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Hanif Kureishi

Livres de Hanif Kureishi

Citations de Hanif Kureishi (68)

Dehors… il y a des génocides, des viols, l'oppression, le meurtre. L'histoire de ce monde n'est que massacres. Et toi tu lis des histoires comme une vieille femme.

– Black Album

Shahid avait pris les livres de Joad, Laski et Popper, les études de Freud ainsi que les romans de Maupassant, Henry Miller et les Russes. Il allait aussi presque tous les jours à la bibliothèque ; il adorait lire des livres pour le plaisir en s'interrompant pour écouter de la musique pop. Il était passé d'un livre à l'autre comme on traverse une rivière en sautant d'un rocher à un autre, il le faisait pour le plaisir mais aussi de peur d'être exclu par les gens cultivés.« Aujourd'hui, poursuivit Shahid, je préfère les romans et les histoires. J'en lis au moins cinq à la fois d'habitude.

– Black Album

Il y a des fous partout mais la plupart d'entre eux ont l'air normaux !

– Black Album

« Partout où j'allais, j'étais la seule personne à la peau basanée. Comment les autres me voyaient-ils ? Je commençais à avoir peur d'aller dans certains endroits. Je ne savais pas ce que les gens pensaient. J'étais convaincu qu'ils allaient se moquer de moi, me mépriser ou me haïr. Et s'ils étaient gentils, alors je pensais qu'ils étaient hypocrites. Je suis devenu paranoïaque. Je ne pouvais pas sortir. Je savais que je n'avais pas les idées claires, je ne comprenais plus rien. Je ne savais pas quoi faire. »

– Black Album

Il rappelait à Shahid son oncle Asif, journaliste au Pakistan (emprisonné par Zia pour avoir écrit un article contre sa politique d'islamisation) qui aimait affirmer que les seules personnes à parler un anglais correct aujourd'hui étaient les ressortissants du sous-continent : « Ils nous ont donné leur langue mais nous sommes les seuls à savoir l'utiliser. »

– Black Album

Il sentit qu'il ne devait pas se laisser abuser par sa douceur apparente. Il éprouva la force de son regard pénétrant qui le scrutait alors même qu'ils échangeaient les salutations d'usage et confirmaient qu'ils étudiaient tous les deux à l'université locale ; Shahid se sentit à la fois ravi de l'intérêt qu'il suscitait et un peu tendu par cette sorte de mise à nu.

– Black Album

Carlo finit par se décider à dire quelque chose."Vous savez ce que vous êtes ?- Que suis je ? dit papa. Ca fait des années que je cherche.- Vous êtes un... vous êtes un...-Je suis là, j'attends, fit papa, mais tu n'a pas les couilles de le dire, petit gros dur. Si tu le dis, ce sera contrariant, mais au moins ce sera rock'n'roll.- Branleur", dit Carlo

– Le don de Gabriel

Quel lieu vivant que Londres, songea-t-il. Ici, on pouvait tout réaliser ! Il suffisait d'avoir des désirs suffisamment ambitieux !Il se demanda, bien sûr, s'il ne risquait pas d'échouer dans ce qu'il voulait, comme son père avait fini par le faire. Beaucoup de gens voulaient devenir quelqu'un, mais qui avait la persévérance, la capacité de s'investir, la détermination de fer ? Pour combien de gens était-ce une nécessité, une question de vie par opposition à la mort ? Il était trop jeune pour être vigilant. Il était plein d'espoir, habité par l'ambition de désirs irrépressibles. Il était prêt à travailler, aussi.

– Le don de Gabriel

Changer sa vie du tout au tout comme ça. C'est une chose magnifique à faire, c'est un exploit. C'est marrant comment tout le monde a l'air de mener une vie de bohème, maintenant, à part les gens du gouvernement, qui doivent être des saints.

– Le don de Gabriel

Où étais-tu passé, papa? demanda-t-il.- Oui, excuse-moi. J'essayais de redémarrer ma vie…

– Le don de Gabriel

Il voulait l'ignorer mais il avait besoin qu'elle soit là pour l'ignorer ; comment voulez-vous ignorer quelqu'un qui n'a pas conscience d'être ignoré, ou qui vous ignore. Elle avait décidé qu'il devait devenir avocat un point c'est tout. Elle estimait qu'elle n'avait pas à s'intéresser davantage à ce qu'il faisait.

