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Jean Paul Kauffmann

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La Chambre noire de Longwood (1998)

De Jean Paul Kauffmann chez Gallimard
(12 votes, note moyenne : 4.7)

Perdue au milieu de l'Atlantique Sud, Sainte-Hélène, l'île d'où on ne s'échappe jamais. Un rocher lugubre, battu par les flots et le vent. Déporté par les Anglais après Waterloo, Bonaparte s'efforcera, pendant cinq ans et demi, de rester Napoléon en dépit des humiliations.Amoureux des îles, Jean-Paul Kauffmann s'est embarqué un jour à bord du seul bateau qui dessert Sainte-Hélène. Il découvre ses falaises noires, ses habitants reclus, son gouverneur britannique, son ex-consul de France érudit et misanthrope, ses prisonniers qui pêchent face à l'océan.Sainte-Hélène : la vie quotidienne dans l'étrange maison de Longwood au temps de Napoléon, la promiscuité, l'ennui, l'humidité, les rats.Récit de voyage et enquête sur les derniers jours de l'Empereur, ce livre décrit avec justesse la captivité et l'enfermement. La chambre noire de Longwood est une méditation sur la mélancolie historique, un huis-clos policier qui atteste que Napoléon a bel et bien été empoisonné. Par la nostalgie de sa gloire et le regret de son passé.

Paru le 01-05-1998 - Format : Broché - 368 pages - 18 x 11 x 1 cm - 189 g - ISBN 10 : 2070403270 - ISBN 13 : 9782070403271

Collection : Folio

Tags : chroniques, récits, roman, historique, roman historique, récit historique, roman biographique, récit de voyage, Descriptions et voyages, histoire, nostalgie, ennui, exil, jean-paul kauffmann, napoléon bonaparte, sainte-hélène, voyages, france, littérature française, 19ème siècle.

Citations de La Chambre noire de Longwood (10)

Napoléon fataliste: "Napoléon a toujours été fataliste. Le 2 septembre 1816, évoquant l'apogée du règne, il fait cet aveu à Las Cases: "Je voyais clairement arriver l'heure décisive. L'étoile pâlissait, je sentais les rennes m'échapper, et je n'y pouvais rien." Prescience de la catastrophe à laquelle il faut opposer l'admirable phrase du début, quand il était à vingt-cinq ans général de l'armée d'Italie: "Je voyais déjà le monde fuir sous moi, comme si j'étais emporté dans les airs." La confidence faite une fois de plus à Gourgaud date de 1817. Instantané qu'on pourrait presque qualifier de stendhalien, tant la fusion de la lucidité et du rêve répand une traînée lumineuse. Éclair qui traverse les mornes journées et irradie soudain la lourde opacité de Longwood. Tout y est. L'acceptation du risque, le bonheur déployé à perte de vue, la grande chevauchée de l'aventure. Pégase s'envole, il prend le mors aux dents, le destin s'emballe..."Je sentais les rênes m'échapper et je n'y pouvais rien."N'avait-il pas avoué un jour à las cases:"On peut donner une première impulsion aux affaires; elles vous entraînent.p.138/139

"La mélancolie de Napoléon cache un deuil très ancien."Toujours seul, au milieu des hommes, je rentre pour rêver avec moi-même, et me livrer à toute la vivacité de ma mélancolie. De quel côté est-elle tournée aujourd'hui ? Du côté de la mort." Ces lignes datent de 1786 lorsqu'il était lieutenant.p.140

Chers objets du passé, le temps ne vous a pas défaits parce que vous recelez l'innocent regret au cœur ds humais, ce grain d'éternité qui n'est autre que la mémoire de l'enfance.L'impossible reconstitution ... l'irréalisable pittoresque, j'aime ce combat perdu d'avance.

[dialogue entre l'auteur (JPK) et Amy (A), une touriste anglaise arrivée par le même bateau que l'auteur et qu'il croisera à plusieurs reprises au cours de son séjour] A - Je ne comprends pas chez vous ce fétichisme du lieu, cette obsession que vous avez pour les vestiges. Je vous ai étudié depuis le début, ah oui ! Quelle prétention ! Mais pour qui vous prenez-vous ? Une sorte d'Hercule Poirot qui remonte le temps ?JPK - Pour le fétichisme du lieu, vous avez raison. Mais pour Hercule Poirot, vous avez tort. Ce qui m'excite justement, c'est ce passé que je n'atteindrai jamais, le pittoresque que je ne pourrai jamais reconstituer. Comprenez-vous que c'est ce "jamais", définitif, irréparable, sans retour qui m'exalte ? D'ailleurs vous vous trompez, ce ,'est pas l'indice que je recherche mais l'imprégnation. Connaissez-vous le commissaire Maigret ? Elle acquiesce.JPK - Eh bien ! je serai plutôt de son école. Sentir, humer. Absorber, les bruits, les odeurs, les images. C'est le dépôt qui se forme sur le passé qui me passionne. La coloration, le vernis qui recouvrent les objets et les lieux. Mais la patine du passé, on ne peut l'enlever. Cette impossibilité matérielle me fascine. Saisissez-vous cette contradiction ?A - Non. Mais j'aime bien votre commissaire Maigret. Il est si français ! Ce que vous me racontez aussi est très français. Il vous faut à tout pris heurter le bon sens. Votre passion pour le paradoxe... C'est votre manière à vous, Français, de vous croire intelligents.

