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Isaac Bashevis Singer

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Fils et petit-fils de rabbin, Isaac Bashevis Singer est né près de Varsovie en 1904. Il commence à écrire dès 1925. En 1935, il part s’installer aux États-Unis où il retrouve son frère et devient citoyen américain en 1943. Il est l’auteur d’une œuv... Plus >

Le Spinoza de la rue du Marché (1999)

De Isaac Bashevis Singer chez Gallimard
(2 votes, note moyenne : 4.0)

Les nouvelles qui composent ce recueil se passent toutes en Pologne à diverses époques. Rééditées ici dans une nouvelle traduction pour certaines, encore inédites en français pour d'autres, elles comptent parmi les plus belles qu'Isaac Bashevis Singer ait jamais écrites.On y retrouve les sages et les fous, les marchands et les rabbins, les amoureuses, les bandits, les étudiants, les tailleurs, les colporteurs qu'il nous a appris à connaître et à aimer.On n'oubliera pas le Spinoza de la rue du Marché qui découvre l'amour à soixante-dix ans bien sonnés, ni cette coquine de Glicka Genendel qui se cherche un nouveau mari, pas plus que l'infortunée Lisa, que le diable tente.

Paru le 20-04-1999 - Format : Broché - 288 pages - 18 x 11 x 2 cm - 177 g - ISBN 10 : 2070405613 - ISBN 13 : 9782070405619

Collection : Folio

Tags : récits, littérature, roman, nouvelles, juif, recueil, mystique, libertins, traditions, yiddish, yiddishland, judaisme, prix nobel de littérature, états-unis, littérature yiddish, littérature américaine, pologne, littérature juive, anglais, littérature polonaise.

Citations de Le Spinoza de la rue du Marché (10)

La mort était inévitable. Elle rôdait partout, dans le lit d'une femme en couches, dans le berceau d'un enfant, elle suivait toute vie comme une ombre. Ceux qui sont familiers de la mort sentent l'odeur du suaire jusque dans les draps d'un bébé.

Il se déshabilla dans le salon, ne gardant sur lui que son caleçon. Il voyait son corps à moitié nu dans le miroir : la poitrine couverte de poils blancs, le gros ventre, les jambes excessivement courtes et les ongles des doigts de pied tout jaunes. Dieu soit loué, nous ne nous promenons pas nus, réfléchit-il. Aucun animal n'est aussi laid que sapiens…

Qui peut comprendre l'âme féminine ? Même la plus angélique des femmes abrite en elle des démons, des lutins et des diablotins.

« Attendez un peu, disait-elle, il me reviendra. Cette créature n'en voulait pas, elle n'en avait qu'après son argent. Elle va tout lui manger et le laisser sans rien. » « Et vous reprendriez un misérable pareil ? » demandaient les gens. À quoi elle répondait : « Qu'il revienne d'abord. Je lui laverai les pieds et boirai l'eau de la cuvette après. » Il lui restait une vieille malle qu'elle remplissait peu à peu de linge et de vêtements, comme une fiancée qui prépare son trousseau. « Ce sera ma dot, prête pour son retour, se vantait-elle. Je l'épouserai une deuxième fois. » Aujourd'hui, on appellerait ça de l'amour. Nous, nous disions qu'elle était complètement folle.

Le ciel et la terre conspirent pour que tout ce qui a été soit exhumé, puis réduit en poussière. Seuls les rêveurs éveillés font revenir les ombres du passé en nouant ensemble des fils invisibles.

Le DrNahum Fischelson marchait de long en large dans sa mansarde de la rue du marché à Varsovie. Il était petit, bossu, la barbe grisonnante et le crâne presque chauve à l'exception de quelques touffes de cheveux qui lui restaient sur la nuque. Il avait le nez crochu et de grands yeux noirs papillotant comme ceux d'un oiseau. Le Dr Fischelson portait une veste noire qui tombait jusqu'aux genoux, un col raide et une large cravate. Il arpentait la pièce à pas lents, de la porte au vasistas et vice-versa. Pour pouvoir regarder dehors, il fallait grimper quelques marches. Une chandelle brûlait sur la table dans son chandelier de cuivre et une foule d'insectes bourdonnaient autour de la flamme. De temps à autre, l'une de ces créatures s'en approchait trop et se consumait en une seconde directement sur la mèche. A chaque fois, le docteur faisait la grimace. Son visage ridé se crispait et il se mordait les lèvres sous sa moustache ébouriffée. Au bout d'un moment, il tira son mouchoir de sa poche et l'agita en direction des moucherons. "Allez-vous-en, bande d'imbéciles, gronda-t-il. Au lieu de vous réchauffer, vous ne réussirez qu'à vous brûler !"

Le Dr Margolis se souvint d'une formule de Shopenhauer : la femme à l'aspect et la mentalité d'un enfant. Si elle mûrit intellectuellement, son visage devient celui d'un homme.

Seuls les rêveurs éveillés font revenir les ombres du passé en nouant ensemble des fils invisibles.

Mais à quoi bon tous ces rêves ? Ils l'épuisaient tout en avivant son sentiment d'impuissance.

Le Dr Fischelson avait l'impression de se trouver à l'intérieur d'un four. Plusieurs fois, il grimpa les quatre marches jusqu'au vasistas pour passer la tête dehors et respirer la brise fraîche du soir. il restait là si longtemps qu'il sentait ses jambes se dérober sous lui. "Oh quel bon air, murmurait-il. C'est vraiment délicieux..." Et il se rappelait que, d'après Spinoza, la moralité et le bonheur sont identiques et que l'acte le plus moral qu'un homme puisse accomplir, c'est de céder à quelque plaisir qui ne soit pas contraire à la raison.

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Critiques de Le Spinoza de la rue du Marché : avis de lecteurs (2)


  • Critique de Le Spinoza de la rue du Marché par vero95270 (Babelio)

    En deux mots ce livre est bien écrit mais trop décalé pour moi. Des histoires de diables, de possession m'ont troublée mais aussi ennuyée. Peut être un autre ouvrage de cet auteur. Dans la galerie de...

    Lire la critique complète >
    Par vero95270 - publiée le 04/05/2020

  • Critique de Le Spinoza de la rue du Marché par Allantvers (Babelio)

    Lire Isaac Bashevis Singer, c'est assister à la résurrection d'un univers bouillonnant, populaire, mystique et coloré, mais définitivement perdu, et c'est extrêmement émouvant car Singer est un conte...

    Lire la critique complète >
    Par Allantvers - publiée le 25/09/2019

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