Sera-ce à Sillery, comme d'habitude ?— Oui, mon père, au 13, place de Conti, vous viendrez, n'est-ce pas ?— Nous irons tous les quatre, répond le marquis, peut-être tous les six si votre mère quitte Saint-Jean. »L'hôtel de Sillery appartient à un certain Permon, qui se fait depuis peu appeler de Permon. Il a épousé une femme d'une grande beauté dont la lignée compte dix-huit empereurs et autant de rois de Colchide, précise-t-elle avec fierté. Elle vient de l'illustre maison de Comnène, en Grèce. Elle a d'abord vécu à Ajaccio, où elle était intimement liée à Letizia Ramolino, qui a épousé un certain Charles Buonaparte. Elle s'est ensuite établie à Montpellier, après son mariage, à l'angle de la rue du Cheval-Vert et de la rue Castilhon, près de l'hôpital. Quand Charles Buonaparte est tombé malade l'année précédente, elle l'a fait ...

Paru le 11-03-1998 - 375 pages - 24 x 15 x 3 cm - 503 g - ISBN 10 : 2702128513 - ISBN 13 : 9782702128510

Collection : Biographies, Au

Tags : allemand, assassin, napoléon bonaparte, exil, correspondance, biographie romancée, tragédie, document.

Critiques de Albine : avis de lecteurs (1)


  • Critique de Albine par (Babelio)

    rene maury nous trace le destin extraordinaire de albine de motholon dernier amour de napoleon,il rehabilite en quelque sorte cette femme qui etait considere a son epoque comme de moeurs legeres alors...

    Lire la critique complète >
    Par Babelio - publiée le 10/05/2012

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