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Prosper Mérimée

Présentation de Prosper Mérimée (Wikipedia)

Œuvres principalesProsper Mérimée, né le 28 septembre 1803 à Paris et mort le 23 septembre 1870 à Cannes, est un écrivain, historien et archéologue français. Issu d'un milieu bourgeois et artiste, Prosper Mérimée fait des études de droit avant de s'intéresser à la littérature et de publier dès 1825 des textes, en particulier des nouvelles, qui le font connaître et lui valent d'être élu à l'Académie française en 1844. En 1831, il entre dans les bureaux ministériels et devient en 1834 inspecteur général des monuments historiques. Il effectue alors de nombreux voyages d'inspection à travers la France et confie à l'architecte Eugène Viollet-le-Duc la restauration d'édifices en péril comme la basilique de Vézelay en 1840, la cathédrale Notre-Dame de Paris en 1843 ou la Cité de Carcassonne, à partir de 1853. Proche de l'impératrice Eugénie, il est nommé sénateur en 1853 et anime les salons de la cour, par exemple avec sa fameuse dictée en 1857. Il publie alors moins de textes littéraires, pour se consacrer à des travaux d'historien et d'archéologue et initiant, à partir de 1842, un classement des monuments historiques auquel rend hommage la base Mérimée créée en 1978. L’œuvre littéraire de Prosper Mérimée relève d'« une esthétique du peu », son écriture se caractérisant par la rapidité et l'absence de développements, qui créent une narration efficace et un réalisme fonctionnel adaptés au genre de la nouvelle. Mais ce style a parfois disqualifié les œuvres de Mérimée, auxquelles on a reproché leur manque de relief — « Le paysage était plat comme Mérimée », écrit Victor Hugo. Si le Théâtre de Clara Gazul n'a pas marqué l'époque, il n'en va pas de même pour ses nouvelles qui jouent sur l'exotisme (la Corse dans Mateo Falcone et Colomba ou l'Andalousie dans Carmen, popularisée en 1875 par l'opéra de Georges Bizet), sur le fantastique (Vision de Charles XI, La Vénus d'Ille, Lokis) ou sur la reconstitution historique (L'Enlèvement de la redoute, Tamango). L'Histoire est d'ailleurs au centre de son unique roman : Chronique du règne de Charles IX (1829).

Livres de Prosper Mérimée

Citations de Prosper Mérimée (118)

Méfiez vous si elle vous aime!

– Bibliocollège - La Vénus d'Ille, Mérimée

Si le modèle a jamais existé, dis-je à M. de Peyrehorade, et je doute que le ciel ait jamais produit une telle femme, que je plains ses amants ! Elle a dû se complaire à les faire mourir de désespoir. Il y a dans son expression quelque chose de féroce, et pourtant je n'ai jamais vu rien de si beau.- C'est Vénus tout entière à sa proie attachée ! [...]

– La Vénus d'Ille

Une femme peut-elle jamais aimer un homme qu'elle aura vu grossier une fois? Les premières impressions ne s'effacent pas ...

– La Vénus d'Ille

DOMINGO - Enfin, qu'a-t-il de si grave à nous reprocher ?RAFAEL - Quant à moi, je sais ce qui m'a fait du tort dans son esprit. Une misère ! L'histoire de cette juive que j 'ai convertie, et qui s'est avisée tout d'un coup de devenir mère, a fait du bruit dans le monde. Mais, après tout, y a-t-il là dedans quelque chose de si extraordinaire ?DOMINGO - De plus, il nous accuse, m'a-t-on dit, de n'être pas chrétiens.RAFAEL - Est-il donc si nécessaire d'être chrétien pour être inquisiteur ?Extrait d'"Une femme est un diable".

– Théâtre de Clara Gazul - Romans et nouvelles

L'auteur de la comédie que vous allez juger a pris la liberté de sortir de la route battue. Il a mis en scène, pour la première fois, certains personnages que nos nourrices et nos bonnes nous apprennent à révérer. Bien des gens pourront être scandalisés de cette audace, qu'ils appelleront sacrilège ; mais traduire sur le théâtre les ministres cruels d'un Dieu de clémence, ce n'est pas attaquer notre sainte religion. Les fautes de ses interprètes ne peuvent pas plus altérer son éclat, qu'une goutte d'encre le cristal du Guadalquivir. Les Espagnols émancipés ont appris à distinguer la vraie dévotion de l'hypocrisie.

– Théâtre de Clara Gazul - Romans et nouvelles

Je n'ai besoin de personne, dit Orso, et je te réponds que je ne me laisserai pas couper l'oreille.

– Nouvelles complètes, I : Colomba et dix autres nouvelles

Son premier mouvement avait été un aveugle transport de fureur, et il s'était dit que la fortune lui offrait une excellente occasion de corriger ce lâche qui mutilait un cheval pour se venger d'un soufflet.

– Nouvelles complètes, I : Colomba et dix autres nouvelles

Le Vase étrusqueSes amis, et ce mot désigne les personnes que nous voyons deux fois par semaine, se plaignaient de sa méfiance à leur égard; en effet, celui qui, sans qu'on l'interroge, nous fait part de son secret, s'offense ordinairement de ne pas apprendre le nôtre. On s'imagine qu'il doit y avoir réciprocité dans l'indiscrétion.

– Nouvelles complètes, I : Colomba et dix autres nouvelles

C'est cette manière de taillis fourré que l'on nomme maquis.Différentes espèces d'arbres et d'arbrisseaux le composent,mêlés et confondus comme il plaît à Dieu. Ce n'est que lahache à la main que l'homme s'y ouvrirait un passage, etl'on voit des maquis si épais et si touffus, que les mouflonseux-mêmes ne peuvent y pénétrer.Si vous avez tué un homme, allez dans le maquis de Porto-Vecchio, et vous y vivrez en sûreté, avec un bon fusil, de la poudre et des balles; n'oubliez pas un manteaubrun garni d'un capuchon, qui sert de couvertures et de matelas. Les bergers vous donnent du lait, du fromage etdes châtaignes, et vous n'aurez rien à craindre de la justice ou des parents du mort, si ce n'est quand il vous faudra descendre à la ville pour y renouveler vos munitions.Page 25 et 26

– Nouvelles complètes, I : Colomba et dix autres nouvelles

Extrait de "Mateo Falcone" :Si vous avez tué un homme, allez dans le maquis de Porto-Vecchio, et vous y vivrez en sûreté, avec un bon fusil, de la poudre et des balles; n'oubliez pas un manteau brun garni d'un capuchon, qui sert de couverture et de matelas. Les bergers vous donnent du lait, du fromage et des châtaignes, et vous n'aurez rien à craindre de la justice ou des parents du mort, si ce n'est quand il vous faudra descendre à la ville pour y renouveler vos munitions.

