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Joseph Conrad

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Joseph Conrad (1857-1924), né Józef Teodor Konrad Korzeniowski, est l’un des premiers grands écrivains de la modernité. De Lord Jim à Nostromo, de La Folie Almayer à Jeunesse ou Au cœur des ténèbres, son œuvre a été publiée en presque totalité par le... Plus >

Le negre du narcisse (adultes) (1998)

De Joseph Conrad chez Ecole Des Loisirs
(6 votes, note moyenne : 3.5)

Paru le 26-01-1998 - 325 pages - 15 x 10 x 1 cm - 142 g - ISBN 10 : 2211405088 - ISBN 13 : 9782211405089

Collection : Ecole Des Lettr

Tags : littérature, aventure, roman, poésie en prose, témoignage, esclavage, géants, tempête, bombay, soufre, eau, voyages, marins, mer, aventure maritime, bateaux, littérature anglaise, 20ème siècle, 19ème siècle, littérature du 19ème siècle.

Citations de Le negre du narcisse (adultes) (10)

Un froid soleil luisait sur les crinières blanches des brisants noirs. Sous la forte haleine des grains d'ouest, le navire, voilure allégée, se couchait lentement, obstiné mais docile. Il dériva de ci de là, peinant à l'effort acharné de se frayer sa route, à travers l'invisible violence des vents. Il plongea tête la première, dans l'ombre des creux lisses...

Le ciel bas sur l'horizon se teinta des délicates couleurs rose et jaune pareilles à l'intérieur d'un coquillage rare. Et plus haut, où luisait un éclat de perle, apparut un petit nuage noir tel un fragment oublié de la nuit serti en une bordure d'or étincelant. Les rayons lumineux voletaient à la crête des vagues. Tous les regards se tournaient vers l'est. Le soleil inonda les visages las.

Le voyage avait commencé et le navire, fragment détaché de la terre, continuait solitaire et rapide comme une petite planète. Alentour, les abîmes du ciel et de la mer joignaient leurs inaccessibles frontières. Une immense solitude circulaire se déplaçait avec le navire, toujours changeante et toujours semblable, à jamais monotone et à jamais majestueuse. (...) Le navire avait son propre avenir ; il vivait de la vie de ces êtres qui foulaient ses ponts ; pareil à cette terre qui avait livré à la mer, il portait un poids insupportable de regrets et d'espoir.

La terre sombre s'étendait solitaire au milieu des eaux comme un puissant navire étoilé de lumières vigilantes - un navire portant la charge de millions de vies - un navire chargé de scories et de joyaux, d'or et d'acier. Ce vaisseau se dressait immense et fort, gardien de traditions sans prix et de souffrances innombrables, rempart de glorieux souvenirs et de vils oublis, d'ignobles vertus et d'éclatantes transgressions. Quel grand navire !

N'avons nous point, ensemble et sur la mer immortelle, arraché un sens à notre vie pécheresse ? Adieu, mes frères ! Vous étiez un bon équipage, aussi bon que tout autre qui jamais empoigna, au milieu de cris impétueux, la toile battante d'une lourde misaine ou, ballotté en haut de la mâture, invisible dans la nuit, renvoya hurlement pour hurlement à la tempête venue de l'ouest.

Le vieux Singleton, le plus âgé des marins brevetés du navire, était assis à l'écart sur le pont sous les lampes, torse nu, sa puissante poitrine et ses énormes biceps entièrement couverts de tatouages, comme un chef cannibale. Entre les dessins bleu et rouge, sa peau blanche luisait comme du satin ; son dos nu s'appuyait à une flasque du beaupré, et il tenait un livre à bout de bras, devant son grand visage hâlé. Avec ses lunettes et sa barbe blanche vénérable, il avait l'air d'un patriarche sauvage et instruit, incarnation d'une sagesse primitive sereine dans le tohu-bohu blasphématoire du monde.

Singleton était debout à la porte, la figure tournée vers la lumière et le dos vers les ténèbres. Et, seul dans la pénombre vide du poste d'équipage endormi, il semblait plus grand, colossal et très vieux; vieux comme le Temps lui-même, venu en ces lieux calmes comme une tombe pour contempler d'un œil patient la brève victoire du sommeil, ce consolateur.

