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Oscar Coop Phane

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Mâcher la poussière (2017)

De Oscar Coop Phane chez Grasset
(11 votes, note moyenne : 3.6)

Le baron Stefano tue un jour un gamin qui traînait sur ses terres. Mais l’enfant était le neveu d’un des chefs de la Mafia, décidé à se venger. Le tuer est impossible, trop de familles dépendent de ses terrains. A la place, on l’emprisonnera à vie dans un hôtel de luxe pour le condamner à y attendre sa mort. Lui qui ne vivait que pour ses oliviers et son amer du soir découvre le poids du temps et de la solitude. Enfermé dans sa chambre, les salles de bal, de réception, les cuisines et sous-sols qu’il apprendra à connaître, verra se faner et renaître, surveillé par les hommes qui au dehors le gardent et ceux qui, de l’intérieur, le dupent, le baron en lin blanc lime les jours en cherchant entre ces centaines de murs un reste de poésie. Et de vie.
Il y a bien Isabelle, la jeune femme de chambre dont la fraîcheur l’attire, mais comment vivre un amour dont le seul lit est une prison ? Il y a bien Joseph, le barman qui chaque soir lui donne son viatique, l’alcool – avant que d’autres drogues ne viennent - Joseph et son rêve d’ouvrir un club de jazz où Isabelle pourrait chanter, et peut-être enfin l’aimer. Il ya bien Matthieu, juché derrière le comptoir de sa réception, il connaît tout le monde, surveille chacun, jouit d’un certain pouvoir. Mais comment se lier à ceux avec qui on ne partage que quelques heures et des décors sans âme ? C’est avec eux pourtant que Stefano va vivre une vie faite de joies fugaces, volées ça et là à de rares clients (un jeune couple lumineux, un écrivain célèbre qu’on jurerait être Raymond Roussel) ; d’excitations précieuses (un amour charnel, deux escapades risquées loin des murs de l’hôtel) ; de débauches provisoires et de fêtes privées que Joseph, pour l’aider ou le faire sombrer, organise dans sa suite ; de trahisons, car Joseph, Isabelle, Matthieu et les autres, ne rêvent, comme Stefano, que de se libérer, quitte à tuer pour ça ; une vie de rêves surtout, car on peut enfermer un corps mais rarement un esprit. 
Avec une grâce et une poésie sans pareil, Oscar Coop-Phane décortique les âmes de ses personnages, ces vies sans trace et sans spectacle, fouille les recoins de l’hôtel, « autant de refuges où la poésie se niche » pour dérouler sous nos yeux l’existence d’un homme et recréer la vie dans cette prison dorée. Et si  le baron reste prisonnier, le lecteur, lui, s’évade grâce à ses mots.

Paru le 04-01-2017 - Format : Broché - 320 pages - 21 x 14 x 2 cm - 315 g - ISBN 10 : 2246854954 - ISBN 13 : 9782246854951

Collection : Littérature Française

Tags : roman, biographie, drame, quête, solitude, décadence, alcool, enfermement, espion, compassion, trahison, faits divers, anti-héros, obsessions, huis-clos, jazz, amour, adolescence, littérature française, Sicile (Italie).

Citations de Mâcher la poussière (10)

Il y a des femmes que le naturel rend plus impressionnantes que les talons hauts et les rouges à lèvres.

- Nous pourrions dîner ensemble, qu'en pensez-vous ? - Hélas, j'ai déjà dîné plus tôt dans l'après-midi. Les gens sont toujours surpris lorsque j'évoque cette habitude qui est chez moi un rituel. Voyez, pour éviter de perdre du temps, toutes ces scènes où l'on passe à table, je me fais servir mes repas les uns à la suite des autres. Petit-déjeuner, déjeuner, goûter, puis souper, tout cela dans l'ordre et sans interruption, de treize heures à seize heures, si bien qu'ensuite je suis libre de vaquer à des occupations supérieures.