MÉLANCOLIE NAPOLÉONIENNE:"Le visage de Napoléon a la même expression intensément absente que dans Le Cimetière d'Eylau, première figure de la mélancolie napoléonienne que le baron Gros a saisie avec tant de profondeur. Les yeux plafonnent étrangement, le blanc du globe oculaire souligne la fixité hébétée du regard. "C'est le portrait le plus magnifique et assurément le plus exact qu'on fait de lui", prétend Delacroix. En tout cas, c'est le plus inquiétant. Gros ne dévoile qu'une partie du secret. A mots couverts, il nous livre quelques signes de la tristesse impériale. Le mystère de Saturne à cheval. Tandis que qu'au loin l'incendie s'achève de consumer Eylau, Napoléon étend sa main gantée sur le champ de bataille. Le ciel est sombre, des tourbillons de fumée s'élèvent de la plaine éteinte. Chez un peintre, c'est toujours la lumière qui signe le tableau. Tout est noir dans cette toile. La neige pareille à de la suie, le visage blême de l'Empereur mangé par une barbe charbonneuse. Cette figure paraît brûlée de l'intérieur"."p158-159,

À l'instant même où il a appris sa déportation à Sainte-Hélène, le 31 juillet 1815, Napoléon s'est-il consolé, entrevoyant le prestige qu'il allait tirer de son malheur? Plus tard, il dira: "L'infortune seule manquait à ma renommée. J'ai porté la couronne impériale de France, la couronne de fer de l'Italie; et maintenant l'Angleterre m'en a donné une autre plus grande encore et plus glorieuse — celle portée par le Sauveur du monde —, une couronne d'épines."

Pauvre royaume de l'absence ! L'imagination, ce miroir ardent qui déforme et enflamme les figures du passé, a fait ici des ravages. L'imagination … A lire les récits des compagnons, on voit bien qu'il s'agit d'une tentative désespérée pour réunir ce qui est à jamais disloqué. Dans cette atmosphère de décomposition tropicale, il importe de se battre contre l'anéantissement.

Un long silence s'établit dans la salle à manger. Le temps est gris. Une pluie acariâtre tombe méchamment sur les jardins. Le vent frappe sur les huisseries des portes, battement obsédant qu'accompagne l'éternelle déploration de l'alizé. En cette fin de repas, la mélancolie de Longwood s'écoule suavement , goutte à goutte, comme la sourde percussion de la pluie qui tombe du toit sur le sol. Je commence à m'habituer à cet infini ruissellement , c'est la mélopée de Longwood. Elle s'insinue dans les êtres comme une paisible contrariété , un tourment presque bienfaisant.

Le soir à Longwood, on s'entretient solennellement de l'amour, de Dieu, de la matière, de la langue française, du destin... Les témoins se poussent des coudes pour ne pas éclater de rire." J'entendais les " Dialogues des morts ", raille Albine de Montholon. Gourgaud est chargé sérieusement par Napoléon de réorganiser l'artillerie française. Un jour, le captif désoeuvré se met en tête de réformer l'infanterie. Il prévoit le moindre détail, allouant par exemple pour chaque compagnie des morceaux de tôle pour faire cuire des galettes de blé. Mais l'Empereur et Gougaud se chicanent sur un détail. La réforme de l'infanterie restera en plan.

Gourgaud écrit le 15 janvier (1817) une scène pathétique. L'Empereur feuillette " l'Almanach impérial" pour vérifier un chiffre. Son regard s'attarde à des noms qui lui étaient familiers : " C'était un bel empire ! j'avais quatre-vingt-trois millions d'êtres humains à gouverner, plus que la moitié de la population de l'Europe entière ! " Et voilà que, pour cacher son émotion il se met à chanter , Gourgaud est bouleversé. " Quel homme , quel courage, quelle chute ! "Quand les choses vont mal à Saint-Hélène, on peut parier que Waterloo n'est pas loin. Le 25 février 1817, il refait une fois de plus la bataille. " J'aurais dû mettre Soult à la gauche... Je n'aurais pas dû employer Vandamme. "Toutes ces phrases commencent par le conditionnel passé. Le 8 mars , il n'a qu'un mot : " Travaillons Waterloo" Gourgaud n'est pas en forme.