– Le don de Gabriel

Au même titre que des masseurs, des dealers, des comptables, des profs de gym particuliers, des professeurs de langue, des putains, des manucures, des thérapeutes, des décorateurs d'intérieur et nombre d'autres personnes à charge et pseudo-domestiques, papa s'était fait une place à la table des riches. Il leur donnait de la musique comme d'autres fournissaient des pantalons, des ongles bien coupés ou un ensemble de comptes. Si la richesse devait se répartir par « un effet de cascade » comme on avait dit aux gens que cela ne manquerait pas de se produire, elle atteindrait son niveau en passant par Rex.

– Le don de Gabriel

Au bout d'un moment, tout ce que veut un homme, c'est un peu de paix. Malheureusement, l'état d'esprit le plus calme est le bonheur, et j'en suis très, très loin.

– Le don de Gabriel

Cet homme est un vieil hippie. C'était une génération qui ne voulait pas comprendre la valeur des choses. Pourquoi crois-tu que nous sommes pauvres depuis toutes ces années ? Papa ne voulait pas être “matérialiste”. Là où j'ai mis le dessin… il sera en sécurité. Tu pourras l'avoir – bien sûr que tu pourras l'avoir – quand tu seras plus grand.

– Le don de Gabriel

Faire partie d'une famille « complète » ces jours-ci, c'était appartenir à une minorité. Mais Gabriel n'avait pas eu envie de parler de la rupture. Les mots étaient aussi dangereux que des bombes, comme il l'avait découvert en lâchant des jurons devant sa mère. Ils ne se contentaient pas de décrire ; ils avaient un effet sur les gens ou déclenchaient des choses, or il s'en passait déjà plus qu'assez pour le moment.De toute façon, pensait-il, les enfants comprenaient la tyrannie, à vivre avec ces patrons lunatiques et cruels qu'on nomme parents, sous un régime qui réprimait sévèrement leurs pensées et leurs activités. Les enfants étaient des anarchistes et des dissidents qui opéraient de façon souterraine, dans des cellules secrètes, en essayant de trouver un espace personnel inviolable.

– Le don de Gabriel

Il fit des dessins pour illustrer ces paroles. Il savait que ce n'était pas suffisant d'idolâtrer Lester, comme ces fans qui croyaient pouvoir acquérir les pouvoirs de Lester en copiant sa couleur de cheveux. Si Gabriel devait accomplir quoi que ce soit par lui-même, cela nécessiterait plus qu'une teinture. Il fallait qu'il suive l'exemple de Lester et qu'il aille son propre chemin.

– Le don de Gabriel

L'hystérie est ridicule, oui. Mais la plupart des gens reconnaissent que la paranoïa est une sorte de langage qui nous parle de façon déguisée.

– Des bleus a l'amour

Comme on se sent sombre, explique Baxter, comme si l'on était entré dans un tunnel qui mène au centre de la terre, sans la moindre flèche de lumière possible. C'est certainement la condition naturelle de tout un chacun, le destin humain, et on ne peut que s'astreindre au réalisme. Les sages le comprendront, et les courageux, que certains appellent stoïques, le supporteront.

– Des bleus a l'amour

Il chuchote qu'il commence à se rendre compte, comme on commence à se rendre compte qu'on est amoureux, que, par moment, effectivement, il la déteste. Il déteste la façon dont elle coupe une pomme ; il déteste ses mains. Il déteste son ton et les mots qu'il sait qu'elle utilisera. Il déteste ses vêtements, ses paupières et tous les gens qu'elle connaît ; son parfum l'écœure. Il déteste les choses pour lesquelles il l'a aimée ; il déteste la façon dont il s'est laissé envoûter par elle ; il déteste la gentillesse qu'elle lui a montrée comme si elle lui demandait quelque chose. Il voit aussi que ne pas aimer quelqu'un n'a pas d'importance jusqu'au moment où vous avez un enfant ensemble. Et il comprend aussi à quel point la haine est importante, à quel point elle vous soutient et vous sustente ;c'est peut-être aussi un écran qui vous empêche d'éprouver de la pitié pour elle et pour soi-même et de tomber dans un abîme de malheur.