Son esprit tourne à vide. Questions stériles et angoisses creuses. On est si vite dévoré quand on est inoccupé. Les désœuvrés vivent leurs amours d'une tout autre manière puisqu'il n'y a que ça pour les maintenir. Toutes les pensées convergent en un seul point et les fantasmes ne sont jamais assez forts pour supporter autant d'assauts. Les amants à qui la vie n'offre rien d'autre que la possibilité d'une passion se font trop exigeants. Ils voudraient qu'une femme les sauve quand l'amour n'a jamais pu guérir les natures malheureuses. Leurs esprits s'embrument ; les sentiments s'entortillent et se mélangent – jamais ils n'attraperont cette simplicité qui pourtant devrait les mouvoir. Tout de suite ce sont les grands mots – la mort, le sang, le regret éternel.

A son tour, comme les patrons des brasseries, il observe la salle dans son ensemble, la fréquentation, son nombre, son genre. Il sait à qui il a affaire, d'un coup d'œil, il reconnait le couple en lune de miel ou le médecin en congrès, l'aristocrate voyageur ou la femme adultère. Lorsqu'on déjeune seul, tous les jours à la même table, le regard s'affûte jusqu'à percer les âmes.

Les rituels sont tous ces moments arrachés à la course qui nous épuise, les travaux, les corvées, la vie. On recueille un objet, on recueille un instant et les dangers s'amenuisent. Ce goût, ces gestes, on les connait sans surprise et pour toujours. Ce n'est pas le bleu fade de l'habitude, mais la joie bête et simple d'une chaise sur un balcon, un verre de bière à la main, quand le soleil doucement s'éteint.

Les amours blanches, celles que l'on n'a pas pu consommer, nous dévastent quand elles s'enterrent. Le deuil de ce que l'on aurait pu vivre n'est pas anodin et les cœurs sensibles s'y égarent souvent plus qu'au milieu des passions révolues.

Matthieu a le front bombé des étriqués. Il ne pourrait ressembler à personne comme il ressemble à tout le monde. Il travaille ici depuis quinze ans. Il est droit et appliqué. On a fini par lui confier la réception tout entière. Ses dents rayent, bien entendu, mais comme souvent, à trop rayer, elles s'agrippent et s'enfoncent. Il est droit et appliqué, mais jamais il ne montera plus haut. Il est en place, on est content de lui. Le miel qu'il crache sans cesse aux souliers du directeur n'y changera rien. C'est un pion que l'on oublie tant il est bien posté.

Tu fais l'amour à l'américaine, comme dans un drame sophistiqué. Tu es appliquée, consciencieuse – pas gênée un instant. Tu connais ton corps et ses plaisirs. Tu es ma première femme libre. D'ordinaire, je donne plutôt dans les servantes. Je sens tout le poids de leur culpabilité. Tu as l'air si assurée – tu n'as rien à y perdre, toi. Les bonnes font l'amour comme elles s'arrachent à leur devoir. Je les soupçonne même parfois de penser au temps perdu sur leurs corvées quand elles se donnent. C'est rapide, jupe soulevée et cuisses ouvertes. Toi tu te sens légitime à faire l'amour. Jamais on ne t'a appris que ce sont des choses sales, un homme qui baise une femme.

Elle dégage une noblesse tendre. Ce n'est pas la froideur des bals ennuyeux ou des contenances arbitraires. L'aristocratie de son visage est celle d'une race qui s'effrite, l'empreinte d'un temps révolu où les grandes familles riaient encore, du coin de l'œil et jusqu'au bout des ongles, puisque la bourgeoisie austère et travailleuse, la classe des pisse-froid, des sérieux, n'avait pas encore gagné la partie.

Rien d'autre n'existe pour l'heure que son visage suppurant. Une rupture si radicale, un tel carnage ne peut que l'obséder. Il essaye de se convaincre qu'il y a des malheurs bien plus grands, que sa figure importe peu dans l'ordre du monde ; son intimité est frappée si haut que son âme se révulse. Il y a là toute la violence d'une identité qui s'échappe – la honte suprême d'offrir de soi un si triste spectacle. Tous ses vices sont marqués au fer rouge. Il est condamné à les porter sans cesse.

