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Pier Paolo Pasolini

Livres de Pier Paolo Pasolini

Citations de Pier Paolo Pasolini (73)

Les ponts sont au nombre de vingt et un et, comme le Tibre, tel un long serpent traversant tout Rome, on aura vingt et un coeurs, vingt et un centres, vingt et une strophes, dans lesquelles décrire les différents aspects de la ville où la vie est si complexe, où les niveaux sociaux ont une stratification d'anarchie et de proxilité, où tout devient grandiose, baroque, misérable ou riche, solaire.

– Nouvelles romaines/Racconti romani

Il est vrai que les puissants ont été dépassés par la réalité, avec leur pouvoir clérical-fasciste qui leur colle à la peau comme un masque ridicule ; mais les représentants de l'opposition ont été dépassés eux aussi par la réalité, avec sur leur peau, comme un masque ridicule, leur progressisme et leur tolérance.Une nouvelle forme de pouvoir économique a réalisé à travers le développement une sorte fictive de progrès et de tolérance. Les jeunes qui sont nés et se sont formés pendant cette époque de faux progressisme et de fausse tolérance sont en train de payer de la manière la plus atroce cette falsification (le cynisme du nouveau pouvoir qui a tout détruit). Les voici autour de moi, une ironie idiote dans le regard, un air bêtement rassasié de tout, des attitudes de voyous offensifs et aphasiques - lorsqu'il ne s'agit pas d'une douleur et d'une appréhension, presque, de jeunes filles de pensionnat - avec lesquels ils vivent la réelle intolérance de ces années de tolérance.

– Lettres luthériennes / petit traité pédagogique

Les personnes les plus adorables sont celles qui ne savent pas qu'elles ont des droits. Sont adorables également les personnes qui, tout en sachant qu'elles ont des droits ne les revendiquent pas, ou y renoncent tout simplement. Sont assez sympathiques aussi les personnes qui luttent pour les droits des autres (surtout pour ceux qui ne savent pas qu'ils ont des droits).

– Lettres luthériennes / petit traité pédagogique

Celui qui se scandalise est toujours banal: j'ajoute qu'il est également toujours mal informé.

– Lettres luthériennes / petit traité pédagogique

Les personnes les plus adorables sont celles qui ne savent pas qu'elles ont des droits.Sont adorables également les personnes qui, tout en sachant qu'elles ont des droits ne les revendiquent pas, ou y renoncent tout simplement.Sont assez sympathiques aussi les personnes qui luttent pour les droits des autres (surtout pour ceux qui ne savent pas qu'ils ont des droits).

– Lettres luthériennes / petit traité pédagogique

Pour ces raisons, tu dois savoir ceci: dans les enseignements que je te donnerai, je te pousserai - il n'y a pas le moindre doute - à toutes les désacralisations possibles, au manque total de respect pour tout sentiment institué. Mais le fond de mon enseignement consistera à te convaincre de ne pas craindre la sacralité et les sentiments, dont le laïcisme de la société de consommation a privé les hommes en les transformant en automates laids et stupides, adorateurs de fétiches.

– Lettres luthériennes / petit traité pédagogique

Il y a une dizaine d'années, le sens du mot « obéissance » et celui du mot « désobéissance » étaient profondément différents. Le mot « obéissance » désignait encore cet horrible sentiment qu'elle avait été durant des siècles de contre-réforme, de cléricalisme, de moralisme petit-bourgeois, de fascisme, alors que le mot « désobéissance » désignait encore ce merveilleux sentiment qui incitait à se révolter contre tout cela.Cela, contre toute logique ce que nous appelons historique, a été balayé non par la rébellion des « désobéissants », mais par une volonté nouvelle des « obéissants » (j'insiste : la première véritable et grande révolution de droite). Contre-réforme, cléricalisme, moralisme petit-bourgeois, fascisme, sont des « restes » qui gênent en premier lieu le nouveau pouvoir. Est-ce contre ces « restes » que nous luttons ? Est-ce aux normes de ces restes que nous « désobéissons » ?

– Lettres luthériennes / petit traité pédagogique

Chez les jeunes, le conformisme des adultes est déjà mûr, féroce, complet. Ils savent d'une manière très subtile comment faire souffrir les jeunes du même âge, et ils le font bien mieux que les adultes, parce que leur volonté de faire souffrir est gratuite : c'est une violence à l'état pur. Leur découverte de cette volonté est la découverte d'un droit. Leur pression pédagogique sur toi ne connaît ni la persuasion, ni la compréhension, ni aucune forme de pitié ou d'humanité. C'est seulement au moment où tes camarades deviennent tes amis qu'ils découvrent sans doute la persuasion, la compréhension, la pitié, l'humanité ; mais les amis ne sont tout au plus que quatre ou cinq. Les autres sont des loups et ils t'utilisent comme un cobaye servant à exprimer leur violence, et vis-à-vis duquel ils peuvent vérifier la validité de leur conformisme.