Ils avaient été des hommes qui connaissaient la peine, les privations, la violence, la débauche - mais ne connaissaient point la peur et n'éprouvaient aucun élan de méchanceté en leur cœur. Des hommes difficiles à diriger, mais faciles à inspirer, des hommes sans voix - mais suffisamment virils pour mépriser dans leur cœur les voix sentimentales qui se lamentaient sur la dureté de leur destin. C'était un destin unique et c'était le leur; cette capacité de le supporter leur semblait le privilège des élus!

Il s'arrêta et resta allongé immobile, muet de désespoir. Dans le ciel noir les étoiles sortirent et brillèrent au-dessus d'une mer d'encre qui, tachetée d'écume, leur renvoyait l'éclat de cette évanescente et pâle clarté d'une éblouissante blancheur née dans le noir remous des vagues. Loin dans l'éternelle sérénité, elles scintillaient froides et dures au-dessus du vacarme de la terre ; elles entouraient de tous côtés le navire défait et harcelé ; plus impitoyables que les yeux d'une populace triomphante et aussi inaccessibles que le cœur de l'homme.

Un camarade d'équipage disparu, comme tout autre humain, disparaît à jamais; et je n'en ai jamais revu aucun. Mais par moments le flot du souvenir remonte avec force le fleuve aux Neuf Méandres. Alors, sur les eaux du courant solitaire, dérive un navire, un fantôme peuple d'un équipage de spectres. Ils passent en me faisant un signe, un salut indistinct. N'avions-nous pas, ensemble sur la mer immortelle, arraché une signification à nos existences coupables? Adieu, frères! Vous étiez un bon équipage. Aussi bon que tout autre ayant jamais lutté, en poussant des cris féroces, avec la toile battante d'une lourde misaine. Ou bien, balancé sur les hunes, invisible dans la nuit, ayant répondu hurlement pour hurlement à une tempête de vent d'ouest.

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Critiques de Le negre du narcisse (adultes) : avis de lecteurs (7)


  • Critique de Le negre du narcisse (adultes) par tristantristan (Babelio)

    Le style est ampoulé, les phrases surannées (cf citations) et l'édition, ramassée, présente un texte très serré sans aération. Pour ce qui est du fond, il s'agit de récits plus ou moins autobiographiq...

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    Par tristantristan - publiée le 01/11/2019

  • Critique de Le negre du narcisse (adultes) par cascasimir (Babelio)

    "J'ai sorti la grand'voile Et j'ai glissé sous le vent. Sous le vent! Fais comme si je quittais la terre. J'ai trouvé mon étoile Je l'ai suivie un instant Sous le vent..." Céline Dion et Garou. ...

    Lire la critique complète >
    Par cascasimir - publiée le 21/05/2019

  • Critique de Le negre du narcisse (adultes) par Wyoming (Babelio)

    C'est davantage l'histoire du bateau que celle du nègre et des autres matelots, un voilier quittant Bombay pour l'Angleterre en doublant le cap de Bonne-Espérance. L'équipage fait corps avec le bateau...

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    Par Wyoming - publiée le 28/04/2018

  • Critique de Le negre du narcisse (adultes) par chartel (Babelio)

    Ce livre est un témoignage précieux d'un monde disparu, supplanté à la fin du XIXe siècle par les bateaux à vapeur: celui des grands voiliers marchands. Conrad nous embarque sur le Narcisse de Bombay ...

    Lire la critique complète >
    Par chartel - publiée le 19/02/2018

  • Critique de Le negre du narcisse (adultes) par (Babelio)

    Symphonie maritime en 5 mouvements (chapitres), le Nègre du "Narcisse" suit, de Bombay à Londres, le périple d'un voilier et de ses hommes. Dans le premier mouvement, largo, un mystérieux narrateur.....

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    Par Babelio - publiée le 21/09/2017

  • Critique de Le negre du narcisse (adultes) par nrisovics (Babelio)

    Très bon livre à mon sens sur l'histoire de Jim Wait engagé sur le Narcisse, navire qui va se trouver en proie à une nature déchaînée.Le style est ici très fort.Une forme de poésie fort s'en dégage où...

    Lire la critique complète >
    Par nrisovics - publiée le 25/06/2017

  • Critique de Le negre du narcisse (adultes) par TristanPichard (Babelio)

    Une histoire comme les affectionne Joseph Conrad. Simple mais où la fragilité humaine (et sa force en dépit de tout) se trouve confrontée à l'implacable de la nature (la tempête) et de sa nature (la s...

    Lire la critique complète >
    Par TristanPichard - publiée le 16/11/2013
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