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Mario Vargas Llosa

Présentation de Mario Vargas Llosa (Wikipedia)

Mario Vargas (né le 1er décembre 1928 à Sucre en Bolivie, décédé le 20 juillet 2017 en France) est un artiste peintre bolivien. 1928 : Mario Eloy Vargas Cardenas né le 1er décembre à Sucre (Bolivie). Il perd sa mère à l’âge de 14 ans. On la retrouve dans la quasi-totalité de ses peintures : c’est la « Pacha-Mama », c'est-à-dire « Mère - Terre » dans la mythologie indienne. 1943 : Passionné par le dessin où il excelle depuis l’enfance, il entre à l’Académie des Beaux Arts de Sucre. 1945 : Son maître, le peintre lituanien Rimsa, impressionné par cet adolescent écrit de lui dans le journal « La Razon » : « Si je ne me trompe pas le jeune Vargas sera à la peinture bolivienne ce que Dostoïevski est à la littérature russe, à la fois très profond et très humain ». 1949 : Première exposition à La Paz. Puis à Rio : pour cet homme de la montagne qui a toujours connu la luminosité transparente et glacée des hauts plateaux et la très grande réserve de sa race, c’est un coup de foudre. Toute cette exubérance, de la nature comme des hommes, le fascine. 1950 : Il entreprend de remonter l’Amazone à partir de Bellem jusqu’à sa source dans des conditions périlleuses. Voyage qui se terminera donc au Pérou par une exposition à Lima. 1951 : Il retourne au Brésil où il expose à Sao Paulo et Rio. 1952 : Retour à La Paz. Exposition. 1953 : Au salon annuel de La Paz, il obtient le premier prix. 1954 : Toujours à La Paz il reçoit la médaille d’or et d’argent de la peinture révolutionnaire. 1955 : Il est nommé à l’École des Beaux Arts de La Paz et expose à Cuzco au Pérou. 1959 : Premier prix d’aquarelle à La Paz. Mais son grand désir maintenant est de connaître l’Europe et il le voit se réaliser grâce à une bourse qui lui offre l’Institut Culturel Hispanique de Madrid. 1960 : Il choisit l’Académie San-Fernando de Madrid où il étudie pendant deux ans la restauration des tableaux anciens et toutes les techniques de la peinture indispensables, à son avis, pour former solidement un peintre. 1961 : Il concourt à la faculté de philosophie et de lettre de Madrid où il obtient le premier prix de peinture. 1962 : Il prend son bâton de pèlerin et voyage à travers l’Europe où la peinture de Rembrandt et de Van Gogh qu’il n’avait jamais connue qu’à travers des reproductions l’influenceront pour toujours. Il se fixe définitivement en France après avoir fait la connaissance d’une jeune femme, mère de quatre enfants. Il connaît alors toutes les difficultés qu’affrontent les jeunes artistes sans soutiens et chargés d’une nombreuse famille. Et s’il continue à travailler avec ardeur il lui sera impossible pendant douze ans d’exposer. 1970 : naissance de son fils Martin. 1974 : bien qu’il soit entouré de nombreux amis, le découragement le guette. Mais son ami le maire de Maisons-Laffitte, le docteur Pierre Duprés, l’oblige à présenter ses œuvres dans un des salons de la municipalités : c’est le succès… renouvelée trois années de suite et qui va lui permettre d’exposer enfin en galeries. 1975 : Exposition à la Galerie Hemery à Paris 1976 : Exposition à la Galerie Dauphine de Saint-Germain-en-Laye. 1979 : Exposition à la Galerie Katia Granoff, place Beauveau, Paris. Le succès de son exposition lui vaudra d’y être exposé depuis en permanence. Il est nommé, par le maire de Bougival, professeur de peinture de l’atelier de cette ville. 1980 – 2010 : Expositions à Paris, Toulouse, Moissac, Beaune, Agen, Clermont-Ferrand, Villefranche-sur-Mer, Châteauneuf-du-Pape, Vaux de Cernay, Bougival, St-Denis de la Réunion, Fort-de-France (Martinique), Monaco, Rio de Janeiro (Brésil), Djedda et Riyad (Arabie Saoudite), La Paz (Bolivie), Francfort (Allemagne), Miami (Floride, États-Unis), Genève et Genolier-sur-Nyon (Suisse)… 12 mars – 17 avril 2010 : Exposition personnelle de Mario Vargas à la Galerie Graal à Clermont-Ferrand 20 juillet 2017: Entouré de son épouse, ses enfants et petits-enfants, il décède des suites d'une longue maladie. Il aura dessiné jusqu'aux derniers moments dans la maison de repos où il a fini ses jours.

Livres de Mario Vargas Llosa

Citations de Mario Vargas Llosa (121)

Il faut avoir des dispositions et perdre son orgueil, sa honte, descendre du piédestal où les gens sont juchés. Celui qui ne met pas en sommeil sa pensée, celui qui ne s'oublie pas lui-même, ni ne se libère des vanités et des orgueils, ni ne devient musique quand il chante, danse quand il danse, saoulerie quand il se saoule, celui-là ne sort pas de sa prison, ne voyage pas, ne perd pas la boule, n'accède pas à l'esprit. Il ne vit pas : il est décadence et mort-vivant.

– Lituma dans les Andes

Le Pérou ! Ahí estaba: inmenso, misterioso, verdegris, pobrísimo, riquísimo, antiguo, hermético. Era este paisaje lunar y las caras cobrizas, desabridas de las mujeres y hombres que los rodeaban. Impenetrables, la verdad.Le Perou! Il était là : immense, mystérieux, vert de gris, très pauvre, très riche, ancien, hermétique. C' était ce paysage lunaire et les visages cuivrés, maussades des femmes et des hommes qui les entouraient. Impenetrables, á dire vrai.

– Lituma dans les Andes

C'est un pays que personne ne peut comprendre, fit Scarlatine en riant, et rien n'est plus attirant que l'indéchiffrable, pour des gens qui viennent de pays aussi clairs et transparents que le mien

– Lituma dans les Andes

Ouvrant ses narines, il aspira cette fragrance d'eau, de terre et de racines qui, après un orage, semblait dédommager le monde, apaiser ceux qui avaient eu peur, sous les trombes et le tonnerre, que la vie s'achevât sur un cataclysme. (p57)

– Lituma dans les Andes

Le jour se levait rapidement sur le plateau et l'on distinguait très nettement les corps, les profils. Ils étaient jeunes, adolescents, l'air pauvre, et quelques uns semblaient des enfants. Outre les fusils, les revolvers, les machettes et les bâtons, beaucoup tenaient des gros cailloux dans leurs mains. Le petit bonhomme au chapeau, tombé à genoux et les deux doigts en croix, jurait, en levant les yeux au ciel. Jusqu'à ce que le cercle se refermât sur lui, le cachant à leur vue. Ils l'entendirent crier, supplier. Se poussant, s'excitant, rivalisant les uns les autres, les pierres et les mains s'abattaient, se relevaient, s'abattaient, se relevaient.

