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Jean Echenoz

Présentation de Jean Echenoz (Wikipedia)

Jean Echenoz, né le 26 décembre 1947 à Orange (Vaucluse), est un écrivain et romancier français, lauréat du prix Médicis de 1983 pour Cherokee et du prix Goncourt de 1999 pour Je m'en vais[1].

Livres de Jean Echenoz

Citations de Jean Echenoz (128)

Assis sur les genoux d’une mère pauvre, tout enfant est riche.

– Une mère

Le verbe reste verbe. Les mots, élégants, sages, font leur petite révérence, puis s'éclipsent. Qu'en reste-t-il ? Des ronds dans l'eau.

– Restes

Qu'elles soient de douleur, d'émotion, de joie voire de deuil, les larmes ont en effet du bon. Peu importe au fond ce dont elles témoignent, tant elles soulagent et tant, s'écoulant de nos yeux, c'est tout le corps qu'elles apaisent.

– Envoyée spéciale / roman

« Nulle raison, direz-vous, de croiser des éléphants dans la Creuse et sur ce point nous sommes d'accord, nous ne le mentionnons que pour la raison suivante. Selon les travaux du docteur L. Elizabeth L Rasmusse, les femelles de l'Elephas maximus usent comme toute espèce animale d'une certaine combinaison de molécules dès le moment où l'exercice du rut devient envisageable, voire souhaitable.[…] Nous pensions qu'il n'était pas mauvais que ce phénomène zoologique, trop peu connu à notre avis, soit porté à la connaissance du public. Certes, le public a le droit d'objecter qu'une telle information ne semble être qu'une pure digression, sorte d'amusement didactique permettant d'achever un chapitre en douceur sans aucun lien avec notre récit. A cette réserve, bien entendu recevable, nous répondrons comme tout à l'heure : pour le moment.

– Envoyée spéciale / roman

........puis il essaie avec prudence de se souvenir de ses rêves, soulagé de ne s'en rappeler aucun. Et tant mieux, vraiment, car rien n'est ennuyeux comme les récits de rêve. Même s'ils ont l'air à première vue drôles, inventifs ou prémonitoires, leur prétention de film à grand spectacle est illusoire, leurs scénarios ne tiennent pas debout : voudrait-on les tourner que leur production coûterait une fortune en casting, figurants, construction de décors, déplacements d'équipes et location de matériel – quand bien même de nos jours, grâce aux effets spéciaux, on peut faire beaucoup de choses en réduisant les coûts –, tout cela pour une audience à coup sûr nulle, sans retour sur investissement. Mauvaise idée. À de nombreux égards, le rêve est une arnaque.

– Envoyée spéciale / roman

Et pas un mot à qui que ce soit, bien sûr, scande le commanditaire. Je ne dis jamais rien à personne, prétend Lessertisseur. Une tombe, à côté de moi, c'est une pochette-surprise.

– Envoyée spéciale / roman

Je veux une femme, a proféré le général. C'est une femme qu'il me faut, n'est-ce pas. Vous n'êtes pas le seul dans ce cas, lui a souri Paul Objat. Épargnez-moi ces réflexions, Objat, s'est raidi le général, je ne plaisante pas là-dessus. Un peu de tenue, bon Dieu. Le sourire d'Objat s'est dissous : Je vous prie de m'excuser, mon général. N'en parlons plus, a dit le gradé, réfléchissons. (...) Une femme, a-t-il répété à voix basse, se parlant à lui-même. Une femme, a-t-il haussé le ton, mais pas seulement. Surtout pas une stagiaire comme on en trouve partout. Quelqu'un d'absolument étranger aux réseaux, voyez-vous ? Pas tout à fait, a dû admettre Objat. Eh bien une innocente, quoi, a résumé le général. Qui ne comprend rien à rien, qui fait ce qu'on lui dit de faire et qui ne pose pas de questions. Plutôt jolie, si c'est possible. Cela fait beaucoup de critères, a fait valoir Objat, ça ne va pas être facile à trouver. Je sais, a reconnu le général.

– Envoyée spéciale / roman

Il se souvient quant à lui, voici trente ans, qu'il a d'abord été brutalisé au début de sa détention quand il a rechigné à devenir un serviteur sexuel : on lui a fracturé un genou contre un lavabo pour lui fournir une idée adéquate du panorama, pour qu'il s'imprègne bien de la culture ambiante, puis tout est allé mieux dès qu'il a mis ses orifices à la disposition d'un protecteur, puis de plusieurs protecteurs, puis d'un nombre indéterminé de clients de ces protecteurs à qui ceux-ci ont loué Clément Pognel à la demi-heure. Et comme à tous il donnait pleine satisfaction, on a voulu le garder, s'assurer de ses services le plus longtemps possible, de sorte qu'à chaque perspective de libération anticipée pour bonne conduite on lui a créé toute sorte d'embrouilles afin que Pognel, accomplissant sa peine jusqu'à son terme, on puisse profiter un maximum.

– Envoyée spéciale / roman

Prenez par exemple Patrick Hernandez, qui n'a rien fait de toute sa vie que Born to Be Alive - écrit en dix minutes, enregistré en deux jours, refusé d'abord par tous les producteurs puis, devenu succès intercontinental dont les royautés lui ont permis de se la couler douce tout le reste de son existence.

– Envoyée spéciale / roman

L'un des grands défauts du sommeil, outre qu'il fait perdre un temps fou, étant qu'il ne sent pas très bon.

– Envoyée spéciale / roman

On sait d'ailleurs trop peu qu'au cimetière de Passy, loin du siècle et des projecteurs, les pensionnaires donnent régulièrement un spectacle de fin d'année soutenu par une distribution remarquable : Fernandel, François Périer, Jean Servais, avec Réjane et Pearl White dans les rôles féminins. La qualité de l'œuvre est garantie par les talents d'autres défunts : scénario de Tristan Bernard et Henry Bernstein sur une idée d'Octave Mirbeau, dialogues de Jean Giraudoux, décors de Robert Mallet-Srevens, costumes de Jean Patou, musique de Claude Debussy. Le rideau de scène est d'Édouard Manet, la mise en scène de Jean-Louis Barrault. Le livret de cet ouvrage est disponible chez Arthème Fayard. On l'ignore en général.

– Envoyée spéciale / roman

Rien n'est ennuyeux comme les récits de rêve. Même s'ils ont l'air à premiere vue drôles, inventifs ou prémonitoires, leur prétention de film à grand spectacle est illusoire, leurs scénarios ne tiennent pas debout.

– Envoyée spéciale / roman

Quant à la question des adaptations cinématographiques des romans qu'il publie, sa position est simple : L'idéal avec le cinéma, dit-il avec un large sourire, c'est qu'on puisse vendre les droits et qu'ensuite, le film ne se fasse pas. Ça, voyez-vous, c'est vraiment la meilleure solution.

– Jérôme Lindon

Quant à la question des adaptations cinématographiques des romans qu'il publie, sa position est simple : L'idéal avec le cinéma, dit-il avec un large sourire, c'est qu'on puisse vendre les droits et qu'ensuite, le film ne se fasse pas. Ça, voyez-vous, c'est vraiment la meilleure solution.

