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José Eduardo Agualusa

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Barroco tropical (2011)

De José Eduardo Agualusa chez Métailié
(8 votes, note moyenne : 3.9)

Une femme tombe du ciel et s’écrase sur la route devant Bartolomeu au moment où éclate une tempête tropicale et où sa maîtresse lui annonce qu’elle le quitte. Il décide de percer ce mystère et, alors que tout change autour de lui, il découvre que la morte, mannequin et ex-miss, avait fréquenté le lit d’hommes politiques et d’entrepreneurs, devenant ainsi gênante pour certains, et il comprend qu’il sera la prochaine victime.

Il croise les chemins d’une chanteuse à succès, d’un trafiquant d’armes ambassadeur auprès du Vatican, d’un guérisseur ambitieux, d’un ex-démineur aveugle, d’un dandy nain, d’une mère de saint adepte du mariage, d’un jeune peintre autiste, d’un ange noir ou de son ombre. Il explore une Luanda de 2020 métaphore de la société angolaise où les traditions ancestrales cohabitent difficilement avec une modernité mal assimilée. Où, comme dans la Termitière, gratte-ciel inachevé mais déjà en ruine, les riches vivent dans les étages tandis que les pauvres et les truands occupent les sous-sols. Il nous montre une ville en convulsions où l’insolite est toujours présent et intimement mêlé au prosaïque et au quotidien, où la réalité tend à être beaucoup plus invraisemblable que la fiction.

Dans une prose magnifique cet amoureux des mots définit son pays comme une culture de l’excès, que ce soit dans la façon de s’amuser ou dans la façon de manifester ses sentiments ou sa souffrance.

José Eduardo Agualusa est né en Angola en 1960. Après des études d’agronomie à Lisbonne, il est grand reporter et écrivain. Ses romans sont traduits en allemand, bengali, catalan, danois, espagnol, anglais, italien et suédois. Il a reçu en 2007 The Independant Foreign Fiction Prize. Il est l’auteur de Le Marchand de passés (Métailié, 2006), La Guerre des anges (Métailié, 2007) et Les femmes de mon père (Métailié, 2009).

Paru le 01-09-2011 - Format : Broché - 276 pages - 21 x 14 x 0 cm - 287 g - ISBN 10 : 2864247135 - ISBN 13 : 9782864247135

Collection : Bb Portugais

Tags : récits, tragédie, roman, dystopie, fantastique, roman d'amour, insolite, démocratie, jumeaux, tempête, colonisation, musique, angola, littérature lusophone, littérature angolaise, afrique, littérature africaine, grec, brésilienne, littérature portugaise.

Citations de Barroco tropical (10)

Les écrivains sont par nature des observateurs.

Cinq jours plus tard j'étais assis sur un siège en toile à Leblon, en train de boire une eau de coco et de lire un roman de Coetzee. Je suis sûr qu'il s'agissait d'un roman de Coetzee, bien que je ne me souvienne plus duquel, car quand je repense à cet après-midi, je revois le contour précis des collines, le soleil illuminant le sable, et c'est une lumière blanche et froide, comme celle qui tombe sur les tables d'autopsie, ou sur la viande intense de boucheries. Si j'avais lu, supposons, Garcia Marquez, ce même après-midi me semblerait aujourd'hui humide, baroque, peuplé de personnages extravagants voguant à l'horizon comme de grand perroquets babillards. Coetzee est un boer calviniste, Marquez, un mulâtre latino-américain catholique. Là où Coetzee est concision dure et dépouillement de sexe triste, Marquez est outrance et gaieté et furie amoureuse.