– Lituma dans les Andes

Le mal, c'est quand, comme à présent à Naccos, dans toute la sierra et peut-être dans le monde entier, on ne fait que souffrir et que plus personne ne se souvient de ce qu'était jouir. (p.275)

– Lituma dans les Andes

Le danger nous a toujours attirés. Ne représente-t-il pas la vraie vie, celle qui en vaut la peine? En revanche, la sécurité, c'est l'ennui, l'imbécillité, la mort. (p.274)

– Lituma dans les Andes

L'obligation de la musique envers moi, c'est de me plonger dans un vertige de pures sensations qui me fasse oublier la part la plus ennuyeuse de moi-même, la civile, l'urbaine, qui me lave de mes soucis, m'isole dans une bulle sans contact avec la sordide réalité ambiante, et de la sorte me permette de penser clairement aux fantaisies qui me rendent supportable l'existence.

– Les cahiers de don Rigoberto

L'imbécillité me semble respectable si elle est génétique, héritée, pas si elle vient d'un choix, d'une prise de position délibérée.

– Les cahiers de don Rigoberto

Les activités et compétences physiques appelées sports ne rapprochent pas l'homme actuel du sacré et du religieux, mais l'écartent de l'esprit et l'abrutissent, en rassasiant ses instincts les plus ignobles : la vocation tribale, le machisme, la volonté de domination, la dissolution du moi individuel dans l'amorphe grégaire.

– Les cahiers de don Rigoberto

Il n'y a pas de manie ou de phobie qui manquent de grandeur, étant donné qu'elles constituent l'originalité de l'être humain, la meilleure expression de sa souveraineté.

– Les cahiers de don Rigoberto

1. Illustration d'un fantasme de don RigobertoQu'importaient qu'elles eussent éteint la lumière tandis qu'elles jouaient et s'aimaient, cachées sous les draps, et l'édredon agité se hérissait, se froissait et brimbalait ? Don Rigoberto ne perdait pas un détail de leurs élans et de leurs assauts ; il se mêlait à elles et se démêlait, il était près de la main qui enveloppait un sein, de chaque doigt qui frôlait une fesse, des lèvres qui, après plusieurs escarmouches, osaient enfin plonger dans cette ombre souterraine, à la recherche du cratère du plaisir, du creux tiède, de la bouche palpitante, du petit muscle vibratile. Son nez s'enivrait du parfum de ces peaux et ses lèvres absorbaient les sucs qui sourdaient du couple gracieux.2. Un petit exemple de réflexion(Le cahier lui offrit à cet instant une citation propice, de Borges : " Le devoir de toute chose, c'est d'être un bonheur ; si elle n'est pas un bonheur elle est inutile ou préjudiciable." Don Rigoberto eut l'idée d'y ajouter une note machiste : " Et si au lieu de chose on mettait femme, hein ?")

– Les cahiers de don Rigoberto

La tasse de café ou le verre de rhum devait avoir meilleur goût, la fumée du tabac, le bain de mer par une chaude journée, le film du samedi ou les merengues à la radio devaient laisser dans le corps et l'esprit une sensation plus agréable quand on disposait de cela que Trujillo avait ravi aux Dominicains depuis trente et un ans : le libre arbitre.

– La fête au Bouc

Tous, dans le repli le plus ladre de leur âme, avaient vécu en redoutant de voir s'effondrer le régime. Quels salauds ! La loyauté n'était pas une vertu dominicaine, il le savait bien. Durant trente ans ils l'avaient adulé, applaudi, mythifié, mais au premier coup de vent, ils sortiraient leurs couteaux.

– La fête au Bouc

La politique exige des déchirements, parfois.

– La fête au Bouc

- [...] Il y a au secrétariat un traitre ou un incapable. J'espère que c'est un traitre, les incapables sont encore plus nuisibles.

– La fête au Bouc

Le trujillisme est un château de cartes. Il va s'effondrer, vraiment.

– La fête au Bouc

Tu ne comprends pas cela, Urania. Il y a beaucoup de choses de l'Ere que tu as fini par tirer au clair; certaines au début te semblaient inextricables, mais à force de lire , d'écouter, de comparer et de penser, tu es parvenue à comprendre que tant de millions de personnes, sous le rouleau compresseur de la propagande et faute d'information, abruties par l'endoctrinement et l'isolement, dépourvues de libre arbitre, de volonté, voire de curiosité par la peur et la pratique de la servilité et de la soumission, aient pu en venir à diviniser Trujillo. Pas seulement à le craindre, mais à l'aimer, comme les enfants peuvent aimer les pères autoritaires, se convaincre que les châtiments et le fouet sont pour leur bien. Ce que tu n'as jamais réussi à comprendre, c'est que les Dominicains les plus chevronnés, les têtes pensantes du pays, avocats, médecins, ingénieurs, souvent issus des meilleurs universités des Etats-Unis et d'Europe, sensibles, cultivés , expérimentés et pleins d'idées, probablement dotés d'un sens développé du ridicule, de sentiment et de susceptibilité, aient acceptés d'être aussi sauvagement avilis.

– La fête au Bouc

Après avoir servi le Chef durant tant d'années, tu avais perdu tout scrupule, toute sensibilité, toute trace de rectitude… Était-ce la condition sine qua non pour se maintenir au pouvoir sans mourir de dégoût ? Perdre son âme, devenir un monstre comme ton Chef …

– La fête au Bouc

Sais-tu une chose ? Malgré toute la haine que j'ai eue, que j'ai encore pour ton Chef, sa famille et tout ce qui touche de près comme de loin à Trujillo, vraiment, quand je pense à Ramfis, ou que je lis quelque chose sur lui, je ne peux m'empêcher d'éprouver de la peine, de la compassion.C'était un monstre, comme toute cette famille de monstres. Qu'aurait-il pu être d'autre, étant fils de qui il était, élevé et éduqué comme il l'avait été ? Qu'aurait pu être d'autre le fils d'Héliogabale, celui de Caligula, celui de Néron ? Qu'aurait pu être d'autre un enfant nommé à sept ans, par décret –« Est-ce toi qui l'as présenté au Congrès ou le sénateur Chirinos, papa ? » - colonel de l'armée dominicaine, et promu à dix ans général, lors d'une cérémonie publique à laquelle dut assister le corps diplomatique et où tous les chefs militaires lui avaient rendu les honneurs ? Urania a encore en mémoire cette photo, de l'album que son père gardait dans une armoire du salon – est-il encore là ? – où le sénateur Augustin Cabral (« Ou étais-tu déjà ministre alors, papa ? ») très élégant dans son frac, sous un soleil aveuglant, p lié en deux en solennelle révérence présente ses respects à l'enfant en uniforme de général qui, debout sur un petit podium protégé d'un dais, vient de passer en revue le défilé militaire et reçoit, chacun attendant son tour, les félicitations des ministres, des parlementaires et des ambassadeurs. Au fond de la tribune, les visages réjouis du Bienfaiteur et de la Sublime Matrone, l'orgueilleuse maman.

– La fête au Bouc

L'apparence est le miroir de l'âme, dit, philosophe, Trujillo.Si quelqu'un se présente puant et la morve au nez, ce n'est pas une personne à qui l'on confierait l'hygiène publique, tu ne crois pas ?

– La fête au Bouc

Sais-tu pourquoi je n'ai jamais pu te pardonner ? Parce qu tu ne l'as jamais vraiment regretté. Après avoir servi le Chef durant tant d'années, tu avais perdu tout scrupules, toute sensibilité, toute trace de rectitude. A l'image de tes collègues. Et peut-être du pays entier. Était-ce la condition sine qua non pour se maintenir au pouvoir sans mourir de dégoût ? Perdre son âme, devenir un monstre comme ton Chef. Rester impassible et content...