– Jérôme Lindon

D'ailleurs en règle générale, Jérôme Lindon déconseille les parutions en revue comme il déconseille les travaux en collaboration, déconseille les commandes de cinéma ou de télévision, déconseille les voyages (il déteste spécialement les voyages), déconseille à peu pres tout ce qui peut distraire de l'écriture, bref, déconseille plus qu'il ne conseille. A défaut de suivre ses conseils, je suis donc généralement ses déconseils et je n'ai pas à m'en plaindre

– Jérôme Lindon

Le singulier, dit-il, quand c'est possible dans une phrase, c'est toujours mieux que le pluriel.

– Jérôme Lindon

Personne ne se repose jamais vraiment, on imagine qu’on se repose ou qu’on va se reposer mais c’est juste une petite espérance qu’on a, on sait bien que ça n’existe pas, ce n’est qu’une chose qu’on dit quand on est fatigué.

– Je m'en vais / entretien

Accommodé avec un regard et un sourire appropriés, le silence peut donner d’excellents résultats.

– Je m'en vais / entretien

C’est ainsi que naissent les grandes inventions : par le contact inopiné de deux produits posés par hasard, l’un à côté de l’autre, sur une paillasse de laboratoire.

– Je m'en vais / entretien

Chacun sait qu’on ne trouve personne quand on cherche, mieux vaut ne pas avoir l’air de chercher, se comporter comme si de rien n’était.

– Je m'en vais / entretien

Dès que l’art et l’argent sont en contact, nécessairement ça cogne sec.

– Je m'en vais / entretien

Les seuls qui ont eu un peu de sens artistique, ç’a été les papes et les rois.

– Je m'en vais / entretien

La ménagerie va se déchaîner sept minutes après, quand c'est au réservoir externe d'être largué : crabe et mammouth bondissent de joie pour saluer sa désintégration dans l'éther, sa chute en pluie fine sur la mer. Meyer ne retrouve plus la force d'ouvrir les yeux ; sous ses paupières closes la pression fait naître des myriades de phosphènes aux tons vifs, des étoiles éclatées, des croix stroboscopiques et des croissants pyrotechniques sur fond d'escaliers et damiers.

– Nous trois

à propos du style echenozien : ...sur le trottoir d'en face, sous le porche d'un cours secondaire privé, trois blondes extra-légères grillaient des anglaises en

– Nous trois

Il avait rencontré Nicole quand il n'était qu'un homme abandonné par Victoria, un de ses bons vieux types délaissés qui analysent les paroles des chansons d'amour tristes sur le transistor de la salle de bains, seuls au fond de leur peignoir, dans le noir, brossant pour plus personne leurs dents jusqu'au sang ( p 37)

– Nous trois

Sur les voies combles de l'autoroute, les conducteurs semblaient tendus comme si tout était au bord d'exploser ; freinant pour mieux saisir les points forts du spectacle, ils créaient un de ces embouteillages exubérants, fébriles, rayonnants d'imprécations et de klaxons, d'appels de phares, boîtes de vitesse craquantes et pare-brise étoilés, pare-chocs meurtris dans le rugissement des cylindres en cage. Meyer prit le parti de rouler sur la file de droite, craignant l'hostile vivacité des usagers qui allaient finir par s'apaiser, progressivement, au fil des kilomètres

– Nous trois

sur le style echenozien : ...sur le trottoir d'en face, sous le porche d'un cours secondaire privé, trois blondes extra-légères grillaient des anglaises en attendant mieux....un peu de vin? fit Meyer. Merci, déclina la jeune femme en se servant un verre d'eau. Jamais bu d'aussi mauvaise eau municipale, observait-elle ensuite avec douceur, repoussant du bout de son soulier pointu, les questions dégonflées à ses pieds.

– Nous trois

La douleur de son regard pouvait dénoter le banal comme le pire, la carence maternelle ou l'embarras gastrique, l'horreur du vide ou la rupture de stock de gitanes sans filtre. Prudence avec ce genre d'homme dont la sympathie lourde , spontanée menace en filigrane de s'inverser dés la première contrariété. ( p 58)

– Nous trois

Cinq heures et demie. Titov hurle à la mort. Je repasse dans le living, l'eau ruisselle sur les vitres de la porte-fenêtre. Tout à l'heure c'était une eau claire, une pluie classique plutôt rafraîchissante et maintenant elle paraît se troubler, se précipiter dans l'opaque. D'abord légèrement ocre, elle fonce de plus en plus et vire bientôt, je n'ai jamais vu ça, au rose foncé puis au brun rougeâtre. Au bout d'un moment, vous diriez du sang.

– Nous trois

Je connais bien le ciel. Je m'y suis habitué. Toutes ses nuances terre d'ombre, tilleul, chair ou safran, je connais. Dans mon fauteuil, sur la terrasse, je l'examine. Il est midi. Le ciel est blanc. J'ai tout mon temps.

– Nous trois

Le Simoun, vent très chaud, se lève par bourrasques au sud du Maroc saharien. Il y produit des tourbillons compacts, brûlants, coupants, assourdissants, qui masquent le soleil et gercent le bédouin. Le simoun reconstruit le désert, exproprie les dunes, rhabille les oasis; le sable éparpillé va s'introduire profondément partout sous l'ongle du bédouin, dans le turban du Touareg et l'anus de son dromadaire [...] Croisant vers le nord, le tapis volant marocain touche Paris dans le milieu de la nuit, s'y dissémine uniformément sans omettre bien sûr le secteur Maroc, vers Stalingrad après la rue de Tanger : il recouvre la rue du Maroc, la place du Maroc, et l'impasse du Maroc au bout de laquelle réside Louis Mayer, homme astigmate et polytechnicien, quarante-neuf ans jeudi dernier, spécialisé dans les moteurs en céramique

– Nous trois

Ensuite il est prouvé qu'on s'embrasse très souvent dans les cuisines, pendant ce genre de soirées - des baisers enflammés se brûlent au fourneau, collent au frigo, basculent dans l'évier, c'est vérifié. On improvise dans les cuisines de petits baisers sur le pouce que l'on consommera debout, sans apprêt, mais on peut également s'en mitonner d'interminables, étreintes en long métrage qu'on savoure en prenant son temps. D'ordinaire on dispose ensuite ces baisers sur un plateau qu'on emporte en vitesse dans une chambre ou quelque autre lieu clos, retiré, pour les goûter plus à son aise et s'en gaver

– Nous trois

Chopin jeta un bref coup d'œil sur ses tempes dans le miroir de l'ascenseur - quelques nouvelles du front de la chute des cheveux.

– Lac

Chopin ne percevait de toute façon pas grand-chose de pertinent : mastication, déglutition, rares hoquets, un claquement de langue. Les microphones ayant cessé de transmettre des informations de toute façon sans intérêt, il était doublement inutile de s'attarder. 

– Lac

Suzy, bien sûr, n'était pas folle quand elle était petite, c'est juste qu'elle baptisait les organes de son corps : son estomac s'appelait alors Simon, son foie Judas, ses poumons Pierre et Jean. Son coeur changeait à volonté d'identité, ayant d'abord à l'âge de quatorze ans pris celle d'un nommé Robert qui avait été le premier à l'embrasser. Suzy l'avait bien aimé, Robert, il n'était pas tellement causant mais c'était sûrement lui le plus joli garçon de la Zup. Avant qu'il ne parvienne à l'embrasser vraiment, pendant des semaines ils s'étaient tenu la main pendant des heures, adossés côte à côte au mur près des garages, sans se parler, considérant les autres qui riaient fort en faisant vrombir leurs mobylettes gonflées à l'éther, ensuite ils se raccompagnaient indéfiniment à travers la cité, du pied d'une tour à l'autre. Après Robert, la succession de prénoms attribués au coeur de Suzy n'était plus très distincte, elle se souvenait de ceux du frère de sa correspondante anglaise, puis du fils d'un officier de gendarmerie, pas mal de bruns dans l'ensemble dont un maître-nageur assez mou mais très, très marrant. Gérard.