Dalmatien l'a regardé , atterré :- Vous êtes en train de dire que l'esclavage a été une bonne chose?- Réduire quelqu'un en esclavage est une chose abominable. La traite négrière a enrichi certaines familles africaines, sans parler des européens, évidemment mais elle a ruiné le continent. Ce que je suis en train de dire c'est que quelquefois les mauvaises actions produisent de bons résultats. En tout cas il me semble plus facile de défendre l'esclavage que la sorcellerie ou le tribalisme.- Je ne suis pas d'accord. Ce que vous appelez tribalisme, général, je l'appellerais nationalisme ethnique. Le fait qu'un Bacongo soit orgueilleux de son lignage et veuille ce qu'il y a de mieux pour son peuple n'a rien de négatif au contraire. Pourquoi les Flamands, les Catalans et les Basques pourraient pratiquer le tribalisme et pas les Bacongos ?Benigno dos Anjos Negreiros ne s'attendait pas à cette résistance de la part du chauffeur de taxi. Il a hésité un instant. Puis il a souri, content. Mon beau-père n'apprécie peut être pas la démocratie, mais il apprécie un bon débat :- Je suis un patriote. J'ai lutté dans les forêts de ce pays contre les troupes portugaises. A l'époque notre slogan était "un seul peuple, une seule nation".- Je préfère l'unité dans la diversité. Un grand nombre de nations, une seule patrie, a rétorqué Dalmatien. La plupart des pays du monde sont composés de plusieurs nations. Le combat contre la diversité est le propre d'une pensée totalitaire. Vous vouliez l'indépendance, c'est vrai mais à condition que l'Angola conserve le modèle colonial.- Le modèle colonial ?- Dalmatien a raison, suis-je intervenu, amusé. Les nationalistes urbains, éduqués dans la métropole et très souvent fils ou petits-fils de Portugais, ne connaissaient que le modèle colonial, et après avoir pris le pouvoir ils ont essayé de l'imposer. Un seul peuple, une seule nation. Ce qui veut dire, d'après vos camarades, que pour construire un pays il faut détruire les identités ethniques. De la pure idéologie coloniale. Voyez ce qui s'est passé avec la langue portugaise. Avant l'indépendance, moins de cinq pour cent des Angolais parlaient le portugais comme langue maternelle. Aujourd'hui , nos jeunes ne parlent plus que le portugais.

Elle a reculé de deux pas. Elle a fermé les yeux et a commencé à chanter dans une langue que je n'avais jamais entendue. Je suis convaincu qu'elle l'inventait en chantant. Pourtant il semblait y avoir une logique puissante dans la façon dont les sons s'articulaient. C'étaient une langue à la fois évidente et impossible, comme un serpent dépliant des ailes humides. La mélodie ? C'était le miel inhérent à la parole, avec sa douceur et sa couleur, plus la paisible lucidité du jour.

Quand je suis né, Luanda utilisait encore en entier son beau nom chrétien sonore : Sao Paulo da Assunçao de Luanda. Vieille matrone mulâtre, elle était orgueilleuse de sa parenté avec des villes comme La Havane, Saint Louis en Casamance ou Sao Sebastiao do Rio de Janeiro. Ce furent d'ailleurs les Brésiliens qui lui portèrent secours quand, en 1641, les Hollandais profitèrent de la distraction ibérique pour occuper la Forteresse de Sao Miguel. J'ai vu ma ville devenir africaine. J'ai vu les fiers immeubles de la ville basse – que la bourgeoisie coloniale avait abandonnés quelques jours avant l'indépendance – être occupés pas les déshérités des bidonvilles. Je les ai vus (ces déshérités) élever des poules dans les garde-mangers, des chevreaux dans les chambres et allumer avec les bibliothèques abandonnées par les colons des feux au milieu des salons. J'ai vu plus tard ces mêmes déshérités quitter les appartements en ruine en échange de fortunes (quelque-uns) ou d'une demi-douzaine de centimes (d'autres), et être remplacés par la toute nouvelle bourgeoise urbaine, ou par des expatriés grassement payés. J'ai vu tomber le beau palais de Dona Ana Joaquina à coups de marteau, pour être remplacé par une réplique en mauvais béton, et j'ai pensé que c'était une métaphore des temps nouveaux – le vieux système colonial et esclavagiste remplacé par une réplique dérisoire dans le jargon néfaste de bidonvilles. Plus tard (trop tard), j'ai compris qu'il n'y avait aucune métaphore, juste une grande bâtisse qui s'effondrait.

Lua est le diminutif affectueux avec lequel nous autres, Luandais, appelons notre ville. Je le trouve particulièrement approprié. Luanda partage avec la Lune -- Lua -- la même désolation aride et sauvage, la même poussière suffocante. Pourtant, comme la Lune, vue de nuit et de loin, elle semble belle. Illuminée, elle séduit. En outre, sa lumière a le pouvoir étrange de transformer des hommes simples en loups féroces.

Je suis consciente de la lumière qui dort dans certains mots, de la nuit qui se cache dans d'autres. Il y a des métaphores qui explosent comme des grenades, des strophes capables de déclencher des éclairs sous nos yeux. Il m'est déjà arrivé de chanter les mêmes vers des centaines de fois sans les comprendre. Et soudain, sur une scène quelconque, Le Bozar à Bruxelles, Le Finlândi Hall à Helsinki, le Koninklijk Theater Carré à Amsterdam, sur une scène quelconque, cette même chanson prend feu et se révèle : elle s'ouvre comme une porte sur un monde dont je ne soupçonnais pas l'existence. Quand je me sens perdue, je m'assieds et j'écris. Quand je suis irrémédiablement perdue, je chante.Je chante pour m'en sortir.Qu'est ce que j'écris ? je consigne ce qui m'arrive, tentant de comprendre ce qui m'est arrivé. Je n'invente rien. Je n'ai pas besoin d'inventer quoi que ce soit. Je ne suis pas écrivain. Je pourrais appeler cela journal aveugle, car il ne comporte pas de dates. Je préfère l'appeler Elucidaire.

