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Guy De Maupassant

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Mont-Oriol (2002)

De Guy De Maupassant chez Gallimard
(31 votes, note moyenne : 4.1)

Comment à force de bluff, de supposés miracles et de faux certificats délivrés par des médecins complaisants on parvient à fabriquer une ville d'eaux et à lotir au plus haut prix un paysage entier en exploitant la crédulité des uns et en s'appuyant sur la malhonnêteté des autres. Le conflit de la bourgeoisie locale, du propriétaire paysan âpre et rusé et de la banque, de l'affairisme parisien. Un des plus cruels portraits du corps médical que l'on ait jamais faits et une histoire sentimentale peut-être plus cruelle encore. En démontant les rouages de la spéculation foncière, en analysant le mécanisme de la concentration capitaliste à la fin du siècle dernier, Maupassant a écrit, avec Mont-Oriol, le plus moderne de ses romans.
Nouvelle édition.

Paru le 01-05-2002 - Format : Broché - 384 pages - 18 x 11 x 1 cm - 196 g - ISBN 10 : 2070423557 - ISBN 13 : 9782070423552

Collection : Folio Classique

Tags : littérature du 19ème siècle, 19ème siècle, Auvergne (France), littérature française, littérature francophone, france, capitalisme, amour, histoire d'amour, affairisme, ville d'eaux, médecins, réalisme, bourgeoisie, pessimisme, satirique, récit de voyage, roman d'amour, classique, roman, littérature du 19ème siècle, 19ème siècle, Auvergne (France), littérature française, littérature francophone, france, capitalisme, amour, histoire d'amour, affairisme, arnaque, naturalisme, ville d'eaux, médecins, bourgeoisie, réalisme, roman d'amour, classique, roman, chroniques.

Citations de Mont-Oriol (12)

Christiane, navrée, bouleversée, voyait toute cette misérable vie d'animal finie ainsi au bord d'un chemin : le petit bourricot joyeux, à grosse tête où luisaient de gros yeux, comique et bon enfant, avec ses poils rudes et ses hautes oreilles, gambadant, libre encore, dans les jambes de sa mère, puis la première charrette, la première montée, les premiers coups ! et puis, et puis l'incessante et terrible marche par les interminables routes ! les coups ! les coups ! les charges trop lourdes, les soleils accablants, et pour nourriture un peu de paille, un peu de foin, quelques branchages, et la tentation des prairies vertes tout le long des durs chemins !Et puis encore, l'âge venant, la pointe de fer pour remplacer la souple baguette, et le martyre affreux de la bête usée, essoufflée, meurtrie, traînant toujours des fardeaux exagérés, et souffrant dans tous ses membres, dans tout son vieux corps, râpé comme un habit de mendiant. Et puis la mort, la mort bienfaisante à trois pas de l'herbe du fossé, où la traîne, en jurant, un homme qui passe, pour dégager la route.Christiane, pour la première fois, comprit la misère des créatures esclaves ; et la mort aussi lui apparut comme une chose bien bonne par moments.

Cependant elle se sentait changée, comme si cette crise eût modifié son âme. Elle souffrait moins et songeait davantage. Les événements terribles, si proches, lui paraissaient reculés dans un passé déjà lointain, et elle les regardait avec une clarté d'idées dont son esprit n'avait encore jamais été éclairé. Cette lumière, qui l'avait envahie soudain, et qui illumine certains êtres en certaines heures de souffrance, lui montrait la vie, les hommes, les choses, la terre entière avec tout ce qu'elle porte comme elle ne les avait jamais vus.Alors, plus même que le soir où elle s'était sentie tellement seule au monde dans sa chambre en revenant du lac de Tazenat, elle se jugea totalement abandonnée dans l'existence. Elle comprit que tous les hommes marchent côte à côte, à travers les événements, sans que jamais rien unisse vraiment deux êtres ensemble. Elle sentit, par la trahison de celui en qui elle avait mis toute sa confiance, que les autres, tous les autres ne seraient jamais plus pour elle que des voisins indifférents dans ce voyage court ou long, triste ou gai, suivant les lendemains, impossibles à deviner. Elle comprit que, même entre les bras de cet homme, quand elle s'était crue mêlée à lui, entrée en lui, quand elle avait cru que leurs chairs et leurs âmes ne faisaient plus qu'une chair et qu'une âme, ils s'étaient seulement un peu rapprochés jusqu'à faire toucher les impénétrables enveloppes où la mystérieuse nature a isolé et enfermé les humains. Elle vit bien que nul jamais n'a pu ou ne pourra briser cette invisible barrière qui met les êtres dans la vie aussi loin l'un de l'autre que les étoiles du ciel.Elle devina l'effort impuissant, incessant depuis les premiers jours du monde, l'effort infatigable des hommes pour déchirer la gaine où se débat leur âme à tout jamais emprisonnée, à tout jamais solitaire, effort des bras, des lèvres, des yeux, des bouches, de la chair frémissante et nue, effort de l'amour qui s'épuise en baisers, pour arriver seulement à donner la vie à quelque autre abandonné !

