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Jean Christophe Rufin

Écrivain, membre de l’Académie française, médecin, pionnier de l’action humanitaire, Jean-Christophe Rufin a conquis un large public avec ses romans, parmi lesquels L'Abyssin, Rouge Brésil (prix Goncourt 2001), Katiba, Le Collier rouge ou encore Check point.

Livres de Jean Christophe Rufin

Citations de Jean Christophe Rufin (55)

Les lettres que l'amour trace en nous ne sont jamais plus faciles à déchiffrer que sur la page blanche d'un esprit non préparé.

– Le grand Cœur

Cela s'appelait le temps et, quand on y jouait un rôle, il devenait l'Histoire. Il appartenait à chacun d'y prendre sa part.

– Le grand Cœur

Pour les hommes du commun, il ne peut y avoir d'amitié, d'amour, ni même de confiance quand se profile l'ombre d'une attente intéressée. Au contraire, pour les hommes de pouvoir, la seule manière d'atteindre des relations véritables est d'aborder franchement le sujet de l'intérêt. Avant toute chose, ils posent la question : qu'attendez-vous de moi ? Et de la franchise avec laquelle on leur répond dépend la possibilité de passer à une étape supérieure d'intimité.

– Le grand Cœur

Seul nous appartient ce qui n'existe pas et que nous avons le pouvoir de faire venir au monde.

– Le grand Cœur

Toutes les richesses de la terre étaient rassemblées là, tirées des forêts de Sibérie comme des déserts de l'Afrique. Le savoir-faire des artisans de Damas était représenté comme l'habileté des tisserands flamands […] Le centre du monde était là. Et il n'était pas acquis par la conquête ou le pillage mais par l'échange, la liberté des hommes et le talent de leur industrie. L'énergie arrachée enfin à la guerre se répandait dans toutes les œuvres de la paix.

– Le grand Cœur

(Marche sur Florence).Je choisis donc d'arriver, contrairement à mon habitude, en grand équipage et de faire étalage de mes titres. Les Italiens, à ce que j'en savais, goûtaient moins que nous la simplicité ou, plutôt, ils la plaçaient ailleurs. La politesse, pour eux, consiste à tenir son rang, et ce qui nous paraît ostentation n'est à leurs yeux qu'un repère commode donné par une personne pour que les autres puissent immédiatement situer son rôle dans le grand théâtre de la société. Cette mise au point faite, il était possible et même apprécié de se comporter avec affabilité et naturel. Chez nous, le procédé est souvent inverse. Les grands personnages se donnent une apparence de simplicité mais, pour faire tout de même reconnaître leur importance, ils sèment leurs propos d'insolences et de marques de vanité.Sitôt les Alpes franchies, je pris soin de revêtir de riches vêtements. Mon cheval reçut des soins et fut harnaché de velours avec force gourmettes d'or et pompons chatoyants. (p.243)

– Le grand Cœur

Il était l'un de ces êtres, j'en ai rencontré quelques-uns par la suite, qu' une plaie invisible, jamais cicatrisée, ouverte dans l'enfance par la violence d'un proche, conduit leur vie durant à hurler une haine indistincte.

– Le grand Cœur

Je n'ai jamais pratiqué la trahison, mais je ne l'ai que faiblement condamnée, car je sais à quel point elle est proche, souvent, de la loyauté. A certains moments de la vie, face à l'énigme du monde et de l'avenir, tout être humain peut se sentir partagé entre une cause et son contraire. Le pas de l'une à l'autre est si court qu'on peut en un instant sauter d'un côté à son opposé avec la même facilité que l'enfant qui traverse un ruisseau à cloche-pied.

– Le grand Cœur

Agnès me hante, depuis que j'ai évoqué ma rencontre avec elle. Pendant toutes ces années, je l'avais placée dans un retrait de ma mémoire, sous une châsse que je n'avais plus ouverte depuis sa mort. Tous mes souvenirs sont restés là, intacts, embaumés comme l'a été son corps. Mais il a suffi que je prononce son nom pour que l'ampoule se brise. Son visage, son parfum, sa voix envahissent tout.

– Le grand Cœur

Quiconque n'a pas vécu l'épreuve de la disgrâce, du dénuement et de l'accusation ne peut prétendre connaître véritablement la vie.

– Le grand Cœur

Nouakchott n'avait de capitale que le nom. C'était plutôt un immense entrepôt de parpaings au milieu du désert. La ville avait pris son essor dans les années cinquante. À l'époque coloniale, le gouvernorat de la Mauritanie était situé à Saint-Louis. Quand celle-ci était revenue en partage au Sénégal après l'indépendance, il avait fallu bâtir à la hâte une nouvelle capitale. (France Loisirs, p.67)

– Katiba

Le viellard avait une longue familiarité avec le temps, le temps du désert, dilaté à l'extrème, rythmé par des phénomènes lents, qu'ils soient minuscules comme le pas des bêtes, ou gigantesques comme le basculement des saisons. Rien ne servait de le bousculer. On ne fait pas pousser une plante en tirant sur ses feuilles.