– Des bleus a l'amour

Il avait adoré cette époque. L'esprit d'entreprise effréné, l'individualisme fringant, l'autogratification et le cynisme lui plurent plus que toute autre chose au cours de ces dix dernières années. Il abandonna les faux-semblants. Le désordre punk et le nihilisme régnaient. Le savoir, la tradition, la morale, la prétendue foi dans l'égalité ; la sainteté socialiste, le discours sur les “principes”, les vêtements étudiants, les absurdités féministes, et les arguments qui défendaient des régimes — expériences défectueuses — où ses amis n'auraient pas résisté cinq minutes : il piétinait toutes ces idées pieuses avec une impiété nietzschéenne. C'était galvanisant.

– Des bleus a l'amour

Assis tout près d'elle, il lui envoyait des messages télépathiques (son moyen de communication préféré) pleins d'amour et de sensualité. Comme il leur arrivait rarement de se toucher sans raison, tout contact physique immédiat — sa main dans ses cheveux — serait risqué. Mais s'il arrivait à la toucher sans conséquences négatives et même si, peut-être, il réussissait à la convaincre de relever un peu sa jupe, il avait l'impression d'avoir au moins atteint la ligne de départ et il savait que le succès était possible. À cette pensée, il se précipitait au lit, mettait son pyjama pour ne pas l'inquiéter en exhibant un peu de chair nue. Il devait scrupuleusement éviter de lui montrer son intention.

– Des bleus a l'amour

Tant qu'il y a du désir, le coeur bat, on est vivant. Vouloir, c'est aller au-delà de soi-même, se projeter dans le monde, un doigt après l'autre.

– Des bleus a l'amour

C'est répugnant mais, il en est convaincu, c'est un rituel d'acclimatation nécessaire. Il se dit que rien ne peut être réparé ou amélioré, juste accepté. Et, après l'acceptation, viendront la libération et la transformation en esprit pur, dénué de désir, état qu'il attend avec une impatience autodestructrice. Il s'endort souvent ainsi et s'imagine que les différentes parties de lui-même sont distribuées par les insectes dans tout le quartier ou “l'univers” comme il dit ; il considère ceci comme la soumission ultime.

– Des bleus a l'amour

Les riches ne sont pas immunisés mais ils peuvent se permettre de tout remplacer. Quand j'ai abordé le sujet, elle savait de quoi je parlais. Elle a reconnu qu'ils avaient été légèrement contaminés… par les voisins.

– Des bleus a l'amour

Nous ne révélons jamais nos formules. Nous avons entendu dire qu'il y a des gens qui concoctent leurs propres poisons chez eux. Cela couvrira votre peau de cloques comme la lèpre et ramollira vos os comme du caoutchouc. Ça pourrait être fatal. Laissez faire ces choses aux experts.

– Des bleus a l'amour

Les potions fonctionnent bien, pendant un temps. Mais il faut les remplacer par d'autres. Les meilleures sont celles d'importation, mais ce sont aussi les plus chères. Essayez l'argentine. Puis la sud-africaine, dans cet ordre. Je ne sais pas trop ce qu'ils y mettent mais… Bien sûr les mouches s'y habituent, et ça ne fait que les rendre folles et les provoquer. Il vous faudra peut-être passer au malgache.

– Des bleus a l'amour

L’amour et l’intimité sont les sources de tout ce qui nous rend malades ou bien portants.

– Intimites

Après un certain âge, le sexe perd de sa banalité. Je ne pourrais plus demander aussi peu. Poser la main sur le corps d'autrui, - approcher sa bouche d'une autre bouche-- quel engagement ! Choisir quelqu'un, c'est découvrir toute une vie. Et c'est l'inviter à vous découvrir ! (p. 25)

– Intimité

Maintenant, j'ai sans doute envie d'être loyal envers autre chose. Ou quelqu'un d'autre. Oui: envers moi-même. (p.47)

– Intimité

J'ai besoin que chaque jour il se passe quelque chose qui représente une sorte de progrès ou d'accumulation. Je ne supporte pas que la vie ralentisse, que l'intensité décline. Mais j'accueillerais volontiers une période de calme. J'y aspire, dans un avenir lointain. (p. 139)

– Intimité

Je vais me jeter sur les autres, sans la moindre retenue. Je ne compte pas tergiverser à la lisière de l'existence. (p.82)