Je le regrette infiniment, mais il est absolument impossible d'expliquer le mot saudade à qui n'est pas de notre langue

... (Kianda) je suis consciente de la lumière qui dort dans certains mots, de la nuit qui se cache dans d'autres. Il y a des métaphores qui explosent comme des grenades, des strophes capables de déclencher des éclairs sous nos yeux.(...) Quand je me sens perdue, je m'assieds et j'écris. Quand je suis irrémédiablement perdue, je chante.(...) Qu'est-ce que j'écris ? Je consigne ce qui m'arrive, tentant de comprendre ce qui m'est arrivé. Je n'invente rien. Je n'ai pas besoin d'inventer quoi que ce soit. Je ne suis pas écrivain. Je pourrais appeler ça journal aveugle, car il ne comporte pas de dates. Je préfère "Elucidaire".

Les instruments jouaient tout seuls. Je me souviens d'avoir chanté jusqu'à en perdre la voix. Ensuite je me suis mordu les poignets, mes veines se sont ouvertes et le sang a jailli. Quand j'ai terminé, je me suis incliné dans une longue révérence sur la scène couverte de sang. J'ai vu alors, pour les jours à venir, de longues rues désertes et des maisons vides. Je me suis vue en train de traverser des nuits d'insomnie, entre des draps froids et des oreillers humides de larmes. J'ai vu une tasse de thé, toujours la même, abandonnée dans la cuisine, et une vieille brosse à dents posée sur le lavabo. J'ai vu un chien pâle, s'efforçant d'attraper sa propre ombre. Je l'ai vu ensuite étendu sur le trottoir, décapité, ses yeux clairs pleins d'eau.Tu ne ris plus?

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Critiques de Barroco tropical : avis de lecteurs (8)


  • Critique de Barroco tropical par moertzombreur (Babelio)

    Une culture de l'excès La narration du roman est très original, alternant la voix d'un écrivain par ailleurs documentariste, avec celle de sa maîtresse une chanteuse célèbre . Au début du livre l'aut...

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    Par moertzombreur - publiée le 12/09/2014

  • Critique de Barroco tropical par bdelhausse (Babelio)

    Roman choral, déconstruit, même si l'intrigue reste linéaire, sur l'Angola d'aujourd'hui et sur la colonisation et la place des différentes communautés, et les rapports entre ethnies et avec le Brésil...

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    Par bdelhausse - publiée le 19/06/2014

  • Critique de Barroco tropical par VALENTYNE (Babelio)

    Angola, de nos jours. Le narrateur, Bartolomeu, est journaliste. Un jour qu'il se promène en compagnie de sa maîtresse (en fait de promenade, celle-ci lui signale qu'elle veut rompre), les deux amants...

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    Par VALENTYNE - publiée le 12/01/2014

  • Critique de Barroco tropical par BenjaminDP (Babelio)

    Dans Barroco tropical, on retrouve Bartolomeu Falcato, l'un des personnages principaux du livre Les femmes de mon père de José Eduardo Agualusa. Si dans ce dernier on s'interrogeait sur les racines, i...

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    Par BenjaminDP - publiée le 26/08/2013

  • Critique de Barroco tropical par traversay (Babelio)

    Barroco tropical. C'est le titre du dernier roman de l'angolais José Eduardo Agualusa et, également, le nom du style en vogue chez les écrivains lusophones d'Afrique, comme un écho au réalisme magique...

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    Par traversay - publiée le 28/08/2012

  • Critique de Barroco tropical par Lali (Babelio)

    L'essentiel - comme l'a sûrement déjà écrit Paulo Coelho, et s'il ne l'a pas encore fait il le fera - s'exprime rarement avec des mots », affirme Bartolomeu Falcato, personnage central de Barroco trop...

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    Par Lali - publiée le 15/06/2012

  • Critique de Barroco tropical par nadejda (Babelio)

    «Luanda se précipite à toute allure vers le Grand Désastre. Huit millions de personnes hurlant, pleurant et s'esclaffant. Une fête. Une tragédie. Tout ce qui peut arriver arrive ici. Ce qui ne peut pa...

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    Par nadejda - publiée le 29/09/2011

  • Critique de Barroco tropical par yv1 (Babelio)

    Bartolomeu Falcato, écrivain-documentariste se retrouve seul. Sa maîtresse, la chanteuse Kianda le quitte. Au moment où elle lui annonce cette nouvelle, une femme, un mannequin que Bartolomeu a rencon...

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    Par yv1 - publiée le 04/09/2011
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