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Philip Roth

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En 1997, Philip Roth a gagné le Prix Pulitzer pour Pastorale américaine. En 1998, il a reçu la Médaille nationale des Arts à la Maison Blanche, et en 2002, la plus haute distinction de l'Académie américaine des Arts et Lettres, la Médaille d'or de ... Plus >

Le Théâtre de Sabbath (1998)

De Philip Roth chez Gallimard
(9 votes, note moyenne : 4.4)

À soixante-quatre ans, Mickey Sabbath est loin de vouloir remiser son audace, son insolence, sa libido ou son humour au magasin des accessoires. À l'occasion de la mort de sa maîtresse - plus audacieuse encore que lui -, l'ancien marin, grand habitué de tous les bordels de la planète, le mauvais mari qui peut-être assassina son épouse, le marionnettiste scandaleux aux doigts maintenant tordus par l'arthrose entame un voyage dans le temps et la mémoire. Douloureusement atteint au plus profond de lui-même et poursuivi par les fantômes de ceux qu'il a le plus aimés ou le plus haïs, il est pris dans une suite d'événements à la fois terriblement tragiques et excessivement drôles. Un personnage gargantuesque au cœur d'une farce grotesque : la vie.

Paru le 01-04-1998 - Format : Broché - 656 pages - 18 x 11 x 2 cm - 334 g - ISBN 10 : 2070404676 - ISBN 13 : 9782070404674

Collection : Folio

Tags : récits, littérature, roman, drame, bataille, justice, grotesque, scandales, cimetière, spirituel, sexualité, anti-héros, littérature nord- américaine, national book award, ironie, vie après la mort, marine, pornographie, littérature américaine, littérature contemporaine.

Citations de Le Théâtre de Sabbath (8)

Si on a un peu de cervelle, on sait très bien que la vie que l'on mène est idiote et ce, au moment même où on la vit. Si on a un peu de cervelle, on sait qu'on est voué à mener une vie idiote parce qu'il n'en existe pas d'autre. Et qu'il n'y a rien de personnel là-dedans. Quoiqu'il en soit, des larmes d'enfant lui montent aux yeux tandis que Mickey Sabbath - oui, le Mickey Sabbath de la bande de soixante-dix-sept milliards de connards qui constituent l'histoire de l'humanité - qui dit adieu à l'idée qu'il est seul et unique en son genre et qui marmonne le coeur brisé: "Qu'est-ce que ça peut foutre?"

Il avait payé le prix fort pour son art, sauf qu'il n'avait rien produit. Il avait connu toutes les souffrances de l'artiste - l'isolement, la pauvreté, le désespoir, le blocage mental et physique - et personne ne le savait et tout le monde s'en foutait. Et, bien que l'ignorance et le manque d'intérêt des autres soit une forme de plus de la souffrance endurée par les artistes, dans son cas cela n'avait absolument rien d'artistique. Il était tout simplement devenu laid, vieux et aigri, il n'était qu'un parmi des millions d'autres (...)"C'est ça le sort de l'homme. la douleur est immense et chacun doit en prendre sa part".