– La fête au Bouc

Les bons, les grands romans n'ont pas l'air de nous raconter une histoire, ils nous la font vivre et nous la ont partager, si fort est leur pouvoir de persuasion.

– Lettres à un jeune romancier

Ecrire est une façon de vivre, disait Flaubert. En d'autres termes, celui qui fait sienne cette belle, cette absorbante vocation, n'écrit pas pour vivre mais vit pour écrire.

– Lettres à un jeune romancier

La fiction est un mensonge qui recouvre une vérité profonde.

– Lettres à un jeune romancier

Les écrivains qui refusent leurs propres démons et s'imposent certains sujets, en ne croyant pas les premiers assez originaux ou séduisants, à l'inverse des seconds, se trompent du tout au tout. Un sujet en littérature n'est ni bon ni mauvais. Il peut être les deux à la fois ; cela ne dépend pas du thème en soi, mais de ce qu'il devient en se matérialisant en roman à travers une forme, une écriture, une structure narrative.

– Lettres à un jeune romancier

Vous découvrirez vite que les prix, la reconnaissance publique, les gros tirages, le prestige social d'un écrivain suivent un chemin sui generis ; arbitraire au plus haut point, car ignorant obstinément les plus dignes pour harceler et accabler ceux qui le méritent le moins.

– Lettres à un jeune romancier

Le mauvais roman, à faible pouvoir de persuasion, ou qui en est dépourvu, ne nous convainc pas de la vérité de son mensonge ; il nous apparaît alors comme tel, un «mensonge», un artifice, une invention arbitraire et sans vie propre ; semblable aux marionnettes empotées d'un médiocre guignol qui laissent voir les fils manipulés par leur créateur, caricatures d'êtres vivants, dont les prouesses ou les souffrances peuvent difficilement nous émouvoir : en vérité, ce sont des attrape-nigauds sans âme et sans liberté, des vies d'emprunt dépendant dun maître omnipotent.

– Lettres à un jeune romancier

J'ose vous assurer comme une loi sans exception (une autre des très rares dans le monde de la fiction) que le temps des romans est construit à partir du temps psychologique, et non du chronologique.

– Lettres à un jeune romancier

Il y aura toujours dans une fiction ou un poème réussis un élément ou une dimension qui échappera à l'analyse critique rationnelle. Car la critique est un exercice de la raison et de l'intelligence, alors que la création littéraire, outre ces facteurs, fait intervenir, parfois de façon déterminante, l'intuition, la sensibilité, la divination, voire le hasard, qui échappent toujours aux mailles les plus fines de la recherche critique. C'est pourquoi il est impossible d'apprendre à un autre à créer ; tout au plus peut-on lui apprendre à écrire et à lire. Le reste, chacun l'apprend soi-même en trébuchant, en tombant et en se relevant sans cesse.p.143

– Lettres à un jeune romancier

De fait, le jeu de la littérature n'est pas inoffensif. Produit d'une insatisfaction intime vis à vis de la vie véritable, la fiction est aussi source de malaise et de frustration. Car celui qui par la littérature vit une grande fiction - comme celles de Cervantes ou de Flaubert que j'ai citées - devient dans la vie réelle plus allergique à ses limites et ses imperfections, averti par ces magnifiques chimères de son infinie médiocrité en regard de l'univers du roman. Cette inquiétude face au monde réel qu'alimente la bonne littérature peut, dans certains cas, se traduire aussi par une attitude de révolte contre l'autorité, les institutions ou les croyances établies.

– Lettres à un jeune romancier

D'où vient cette disposition précoce à inventer êtres et histoires, point de départ de la vocation d'écrivain ? Je crois que la réponse est la révolte. Je suis convaincu qu'en divaguant sur des vies hors de la réalité, l'écrivain manifeste indirectement un refus critique de la vie et du monde véritables, et un désir de les peindre suivant son imagination et ses désirs. Pourquoi consacrer son temps à quelque chose d'aussi évanescent et chimérique - la création de réalités fictives - si l'on est intimement satisfait de la réalité véritable, de la vie telle qu'on la vit ?

– Lettres à un jeune romancier

L'amour fait des miracles

– Les Chiots

C'étaient des hommes mûrs maintenant et nous avions tous femme, bagnole et enfants qui étudiaient au Champagnat, à l'Immaculée ou au Santa Maria, et ils se faisaient construire une résidence secondaire à Ancon, Santa Rosa ou sur les plages du Sud, et nous commencions à grossir et à avoir des cheveux blancs, avec de la bedaine, des chairs molles, à porter des lunettes pour lire, à sentir des lourdeurs d'estomac après avoir mangé et bu et sur leur peau apparaissaient déjà quelques taches de rousseur, certaines petites rides.

– Les Chiots

il vomit : petite nature, lui disions-nous, et aussi quel gâchis, rejeter comme ça la bière avec ce que ça coûte, quel gaspillage

– Les Chiots

" Eux aussi, Cuéllar, au début on faisait gaffe, mec, ça leur échappait, vieux , pas fait exprès, frérot, not' pote, soudain Petit-Zizi et lui, tout rouge, quoi? ou pâle toi aussi, Ouistiti? les yeux écarquillés, excuse-moi mon vieux, voulais pas te blesser, lui aussi, son ami aussi?

– Les Chiots

Sa seule présence chez les membres de la Force publique produisait un effet d'intimidation : les yeux des Noirs, Négresses et Négrillons s'agrandissaient quand ils la reconnaissaient, le blanc, dans leur visage d'encre ou bleuté, étincelait d'effroi à imaginer qu'à la moindre erreur ou faute, au moindre faux pas, la chicotte cinglerait l'air de son sifflement caractéristique et tomberait sur leurs jambes, leurs fesses et leur dos, en les faisant hurler.

– Le rêve du Celte

« Trois amants en une nuit, dont deux marins. Ils me l'ont fait six fois ! Arrivé à l'hôtel en marchant les jambes écartées comme une parturiente. » Au milieu de sa mauvaise humeur, l'énormité de ce qu'il venait d'écrire lui flanqua le fou rire. Lui, si policé, si délicat dans son vocabulaire avec les gens, il éprouvait toujours, dans l'intimité de son journal, un besoin invincible d'écrire des obscénités. Pour des raisons qu'il ne comprenait pas, la coprolalie lui faisait du bien.

– Le rêve du Celte

Je suis au bord de la folie. Un être humain normal ne peut plonger tant de mois dans cet enfer sans y laisser sa santé, sans succomber à un dérangement mental. Certaines nuits, dans mes insomnies, je sens que c'est mon cas. Quelque chose se désagrège dans mon cerveau. Je vis dans une angoisse constante. Si je continue à me frotter à ce qui se passe ici, je finirai moi aussi par administrer des coups de chicotte, par couper des mains, et assassiner des Congolais du matin au soir sans le moindre état d'âme, ni en avoir l'appétit coupé. Parce que c'est ce qui arrive aux Européens dans ce maudit pays.

– Le rêve du Celte

Toute l'histoire serait-elle ainsi ? Celle qu'on apprenait à 'école ? Celle écrite par les historiens ? Une construction plus ou moins idyllique, rationnelle et cohérente de ce qui, dans la réalité pure et dure, avait été un chaotique et arbitraire enchevêtrement de plans, de hasards, ayant entraîné changements, bouleversements, avancées et reculs, toujours inattendus et surprenants par rapport à ce qui avait été anticipé ou vécu par les protagonistes.

