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Karine Tuil

Présentation de Karine Tuil (Wikipedia)

Karine Tuil, née le 3 mai 1972 à Paris, est une romancière française. Ses livres ont pour thèmes les contradictions des individus et les hypocrisies de la vie contemporaine, en proposant une analyse sans complaisance de la société.

Livres de Karine Tuil

Citations de Karine Tuil (60)

(...i, il a choisi d'aimer cette femme tout en sachant qu'il eût été préférable de renoncer, plus raisonnable de conserver ce qui avait été acquis, construit patiemment, année après année, un mariage, une famille, un édifice social stable - de ceux qu'on montre en modèle. A cette sécurité, il préfère le risque, la sensation d'être vivant que seule procure l'alchimie sexuelle.

– L'insouciance

Il passerait le restant de sa vie à tenter de réparer ce qui avait été altéré sans savoir que la blessure était radicale : la seule rééducation possible après l'épreuve, c'était l'acceptation d'un moi déformé, mutilé, transformé par la souffrance.

– L'insouciance

Paul Vély avait coutume de dire à son fils : « si tu ne souhaites pas être déçu par tes amis, ne les choisis qu'en fonction du contenu de leur bibliothèque », façon de l'inscrire dans une tradition intellectuelle – on est ce qu'on lit…

– L'insouciance

La première manifestation du pouvoir, c'est le désintérêt pour tout ce qui n'en relève pas. Que pouvait-il répliquer ? C'était vrai. Au pouvoir, on appliquait l'art de la guerre comme partout. On sortait les armes pour conquérir puis conserver sa place. On abandonnait ses amours. On trahissait, on blessait. On tuait aussi.

– L'insouciance

L'une des épreuves les plus douloureuses de la vie consiste à définir l'instant où l'autre ne vous aime plus, a cessé de vous aimer.

– L'insouciance

Il y a quelque chose de très malsain qui est en train de se produire dans notre société, tout est vu à travers le prisme identitaire. On est assigné à ses origines quoi qu'on fasse. Essaye de sortir de ce schéma-là et on dira de toi que tu renies ce que tu es ; assume-le et on te reprochera ta grégarité.

– L'insouciance

La seule leçon que j'ai apprise, c'est que dans les moments décisifs de sa vie, l'homme est toujours seul, et particulièrement quand il vieillit.

– L'insouciance

- Raconte-moi comment tu travailles. - Je tourne autour du texte...J'avance à tâtons comme si je cherchais à prendre possession d'un territoire, je ne connais pas encore la zone, je progresse dans le noir...- Qu'est-ce qui t'a amenée à l'écriture ? Est-ce que tu te demandes pourquoi tu écris ?- J'écris parce que la vie est incompréhensible.

– L'insouciance

La plupart des gens pensent, à tort, que le corps est le seul support de l'autonomie. Mais la liberté, c'est aussi dans la tête.

– L'insouciance

Faire l'amour à une femme triste, c'est lui redonner goût au bonheur.

– Interdit

C'était un homme de type maghrébin âgé d'une quarantaine d'années. Il portait une longue robe en laine noire, des chaussures à talons et un sautoir en perles. Des cheveux courts et frisés encadraient un visage aux traits durs, marqués par la fatigue, et l'on discernait, derrière l'apparente légèreté de l'homme féminisé, grimé, toutes les crispations de l'exil. Un gendarme nous avait raconté qu'il avait fui l'Algérie où il avait été persécuté et menacé de mort par ses frères. Il se prénommait Samir, se faisait appeler Samira : 'Où est-ç'qu'on l'met ? Chez les hommes ou chez les femmes ?' Il souhaitait se retrouver parmi les femmes, 'Je suis une fille'. 'On n'en veut pas ici' - les femmes avaient peur, elles ne sortaient pas du bloc. Un homme avec elles ? Non. Un étranger au regard fuyant. Placé de force dans le bloc des hommes, il avait été passé à tabac par des retenus. 'On n'en veut pas ici non plus. Qu'elle dégage !' On l'avait finalement transféré chez les femmes, le visage couvert d'ecchymoses.(p. 88)

– Douce France

De leur pays d'origine, mes parents parlaient peu (plus tard, en vieillissant, ils ont commencé à évoquer leurs souvenirs, à s'engluer dans la nostalgie: le passé, tel un maître chanteur réclamait le réglement d'une dette qu'ils croyaient avoir annulée en changeant de nationalité).