– Intimité

Nous commençons dans l'amour et nous sommes prêts à affronter de nombreux ennuis pour demeurer dans cette condition pendant le restant de nos jours. N'est-ce pas l'état dans lequel les hommes et les femmes ont le plus de chance de s'épanouir ? Alors les gens se surpassent: les sadiques deviennent plus doux, les banquiers plus généreux, les coroners jouissent de la vie, même les bookmakers deviennent sympathiques. Et là-bas, ce soir, dans cette ville merdeuse et vrombissante, il y a , j'en suis certain, quelqu'un qui m'aime. (p.110)

– Intimité

Qu'emporte-t-on quand on a décidé de ne pas revenir ?(...) je reste là pendant une éternité, à regarder autour de moi. j'ai peur de me sentir trop bien dans ma propre maison, à croire que, si jamais je m'asseyais, je perdrais tout désir de changement. (p.52)

– Intimité

Je pourrais répondre que je crois à l'individualisme, au sensualisme et à l'oisiveté créatrice. J'aime l'imagination humaine: sa délicatesse, la brutalité agressive de son énergie, sa profondeur, le pouvoir qu'elle a de transformer le monde matériel en art. J'aime ce que font les hommes et les femmes. Je préfère ces choses à tout le reste, hormis l'amour et le corps des femmes, qui se trouvent au centre de tout ce qui vaut la peine d'être vécu. (p. 142)

– Intimité

Quand j'étais gosse, on nous demandait souvent, en guise de devoir, de répondre à la question : " Qu'ai-je fait aujourd'hui ?" Et aujourd'hui j'ai envie de dresser la liste des choses que je n'ai pas faites aujourd'hui. Des choses que je n'ai pas faites en cette vie. (p.70)

– Intimité

Je sais que l'amour est un sale boulot ; impossible de garder les mains propres. Quand on reste sur la réserve, il ne se passe rien d'intéressant. En même temps, il faut trouver la bonne distance entre les gens. Trop près, ils vous submergent ; trop loin, ils vous abandonnent. Comment les maintenir dans la bonne relation ?

– Intimité

Nous marchions ensemble, perdus dans nos pensées. Je ne sais plus où nous étions, ni même quand cela se passait. Puis tu t'es approchée pour me caresser les cheveux et me prendre la main; je sais que tu me tenais la main et que tu me parlais doucement. Soudain, j'ai eu l'impression que tout était parfait, qu'on n'aurait rien pu ajouter à ce bonheur, à ce contentement. C'était tout ce qui était, tout ce qui pouvait être. le meilleur de tout s'était concentré dans cet instant et ce ne pouvait être que de l'amour.. (p. 164)

– Intimité

La vérité est un tatouage que l'on a sur le front.Tout seul, vous ne pouvez pas le voir. Et moi, je suis votre miroir.

– Le dernier mot

"Ce que je viens de vous dire ce soir, c'est que, l'homme étant le seul animal à se haïr, il est probable que le monde soit condamné à une destruction totale."

– Le dernier mot

Autrement, avec une femme, efforce-toi toujours de trouver ce qu'on a pu lui faire subir, sinon il ne lui faudra pas longtemps pour qu'elle te le fasse subir à ton tour

– Le dernier mot

Le monde étant ce qu'il est, il fallait vraiment être un imbécile pour siffloter gaiement du matin au soir.

– Le dernier mot

(…) souvent on vit sans amour et on passe toute sa vie à chercher quelqu'un qui ne nous fait aucun effet.

– Le dernier mot

Le marché avait changé. Aujourd'hui, il y avait plus d'écrivains que de lecteurs. Tout le monde parlait en même temps, mais personne n'écoutait, comme dans un asile.

– Le dernier mot

Cette fille sans substance, tel un article vaporeux au rayon du néant érotique, qui semble s'absenter d'elle-même, peut l'aider à se préparer à la mort. Il sait bien qu'elle est fuyante, insipide, mais au moins elle est sincère et elle a encore quelques années de réelle beauté devant elle. Il est persuadé qu'il a perdu son temps à faire enrager les autres, à leur donner des miettes, ce pourquoi il se sent complètement déchiré maintenant

– Le dernier mot

Elle est allongée nue devant le feu de la cheminée et il la regarde. Elle pose, tel le modèle d'un artiste peintre, et il n'arrête pas de la regarder. Elle se montre à lui. Cette seule expérience, pour eux, est électrique. Il se languit de pouvoir s'exprimer, ce maître des mots, sans utiliser aucun mot. De pouvoir “être”, c'est tout, avec une autre personne. Comme un bébé satisfait quand il est avec sa mère.