– Le rêve du Celte

Il se dit une fois de plus que sa vie avait été une contradiction permanente , une succession de confusions et d'imbroglios monstrueux , où la vérité de ses intentions et de ses comportements finissent toujours par être , du fait du hasard ou de sa propre maladresse , obscurcie , distordue , transformée en mensonge .

– Le rêve du Celte

"Avant d'aller au Congo, je n'étais qu'un pauvre animal"...Cela Roger était tout à fait à même de le comprendre. Lui aussi, le Congo l'avait humanisé, si être humain voulait dire connaitre les extrêmes auxquels peuvent atteindre la cupidité, l'avarice, les préjugés, la cruauté. C'était cela , la corruption morale, oui : quelque chose qui n'existait pas chez les animaux, une exclusivité des humains. Le Congo lui avait révélé que ces choses-là faisaient partie de la vie. Il lui avait ouvert les yeux, L'avait " dépucelé ", lui aussi ...

– Le rêve du Celte

Chacun de nous est, successivement, non pas un, mais plusieurs. Et ces personnalités successives, qui émergent les unes des autres, présentent le plus souvent entre elles les contrastes les plus étranges et les plus saisissants.José Enrique Rodó « Motivos de Proteo »

– Le rêve du Celte

Il n'étai ni athée ni agnostique, mais quelque chose de plus incertain, un indifférent qui ne niait pas l'existence de Dieu - le "principe premier"- mais incapable de se sentir à l'aise au sein d'une église, solidaire et fraternellement relié aux autres fidèles, faisant partie d'un dénominateur commun.

– Le rêve du Celte

Etait-il possible que dans l'Irlande future l'anglais puisse reculer et, grâce à l'école, à la presse, aux sermons des curés et aux discours des politiques, soit remplacé par la langue des Celtes ? En public, Roger disait que oui, que c'était non seulement possible, mais également nécessaire, pour que l'Irlande récupère sa personnalité authentique.Ce serait un processus lent, sur plusieurs générations, mais inévitable, car ce n'est que lorsque le gaélique serait redevenu la langue nationale que l'Irlande serait libre.Mais la réalité avait trop avancé dans une direction pour pouvoir reculer.L'anglais était devenu la langue de la communication, de la conversation, de l'existence et des sentiments d'une large majorité des Irlandais, et vouloir y renoncer était un caprice politique qui ne pouvait déboucher que dans une confusion babélique et convertir son Irlande bien-aimée en une curiosité archéologique, coupée du reste du monde.

– Le rêve du Celte

La méchanceté qui nous empoisonne est partout où il y a des êtres humains, et ses racines plongent profondément dans nos cœurs.

– Le rêve du Celte

Malgré l'échec, les erreurs, les imprudences, il était fier. Pour la première fois il avait l'impression d'avoir fait quelque chose qui en valait la peine, d'avoir fait avancer, quoique de façon infinitésimale, la révolution. Il n'avait pas , comme d'autres fois lorsqu'il avait été pris, l'impression du gâchis. Ils avaient échoué, mais la preuve était faite: quatre hommes décidés et une poignée d'écoliers avaient occupé une ville, désarmé les forces de l'ordre, dévalisé deux banques, fui dans les montagnes.

– Histoire de Mayta

Mais as-tu pensé que même se corrompre n'est pas facile dans notre pays? Il faut l'occasion. La plupart des gens sont honnêtes parce qu'ils n'ont pas d'autre alternative, ne crois-tu pas? T'es-tu demandé si Mayta avait eu l'occasion de se corrompre?

– Histoire de Mayta

La fonction du journalisme à notre époque, ou, du moins, dans notre société ( à Lima ), n'était pas d'informer, mais de faire disparaître toute distinction entre le mensonge et la vérité, de remplacer la réalité par une fiction où se manifestait la masse abyssale de complexes, de frustrations, de haines et de traumatismes d'un public rongé par le ressentiment et l'envie.

– Le héros discret

Elle, une femme très grosse et très grande, aux joues comme des jambons, noyée dans une sorte de tunique écrue qui lui arrivait aux chevilles et couverte d'un gros tricot vert caca d'oie. Mais le plus étrange était l'absurde bibi plat à voilette planté sur sa tête, qui lui donnait une air caricatural. L'homme , en revanche, menu, petit, rachitique, semblait empaqueté dans un étroit complet gris perle très cintré et un gilet bleu fantaisie des plus criards. Lui aussi portait un chapeau, enfoncé jusqu'au milieu du front. Ils avaient un air provincial, semblaient égarés et déconcertés dans la foule de l'aéroport, et regardaient tout avec appréhension et méfiance. On eût dit qu'ils s'étaient échappés d'un de ces tableaux expressionnistes pleins de gens extravagants et disproportionnés du Berlin des années vingt, peints par Otto Dix ou George Grosz.

– Le héros discret

… cette inquiétude subliminale qui affleurait chez lui quand il volait, ce souvenir qu'il était à dix mille mètres d'altitude — dix kilomètres —, glissant à une vitesse de neuf cents ou mille kilomètres à l'heure, et que, dehors, la température était de moins cinquante ou soixante degrés. Ce n'était pas exactement de la peur qu'il éprouvait en vol, mais quelque chose de plus intense, la certitude que ce serait à tout moment la fin, la désintégration de son corps en un fragment de seconde, et, peut-être, la révélation du grand mystère, savoir ce qu'il y avait au-delà de la mort, si tant est qu'il y eût quelque chose, (p. 475)

– Le héros discret

Il fit les exercices de qi gong. [..]La posture de l'arbre qui se balance en avant et en arrière, de gauche à droite et en rond, poussé par le vent. Les pieds bien plantés dans le sol et en essayant de faire le vide dans sa tête, il se balançait, cherchant le centre. Chercher le centre. Ne pas oublier le centre. Lever les bras et et les abaisser très lentement, une petite pluie qui tombait du ciel en rafraîchissant son corps et son âme, en apaisant ses nerfs et ses muscles. Maintenir le ciel et la terre à leur place et les empêcher de se toucher, avec les bras.

– Le héros discret

Tu devrais lire un peu la Bible, fiston. Au moins le Nouveau Testament. Le monde où nous vivons est plein de références bibliques et si tu ne les comprends pas tu vivras dans la confusion et l'ignorance totale. (Gallimard, p.128)

– Le héros discret

La fonction du journaliste à notre époque , ou , du moins , dans notre société , n'était pas d'informer , mais de faire disparaître toute distinction entre le mensonge et la vérité , de remplacer la réalité par une fiction où se manifestait la masse abyssale de complexes , de frustrations , de haines et de traumatismes d'un public rongé par le ressentiment et l'envie .Une autre preuve que les petits espaces de civilisation ne prévaudraient jamais sur l'incommensurable barbarie.

– Le héros discret

" Dans ce pays, on ne peut construire un espace de civilisation, même minuscule, conclut-il. La barbarie finit par tout dévaster. " Et une fois de plus il accusa, comme chaque fois qu'il se sentait déprimé, son erreur de jeunesse quand il avait décidé de ne pas émigrer et de rester là, dans Lima l'Horrible, convaincu qu'il pourrait organiser sa vie de telle sorte que, même si pour des raisons alimentaires il devait passer plusieurs heures par jour plongé dans le bruit mondain des Péruviens de classe élevée, il aurait une vraie vie dans cette enclave pure, belle, noble, faite de choses sublimes, qu'il se fabriquerait comme alternative au joug quotidien. C'est alors qu'il avait eu l'idée des espaces salvateurs.

