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Laurence Tardieu

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Laurence Tardieu est une romancière française née le 14 décembre 1972 à Marseille.

À la fin le silence (2017)

De Laurence Tardieu chez Points
(22 votes, note moyenne : 3.6)

UNIVERS SEUIL (602)

Paru le 09-11-2017 - Format : Poche - 176 pages - 17 x 10 x 1 cm - 110 g - ISBN 10 : 2757869485 - ISBN 13 : 9782757869482

Collection : Points

Tags : roman, témoignage, quête, traumatisme, introspection, peur, enfance, nostalgie, mémoire, jardins, grossesse, nice, quotidien, émotion, attentats, terrorisme, famille, mer, littérature française, Paris (France).

Citations de À la fin le silence (10)

Fin avril, mon petit garçon est né. Cela fait dix mois que les attentats ont eu lieu. La sage-femme m'a dit "Ca y est il est là, je vois ses cheveux", et j'ai su alors, comme si tout ce que j'allais vivre par la suite m'était donné à entrevoir en un éclair, que je vivais les derniers instants d'une vie qui s'achevait et qu'une nouvelle était sur le point de commencer, une nouvelle qui ne pourrait en rien se confondre avec la précédente, qui se déploierait au-dessus d'elle, ne l'oubliant pas pourtant, l'embarquant avec elle pour l'élever à hauteur d'un présent nouveau, un présent miraculé, comme si le temps, au sein même d'une vie, pouvait d'un coup tracer des frontières irréversibles et délimiter des territoires, avant c'était ainsi, désormais ce sera comme ça.

'Dispersion: l'attentat a créé un trou au- dedans de moi, un trou sans fond dans lequel je tombe.Je tombe, je tombe, Je tombe .Je tombe dans mon corps et je ne veux pas tomber, je ne veux pas que mon corps soit un trou.Mon corps est ce qui me rassemble, mon corps est-ce qui m'éléve..J'ai mis quarante ans à aimer mon corps.........Je lutte pour faire cesser la chute........."

J'avance à tâtons, j'aimerais trouver de la lumière, faire surgir du sens, j'aimerais retrouver le monde d'avant midi dix le mercredi 7 janvier, l'instant où j'ai appris que quelque chose d'irrémédiable venait de se produire, que le monde dans lequel nous vivions avait basculé, devenant un monde dans lequel deux hommes pouvaient pénétrer dans un immeuble, gravir un escalier et décimer à la Kalachnikov une équipe de rédaction, le monde d'avant le soit de septembre où j'ai su à la fin du dîner auquel nous prenions part mon père, ma sœur, mon frère et moi, au moment du dessert précisément, alors que je servais une mousse au chocolat préparée la veille avec un sourd pressentiment au creux du ventre, que nous allions devoir vendre la maison de notre enfance, j'aimerais anéantir ces deux douleurs, les faire disparaître, les renvoyer au néant, j'aimerais retrouver le monde d'avant, un monde qui tenait, c'est pour cette raison chimérique que chaque matin depuis le 8 janvier je me mets à ma table de travail et tente de me frayer un chemin à travers les mots.

Est-ce parce que les deux attaques parisiennes, celle du mercredi 7 janvier et celle du vendredi 9 janvier, ont eu lieu tout près de chez moi au j'ai eu à ce point la sensation qu'une partie de mon corps avait été pris, lui aussi, dans les attentats?Alors que j'étais dans mon appartement, à l'abri pourtant - donc, dans les faits : pas directement concernée par l'horreur, ne faisant pas partie des seize personnes tuées ces deux jours-là, ne comptant non plus aucun proche parmi les victimes.Aussi, pourquoi cette sensation physique, bien réelle, que mon corps avait été atteint? Pourquoi un tel écart entre ma réalité (la sensation d'avoir été atteinte) et la réalité (les deux attentats ne m'ont en aucune façon touchée)?

Quelques semaines plus tôt, j'avais commencé un livre. Je voulais écrire sur notre maison familiale, la maison de mes grands-parents maternels italiens. Comment définir cette maison autrement que comme le lieu du refuge ? (...)Vendre la maison, c'était perdre ce qui m'ancrait depuis l'enfance. C'était perdre le lieu de mes racines, le lieu des images heureuses- les voix, les corps, les gestes si présents encore là-bas, chaque fois que j'y revenais, de ceux que j'avais aimés, et qui n'étaient plus là. (p. 17)

Les deux assauts étaient sur le point d'être lancés. Le premier dans l'imprimerie où s'étaient retirés les tueurs du massacre de Charlie Hebdo, le second dans l'hyper-marché de la porte de Vincennes. Tétanisés devant l'écran de mon téléphone mobile, nous suivions le déroulement des événements minute par minute. Les deux assauts allaient être lancés. Assise sur le canapé gris du salon, je tenais serrées contre moi mes filles, chacune dans mes bras, leur chaleur me traversait, leurs corps contre mon corps, contre ma peau. Je me gavais de leur odeur. Je sentais les mouvements du bébé dans mon ventre.