– Nouvelles complètes, I : Colomba et dix autres nouvelles

La nuit a certainement une influence très grande sur les peines morales comme sur les douleurs physiques. Elle donne à tout une teinte lugubre, et les images qui, le jour, seraient indifférentes ou même riantes, nous inquiètent, nous tourmentent la nuit, comme des spectres qui n'ont de puissance que pendant les ténèbres. Il semble que, pendant la nuit, la pensée redouble d'activité, et que la raison perd son empire. Une espèce de fantasmagorie intérieure nous trouble et nous effraye sans que nous ayons la force d'écarter la cause de nos terreurs ou d'en examiner froidement la réalité.

– Nouvelles complètes, I : Colomba et dix autres nouvelles

Tel se moque d'un danger éloigné qui pâlit quand il s'approche.

– Nouvelles complètes, I : Colomba et dix autres nouvelles

Cicéron dit quelque part, c'est, je crois, dans son traité De la nature des dieux, qu'il y a eu plusieurs Jupiters, - un Jupiter en Crète, - un autre à Olympie, - un autre ailleurs ; - si bien qu'il n'y a pas une ville de Grèce un peu célèbre qui n'ait eu son Jupiter à elle. De tous ces Jupiters on en a fait un seul à qui l'on a attribué toutes les aventures de chacun de ses homonymes. C'est ce qui explique la prodigieuse quantité de bonnes fortunes qu'on prête à ce dieu.La même confusion est arrivée à l'égard de don Juan, personnage qui approche de bien près de la célébrité de Jupiter.

– Nouvelles complètes, I : Colomba et dix autres nouvelles

Obligé par la roideur de la pente à mettre pied à terre, Orso, qui avait laissé la bride sur le cou de son cheval, descendait rapidement en glissant sur la cendre; et il n'était guère qu'à vingt-cinq pas d'un de ces enclos en pierre à droite du chemin, lorsqu'il aperçut, précisément en face de lui, d'abord un canon de fusil, puis une tête dépassant la crête du mur.

– Nouvelles complètes, I : Colomba et dix autres nouvelles

Colomba balbutia quelques mots de remerciement et s'empressa de suivre la femme de chambre de miss Nevil pour faire à sa toilette les petits arrangements que rend nécessaires un voyage à cheval par la poussière et le soleil.En rentrant dans le salon, elle s'arrêta devant les fusils du colonel, que les chasseurs venaient de déposer dans un coin.— Les belles armes ! dit-elle ; sont-elles à vous ?— Non, ce sont des fusils anglais au colonel. Ils sont aussi bons qu'ils sont beaux.— Je voudrais bien, dit Colomba, que vous en eussiez un semblable.— Il y en a certainement un dans ces trois-là qui appartient à della Rebbia, s'écria le colonel. Il s'en sert trop bien. Aujourd'hui quatorze coups de fusil, quatorze pièces !Aussitôt s'établit un combat de générosité, dans lequel Orso fut vaincu, à la grande satisfaction de sa sœur, comme il était facile de s'en apercevoir à l'expression de joie enfantine qui brilla tout d'un coup sur son visage, tout à l'heure si sérieux.— Choisissez, mon cher, disait le colonel.Orso refusait.— Eh bien ! mademoiselle votre sœur choisira pour vous.Colomba ne se le fit pas dire deux fois : elle prit le moins orné des fusils, mais c'était un excellent Manton de gros calibre.— Celui-ci, dit-elle, doit bien porter la balle.

– Nouvelles complètes, I : Colomba et dix autres nouvelles

Il s'approcha de Fortunato et lui dit :— Tu es le fils de Mateo Falcone ?— Oui.— Moi, je suis Gianetto Sanpiero. Je suis poursuivi par les collets jaunes. Cache-moi, car je ne puis aller plus loin.— Et que dira mon père si je te cache sans sa permission?— Il dira que tu as bien fait.— Qui sait ?— Cache-moi vite. Ils viennent.— Attends que mon père soit revenu.— Que j'attende ? malédiction ! Ils seront ici dans cinq minutes. Allons, cache-moi, ou je te tue.Fortunato lui répondit avec le plus grand sang-froid :— Ton fusil est déchargé, et il n'y a plus de cartouches dans ta carchera.— J'ai mon stylet.— Mais courras-tu aussi vite que moi ? — Il fit un saut, et se mit hors d'atteinte.— Tu n'es pas le fils de Mateo Falcone ! Me laisseras-tu donc arrêter devant ta maison ?L'enfant parut touché.— Que me donneras-tu si je te cache ? dit-il en se rapprochant.Le bandit fouilla dans une poche de cuir qui pendait à sa ceinture, et il en tira une pièce de cinq francs qu'il avait réservée sans doute pour acheter de la poudre. Fortunato sourit à la vue de la pièce d'argent ; il s'en saisit, et dit à Gianetto : Ne crains rien.Aussitôt il fit un grand trou dans un tas de foin placé auprès de la maison. Gianetto s'y blottit, et l'enfant le recouvrit de manière à lui laisser un peu d'air pour respirer, sans qu'il fût possible cependant de soupçonner que ce foin cachât un homme. Il s'avisa, de plus, d'une finesse de sauvage assez ingénieuse. Il alla prendre une chatte et ses petits, et les établit sur le tas de foin pour faire croire qu'il n'avait pas été remué depuis peu. Ensuite, remarquant des traces de sang sur le sentier près de la maison, il les couvrit de poussière avec soin, et, cela fait, il se recoucha au soleil avec la plus grande tranquillité.

– Mateo Falcone

« c'est ton fils, lui dit-elle d'une voix tremblante en attachant ses yeux noirs sur ceux de son mari, comme pour lire ce qui se passait dans son âme.- Laisse-moi, répondit Mateo : je suis son père. »

– Mateo Falcone

-Qu'as-tu fait ? -Justice.

– Mateo Falcone

Le lendemain, nous apprîmes que, désespéré de sa perte, il s'était brûlé la cervelle dans sa chambre après avoir bu un bol de punch.

– Mateo Falcone

Tu n'as pas assez de coeur pour briser une chaîne que tu hais ! Le vase étrusque.