– Lac

Hors du circuit des hôtels habituels, le Parc Palace est une résidence calme et retirée, souvent fréquentée par des clients incognito, trop riches et trop puissants de toute façon pour être connus du grand public

– Lac

Chopin l'a regardée se pencher vers une sorte de peignoir japonais : son dos très blanc semé de grains de beauté dessine le négatif d'une nuit d'été, une constellation sur l'épaule avec l'étoile polaire à la courbe de sa hanche.

– Lac

Une petite dizaine de clients de l'hôtel se trouvaient à cette heure-ci sur la terrasse, sur les fauteuils blancs bardés de coussins vifs. Au milieu se reposaient, affalés, deux ou trois nababs dont le visage cuivré d'ultra-violets dénotait l'aisance, l'usure, accompagnés de secrétaires mammaires et d'épouses à vapeur.

– Lac

On ne s'expose pas sans risque aux confidences comme à certaines radiations.

– Lac

Parmi ses coéquipiers géants, athlétiques et chevelus, Émile a soudain l'air d'un enfant sage ou d'un vieil homme navré que tout cela n'intéresse plus.

– Courir

Dans la rue, sur les routes, en forêt, dans les champs, partout au point de se faire mal et par n'importe quel temps, il court moins comme un homme que comme une de ces bêtes plus douées que nous pour ça.

– Courir

Il donne l'apparence d'un boxeur en train de lutter contre son ombre et tout son corps semble être ainsi une mécanique détraquée, disloquée, douloureuse, sauf l'harmonie de ses jambes qui mordent et mâchent la piste avec voracité. Bref, il ne fait rien comme les autres, qui pensent parfois qu'il fait n'importe quoi.

– Courir

Emile progresse de façon lourde, heurtée, torturée, tout en à-coups. Il ne cache pas la violence de son effort qui se lit sur le visage crispé, tétanisé, grimaçant, continûment tordu par un rictus pénible à voir. Ses traits sont altérés, comme déchirés par une souffrance affreuse

– Courir

Jamais, jamais rien comme les autres, même si c'est un type comme tout le monde. Certes on prétend que les échanges gazeux de ses poumons sont anormalement riches en oxygène. Certes on assure que son coeur est hypertrophié, d'un diamètre au-dessus de la moyenne et battant à une cadence moindre. Mais, spécialement réunie à Prague à cet effet, une commission technique médicale dément toutes ces rumeurs, affirme que pas du tout, qu'Emile est un homme normal, que c'est juste un bon communiste et que c'est ça qui change tout.

– Courir

Quand il s'élance enfin sur la dernière ligne droite, le public est au bord de s'évanouir, puis quand il franchit le ruban les tribunes se mettent à mugir, les applaudissements semblent ne jamais devoir s'achever. Personne, car tout le monde s'en fout, ne songe à noter qu'il vient accessoirement de pulvériser le record tchécoslovaque. Page 47

– Courir

[...] Un jour on calculera que, rien qu'en s'entraînant, Émile aura couru trois fois le tour de la Terre. Faire marcher la machine, l'améliorer sans cesse et lui extorquer des résultats, il n'y a que ça qui compte et sans doute est-ce pour ça que, franchement, il n'est pas beau à voir. C'est qu'il se fout de tout le reste. Cette machine est un moteur exceptionnel sur lequel on aurait négligé de monter une carosserie. Son style n'a pas atteint ni n'atteindra peut-être jamais la perfection, mais Émile sait qu'il n'a pas le temps de s'en occuper : ce seraient trop d'heures perdues au détriment de son endurance et de l'accroissement de ses forces. Donc même si ce n'est pas très joli, il se contente de courir comme ça lui convient le mieux, comme ça le fatigue le moins, c'est tout.

– Courir

Sa curiosité le pousse quand même aussi à visiter le zoo de Berne où Emile se réjouit de voir enfin des singes, espèce qui n'a pas encore droit de séjour en Tchécoslovaquie. Mais les singes ont l'air méchants, aigris, amers, perpétuellement vexés d'avoir raté l'humanité d'un poil. Ca les obsède à l'évidence, ils ne pensent qu'à ça. Ils seraient prêts à le faire payer. Ce n'est pas qu'Emile soit déçu de ce spectacle, mais ça ne lui remonte pas le moral.

– Courir

Émile, on dirait qu'il creuse ou qu'il se creuse, comme en transe ou comme un terrassier. Loin des canons académiques et de tout souci d'élégance, Émile progresse de façon lourde, heurtée, torturée, tout en à-coups. Il ne cache pas la violence de son effort qui se lit sur son visage crispé, tétanisé, grimaçant, continûment tordu par un rictus pénible à voir. Ses traits sont altérés, comme déchirés par une souffrance affreuse, langue tirée par intermittence, comme avec un scorpion logé dans chaque chaussure. Il a l'air absent quand il court, terriblement ailleurs, si concentré que même pas là, sauf qu'il est là plus que personne et, ramassée entre ses épaules, sur son cou toujours penché du même côté, sa tête dodeline sans cesse, brinqueballe et ballotte de droite à gauche

– Courir

Ce nom de Zatopek qui n'était rien, qui n'était rien qu'un drôle de nom, se met à claquer universellement en trois syllabes mobiles et mécaniques, valse impitoyable à trois temps, bruit de galop, vrombissement de turbine, cliquetis de bielles ou de soupape scandé par le k final, précédé par le z initial qui va déjà très vite : on fait zzz et ça va tout de suite vite, comme si cette consonne était un starter. Sans compter que cette machine est lubrifiée par un prénom fluide : la burette d'huile Émile est fournie avec le moteur Zatopek.

– Courir

Elle file au Manchester qui est à dix minutes de R5, qui est une sorte de night.club rural comme on en trouve parfois en lisière des sous.préfectures, parfois même carrément en rase campagne, on se demande ce qu'ils font là. Sous une paillote en dur, ce n'est qu'un bar qui ferme un peu tard, jouxtant une petite piste où ne dansent guère, deux matins par semaine, qu'une femme de service avec un balai.

– Les Grandes blondes

Pas forcément besoin d'être grande pour intégrer la catégorie des grandes blondes, pas nécessairement. (...) Peut-être même, au fond, pas absolument besoin non plus d'être blonde, d'ailleurs.

– Les Grandes blondes

Considérons, se propose-t-il, les effets du soleil sur les grandes blondes. Réflechissons. Pas de demi-mesure avec lui : le soleil bronze ou brûle, il vous tanne ou vous tue. S'il cuivre généreusement les grandes blondes chaudes et conquérantes, il calcine sans miséricorde les grandes blondes chlorotiques réfrigérées. Trop poreuses et translucides, les chlorotiques s'empourprent aussitôt, s'enfièvrent et se retirent. Restent les conquérantes […] : leur épiderme plus dense, leur carnation plus résistante accueillent en héros les ultraviolets…Les grandes blondes conquérantes prennent le soleil, l'absorbent, l'assimilent puis l'arborent. Sous forme de pigments. Ainsi, les soirs d'été, dans les night-clubs, croisant leurs jambes interminables sur de hauts tabourets, rayonnent-elles comme des soleils portatifs. Le soleil est lui-même une grande blonde.