– Douce France

Lorsque j'apercevais des voitures de police, je bifurquais, changeais de route, j'avais des réflexes de gangster alors que j'étais un écrivainsans antécédents criminels. Mes parents, des Juifs d'Afrique du Nord qui avaient émigré en France à l'âge de dix-sept ans, m'avaient élevée dans la crainte. Juifs, ils voulaient se faire discrets ; immigrés naturalisés au début des années 60, ils se sentaient inférieurs aux 'vrais' Français comme s'il en existait des faux. (...)Je ne voulais pas avoir affaire à la police française, la Mémoire est une vieille Juive hystérique, tu lui dis de se taire, elle hurle encore plus fort, 'Souviens-toi ! Souviens-toi !' tu n'as plus d'autre choix que de Lui obéir avec la peur que ça recommence, pas de répit pour les Préposés au Devoir de Mémoire.(p. 11-12 & 15)

– Douce France

(...) tu as ta carte d'embarquement ? Tu crois qu'ils vont nous servir un petit déjeuner ? Allez, montez, au fond ! Non, je ne possède ni arme ni coupe-ongles ! les passeports et le fric ! Près du hublot s'il vous plaît avec vue sur le ciel, vous pisserez dans cette bassine, posez vos affaires sur le tapis merci, tu voyages en classe économique ? Tu as vu ma tête sur mon passeport ? J'ai visité le Mexique, l'Australie et la Chine, vous n'avez rien à déclarer ? On roulera sans s'arrêter. Je ne supporte pas le décalage horaire si les enfants crient, j'les fais descendre. Par ici s'il vous plaît, que voudriez-vous boire ? Dix heures d'avion, c'est long. Vingt-quatre heures de route, vous n'avez qu'à crever, j'en ai rien à foutre !« Nous vous souhaitons un agréable voyage. »___[ parallèle entre un trajet en avion choisi par une personne libre, et le long parcours clandestin semé d'embuches de migrants...... j'ai respecté la ponctuation de l'auteur ]

– Douce France

Quelle sorte de monstres à visage humain étions-nous devenus pour les chasser par la force, par le jeu inique des lois, par la tentation corruptrice de nos peurs, eux que nous abandonnions à la déshérence comme des terres infécondes, et qu'avaient-ils à nous prendre que nous ne pouvions leur offrir ? La liberté, nous l'avions dévoyée.

– Douce France

Dans une démocratie, tu peux te moquer des vivants, pas des morts. Dans une dictature, c'est l'inverse.

– Douce France

Samir grattait le sol avec un morceau de bois. Il y avait dans ce geste toute la lassitude d'un homme qui aurait perdu la notion du temps. J'ai voulu m'approcher pour lui parler [...] mais Yuri m'a barré la route avec son bras d'un mouvement brutal. Il m'a dit : 'C'est qu'un Arabe'. Au centre [de rétention], le jeu social, loin d'être aboli, instaurait ses règles impitoyables, engendrait ses propres conflits et ce n'était plus une simple lutte des classes mais une rivalité profonde, un combat pour la survie, une compétition, chacun cherchant à défier l'autre, à l'abaisser à une condition inférieure, à paraître plus convenable, mieux intégré, chacun espérant supplanter l'autre dans la course à l'accession aux titres de séjour.(p. 88-89)

– Douce France

Pourquoi cherchons nous à être aimés quand il suffirait qu'on nous tolère ?