– Le héros discret

"Ainsi le mal était le fils de la liberté, une création humaine"

– Le héros discret

Et une fois de plus, comme si souvent dans sa vie, Felicito se remémora les mots de son père sur son lit de mort : "Te laisse jamais marcher dessus par personne, mon fils. Ce conseil est le seul héritage que tu vas avoir". Il l'avait écouté, il ne s'était jamais laissé marcher dessus. Et avec son demi-siècle et quelque sur le dos il était trop vieux pour changer d'habitudes.

– Le héros discret

Dans la vie, c'est toujours comme ça. Les bonnes choses, elles ont toujours leur mauvais petit coté, et les mauvaises, leur bon petit coté.

– Le héros discret

Les frontières nationales ne reflètent pas les véritables différences existant en Amérique latine, marquées au sein de chaque pays et, de façon transversale, englobant des régions et des groupes de pays. Il y a une Amérique latine occidentalisée, qui parle espagnol, portugais et anglais (dans la Caraïbe et en Amérique centrale), qui est catholique, protestante, athée ou agnostique, et une Amérique latine indigène qui, dans des pays comme le Mexique, le Guatemala, l'Équateur, le Pérou et la Bolivie, comprend des millions de personnes, conservant des institutions, des pratiques et des croyances d'origine précolombienne. Mais l'Amérique indigène n'est pas homogène, elle est, à son tour, un autre archipel et connaît différents niveaux de modernisation.

– Dictionnaire amoureux de l'Amérique latine

Neuda reconnaîtrait-il son pays transformé ? Ses dernières années coïncidèrent avec le coup d'Etat auquel menèrent les années d'anarchie et la démagogie de l'Unité populaire. Il put deviner les terribles violences qu'entraînerait la dictature militaire du général Pinochet, et les dernières lignes qu'il écrivit sur son lit de mort sont pleines de désolation et d'amertume pour l'avenir de sa patrie. Il est vrai que ce furent des années terribles, d'un monolithisme et d'une dureté comme le Chili n'en avait jamais connu ; mais ces années furent aussi celles de réformes économiques qui allaient révolutionner radicalement la société chilienne, la projetant vers un progrès sans précédent en Amérique latine et peu comparable à celui d'autres régions du monde.

– Dictionnaire amoureux de l'Amérique latine

Seul le domaine culturel a réellement réussi cette intégration latino-américaine, imposée par l'expérience et la nécessité : tous ceux qui écrivent, composent, peignent et vivent de la création découvrent que ce qui les unit est beaucoup plus fort que ce qui les sépare des autres Latino-Américains - alors qu'en matière politique, économique surtout, les tentatives d'unification des gouvernements et des marchés ont toujours été freinées par les réflexes nationalistes, hélas ! très enracinés sur tout le continent : tous les organismes conçus pour unir la région, depuis le Pacte andin jusqu'au Mercosur, n'ont jamais prospéré.

– Dictionnaire amoureux de l'Amérique latine

Ecrire des romans est une expérience passionnante, peut-être la plus fascinante de toutes, mais on ne peut la taxer d'expérience divertissante. L'écriture est, au départ, une expérience triste qui vous isole à tel point qu'on en éprouve une immense insécurité. [...] Puis, quand le processus s'enclenche et avance, les jours, les semaines, les mois passant, on se retrouve plongé dans ce monde de création, au début si diffus et si obscur. A un moment donné, on sent qu'il y a là des forces et des orientations qui s'imposent à vous ; les personnages évoluent dans certaines directions, il y a des choses qui ne peuvent se faire, on perçoit des résistances intimes et de nouveaux rapports. C'est un moment absolument merveilleux où l'on se sent réellement tout entier immergé dans le livre, comme si on découvrait dans ce monde qui est là un visage secret - qui n'est autre qu'un pan obscur de sa propre personnalité.(article "Humour")

– Dictionnaire amoureux de l'Amérique latine

La vie réelle, la vie véritable n'a jamais suffi ni ne réussira jamais à combler les désirs humains. Et sans cette insatisfaction vitale que les mensonges de la littérature excitent et apaisent à la fois, il n'y a jamais d'authentique progrès. (p.22-23)

– La vérité par le mensonge

Quand elle produit librement sa vie alternative, sans autre contrainte que les limites de son créateur, la littérature élargit la vie humaine, en lui ajoutant cette dimension qui alimente notre vie cachée: cette chose impalpable et fugace, mais précieuse, que nous vivons seulement en nous mentant. (p.23)

– La vérité par le mensonge

Ce que nous sommes comme individus et ce que nous avons voulu être et n'avons pu être vraiment, ce que nous avons dû, par conséquent, imaginer et inventer - notre histoire secrète - , seule la littérature sait le raconter. C'est pourquoi Balzac a écrit que le roman était "l'histoire privée des nations". p.24)

– La vérité par le mensonge

Tout bon roman dit la vérité et tout mauvais roman n'est que tissu de mensonges. Car "dire la vérité" pour un roman cela signifie faire vivre au lecteur une illusion et "mentir" être incapable de réussir cette supercherie. (p.14)

– La vérité par le mensonge

Les régimes qui aspirent à contrôler totalement la vie se méfient des fictions et les soumettent à la censure. Sortir de soi-même, être autre, même de façon illusoire, c'est une façon d'être moins esclave et de courir le risque de la liberté. (p.17)

– La vérité par le mensonge

La meilleure démonstration qu'une société est ouverte, au sens où l'entend Karl Popper, c'est qu'il en va ainsi: autonomes et différentes, la fiction et l'histoire coexistent, sans que l'une envahisse ou usurpe les domaines ou les fonctions de l'autre. (p.20)

– La vérité par le mensonge

- C'est ce que tu veux faire de ta vie ? Rien que cela ? Tous ceux qui viennent à Paris aspirent à devenir peintres, écrivains, musiciens, acteurs, metteurs en scène, à faire un doctorat ou la révolution. Et toi tu veux seulement cela, vivre à Paris ? Je ne l'ai jamais encaissé, mon vieux, je dois te le dire.- Je sais bien, mais c'est la pure vérité, Paul. Petit, je disais que je voulais être diplomate, mais c'était seulement pour qu'on m'envoie à Paris. C'est ce que je veux : vivre ici. Cela te semble peu ?

– Tours et détours de la vilaine fille

Bien qu'on dise que seuls les imbéciles sont heureux, j'avoue que je me sentais heureux. Partager mes jours et mes nuits avec la vilaine fille remplissait ma vie. Malgré ses gestes tendres, en comparaison de son attitude glaciale d'autrefois, elle était parvenue, en effet, à me faire vivre dans l'inquiétude, avec l'appréhension qu'un beau jour, et de la façon la plus inattendue, elle recommencerait et s'évanouirait dans la nature sans me dire adieu.

– Tours et détours de la vilaine fille

- Ton gagne-pain est en danger, me prévint-il. Un traducteur littéraire qui aspire à devenir écrivain, c'est dire qu'il sera, presque toujours, un plumitif frustré. Quelqu'un qui ne se résignera jamais à disparaitre dans son métier, comme nous le faisons, nous, en bons interprètes. Ne renonce pas à ta condition d'individu inexistant, mon cher, à moins que tu ne veuilles finir clochard.