– Katiba

“La conversation s'ouvrit par plusieurs heures de généralités. Le vieillard avait une longue familiarité avec le temps, le temps du désert, dilaté à l'extrême, rythmé par des phénomènes lents, qu'ils soient minuscules comme le pas des bêtes, ou gigantesque comme le basculement des saisons. Rien ne servirait de le bousculer. On ne fait pas pousser une plante en tirant sur ses feuilles.”

– Katiba

Elle a pris conscience qu'elle en voulait [...] A la France, à son administration, à sa politique toujours suspecte de colonialisme, à sa volonté civilisatrice qui cache mal, en vérité, un sentiment de supériorité envers les autres cultures.

– Katiba

Un romancier ne peut ignorer ce qu'il doit au réel. Il observe, emmagasine les émotions, les images. Dans l'édifice qu'il construit, l'ordonnance est sa création, le ciment son travail, mais les pierres sont apportées par la vie. Postface p.389

– Katiba

Et je me suis retrouvée avec deux haines en moi. Celle de l'Occident, comme tu dis. Et puis l'autre, le négatif de mon espoir perdu. Haine de l'hypocrisie, de l'ordre machiste, haine du viol des consciences par les petits bourgeois du bazar, des bigots, jaloux, aigris, ignorants. Haine des petits voyous qu'ils utilisaient, de ces gamins qui cherchent plus humilié qu'eux pour se donner des airs de toute-puissance. Haine de ceux qui étaient cachés dans l'ombre et qui n'avaient que la mort à semer.

– Katiba

En descendant de l'Adrar des Iforas, le désert se vallonne.Il s'obstine à ressembler à un paysage fertile.Les coteaux et les plaines feraient presque oublier de loin qu'ils ne sont couverts ni de terre ni d'herbe, ni d'arbres ni de buissons mais seulement à perte de vue, de cailloux.Plus encore vers l'est, l'immensité abandonne toute résistance.La roche devient sable, la colline dune.C'est le Ténéré.

– Katiba

Le vieillard avait une longue familiarité avec le temps, le temps du désert, dilaté à l'extrême, rythmé par des phénomènes lents, qu'ils soient minuscules comme le pas des bêtes, ou gigantesques comme le basculement des saisons. Rien ne servait de le bousculer. On ne fait pas pousser une plante en tirant sur ses feuilles.

– Katiba

Jusqu'à la fin des années 1960, la Mauritanie était essentiellement un pays de nomades.Mais, en quelques années, les grandes sécheresses avaient ramené la majorité de la population dans les villes.Les tentes avaient pourri, les troupeaux étaient morts.Les nouveaux sédentaires étaient des gens sans repères.

– Katiba

Saïf avait l'air à la fois épuisé et indestructible. A chaque épreuve, la peur avait creusé une ride. Maintenant, sur son visage, il n'y avait plus de place pour la peur.

– Katiba

Cette part d'ombre n'a cessé de croître et de nous disputer notre lumière. Le monde servile a toujours eu deux visages : celui, maternel, familier et doux de nos nourrices, cuisinières, gouvernantes, et celui, violent et dangereux, des esclaves marrons, des révoltes sanglantes et des condamnations internationales. Finalement, nous avons remplacé l'esclavage par le travail libre, mais toujours misérable. Nous avons fait venir des Chinois, des Malais et des Indiens, qui devaient finalement supplanter tous les autres. Et la vie a repris de plus belle.

– Sept histoires qui reviennent de loin

L'excitation des autres nous paraît toujours plus futile que la nôtre et il est plus facile de lui opposer un front serein.

– Sept histoires qui reviennent de loin

La mémoire ne vaut que si elle éclaire le présent et l'avenir.

– Sept histoires qui reviennent de loin

-- Je sais, ils sont venus en URSS, etc. Mais, dites-moi plutôt: le français, seriez-vous capable de l'enseigner?-- Moi? Mais c'est comme si vous demandiez à Michel-Ange de repeindre votre cuisine. J'écris en français, .je rêve en français, je chante en français, si vous voulez ...

– Sept histoires qui reviennent de loin

A l'heure où j'arrive au bord de l'eau, le soleil affleure à peine l'horizon. Les palmiers et toute la végetation alentour se dressent lentement vers le ciel tandis que les nuages, quand il y en a, fatigués d'avoir couru toute la nuit après la lune, s'allongent sur l'horizon et rôtissent au petit feu du soleil. Je lâche mon paréo, le laisse tomber sur le sable et marche nue jusqu'à l'eau. C'est à ce moment précis que je l'ai remarquée..