– Douce France

Il y a un moment, dans toute histoire d'amour, ou l'on sent confusément que nos résistances tombent. J'avais lutté, réfréné mes pulsions et je lachait prise.

– Douce France

... les silences sont parfois des insultes.

– Quand j'étais drôle

(...) j'en avais perdu toute confiance, toute estime et sans doute aussi, toute dignité. Voilà où j'en étais quand il a fallu me rendre chez ma mère. Et terrifié à l'idée de revoir mes frères, j'ai commandé deux verres de vin blanc que j'ai bus d'un trait en espérant que le liquide jaunâtre nuirait gravement à ma santé et j'ai fumé cinq cigarettes puisque fumer tue.(p. 147)

– Quand j'étais drôle

Je lui avais demandé , dès son arrivée à New - York , de renoncer à porter ses lunettes rouges , je l'avais mis en garde : ' Avec ses lunettes voyantes , tu vas attirer l'attention sur toi ' et il m'avait répondu , péremptoire : ' Parfait . A soixante-neuf ans , il est temps qu'on me remarque .

– Quand j'étais drôle

Elle apprenait le français en écoutant l'intégrale des disques de Joe Dassin, c'est ce qu'elle m'avait avoué un jour où, m'ayant déclaré : "et si tu n'existais pas, dis-moi pourquoi j'existerais", j'avais mis sa sincérité en doute. Je pensais qu'une femme qui écoutait Joe Dassin ne pouvait être qu'inoffensive - j'avais tort et, lorsque quelques mois plus tard, elle apprit l'anglais en fredonnant les chansons de Marilyn Manson sur les conseils de ma fille, j'avais déjà percé à jour sa dangerosité. Mais je l'aimais.

– Quand j'étais drôle

Les producteurs ne se présentaient plus sous leur nom mais sous une autre appellation d'origine contrôlée par les spectateurs : « par les producteurs de... », une expression à laquelle il convenait d'associer des noms d'acteurs célèbres ou des titres de films à succès, des mots dont l'emploi était intrinsèquement lié au montant des recettes nettes enregistrées.(p. 186-187)

– Quand j'étais drôle

[ une jeune exilée russe, en France ]Elle évoquait les Etats-Unis avec un tel enthousiasme que je ne doutais pas un instant de l'authenticité de son désir. Il y avait alors dans sa voix tout l'espoir de celle qui avait été tenue en servitude, privée, lésée, et qui croyait, à tort, que la démocratie américaine lui ouvrirait les portes de la liberté. Mais à quelle liberté rêvait-elle : liberté de travailler dans des conditions illégales ? liberté d'exprimer des opinions politiques contraires aux intérêts américains ? liberté d'aller et venir dans les ruelles sordides du seul quartier où elle pourrait trouver un logement ? liberté de réunion ? avec qui : des femmes battues, des débiteurs anonymes, d'anciens alcooliques repentis, des immigrés russes comme elle, pour vivre les joies du repli communautaire et retrouver la chaleur du ghetto ? Quelles libertés pour une immigrante désargentée, parlant mal la langue ? En réalité, la seule liberté à laquelle elle aspirait était celle que procure l'argent. Longtemps, j'ai cru que Natalia était américanophile. Bien vite, j'ai découvert sa nature gérontophile et capitaliste : ce que Natalia préférait dans l'Amérique, c'étaient ses vieux riches.(p. 33)

– Quand j'étais drôle

Et je me déguisais comme les autres, je portais masque et costume. Un parfait animal social. (...) Nous interprétions avec plus ou moins de talent les rôles que la société, nos parents, nos conjoints, nos enfants nous avaient assignés. Tu seras avocat - pour le prestige de la robe. Tu épouseras cette femme - un parfait hétérosexuel. Tu auras trois enfants - quelle belle famille ! Nous récitions nos textes tels qu'ils avaient été écrits pour nous, par d'autres qui disaient nous connaître, qui disaient nous aimer, sans oser changer un mot, sans en altérer la ponctuation de crainte d'en modifier le rythme. Le respect des apparences : Fiez-vous à ce que vous voyez dans les miroirs déformants que la société a spécialement créés pour vous !(p. 76-77)