– Le dernier mot

Quand une femme est réellement désirée par un homme, elle a toujours beaucoup de mal à lui résister.

– Le dernier mot

Une femme séduisante, fougueuse, s'empare du cœur d'un pilier du monde des arts, elle fait redémarrer sa carrière tout en gérant son ego impossible, il revient sur le devant de la scène, plus incontournable que jamais, tandis qu'elle s'occupe de leur propriété à la campagne.

– Le dernier mot

La question est de savoir si vous êtes parfaits l'un pour l'autre. Tout le truc est là. C'est le véritable sens de l'intimité.

– Intimites

Mon fonds de commerce, c'est les secrets : on me paie pour les garder. Les secrets du désir, ce que les gens veulent réellement, ce qui leur fait le plus peur. Les secrets qui disent les difficultés de l'amour, de la sexualité, la douleur de la vie, la proximité de la mort, pourtant si éloignée. Pourquoi plaisir et châtiment sont-ils aussi étroitement liés ? Comment nos corps parlent-ils ? Pourquoi se rend-on malade ? Pourquoi veut-on échouer ? Pourquoi le plaisir est-il si dur à supporter ?

– Quelque chose à te dire

Je suis psychanalyste ; ou, pour le dire autrement, je suis un décrypteur d'esprits et de signes. Il arrive également qu'on m'appelle dépanneur, guérisseur, enquêteur, serrurier, fouille-merde ou, carrément, charlatan, voire imposteur. Tel un mécanicien allongé sous une voiture, je m'occupe de tout ce qui se trouve sous le capot, sous l'histoire officielle : fantasmes, souhaits, mensonges, rêves, cauchemars – le monde qui se cache sous le monde, le vrai sous le faux. Je prends donc au sérieux les trucs les plus bizarres, les plus insaisissables; je vais là où le langage n'a pas accès, là où il s'arrête, aux limites de l'«indicible» – et tôt le matin, qui plus est.Tout en mettant d'autres mots sur la souffrance, j'apprends comment le désir et la culpabilité perturbent et terrorisent les gens, je découvre les mystères qui consument l'esprit, déforment le corps ou, parfois, le mutilent, j'observe les blessures de l'expérience, rouvertes pour le bien d'une âme en pleine refonte.Au plus profond d'eux-mêmes, les gens sont plus fous qu'ils ne veulent bien le croire. Vous constatez qu'ils ont peur d'être dévorés et que leur propre envie de dévorer les autres les inquiète. Dans les cas les plus courants,ils imaginent aussi qu'ils vont exploser ou imploser, se dissoudre ou se faire posséder. Leur vie quotidienne est hantée par la peur que leur relation amoureuse puisse impliquer, entre autres choses, des échanges d'urine et d'excréments.Bien avant tout cela, j'adorais déjà les ragots – qualité indispensable pour ce genre d'activité. Aujourd'hui, j'en ai pour mon compte. C'est un fleuve d'immondices qui se déverse en moi, jour après jour, année après année. Comme beaucoup de modernistes, Freud s'intéressait tout particulièrement aux détritus : on pourrait dire qu'il est le premier artiste du «reste», dans la mesure où il trouvait du sens à ce qui est habituellement laissé de côté. Sale boulot que de plonger au cœur de l'humain.En ce moment, il y a quelque chose de nouveau dans ma vie. C'est une sorte d'inceste, mais qui aurait pu penser que cela arriverait un jour ? Ma grande sœur, Miriam, et mon meilleur ami, Henry, sont tombés fous amoureux. Et chacune de nos existences se trouve perturbée, bouleversée même, par cette invraisemblable liaison.