Christiane songeait : « Voici donc mon mari. » Et elle le contemplait avec des yeux surpris comme s'ils l'eussent regardé pour la première fois. C'était lui, l'homme à qui la loi l'avait unie, l'avait donnée ! l'homme qui devait être, d'après les idées humaines, religieuses et sociales, une moitié d'elle ! plus que cela, son maître, le maître de ses jours et de ses nuits, de son cœur et de son corps ! Elle eut presque envie de sourire, tant cela, à cette heure, lui parut étrange, car, entre elle et lui, aucun lien jamais n'existerait, aucun de ces liens si vite brisés, hélas ! mais qui semblent éternels, ineffablement doux, presque divins.Aucun remords même ne lui venait de l'avoir trompé, de l'avoir trahi ! Elle s'en étonna, cherchant pourquoi. Pourquoi ?… Ils étaient trop différents sans doute, trop loin l'un de l'autre, de races trop dissemblables. Il ne comprenait rien d'elle ; elle ne comprenait rien de lui. Pourtant il était bon, dévoué, complaisant.Mais seuls, peut-être, les êtres de même taille, de même nature, de même essence morale peuvent se sentir attachés l'un à l'autre par la chaîne sacrée du devoir volontaire.

Et elle comprit soudain comment on appartient à quelqu'un, comment on n'est plus rien sous l'amour qui vous possède, comment un être vous prend, corps et âme, chair, pensée, volonté, sang, nerfs, tout, tout, tout ce qui est en vous, ainsi que fait un grand oiseau de proie aux larges ailes en s'abattant sur un roitelet.

Les deux Oriol avaient longtemps causé après que les petites s'étaient couchées. Emus et excités par la proposition d'Andermatt, ils cherchaient les moyens d'allumer davantage son désir, sans compromettre leurs intérêts. En paysans précis, pratiques, ils pesaient avec sagesse toutes les chances, comprenant fort bien que, dans un pays où les sources minérales jaillissent le long de tous les ruisseaux, il ne fallait pas repousser, par une demande exagérée, cet amateur inattendu, impossible à retrouver. Et cependant il ne fallait pas non plus lui laisser entièrement entre les mains cette source qui pouvait donner un jour un flot d'argent liquide, Royat et Châtel-Guyon leur servant d'enseignement.

" Liane, votre œil est comme le ciel ! il est bleu, avec tant de reflets, avec tant de clarté ! Il me semble que j'y vois passer des hirondelles ! ce sont vos pensées, sans doute ? "

Elle vit bien que nul jamais n'a pu ou ne pourra briser cette invisible barrière qui met les êtres dans vie aussi loin l'un de l'autre que les étoiles du ciel.

C'était le Puy de Dôme, le roi des monts auvergnats, puissant et lourd, et gardant sur sa tête, comme une couronne posée par le plus grand des peuples, les restes d'un temple romain. 