– Mateo Falcone

Les Français aiment à parler d'eux-mêmes; aussi Saint-Clair était-il, malgré lui, le dépositaire de bien des confidences. Ses amis, et ce mot désigne les personnes que nous voyons deux fois par semaine, se plaignaient de sa méfiance à leur égard; en effet, celui qui, sans qu'on l'interroge, nous fait part de son secret, s'offense ordinairement de ne pas apprendre le nôtre. On s'imagine qu'il doit y avoir réciprocité dans l'indiscrétion.*Le vase étrusque

– Mateo Falcone

En sortant de Porto-Vecchio et se dirigeant au nord-ouest, vers l'intérieur de l'île, on voit le terrain s'élever assez rapidement, et après trois heures de marche par des sentiers tortueux, obstrués par de gros quartiers de rocs, et quelquefois coupés par des ravins, on se trouve sur le bord d'un maquis très étendu. Le maquis est la patrie des bergers corses et de quiconque s'est brouillé avec la justice.

– Mateo Falcone

Sans jeter un coup d'oeil sur le cadavre, Mateo reprit le chemin de sa maison pour aller chercher une bêche afin d'enterrer son fils. Il avait fait à peine quelques pas qu'il rencontra Giuseppa, qui accourait alarmée du coup de feu.« Qu'as-tu fait ? s'écria-t-elle.- Justice.- Où est-il ?- Dans le ravin. Je vais l'enterrer, il est mort en chrétien; je lui ferai chanter une messe. Qu'on dise à mon gendre Tiodoro Bianchi de venir demeurer avec nous. »

– Mateo Falcone

La femme s'avançait courbée péniblement sous le poids d'un énorme sac de châtaignes, tandis que son mari se prélassait, ne portant qu'un fusil à la main et un autre en bandoulière ; car il est indigne d'un homme de porter d'autre fardeau que ses armes. (p. 63)

– Mateo Falcone

«  Qu'importe que l'on vive plus vite, Pourvu que l'on soit heureux ! » ...

– Mateo Falcone

Chacun semble aux aguets comme un faucon dans son nid.

– Colomba

Vénus turbulente ! Vénus la tapageuse ! Ah ! vous croyez donc que ma Vénus est une Vénus de cabaret ?

– La Vénus d'Ille - Mateo Falcone

Le maquis est la patrie des bergers corses et de quiconque s'est brouillé avec la justice.

– La Vénus d'Ille - Mateo Falcone

Ce n'est que la hache à la main que l'homme s'y ouvrirait un passage, et l'on voit des maquis si épais et si touffus que les mouflons eux-mêmes ne peuvent y pénétrer.

– La Vénus d'Ille - Mateo Falcone

Le silence régnait depuis quelque temps lorsqu'il fut troublé par des pas lourds qui montaient l'escalier. Les marches de bois craquèrent fortement.

– La Vénus d'Ille - Mateo Falcone

Il y a dans son expression quelque chose de féroce, et pourtant je n'ai jamais vu rien de si beau.

– La Vénus d'Ille - Mateo Falcone

[...] il acheva de l'enthousiasmer pour la Corse en lui décrivant l'aspect sauvage du pays, qui ne ressemble à aucun autre ; le caractère original de ses habitants, leur hospitalité et leurs mœurs primitives.

– Colomba

- Sais-tu, dit Orso, que la nature a eu tort de faire de toi une femme, Colomba ? Tu aurais été un excellent militaire.

– Colomba

Au thé, le capitaine charma de nouveau miss Lydia par une histoire de vendetta transversale ( c' est la vengeance que l' on fait tomber sur un parent plus ou moins éloigné de l' auteur de l' offense ), encore plus bizarre que la première, et il acheva de l' enthousiasmer pour la Corse en lui décri- -vant l' aspect étrange, sauvage du pays, le caractère origi- -nal de ses habitants, leur hospitalité et leurs moeurs pri- -mitives .

– Colomba

- Tu t'es endormi plein de jours - au milieu de ta famille, - préparé à comparaître - devant le Tout-Puissant. - L'orpheline pleure son père, - surpris par de lâches assassins, - frappé par-derrière ; - son père dont le sang est rouge - sous l'amas de feuilles vertes. - Mais elle a recueilli son sang, - ce sang noble et innocent ;

– Colomba

- Où veux-tu que je t'accompagne ? dit Orso en lui offrant son bras.- Je n'ai pas besoin de votre bras, mon frère, mais prenez votre fusil et votre boîte à cartouches. Un homme ne doit jamais sortir sans ses armes.- A la bonne heure ! Il faut se conformer à la mode.

– Colomba

L'adjoint ne quittait pas son écharpe ; mais, sauf les "archere" aux fenêtres des deux maisons ennemies, rien n'indiquait la guerre. Un Corse seul aurait remarqué que sur la place, autour du chêne vert, on ne voyait que des femmes.

– Colomba

Pour lui, l'Italie avait le tort immense d'avoir ennuyé sa fille, et par conséquent, c'était le plus ennuyeux pays du monde.

– Colomba

Il y a toujours quelque chose de solennel dans un départ, même quand on se quitte pour peu de temps

– Colomba

" Il me faut la main qui a tiré, l'oeil qui a visé, le coeur qui a pensé... "

– Colomba

Notre cause est juste; nous combattons pour notre religion et pour notre vie

– Chronique du règne de Charles IX

– C'est une horrible chose que la guerre, dit-il ; mais une guerre civile !… Ce boulet a été mis dans un canon français ; c'est un Français qui a pointé le canon et qui vient d'y mettre le feu, et ce sont deux Français que ce boulet a tués. Encore n'est-ce rien que de donner la mort à un demi-mille de distance ; mais, monsieur de Mergy, quand il faut plonger son épée dans le corps d'un homme qui vous crie grâce dans votre langue !…

– Chronique du règne de Charles IX

Le moine et le ministre étaient chacun d'un côté du lit, et semblaient disposés à se disputer le moribond.– Ce gentilhomme est catholique, dit le moine.– Mais il est né protestant, dit le ministre ; il m'appartient.– Mais il s'est converti.– Mais il veut mourir dans la foi de ses pères.– Confessez-vous, mon fils.– Dites votre symbole, mon fils.

– Chronique du règne de Charles IX

Quand on vient de tuer un homme, que cet homme est le premier que l'on tue, on est tourmenté pendant quelque temps, surtout aux approches de la nuit, par le souvenir de la dernière convulsion qui a précédé sa mort.

