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Jean Echenoz

Présentation de Jean Echenoz (Wikipedia)

Jean Echenoz, né le 26 décembre 1947 à Orange (Vaucluse), est un écrivain et romancier français, lauréat du prix Médicis de 1983 pour Cherokee et du prix Goncourt de 1999 pour Je m'en vais[1].

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Citations de Jean Echenoz (41)

Le verbe reste verbe. Les mots, élégants, sages, font leur petite révérence, puis s'éclipsent. Qu'en reste-t-il ? Des ronds dans l'eau.

– 14

Assis sur les genoux d’une mère pauvre, tout enfant est riche.

– 14

Les parcours sinueux sont ceux qui atteignent les sommets.

– 14

Même s'il a toujours parlé seul, monologuant sans cesse au cours de ses travaux, les assistantes inquiètes peuvent l'entendre à travers la porte, pourtant capitonnée, pérorer plus que jamais dans ces moments d'orage. Il semble alors s'adresser aux éclairs eux-mêmes comme à des employés, des enfants, des élèves ou des pairs, avec une étonnante variété d'intonations : consolateur, sévère, plaintif, affectueux ou menaçant, moqueur ou grandiloquent, humble ou mégalomane.

– Des éclairs

Les riches ont coutume d'organiser des banquets nommés dîners d'argent, dîners d'or, dîners de diamant ou de platine. La nuance entre eux tient à la matière dans laquelle est fabriqué le joyau que chaque dame trouver ce soir-là en prenant place à table, serré sous sa serviette empesée. Gregor s'y rend une ou deux fois mais sa répugnance à l'égard des bijoux est telle qu'il s'abstient rapidement d'y retourner. Les très riches font à peu près la même chose, sauf que, dans leurs soirées, on ne fume que des cigarettes roulées dans des billets de cent dollars et, franchement, Gregor n'en voit pas l'intérêt. Plus tordus, les extrêmement riches montent des soirées bizarres où par exemple il est de bon ton que les invités multimillionnaires, ni rasés ni coiffés, se présentent vêtus de haillons aussi malpropres que possible pour, assis sur un sol dégoûtant, boire de la bière éventée en se régalant de rogatons –croûtes, couennes, fanes servies sur des plateaux de cristal par des valets de pied en perruque et livrée. Gregor, bien qu'il n'en montre rien, trouve peut-être ça distrayant cinq minutes, mais il laisse rapidement tomber.

– Des éclairs

On tuerait un pigeon sans guère plus d'états d'âme qu'on écrase une blatte. Il est cependant si nul qu'on s'en abstient. Par paresse ou par amour-propre, on se retient de lui donner un coup de pied sauf pour prendre un peu d'exercice et encore, il n'en est même pas digne, on ne voudrait pas risquer de souiller son soulier. Et qu'on ne m'objecte pas que, voyageur, il a rendu quelques services en temps de guerre, encore heureux qu'il ait trouvé un tout petit rôle de mécanique volante.

– Des éclairs

Toutes ces mondanités. Qu'il est donc fatigant d'être à l'intérieur de soi, toujours, sans moyen d'en sortir, considérer toujours le monde depuis cette enveloppe où on est enfermé. Et ne pouvoir, à ce monde, montrer de soi qu'un extérieur maquillé tant bien que mal en s'aidant de miroirs.

– Des éclairs

Le pigeon, pourtant. Le pigeon couard, fourbe, sale, fade, sot, veule, vide, vil, vain. Jamais émouvant, profondément inaffectif, le pigeon minable et sa voix stupide. Son vol de crécelle. Son regard sourd. Son picotage absurde. Son occiput décérébré qu'agite un navrant va-et-vient. Sa honteuse indécision, sa sexualité désolante. Sa vocation parasitique, son absence d'ambition, son inutilité crasse.[…] Saleté de pigeon, même pas bon à manger, écœurant sur son lit de petits pois farineux. Mais c'est pourtant bien lui qui est en train de devenir le plat favori de Gregor et bientôt le seul, l'inventeur finissant par se nourrir exclusivement, solitaire dans sa petite chambre, du blanc de l'animal qui borde son bréchet. Bizarre.

