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Jean Echenoz

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Jean Echenoz, né le 26 décembre 1947 à Orange (Vaucluse), est un écrivain et romancier français, lauréat du prix Médicis de 1983 pour Cherokee et du prix Goncourt de 1999 pour Je m'en vais[1].


Citations de L'équipée malaise (10)

_"Une petite ouverture, insista-t-il, un geste. Vous cédez sur un tout petit point. Parfois, l'esprit s'apaise avec un petit point."

Gare du Nord, des escadrons de Parisiens travaillant en banlieue croisaient le contraire dans un grouillement feutré de caoutchouc, de crêpe et de cuir, sous la polyphonie des parfums frais, des sueurs fraîches, des dentifrices et des tabacs frais, où toujours dissonaient quelques premières notes de calvados.

"Le ciel seul offrait un peu de variété. Même lorsqu'il formait une parfaite unité bleue, pure toile de fond, scène vide, on sentait bien que les nuages patientaient en coulisse au-delà de l'horizon, préparant mille façons de ne pas rater leur entrée: par moutonnement eczémateux, par fils croisés, plaques tenaces, coulées, par zébrures ou par diffusion, se défaisant en fibrilles comme au contact de l'air, se tassant comme des semences en forme d'organes d'où jaillissait la pluie. On les voyait légers, profilés, étincelants, indécis, flous - entrouverts ou déchirés. S'ils survenaient principalement en bandes, certains anachorètes ou francs-tireurs passaient à d'autres altitudes sans se mêler, s'ignorant, tout enflés d'un dédain montgolfier. Parfois, sans prévenir, l'un d'eux se suicidait en soluté crémeux, laissant en souvenir de lui quelque nébulosité pellucide, flottant survêtement d'ange gardien."

Sue toute sa joue, parallèlement à l'arc du maxillaire, cette barbe était traversée par une longue balafre transamazonienne à plusieurs voies, marque des dents d'une petite fourche ou des griffes d'un moyen lion.

Un peu plus tard, entre chien et loup, le combat cessa d'être égal. Le ciel sur le boulevard était une jambe violâtre, rayée de nuages variqueux.

Innombrables, étonnamment variées sont les sonneries téléphoniques de par le monde. Pour s'en convaincre, il n'est pas nécessaire de sortir de chez soi, il suffit d'appeler l'étranger. Tout de suite se succèdent quelques tonalités. Quand on appelle au-delà des mers, on perçoit même un instant le bruissement de tel ou tel océan, aussi calme qu'une bête bourrée d'arrières-pensées. Puis cela vibre plus ou moins au loin, on perçoit le reflet d'une sonnerie déteint par la distance, pâle comme la photocopie d'une photocopie: c'est assez pour se faire une idée, assez pour s'assurer que selon les climats sous lesquels il dérange, le téléphone sonne sur divers tons, selon multiples rythmes. A l'opposé, par exemple, de nos longues stridences vertes, les appareils anglais procèdent par séries binaires de brefs bourdons bruns, les finnois crépitent sans nuance dans le pourpre et les malais distillent d'interminables grelottis blanchâtres, invertébrés, presque transparents.

... comme une langue tirée d'une fenêtre, un édredon jaune d'oeuf était extrêmement jaune d'oeuf. Quelques chats, extrêmement écrasés quant à eux, tachetaient la départementale de petits tapis de prière rarement siamois, jamais persans.

Six heures du matin comme chaque jour, tout est semblable au bord du fleuve à cet homme vivant près, serré dans la matière. Un peu de vent cellulite la surface de l'eau, bascule un squelette de feuille morte, pousse un bout de papier sec dans une flaque., lève la poussière avec un peu de sable.

Une longue paroi de la salle était percée de fenêtres par lesquelles, au delà de l'usine à latex, il vit se développer les rangées d'hévéas ; la chaleur produisait des ondes molles qui déformaient les perspectives d'arbustes, comme sous l'effet d'une brise invraisemblable en cette saison dans cette partie du monde.

Il fit une brève halte à la hauteur du 53, d'où le génie de la Bastille n'a plus l'air juché sur sa colonne que les immeubles dissimulent entièrement ; il semble marcher sur leurs toits, danser sur leurs tuiles, sur leur zinc, exhibant dans sa fuite ses fesses rondes sous ses ailes déployées.

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Critiques de L'équipée malaise : avis de lecteurs (7)


  • Critique de L'équipée malaise par (Babelio)

    Quand pas le moral ,quand je ne sais plus quoi lire , je prends un Echenoz. Ce diable d'homme, on ne sait jamais trop d'où il écrit ,et nous lecteurs ,on ne sait pas où on est. Personnages silhouettes...

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    Par Babelio - publiée le 29/10/2018

  • Critique de L'équipée malaise par pasiondelalectura (Babelio)

    Un roman d'aventures déstructuré à la façon échenozienne, une trame loufoque qui ne sert que de prétexte pour nous servir un festival lexical, des calembours, des trouvailles, bref, une boîte de Pan...

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    Par pasiondelalectura - publiée le 16/08/2016

  • Critique de L'équipée malaise par Yassleo (Babelio)

    Quand deux types aiment la même femme, quid de l'avenir? Pas de Jules et Jim ici, mais Jean-François et Charles. Et pas de rivalité, puisque la donzelle en épousera un autre. Affaire classée. Chacu...

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    Par Yassleo - publiée le 10/02/2016

  • Critique de L'équipée malaise par Noelie (Babelio)

    Ne serait-ce que pour le titre..

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    Par Noelie - publiée le 04/03/2013

  • Critique de L'équipée malaise par cicou45 (Babelio)

    Je commencerai ma critique ainsi : absolument génial et totalement déroutant. Comme le dit si bien Jean-Maurice de Montremy, du journal La Croix, cité en quatrième de couverture : "Lisez bien les deux...

    Lire la critique complète >
    Par cicou45 - publiée le 06/09/2012

  • Critique de L'équipée malaise par brigetoun (Babelio)

    Le squelette d'une histoire d'aventuriers, d'entrecroisements de destinées, des personnages typés sans trop d'épaisseurs, vus de l'extérieur. Un roman d'aventure détourné, à côté, ironique. La surpris...

    Lire la critique complète >
    Par brigetoun - publiée le 20/01/2011

  • Critique de L'équipée malaise par cprevost (Babelio)

    Pourquoi les histoires de Jean Echenoz racontées avec tant de détachement, d'ironie et de modestie comptent-elles tant dans le paysage littéraire français contemporain ? Il faut aller voir de près ces...

    Lire la critique complète >
    Par cprevost - publiée le 19/10/2009
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