– Chronique du règne de Charles IX

— Vous êtes bien délicat, mon père. Quant à moi, je ne sens rien du tout. — Est-ce que l'on flambe des cochons près de cette auberge ? — Des cochons ? Ah ! voilà qui est plaisant ! Des cochons ? Oui, à peu près ; ce sont bien des cochons, car, comme dit l'autre, de leur vivant ils étaient habillés de soie ; mais ces cochons-là ça n'est pas pour manger. Ce sont des huguenots, révé-rence parler, mon père, que l'on brûle au bord de l'eau, à cent pas d'ici, et c'est leur fumet que vous sentez, — Des huguenots ! — Oui, des huguenots. Est-ce que ça vous fait quelque chose ? Il ne faut pas que cela vous ôte l'appétit. Quant à changer de salle pour dîner, je n'en ai qu'une ; ainsi vous serez bien obligé de vous en contenter. Bah ! le huguenot, cela ne sent pas déjà si mauvais. Au reste, si on ne les brûlait pas, peut-être qu'ils pueraient bien davantage. Il y en avait un tas ce matin sur le sable, un tas aussi haut… quoi ! aussi haut que voilà cette cheminée. — Et vous allez voir ces cadavres ? — Ah ! vous me dites cela parce qu'ils étaient nus. Mais des morts, mon révérend, ça ne compte pas ; ça ne me faisait pas plus d'effet que si j'avais vu un tas de grenouilles mortes. Il paraît tout de même qu'ils ont joliment travaillé hier à Orléans, car la Loire nous en a furieusement apporté de ce poisson héré-tique-là, et, comme les eaux sont basses, on en trouve tous les jours sur le sable qui restent à sec. Même hier, comme le garçon meunier regardait s'il y avait des tanches dans son filet, voilà-til pas qu'il trouve dedans une femme morte qui avait un fier coup de hallebarde dans l'estomac. Tenez, ça lui entrait par là et ça sortait entre les épaules. Il aurait mieux aimé trouver une belle carpe, tout de même… Mais qu'avez-vous donc, mon révé-rend ?… Est-ce que vous voulez tomber en pâmoison ? Voulezvous que je vous donne, en attendant votre dîner, un coup de vin de Beaugency ? ça vous remettra le cœur au ventre.

– Chronique du règne de Charles IX

Ces hommes armés de hallebardes étaient des soldats du guet, dont une troupe se tenait toujours dans le voisinage du Pré-aux-Clercs pour être à portée de s'entremettre dans les querelles qui se vidaient d'ordinaire sur ce terrain classique des duels. Suivant leur usage, ils s'étaient avancés fort lentement, et de manière à n'arriver que lorsque tout était fini. En effet, leurs tentatives pour rétablir la paix étaient souvent fort mal reçues ; et plus d'une fois on avait vu des ennemis acharnés suspendre un combat à mort pour charger de concert les soldats qui essayaient de les séparer. Aussi les fonctions de cette garde se bornaient-elles généralement à secourir les blessés ou bien à emporter les morts.

– Chronique du règne de Charles IX

après deux jours, le roi essaya d'arrêter le carnage ; mais quand on a lâché la bride aux passions de la multitude, il n'est plus possible de l'arrêter p.225

– Chronique du règne de Charles IX

– Non, mille tonnerres ! Laissez-moi tous les deux. Suis-je déjà mort, pour que les corbeaux se disputent ma carcasse ? Je ne veux ni de vos messes ni de vos psaumes.– Il blasphème ! s'écrièrent à la fois les deux ministres des cultes ennemis.

– Chronique du règne de Charles IX

Croire est un don précieux qui m'a été refusé, mais pour rien au monde je ne chercherais à en priver les autres.

– Chronique du règne de Charles IX

Il y a une certaine grâce à faire un défi, qui s'acquiert, comme bien d'autres, par l'habitude. Notre héros en était à sa première affaire, par conséquent il éprouvait un peu d'embarras ; mais, dans ce moment, il craignait moins de recevoir un coup d'épée que de dire quelque chose qui ne fût pas d'un gentilhomme.

– Chronique du règne de Charles IX

Cette édifiante conversation dura aussi longtemps que les bouteilles. Lorsqu'elles furent vides, toutes les judiciaires étaient singulièrement embrouillées, et chacun éprouvait une violente envie de dormir. Le soleil étant encore dans toute sa force, on se sépara pour aller faire la sieste ;

– La Vénus d'Ille / et autres nouvelles

Je ne suis pas plus maître de mes pensées que des accidents extérieurs qui me les suggèrent. (Lokis)

– La Vénus d'Ille / et autres nouvelles

Dédain, ironie, cruauté, se lisaient sur ce visage d'une incroyable beauté cependant.

– La Vénus d'Ille / et autres nouvelles

Elle était couchée, dit-elle, depuis quelques minutes, les rideaux tirés, lorsque la porte de sa chambre s'ouvrit, et quelqu'un entra. Alors Mme Alphonse était dans la ruelle du lit, la figure tournée vers la muraille. Elle ne fit pas un mouvement, persuadée que c'était son mari. Au bout d'un instant, le lit cria comme s'il s'était chargé d'un poids énorme. Elle eu grand' peur mais n'osa pas tourner la tête. Cinq minutes, dix minutes peut-être ... de la sorte. Puis elle fit un mouvement involontaire, ou bien la personne qui était dans le lit en fit un, et elle sentit le contact de quelque chose de froid comme la glace, ce sont ses expressions. Elle s'enfonça dans la ruelle tremblant de tous ses membres. Peu après, la porte s'ouvrit une seconde fois, et quelqu'un entra, qui dit: Bonsoir ma petite femme. Bientôt après on tira les rideaux. Elle entendit un cri étouffé. La personne qui était dans le lit à côté d'elle, se leva sur son séant et parut étendre les bras en avant. Elle tourna la tête alors... et vit, dit-elle, son mari à genoux auprès du lit, la tête à la hauteur de l'oreiller, entre les bras d'une espèce de géant verdâtre qui l'étreignait avec force. Elle dit, et m'a répété vingt fois, la pauvre femme!... elle dit qu'elle a reconnu... devinez-vous?... la Vénus de bronze, la statue de M de Peyrehorade.

– La Vénus d'Ille / et autres nouvelles

C'était bien une Vénus, et d'une merveilleuse beauté.

– La Vénus d'Ille / et autres nouvelles

Si le modèle a jamais existé, dis-je à M. de Peyrehorade, et je doute que le Ciel ait jamais produit une telle femme, que je plains ses amants ! Elle a dû se complaire à les faire mourir de désespoir. Il y a dans son expression quelque chose de féroce, et pourtant je n'ai jamais vu rien de si beau.- C'est Vénus tout entière à sa proie attachée !

