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Jacques D' Hondt

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Hegel. Biographie (1998)

De Jacques D' Hondt chez Calmann Lévy
(1 vote, note moyenne : 5.0)

I?>UN ENTERREMENT HORS CLASSE?>La toile était levée et j'attendais encore...BAUDELAIRE, Le Rêve d'un curieux.Hegel prend tout à l'envers. La fin, dit-il, n'est la fin que parce qu'elle est en même temps le commencement !De fait, si l'on comprend sa mort, on saisit plus sûrement le sens de sa vie. Mieux vaut donc commencer par elle. Les obsèques de Hegel présentèrent des aspects énigmatiques. La plupart des contemporains ne les remarquèrent pas ou, en tout cas, s'abstinrent d'en parler ouvertement. Seuls quelques familiers de Hegel se trouvaient en état de les déceler, du moins partiellement.Ces obsèques solennelles se déroulèrent le 16 novembre 1831. Hegel était mort deux jours auparavant. La veuve et les deux fils légitimes suivirent le corbillard attelé de quatre chevaux, accompagnés par une foule immense d'universitaires et d'étudiants.Tous ces gens en deuil reconnaissaient la grandeur du personnage qu'ils portaient en terre, la richesse et l'ampleur de sa doctrine. Ils pressentaient pour elle une gloire séculaire. Ils mesuraient la perte que subissaient soudain l'Université de Berlin, la philosophie allemande, la Prusse, même s'ils ne se rendaient pas encore bien compte que la philosophie classique avait atteint avec lui un sommet dont elle ne pouvait plus désormais que redescendre. Hegel avait « fait époque », selon l'une de ses expressions favorites, et ils menaient une époque au tombeau.Quelques-uns l'avaient fréquenté quotidiennement et se remémoraient sa bonhomie apparente, sa simplicité, la sûreté de son jugement, son goût de la conversation. Pourtant ils ignoraient que sous cette image encore toute fraîche et cordiale, se cachaient d'autres traits de caractère et la marque d'événements et d'actions dont la révélation les eût beaucoup étonnés. Chacun d'eux ne retenait qu'un fragment de sa véritable figure et qu'un souvenir parcellaire de ce passé.Ils restaient tous sous le choc. La nouvelle de la mort de Hegel s'était répandue à Berlin avec une rapidité surprenante, compte tenu des circonstances. L'épidémie de choléra achevait de sévir, mais faisait encore de nombreuses victimes. On s'abstenait de sortir, de rencontrer ses amis, si toutefois on avait eu le courage de ne pas fuir la capitale.Pour échapper au danger, la famille Hegel s'était d'abord réfugiée à la campagne, comme beaucoup d'autres, pendant l'été. Revenu à l'automne, Hegel avait repris ses cours, en bonne condition apparente. Un dimanche matin, il souffrit de malaises divers et l'on décommanda les amis invités ce jour-là. Le mal empirant, on appela des médecins qui se montrèrent d'abord optimistes : ce n'était pas le choléra. Ils changèrent bientôt d'avis et diagnostiquèrent alors le terrible mal en prescrivant contre lui des médications qui paraissent maintenant dérisoires. Dans la nuit du surlendemain, le malade expira, sans souffrances, dans une sorte de sommeil.Le dernier combat?>Hegel est-il vraiment mort du choléra ? Nous ne connaissons les circonstances de son décès et de son enterrement que par l'unique récit que sa veuve en fit immédiatement dans une lettre à la sœur du philosophe (R 422-424). Encore le premier biographe de Hegel, Rosenkranz, n'en a-t-il retranscrit que ce qui, selon lui, « appartient au monde », et en en retranchant donc une partie. L'omission paraît bien dommageable ; on aimerait apprendre ce que Mme Hegel tenait à cacher au « monde ».Si cette lettre s'était perdue, nous ignorerions tout de ces événements, ou presque. Après leur description, la veuve du philosophe demande à sa belle-sœur : « Dis-moi, aurais-tu reconnu dans tout cela ne serait-ce qu'un seul des symptômes du choléra ? » Elle doute visiblement de la validité du diagnostic : « Les médecins avaient identifié le choléra, et plus précisément une sorte de choléra qui détruit la vie la plus intérieure, avec une extrême violence, sans symptômes extérieurs. Quel était son aspect à l'intérieur, ils ne l'ont pas vu. »A-t-on le droit de témoigner, quand on n'a pas vu ?En certains cas particuliers, la déclaration de choléra offrait trop d'avantages pour ne pas attirer la suspicion. Elle permettait d'expédier le cadavre discrètement : on le charroyait avec les autres jusqu'à la fosse commune du cimetière spécial, sans cortège, pendant la nuit et, comme on disait déjà dans une formule qui prendra plus tard une résonance encore plus