– Lettres luthériennes / petit traité pédagogique

Je suis comme un Noir dans une société raciste qui a voulu se gratifier d'un esprit de tolérance. Autrement dit, je suis un "toléré". La tolérance, sache-le bien, est toujours purement nominale. Je ne connais pas un seul exemple ni un seul cas de tolérance réelle. Parce qu'une "tolérance réelle" serait une contradiction dans les termes. Le fait de "tolérer" quelqu'un revient à le "condamner". La tolérance est même une forme plus raffinée de condamnation. On dit en effet à celui que l'on "tolère" - mettons, au Noir que nous avons pris comme exemple - qu'il peut faire ce qu'il veut, qu'il a pleinement le droit de suivre sa nature, que son appartenance à une minorité n'est pas un signe d'infériorité, etc. Mais sa "différence" - ou plutôt sa "faute d'être différent" - reste la même aux yeux de celui qui a décidé de le tolérer et de celui qui a décidé de la condamner.

– Lettres luthériennes / petit traité pédagogique

L'écroulement du passé implique celui du présent. La vie est un amas de ruines insignifiantes et ironiques.

– Lettres luthériennes / petit traité pédagogique

Il n'est pas facile de t'aider dans la lutte que tu mènes - toi qui est complexé et faible - contre tous les autres, qui sont forts parce que individuellement ce sont des champions de la majorité.

– Lettres luthériennes / petit traité pédagogique

Les biens superflus rendent la vie superflue.

Le théâtre doit être ce que le théâtre n'est pas.

La vérité n’est pas dans un seul rêve, mais dans beaucoup de rêves.

L'histoire c'est la passion des fils qui voudraient comprendre les pères.

Pécher n'est pas faire le mal. Le vrai péché, c'est de ne pas faire le bien.

Il n’est point dessein de bourreau qui ne lui soit suggéré par le regard de la victime.

La mort, ce n’est pas plus communiquer, c’est ne plus être compris.

Comme le peu de sperme que nous nous sommes verséDans nos premières rencontres lointaines -Ce peu de sperme, signe d'une nouvelle existence -Qui salissait les couvertures ou les mains -Ainsi as-tu vu mes larmes... Les plus tristes,Cependant, comme ce sperme, dont ne resteRien - larmes de qui ne peut plus résisterA son irréparable destin humain -Je les ai versées ce matin-là, à Londres,Un matin déjà perdu dans les siècles, où un peu de liquide humainReste comme une trace misérable,Qui vient d'on ne sait où et bientôtSe perd,

– Sonnets

Je suis une loque, qui devraRetrouver son orgueil, d'une manière ou d'une autre :Mais il n'y a pas au monde d'indifférence ou de pitiéQui puissent vous faire oublier comment le nœud(juste) à la gorge a fondu (à mon âge)En pleurs. On dit qu'on détesteCelui à qui on fait du mal. Cela vaudraPeut-être aussi pour vous

– Sonnets

C'est ce qui bénit un lien affectifQui le rend humain et qui lui concède une reconnaissance :Le nôtre nous ne nous le sommes jamais ditParce qu'il n'a pas de nom. Ainsi l'angoisseDe sa fin n'a de sens que pour moi-même.

– Sonnets

Comme hier j'ai travaillé toute la journée,Avec joie, sans un moment de pause,Est restée en moi latente l'idée du retourDu mal incurable que votreConduite me cause, certes sans commettre de faute.Mais quant à la nuit, elle dispose bien différemmentDe mon sort ... Eh bien, je vous informeQue vous vous êtes vengé - que votre innocenceQui me consume le reconnaisse ou pas. Pendant toute la nuit, vous êtes restéIci, à m'interdire de venir dans je ne sais quelle ville.Et je pleurais, je pleurais avec l'alacritéAvec laquelle jaillit l'eau d'un robinet laisséOuvert, hors d'un tuyau sale et rouillé.