– La Vénus d'Ille / et autres nouvelles

En face était la Canigou, d'un aspect admirable en tout temps, mais qui me parut ce soir-la la plus belle montagne du monde, éclairé qu'il était par une lune resplendissante.

– La Vénus d'Ille / et autres nouvelles

Quant à la figure, jamais je ne parviendrai à exprimer son caractère étrange, et dont le type ne se rapprochait de celui d'aucune statue antique dont il me souvienne. Ce n'était point cette beauté calme et sévère des sculpteurs grecs, qui, par système, donnaient à tous les traits une majestueuse immobilité. Ici, au contraire, j'observais avec surprise l'intention marquée de l'artiste de rendre la malice arrivant jusqu'à la méchanceté. Tous les traits étaient contractés légèrement: les yeux un peu obliques, la bouche relevée des coins, les narines quelque peu gonflées. Dédain, ironie, cruauté, se lisaient sur ce visage d'une incroyable beauté cependant. En vérité, plus on regardait cette admirable statue, et plus on éprouvait le sentiment pénible qu'une si merveilleuse beauté pût s'allier à l'absence de toute sensibilité.

– La Vénus d'Ille / et autres nouvelles

Elle avait encore une fleur de cassie dans le coin de sa bouche,et elle avançait en se balançant sur ses hanches comme une pouliche au haras de Cordoue.

– Carmen

Ma bohémienne ne pouvait prétendre à tant de perfection. Sa peau, d'ailleurs parfaitement unie, approchait fort de la teinte du cuivre. Ses yeux étaient obliques, mais admirablement fendus ; ses lèvres un peu fortes, mais bien dessinées et laissant voir des dents plus blanches que des amandes sans leur peau. Ses cheveux, peut-être un peu gros, étaient noirs, à reflets bleus comme l'aile d'un corbeau, longs et luisants.

– Carmen

On ne s'ennuyait pas auprès de cette fille-là, je vous en réponds. Le soir vint, et j'entendis les tambours qui battaient la retraite. - Il faut que j'aille au quartier pour l'appel, lui dis-je. - Au quartier? dit-elle d'un air de mépris; tu es donc un nègre, pour te laisser mener à la baguette? Tu es un vrai canari, d'habit et de caractère. Va, tu as un cœur de poulet. (...)Elle disait vrai. ]'aurais été sage de ne plus penser à elle; mais, depuis cette journée dans la rue du Candilejo, je ne pouvais plus songer à autre chose. Je me promenais tout le jour, espérant la rencontrer. J'en demandais des nouvelles à la vieille et au marchand de friture. L'un et l'autre répondaient qu'elle était partie pour Lalorol, c'est ainsi qu'ils appellent le Portugal. Probablement c'était d'après les instructions de Carmen qu'ils parlaient de la sorte, mais je ne tardai pas à savoir qu'ils mentaient. (...)A présent (dit-elle), je n'aime plus rien, et je me hais pour t'avoir aimé. Je me jetai à ses pieds, je lui pris les mains, je les arrosai de mes larmes. Je lui rappelai tous les moments de bonheur que nous avions passés ensemble. Je lui offris de rester brigand pour lui plaire. Tout, monsieur, tout; je lui offris tout, pourvu qu'elle voulût m'aimer encore! Elle me dit : - T'aimer encore, c'ešt impossible. Vivre avec toi, je ne le veux pas. La fureur me possédait. Je tirai mon couteau. ]'aurais voulu qu'elle eût peur et me demandât grâce, mais cette femme était un démon. - Pour la dernière fois, m'écriai-je, veux-tu rester avec moi ! - Nonl non! nonl dit-elle en frappant du pied. Et elle tira de son doigt une bague que je lui avais donnée, et la jeta dans les broussailles.Je la frappai deux fois. (...)L'ermite était un saint homme. Il a prié pour elle ! Il a dit une messe pour son âme... Pauvre enfant! Ce sont les Calé qui sont coupables pour l'avoir élevée ainsi.

– Carmen

Nous passâmes ensemble toute la journée mangeant, buvant, et le reste. Quand elle eut mangé des bonbons comme un enfant de six ans, elle en fourra des poignées dans la jarre d'eau de la vieille. "C'est pour lui faire du sorbet", disait-elle. Elle écrasait des yemas en les lançant contre la muraille. "C'est pour que les mouches nous laissent tranquilles", disait-elle... il n'y a pas de tour ni de bêtises qu'elle ne fit. Je lui dis que je voudrais la voir danser; mais où trouver des castagnettes? Aussitôt elle prend la seule assiette de la vieille, la casse en morceaux, et la voilà qui danse la romalis en faisant claquer les morceaux de faïence aussi bien que si elle avait eu des castagnettes d'ébène ou d'ivoire. On ne s'ennuyait pas auprès de cette fille-là, je vous en réponds.

– Carmen

En Espagne, un cigare donné et reçu établit des relations d' hospitalité, comme en Orient le partage du pain et du sel.

– Carmen

Rivière qui fait du bruit a de l'eau ou des cailloux.

– Carmen

Jamais, à ce que j'imagine, reprit Préciosa, la jalousie ne laisse l'entendement assez libre pour qu'il puisse juger les choses comme elles sont. La jalousie regarde toujours avec des lunettes d'approche, qui font les petites choses grandes, les nains des géants et les soupçons des vérités.

– Carmen

je vis qu'elle était petite, jeune, bien faite, et qu'elle avait de très grands yeux. Je jetai mon cigare aussitôt. Elle comprit cette attention d'une politesse toute française, et se hâta de me dire qu'elle aimait beaucoup l'odeur du tabac, et que même elle fumait, quand elle trouvait des papelitos bien doux. Par bonheur, j'en avais de tels dans mon étui, et je m'empressai de lui en offrir.

– Carmen

Bon ! me dis-je ; la semaine passée, j'ai soupé avec un voleur de grand chemin, allons aujourd'hui prendre des glaces avec une servante du diable. En voyage, il faut tout voir.