– Les Grandes blondes

Arrivée à Bombay,descendue à l'hôtel Supreme, sa chambre était élémentaire : pas plus d'air conditionné que de téléviseur, une salle d'eau cimentée, un fauteuil en skai¨dur, une seule chaise, une seule table au fond du tiroir de laquelle Gloire enfouit le paquet confié par Gopal - paquet soigneusement scotché,format de brique mais consistance molle comme s'il contenait de l'eau, du gel pharmaceutique ou de l'air -

– Les Grandes blondes

On peut se représenter le sommeil sous plusieurs formes. Écharpe grise, écran de fumée, sonate. Vol plané d'un grand oiseau pâle, portail vert entrouvert. Plaines. Mais aussi nœud coulant, gaz asphyxiant, clarinette basse. Insecte rétracté sur sa vie brève, dernier avis avant saisie. Rempart. C'est une question de style, c'est selon la manière dont chacun dort ou pas, selon les rêves qui l'éborgnent ou qui l'épargnent.

– Les Grandes blondes

Généralement il évite aussi le tabac, mais comme l'envie, par exception, lui en venait, Personnettaz s'absenta un moment. Lorsqu'il revint, porteur d'ultralégères équipées de filtres à trois étages, Donatienne avait commencé de s'expliquer............Personnettaz allume une deuxième cigarette dont, comme de la première, il n'inhale pratiquement rien vu la compacité du filtre...............Nerveusement il arracha le filtre d'une troisième cigarette avant de la griller, sur toute sa longueur, d'une seule et même bouffée. Puis il hésitait, pas très sûr de son coup :– Vous n'avez rien remarqué tout à l'heure, sur le phare ?

– Les Grandes blondes

Certaines grandes blondes incandescentes s'élancent bras ouverts au-devant du monde. Elles parlent vivement, rient légèrement, pensent vite et boivent sec. Elles regardent fièrement le monde, elles lui adressent des sourires terribles et généreux. Parfois le monde se trouble à leur vue, parfois il est intimidé par cette façon sûre, certaine et décolleté de s'élancer vers lui, vers vous, bras grands ouverts en direction des vôtres. Gaieté, redoutable gaieté des ces grands blondes solaires.

– Les Grandes blondes

Puis il jette un coup d'oeil sur sa montre et Jouve, par contagion, regarde aussi la sienne et, dans un mouvement d'ensemble, Donatienne et Geneviève consultent également la leur. Tous en effet portent des montres ; tous, le plus tôt possible, à l'occasion d'un examen, d'un anniversaire ou d'une fête civile ou religieuse, ont été menottés au temps ; tous observent à quelques secondes près le même phénomène de bientôt quatre heures vingt.

– Les Grandes blondes

Cela n'était pas tout de suite perceptible mais, son imperméable tombé, ce qu'elle portait se révéla plus exigu que la veille encore, si court et décolleté que ces adjectifs tendaient cette fois à se confondre, envisageaient de s'installer et vivre à deux dans la même entrée du premier dictionnaire venu.

– Les Grandes blondes

- L'amour, tu vois, lui a-t-il expliqué,c'est vraiment comme la neige à Paris. C'est bien joli quand ça vous tombe dessus mais ça ne tient pas. Et ensuite c'est foutu.soit que ça vire à la boue, soit que ça vire à la glace, très vite c'est plus d'ennuis que d'émois.

– Les Grandes blondes

Sur le boléro il écrit: "Il est en train de composer quelque chose qui relève du travail à la chaîne (...) Il n'y a pas de forme, pas de développement, ni de modulation, juste du rythme et de l'arrangement. Bref, c'est une chose qui s'autodétruit, une partition sans musique, une fabrique orchestrale sans objet, un suicide dont l'arme est le seul élargissement du son (...) Tu vois, lui dit Ravel, c'est là, l'usine du boléro"

– Ravel

New York...Finalement il n'y fait pas si froid que ça pour fêter ses cinquante -trois ans le 7 mars avec pas mal de monde dont Gershwin, qu'il a voulu revoir pour l'écouter jouer The man I love.L'autre évidemment s'exécute en mettant toute la gomme pour le prier après le dîner de lui donner des cours de composition mais Ravel refuse net, lui représentant qu'il risquerait de perdre sa spontanéité mélodique et pour faire quoi, je vous le demande, rien que du mauvais Ravel.

– Ravel

Même accueil à Chicago sous la neige, sauf qu'au dernier moment Ravel refuse de jouer. Ne trouvant plus la valise qui contient ses chaussures vernies, sans elles il refuse de paraître, pas question de souliers de ville en habit de chef, jusqu'à ce qu'une cantatrice fonce à la consigne, on commence avec une demi-heure de retard mais c'est égal : nouvelle ovation suivie de fanfare servie par les cuivres de l'orchestre quand il revient saluer en fin de concert.

– Ravel

Il sait très bien ce qu'il a fait, il n'y a pas de forme à proprement parler, pas de développement ni de modulation, juste du rythme et de l'arrangement. Bref c'est une chose qui s'autodétruit, une partition sans musique, une fabrique orchestrale sans objet, un suicide dont l'arme est le seul élargissement du son. Phrase ressassée, chose sans espoir et dont on ne peut rien attendre, voilà au moins, dit-il, un morceau que les orchestres du dimanche n'auront pas le front d'inscrire à leur programme. Mais tout cela n'a pas d'importance, c'est seulement fait pour être dansé. Ce seront la chorégraphie, la lumière et le décor qui feront supporter les redites de cette phrase. Après qu'il a fini, un jour qu'il passe avec son frère près de la fabrique du Vésinet : Tu vois, lui dit Ravel, c'est là, l'usine du Boléro.

– Ravel

Mais cette blessure n'est qu'une écharde mineure. Il voit bien ces temps-ci sa gloire se confire, qu'on le joue partout, qu'on ne parle que de lui dans les journaux. Il semble que l'on n'ait jamais rien vu de pareil - au point de faire s'exclamer le chroniqueur de Paris-Soir que l'auteur des Valses nobles et sentimentales peut se vanter légitimement d'avoir donné leur sens à tous les strapontins.

– Ravel

Quand Wittgenstein,vexé,lui écrit en retour que les interprètes ne doivent pas être des esclaves,Ravel lui répond en cinq mots.Les interprètes sont des esclaves.

– Ravel

(...) le surlendemain voulant jouer sa Sonatine à l'ambassade de Madrid, il enchaîne directement l'exposition à la coda du final en sautant le mouvement du menuet. On peut penser ce qu'on veut de cet incident. On peut croire à un trou de mémoire. On peut supposer que ça le fatigue, de rejouer, éternellement cette chose vieille de plus de vingt ans. On peut encore imaginer que, devant un auditoire trop inattentif, il préfère expédier cette exécution. Mais on peut se dire aussi que, pour la première fois en public, quelque chose ne colle plus.