– Sonnets

Le maître peut pleurer…Le maître peut pleurer ; son serviteurS'en est allé ; on ne peut ni le joindreNi le punir ni l'émouvoir. Il n'est pas orgueilleuxDe sa liberté ; il ajoute mêmeÀ la douleur la tendresse de sa peurAcide et impuissante qui parfois le pique.Les maîtres sont ceux qui conservent ;Ils conservent donc avec les dents et avec les onglesLeur douleur aussi. Elle devientUn bien, et la mort même qui peut la dissiperA quelque chose qui a une valeur sociale.Le jugement auquel il s'en tient, en devenant fou,Est celui d'autrefois : il lui donne un amour aveugle  pour la poussièrePuisque, comme toi, elle ne ressemble ni au bien ni  au mal.//Rome, 10 mars 1972

– Sonnets

La chose la plus importante de ma vie a été ma mère- à laquelle s'est ajouté maintenant seulement Ninetto.

– Qui je suis

Quant à la poésie, j'ai commencé à sept ans : mais je n'étais précoce que par la volonté.J'ai été un "poète de sept ans"- comme Rimbaud - mais seulement dans la vie.

– Qui je suis

Je suis quelqu'unqui est né dans une ville pleine de portiques en 1922.J'ai donc quarante-quatre ans, que je porte bien (et même hier, deux ou trois soldats, dans un bosquet à putains, m'en ont donné vingt-quatre - pauvres garçons qui ont pris un enfantpour quelqu'un de leur âge) ;mon père est mort en 59,ma mère est vivante.Je pleure encore, chaque fois que j'y pense, sur mon frère Guido, partisan tué par d'autres partisans, communistes (il était du parti d'Action ;c'était moi qui le lui avais conseillé ; lui avait commencé la Résistance comme communiste),sur les montagnes, maudites, d'une frontière déboisée avec de petites collines griseset des Préalpes désolées.

– Qui je suis

Nel '42 in una città dove il mio paese è cosi se stessoda sembrare un paese di sogno, con la grande poesia dell'impoeticità,formicolante di gente contadina e piccole industrie,molto benessere,buon vino, buona tavola,gente educata e grossolana, un po' volgare ma sensibile,in questa città ho pubblicato il primo libricino di versicol titolo allora conformista di Poesie a Casarsa.[...]Era scritto in dialetto friulano!Il dialetto di mia madre!"La chose la plus importante de ma vie a été ma mère*- à laquelle s'est ajouté maintenant seulement Ninetto.En 42, dans une ville où mon pays est tant lui-mêmequ'il me semble un pays de rêve,avec la grande poésie du non-poétique,fourmillant de paysans et de petites industries,beaucoup de bien-être,bon vin, bonne chère,gens polis et rustres, un peu vulgairesmais sensibles,dans cette ville, j'ai publié mon premier petit recueil de vers,sous le titre, alors confirmiste,de Poésies à Casarsa.[...][Il] était écrit en dialecte frioulan ! Le dialecte de ma mère !

– Qui je suis

La cosa più importante della mia vita è stata mia madre.- Le si è raggiunto solo ora Ninetto -

– Qui je suis

Je vois aujourd'hui à quel point la figure du Christ est révolutionnaire. Croire acte un mouvement de résistance. "Ne vous conformez pas à ce siècle" : cette parole du Christ, justement Pasolini l'a sentie trahie par l'Eglise. Alors qu'il voit en elle un moyen de résister au pouvoir de la société de consommation, il la découvre assimilée à cette nouvelle force. Dans les articles qu'il rédige rageusement à la fin de sa vie, Pasolini se désole de l'Eglise infidèle à ses saints. Elle aurait pu être l'étendard de la résistance au consumérisme.(...)Dans le silence de mon coeur allié à celui de Santa Barbara, je souris en pensant à tous ces bouffeurs de curés d'aujourd'hui. A leur combat dépassé, à ces snipers d'ambulances. Il n'y a pas d'acte plus révolutionnaire que de croire en Dieu. Et pourtant, à 23 ans en 2015, que de concessions nous faisons avec notre âme... Nous la "volons", pour reprendre le terme de Pasolini dans son poème. pp. 102-104

– La longue route de sable

La joie qui domine sa vie. Dans "Pasolini l'enragé", il raconte ainsi : " Depuis l'enfance, dès mes premiers poèmes du Frioul, jusqu'à la dernière poésie que j'ai écrite, j'ai utilisé une expression de la poésie provençale : "Ab joy". Le rossignol chante "ab joy" - de joie. Mais "joy" en provençal avait un sens particulier d'extase, d'euphorie, d'ivresse poétique. Cette expression est peut-être la clé de toute ma production... "p. 184