– Carmen

Un soir, à l'heure où l'on ne voit plus rien, je fumais, appuyé sur le parapet du quai, lorsqu'une femme, remontant l'escalier qui conduit à la rivière, vint s'asseoir près de moi. Elle avait dans les cheveux un gros bouquet de jasmin, dont les pétales exhalent le soir une odeur enivrante. Elle était simplement, peut-être pauvrement vêtue, tout en noir, comme la plupart des grisettes dans la soirée. Les femmes comme il faut ne portent le noir que le matin ; le soir, elles s'habillent a la francesa. En arrivant auprès de moi, ma baigneuse laissa glisser sur les épaules la mantille qui lui couvrait la tête, et, à l'obscure clarté qui tombe des étoiles, je vis qu'elle était petite, jeune, bien faite, et qu'elle avait de très grands yeux. Je jetai mon cigare aussitôt. Elle comprit cette attention d'une politesse toute française, et se hâta de me dire qu'elle aimait beaucoup l'odeur du tabac, et que même elle fumait, quand elle trouvait des papelitos bien doux. Par bonheur, j'en avais de tels dans mon étui, et je m'empressai de lui en offrir. Elle daigna en prendre un, et l'alluma à un bout de corde enflammé qu'un enfant nous apporta moyennant un sou. Mêlant nos fumées, nous causâmes si longtemps, la belle baigneuse et moi, que nous nous trouvâmes presque seuls sur le quai.Chap. II

– Carmen

Quelle odieuse chose, me disais-je, qu'un mariage de convenance !

– La Vénus d'Ille

Debout près de la margelle du puits, le sorcier tenait la main gauche sur la tête de la petite fille, de la droite il faisait des gestes étranges pendant qu'il prononçait une espèce d'incantation au milieu du recueillement général.De temps en temps, il élevait la voix comme s'il appelait quelqu'un: "Djoûmane! Djoûmane!" criait-il; mais personne ne venait. Cependant, il roulait les yeux, grinçait des dents, et faisait entendre des cris rauques qui ne semblaient pas sortir d'une poitrine humaine.("Djoûmane")

– La Vénus d'Ille

Enfin, il en vint à me parler de sa future, par la transition d'une jument grise qu'il lui destinait.-- Nous la verrons aujourd'hui, dit-il. Je ne sais si vous la trouverez jolie. Vous êtes difficile, à Paris; mais tout le monde, ici et à Perpignan, la trouve charmante. Le bon, c'est qu'elle est fort riche. Sa tante de Prades lui a laissé son bien. Oh! je vais être fort heureux.Je fus profondément choqué de voir un jeune homme paraître plus touché de la dot que des beaux yeux de sa future.("La Vénus d'Ille")

– La Vénus d'Ille

Voilà donc qu'en travaillant, Jean Coll, qui y allait de tout son cœur, il donne un coup de pioche, et j'entends bimm... comme s'il avait tapé une cloche. -- Qu'est-ce que c'est? que je dis. Nous piochons toujours, nous piochons, et voilà qu'il paraît une main noire, qui semblait la main d'un mort qui sortait de terre.("La Vénus d'Ille")

– La Vénus d'Ille

-- Si votre seigneurie l'a vu, alors cela est vrai, répondit Vicente; mais si elle ne l'a pas vu, je dirai toujours qu'il est impossible que des sorcières montent à califourchon sur un balai; car il est impossible que, dans un balai, il n'y ait pas quelques brins qui se croisent, et alors voilà une croix faite; et alors comment voulez-vous que des sorcières puissent s'en servir?("Les sorcières espagnoles")

– La Vénus d'Ille

Quelle odieuse chose, me disais-je, qu'un mariage de convenance ! Un maire revêt une écharpe tricolore, un curé une étole, et voilà la plus honnête fille du monde livrée au Minotaure !("La Vénus d'Ille")

– La Vénus d'Ille

Les idées qui bouleversent le monde marchent à pas de colombes.

– Colomba / Mateo Falcone

On ne trouve pas de colombe dans un nid de corbeaux.

– Colomba / Mateo Falcone

J' ajouterai respectueusement , mais avec fermeté , que , s' il est mal de laisser mourir un Anglais à côté de soi , il n' est pas louable de lui sacrifier une femme qui dort la tête sur votre épaule .

– La chambre bleue

Un jeune homme se promenait d' un air agité dans le vestibule d' un chemin de fer. Il avait des lunettes bleues , et , quoi qu ' il ne fût pas enrhumé , il por- -tait sans cesse son mouchoir au nez . De la main gauche , il tenait un petit sac noir qui contenait , comme je l' ai appris plus tard , une robe de chambre de soie et un pantalon turc .

– La chambre bleue

Il y a à N*** un petit hôtel assez propret , où l' on ne s' arrête guère que le samedi soir . On prétend que les chambres sont bonnes .Le maître et les gens ne sont pas curieux , n' étant pas assez éloignés de Paris pour avoir ce vice provincial .

– La chambre bleue

...il faut avoir de l'humanité, et laisser à un Nègre au moins cinq pieds de longueur et deux en largeur pour s'ébattre pendant une traversée de six semaines et plus: "Car enfin, disait Ledoux à son armateur pour justifier cette mesure libérale, les Nègres, après tout, sont des hommes comme les Blancs."

– Tamango

L'eau−de−vie restait. Au moins elle fait oublier et la mer, et l'esclavage, et la mort prochaine

– Tamango

Le rimbecco ! dit Orso ; mais c'est faire la plus mortelle injure à un Corse : c'est lui reprocher de ne pas s'être vengé. Qui vous a parlé de rimbecco ?

– Tamango

L'interprète expliqua ce qu'était ce terrible Mama-Jumbo, dont le nom seul produisait tant d'horreur “ C'est le Croque-mitaine des Nègres, dit-il.

– Tamango

Allons, coquines, dites-nous si vous avez été sages ; si vous mentez, Mama-Jumbo est là pour vous manger toutes crues.

– Tamango

Les Noirs possèdent la Terre, et les Blanc vivent sur les vaisseaux.

– Tamango

(...) Il voulut que les entreponts, étroits et rentrés, n'eussent que trois pieds quatre pouces de haut, prétendant que cette dimension permettait aux esclaves de taille raisonnable d'être commodément assis; et quel besoin ont-ils de se lever?"Arrivés aux colonies, disait Ledoux, ils ne resteront que trop sur leurs pieds!"Les Noirs, le dos appuyé aux bordages du navire, et disposés sur deux lignes parallèles, laissaient entre leurs pieds un espace vide, qui, dans tous les autres négriers, ne sert qu'à la circulation. Ledoux imagina de placer dans cet intervalle d'autres Nègres, couchés perpendiculairement aux premiers. De la sorte, son navire contenait une dizaine de Nègres de plus qu'un autre du même tonnage. A la rigueur, on aurait pu en placer davantage; mais il faut avoir de l'humanité, et laisser à un Nègre au moins cinq pieds en longueur et deux en largeur pour s'ébattre pendant une traversée de six semaines et plus : "Car enfin, disait Ledoux à son armateur pour justifier cette mesure libérale, les Nègres, après tout, sont des hommes comme les Blancs."