– Tours et détours de la vilaine fille

- [...] Les amitiés ici sont très superficielles, il faut le dire. Les Anglais n'ont pas de temps à perdre avec l'amitié.

– Tours et détours de la vilaine fille

Mais il n'en alla pas ainsi, parce que dans cette vie les choses se passent rarement comme nous, les pitchounets, les envisageons.

– Tours et détours de la vilaine fille

Il m'avait suffit de la voir pour reconnaître que, tout en sachant pertinemment que toute relation avec la vilaine fille était vouée à l'échec, la seule chose que je désirais vraiment dans la vie, avec cette passion que d'autres mettent à courir après la fortune, la gloire, le succès ou le pouvoir, c'était de l'avoir elle, avec tous ses mensonges, ses caprices, son égoïsme et ses disparitions.

– Tours et détours de la vilaine fille

Depuis que j'avais l'âge de raison, je rêvais d'habiter Paris. Probablement à cause de mon père et de ces romans de Paul Féval, de Jules Vernes, d'Alexandre Dumas et de tant d'autres qu'il m'avait fait lire, .avant de se tuer dans l'accident qui m'avait laissé orphelin. Ces livres m'avaient farci la tête d'aventures et persuader qu'en France la vie était plus riche, plus joyeuse, plus belle, et tout et tout, que nulle part ailleurs.

– Tours et détours de la vilaine fille

C'étaient des écrivains qui n'écrivaient pas, des peintres qui ne peignaient pas, des musiciens qui ne jouaient ni ne composaient, bref, des révolutionnaires de café qui se défoulaient de leur frustration, de leur envie et de leur ennui (...)

– Tours et détours de la vilaine fille

Pour tout le monde, il est plus difficile de vivre dans la vérité que dans le mensonge.

– Tours et détours de la vilaine fille

De cela aussi j'en voulais à Kuriko. Par sa faute, chez moi, les illusions qui font de l'existence quelque chose d'autre qu'une somme de routines s'était envolées. Parfois je me sentais vieux.

– Tours et détours de la vilaine fille

Le fleuve de soldats, chevaux, canons, charrettes est sans fin. "C'est un crotale", pense Parjeù. Chaque bataillon en constitue les anneaux, les uniformes les écailles, la poudre des canons le venin avec lequel il empoisonne ses victimes.

– La Guerre de la fin du monde

La raison avait pu soumettre le sexe dans la veille, non dans les rêves. Bien des nuits ces années-là, quand il s'endormait, des formes féminines tentatrices se glissaient dans son lit, se collaient contre son corps et lui arrachaient des caresses. Il rêva ou pensa qu'il lui en avait coûté plus d'effort pour résister à ces fantômes qu'aux femmes en chair et en os et il se rappela qu'à l'instar des adolescents ou compagnons enfermés en prison de par le vaste monde, bien des fois il avait fait l'amour avec ces silhouettes impalpables que fabriquait son désir.

– La Guerre de la fin du monde

''qui se soucie beaucoup de son corps peut négliger son âme''

– La Guerre de la fin du monde

Ces gens-là ne volent, ne tuent ni n'incendient quand ils sentent un ordre, quand ils voient que le monde est organisé, car personne ne sait mieux qu'eux respecter les hiérarchies, dit le baron d'une voix ferme. Mais la République a détruit notre système avec des lois irréalistes, remplaçant le principe d'obéissance par celui des enthousiasmes dans fondement. Une erreur du maréchal Floriano, mon colonel, parce que l'idéal social réside dans la tranquillité, non dans l'enthousiasme.

– La Guerre de la fin du monde

Le Chien ou le Père, l'Antéchrist ou le Bon Jésus. Ils savaient à l'instant quel fait procédait de l'un ou de l'autre, s'il était bénéfique ou maléfique. Ne les enviez-vous pas ? Tout devient facile si l'on est capable d'identifier le mal ou le bien derrière chaque chose qui se produit.

– La Guerre de la fin du monde

« - Es-tu Pajeu ? demanda-t-il à la fin. - Oui, acquiesça l'homme. Aristarco demeurait derrière lui comme une statue. - Tu as fait autant de ravages sur cette terre que la sécheresse, dit le baron. Avec tes vols, tes crimes, tes pillages. - C'était autrefois, répondit Pajeu sans ressentiment, avec une pitié secrète. J'ai commis dans mon existence des péchés dont j'aurais à rendre compte. Maintenant je ne sers plus le Chien mais le Père. Le baron reconnut ce ton: c'était celui des prédicateurs des Saintes Missions, celui des sectes itinérantes qui arrivaient à Monte Santo, celui de Moreira Cesar, celui de Galileo Gall. Le ton de la certitude absolue, pensa-t-il, celui de ceux qui ne doutent jamais. Et pour la première fois, il sentit la curiosité d'entendre le Conseiller, cet individu capable de transformer un coquin en fanatique. - Pourquoi es-tu venu ? Que veux-tu ? - Brûler Calumbi, dit-il d'une voix neutre. - Brûler Calumbi ? La stupeur changea l'expression, la voix et l'attitude du baron. - La purifier, expliqua le caboclo lentement. Après avoir tant sué, cette terre mérite le repos. »

– La Guerre de la fin du monde

Canudos n'est pas une histoire mais un arbre d'histoires

– La Guerre de la fin du monde

Ce ne sont pas toujours des raisons élevées, sublimes, qui expliquent toujours l'héroïsme. Il y a aussi le préjugé, l'étroitesse d'esprit, les idées les plus sottes.

– La Guerre de la fin du monde

Sa femme appartenait au baron, oui, comme une chèvre ou une génisse. Il lui a offerte comme épouse. Rufino lui-même parle de lui comme s'il avait été sa propriété. Sans rancœur, avec une gratitude canine. Intéressant, senhor Gonçalves. Le Moyen Âge est ici encore vivant.

– La Guerre de la fin du monde

Je lui expliquai que l'amour n'existait pas, que c'était une invention d'un Italien appelé Pétrarque et des troubadours provençaux. Que ce que les gens croyaient être un jaillissement cristallin de l'émotion, une pure effusion du sentiment, était le désir instinctif des chats en chaleur dissimulé sous les belles paroles et les mythes de la littérature. Je ne croyais rien à cela, mais je voulais me rendre intéressant.

– La tante Julia et le scribouillard

- Ce qu'il y a de terrible pour une femme divorcée, ce n'est pas que tous les hommes se croient obligés de te faire des propositions, m'informait tante Julia. Mais qu'ils pensent, puisque tu es une femme divorcée, qu'il n'est pas besoin de romantisme. Ils ne te font pas la cour, ils ne t'adressent pas de propos galants, ils te proposent la chose de but en blanc le plus vulgairement du monde. Ça me met hors de moi. [...]

– La tante Julia et le scribouillard

[...] je lui affirmai que, quelles que soient les différences, l'amour basé sur le physique pur durait peu. Avec la disparition de la nouveauté, avec la routine, l'attrait sexuel diminuait et finalement mourait (surtout chez l'homme), et le couple ne pouvait alors survivre que s'il y avait entre eux d'autres aimants : spirituels, intellectuels, moraux.

– La tante Julia et le scribouillard

Et elle me rappela que la famille se faisait des illusions sur mon compte, que j'étais l'espoir de la tribu. C'était vrai : ma cancéreuse famille attendait de moi que je devienne un jour millionnaire, ou, dans le pire des cas, président de la République.