– Quand j'étais drôle

Devant le juge, vous ne direz pas que vous buvez, même occasionnellement. Vous ne direz pas non plus que vous jouez au poker sauf si vous apprenez que le juge est lui-même un joueur. Vous ne direz pas que vous fuyez vos amis quand ils sont dans le malheur mais que vous les soutenez, vous les soulagez en les faisant rire. Vous ne direz pas que vous n'avez jamais désiré d'enfant ni que vous frappez votre chien. Vous ne parlerez pas de politique. Vous ne direz pas que votre fille écoute Marilyn Manson - toutes les associations catholiques sont liguées contre lui. Enfin, vous direz à quel point il est difficile d'être humoriste, vous parlerez de l'obligation d'être toujours drôle, de la peur de ne pas être à la hauteur. Vous êtes une victime, c'est ce que vous direz devant le juge, c'est ce que vous répéterez devant les jurés.(p. 116)

– Quand j'étais drôle

'Le rire, la moquerie, la dérision, sont des entreprises de purification, de déblaiement, ils préparent des salubrités futures.' • Romain Gary, 'La nuit sera calme'(p. 7)

– Quand j'étais drôle

« Le rire comme l'amour sont deux phénomènes irrationnels et fugitifs. »

– Quand j'étais drôle

Quelque chose de fort le reliait encore à elle [sa mère] sans qu'il fût capable d'expliquer précisément quoi. Un lien filial solide ? Un amour névrotique ? Oui, sans doute, comme tout fils nourri au lait de la tendresse humaine la plus pure, sa mère restait la femme la plus importante de sa vie, mais il y avait une autre raison à la survivance de ces liens qui pourtant l'entravaient : la crainte d'écarter trop brutalement, la peur de blesser une femme qui avait eu une vie dure, une vie d'humiliations, une de ces existences sordides dont on cherche en vain à nommer les responsables, à déterminer les causes : une enfance pauvre, un mariage forcé, l'exil et la misère, la manipulation - une vie de merde. Il ne pouvait pas penser à sa mère sans être révolté, sans avoir la rage.

– L'invention de nos vies

"Avec le mensonge, on peut aller très loin ; mais on ne peut pas en revenir."Proverbe Yiddish

– L'invention de nos vies

L'obligation de réussir – cette menace qui pèse sur vous dès la naissance, cette lame que la société vous place sous la gorge, qu'elle maintient fermement jusqu'à la suffocation et ne retire qu'à l'heure de la proscription, ce moment où elle vous met hors jeu, vous disqualifie, c'est l'heure du grand nettoyage, on élimine comme on dérode ! – ce qu'il y a de jouissif dans ce bannissement dont on ne sait jamais s'il est provisoire ou définitif, cet instant où l'on est admis dans la confrérie des finis/des ratés/des has been, ceux que l'âge ou l'échec ont marginalisés, les sans-papiers et les sans-grade, les petits et les simples, les inconnus et les ternes, ceux qui pointent aux Assedic, se lèvent tôt, dont le nom ne vous dit rien, ceux que l'on ne prend pas au téléphone, que l'on ne rappellera jamais, auxquels on dit « non », « plus tard », pour lesquels on n'est jamais libre et jamais aimable, les moches, les gros, les faibles, les femmes jetables, les amis ridicules, les débarrassant – enfin – de la peur de décevoir, de la pression que le souci de plaire fait peser sur eux, ces impératifs que l'on s'impose à soi-même, par individualisme/goût des honneurs/soif de reconnaissance/de pouvoir/mimétisme/instinct grégaire – tous ces effets dévastateurs des rêves avortés de l'autorité parentale/du déterminisme/des utopies hallucinatoires, cette injonction brutale qui régit l'ordre social et jusqu'aux rapports les plus intimes – Soyez PERFORMANTS ! Soyez FORTS ! il y avait été soumis comme les autres -, mais moins prégnantes aujourd'hui où personne n'espérait plus rien de lui, où lui-même n'aspirait qu'à jouir de son identité retrouvée, la lame avait ripé, au suivant !