– Des éclairs

Vingt minutes suffisent à cette opération après laquelle, estime Gregor, deux ou trois jours de repos seront nécessaires pour que l'animal [un pigeon] redevienne ingambe. Mais en attendant, il le considère. Le considère longuement. Le considère tant, toutes les heures suivantes et presque malgré lui, qu'une émotion de modèle et de format inconnus semble à sa vue s'emparer de lui. C'est un ravissement attentif, émerveillé, prévenant, rajeunissant, tension sans dévoltage qu'à ce jour il n'a éprouvée avec personne et dont il vient à se demander en fin de journée s'il ne s'agirait pas d'un affect dont il n'a qu'entendu parler sans y prêter attention jusque-là, un sentiment difficile à définir, comment trouver l'expression juste. Un état, risquons le mot, va pour amoureux.

– Des éclairs

Avec tout ça, qui est allé vite comme toute sa vie, Gregor va sur ses cinquante-cinq ans. On ne se rend jamais compte à quel point c'est rapide alors que les journées traînent en longueur et que les après-midi sont interminables. On se retrouve doté d'un certain âge sans avoir bien compris comment, même si comme Gregor on consulte sa montre tout le temps, même si celle-ci ne donne qu'une idée imparfaite, tendancieuse et pour tout dire fausse de celui-ci.

– Des éclairs

Avec tout ça, qui est allé si vite comme toute sa vie, Gregor va sur ses cinquante-cinq ans. On ne se rend jamais compte à quel point c'est rapide alors que les journées traînent en longueur et que les après-midi sont interminables. On se retrouve doté d'un certain âge sans bien avoir compris comment, même si comme Gregor on consulte sa montre tout le temps, même si celle-là ne donne qu'une idée imparfaite, tendancieuse et pour tout dire fausse de celui-ci.

– Des éclairs

Chacun préfère savoir quand il est né, tant que c'est possible. On aime mieux être au courant de l'insrtant chiffré où ça démarre, où les affaires commencent avec l'air, la lumière, la perspective, les nuits et les déboires, les plaisirs et les jours. Cela permet déjà d'avoir un premier repère, une inscription, un numéro utile pour vos anniversaires. Cela donne aussi le point de départ d'une petite idée personnelle du temps dont chacun sait aussi l'importance : telle que la plupart d'entre nous décident, acceptent de le porter en permanence sur eux, découpé en chiffres plus ou moins lisibles et parfois même fluorescents, fixé par un bracelet à leur poignet, le gauche le plus souvent que le droit.

– Des éclairs

Le pigeon, pourtant. Le pigeon couard, fourbe, sale, fade, sot, veule, vide, vil, vain. Jamais émouvant, profondément inaffectif, le pigeon minable et sa voix stupide. Son vol de crécelle. Son regard sourd. Son picotage absurde. Son occiput décérébré qu'agite un navrant va et vient. Sa honteuse indécision, sa sexualité désolante. Sa vocation parasitique, son absence d'ambition, son inutilité crasse.

– Des éclairs

Il fit une brève halte à la hauteur du 53, d'où le génie de la Bastille n'a plus l'air juché sur sa colonne que les immeubles dissimulent entièrement ; il semble marcher sur leurs toits, danser sur leurs tuiles, sur leur zinc, exhibant dans sa fuite ses fesses rondes sous ses ailes déployées.

– L'équipée malaise

Une longue paroi de la salle était percée de fenêtres par lesquelles, au delà de l'usine à latex, il vit se développer les rangées d'hévéas ; la chaleur produisait des ondes molles qui déformaient les perspectives d'arbustes, comme sous l'effet d'une brise invraisemblable en cette saison dans cette partie du monde.

– L'équipée malaise

Six heures du matin comme chaque jour, tout est semblable au bord du fleuve à cet homme vivant près, serré dans la matière. Un peu de vent cellulite la surface de l'eau, bascule un squelette de feuille morte, pousse un bout de papier sec dans une flaque., lève la poussière avec un peu de sable.

– L'équipée malaise

... comme une langue tirée d'une fenêtre, un édredon jaune d'oeuf était extrêmement jaune d'oeuf. Quelques chats, extrêmement écrasés quant à eux, tachetaient la départementale de petits tapis de prière rarement siamois, jamais persans.