– La longue route de sable

Bon, pour le moment, toi, tu es un dieu pour nous parce que tu n'es pas d'ici. Mettons que tu restes quatre ou cinq jours, alors tu ne seras plus rien.Page 69

– La longue route de sable

Livourne est une ville de gens durs, peu expansifs: une grande finesse d'esprit hébraïque, de bonnes manières toscanes, une insouciance à l'américaine. Garçons et filles sont toujours ensemble. Il n'y a pas de problème de sexe; simplement une grande envie de faire l'amour. La plupart des visages que je vois sont modestes, joyeux, farceurs et honnêtes. Sur ces longues promenades de bord de mer, toutes désordonnées et grandioses, il y a toujours un air de fête, comme dans le Sud: mais c'est une fête pleine de respect pour la fête des autres.

– La longue route de sable

La victoire de Kapitonov. Tout le reste est dépassé, fade. Il y a quelque chose de physique dans la présence invisible de cette victoire, rendue plus évidente encore par la modestie totale et véritable de Kapitonov. Moi, d'ailleurs, c'est la première fois que j'approche un athlète des jeux Olympiques, et cette situation a son charme. Je découvre une histoire d'une simplicité stupéfiante. D'après le peu que je sais, la vie des Russes a toujours cette simplicité: elle est toujours typique et très semblable aux autres. Ce qui est stupéfiant, c'est que cela ne l'appauvrit pas du tout, ne la rend pas grise et anonyme. Au contraire, tous les jeunes Russes que j'ai connus ont des trésors d'idéaux et de projets. Je reconnais toujours en eux les grands personnages si intenses et si originaux des romans de leur XIXe siècle. Ils ont, au fond d'eux-mêmes, quelque chose qui les rend toujours tendus et émus. Seul le désordre engourdit et humilie la passion: l'ordre la libère.

– Les terrains

Une bonne partie de l'antifascisme d'aujourd'hui, ou du moins ce qu'on appelle antifascisme, est soit naïf et stupide soit prétextuel et de mauvaise foi. En effet elle combat, ou fait semblant de combattre, un phénomène mort et enterré, archéologique qui ne peut plus faire peur à personne. C'est en sorte un antifascisme de tout confort et de tout repos. Je suis profondément convaincu que le vrai fascisme est ce que les sociologues ont trop gentiment nommé la société de consommation, définition qui paraît inoffensive et purement indicative. Il n'en est rien. Si l'on observe bien la réalité, et surtout si l'on sait lire dans les objets, le paysage, l'urbanisme et surtout les hommes, on voit que les résultats de cette insouciante société de consommation sont eux-mêmes les résultats d'une dictature, d'un fascisme pur et simple.

– Ecrits corsaires

La fièvre de la consommation est une fièvre d'obéissance à un ordre non énoncé. Chacun, en Italie, ressent l'anxiété, dégradante, d'être comme les autres dans l'acte de consommer, d'être heureux, d'être libre, parce que tel est l'ordre que chacun a inconsciemment reçu et auquel il "doit" obéir s'il se sent différent.

– Ecrits corsaires

Nul doute que la télévision soit autoritaire et répressive comme jamais aucun moyen d'information ne l'a été. Le journal fasciste et les inscriptions de slogans mussoliniens sur les fermes font rire à coté.

– Ecrits corsaires

Nous n'avons rien fait pour qu'il n'y ait pas de fascistes. Nous les avons seulement condamnés, en flattant notre conscience avec notre indignation; plus forte et impertinente était notre indignation, plus tranquille notre conscience. En vérité, nous avons eu une attitude fasciste envers les fascistes (je parle surtout des jeunes) : nous avons hâtivement et impitoyablement voulu croire qu'ils étaient prédestinés à être fascistes par leur race et que, face à cette détermination de leur destin, il n'y avait rien à faire. Et ne nous le dissimulons pas : nous savions tous, dans notre vraie conscience, que quand l'un de ces jeunes décidait d'être fasciste, c'était purement fortuit, ce n'était qu'un geste sans motifs et irrationnel ; un seul mot aurait peut-être suffi pour qu'il en allât différemment. Mais jamais aucun d'entre nous n'a parlé avec eux, ou ne leur a parlé. Nous les avons tout de suite acceptés comme d'inévitables représentants du Mal, tandis qu'ils n'étaient sans doute que des adolescents et adolescentes de dix-huit ans qui ne connaissaient rien à rien, et qui se sont jetés la tête la première dans cette horrible aventure par simple désespoir.Mais nous ne pouvions pas les distinguer des autres (je ne dis pas des autres extrémistes, mais de tous les autres). Voilà notre épouvantable justification.Le staretz Zossime (littérature pour littérature!) a tout de suite su distinguer, parmi ceux qui s'étaient rassemblés dans sa cellule, Dimitri Karamazov, le parricide. Alors il s'est levé de sa chaise et est allé se prosterner devant lui; il a agi ainsi (comme il devait par la suite l'expliquer au plus jeune des Karamazov) parce que Dimitri était destiné à faire la chose la plus horrible et à éprouver la douleur la plus inhumaine qui soit.Pensez (si vous en avez la force) au garçon ou aux garçons qui sont allés déposer les bombes sur la place de Brescia. Ne fallait-il pas se lever et se prosterner devant eux?