– L'invention de nos vies

Les codes sociaux, il n'a jamais su s'y plier, il prenait sa mine dégoûtée, il était contre, il se rêvait en homme libre alors qu'il n'y avait pas un être plus attaché à sa compagne, à son confort, que lui ; il se voyait en homme révolté qui croit qu'il crache sur le système clanique, le capitalisme, alors que c'est sur lui qu'il crache. C'est lui qu'il disqualifie, qu'il élimine ! Carton rouge ! Il se met hors jeu.

– L'invention de nos vies

Comment (…) aurait-il pu imaginer que ce basculement de l'anonymat à la notoriété serait si violent, physiquement, moralement, une expérience humaine intense qui électrise et fait disjoncter le cerveau ? (…) Cette réussite, il en a rêvé, il l'a ardemment convoitée, il ressentait de la rage au temps où il en était privé et maintenant il a un peu honte de reconnaître qu'il ne supporte pas cette notoriété factice, superficielle - la horde des courtisans. Il ne supporte plus ces déplacements aux quatre coins de la France ou à l'étranger quand il voudrait rester chez lui à écrire. Il ne supporte pas non plus la médiatisation et les préparatifs qu'elle nécessite : les heures passées entre les mains d'une maquilleuse, d'une coiffeuse pour être 'séduisant à l'antenne', 'accrocher la lumière', les aveux qu'il faut faire face caméra, les poses qu'on lui demande de prendre, il aimerait pouvoir dire non, ou aimer ça, mais il se ferme. Michel Houellebecq a raison, le succès rend timide.

– L'invention de nos vies

Le malaise, lorsqu'il arrive à destination, la vision d'horreur — l'encrassement du territoire de l'enfance —, la sensation de pénétrer dans une zone de perdition totale — une misère pareille à une heure de Paris, c'est possible ? La dégradation des lieux, c'est tout ce qu'il voit. La sexualisation du décor, les murs recouverts de graffitis obscènes ou d'insultes machistes, les arbres écorcés à coups de canifs, les carcasses de voitures gisant, éventrées, au milieu de terrains vagues ravagés de ronces piquantes comme des aiguilles, envahis d'orties d'un vert tirant sur le noir — les plus urticantes —, partout un hérissement de pièces détachées, de mitrailles et de fragments de bois taillés comme des pieux, et ces gosses de dix-douze ans qui arpentent le bitume, patrouillent, l'oeil vigilant, l'injure aux lèvres, rictus harponné comme un signe distinctif, prêts à en découdre, viens là si t'oses. Le saccage du langage. L'abâtardissement. Les petits trafics. La misère.

– L'invention de nos vies

« Avec le mensonge on peut aller très loin, mais on ne peut jamais en revenir »

– L'invention de nos vies

« Personne ne me connaît. Si un jour, quelqu'un prétend le contraire, ne le crois pas. » (p. 216)

– L'invention de nos vies

A partir d'un certain âge, seuls les ouvriers perchés très haut sur les échafaudages te sifflent encore.

– L'invention de nos vies

Tu es venu pour avoir bonne conscience. C'est ce dont l'homme rêve toute sa vie. Pouvoir s'endormir en pensant : Je suis un homme bien. De ce côté-là, on échoue toujours, quoi qu'on fasse...

– L'invention de nos vies

Combien de mois s'étaient-ils écoulés?Six mois,six jours,le temps qu'exigeait la destruction d'un monde.

– Six mois, six jours

L'avenir de l'humanité tient parfois à un coït manqué.