– Tamango

Le capitaine Ledoux était un bon marin. Il avait commencé par être simple matelot, puis il devint aide-timonier. Au combat de Trafalgar, il eut la main gauche fracassée par un éclat de bois; il fut amputé, et congédié ensuite avec de bons certificats. Le repos ne lui convenait guère, et, l'occasion de se rembarquer se présentant, il servit, en qualité de second lieutenant, à bord d'un corsaire. L'argent qu'il retira de quelques prises lui permit d'acheter des livres et d'étudier la théorie de la navigation, dont il connaissait déjà parfaitement la pratique. Avec le temps, il devint capitaine d'un lougre corsaire de trois canons et de soixante hommes d'équipage, et les caboteurs de Jersey conservent encore le souvenir de ses exploits. La paix le désola; il avait amassé pendant la guerre une petite fortune, qu'il espérait augmenter aux dépens des Anglais. Force lui fut d'offrir ses services à de pacifiques négociants; et, comme il était connu pour un homme de résolution et d'expérience, on lui confia facilement un navire. Quand la traite des nègres fut défendue, et que, pour s'y livrer, il fallut non seulement tromper la vigilance des douaniers français, ce qui n'était pas très difficile, mais encore, et c'était le plus hasardeux, échapper aux croiseurs anglais, le capitaine Ledoux devint un homme précieux pour les trafiquants de bois d'ébène.

– Tamango

La personne qui était dans le lit, à côté d'elle, se leva sur son séant et parut étendre les bras en avant. Elle tourna la tête alors... et vit, dit-elle, son mari à genoux auprès du lit, la tête à la hauteur de l'oreiller, entre les bras d'une espèce de géant verdâtre qui l'étreignait avec force. Elle dit, et m'a répété vingt fois, pauvre femme ! ... elle dit qu'elle a reconnu... devinez-vous ? La Vénus de bronze, la statue de M. de Peyrehorade... Depuis qu'elle est dans le pays, tout le monde en rêve. Mais je reprends le récit de la malheureuse folle. A ce spectacle, elle perdit connaissance, et probablement depuis quelques instants elle avait perdu la raison. Elle ne peut en aucune façon dire combien de temps elle demeura évanouie. Revenue à elle, elle revit le fantôme, ou la statue, comme elle dit toujours, immobile, les jambes et le bas du corps dans le lit, le buste et les bras étendus en avant, et entre ses bras son mari, sans mouvement.

– La Vénus d'Ille

L'énergie,même dans les mauvaises passions excite toujours en vous un étonnement et une espèce d'admiration involontaire.

– La Vénus d'Ille

Il me montrait le socle de la statue, et j'y lus ces mots : CAVE AMANTEM. « Quid dicis, doctissime ? me demanda-t-il en se frottant les mains. Voyons si nous nous rencontrerons sur le sens de ce cave amantem !– Mais, répondis-je, il y a deux sens. On peut traduire : « Prends garde à celui qui t'aime, défie-toi des amants. » Mais, dans ce sens, je ne sais si cave amantem serait d'une bonne latinité. En voyant l'expression diabolique de la dame, je croirais plutôt que l'artiste a voulu mettre en garde le spectateur contre cette terrible beauté. Je traduirais donc : « Prends garde à toi si elle t'aime. »

– La Vénus d'Ille

Oh ! Madame Alphonse s'arrangera comme elle voudra. Je crois qu'elle sera toujours contente de l'avoir. Douze cents francs au doigt c'est agréable.Page 33

– La Vénus d'Ille

Toutes les scènes de la journée se représentaient à mon esprit. Je pensais à cette jeune fille si belle et si pure abandonnée à un ivrogne brutal. Quelle odieuse chose, me disais-je qu'un mariage de convenance ! Un maire revêt une écharpe tricolore, un curé une étole, et voilà la plus honnête fille du monde livrée au Minotaure ! Deux êtres qui ne s'aiment pas, que peuvent-ils se dire dans un pareil moment, que deux amants achèteraient au prix de leur existence ? Une femme peut-elle jamais aimer un homme qu'elle aura vu grossier une fois ? Les premières impressions ne s'effacent pas, et j'en suis sûr ce M. Alphonse méritera bien d'être haï…

– La Vénus d'Ille

Je me couchai ; mais le sommeil fut long à venir. Toutes les scènes de la journée se représentaient à mon esprit. Je pensais à cette jeune fille si belle et si pure abandonnée à un ivrogne brutal. Quelle odieuse chose, me disais-je, qu'un mariage de convenance ! Un maire revêt une écharpe tricolore, un curé une étole, et voilà la plus honnête fille du monde livrée au Minotaure ! Deux êtres qui ne s'aiment pas, que peuvent-ils se dire dans un pareil moment, que deux amants achèteraient au prix de leur existence ? Une femme peut-elle jamais aimer un homme qu'elle aura vu grossier une fois ? Les premières impressions ne s'effacent pas, et j'en suis sûr ce M. Alphonse méritera bien d'être haï…

– La Vénus d'Ille

il y a dans son expression quelque chose de féroce, et pourtant je n'ai jamais vu rien de si beau.

– La Vénus d'Ille

Sa femme, un peu trop grasse, comme la plupart des Catalanes lorsqu'elles ont passé quarante ans, me parut une provinciale renforcée, uniquement occupée des soins de son ménage. Bien que le souper fût suffisant pour six personnes au moins, elle courut à la cuisine, fit tuer des pigeons, frire des miliasses, ouvrit je ne sais combien de pots de confitures. En un instant la table fut encombrée de plats et de bouteilles, et je serais certainement mort d'indigestion si j'avais goûté seulement à tout ce qu'on m'offrait. Cependant, à chaque plat que je refusais, c'étaient de nouvelles excuses. On craignait que je ne me trouvasse bien mal à Ille. Dans la province on a peu de ressources, et les Parisiens sont si difficiles !

– La Vénus d'Ille

La chevelure, relevée sur le front, paraissait avoir été dorée autrefois. La tête, petite comme celle de presque toutes les statues grecques, était légèrement inclinée en avant. Quant à la figure, jamais je ne parviendrai à exprimer son caractère étrange, et dont le type ne se rapprochait de celui d'aucune statue antique dont il me souvienne. Ce n'était point cette beauté calme et sévère des sculpteurs grecs, qui, par système, donnaient à tous les traits une majestueuse immobilité. Ici, au contraire, j'observais avec surprise l'intention marquée de l'artiste de rendre la malice arrivant jusqu'à la méchanceté. Tous les traits étaient contractés légèrement : les yeux un peu obliques, la bouche relevée des coins, les narines quelque peu gonflées. Dédain, ironie, cruauté, se lisaient sur ce visage d'une incroyable beauté cependant.