– Sept histoires qui reviennent de loin

En 1963, j'étais un tout jeune violoniste, un virtuose un peu singe savant, élevé par des parents ordinaires quoiqu'ils eussent traversé l'Europe en flammes depuis leur Russie natale. Toi, la petite Française pur jus, tu semblais en avoir vu bien d'autres, sans doute parce que tu étudiais les lettres. Tu ne sortais pas des livres, mais ils t'avaient donné ce qui me paraissait alors une grande maturité. Tu parlais de l'amour avec l'expérience de plusieurs milliers de pages.

– Sept histoires qui reviennent de loin

- Il y a trente-deux ans que je ne grimpe plus.- Un accident?- Si l'on veut, ricana-t-il. Mais très courant, alors. On appelle ça le mariage."Le refuge Del Pietro"

– Sept histoires qui reviennent de loin

A l'heure où j'arrive au bord de l'eau, le soleil affleure à peine l'horizon. Les palmiers et toute la végétation alentour se dressent lentement vers le ciel tandis que les nuages, quand il y en a, fatigués d'avoir couru toute la nuit après la lune, s'allongent sur l'horizon et rôtissent au petit feu du soleil.

– Sept histoires qui reviennent de loin

Nous ne sommes plus des jouvenceaux. Je peux même dire que nous vieillissons. La tendresse entre nous prend une tonalité presque douloureuse mais plus belle encore que pendant notre jeunesse. Ce que nous partageons n'est plus seulement la santé, la beauté et la force mais aussi les inconvénients de l'âge, l'angoisse du temps qui vient et les souvenirs, bons ou mauvais, qui ont fait notre vie.

– Sept histoires qui reviennent de loin

littérature française, Afrique, société, humanitaire, guerre, XX eme siecle,

– Les Causes perdues

"Donc la famine est venue, reprend-il, nous l'attendions. Elle apparaît par cycles, vous le savez. Cette fois, nous lui avons laissé prendre un peu d'avance. Pas par plaisir, certainement pas. Mais pour être sûr d'émouvoir l'opinion des pays riches, il faut une dose suffisante de malheur. Ceux qui nous reprochent d'avoir cultivé l'horreur sont les mêmes qui exigent de plus en plus de cadavres pour réagir. Donc, nous avons ému le monde et il a envoyé sur nous sa manne."

– Les Causes perdues

Vers cinq heures, les nuages sont devenus jaune sale ; des brins de soleil se glissaient entre les paquets cireux. Ils ont fini par les écarter et pendant une heure à peu près, nous avons eu la plus belle éclaircie qui soit : un champ de pastel au fond d'un trou de nuées rondes, épaisses comme des rocs…

– Les Causes perdues

Le zar, en passant, m'a convaincu que notre vrai privilège d'hommes n'est pas d'obéir à ce qui est, mais au contraire de créer ce qui n'existe pas.

– Les Causes perdues

Trop d'hommes, pas assez de ressources. La misère arrive et avec elle la guerre. Alors bientôt; ce n'est plus la misère, mais la famine, la vraie, complète, terrible, sans pitié.Que font les nations riches pour nous aider? Elles envoient leurs camions de nourriture et leurs équipes de médecins. Le résultat est satisfaisant à court terme: on nourrit les affamés. Mais les conséquences plus lointaines sont désastreuses. Tous ces enfants sauvés, ces vieillards, ces femmes sont autant de bouches à nourrir demain sur ces mêmes terres épuisées. Et toutes ces aides déversées sans discernement sur cette zone avantagent autant les rebelles que les civils. Le plus souvent, on ne peut d'ailleurs plus les distinguer. C'est la guerre que l'on nourrit. Demain, quand l'aide étrangère s'arrêtera, que restera-t-til? Une guerre plus violente, des terres plus ravagées et une population plus nombreuse et misérable...

– Les Causes perdues

Faire valoir à l'autre ce que l'on veut, tout en paraissant le lui refuser..Voilà tout l'art.J'aimais l'idée d'empire.Beaucoup d'italiens sont comme cela : ils ne se reconnaissent que dans leur région ou dans l'empire, mais l'état ne les intéresse pas."D'abord la gloire et après les moutons."Le madamismo...L'antchilite..c'est un nom de maladie formé sur le mot antchi, toi...Les antchilites les plus graves frappaient des malheureux qui n'avaient jamais seulement posé la main sur leur prétendue compagne...

– Les Causes perdues

Si tu es habile de tes mains, tu seras esclave ; si tu es habile de la langue, tu seras roi.

– Les Causes perdues

Tout l'art des lettrés dans ce pays (l'Éthiopie) repose sur la capacité de dissimuler dans une phrase d'allure banale un contenu essentiel et caché. C'est ce qu'ils appellent l'or et la cire : la gangue banale du moule, qui renferme dans son intimité la splendeur du joyau brillant.