...Pas une seule fois aux toilettes de toute la nuit. Première fois depuis des années. le lait du père lui avait calmé la prostate, ou bien était-ce le lit de la fille ? D'abord il avait enlevé la taie d'oreiller toute propre puis, furetant partout, le nez en avant, il avait traqué l'odeur de ses cheveux encore présente sur l'oreiller. Ensuite, procédant avec méthode et après de nombreux essais infructueux, il repéra un sillon à peine visible juste à droite de la ligne qui séparait le matelas en deux, une minuscule dépression qui formait un moule en creux du corps de Deborah, et, entre les draps de la jeune fille, sur son oreiller sans taie, dans ce creux, il avait dormi. Dans cette chambre Laura Ashley rose et jaune, un ordinateur endormi sur le bureau, un autocollant de la Dalton School sur le miroir, des ours en peluche en vrac dans un panier d'osier, des affiches du Metropolitan Museum aux murs, K. Chopin, T. Morrison, A.Tan, V.Woolf dans la bibliothèque, à côté de livres d'enfants - Mon joli poulain, les Contes d'Andersen -, et sur le bureau , dans des cadres, une kyrielle de photos de toute la bande, en maillot de bain, en vêtements de ski, en tenue de soirée ... entre ces murs au papier rayé couleur de bonbon bordé de petites fleurs, dans cette chambre où elle avait pour la première fois, par hasard, découvert ce à quoi son clitoris lui donnait droit, Sabbath avait lui aussi à nouveau dix-sept ans et il était à bord d'un cargo à vapeur bourré de Norvégiens ivres qui allaient jeter l'ancre dans l'un des grands ports du Brésil - Bahia, à l'entrée de la baie de Tous-les-Saints, et l'Amazone, le grand Amazone qui déroule son ruban pas très loin de là. Il retrouvait la même odeur. Incroyable. Parfum bon marché, café et cramouille . La tête entièrement enfouie dans l'oreiller de Deborah, le corps s'enfonçant de son propre poids dans la légère dépression creusée par le corps de Deborah, il se remémora Bahia, la ville où il y avait une église et un bordel pour chaque jour de l'année. C'est ce que lui avaient dit les marins norvégiens, et, à dix-sept ans, il n'avait aucune raison de ne pas les croire. Ce serait bien de retourner voir. Si Deborah était ma fille, c'est là que je l'enverrais passer sa troisième année de fac. L'imagination était libérée à Bahia. Rien qu'avec les marins américains elle s'en paierait une sacrée tranche - des Hispaniques, des Noirs, même des Finlandais, des Américains d'origine finlandaise, toutes sortes de péquenots du Sud, des vieux, des gamins ... Elle en apprendrait plus sur l'écriture et le roman en un mois à Bahia qu'en quatre ans à Brown. Laisse-la faire quelque chose de déraisonnable, Norman. Regarde où ça m'a mené.Les putes. Un rôle de premier plan dans ma vie. Toujours été à l'aise avec les putes. Dans mon élément. J'aime les putes. Surtout les putes. L'odeur de ragoût de tous ces endroits qui sentent l'oignon. Y a-t-il une seule chose qui ait plus d'importance dans ma vie ? De vraies raisons d'exister, donc. Mais, maintenant, son érection matinale avait bêtement disparue. Toutes ces choses qu'on est obligé d'accepter dans la vie. L'érection matinale - comme une barre à mine dans la main, un membre qui aurait poussé à un ogre. Existe-t-il une autre espèce qui se réveille avec une érection ? Les baleines ? Les chauves-souris ? Un moyen inventé par l'évolution pour rappeler quotidiennement à l'Homo sapiens la raison de son apparition sur terre, des fois qu'il l'oublierait dans la nuit. Si les femmes ne savaient pas ce que c'était, elles en auraient une peur bleue. Impossible de pisser dans la cuvette quand on bandait. Fallait la rabattre avec la main, par force - fallait lui apprendre, comme on apprend la laisse au chien - pour que le jet aille taper dans l'eau et pas au-dessus, dans l'abattant relevé. Quand on s'assoit pour chier, elle est là qui dresse la tête, qui regarde son maître, loyale. Qui attend avec impatience qu'on ait fini de se brosser les dents - " Qu'est-ce qu'on fait aujourd'hui? " . Rien de plus fidèle dans la vie entière d'un homme que l'insatiable et turgescent désir de l'érection matinale. Aucune fausseté. Aucune simulation. Aucune hypocrisie. Hourra pour cette force de l'univers ! La vie humaine avec un grand V ! Il faut toute une vie pour connaître les choses qui ont vraiment de l'importance, et quand on les connait, elles disparaissent. Enfin, il faut apprendre à s'adapter. Le seul problème, c'est comment.

Le trajet était interminable. Avait-il manqué une bifurcation ou bien était-ce justement là sa prochaine demeure : un cercueil que l'on conduit pour l'éternité à travers un obscur nulle part sans jamais cesser de rabâcher, encore et encore, les événements incontrôlables qui vous amenaient à devenir quelqu'un d'autre que ce qui était prévu au départ. Et si vite! Si rapidement! Tout fout le camp, à commencer par qui l'on est, et à un moment impossible à définir on parvient à comprendre à moitié que cet autre, cet adversaire impitoyable, c'est soi-même.

"C'est le fait que Dieu se branle qui vous inquiète ? Sachez que les dieux sont des gens inquiétants, mesdemoiselles. C'est un dieu qui commande de couper le prépuce. C'est un dieu qui commande de sacrifier le premier-né. C'est un dieu qui commande de quitter père et mère et de partir dans le désert. C'est un dieu qui envoie un peuple en esclavage."