– La Vénus d'Ille

"Vous avez là une belle épée, mon camarade, dit don Garcia. - Vous devez être reposé maintenant. - La nuit est venue, promenons-nous un peu; et quand les honnêtes gens de cette ville seront chez eux, nous irons, s'il vous plaît, donner une sérénade à nos divinités."

– Les Ames du purgatoire

Cicéron dit quelque part, c'est, je crois dans son traité De la nature des dieux, qu'il y a eu plusieurs Jupiters, -Un Jupiter en Crète, - un autre à Olympie, - un autre ailleurs ;- si bien qu'il n'y a pas une ville de Grèce un peu célèbre qui n'ait eu son Jupiter à elle. De tous ces Jupiters on en a fait un seul à qui l'ont a attribué toutes les aventures de chacun de ses homonymes. C'est ce qui explique la prodigieuse quantité de bonnes fortunes qu'on prête à ce dieu.

– Les Ames du purgatoire

- C'était un blasphème abominable! s'écria don Juan, scandalisé au dernier point.- Peu après l'enfant guérit..., et cet enfant..., c'est don Garcia!- Si bien que don Garcia a le diable au corps depuis ce temps-là, dit en éclatant de rire don Garcia, qui se montra au même instant et qui paraissait avoir écouté cette conversation caché derrière un pilier voisin. - En vérité, Périco, dit-il d'un ton froid et méprisant à l'étudiant stupéfait, si vous n'étiez pas un poltron, je vous ferais repentir de l'audace que vous avez eue de parler de moi. - Seigneur don Juan, poursuivit-il en s'adressant à Marana, quand vous nous connaîtrez mieux, vous ne perdrez pas votre temps à écouter ce bavard. Et tenez, pour vous prouver que je ne suis pas un méchant diable, faites-moi l'honneur de m'accompagner de ce pas à l'église Saint-Pierre; lorsque nous y aurons fait nos dévotions, je vous demanderai la permission de vous faire faire un mauvais dîner avec quelques camarades."

– Les Ames du purgatoire

En ce moment l'horloge de l'église sonna un coup : c'était l'heure fixée pour l'enlèvement de Teresa."Le temps est venu! s'écria une voix qui partait d'un angle obscur de l'église, le temps est venu! est-il à nous?"Don Juan tourna la tête et vit une apparition horrible. Don Garcia, pâle et sanglant, s'avançait avec le capitaine Gomare, dont les traits étaient encore agités d'horribles convulsions. Ils se dirigèrent tous deux vers la bière, et don Garcia, en jetant le couvercle à terre avec violence, répéta : "Est-il à nous?" En même temps un serpent gigantesque s'éleva derrière lui, et, le dépassant de plusieurs pieds, semblait prêt à s'élancer dans la bière... Don Juan s'écria : "Jésus!" et tomba évanoui sur le pavé.

– Les Ames du purgatoire

Jusqu'à présent tu n'as vécu qu'avec des enfants ; tu vas maintenant vivre avec des hommes. Souviens-toi que le bien le plus précieux d'un gentilhomme, c'est son honneur ; et ton honneur, c'est celui des Maraña. Périsse le dernier rejeton de notre maison plutôt qu'une tâche soit faite à son honneur ! Prends cette épée ; elle te défendra si l'on t'attaque. Ne sois jamais le premier à la tirer ; mais rappelle-toi que tes ancêtres n'ont jamais remis la leur dans le fourreau que lorsqu'ils étaient vainqueurs et vengés.

– Les Ames du purgatoire

Cicéron dit quelque part, c'est, je crois, dans son traité De la nature des dieux, qu'il y a eu plusieurs Jupiters, — un Jupiter en Crète, — un autre à Olympie,— un autre ailleurs ; — si bien qu'il n'y a pas une ville de Grèce un peu célèbre qui n'ait eu son Jupiter à elle. De tous ces Jupiters on en a fait un seul à qui l'on a attribué toutes les aventures de chacun de ses homonymes. C'est ce qui explique la prodigieuse quantité de bonnes fortunes qu'on prête à ce dieu

– Les Ames du purgatoire

Cicéron dit quelque part, c'est, je crois, dans son traité De la nature des dieux, qu'il y a eu plusieurs Jupiters, - un Jupiter en Crète, - un autre à Olympie, - un autre ailleurs; - si bien qu'il n'y a pas une ville de Grèce un peu célèbre qui n'ait eu son Jupiter à elle. De tous ce Jupiters on en a fait un seul à qui l'on a attribué toutes les aventures de chacun de ses homonymes. C'est ce qui explique la prodigieuse quantité de bonnes fortunes qu'on prête à ce dieu.La même confusion est arrivée à l'égard de don Juan, personnage qui approche de bien près de la célébrité de Jupiter. Séville seule a possédé plusieurs don Juans; mainte autre ville cite le sien. Chacun avait autrefois sa légende séparée. Avec le temps, toutes se sont fondues en une seule.

– Les Ames du purgatoire

Il ne faut jamais faire que les sottises qui nous plaisent.

Je n'aime de l'histoire que les anecdotes.

La plupart des femmes du monde sont malades parce qu'elles sont riches.

Je n’ai rien compris aux quatrièmes de couverture, c’est pour ça que je lis.

Défiez-vous de votre optimisme, et figurez-vous bien que nous ne sommes dans ce monde pour nous battre envers et contre tous.

Comme tous les hommes, il était beaucoup plus éloquent pour demander que pour remercier.

Nos parents et nos maîtres sont nos ennemis naturels quand nous entrons dans le monde.

Il suffit de dire à une femme laide qu'elle est belle, elle ne deviendra peut-être pas belle, mais elle deviendra jolie.

Les lois ne font pas les nations, elles sont l'expression de leur caractère.

Ni les hommes d'Etat, ni les acteurs ne se retirent à temps.

D'où vient que dans les basses classes la femme est si supérieure à l'homme ?

Pourquoi dans toutes les classes les femmes s'amourachent-elles des plus stupides animaux ?

Tout gros mensonge a besoin d'un détail bien circonstancié, moyennant quoi il passe.

Il n'y a rien de plus odieux pour une femme que ces caresses qu'il est presque aussi ridicule de refuser que d'accepter.

Les historiens arrivent à tirer plusieurs volumes d'un personnage dont on ne sait pas grand-chose. C'est une manière de contempler l'univers dans une bulle de savon.

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