Celui d'aujourd'hui n'avait rien gardé de l'autre, rien, ni le visage, ni les allures, rien, car son image première avait passé peu à peu, jour après jour,par toutes les lentes modifications que subit dans un esprit un être aperçu qui devient un être connu, puis un être familier, un être aimé. On prend possession de lui heure par heure, sans s'en douter, on prend possession de ses traits, de ses mouvements, de ses attitudes, de sa personne physique et de sa personne morale. Il entre entre vous, dans le regard et dans le cœur ,par sa voix , par tous ses gestes, par ce qu'il dit et par ce qu'il pense.On l'absorbe, on le comprend, on le devine dans toutes les intentions de son sourire et de sa parole; il semble enfin qu'il vous appartienne tout entier, tant on aime inconsciemment encore tout ce qui est de lui et tout ce qui vient de lui. (p 84)

Les dames Paille, la mère et la fille, veuves toutes les deux, fortes du devant et du derrière : "Vous voyez bien, disait Gontran, qu'elles ont mangé leurs maris, ce qui leur a fait mal à l'estomac".

— Ah ! vous ne comprenez pas, vous autres, comme c'est amusant, les affaires, non pas les affaires des marchands ou des commerçants, mais les grandes affaires, les nôtres ! Oui, mon cher, quand on les entend bien, cela résume tout ce qu'ont aimé les hommes, c'est en même temps la politique, la guerre, la diplomatie, tout, tout ! il faut toujours chercher, trouver, inventer, tout comprendre, tout prévoir, tout combiner, tout oser. Le grand combat, aujourd'hui, c'est avec l'argent qu'on le livre. Moi, je vois les pièces de cent sous comme de petits troupiers en culotte rouge, les pièces de vingt francs comme des lieutenants bien luisants, les billets de cent francs comme des capitaines, et ceux de mille comme des généraux. Et je me bats, sacrebleu ! je me bats du matin au soir contre tout le monde, avec tout le monde. Et c'est vivre, cela, c'est vivre largement, comme vivaient les puissants de jadis. Nous sommes les puissants d'aujourd'hui, voilà, les vrais, les seuls puissants ! Tenez, regardez ce village, ce pauvre village ! J'en ferai une ville, moi, une ville blanche, pleine de grands hôtels qui seront pleins de monde, avec des ascenseurs, des domestiques, des voitures, une foule de riches servie par une foule de pauvres ; et tout cela parce qu'il m'aura plu, un soir, de me battre avec Royat, qui est à droite, avec Châtel-Guyon, qui est à gauche, avec le Mont-Dore, La Bourboule, Châteauneuf, Saint- Nectaire, qui sont derrière nous, avec Vichy, qui est en face !

Elle ne comprenait pas qu'il était, cet homme, de la race des amants, et non point de la race des pères. Depuis qu'il la savait enceinte, il s'éloignait d'elle et se dégoûtait d'elle, malgré lui. Il avait souvent répété, jadis, qu'une femme n'est plus digne d'amour qui a fait fonction de reproductrice. Ce qui l'exaltait dans la tendresse, c'était cet envolement de deux cœurs vers un idéal inaccessible, cet enlacement de deux âmes qui sont immatérielles, c'était tout le factice et l'irréalisable mis par les poètes dans la passion. Dans la femme physique, il adorait la Vénus dont le flanc sacré devait conserver toujours la forme pure de la stérilité. L'idée d'un petit être né de lui, larve humaine agitée dans ce corps souillé par elle et enlaidi déjà, lui inspirait une répulsion presque invincible. La maternité faisait une bête de cette femme. Elle n'était plus la créature d'exception, adorée et rêvée, mais l'animal qui reproduit sa race. Et même un dégoût matériel se mêlait en lui à ces répugnances de l'esprit.

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Critiques de Mont-Oriol : avis de lecteurs (17)


  • Critique de Mont-Oriol par spleen (Babelio)

    Intriguée par les bonnes critiques des romans ou nouvelles de Maupassant, j'ai passé outre mon à priori concernant cet écrivain, classé, à tort dans la catégorie "scolaire"... Mon choix s'est porté s....