– Quelque chose à te dire

Dans un premier temps, j'ai envoyé des histoires à des magazines bas de gamme. Quand elles ont été publiées, les rédacteurs en chef ont commencé à m'en demander d'autres. Au début, je m'amusais bien. Je m'appliquais à organiser l'histoire autour d'une dynamique qui suivait le rythme du coït. J'appris à les écrire sans perdre trop de temps.(…) En fait, ce sont les mêmes mots qui reviennent inlassablement. Je m'étais constitué une liste des ingrédients de base du glossaire porno, bien relevés, particulièrement sonores – plus fort, plus fort, allez jouis, jouis ! et je savais que je pouvais en saupoudrer mes récits comme bon me semblait.(…) Je réussissais à pondre un livre porno en un week-end. Je ne tins pas longtemps la cadence. On dit que la pornographie est la malbouffe de l'amour : bientôt, je ne pouvais plus avaler un seul morceau de cette infâme nourriture. Etant encore jeune, j'étais tenté d'ajouter des éléments, de digresser, d'insérer des passages plus personnels. Que font les couples une fois le coït terminé ? Trouvent-ils la situation pénible, embarrassante, ennuyeuse ? (…) Notre carrière pornographique s'effondra le jour où j'écrivis un roman dont les deux personnages principaux, mariés par ailleurs, ne se voyaient que pour parler.

– Quelque chose à te dire

C'est à cette époque que je me suis vraiment mis à lire. C'était comme rencontrer un amant extraordinaire, qu'on ne quittera jamais.

– Quelque chose à te dire

Les gens parlent pour ne pas entendre certaines choses et ils écoutent pour éviter d'en dire trop.

– Quelque chose à te dire

J'étais un anorexique de la culture. Je ne retenais rien de solide. C'est mon père qui m'a donné le goût de la lecture et de l'écriture. Pour lui, écrire était un acte de foi qu'il pratiquait avec une assiduité religieuse.

– Quelque chose à te dire

e suis psychanalyste ; ou, pour le dire autrement, je suis un décrypteur d'esprits et de signes. Il arrive également qu'on m'appelle dépanneur, guérisseur, enquêteur, serrurier, fouille-merde ou, carrément, charlatan, voire imposteur. Tel un médecin allongé sous une voiture, je m'occupe de tout ce qui se trouve sous la capot, sous l'histoire officielle : fantasmes, souhaits, mensonges, rêves, cauchemars – le monde qui se cache sous le monde, le vrai sous le faux. Je prends donc au sérieux les trucs les plus bizarres, les plus insaisissables ; je vais là où le langage n'a pas accès, là où il s'arrête, aux limites de “l'indicible” – et tôt le matin, qui plus est.

– Quelque chose à te dire

« Contre la mort et l'autoritarisme, il n'y a qu'une seule chose, m'avait-il dit un jour.- L'amour ?- Je dirais plutôt la culture. Bien plus important. N'importe quel imbécile est capable de tomber amoureux ou de faire l'amour. Mais écrire une pièce, peindre un Rothko ou découvrir l'inconscient : est-ce que ce ne sont pas là d'incroyables prouesses de l'imagination et la seule façon de nier notre désir de meurtre ? »