– La tante Julia et le scribouillard

Nous analysâmes, Javier et moi, les possibilités qu'avait Pedro Camacho de matérialiser ses visées homicides sur le Grand Pablito et nous convînmes que le sort de ce dernier dépendait exclusivement des sondages : si la progression d'écoute des feuilletons se maintenait, il serait sacrifié sans miséricorde.

– La tante Julia et le scribouillard

C'étaient naturellement les mots "art" et "artistiques" qui revenaient le plus souvent dans ce fiévreux discours, comme quelque formule magique qui ouvrait et expliquait tout. Mais, plus insolite que les paroles du scribe bolivien, il fallait voir la ferveur avec laquelle il les proférait et, peut-être plus encore, l'effet qu'elles provoquaient. Il parlait en gesticulant et en se dressant, de la voix fanatique de l'homme qui est en possession d'une vérité urgente et doit la propager, la partager, l'imposer.

– La tante Julia et le scribouillard

Je tentai la même enquête auprès des autres parents et les résultats furent indécis. Les tantes Gaby, Laura, Olga et Hortensia aimaient les feuilletons radio parce qu'ils étaient amusants, tristes ou puissants, parce qu'ils distrayaient et les faisaient rêver, vivre des choses impossibles dans la vie réelle, parce qu'ils enseignaient quelques vérités ou parce qu'elles se sentaient l'âme romantique.

– La tante Julia et le scribouillard

Je lui racontais toute ma vie, pas ma vie passée mais celle que j'aurais plus tard, quand je vivrais à Paris et serais écrivain. Je lui dis que je voulais écrire depuis que j'avais lu pour la première fois Alexandre Dumas, et que je rêvais depuis de me rendre en France et de vivre dans une mansarde, dans le quartier des artistes, entièrement voué à la littérature, la chose la plus formidable au monde.p.114

– La tante Julia et le scribouillard

Tout d'abord il n'avait eu que des mâles, au nombre de deux. Mais voilà, jamais il n'avait pensé que doña Zoila pût enfanter des femelles. Rude coup pour lui. La première fille constitua une déception, quelque chose qu'on pouvait attribuer au hasard. Mais comme la quatrième grossesse déboucha aussi sur un être sans phallus ni testicules visibles, don Federico atterré à l'idée de procréer désormais des êtres incomplets, interrompit drastiquement toute velléité de descendance (ce pourquoi il remplaça le grand lit dans leur chambre par deux lits jumeaux.)

– La tante Julia et le scribouillard

Je suis quelqu'un qui déteste les demi-teintes, l'eau trouble, le café faible. J'aime le oui ou le non, les hommes virils et les femmes féminines, le jour ou la nuit. Dans mes œuvres il y a toujours des aristocrates ou la plèbe, des prostitués ou des madones. La mésocratie ne m'inspire pas plus moi que mon public.- Vous ressemblez aux écrivains romantiques, eus-je l'idée de lui dire, malencontreusement.- En tout cas, ce sont eux qui me ressemblent, sauta-t-il sur sa chaise avec ressentiment. Je n'ai jamais plagié personne. On peut me reprocher tout sauf cette infamie. En revanche, moi, on m'a volé de la façon la plus inique.

– La tante Julia et le scribouillard

L'important est de ne pas perdre patience et de laisser arriver ce qui doit arriver. Si l'homme vit tranquille, sans s'impatienter, il a le temps pour réfléchir et se rappeler. (196)

– L'homme qui parle

Le spectacle de la foi solide, inébranlable, qui pousse un homme à lui consacrer sa vie et à accepter en son nom toutes sortes de sacrifice, m'a toujours à la fois ému et effrayé, car je lis dans cette attitude tout à la fois l'héroïsme et le fanatisme, l'altruisme et le crime

– L'homme qui parle

Nous prétendions prouver aux téléspectateurs qu'une émission culturelle n'était pas forcément anesthésique, ésotérique ou pédante, mais qu'elle pouvait être amusante et à la porté de n'importe qui, car la «culture» n'était pas synonyme de science, littérature ou tout autre savoir spécialisé, mais plutôt une façon de s'approcher des choses, un point de vue susceptible d'aborder tous les sujets humains.

– L'homme qui parle

La mémoire est un piège absolu: elle corrige, elle accommode subtilement le passé en fonction du présent.

– L'homme qui parle

L'homme qui parle, où les parleurs, devaient être quelque chose comme les courriers de la communauté. Les personnages qui se déplaçaient d'un hameau à l'autre, sur le vaste territoire ou s'éparpillaient les Machiguengas, rapportant aux uns ce que faisaient les autres, les informant réciproquement des événements, des aventures et des infortunes de ces frères qu'ils ne voyaient que rarement ou jamais. Le nom les définissait. Ils parlaient. Leur bouche était le lien et le ciment de cette société que la lutte pour la survie avait obligé à se fractionner et se disperser aux quatre vents. Grâce aux parleurs, les parents avaient des nouvelles de leurs enfants, les frères de leurs sœurs, et grâce à eux ils apprenaient les morts, naissances et autres accidents de la tribu. (98)

– L'homme qui parle

Quelle illusion que de vouloir préserver ces tribus telles qu'elles étaient, telles qu'elles vivaient ! En premier lieu, ce n'était pas possible. Elles étaient toutes contaminées, les unes plus lentement, les autres plus rapidement, par des influences occidentales et métisses. De surcroît, fallait-il souhaiter cette préservation chimérique ? Quelle utilité que ces tribues continuent à vivre comme elles le faisaient et comme les anthropologues puristes du genre de Saúl le voulaient ! Les primitiviste les rendaient victimes, plutôt, des pires privations et cruautés. (79)

– L'homme qui parle

Heureusement que nous savons marcher. Heureusement que nous avons marché tant de temps. Heureusement que nous avons toujours changer d'endroit. Que serions-nous devenus si nous avions été de ceux qui ne bougent pas ? Nous aurions disparu qui sait où. C'est ce qui s'est passé pour beaucoup, pendant la saignée des arbres. Il n'y a pas de mots pour dire combien nous sommes favorisés par la fortune. (59)

– L'homme qui parle

Il y avait toujours de quoi manger. Il n'y avait pas de guerre. Les fleuves débordaient de poissons et les forêts de bêtes. Les Mashcos n'existaient pas. Les hommes de la terre étaient forts, sages, serains et unis. Ils étaient paisibles et sans rage. Avant que n'arrive après. (43)

– L'homme qui parle

Dans la tente de campagne de l'état-major du régiment N° 17 de Chiclayo, près du fracas des obus, du rataplan de la mitraille et des sèches éructations des balles des compagnies d'avant-garde qui viennent de commencer les manœuvres de fin d'année, le lieutenant Pantaleon Pantoja, qui, debout devant un tableau et un panneau de cartes, explique aux officiers, d'une voix ferme et métallique, les stocks, système de distribution et prévisions de par cet d'approvisionnements, est soudain invisiblement soulevé du sol, de la réalité la plus immédiate par un courant foudroyant, ardent, effervescent, émulsif et crépitant qui brûle, cuit, exacerbe, multiplie, supplicie, affole le vestibule anal et le couloir rectal et se déploie comme une araignée entre ses fesses, mais lui, brusquement livide, subitement inondé de sueur, le cul secrètement froncé avec une obstination forcenée, la voix à peine voilée par un tremblement, il continue à émettre des chiffres, à produire des formules, à additionner et soustraire. « Il faut te faire opérer Pantita », murmure maternellement Mme Leonor. « Fais-toi opérer mamour », répète, doucement, Pochita. « Qu'on te les enlève une bonne fois, mon frère, fait écho le lieutenant Luis Rengifo Flores, c'est plus facile à opérer qu'un phimosis et à un endroit moins dangereux pour la virilité. » Le Major Antipa Negron, de la Santé militaire, rit aux éclats : « Je vais décapiter ces trois hémorroïdes d'un seul coup, comme si c'étaient des têtes d'enfants en beurre, mon cher Pantaleon. »