– Les Causes perdues

L'âme est ainsi faite que vous vous habituez à toutes sortes d'injustices lorsqu'elles paraissent constituer la trame même de la vie.

– Les Causes perdues

Avouez, Hilarion, que le rêve colonial est une chose bien étrange et incompréhensible. Conquérir le coin le plus reculé de la terre, pour le faire ressembler à chez soi.

– Les Causes perdues

On voyait qu'il était la proie d'une de ces terreurs sans objet rationnel mais violente comme une tempête et qui déracine toutes les constructions de l'esprit, une véritable terreur sacrée.

– Sauver Ispahan

A tous ceux qui fixent à l'homme les limites de la vie, ce groupe étonnant venait infliger un troublant démenti, comme un signe d'intelligence adressé par des complices d'une rive à l'autre de la mort. (...)Or ce n'étaient ni cette force, ni cette royauté, ni ces dieux qui avaient permis à ces hommes de survivre à travers les siècles, mais la grandeur de leurs rêves, la beauté de leur imagination et la puissance de leur art.

– Sauver Ispahan

Si le mendiant ne voyait pas de beurre dans ses rêves, il mourrait de faim.

– Sauver Ispahan

Une longue pratique de l'Orient lui avait enseigné une politesse toute de forme qui n'entamait en rien sa liberté d'allure et de pensée.

– Sauver Ispahan

Ils cheminaient comme on vit : sans concevoir d'arrêt, ni de but, même pas de fin. Peut-être se seraient-ils persuadés qu'ils étaient déjà morts tout à fait si Jean-Baptiste, un soir, ne leur avait rappelé ce proverbe qu'un Abbysin lui avait autrefois confié : "Si le mendiant ne voyait pas de beurre dans ses rêves, il mourrait de faim."

– Sauver Ispahan

...à mesure qu'ils s'enfonçaient dans les profondeurs, la lourde paupière du ciel s'entrouvait sur un nouveau jour.

– Sauver Ispahan

Ils n'allaient pas jusqu'à penser que le bonheur ne les rendrait point heureux.

– Sauver Ispahan

C'est une de ces journées que l'on a hâte de voir finir, puante de présages indéchiffrables et probablement funestes.

– Sauver Ispahan

Certains hommes, nés à la lisière de l'humanité, ne se persuadent jamais tout à fait qu'ils en font partie.

– Sauver Ispahan

Cette rencontre était affreusement gênante. Non que la dépouille fut horrible à voir. On aurait même pu lui reconnaître une certaine grâce. Le malaise venait de ce que la présence de la mort, révélée par ces chairs momifiées, rendait absolument inutiles, et même absurdes, révoltantes, les attentions dont le défun était entouré. Cette vaisselle, ce char, ces victuailles : pourquoi ? et surtout pour qui ? La croyance humaine qui les avait disposés recevait un démenti cruel. En aucun lieu du monde l'imposture de la foi n'était plus manifeste. Et pourtant, cette construction de l'esprit était tout ce qu'il restait des scythes. Leur éternité n'existait pas, mais elle ouvrait étrangement sur une autre : l 'éternité des hommes, celle qui faisait se rencontrer en cet instant un roi disparu depuis des millénaires et quatre gaillards bien vivants. Ce roi seul, dans une tombe, n'aurait pu témoigner si puissamment de son humanité (...) toute la poignante beauté de cet endroit gisait dans cette évidence : le kourgane tout entier était un hymne à la force, à la royauté et aux dieux. Or ce n'étaient ni cette force, ni cette royauté, ni ces dieux qui avaient permis à ces hommes de survivre à travers les siècles, mais la grandeur de leurs rêves, la beauté de leur imagination et la puissance de leur art. (...) ce n'était pas une profanation, plutôt une fraternelle communion, de part et d'autre des siècles.

– Sauver Ispahan

Le Chemin est une alchimie du temps sur l'âme.

Quand vous voyez un militaire dans la rue, ça vous rassure? Moi pas

L'animal poursuit sa proie ; l'être humain court après son salut.

Les membres du groupe État islamique: une bande de petits crétins pas très professionnels qui font beaucoup de conneries

La guerre civile, c’est exactement ça : le triomphe des salauds. On les voit sortir de partout. On s’étonne même qu’il y en ait autant et qu’on ne les remarque pas plus d’habitude.

La baie de Guanabara [...] C'est ainsi que les indigènes la nomment. Les Portuguais y sont entrés il y a cinquante ans, un jour de janvier. Ces ignorants croyaient qu'il s'agissait d'une rivière : ils l'ont nommée la « rivière de janvier », Rio de Janeiro.

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