– Ravel

p. 107Tout va peut-être un peu mieux mais il voit bien aussi que la forme de son écriture se dégrade de plus en plus, qu'elle perd son élégance pour devenir hésitante, maladroite, en route vers l'illisible. Comme ces temps-ci les surréalistes s'évertuent à s'agiter, ils ont l'idée d'inviter du beau monde au siège du Minotaure pour se livrer à l'une de leurs solennelles facéties: prendre cette fois des empreintes de mains célèbres et les faire commenter par un expert. Il y a là des personnalités assez diverses, de Duchamp à Huxley et de Gide à Saint Exupéry. Bien que Breton se méfie pas mal de la musique, à moins sans doute qu'il n'y entende rien, il a tenu à ce que Ravel participe à cet examen, seul compositeur sélectionné. Ravel, qui a l'air rétabli, est très content de participer à ce phénomène. Il arrive en souriant, toujours très bien coiffé, costume anthracite croisé, l'oeil alerte et le pas vif, assez ému de se retrouver devant les surréalistes qui l'intéressent peut-être plus qu'il ne le laisse paraître et se prête volontiers à l'opération: l'expert pose les mains de Ravel sur une plaque de noir de fumée puis sur du papier blanc et le tour est joué.Cependant ce n'est pas tout à fait terminé, chaque sujet doit ensuite signer sa propre empreinte, or quand vient le tour de Ravel et qu'on lui tend un porte-plume il a un mouvement de recul. Je ne peux pas, dit-il simplement, je ne peux pas signer. Mon frère vous enverra ma signature demain. Puis se tournant vers Valentine Hugo qui l'accompagne: Allons-nous en, Valentine, partons vite. Sorti en silence sous une pluie battante, Ravel monte à la hâte dans le taxi qui s'éloigne. Valentine reste sur le trottoir. Les surréalistes se regardent. Quant à l'expert, c'est une experte, Mme le Dr Lotte Wolff. On a gardé son commentaire. Il est complètement idiot.

– Ravel

Cet objet sans espoir [le Boléro] connaît un triomphe qui stupéfie tout le monde à commencer par son auteur. Il est vrai qu'à la fin d'une des premières exécutions, une vieille dame dans la salle crie au fou, mais Ravel hoche la tête : En voilà au moins une qui a compris, dit-il juste à son frère. De cette réussite, il finira par s'inquiéter. Qu'un projet si pessimiste recueille un accueil populaire, bientôt universel et pour longtemps, au point de devenir un des refrains du monde, il y a de quoi se poser des questions, mais surtout de mettre les choses au point. A ceux qui s'aventurent à lui demander ce qu'il tient pour son chef d'œuvre : C'est le Boléro, voyons, répond-il aussitôt, malheureusement il est vide de musique.

– Ravel

"C'est qu'on ne peut pas faire tout en même temps, n'est-ce pas, c'est toujours la même chose, on ne peut pas s'endormir en surveillant le sommeil."

– Ravel

un an

– Un an

Un style épuré et fort pour une histoire de tous les jours.

– Un an

ce livre a lui seul est une citation

– Un an

Tout le temps que ses trois mille francs permirent de subvenir à ses besoins, Victoire se tient à l'écart des grandes villes. Comme les nuits allaient s'adoucissant, elle s'habitua plus vite qu'elle aurait cru à dormir dehors, à repérer les coins tranquilles. Pour se nourrir, il lui était arrivé les premiers jours d'aller dans les restaurants les moins chers, elle abandonna vite, moins pour l'argent que pour l'espace : on ne sort d'un restaurant que pour rentrer chez soi, en sortir pour ne rentrer nulle part revient à se retrouver doucement dehors. Donc elle prit aussi l'habitude de se nourrir seule, tournant au monde le dos.

– Un an

Les événements lui reviendraient tôt ou tard en mémoire, sans doute, autant considérer par la fenêtre une zone rurale vaguement industrielle et peu différenciée, sans le moindre hameçon por accrocher le regard quand elle n'était pas masquée par le remblai. Pylônes, fils électriques et raccords d'autoroutes intersécants, fourragères, lotissements jouxtant des excavations. Isolés dans les friches parmi les animaux absents, se profilaient quelques locaux techniques dépendant d'on ne sait quoi, quelques usines d'on se demande quoi. Bien que de marques et d'essences limitées, les arbres étaient non moins semblables entre eux que les automobiles sur une route nationale un moment parallèle aux rails.

– Un an

Pourtant pareils à leurs prochains et réduits au servage, les conifères ont avec leur indépendance abdiqués jusqu'à leur identité, leur déjections même fournissent un sol de décorateur diplômé : moquette blonde à motifs, lit d'aiguille satinée décoré d'une branche morte par-ci, d'une pomme de pin par-là, traitée anti-tache et anti-feu. Pour animer le tableau, un service minimum de palombes, ragondins, écureuils et d'autres encore crée des diagonales et pousse des cris, le vent froisse les arbres en harpes, les scies mécaniques sanglotent au loin.

– Un an

Il a l'air fatigué, se dit-on, mais qu'il est beau, pensent-elles

– Caprice de la reine

Hérodote n'hésite pas à prétendre que la terre produit jusqu'à trois cents fois ce qu'on sème : il grossit le trait selon son habitude, il sait qu'on le sait de sorte que, persuadé par avance qu'on ne le croira pas, il renonce à préciser jusqu'où montent les tiges de sésame et de millet. Il sait qu'on risque de ne pas le croire et il est vrai qu'on l'a repéré comme un enjoliveur, parfois, des choses : Plutarque estime qu'il faudrait plusieurs livres pour inventorier ses mensonges quand Aulu-Gelle le traite froidement de mythomane.Mais Hérodote s'en fout, en attendant il va et vient, se promène dans les rues de la ville et dans ses environs, regarde autour de lui, se documente, essaie dans son mauvais assyrien de discuter avec les gens qu'il rencontre.

– Caprice de la reine

Jeanne d'Albret, reine de Navarre, tient un stylet dans sa main droite et un parchemin roulé dans la gauche. Coiffure : cheveux courts bouclés. Bijoux : néant. Expression : inspirée. Présence de gros seins.(Vingt femmes dans le jardin du Luxembourg et dans le sens des aiguilles d'une montre)

– Caprice de la reine

Il est difficile dans une description ou dans un récit, comme le fait observer Joseph Conrad dans sa nouvelle intitulée "Un sourire de fortune", de mettre chaque chose à sa place exacte. C'est qu'on ne peut pas tout dire ni décrire en même temps, n'est-ce pas, il faut bien établir un ordre, instituer des priorités, ce qui ne va pas sans risque de brouiller le propos.

– Caprice de la reine

On ne saurait donc se mouvoir qu'avec un but, un axe, un cap, une idée fixe en tête, sinon mieux vaut rester derrière ses fenêtres. Or la seule suite dans les idées de Gluck ayant toujours été les ponts, ce fut le projet d'aller les voir qui l'avait mis en route.

– Caprice de la reine

Ce cimetière, au fond, ne présentait guère d'intérêt sinon celui, qui n'est pas le moindre, d'être ingénieusement situé rue de l'Égalité prolongée.

– Caprice de la reine

Chronologiquement, c'était assez simple. Après qu'on s'est lassé de se balancer comme un gibbon d'arbre en arbre au bout d'une liane, on a eu l'idée d'utiliser autrement cette liane, détourner de son usage initial cet épiphyte grimpant et le tresser en cordages à l'aide desquels, pour enjamber les gorges et les torrents, on avait mis au point les premiers ponts à proprement parler.Mais, très vite, à l'expérience on a jugé ce procédé trop précaire et fragile, tôt sujet à l'usure et de trop brève espérance de vie. Au-dessus de ces obstacles naturels on a donc imaginé de jeter des arbres abattus, d'abord de simples fûts plus ou moins ébranchés sur lesquels on pouvait se tenir droit et progresser au-dessus d'un gouffre en dépit du vertige – la naissance du vertige dans l'histoire de l'homme constituant au reste une question pleine d'intérêt. Passé l'émerveillement de cette découverte, mais compte tenu de la méthode des essais et des erreurs, et au vu des nombreux accidents qui en ont forcément résulté, on a jugé que c'était quand même toute une affaire de se tenir en équilibre là-dessus. Surtout cela n'autorisait pas, comme on l'avait très vite souhaité, le transport de charges conséquentes, d'ordre alimentaire pour l'essentiel.