– Ecrits corsaires

Ce que l'on note avant tout, c'est une idée qui semble immédiatement aberrante à une personne normale : pour écrire quelque chose, il faut que quelqu'un possède une "autorité". Sincèrement, je ne comprend pas comment on peut avoir une telle idée en tête. J'ai toujours pensé, comme n'importe quelle personne normale, que derrière qui écrit doit se trouver la nécessité d'écrire, la liberté, l'authenticité, le risque. Penser qu'il doive y avoir quelque chose d'officiel et de social qui "fixe" l'autorité de quelqu'un est une pensée - précisément aberrante - qui est évidement due à la déformation subie par qui ne sait plus concevoir la vérité en dehors de l'autorité.Moi, je n'ai derrière moi aucune autorité, sinon celle qui me vient paradoxalement de n'en pas avoir et de ne pas en avoir voulu, et du fait que je me suis mis en situation de n'avoir rien à perdre, et donc de n'être fidèle à aucun pacte qui ne soit celui qui me lie à un lecteur que, du reste, je juge digne de la recherche la plus scandaleuse.

– Ecrits corsaires

Aucun centralisme fasciste n'est parvenu à faire ce qu'a fait le centralisme de la société de consommation. Le fascisme proposait un modèle, réactionnaire et monumental, mais qui restait lettre morte. Les différentes cultures particulières (paysannes, sous-prolétariennes, ouvrières) continuaient imperturbablement à s'identifier à leurs modèles, car la répression se limitait à obtenir leur adhésion en paroles. De nos jours, au contraire, l'adhésion aux modèles imposés par le centre est totale et inconditionnée. On renie les véritables modèles culturels. L'adjuration est accomplie. On peut donc affirmer que la "tolérance" de l'idéologie hédoniste voulue par le nouveau pouvoir est la pire des répressions de toute l'histoire humaine. Mais comment une telle répression a-t-elle pu s'exercer? A travers deux révolutions, qui ont pris place à l'intérieur de l'organisation bourgeoise : la révolution des infrastructure, et la révolution du système d'information. Les routes, la motorisation, ect., ont désormais uni les banlieues au centre, en abolissant toute distance matérielle. Mais la révolution des mass media a été encore plus radical et décisive. Au moyen de la télévision, le centre s'est assimilé tout le pays, qui était historiquement très différencié et très riche en cultures originales. Une grande oeuvre de normalisation parfaitement authentique et réelle est commencée et - comme je le disais - elle a imposé ses modèles : des modèles voulus par la nouvelle classes industrielle, qui ne se contente plus d'un "homme qui consomme" mais qui prétend par surcroît que d'autre idéologies que celle de la consommation sont inadmissibles. C'est un hédonisme néolaïque, aveuglément oublieux de toute valeur humaniste et aveuglément étranger aux sciences humaines.

– Ecrits corsaires

"le Pouvoir a décidé que nous sommes tous égaux".La fièvre de la consommation est une fièvre d'obéissance à un ordre non énoncé. Chacun, en Italie, ressent l'anxiété, dégradante, d'être comme les autres dans l'acte de consommer, d'être heureux, d'être libre, parce que tel est l'ordre que chacun a inconsciemment reçu et auquel il "doit" obéir s'il se sent différent. Jamais la différence n'a été une faute aussi effrayante qu'en cette période de tolérance. L'égalité n'a, en effet, pas été conquise, mais est, au contraire, une "fausse" égalité reçue en cadeau.

