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Joseph Roth

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Joseph Roth est né en 1894 près de Brody, en Ukraine. Ses études de germanistique à l'université de Vienne sont interrompues par la Première Guerre mondiale à laquelle il participe. La paix revenue, il débute dans le journalisme. De 1923 à 1931, il t... Plus >

La rébellion (2006)

De Joseph Roth chez Points
(7 votes, note moyenne : 4.3)

Paru le 01-06-2006 - Format : Poche - 158 pages - 18 x 11 x 1 cm - 179 g - ISBN 10 : 2020892308 - ISBN 13 : 9782020892308

Collection : Points

Tags : 20ème siècle, russie, autriche, littérature autrichienne, allemand, dieu, ironie, pardon, joseph roth, exil, compassion, pauvreté, empire, culpabilité, maladie, juif, condition humaine, roman, littérature, récits.

Citations de La rébellion (10)

"Leurs langues voraces, acérées, d'un bleu d'acier, auront tôt fait de réduire à néant la proie qu'il va leur jeter."

Le cœur de l'homme est insatiable... A peine un miracle vient-il d'arriver qu'il lui en faudrait déjà un nouveau.

Miriam n'avait pas un instant à perdre. Elle aimait Stepane. Lui, il resterait au dans son pays. Elle aimait tous les hommes ; porteurs d'orage prêts à se déchaîner, ils savaient pourtant, de leurs mains puissantes, allumer au fond du cœur des flammes d'une douceur exquise. Ces hommes merveilleux, ils s'appelaient Stepane, sans doute, mais aussi Ivan et Vsévolod. En Amérique, il y avait encore bien plus d'hommes.

Mais Mendel Singer, lui, demeurait debout, contre la porte, plein de rancune envers le Tout-Puissant. «Je sais pourquoi ils prient, pensait-il ; c'est parce qu'ils ont peur. Moi, je n'ai pas peur.»

Il leva la main, et elle distingua avec une quasi certitude deux doigts maigres, destinés à transmettre la bénédiction divine. Puis la voix du rabbi lui parut soudain très proche, bien qu'il lui parlât tout bas.«Ménouhim, fils de Mendel, guérira un jour. Le peuple d'Israël comptera peu de ses pareils. La douleur lui donnera la sagesse, la laideur, un cœur pur, et l'amertume, une âme tendre. De la maladie, il tirera sa force ; ses yeux verront loin et au fond des choses ; ses oreilles seront pleines de sons clairs et d'échos sans nombre. Sa bouche gardera le silence, mais lorsqu'il ouvrira ses lèvres, ce sera pour transmettre un message bienfaisant. Cesse de craindre et retourne à ton foyer !»

C'est toi qui qui a le meilleur sort, Déborah. Le Seigneur a eut pitié de toi. Te voilà morte et enterrée. Pour moi, il n'y a pas de pitié. Car moi, je ne suis plus qu'un mort, et je suis condamné à vivre. Enfin, le Seigneur est le Seigneur. Lui seul sait ce qu'il fait. Si tu le peux, prie pour moi, et tâche d'obtenir que je sois rayé du livre des vivants.

Il croyait dur comme fer, puisque ses enfants l'affirmaient, qu' l'Amérique était la terre du Seigneur, New-York la ville des merveilles, et l'anglais la plus belle langue du monde. Les Américains étaient des modèles de santé, les Américaines, des modèles de beauté, le sport, de première importance, et le temps, plus précieux que tout. La pauvreté était un vice, et la richesse un mérite ; la vertu menait à mi-chemin sur la route du succès, tandis que la confiance en soi vous y conduisait tout droit. Pratiquer la danse était une mesure d'hygiène, et le patin à roulette, un devoir absolu ; les œuvres de bienfaisance constituaient un placement sûr, et l'anarchisme un crime. Les grévistes étaient les ennemis de l'humanité, les émeutiers, des suppôts de Satan ; tandis que les machines modernes étaient une bénédiction du ciel et Edison, le plus grand génie de tous les temps. Bientôt les hommes seraient capables de voler comme les oiseaux, de nager comme les poissons, de prévoir l'avenir comme les prophètes, de vivre dans une paix éternelle et, unis par une parfaite entente, ils construiraient un jour des gratte-ciel qui monteraient jusqu'aux étoiles. «Ah ! oui, le monde sera bien beau, se disait Mendel. Il en a de la chance, mon petit-fils ! Il connaîtra tout cela.» Et pourtant, au milieu de son admiration pour les temps futurs, toujours venait se glisser une nuance de regret à l'adresse de sa Russie natale ; et c'était pour lui un sentiment bienfaisant que la certitude de compter déjà au nombre des morts lorsque les vivants célébreraient alors de tels triomphes.