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Critiques de La Chambre noire de Longwood : avis de lecteurs (14)


  • Critique de La Chambre noire de Longwood par Catherinedenanc (Babelio)

    Jean-Paul Kauffmann a réussi à émouvoir la lectrice que je suis, sur le sort réservé à un des plus grands hommes dont la France s'enorgueillit. La prouesse de faire toucher du doigt la lente agonie s...

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    Par Catherinedenanc - publiée le 24/04/2020

  • Critique de La Chambre noire de Longwood par RobertB (Babelio)

    Le goût des confins ! Peut-être le désir aussi de se confronter encore à son propre enfermement, à sa condition d'otage subie au Liban dans les années de guerre. À travers ce magnifique ouvrage, Jean-...

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    Par RobertB - publiée le 10/02/2020

  • Critique de La Chambre noire de Longwood par tiptop92 (Babelio)

    Jean-Paul Kauffmann - La chambre noire de Longwood - 1997 : Journal de bords d'un voyage fait dans les années 90 sur les trace de Napoléon 1er à Sainte-Hélène, ce livre balançait entre le roman histor...

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    Par tiptop92 - publiée le 28/07/2019

  • Critique de La Chambre noire de Longwood par Frederic524 (Babelio)

    « La Chambre noire de Longwood » de Jean Paul Kauffmann est un classique de l'auteur. C'est à la fois un essai et un roman, Kauffmann nous parle de la mémoire historique, de son rapport au passé, au t...

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    Par Frederic524 - publiée le 27/08/2018

  • Critique de La Chambre noire de Longwood par Floccus (Babelio)

    "Comme tous les captifs, Napoléon s'est battu contre la dissolution." (17) Je me suis raccrochée à ce livre en des lieux étranges et face à la perspective de longues journées d'ennui froid et gri...

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    Par Floccus - publiée le 23/05/2018

  • Critique de La Chambre noire de Longwood par brumaire (Babelio)

    Dès les premières pages , Jean Paul Kauffmann avoue " un faible pour Bonaparte" , mais se défend d'avoir "jamais éprouvé d'inclination pour Napoléon" . Alors, demande le lecteur lambda un p...

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    Par brumaire - publiée le 07/02/2018

  • Critique de La Chambre noire de Longwood par sweetie (Babelio)

    Jean-Paul Kauffmann, dans ce récit, est allé jusqu'au bout de son imprégnation des lieux importants qu'a foulés Napoléon Bonaparte du temps de sa gloire jusqu'à sa déchéance. Des champs de bataille m...

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    Par sweetie - publiée le 15/07/2016

  • Critique de La Chambre noire de Longwood par Ottstef (Babelio)

    J'ai adoré cette visite historique. Passionné par l'Empire j'avais pourtant un doute. Je pense acheter son dernier livre

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    Par Ottstef - publiée le 09/04/2016

  • Critique de La Chambre noire de Longwood par (Babelio)

    Voilà un livre plein de finesse et d'intelligence et à l'indéniable qualité littéraire. Ce n'est pas une énième description de la vie de Napoléon à st Hélène. Pour cela, la littérature dédiée à ce su...

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    Par Babelio - publiée le 07/04/2016

  • Critique de La Chambre noire de Longwood par JADIN (Babelio)

    Je l'ai lu plusieurs fois, je le trouve émouvant. L'auteur part sur les traces de Bonaparte aujourd'hui à SAINT HELENE.

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    Par JADIN - publiée le 26/12/2014

  • Critique de La Chambre noire de Longwood par Ponna (Babelio)

    Jean Paul Kauffman se rend à St Hèlène, pour quelques jours. Il y découvre ses habitants et la demeure de Longwood qui abrita les dernières années de "Bonaparte" et sa cour. On ne peut s'empêcher de ....

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    Par Ponna - publiée le 30/11/2014

  • Critique de La Chambre noire de Longwood par AntonioLeite (Babelio)

    Une tranche de biographie romancée de l'empereur en exil, exotique, qui reste collée à la peau.

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    Par AntonioLeite - publiée le 03/09/2014

  • Critique de La Chambre noire de Longwood par sylvain1975 (Babelio)

    Sainte-Hélène, un caillou émergeant de l'Atlantique Sud, entre l'Afrique et L'Amérique du Sud, dernière résidence de Napoléon. C'est dans ce lieu inhospitalier, battu par les vents, que Jean-Paul Kauf...

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    Par sylvain1975 - publiée le 23/09/2013

  • Critique de La Chambre noire de Longwood par (Babelio)

    Napoléon, tout le monde a entendu parler de lui. Tout le monde connaît plus ou moins son parcours. En ce qui me concerne, c'est plutôt moins que plus, car comme je l'ai déjà dit, l'histoire ne m'intér...

    Lire la critique complète >
    Par Babelio - publiée le 22/12/2008
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