– Pantaleón et les Visiteuses

...Vraiment ces provinciaux sont si affolés par les filles de Pantoja ?- Affolés, mon général ? - se prend le pouls, se regarde la langue, dessine des croix sur son buvard le général Scavino. Ce matin j'ai eu dans mon bureau l'évêque avec son état-major de curés et de bonnes soeurs.- J'ai le regret de vous annoncer que si le dénommé Service des Visiteuses ne disparaît pas, j'excommunierai tous ceux qui y travaillent ou l'utilisent - entre dans le bureau, fait un salut de la tête, ne sourit pas, ne s'assoit pas, nettoie son anneau et le présente l'Evêque. Les limites minimales de la décence ont été violées, général Scavino.

– Pantaleón et les Visiteuses

Un très bon livre. La fin est surprenante

– Pantaleón et les Visiteuses

Que dans son désir de ne pas ménager ses efforts pour le meilleur accomplissement de la mission que ses supérieurs lui ont confiée et au péril même de sa santé physique et de la stabilité familiale, le soussigné a également décidé d'éprouver sur sa personne quelques-unes des recettes que la sagesse et la luxure populaires du Loreto proposent pour le retour ou l'accroissement de la virilité, vulgairement appelées, qu'on lui passe l'expression, redresse-morts ou, pire encore, relève-bittes...

– Pantaleón et les Visiteuses

Je n'arrive pas à savoir si vous êtes un con angélique ou un cynique du braquemart.

– Pantaleón et les Visiteuses

Une fois de plus le soussigné se permet d'exhorter les supérieurs pour qu'ils fassent un pas vigoureux et audacieux en avant, et permettent que le S.V.G.P.F.A. accroisse son équipe opérationnelle de 20 à 30 visiteuses, ce qui représentera un progrès important en direction de l'encore lointaine satisfaction de ce que la science appelle la "plénitude virile" de nos soldats de l'Amazonie.

– Pantaleón et les Visiteuses

La plupart exigeant une série de variantes, élaborations, fioritures, distorsions et complications qui correspondent à ce qu'on a coutume d'appeler aberrations sexuelles. Que dans la gamme variée de prestations proposées, figurent depuis la simple masturbation effectuée par la prostituée (manuelle : 50 sols ; buccale ou "pompier" : 200), jusqu'à l'acte sodomite (en termes vulgaires "porte étroite" ou "mousse au chocolat" : 250), le 69 (200 sols), spectacle saphique ou "gouines" (200 sols chacune), ou des cas plus rares comme ceux de clients qui exigent de donner ou de recevoir le fouet, de passer ou de voir des déguisements et d'être adorés, humiliés, voire même déféqués, extravagances dont les tarifs oscillent entre 300 et 600 sols. Que tenant compte de l'éthique sexuelle en vigueur dans le pays et du petit budget du S.V.G.P.F.A., le soussigné a pris la décision de limiter les services qu'il exigera de ses collaboratrices, et auxquels par conséquent pourront aspirer les utilisateurs, à la prestation simple et normales, en excluant toutes les déformations énumérées ou qui s'y apparentent.

– Pantaleón et les Visiteuses

Elle se sentait de bonne humeur et une délicieuse chaleur coulait dans ses veines, comme si son sang s'était transmué en vin tiède.

– Éloge de la marâtre

Je sais jouir. C'est une aptitude que j'ai perfectionnée sans relâche, au long du temps et de l'histoire, et j'affirme sans arrogance que j'ai atteint dans ce domaine à la sagesse. Je veux dire : l'art de butiner le nectar du plaisir de tous les fruits –même pourris- de la vie.

– Éloge de la marâtre

A quarante ans, on apprend beaucoup de choses […]. Parfois, Rigoberto, maintenant par exemple, il me semble que je renais. Et que je ne mourrai jamais.

– Éloge de la marâtre

Don Rigoberto plissa les yeux et poussa, faiblement. Il n'en fallait pas plus : il sentit sur-le-champ le bienfaisant chatouillis au rectum et la sensation que, là-dedans, dans les cavités du bas-ventre, quelque chose s'apprêtait humblement à partir et se dirigeait déjà vers cette porte de sortie qui, pour lui faciliter le passage, s'élargissait. […]Don Rigoberto sourit, content : « Chier, déféquer, excréter, sont-ce des synonymes de jouir ? » pensa-t-il. Oui, pourquoi pas ? A condition de le faire lentement et en se concentrant, en dégustant la chose, sans la moindre hâte, en s'attardant, en imprimant aux muscles de l'intestin un doux ébranlement, soutenu. Il ne fallait pas pousser mais guider, accompagner, escorter gracieusement le glissement des oboles vers la porte de sortie.

– Éloge de la marâtre

[…] Il s'était dit que l'idéal de perfection était peut-être possible pour l'individu isolé, circonscrit à une sphère limitée dans l'espace (la toilette ou la santé corporelle, par exemple, ou la pratique érotique) et dans le temps (les ablutions et les occupations nocturnes avant d'aller dormir).

– Éloge de la marâtre

Il n'est exercice ou fonction, débordement et rituel du corps ou de l'âme que nous n'ayons représentés pour lui, propriétaire privilégié de notre intimité depuis ses cachettes itinérantes. Il est notre bouffon ; mais il est aussi notre maître. Il nous sert et nous le servons. Sans qu'il nous ait touchées ni n'ait échangé un mot avec nous, nous l'avons fait jouir d'innombrables fois et il n'est pas faux de dire qu'en dépit de l'abîme infranchissable que nos différentes natures et notre âge ouvrent entre lui et moi, nous sommes plus unis que le couple d'amants le plus passionné.

– Éloge de la marâtre

Qu'il était beau! Je ne devrais pas le dire ainsi,mais il est certain que je n'avais jamais vu un être aussi harmonieux et doux, aux formes si parfaites, à la voix si subtile.C'est à peine si je pouvais le regarder: chaque fois que mes yeux se posaient sur ses tendres joues, sur son front éclatant ou sur les longs cils de ses grands yeux pleins de bonté et de sagesse, je sentais sur mon visage une aube chaude. Est-ce cela magnifié à tout le corps, ce que ressentent les jeunes filles quand elles tombent amoureuse?

– Éloge de la marâtre

C'était un petit bonhomme libre de préjugés, à l'instinct assuré, qui la chevauchait comme un habile cavalier.

– Éloge de la marâtre

Parce que la félicité était temporelle, individuelle, exceptionnellement à deux, très rarement à trois et jamais collective, municipale. Elle était cachée, perle dans sa coquille marine, dans certains rites ou activités cérémoniales qui offraient à l'humain des éclairs et des mirages de perfection. Il fallait se contenter de ces miettes pour ne pas vivre dans l'angoisse et le désespoir, en tendant les mains vers l'impossible.

– Éloge de la marâtre
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