– L'équipée malaise

Innombrables, étonnamment variées sont les sonneries téléphoniques de par le monde. Pour s'en convaincre, il n'est pas nécessaire de sortir de chez soi, il suffit d'appeler l'étranger. Tout de suite se succèdent quelques tonalités. Quand on appelle au-delà des mers, on perçoit même un instant le bruissement de tel ou tel océan, aussi calme qu'une bête bourrée d'arrières-pensées. Puis cela vibre plus ou moins au loin, on perçoit le reflet d'une sonnerie déteint par la distance, pâle comme la photocopie d'une photocopie: c'est assez pour se faire une idée, assez pour s'assurer que selon les climats sous lesquels il dérange, le téléphone sonne sur divers tons, selon multiples rythmes. A l'opposé, par exemple, de nos longues stridences vertes, les appareils anglais procèdent par séries binaires de brefs bourdons bruns, les finnois crépitent sans nuance dans le pourpre et les malais distillent d'interminables grelottis blanchâtres, invertébrés, presque transparents.

– L'équipée malaise

Un peu plus tard, entre chien et loup, le combat cessa d'être égal. Le ciel sur le boulevard était une jambe violâtre, rayée de nuages variqueux.

– L'équipée malaise

Sue toute sa joue, parallèlement à l'arc du maxillaire, cette barbe était traversée par une longue balafre transamazonienne à plusieurs voies, marque des dents d'une petite fourche ou des griffes d'un moyen lion.

– L'équipée malaise

"Le ciel seul offrait un peu de variété. Même lorsqu'il formait une parfaite unité bleue, pure toile de fond, scène vide, on sentait bien que les nuages patientaient en coulisse au-delà de l'horizon, préparant mille façons de ne pas rater leur entrée: par moutonnement eczémateux, par fils croisés, plaques tenaces, coulées, par zébrures ou par diffusion, se défaisant en fibrilles comme au contact de l'air, se tassant comme des semences en forme d'organes d'où jaillissait la pluie. On les voyait légers, profilés, étincelants, indécis, flous - entrouverts ou déchirés. S'ils survenaient principalement en bandes, certains anachorètes ou francs-tireurs passaient à d'autres altitudes sans se mêler, s'ignorant, tout enflés d'un dédain montgolfier. Parfois, sans prévenir, l'un d'eux se suicidait en soluté crémeux, laissant en souvenir de lui quelque nébulosité pellucide, flottant survêtement d'ange gardien."

– L'équipée malaise

Gare du Nord, des escadrons de Parisiens travaillant en banlieue croisaient le contraire dans un grouillement feutré de caoutchouc, de crêpe et de cuir, sous la polyphonie des parfums frais, des sueurs fraîches, des dentifrices et des tabacs frais, où toujours dissonaient quelques premières notes de calvados.

– L'équipée malaise

_"Une petite ouverture, insista-t-il, un geste. Vous cédez sur un tout petit point. Parfois, l'esprit s'apaise avec un petit point."

– L'équipée malaise

Je m'en vais, dit Ferrer, je te quitte. Je te laisse tout mais je pars.

– Je m'en vais

Avant de connaître Bérangère Eisenmann, Ferrer ignorait l'existence d' Extatics Elixir. Maintenant, il le respire encore pendant qu'il se dirige vers l'ascenseur sur la pointe des pieds : le parfum passe par le trou de la serrure, les interstices de la porte-palière, il le poursuit jusque chez lui. Bien sûr il pourrait suggérer à Bérangère de changer de marque mais il n'ose pas, bien sûr aussi qu'il pourrait lui en offrir un autre mais différents arguments l'en dissuadent, ce serait peut-être un peu trop s'engager, ah nom de Dieu, vivement le pôle Nord.

– Je m'en vais

Toujours en retard de plusieurs aspirateurs, cet atelier se présentaient comme un terrier de célibataire, une planque de fugitif aux abois, un legs désaffecté pendant que les héritiers s'empoignent.

– Je m'en vais

se souvenir en désespoir de cause que tous les ours blancs sont gauchers : quitte à croire pouvoir se défendre, autant aborder la bête par son côté le moins vif. C'est assez illusoire mais c'est toujours ça.