– Ecrits corsaires

Les Italiens ont accepté d'enthousiasme ce nouveau modèle que leur impose la télévision, selon les normes de la production qui crée le bien-être (ou, mieux, qui sauve de la misère). Ils l'ont accepté, ce modèle, oui, mais sont-ils vraiment en mesure de le réaliser?Non. Ou bien ils le réalisent matériellement seulement en partie et en deviennent la caricature, ou ils ne parviennent à le réaliser que d'une façon si réduite qu'ils en deviennent victimes. Frustration ou carrément désir névrotique sont désormais des états d'âme collectifs. Prenons un exemple : les sous-prolétaires, jusqu'à ces derniers temps, respectaient la culture et n'avaient pas honte de leur propre ignorance ; au contraire, ils étaient fiers de leur modèle populaire d'analphabètes appréhendant pourtant le mystère de la réalité. C'est avec un certain mépris effronté qu'ils regardaient les "fils à papa", les petits-bourgeois, dont ils se différenciaient, même quand ils étaient forcés de les servir. Aujourd'hui, au contraire, ils se mettent à avoir honte de leur ignorance : ils ont abjuré leur modèle culturel (les très jeunes ne s'en souviennent même plus, ils l'ont complètement perdu), et le nouveau modèle qu'ils cherchent à imiter ne prévoit ni l'analphabétisme, ni la grossièreté. Les jeunes sous-prolétaires - humiliés - dissimulent le nom de leur métier sur leurs cartes d'identité et lui substituent le qualificatif d'"étudiant". Bien évidement à partir du moment où ils ont commencé à avoir honte de leur ignorance, ils se sont également mis à mépriser la culture (caractéristique petite-bourgeoise, qu'ils ont immédiatement acquise par mimétisme). Dans le même temps, le jeune petit-bourgeois, dans sa volonté de s'identifier au modèle 'télévisé" - qui, comme c'est sa classe qui l'a créer et voulu, lui est essentiellement naturel - devient étrangement grossier et malheureux. Si les sous-prolétaires se sont embourgeoisés, les bourgeois se sont sous-prolétarisés. La culture qu'ils produisent, comme elle est technologique et rigoureusement pragmatique, empêche le vieil "homme" qui est encore en eux de se développer. De là vient que l'on trouve en eux une certaine déformation des facultés intellectuelles et morales.

– Ecrits corsaires

Il faut lutter avant tout contre la "fausse tolérance" du nouveau pouvoir totalitaire de la consommation, en s'en écartant avec toute l'indignation du monde! Puis, il faut imposer à l'arrière-garde, encore clérico-fasciste, de ce pouvoir toute une série de "vraies" mesures libérales concernant le coït (et donc ses effets) : anticonceptionnels, pilules, techniques amoureuses différentes, une moralité moderne de l'honneur sexuel, etc. Il suffirait que tout cela soit démocratiquement diffusé par la presse et surtout par la télévision, et le problème de l'avortement serait en fin de compte résolu ;

– Ecrits corsaires

DEUX mots reviennent fréquemment dans les conversations ; ce sont même les mots clefs des conversations. Il s'agit de "développement" et de "progrès". Deux synonymes?

– Ecrits corsaires

Mais sache bien tout de suiteque nul n'a fait de révolution avant toi ;que les peintres et les poètes dépassés et disparus,en dépit de l'air héroïque dont tu les auréoles,ne t'apportent rien, n'ont rien à t'apprendre.Jouis de tes premières expériences, naïves et têtues,dynamiteur craintif, maître des nuits sans frein,mais souviens-toi que tu n'es ici que pour être haï,pour renverser et pour tuer.

– Théorème

L'âme avait pour but le salut: mais la conscience?

– Théorème

Les premières données de cette histoire nous sont fournies, tout simplement, par l'évocation d'une vie familiale. C'est un milieu familial petit-bourgeois : au sens idéologique, bien sûr, et non au sens économique du terme.

– Théorème

Peut-être que dans les années 60, à l'époque où tout était "nouveau" (nouveau roman, nouvelle vague, nouvelle histoire...) l'écriture de Pasolini a pu passer pour révolutionnaire. Aujourd'hui, c'est complètement dépassé, artificiel, prétentieux.Quand à son obsession de la bourgeoisie, ça frise la névrose. J'ai tenu, difficilement, jusqu'à la page 77 et j'ai abandonné.

– Théorème

Elle est à son tour engloutie dans ce décor maussade et arrogant de maisons de gens riches, pour lesquels ce serait déchoir que de donner signe de vie.

– Théorème

Per essere poeti, bisogna avere molto tempo.

– Théorème

"Seul peut éduquer celui qui sait ce qu'aimer veut dire [...]."

– Les Anges distraits

"Le temps perdu ne se rattrape pas ! En fait, il vit au plus profond de nous, et seuls quelques-uns de ses fragments, anesthésiés ou embaumés par une mémoire conceptuelle et intéressée, vivent dans la conscience et forment notre autobiographie."