Nous sommes des êtres sans mesure parce que notre douleur est sans mesure, toutes ces centaines et ces milliers de manières de souffrir. (586)

L'entêtement et la passion de Gus à répéter ces histoires avaient depuis longtemps conduit le marionnettiste à comprendre que c'étaient elles qui donnaient une cohérence à la vision du monde de Gus et qu'elles seules lui apportaient, sous forme de récits, les explications dont son être spirituel avait besoin pour affronter, jour après jour, son travail à la pompe. Chaque histoire qui sortait de la bouche édentée de Gus rassurait Sabbath. Il y trouvait la confirmation que même un type aussi simple que Gus n'était pas débarrassé de ce besoin qui oblige l'homme à trouver un fil conducteur qui puisse lui permettre de relier entre elles toutes les choses qu'on ne voit jamais à la télé

Dû. Pu. Voulu. Les trois souris aveugles de la comptine.

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Critiques de Le Théâtre de Sabbath : avis de lecteurs (10)


  • Critique de Le Théâtre de Sabbath par piyushb (Babelio)

    Mickey Sabbath, marionnettiste de son état, est le héros hauts en couleurs du roman de Philip Roth paru en 1995 intitulé « Le Théâtre de Sabbath » (Sabbath's Theater). C'est un personnage provocateur,...

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    Par piyushb - publiée le 23/03/2020

  • Critique de Le Théâtre de Sabbath par jyducap (Babelio)

    Truculent. Comme toujours, une absence de pudeur sur les obsessions sexuelles du personnage masculin dont la recherche de ses origines (son frère perdu à la guerre de Corée, son enfance dans le New-Je...

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    Par jyducap - publiée le 16/01/2020

  • Critique de Le Théâtre de Sabbath par Allantvers (Babelio)

    Un Roth bien déroutant, qui commence en farce porno-burlesque pour basculer incidemment dans une errance existentielle, de tombes en érections, de souvenirs en divagations, peuplée des fantômes qui ha...

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    Par Allantvers - publiée le 24/01/2019

  • Critique de Le Théâtre de Sabbath par ClarenceM (Babelio)

    Mickey Sabbath vieilli et se trouve and #8237; and #8236; entouré de fantômes qui autrefois and #8237; and #8236;constituaient son entourage and #8237; ( and #8236;la famille, and #8237; and #8236;les amis, ...

    Lire la critique complète >
    Par ClarenceM - publiée le 28/08/2018

  • Critique de Le Théâtre de Sabbath par leagermaine (Babelio)

    S'il y a bien un libre de Philip Roth à ne pas rater, c'est celui-là. Roman débridé, libidineux, gargantuesque , puissant, qui mêle avec brio les registres de la farce et de la tragédie. L'auteur no...

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    Par leagermaine - publiée le 28/08/2018

  • Critique de Le Théâtre de Sabbath par (Babelio)

    La lecture n'est pas facile, mais ça vaut le voyage, comme on dit. On démarre sur des chapeaux de roue par du sexe direct, servi crû, à la mode yougoslave, croate, on dirait aujourd'hui. Et malgré c...

    Lire la critique complète >
    Par Babelio - publiée le 11/06/2018

  • Critique de Le Théâtre de Sabbath par Lavieestunlongfleuvetranquille (Babelio)

    Il est bien sulfureux ce roman de Philip ROTH. Il est même parfois dérangeant tant il insiste sur les expériences de ce vieux - enfin, à peine 64 ans... - marionnettiste lubrique, qui a voué sa vie au...

    Lire la critique complète >
    Par Lavieestunlongfleuvetranquille - publiée le 30/10/2015

  • Critique de Le Théâtre de Sabbath par Michel7090 (Babelio)

    Et me voilà au bout de ce gros pavé. Quelle histoire! Sabbath revit sa vie. Il vient de quitter son épouse et sa maison. Il a 64 ans, c'est un ancien marionnettiste sans travail, ses doigts sont ...

    Lire la critique complète >
    Par Michel7090 - publiée le 17/05/2015

  • Critique de Le Théâtre de Sabbath par karmon34 (Babelio)

    Difficile de parler de Sabbath et son ‘'Indecent Theater'' sans parler, penser, et voir du sexe. Partout, tout le temps. De façon brutale ,amusante ou obscène il est là .Tout est érotisé, sexualisé,: ...

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    Par karmon34 - publiée le 17/08/2013

  • Critique de Le Théâtre de Sabbath par Madamedub (Babelio)

    En parcourant la liste d'auteurs de ce (remarquable, faut-il le répéter ?) site, je vois Philippe F., Philippe N., mais… Non, point de Philippe R… Que dis-je, de Philip R… Une villégiature en Europe d...

    Lire la critique complète >
    Par Madamedub - publiée le 10/09/2011
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