Je me souvenais de mes grands-parents obsédés par la beauté de leur jardin. La moindre parcelle jaunie par la sécheresse rendait mon grand-père fou. L'été, ils arrosaient beaucoup. Le matin très tôt, le soir au coucher du soleil. Je les revoyais tous les deux, debout dans la lumière du soir, un tuyau à la main. J'entendais le son clair, étonnamment puissant, de l'eau aspergeant les buissons de lauriers-roses, la pelouse, les arbres, les plantations -- et le silence autour.

Dispersion.L'attentat a créé un trou au-dedans de moi, un trou sans fond dans lequel je tombe. Je tombe, je tombe, je tombe. Je tombe dans mon corps et je ne veux pas tomber, je ne veux pas que mon corps soit un trou.

Se savoir inconsolable, accepter la défaite comme on se coucherait à terre, laissant la nuit nous recouvrir très lentement, et il y aurait une douceur infinie à ne plus lutter, à enfin ne plus lutter.

Vendre la maison, c'était perdre ce qui m'ancrait depuis l'enfance. C'était perdre le lieu de mes racines, le lieu des images heureuses -- les voix, les corps, les gestes si présents encore là-bas, chaque fois que j'y revenais, de ceux que j'avais aimés, et qui n'étaient plus là.

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Critiques de À la fin le silence : avis de lecteurs (23)


  • Critique de À la fin le silence par Wyoming (Babelio)

    Ce livre développe un double chagrin ressenti par la narratrice en 2015, la vente prochaine de la maison de son enfance et de ses souvenirs d'une part, et, le traumatisme des attentats de l'année 2015...

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    Par Wyoming - publiée le 15/04/2020

  • Critique de À la fin le silence par supernova7 (Babelio)

    J'avais vu passer ce roman lors de sa sortie mais je n'avais pas eu l'occasion de le lire. Grâce à lecteurs.com, j'ai enfin pu le découvrir. Je vous le dit d'emblée, ce fut une petite déception ! J'ai...

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    Par supernova7 - publiée le 13/03/2019

  • Critique de À la fin le silence par isanne (Babelio)

    Quand Laurence Tardieu "commence" ce qui doit être le début de ce roman, elle le fait car elle vient d'apprendre que la maison de ses grands-parents, maison dans laquelle elle a passé tous ses étés d'...

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    Par isanne - publiée le 10/05/2018

  • Critique de À la fin le silence par (Babelio)

    La narratrice est en train de vivre un chagrin intérieur : on s'apprête à mettre en vente la maison de vacances familiale. Cette maison, elle la connaît depuis qu'elle a l'âge de trois ans, où elle y ...

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    Par Babelio - publiée le 16/02/2018

  • Critique de À la fin le silence par Klergau (Babelio)

    Quel beau livre, dense, prenant, aux paragraphes monolithiques où les pensées et les émotions s'enchevêtrent pour décrire la fin d'un monde et la quête d'une éternité. Nous sommes plongés au coeur de l...

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    Par Klergau - publiée le 24/11/2017

  • Critique de À la fin le silence par PascalPaleHardi (Babelio)

    Roman autobiographique ou plutôt réflexion sur cette année 2015, année charnière pour l'auteure qui accepte enfin qu'on se sépare de la maison de famille, nid de tant de souvenirs, mais aussi qui verr...

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    Par PascalPaleHardi - publiée le 27/06/2017

  • Critique de À la fin le silence par Coraline2205 (Babelio)

    « Dispersion ». Ainsi commence le récit de Laurence Tardieu, et ce simple mot le caractérise à merveille. La narratrice parle des attentats de Charlie Hebdo, puis de la vente de sa maison de famille...

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    Par Coraline2205 - publiée le 08/05/2017

  • Critique de À la fin le silence par Tlivrestarts (Babelio)

    "A la fin le silence", c'est le dernier roman de Laurence TARDIEU, une écrivaine dont je n'avais pas encore découvert la qualité de la plume. Personne n'est parfait ! C'est Antigone qui m'a sauvée.....

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    Par Tlivrestarts - publiée le 13/12/2016

  • Critique de À la fin le silence par zabeth55 (Babelio)

    Curieux ! J'étais persuadée avoir déjà lu Laurence Tardieu, tant son nom m'est connu. Or, il n'en est rien, c'est le premier. Curieux aussi de lire ce livre le 13 novembre, jour anniversaire des atte...

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    Par zabeth55 - publiée le 17/11/2016

  • Critique de À la fin le silence par LeaTouchBook (Babelio)

    Avis de Scarlett : Écrit avec des chapitres de deux à trois pages, l'auteur nous décrit dans ce roman tour à tour deux moments et évènements émotionnellement intenses et essentiels de sa vie. ...