– Quelque chose à te dire

En tant que thérapeute, de quel type de savoir suis-je détenteur? Ce que je fais est démodé, un peu décalé comparé à ce qu'offre désormais la médecine d'un point de vue technologique et scientifique. Bien que je ne fasse aucun examen et ne prescrive aucun médicament, je suis comme un médecin traditionnel dans la mesure où je soigne la personne dans son ensemble plus que la seule maladie. Au fond c'est moi qui suis le médicament et je constitue une partie intégrante de la cure. Non pas que les gens souhaitent réellement guérir. La maladie leur apporte plus de satisfactions qu'ils ne peuvent en supporter. Les patients sont des artistes inconscients de leur propre malheur. En fait, ce qu'ils appellent leur symptôme n'est autre que leur vie. Et ils ont intérêt à l'aimer! Il y a des gens qui préféreraient se faire tuer plutôt que de parler. Mon rôle se limite à laisser le sujet parler pendant un long moment. Chacun de nous deux prend ce qui se dit au sérieux, sachant que même quand les gens disent la vérité, ils mentent et que, quand ils parlent de quelqu'un d'autre, ils parlent d'eux.Je pose des questions concernant la famille, en remontant jusqu'aux grands-parents. De nos jours, vers quoi les gens qui souffrent peuvent-ils se tourner pour endiguer les désordres de leur désir?Quand on y réfléchit bien, qu'est-ce qui déclenche l'entrée en analyse? Une chose éminemment humaine: la reconnaissance d'une douleur inexplicable et une certaine forme de curiosité pour sa vie intérieure. Comment une analyse pourrait-elle ne pas être difficile ? Avoir vécu de telle manière pendant des années, des décennies même, et puis essayer de tout défaire par la parole, ce n'est pas une mince affaire. D'autant que ça ne réussit pas à tous les coups. Il n'y a aucune garantie de quoique ce soit, et c'est bien ainsi. Il y a toujours un risque.Malheureusement, et cela en surprend plus d'un, faire une analyse n'aide pas nécessairement à mieux se comporter, ni à être meilleur. A l'inverse on peut devenir plus empoisonnant, pus polémique, plus exigeant, plus conscient de ses désirs et moins susceptible de subir l'emprise des autres. En ce sens, la psychanalyse est subversive et libératrice. De fait il y a peu de gens qui, une fois vieux, se disent qu'ils auraient voulu vivre une vie plus vertueuse. D'après ce que j'entends dans mon cabinet, la plupart de mes patients regrettent de ne pas avoir commis davantage de péchés.Plus tard au cours de ma promenade, je me suis demandé pourquoi je sentais qu'il fallait que je me méfie de la « normalité ». Ce qu'il y a de frappant dans la normalité, c'est qu'elle n'a rien de normal. La normalité n'est pas autre chose que la dénomination bourgeoise de la folie ordinaire. En analyse, la plupart du temps, « l'enfant normal » désigne l'enfant sage et obéissant, celui qui veut surtout faire plaisir à ses parents et qui se crée ce que Winnicott a appelé un « faux self ». D'après Henry, l'obéissance est un des problèmes de ce monde, elle n'en est pas la solution, comme beaucoup ont pu le penser. Mais se peut-il qu'il existe une définition du normal qui ne soit pas synonyme d'ordinaire ou de terne ? Ou qui ne soit pas normative, ou ridiculement guindée ?Je me rappelais une histoire à propos de Proust qui, à la fin de sa vie, tournait désespérément les pages de la Recherche et constatait combien tous ses personnages étaient excentriques, voire anormaux. Comme si on pouvait écrire un roman, ou même fonder une société, à partir d'éléments fades et strictement conventionnels. Et puis il y a ceux qui couchent à droite à gauche, les frigides, les paniqués, les abusifs et les abusés, ceux qui ont le vertige, ceux qui se tailladent, ceux qui s'affament, ceux qui se font vomir, ceux qui se sentent pris au piège et ceux qui se sentent trop libres, les épuisés et les hyperactifs, et les enchainés à vie à leurs bêtises. J'entends les récits de tous. Je suis l'assistant de l'autobiographe, la sage-femme des fantasmes, je rouvre les anciennes plaies, je libère la parole et la transforme en art érotique, je démasque les vérités illusoires. L'analyse rend le familier étrange, elle nous conduit à nous demander où s'arrêtent les rêves et où commencent la réalité – si tant est que la réalité commence jamais.J'ai rencontré mon premier analyste, un Pakistanais du nom de Tahir Hussein, quelques mois après avoir quitté l'université, alors qu'avec Ajita, les choses avaient pris une tournure plus que singulière. Ajita et moi nous étions quittés sans imaginer que nous ne nous reverrions pas. Nous n'étions pas brouillés. Notre amour ne s'était pas épuisé. Il avait été violemment interrompu.Toutes ses déclarations d'adoration me manquaient. Ses baisers, ses éloges, ses encouragements et cette façon qu'elle avait de dire « merci, merci » quand elle jouissait. De toutes les femmes que j'ai connues, elle était le plus inoubliablement tendre, vulnérable, désinhibée, pareille à une beauté espagnole de Goya, ses longs cheveux noirs dissimulant son visage quand elle s'occupait de ma verge. Elle m'appelait son joli garçon, disait qu'elle aimait ma voix, qu'elle trouvait « bien timbré ».Je l'avais attendue pendant des mois, pensant qu'un jour elle réapparaitrait. Je la voyais dans la rue, dans des trains en partance, dans mes rêves et mes cauchemars. J'entrai dans un bar et elle était là, à m'attendre. Je l'entendais qui m'appelait, avec son léger accent indien, de mon lever à mon coucher.Cependant j'avais bien reçu le message qui était plus que clair, finalement : elle n'était plus intéressée. Elle m'avait dit qu'elle m'aimait mais, en définitive, elle ne voulait pas de moi. Ajita était partie. Je n'avais pas envie de guérir, mais il le faudrait bien un jour. En ce moment, elle devait être avec un autre homme, peut-être était-elle mariée. Pour elle, j'étais de l'histoire ancienne et j'imagine qu'elle m'avait plus ou moins oublié.