– Caprice de la reine

Le trafic de ces fourmis est fort dense, qui doit relier leurs dortoirs proches du chantier de construction à leurs divers ateliers, silos de grain, champignonnières, laboratoire de ponte ou étables à pucerons. S'arrêtant brièvement en se croisant, les ouvrières procèdent alors à un rapide contact frontal, histoire d'échanger un baiser subreptice ou se rappeler le mot de passe du jour, à moins que ce ne soit pour ricaner en douce du dernier caprice de la reine. Caprice de la reine

– Caprice de la reine

Il aimait voir, au-dessus de la Tweed, le brouillard ayant dissous les hautes piles du Royal border Bridge pour laisser flotter seule sa travée sombre au milieu de l'air, voir les sombres flots du Potomac reflétant le marbre pâle des arches du pont Woodrow Wilson ou, sur un bras d'Adriatique, voir trois îles de roc aride reliées par un fil armé, d'une blancheur si pareille à la leur qu'on le croyait engendré par elles. Il aimait entendre le vent produire un accord grave en caressant une harpe de câbles ou croire entendre, bourdon sous un archet, le contrepoint d'une courbe d'acier sur le béton d'un viaduc rectiligne. Il aimait compter les arches des ouvrages qui sont leurs souffles successifs, créant des ponts à respiration variable, et qui produisent en se reflétant sur l'eau mouvante des ondes sinusoïdales mobiles, tremblantes, comme on surveille à son chevet les cycles biologiques d'un malade, en lignes vertes sur écran noir.

– Caprice de la reine

Et à nos pieds, déroulé sur la terrasse, gît un tuyau d'arrosage orange, comme un serpent laissé pour mort et le long duquel un peuple de fourmis circule abondamment en deux sens, chacune tenant la plupart du temps sa droite comme sur une route classique. Le trafic de ces fourmis est fort dense, qui doit relier leurs dortoirs proches du chantier de construction à leurs divers ateliers, silos de grain, champignonnières, laboratoires de ponte ou étables à pucerons. S'arrêtant brièvement en se croisant, les ouvrières procèdent alors à un rapide contact frontal, histoire d'échanger un baiser subreptice ou se rappeler le mot de passe du jour, à moins que ce ne soit pour ricaner en douce du dernier caprice de la reine.

– Caprice de la reine

Les parcours sinueux sont ceux qui atteignent les sommets.

– 14

Même s'il a toujours parlé seul, monologuant sans cesse au cours de ses travaux, les assistantes inquiètes peuvent l'entendre à travers la porte, pourtant capitonnée, pérorer plus que jamais dans ces moments d'orage. Il semble alors s'adresser aux éclairs eux-mêmes comme à des employés, des enfants, des élèves ou des pairs, avec une étonnante variété d'intonations : consolateur, sévère, plaintif, affectueux ou menaçant, moqueur ou grandiloquent, humble ou mégalomane.

– Des éclairs

Les riches ont coutume d'organiser des banquets nommés dîners d'argent, dîners d'or, dîners de diamant ou de platine. La nuance entre eux tient à la matière dans laquelle est fabriqué le joyau que chaque dame trouver ce soir-là en prenant place à table, serré sous sa serviette empesée. Gregor s'y rend une ou deux fois mais sa répugnance à l'égard des bijoux est telle qu'il s'abstient rapidement d'y retourner. Les très riches font à peu près la même chose, sauf que, dans leurs soirées, on ne fume que des cigarettes roulées dans des billets de cent dollars et, franchement, Gregor n'en voit pas l'intérêt. Plus tordus, les extrêmement riches montent des soirées bizarres où par exemple il est de bon ton que les invités multimillionnaires, ni rasés ni coiffés, se présentent vêtus de haillons aussi malpropres que possible pour, assis sur un sol dégoûtant, boire de la bière éventée en se régalant de rogatons –croûtes, couennes, fanes servies sur des plateaux de cristal par des valets de pied en perruque et livrée. Gregor, bien qu'il n'en montre rien, trouve peut-être ça distrayant cinq minutes, mais il laisse rapidement tomber.

– Des éclairs

On tuerait un pigeon sans guère plus d'états d'âme qu'on écrase une blatte. Il est cependant si nul qu'on s'en abstient. Par paresse ou par amour-propre, on se retient de lui donner un coup de pied sauf pour prendre un peu d'exercice et encore, il n'en est même pas digne, on ne voudrait pas risquer de souiller son soulier. Et qu'on ne m'objecte pas que, voyageur, il a rendu quelques services en temps de guerre, encore heureux qu'il ait trouvé un tout petit rôle de mécanique volante.

– Des éclairs

Toutes ces mondanités. Qu'il est donc fatigant d'être à l'intérieur de soi, toujours, sans moyen d'en sortir, considérer toujours le monde depuis cette enveloppe où on est enfermé. Et ne pouvoir, à ce monde, montrer de soi qu'un extérieur maquillé tant bien que mal en s'aidant de miroirs.

– Des éclairs

Le pigeon, pourtant. Le pigeon couard, fourbe, sale, fade, sot, veule, vide, vil, vain. Jamais émouvant, profondément inaffectif, le pigeon minable et sa voix stupide. Son vol de crécelle. Son regard sourd. Son picotage absurde. Son occiput décérébré qu'agite un navrant va-et-vient. Sa honteuse indécision, sa sexualité désolante. Sa vocation parasitique, son absence d'ambition, son inutilité crasse.[…] Saleté de pigeon, même pas bon à manger, écœurant sur son lit de petits pois farineux. Mais c'est pourtant bien lui qui est en train de devenir le plat favori de Gregor et bientôt le seul, l'inventeur finissant par se nourrir exclusivement, solitaire dans sa petite chambre, du blanc de l'animal qui borde son bréchet. Bizarre.

– Des éclairs

Vingt minutes suffisent à cette opération après laquelle, estime Gregor, deux ou trois jours de repos seront nécessaires pour que l'animal [un pigeon] redevienne ingambe. Mais en attendant, il le considère. Le considère longuement. Le considère tant, toutes les heures suivantes et presque malgré lui, qu'une émotion de modèle et de format inconnus semble à sa vue s'emparer de lui. C'est un ravissement attentif, émerveillé, prévenant, rajeunissant, tension sans dévoltage qu'à ce jour il n'a éprouvée avec personne et dont il vient à se demander en fin de journée s'il ne s'agirait pas d'un affect dont il n'a qu'entendu parler sans y prêter attention jusque-là, un sentiment difficile à définir, comment trouver l'expression juste. Un état, risquons le mot, va pour amoureux.

– Des éclairs

Avec tout ça, qui est allé vite comme toute sa vie, Gregor va sur ses cinquante-cinq ans. On ne se rend jamais compte à quel point c'est rapide alors que les journées traînent en longueur et que les après-midi sont interminables. On se retrouve doté d'un certain âge sans avoir bien compris comment, même si comme Gregor on consulte sa montre tout le temps, même si celle-ci ne donne qu'une idée imparfaite, tendancieuse et pour tout dire fausse de celui-ci.