– Les Anges distraits

Le petit train de Scandiano fut un théâtre d'amours et de relations sociales. Je me souviens qu'au premier voyage, le premier jour de classe, mon père, qui m'avait accompagné, voulut me présenter aux autres élèves, pour me familiariser avec ce nouveau milieu. Je mourais de timidité. Je haïssais cette façon si ouverte, et presque impudique, de faire ressembler le début d'un chapitre de ma vie à celui d'un roman, écrit d'avance et socialisé.Extrait «Le train de Casarsa»

– Les Anges distraits

"Les idées peuvent nous faire vivre, c'est vrai...Mais nous vivons de sentiments, que nous gardons bien secrets."

– Les Anges distraits

Mario a une conscience de soi conventionnelle ; sa naïveté de jeune comptable le retient en deçà d'une limite qui l'emprisonnera toute sa vie. Et dans la répétition monotone des O dialectaux, il me semble l'entendre frapper, tête baissée, contre cette paroi métaphysique.Extrait "O, le piège"

– Les Anges distraits

(...) trop souvent, la foule s'ouvrait, obscure, sur des Anges dorés et ravis dans des distractions cruelles.

– Les Anges distraits

Alors les jeunes gens, gagnant toujours plus rapidement les dernières maisons du village – dosséminées parmo les vignes et les dernières tiges de maïs le long de l'allée de Gruaro -, pour ne pas s'avouer battus se mirent à chanter eux-aussi, à gorge déployée, de leurs voix qui se perdaient dans le silence des champs froids et verts : «Avanti popolo, alla riscossa, bandiera rossa, bandiera rossa...»

– Le rêve d'une chose

PEREMais tu ne sais pas que la plus grande joie des pèresC'est de voir leurs fils semblables à eux ?FILSJe le sais, on dirait que les pèresNe demandent rien d'autre à la vie.Bon, si vraiment tu veux que nous soyons semblables,Deviens, toi, comme moi !(Affabulazione)

– Theatre Bab N.177

PERE[...]Qu'est-ce que je te raconte là, mon pauvre Colique ?Ma vie ? L'histoire d'un seul père ? Ah non, comme tu l'auras compris, ce n'est pas l'histoire d'un seul père.

– Theatre Bab N.177

PEREC'est vrai que pour mon fils, moi, je suis père,Mais que pour moi-même, je suis un fils.NECROMANCIENNEEh oui, il y aura quelque grand-père quelque part.(Affabulazione)

– Theatre Bab N.177

SPECTRE DE SOPHOCLE[…]Au théâtre, le mot vit d'une double gloire,Nulle part il n'est à ce point glorifié. Pourquoi ?Parce qu'il est à la fois écrit et proféré.Il est écrit, comme le mot d'HomèreMais dans le même temps, il est parlé, comme les motsQue s'échangent entre eux deux hommes au travail, Ou une bande de garçons, ou des filles au lavoir, Ou des femmes au marché –comme les pauvres mots, en somme,Qui se disent tous les jours et s'envolent avec la vie :Ces mots-là non écrits qui sont plus beaux que tout.(Affabulazione)

– Theatre Bab N.177

PERE[…]Tu vois, j'ai eu moi aussi ma condition de fils,La jeunesse. Et l'avoir eu, c'est l'avoir perdue.A présent, n'être pas jeune, qu'est-ce que cela veut dire ?Ah c'est simple ; ça veut dire être un enfant.Ainsi, devant ta jeunesse,Pleine de semence et du désir de féconder,Le père c'est toi.(Affabulazione)

– Theatre Bab N.177

Tant que l'homme exploitera l'homme, tant que l'humanité sera divisée en maîtres et en esclaves, il n'y aura ni normalité ni paix. Voilà la raison de tout le mal de notre temps.

– La rage

52. Algérie : série de photographies de tortures et de sévicesSur mes haillons souillésSur ma nudité squelettiqueSur ma mère gitaneSur mon père bergerJ'écris ton nom.Sur mon premier frère brigandSur mon deuxième frère boiteuxSur mon troisième frère cireur de bottesSur mon quatrième frère mendiantJ'écris ton nom.Sur mes camarades des bas-fondsSur mes camarades gigolosSur mes camarades chômeursSur mes camarades manœuvresJ'écris ton nomLiberté !