– Je m'en vais

Car le maquillage masque en même temps qu'il décore les organes sensoriels, du moins, notez, ceux qui ont plusieurs usages. La bouche, par exemple, qui respire et qui parle et mange, boit, sourit, chuchote, embrasse, suce, lèche, mord, souffle, soupire, crie, fume, grimace, rit, chante, siffle, hoquette, crache, rote, vomit, expire, on la peint, c'est bien le moins, pour l'honorer de remplir ainsi nombre de fonctions nobles. On peint aussi les alentours de l'œil qui regarde, exprime, pleure et se ferme pour dormir, ce qui est également noble. On peint encore les ongles qui se tiennent aux premières loges de l'immense et noble variété des opérations manuelles.Mais on ne farde pas ce qui ne rend qu'un ou deux services. Ni l'oreille – qui ne sert qu'à entendre – à laquelle on fixe juste un pendentif. Ni le nez – qui ne fait que respirer, sentir, et qui parfois se bouche – auquel comme à l'oreille on peut assujettir une boucle, une pierre précieuse, une perle ou même sous certains climats un os véritable, alors que sous les nôtres on se contente de le poudrer.

– Je m'en vais

Dans le métro, quel que soit le coefficient de remplissage de la rame, et même quand elle est vide, Baumgartner préfère toujours les strapontins aux banquettes, contrairement à Ferrer qui aime mieux celles-ci. Sur les banquettes, qui sont en vis à vis, Baumgartner s'exposerait forcément à se trouver assis à côté de quelqu'un ou en face de quelqu'un, le plus souvent d'ailleurs les deux en même temps. Ce qui induirait encore des frottements et des gênes, des contacts, des difficultés de croisement ou de décroisement des jambes, des regards parasites et des conversations dont il n'a que faire. A tout prendre, même en cas d'affluence où il faut bien se lever pour laisser un peu de place, le strapontin lui paraît préférable en tous points. Il est individuel, mobile et d'utilisation souple. Il va de soi que le strapontin isolé, trop rare, est encore supérieur à ses yeux au strapontin apparié qui présente lui aussi quelques risques de gênes promiscues - celles-ci moins dommageables de toute façon que les incommodités de la banquette. Baumgartner est ainsi.

– Je m'en vais

Dès que l'art et l'argent sont en contact, nécessairement ça cogne sec.

– Je m'en vais

Je m'en vais, dit Ferrer, je te quitte. Je te laisse tout mais je pars. Et comme les yeux de Suzanne, s'égarant vers le sol, s'arrêtaient sans raison sur une prise électrique, Félix Ferrer abandonna ses clefs sur la console de l'entrée. Puis il boutonna son manteau avant de sortir en refermant doucement la porte du pavillon.

– Je m'en vais

Comme elle passait près de lui, n'importe qui d'autre ou lui-même dans son état normal eussent jugé que ces vêtements n'etaient là que pour lui être enlevés, voire arrachés. Le dossier bleu, d'ailleurs, qu'elle tenait sous son bras, le stylo qui effleurait pensivement ses lèvres semblaient des acçessoires de pure forme, elle-même ayant l'air d'une actrice de film erotique dur pendant les scènes préliminaires au cours desquelles on dit n'importe quoi en attendant que cela commence à chauffer.

– Je m'en vais

Personne ne se repose jamais vraiment, on imagine qu'on se repose ou qu'on va se reposer mais c'est juste une petite espérance qu'on a, on sait bien que ça n'existe pas, ce n'est qu'une chose qu'on dit quand on est fatigué

– Je m'en vais

On invente avec un stylo, on se juge à la machine.

Les seuls qui ont eu un peu de sens artistique, ç’a été les papes et les rois.

Dès que l’art et l’argent sont en contact, nécessairement ça cogne sec.

Chacun sait qu’on ne trouve personne quand on cherche, mieux vaut ne pas avoir l’air de chercher, se comporter comme si de rien n’était.

C’est ainsi que naissent les grandes inventions : par le contact inopiné de deux produits posés par hasard, l’un à côté de l’autre, sur une paillasse de laboratoire.

Accommodé avec un regard et un sourire appropriés, le silence peut donner d’excellents résultats.

C'est très bizarre d'écrire sur un ordinateur, c'est comme sculpter de l'eau.

Personne ne se repose jamais vraiment, on imagine qu’on se repose ou qu’on va se reposer mais c’est juste une petite espérance qu’on a, on sait bien que ça n’existe pas, ce n’est qu’une chose qu’on dit quand on est fatigué.

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