– Des éclairs

Avec tout ça, qui est allé si vite comme toute sa vie, Gregor va sur ses cinquante-cinq ans. On ne se rend jamais compte à quel point c'est rapide alors que les journées traînent en longueur et que les après-midi sont interminables. On se retrouve doté d'un certain âge sans bien avoir compris comment, même si comme Gregor on consulte sa montre tout le temps, même si celle-là ne donne qu'une idée imparfaite, tendancieuse et pour tout dire fausse de celui-ci.

– Des éclairs

Chacun préfère savoir quand il est né, tant que c'est possible. On aime mieux être au courant de l'insrtant chiffré où ça démarre, où les affaires commencent avec l'air, la lumière, la perspective, les nuits et les déboires, les plaisirs et les jours. Cela permet déjà d'avoir un premier repère, une inscription, un numéro utile pour vos anniversaires. Cela donne aussi le point de départ d'une petite idée personnelle du temps dont chacun sait aussi l'importance : telle que la plupart d'entre nous décident, acceptent de le porter en permanence sur eux, découpé en chiffres plus ou moins lisibles et parfois même fluorescents, fixé par un bracelet à leur poignet, le gauche le plus souvent que le droit.

– Des éclairs

Le pigeon, pourtant. Le pigeon couard, fourbe, sale, fade, sot, veule, vide, vil, vain. Jamais émouvant, profondément inaffectif, le pigeon minable et sa voix stupide. Son vol de crécelle. Son regard sourd. Son picotage absurde. Son occiput décérébré qu'agite un navrant va et vient. Sa honteuse indécision, sa sexualité désolante. Sa vocation parasitique, son absence d'ambition, son inutilité crasse.

– Des éclairs

Il fit une brève halte à la hauteur du 53, d'où le génie de la Bastille n'a plus l'air juché sur sa colonne que les immeubles dissimulent entièrement ; il semble marcher sur leurs toits, danser sur leurs tuiles, sur leur zinc, exhibant dans sa fuite ses fesses rondes sous ses ailes déployées.

– L'équipée malaise

Une longue paroi de la salle était percée de fenêtres par lesquelles, au delà de l'usine à latex, il vit se développer les rangées d'hévéas ; la chaleur produisait des ondes molles qui déformaient les perspectives d'arbustes, comme sous l'effet d'une brise invraisemblable en cette saison dans cette partie du monde.

– L'équipée malaise

Six heures du matin comme chaque jour, tout est semblable au bord du fleuve à cet homme vivant près, serré dans la matière. Un peu de vent cellulite la surface de l'eau, bascule un squelette de feuille morte, pousse un bout de papier sec dans une flaque., lève la poussière avec un peu de sable.

– L'équipée malaise

... comme une langue tirée d'une fenêtre, un édredon jaune d'oeuf était extrêmement jaune d'oeuf. Quelques chats, extrêmement écrasés quant à eux, tachetaient la départementale de petits tapis de prière rarement siamois, jamais persans.

– L'équipée malaise

Innombrables, étonnamment variées sont les sonneries téléphoniques de par le monde. Pour s'en convaincre, il n'est pas nécessaire de sortir de chez soi, il suffit d'appeler l'étranger. Tout de suite se succèdent quelques tonalités. Quand on appelle au-delà des mers, on perçoit même un instant le bruissement de tel ou tel océan, aussi calme qu'une bête bourrée d'arrières-pensées. Puis cela vibre plus ou moins au loin, on perçoit le reflet d'une sonnerie déteint par la distance, pâle comme la photocopie d'une photocopie: c'est assez pour se faire une idée, assez pour s'assurer que selon les climats sous lesquels il dérange, le téléphone sonne sur divers tons, selon multiples rythmes. A l'opposé, par exemple, de nos longues stridences vertes, les appareils anglais procèdent par séries binaires de brefs bourdons bruns, les finnois crépitent sans nuance dans le pourpre et les malais distillent d'interminables grelottis blanchâtres, invertébrés, presque transparents.

– L'équipée malaise

Un peu plus tard, entre chien et loup, le combat cessa d'être égal. Le ciel sur le boulevard était une jambe violâtre, rayée de nuages variqueux.

– L'équipée malaise

Sue toute sa joue, parallèlement à l'arc du maxillaire, cette barbe était traversée par une longue balafre transamazonienne à plusieurs voies, marque des dents d'une petite fourche ou des griffes d'un moyen lion.

– L'équipée malaise

"Le ciel seul offrait un peu de variété. Même lorsqu'il formait une parfaite unité bleue, pure toile de fond, scène vide, on sentait bien que les nuages patientaient en coulisse au-delà de l'horizon, préparant mille façons de ne pas rater leur entrée: par moutonnement eczémateux, par fils croisés, plaques tenaces, coulées, par zébrures ou par diffusion, se défaisant en fibrilles comme au contact de l'air, se tassant comme des semences en forme d'organes d'où jaillissait la pluie. On les voyait légers, profilés, étincelants, indécis, flous - entrouverts ou déchirés. S'ils survenaient principalement en bandes, certains anachorètes ou francs-tireurs passaient à d'autres altitudes sans se mêler, s'ignorant, tout enflés d'un dédain montgolfier. Parfois, sans prévenir, l'un d'eux se suicidait en soluté crémeux, laissant en souvenir de lui quelque nébulosité pellucide, flottant survêtement d'ange gardien."

– L'équipée malaise

Gare du Nord, des escadrons de Parisiens travaillant en banlieue croisaient le contraire dans un grouillement feutré de caoutchouc, de crêpe et de cuir, sous la polyphonie des parfums frais, des sueurs fraîches, des dentifrices et des tabacs frais, où toujours dissonaient quelques premières notes de calvados.

– L'équipée malaise

_"Une petite ouverture, insista-t-il, un geste. Vous cédez sur un tout petit point. Parfois, l'esprit s'apaise avec un petit point."

– L'équipée malaise

Je m'en vais, dit Ferrer, je te quitte. Je te laisse tout mais je pars.

– Je m'en vais

Avant de connaître Bérangère Eisenmann, Ferrer ignorait l'existence d' Extatics Elixir. Maintenant, il le respire encore pendant qu'il se dirige vers l'ascenseur sur la pointe des pieds : le parfum passe par le trou de la serrure, les interstices de la porte-palière, il le poursuit jusque chez lui. Bien sûr il pourrait suggérer à Bérangère de changer de marque mais il n'ose pas, bien sûr aussi qu'il pourrait lui en offrir un autre mais différents arguments l'en dissuadent, ce serait peut-être un peu trop s'engager, ah nom de Dieu, vivement le pôle Nord.

– Je m'en vais

Toujours en retard de plusieurs aspirateurs, cet atelier se présentaient comme un terrier de célibataire, une planque de fugitif aux abois, un legs désaffecté pendant que les héritiers s'empoignent.

– Je m'en vais

se souvenir en désespoir de cause que tous les ours blancs sont gauchers : quitte à croire pouvoir se défendre, autant aborder la bête par son côté le moins vif. C'est assez illusoire mais c'est toujours ça.