– La rage

« Pourquoi notre vie est-elle dominée par le mécontentement, l'angoisse, la peur de la guerre, la guerre ? »C'est pour répondre à cette question que j'ai écrit ce film, sans suivre un fil chronologique, ni même peut-être logique. Mais plutôt mes raisons politiques et mon sentiment poétique.

– La rage

« Mais avec la vieille Europe qui se réinstalle dans ses gonds solennels, naît l'Europemoderne :le Néo-capitalisme;le Marché Commun, les États-Unis d'Europe, les industriels éclairés et « fraternels »,les problèmes des relations humaines, du temps libre, de l'aliénation.Le Marché Commun viendraEntre temps on danse la Danse Commune.Les petites bourgeoisies fascistesSont prêtes pour l'Unité de l'EuropeAu nom de la Commune Pénurie. »

– La rage

Cent pages élégiaques en prose et en vers et un tissu d'images en mouvement, photographies et reproductions de tableaux : dans le laboratoire du film La rage, Pier Paolo Pasolini expérimenta pour la première fois une forme différente de la narration filmique traditionnelle et des conventions documentaires.

– La rage

Ainsi, tandis que dans un coin la culture de haut niveau devient de plus en plus raffinée et réservée à quelques uns, ces "quelques uns" deviennent, fictivement, nombreux : ils deviennent "masse". C'est le triomphe du "digest", de "l'illustré" et, sutout, de la télévision.

– La rage

Les jours et les besognes prolifèrent sans transition, le temps est une fièvre constante, harcelante, qui ne laisse presque jamais de répit et presque par hasard, tant le hasard n'a rien à voir ici avec un destin, une destinée. C'est entre autres de cela que ces gamins sont exclus : du possible, de toute utopie.

– Les ragazzi

– La vie l'est amère pour qui qu'a des pieds mous.

– Les ragazzi

Il frappait l'eau de ses bras comme de grandes spatules, l'aplatissant, et faisant gicler des seaux d'écume, il nageait la tête sous l'eau et, relevant son derrière et ses flancs comme un canard, faisait la planche à la surface, le ventre en l'air, chantant à gorge déployée. Puis en une brusque volte-face, il revint vers le plongeoir, y grimpa tout dégoulinant et, se donnant plein de grands airs devant les gamins qui le regardaient bouche bée, il replongea avec un petit saut de l'ange.

– Les ragazzi

Fagotés comme ils étaient, ils n'avaient que l'embarras du choix : le Metropolitan ou l'Europe, le Barberini ou le Capranichetta, l'Adriano ou le Sistina. Quoi qu'il en soit, ils sortirent tout de suite, car qui va en balade lèche, qui reste chez soi sa langue dessèche. Ils étaient de très bonne humeur et avaient envie de plaisanter, sans songer même de loin que les joies sont de courte durée en ce bas monde, et que la chance tourne…

– Les ragazzi

Les véritables lieux sont ceux de l'immense banlieue qui se bâtit à l'extérieur de la ville, sans plan du territoire et encore moins urbanistique, plus des zones que des banlieues d'ailleurs, encore que cette différence paraisse aujourd'hui très aléatoire. La description infiniment redite de ces amas de bâtisses et de gratte-ciel parcourt névralgiquement le livre, comme pour arrimer une géographie et une cartographie à ces lieux sans histoire, à ces non-lieux. Les édifices déjà existants se délabrent et tuent, les nouveaux, précocement vieillis, ressemblent à des fourmilières, à des termitières, et leurs habitants à des grouillements de bêtes enfouies. C'est comme s'ils n'étaient habités par personne, à peine y est-on que l'envie de s'en échapper devient irrésistible et tout finit par « (se) passer » dans l'autre indéfini que sont les rues, les quartiers. Ainsi, il n'y a rien d'intimiste dans Les Ragazzi : tout se déroule à la belle étoile, pour la simple raison que ces intérieurs sont affectivement et culturellement invivables.

– Les ragazzi

… comme femme humaine elle a même pu exister, du point de vue de la sainteté et de la virginité y s'peut qu'non… La sainteté ça peut êtr' vrai, mais la virginité ! Main'nant qu'ils ont s'inventé le fait des enfants artificiels ‘vec les éprouvettes, mais même qu'une femme se fait l'enfants ‘vec les éprouvettes, qu'elle reste pas vierge… Pis qu'on a la foi ‘nvers le Christ, ‘nvers Dieu, ‘nvers tous les autres… Et si que tu te mets sur l'raisonnement de la foi alors t'y crois à la virginité de la Madone, mais scientifiquement moi je crois qu'on peut pas l'démontrer…

– Les ragazzi
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