sinistre : « bei Nacht und Nebel »... Nuit et brouillard !Un choléra « sans symptômes extérieurs », cela interdit toute rectification rétrospective, et cela permet les décisions immédiates les plus arbitraires. Toutefois, Hegel maintient jusque dans la mort les caractéristiques de sa nature intime : l'ambivalence et l'hésitation. Il avait des amis fidèles, et jusqu'à l'entour des hautes sphères de l'État, parmi ces fonctionnaires prussiens qu'il admirait tant — et notamment le conseiller Schulze que Mme Hegel, en toute présence d'esprit, avait fait appeler à temps et qui assista, seul avec elle, aux derniers moments.Les biographes ne se sont pas arrêtés aux termes pourtant très précis et bien pesés de la lettre de la veuve. Elle le dit sans ambages : l'autorisation d'obsèques « normales » ne fut obtenue qu'au prix de « combats indicibles » (nach unsäglichen Kämpfen) (R 424) entre ceux qui voulaient un enfouissement sommaire, à la sauvette, et ceux qui souhaitaient une véritable cérémonie mortuaire. Certains espéraient effacer aussitôt le souvenir de Hegel, d'autres au contraire se proposaient de maintenir et de propager sa philosophie. Les derniers l'emportèrent, mais non sans des concessions dont le déroulement des obsèques porte la trace : on autorisa en gros, mais on rogna mesquinement sur les détails, on ne voulait pas que l'événement, accepté malgré de hautes et fortes résistances, fit trop de bruit. Mais il prit une dimension inattendue, oblitéra les restrictions médiocres, déploya toute sa grandeur, avec des singularités discordantes. Ainsi Hegel avait-il vécu, ainsi est-il mort.Selon Mme Hegel, l'enterrement avait été autorisé comme « première et unique exception » (R 424) au règlement administratif du choléra. La lutte autour du cadavre de Hegel avait été rude. Les amis ne l'avaient emporté que de justesse. Les ennemis ne se lassèrent pas de chercher leur revanche.La première — évidente pour ceux qui étaient quelque peu informés — fut la démission du préfet de police de Berlin, immédiatement exigée par le roi. Von Arnim, qui avait laissé échapper finalement l'autorisation, fut ainsi victime, à sa manière, de l'épidémie qu'il n'avait pas su gérer selon les visées royales1.Dans le faire-part, il fallut se dispenser de toute allusion à l'épidémie, puisque les obsèques la reniaient. Mais les orateurs, au cimetière, n'étant sans doute pas entièrement dans le secret, l'évoquèrent vaguement : une « gaffe » parmi d'autres.Le revirement administratif ne s'étant pas effectué immédiatement, la Commission du choléra procéda d'abord suivant la règle. Elle fit calfeutrer l'appartement de Hegel, que l'on enfuma et désinfecta selon les procédés de l'époque. Le philosophe avait lui-même analysé naguère, dans son oeuvre, la signification philosophique d'atroces épidémies2. Elles se multipliaient, au début du siècle. Les Berlinois pouvaient rapprocher la mort de Hegel de celle de Fichte, son illustre prédécesseur à l'Université de Berlin, emporté en 1814 par le typhus, et auprès duquel il avait dès 1818 exprimé le souhait d'être inhumé : deux pestiférés enterrés côte à côte.En général, concernant la vie et la mort de Hegel, les historiens préfèrent ne s'étonner de rien. Fait bien remarquable, cependant : la terreur unanime et la prudence élémentaire ne retinrent pas les amis de Hegel d'accourir à la maison mortuaire, dès qu'ils furent avertis. Ils lui témoignaient ainsi un attachement exceptionnel dont les marques persistèrent tout au long des obsèques.Le 16 novembre, les professeurs et les étudiants de toutes les Facultés — pas uniquement les philosophes — se rassemblèrent dans le hall de l'Université, où l'un des meilleurs amis de Hegel, le pasteur Marheinecke, alors recteur de l'Université, prononça une première allocution.Ensuite, un imposant cortège s'ordonna p...

Paru le 01-10-1998 - 360 pages - 23 x 15 x 2 cm - 589 g - ISBN 10 : 2702129196 - ISBN 13 : 9782702129197

Collection : Biographies, Au

Tags : allemagne, langue française, allemand, philosophie, peinture et littérature, Philosophie et esthétique, philosophe, révolution française, idéalisme, biographie, essai.

Critiques de Hegel. Biographie : avis de lecteurs (1)


  • Critique de Hegel. Biographie par awaloo (Babelio)

    Ce qui se peut faire de mieux en matière de biographie d'un philosophe. Clair, précis, point trop jargonnant et enfin... un universitaire qui admet sans fausse honte que la période de l'idéalisme alle...

    Lire la critique complète >
    Par awaloo - publiée le 18/10/2010

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