– Je m'en vais

Car le maquillage masque en même temps qu'il décore les organes sensoriels, du moins, notez, ceux qui ont plusieurs usages. La bouche, par exemple, qui respire et qui parle et mange, boit, sourit, chuchote, embrasse, suce, lèche, mord, souffle, soupire, crie, fume, grimace, rit, chante, siffle, hoquette, crache, rote, vomit, expire, on la peint, c'est bien le moins, pour l'honorer de remplir ainsi nombre de fonctions nobles. On peint aussi les alentours de l'œil qui regarde, exprime, pleure et se ferme pour dormir, ce qui est également noble. On peint encore les ongles qui se tiennent aux premières loges de l'immense et noble variété des opérations manuelles.Mais on ne farde pas ce qui ne rend qu'un ou deux services. Ni l'oreille – qui ne sert qu'à entendre – à laquelle on fixe juste un pendentif. Ni le nez – qui ne fait que respirer, sentir, et qui parfois se bouche – auquel comme à l'oreille on peut assujettir une boucle, une pierre précieuse, une perle ou même sous certains climats un os véritable, alors que sous les nôtres on se contente de le poudrer.

– Je m'en vais

Dans le métro, quel que soit le coefficient de remplissage de la rame, et même quand elle est vide, Baumgartner préfère toujours les strapontins aux banquettes, contrairement à Ferrer qui aime mieux celles-ci. Sur les banquettes, qui sont en vis à vis, Baumgartner s'exposerait forcément à se trouver assis à côté de quelqu'un ou en face de quelqu'un, le plus souvent d'ailleurs les deux en même temps. Ce qui induirait encore des frottements et des gênes, des contacts, des difficultés de croisement ou de décroisement des jambes, des regards parasites et des conversations dont il n'a que faire. A tout prendre, même en cas d'affluence où il faut bien se lever pour laisser un peu de place, le strapontin lui paraît préférable en tous points. Il est individuel, mobile et d'utilisation souple. Il va de soi que le strapontin isolé, trop rare, est encore supérieur à ses yeux au strapontin apparié qui présente lui aussi quelques risques de gênes promiscues - celles-ci moins dommageables de toute façon que les incommodités de la banquette. Baumgartner est ainsi.

– Je m'en vais

Dès que l'art et l'argent sont en contact, nécessairement ça cogne sec.

– Je m'en vais

Je m'en vais, dit Ferrer, je te quitte. Je te laisse tout mais je pars. Et comme les yeux de Suzanne, s'égarant vers le sol, s'arrêtaient sans raison sur une prise électrique, Félix Ferrer abandonna ses clefs sur la console de l'entrée. Puis il boutonna son manteau avant de sortir en refermant doucement la porte du pavillon.

– Je m'en vais

Comme elle passait près de lui, n'importe qui d'autre ou lui-même dans son état normal eussent jugé que ces vêtements n'etaient là que pour lui être enlevés, voire arrachés. Le dossier bleu, d'ailleurs, qu'elle tenait sous son bras, le stylo qui effleurait pensivement ses lèvres semblaient des acçessoires de pure forme, elle-même ayant l'air d'une actrice de film erotique dur pendant les scènes préliminaires au cours desquelles on dit n'importe quoi en attendant que cela commence à chauffer.

– Je m'en vais

Personne ne se repose jamais vraiment, on imagine qu'on se repose ou qu'on va se reposer mais c'est juste une petite espérance qu'on a, on sait bien que ça n'existe pas, ce n'est qu'une chose qu'on dit quand on est fatigué

– Je m'en vais

On invente avec un stylo, on se juge à la machine.

C'est très bizarre d'écrire sur un ordinateur, c'est comme sculpter de l'eau.

Elle posa sur lui un regard torve et rural.

– Cherokee

Ils se mirent à marcher le long de la première route venue, leurs gobelets à la main. Pas facile de boire en marchant, dit Gibbs, vous aviez remarqué?De rares voitures les frôlaient, les aveuglaient d'iode en les forçant à se pousser dans le talus, et de longues constructions à loyer modéré se détachaient en dégradé dans la nuit froide, régulièrement trouée par les faisceaux orange des réverbères dans lesquels gravitaient des colonies browniennes d'insectes phototropes.

– Cherokee

Le perroquet Morgan était âgé d'une soixantaine d'années, ce qui correspond en gros, à l'échelle humaine, à une soixantaine d'années, la génération du père de Georges.

– Cherokee

Roger Groin était un gentil garçon, il ressemblait peut-être un peu trop à son nom.

– Cherokee

D'un geste, elle le laissa choisir entre divers fauteuils inconfortables, aux tapisseries chargées comme des langues, (...).

– Cherokee

La dame qui vint ouvrir n'avait plus sa jeunesse mais elle était bien belle, droite, ferme et fardée, avec un sourire émouvant. Elle avait un visage de bonne fée incestueuse, comme le portrait-robot établi par un homme qui voudrait décrire à la fois Michèle Morgan et Grace Kelly à cinquante-cinq ans, cet homme étant Walt Disney. Elle portait un tailleur Chanel couleur zinc, un corsage gris et léger comme une fumée et un énorme collier en or.

– Cherokee

Il avait déplié le couteau, en avait éprouvé la pointe et le tranchant sur son doigt. Cécile n'était pas sûre qu'il fût nécessaire d'avoir peur. Certes, devenu fou, Fred pouvait vouloir la tuer, la violer, et dans quel ordre, mais il pouvait aussi être simplement content de lui montrer son couteau.

– Cherokee

Bonjour monsieur, dit Georges, vous êtes en direct avec nous sur l'antenne pour notre jeu "Manque de bol". Éteignez le transistor près de vous, je vous prie, cela provoque des interférences désagréables pour nos auditeurs. Merci. Et passez moi Jenny.- Mais il n'y a pas de Jenny ici, dit l'homme - Manque de bol, s'exclama Georges. Voici votre,seconde chance, Monsieur. Connaissez-vous une personne nommée Jenny? - Non, je ne crois pas, répondit l'homme, c'est pour quoi?- Manque de bol, proféra Georges derechef. Vous en êtes bien sûr ? Ce prénom ne vous dit vraiment rien? Vous êtes en train de perdre un million, vous vous rendez compte de ça?- Nouveau? fit l'homme. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Est-ce qu'une Geneviève pourrait aller?Tout dépend, dit Georges. possède-t-elle une robe noire? Avec des petits trucs bleu- gris? C'est votre troisième chance.- je ne sais plus, s'affola la,voix, c'était ma tante, du côté de mon père. J'ai encore des photos, je peux regarder, attendez un instant.- Manque de bol, cria Georges dans l'appareil. Vous avez perdu, Monsieur, vous avez perdu un paquet d'argent, vous devez l'avoir mauvaise. Tant pis pour vous, après tout vous ne m'êtes rien. Manque de bol. Notre jeu n'a jamais aussi bien mérité son nomIl raccrocha. Elle n'était donc pas dans l'annuaire.

– Cherokee

C'était un assez vieux véhicule de la firme Chausson, au gros corps bleu barré de flèches rouges, un assez vilain véhicule aux vitres sales, aux phares louches, aux chromes éteints. Par mimétisme ou choix mutuel, son chauffeur était également laid, rouge, strabique et vêtu d'une blouse bleue souillées de traces noirâtres et blanchâtres.

– Cherokee

un pont enjambait ensuite le boulevard périphérique, où renâclait sur huit files un bétail contraint ruant dans son oxyde d'où s'échappaient, à peine perceptible, par les déflecteurs poussés, des filaments d'autoradios

– Cherokee
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