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    Par LeaTouchBook - publiée le 06/11/2016

  • Critique de À la fin le silence par araucaria (Babelio)

    Je ne cacherai pas ma perplexité et ma déception à la lecture de ce roman. J'avais beaucoup aimé "Puisque rien ne dure" du même auteur... mais là, je lui ferais le reproche d'avoir mêlé deux histoires...

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    Par araucaria - publiée le 02/11/2016

  • Critique de À la fin le silence par mpierre76 (Babelio)

    On a plus l'impression d'être un psychologue qu'un lecteur. Je suis passée à coté de ce livre bien écrit mais dont je n'ai pas partagé l'approche.

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    Par mpierre76 - publiée le 01/11/2016

  • Critique de À la fin le silence par Annette55 (Babelio)

    Ce livre conte le récit paradoxal et singulier d'une année 2015 absolument singulière pour la narratrice : En decembre 2014, elle sait qu'elle va devoir vendre la maison de son enfance, janvier 201...

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    Par Annette55 - publiée le 29/10/2016

  • Critique de À la fin le silence par jg69 (Babelio)

    Quand Laurence Tardieu a su que le refuge de son enfance, la maison de ses grands-parents maternels, sur les hauteurs de Nice, allait être vendue, elle a commencé un livre "afin de ne pas la perdre to...

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    Par jg69 - publiée le 21/10/2016

  • Critique de À la fin le silence par SophieLesBasBleus (Babelio)

    Lorsque la décision est prise de vendre la maison familiale de Nice, Laurence Tardieu commence à écrire afin de combler par avance la faille dont elle pressent qu'elle sera irrémédiable. L'écriture, p...

    Lire la critique complète >
    Par SophieLesBasBleus - publiée le 18/10/2016

  • Critique de À la fin le silence par VALENTYNE (Babelio)

    Laurence Tardieu, mère de deux enfants et enceinte du troisième, nous raconte en parallèle ses impressions sur la maison de son enfance qui va bientôt été vendue, et son ressenti sur les attentats de...

    Lire la critique complète >
    Par VALENTYNE - publiée le 16/10/2016

  • Critique de À la fin le silence par adaoulardeur (Babelio)

    Elle, Laurence Tardieu, est enceinte de 5 mois quand se passent les attentats de Charlie Hebdo. Cet évènement dramatique bouleverse son quotidien, lui fait perdre ses repères. Dans sa tête il y aura u...

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    Par adaoulardeur - publiée le 15/10/2016

  • Critique de À la fin le silence par papilou (Babelio)

    Laurence Tardieu que j'ai rencontrée, écrit avec cette sensibilité qui lui est propre. La narratrice (dont la vie ressemble beaucoup à l'auteure) exprime toutes les émotions qui la traverse depuis les...

    Lire la critique complète >
    Par papilou - publiée le 06/10/2016

  • Critique de À la fin le silence par Rion06 (Babelio)

    Au départ, l'auteure souhaitait écrire un livre pour rendre hommage à sa maison de famille, située à Nice, dont elle devait, à grands regrets, se séparer après y avoir vécu de nombreux souvenirs. Cepe...

    Lire la critique complète >
    Par Rion06 - publiée le 30/08/2016

  • Critique de À la fin le silence par antigoneCH (Babelio)

    Je suis Laurence Tardieu depuis longtemps. Ses mots ont toujours été une source d'interrogation, d'inspiration et d'émotion particulière. J'ai eu la chance de la rencontrer, de l'écouter, et de lui pa...

    Lire la critique complète >
    Par antigoneCH - publiée le 27/08/2016

  • Critique de À la fin le silence par DOMS (Babelio)

    Dans la vie de la narratrice, deux mondes disparaissent. Celui de la douceur de vivre, de l'enfance, du cocon qui protège, avec la vente inéluctable de la maison familiale, refuge de toute la famille ...

    Lire la critique complète >
    Par DOMS - publiée le 18/08/2016

  • Critique de À la fin le silence par claraetlesmots (Babelio)

    Ce que j'avais écrit octroierait à la maison une présence éternelle. C'était le seul livre que je voulais écrire. Il n'en avait pas d'autre à ce point nécessaire. Et puis, il y a eu la journée du ...

    Lire la critique complète >
    Par claraetlesmots - publiée le 18/08/2016

  • Critique de À la fin le silence par mimipinson (Babelio)

    Nous sommes fin 2014, la narratrice doit se résoudre à vendre la maison familiale. Pour elle c'est un crève-coeur. C'est la maison de ses grands-parents. Elle y a passé de nombreuses vacances durant s...

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    Par mimipinson - publiée le 13/08/2016
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