– Six mois, six jours

J'ai décidé de raconter cette histoire par ambition personnelle, je rêve de voir mon nom imprimé sur la couverture d'un livre. De l'orgueil, bien sûr, mais chacun à droit à son heure de gloire, non 

– Six mois, six jours

Je choisis mes amis en fonction du contenu de leur bibliothèque, c'est ainsi depuis 60 ans et je n'ai jamais eu à m'en plaindre.

– Six mois, six jours

Elle était là, presqu'offerte,dans cet état d'abandon qui annonçait l'amour,elle était là,en manque de lui,de l'homme fantasmé,érotisé,déjà,elle eut aimé se laisser aller,le suivre,se donner alors qu'il s'était mentalement éloigné d'elle-Bonne nuit! A l'instant du refus,il l'avait possédée.

– Six mois, six jours

La saga Kant..ça fait rêver dans les loges des concierges et au delà,ça sent le soufre,l'argent frais,le sang coagulé,les cendres,ça sent le sexe,les chemises amidonnées,les chambres closes,les parfums capiteux,ça sent la mort...

– Six mois, six jours

Au camp de Stöcken, on meurt en six mois ! ironisent les SS qui gardent le camp. Affamés, maltraités frappés à coups de gourdins et de fouets en fer, les hommes travaillent sans relâche. Dès qu'un homme meurt, il est aussitôt remplacé par un autre déporté qui mourra à son tour et sera remplacé par un autre déporté qui mourra à son tour et sera remplacé par un autre déporté qui mourra à son tour et sera remplacé par un autre déporté qui mourra à son tour et sera remplacé par un autre déporté qui mourra à son tour et sera remplacé par un autre déporté qui mourra à son tour et sera remplacé par un autre déporté qui mourra à son tour et sera remplacé par un autre déporté qui mourra à son tour et sera remplacé par un autre déporté qui mourra à son tour et sera remplacé par un autre déporté qui mourra à son tour et sera remplacé par un autre déporté qui mourra.( p14)

– Six mois, six jours

On avait peur de moi, je le sentais, ça m'excitait, un regard et ils tremblaient, je tenais des fiches sur tout le monde, ça m'occupait la tête, on m'insultait, on me critiquait, on pariait sur ma mort, ils me détestaient, Goldberg surtout dont le regard semblait exiger de moi un certificat d'exonération de tout passé nazi, et c'était très bien ainsi, aucun d'entre eux n'osait s'adresser à moi, le bras droit de la patronne, un trublion sadique et hostile - c'est plus fort que moi, quand je suis bien, j'emmerde tout le monde.

– Six mois, six jours

Je choisis mes amis en fonction de leur bibliothèque, c'est ainsi depuis soixante ans et je n'ai jamais eu à m'en plaindre.

– Six mois, six jours

Une gueule d'ange, ça voile le reste. La perversion, le vice, l'intention de nuire, on ne voyait rien... rien que ce visage parfait, rieur, avec des éclats d'enfance qui vous sautaient aux yeux comme des fragments d'obus.

– Six mois, six jours

Ecrire, c'était avoir les mains sales.

Chaque tragédie révèle notre rapport au réel.

Il ne cherche plus à être connu/reconnu cette obsession rageuse qui détruit tout.

La fiction peut être un moyen d’appréhender le réel, à défaut de pouvoir l’expliquer.

Il sait que personne ne peut réussir en littérature. Écrire, c'est se confronter quotidiennement à l'échec.

Quelle place la littérature prétend-elle prendre dans ce chaos où l’intime se mêle au politique, où tout semble mouvant et incertain, où le réel revendique sa part de piège et de risque ?

Que signifient les racines quand aucun sol ne nous tolère ?

Le syndrome de l’émigrant est une maladie juive héréditaire.

Dans une démocratie, tu peux te moquer des vivants, pas des morts. Dans une dictature, c’est l’inverse.

Le rire comme l’amour sont deux phénomènes irrationnels et fugitifs.

L’écriture est peut-être le dernier grand espace de liberté, toutes les transgressions y sont permises.

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