Ce mouvement berceur calmait bien, quelquefois, le nourrisson. Mais, dans certains cas, aucun artifice ne se montrait efficace contre son besoin de pleurer, de hurler. Ses cris discordants couvraient la récitation des douze élèves - sons profanes et choquants, peu faits pour accompagner les saints versets de la bible. Déborah montait sur un tabouret et descendait le bébé trop bruyant. D'un blanc parfait, sphérique et gigantesque, son sein s'échappait bientôt du corsage qu'elle entrouvrait. Les regards des gamins, fascinés, convergeaient vers cette rondeur. Déborah avait l'air d'allaiter toute la troupe des marmots. Ses propres enfants, les trois aînés, faisaient cercle autour d'elle, avec des yeux chargés d'envie et de convoitise. Un silence absolu se faisait dans la pièce. On n'entendait plus, désormais, que les lèvres actives du nourrisson.

Parfois, une grande frayeur l'envahissait à l'idée que le seul moyen dont il disposait, cette récitation des psaumes, risquait d'être sans effet devant l'immensité de la tourmente où Jonas et Ménouhim allaient trouver le trépas. «Ah ! ces canons ! songeait-il, quel bruit de tonnerre ils font ! Voilà mes enfants qui brûlent tout vifs ! C'est de ma faute, c'est de ma faute ! Et moi, je ne sais chanter que des psaumes. Ce n'est pas assez ; non, ce n'est pas assez !»

Toutes les fêtes s'étaient transformées en torture, les jours de joie en jours de deuil. Il n'y avait plus pour elle de printemps ni d'été ; à chaque saison, c'était l'hiver pour elle. Le soleil se levait, mais ne la réchauffait pas. Seul l'espoir persistait, indéracinable.

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Critiques de La rébellion : avis de lecteurs (8)


  • Critique de La rébellion par Sophiecal (Babelio)

    Magnifique livre.

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    Par Sophiecal - publiée le 30/01/2012

  • Critique de La rébellion par Voltaire (Babelio)

    Pourtant chaudement recommandé par qui me l'avait prêté, j'avoue être totalement et irrémédiablement passée à côté de ce livre. Impression confirmée lorsque j'ai lu après coup certains avis dithyrambi...

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    Par Voltaire - publiée le 21/04/2012

  • Critique de La rébellion par (Babelio)

    Impressionnant de désespoir. Mythique,mystique,. Peu de vie mais la grâce. Sans doute la grâce de la Vie...

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    Par Babelio - publiée le 27/05/2012

  • Critique de La rébellion par Peteplume (Babelio)

    Ce roman est paru en français dans au moins deux traductions différentes et plusieurs titres "Job. Roman d'un simple juif", "Le poids de la grâce" ou encore "Job. Roman d'un homme sim...

    Lire la critique complète >
    Par Peteplume - publiée le 09/12/2013

  • Critique de La rébellion par Erik35 (Babelio)

    DE LA BANALITÉ DU MAL. «Il était pieux, il craignait Dieu et n'avait rien d'extraordinaire.» Ainsi Joseph Roth nous brosse-t-il, en quelques mots d'une simplicité confondante, le portrait de cet h...

    Lire la critique complète >
    Par Erik35 - publiée le 01/12/2017

  • Critique de La rébellion par Evelol (Babelio)

    Le poids de la grâce est un livre merveilleux. Pour moi, il fait partie des plus beaux ouvrages jamais écrits.

    Lire la critique complète >
    Par Evelol - publiée le 15/01/2018

  • Critique de La rébellion par Erveine (Babelio)

    C'est assez incroyable, cette écriture de Joseph Roth. Captivante !... à croire que je suis touchée par la grâce. Le Poids de la grâce, c'est l'histoire de cet homme Mendel Singer. Un homme sain dans...

    Lire la critique complète >
    Par Erveine - publiée le 26/08/2018

  • Critique de La rébellion par Mline1 (Babelio)

    Tout au long de ce livre j'ai été bercée par l'étrangeté. Et en même temps captivée par ces personnages, hors du temps, hors de la norme et si touchants. Pris dans l'histoire d'une famille juive, j'a...

    Lire la critique complète >
    Par Mline1 - publiée le 14/02/2020
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