– Quelque chose à te dire

Il y a des gens qui préféreraient se faire tuer plutôt que de parler. Mon rôle se limite à laisser parler le sujet pendant un long moment. Chacun de nous deux prend ce qui se dit au sérieux, sachant que même quand les gens disent la vérité, ils mentent et que, quand ils parlent de quelqu'un d'autre, ils parlent d'eux.

– Quelque chose à te dire

[...] Ma mère était une femme potelée qui n'attachait guère d'importance à son corps. Elle avait un visage rond et pâle et de gentils yeux mordorés. Elle considérait son corps comme un objet gênant qui l'entourait, uen sorte d'île déserte, inexplorée, sur laquelle elle aurait échoué.

– Le Bouddha de banlieue

[...] Comme beaucoup d'indiens, mon père, quoique petit, était beau et bien fait avec des mains délicates et des manières gracieuses. À côté de lui, la plupart des anglais donnaient l'impression d'être des girafes maladroites. [...] Il était en particulier aussi fier de sa poitrine que nos voisins l'étaient de leur cuisinière électrique. Au moindre rayon de soleil, il enlevait sa chemise, se précipitait dans le jardin avec un transat et son journal.

– Le Bouddha de banlieue

Et pendant ce temps, comme des tuyaux qui fuient, qui se dégradent, avant d'éclater dans la mansarde, nos coeurs partout dans la maison se brisaient lentement, tandis qu'aucune parole n'était réellement échangée.

– Le Bouddha de banlieue

A treize ans, Jamila lisait à la file Baudelaire, Colette, Radiguet et toute la clique. Elle empruntait des disques de Ravel, aussi bien que des chanteuses célèbres en France comme Billy Holiday. Puis elle se mit en tête de devenir une autre Simone de Beauvoir,...

– Le Bouddha de banlieue

"- [...] pourrais-tu arrêter de te planter là avec ton air tellement anglais ?- Qu'est-ce que tu veux dire par anglais ?- Je veux dire coincé, prétentieux, moralisateur, sans amour, incapable de danser. Ils sont terriblement étroits, les Anglais. C'est le royaume des préjugés." (10/18 - p.372)

– Le Bouddha de banlieue

Habituellement, les pleurs des filles me gênaient. Parfois j'avais envie de les frapper pour les punir de faire tant d'histoires. Mais Jamila était vraiment dans la merde. Nous avons dû rester là, côte à côte, debout, devant « La Vitrine du Paradis » pour au moins une demi-heure, nous agrippant l'un à l'autre en pensant à nos avenirs respectifs.

– Le Bouddha de banlieue

En effet, Jamila était l'être humain ayant la volonté la plus forte que j'aie jamais rencontré : personne n'aurait pu faire d'elle une colonie. De toute façon, je haïssais les ingrats.

– Le Bouddha de banlieue

L'amour qui, par une nuit d'encre, nous conduisit iciSaura même en plein jour nous faire garder le lit.

– Le Bouddha de banlieue

Le moment le plus excitant, c'était lorsque Eva se couchait sur mon lit pour écouter les disques que je voulais lui faire entendre. Ça commençait alors à devenir vraiment intime et tout ça. Elle me disait les secrets de sa vie amoureuse, que son mari la frappait, qu'ils ne faisaient jamais l'amour ensemble. Elle avait envie de faire l'amour, c'était la sensation la plus enchanteresse qu'on puisse trouver. Elle employait le mot « baiser ». Elle voulait vivre, disait-elle. Elle me faisait peur ; elle m'excitait.

– Le Bouddha de banlieue

C'était un garçon à qui la nature avait octroyé une foudroyante beaut頖 son nez était parfaitement droit, ses joues bien creuses, ses lèvres semblables à deux boutons de rose – de sorte que les gens avaient peur de l'approcher et qu'il se trouvait bien souvent seul. Des hommes et des adolescents pouvaient bander rien qu'en étant dans la même pièce que lui, certains même se trouvaient dans cet état simplement parce qu'ils habitaient le même pays. Les femmes soupiraient en sa présence et les professeurs s'énervaient

– Le Bouddha de banlieue
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