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Critiques de Mâcher la poussière : avis de lecteurs (11)


  • Critique de Mâcher la poussière par maryjane (Babelio)

    Encore un ouvrage inutile, bien écrit, certes, mais sans grand intérêt.

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    Par maryjane - publiée le 27/04/2019

  • Critique de Mâcher la poussière par Alexmotamots (Babelio)

    Ce livre ne s'est sans doute pas présenté au bon moment : je venais de terminer Un gentleman à Moscou avec un homme retenu toute sa vie dans un hôtel. Malheureusement, c'est également le propos de ce...

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    Par Alexmotamots - publiée le 03/04/2019

  • Critique de Mâcher la poussière par Bazart (Babelio)

    Quelle histoire pas banale que celle de Stefano, riche proprietaire terrien, qui tue le neveu d'un chef mafieux parce que l'enfant lui volait des amandes. Pour ne pas priver la région d'un entrepr...

    Lire la critique complète >
    Par Bazart - publiée le 18/09/2018

  • Critique de Mâcher la poussière par listo (Babelio)

    Le baron Stéphano est assigné à residence pour avoir tué un jeune adolescent, fils d'un mafieux de Palerne. La prison sans barreaux, la mort forcemment au bout mais avant la découverte du désir, de l'...

    Lire la critique complète >
    Par listo - publiée le 18/02/2018

  • Critique de Mâcher la poussière par Ingannmic (Babelio)

    Pour avoir abattu d'une balle dans la tête, parce qu'il lui volait des amandes, le neveu d'un puissant mafieux, le baron Stefano est condamné à vivre prisonnier dans un grand hôtel. Le choix de le gar...

    Lire la critique complète >
    Par Ingannmic - publiée le 28/06/2017

  • Critique de Mâcher la poussière par hcdahlem (Babelio)

    Il y a du Dino Buzzati dans le nouveau roman d'Oscar Coop-Phane. À la fois par son atmosphère et par sa dramaturgie, sans oublier la petite touche surréaliste et le côté un peu suranné du style. Davan...

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    Par hcdahlem - publiée le 06/03/2017

  • Critique de Mâcher la poussière par Satyasaibaba (Babelio)

    L'histoire commence par un coup de sang, un brelan de folie : celui d'un baron sicilien, grand propriétaire terrien qui, à bout portant, abat un ado venu lui voler quelques amandes… DANS SA PROPRIÉTÉ ...

    Lire la critique complète >
    Par Satyasaibaba - publiée le 01/03/2017

  • Critique de Mâcher la poussière par LoloKiLi (Babelio)

    Oscar il doit avoir un truc avec les hôtels. Ou alors c'est moi. Séduite par son Zénith-Hôtel à Saint-Lazare il y a quatre ans (jour pour jour !) je poursuis mon voyage avec le petit nouveau, Mâcher...

    Lire la critique complète >
    Par LoloKiLi - publiée le 07/02/2017

  • Critique de Mâcher la poussière par livresetbonheurs (Babelio)

    ** Livre reçu dans le cadre de Masse critique - Merci à babelio et Grasset ** L'humain est au coeur même de ce roman. Les âmes semblent ausculté à la loupe. Les défauts et les vices sont exposés au...

    Lire la critique complète >
    Par livresetbonheurs - publiée le 03/02/2017

  • Critique de Mâcher la poussière par JeAnne (Amazon)

    Plus que les divagations du baron, plus que ses vices, ses égoïsmes, ses pleurnicheries et ses craintes, lui qui n'hésita pas à tuer, le truc du livre c'est comment un type de 28 ans, l'auteur, peut en savoi...

    Lire la critique complète >
    Par JeAnne - publiée le 05/01/2017

  • Critique de Mâcher la poussière par Cetalir (Amazon)

    La chance sait sourire aux audacieux, surtout s’ils ont du talent : à vingt-trois ans, un obscur garçon de café, Oscar Coop-Phane, se lança dans l’écriture d’un roman, « Zénith-Hôtel », immédiatement récomp...

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    Par Cetalir - publiée le 24/08/2017
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