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    Par spleen - publiée le 05/08/2013

  • Critique de Mont-Oriol par Ahessia (Babelio)

    J'ai lu ce livre dans le cadre d'une lecture obligatoire en classe de 2nde. Le Mont-Oriol est le livre le moins connu de Maupassant, pourtant il est extraordinaire ! Il m'a beaucoup plu (contrairemen...

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    Par Ahessia - publiée le 21/06/2014

  • Critique de Mont-Oriol par ladyoga (Babelio)

    Mont-Oriol de Maupassant est paru en 1886 et a été écrit après Bel-ami. Le cadre est évidemment merveilleux puisqu'il se situe dans ma belle région. Toute la première partie du roman est comme une p...

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    Par ladyoga - publiée le 04/02/2015

  • Critique de Mont-Oriol par cmpf (Babelio)

    Il y a beaucoup dans ce roman sur le thème de l'argent et de la spéculation. C'est une satire sur d'une part la médecine et d'autre part la bourgeoisie. C'est aussi une histoire d'amour. Christi...

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    Par cmpf - publiée le 23/04/2015

  • Critique de Mont-Oriol par LSH (Babelio)

    Sans avoir tout lu de Maupassant, Mont-Oriol m'a semblé sortir du lot car si dans ses autres romans ou nouvelles, les intrigues amoureuses sont présentes et même parfois avec une certaine importance (...

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    Par LSH - publiée le 02/01/2016

  • Critique de Mont-Oriol par sylvaine (Babelio)

    "_ C"est incroyable ces villes d'eau.Ce sont les seuls pays de féerie qui subsistent sur la terre! En deux mois il s'y passe plus de choses que dans le reste de l'univers durant le reste de l'année. O...

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    Par sylvaine - publiée le 09/03/2016

  • Critique de Mont-Oriol par Antoine_B (Babelio)

    Voilà un roman de Maupassant que je ne connaissais pas. Un sujet ma foi pas forcément porteur sur le papier (qui a vraiment une passion dévorante pour le thermalisme ?), mais qui finalement s'inscri...

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    Par Antoine_B - publiée le 03/06/2017

  • Critique de Mont-Oriol par Sophieadk29 (Babelio)

    Un auteur a découvrir ou redécouvrir, et pour ma part une belle découverte. On se transpose facilement dans ce 19ème siècle, ces belles dames et ces beaux messieurs, l'aisance des uns et la pauvreté d...

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    Par Sophieadk29 - publiée le 11/09/2017

  • Critique de Mont-Oriol par Allantvers (Babelio)

    Voilà un Maupassant un peu déroutant à première vue. Il m'a fallu un petit moment pour retrouver mon ami Guy dans ce roman qui débute sur deux jambes, l'une vaudeville champêtre autour de jeunes gens ...

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    Par Allantvers - publiée le 24/10/2017

  • Critique de Mont-Oriol par jujutintin (Babelio)

    Chouette découverte, même si certains passages sont un peu longuets.

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    Par jujutintin - publiée le 19/12/2018

  • Critique de Mont-Oriol par (Babelio)

    Je ne comprends pas le peu d'enthousiasme des lecteurs pour ce roman. C'est un chef-d'oeuve, toute la vie y est résumée; le fric, l'amour, la jalousie, les intrigues etc...

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    Par Babelio - publiée le 24/03/2019

  • Critique de Mont-Oriol par Taraxacum (Babelio)

    Serais-je en train de me réconcilier avec les oeuvres de Maupassant? Complètement traumatisée par Les contes de la bécasse, j'avais classé cet auteur dans ceux qui n'étaient pas pour moi, et voilà qu'a...

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    Par Taraxacum - publiée le 14/08/2019

  • Critique de Mont-Oriol par Clelie22 (Babelio)

    Le marquis de Ravenel prend les eaux dans une station thermale d'Auvergne avec son fils et sa fille lorsqu'une nouvelle source est découverte non loin. Son gendre, riche et habile homme d'affaires, y ...

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    Par Clelie22 - publiée le 15/09/2019

  • Critique de Mont-Oriol par bfauriaux (Babelio)

    Un roman etonnant d'actualité ici sont denoncés la speculation immobiliere et la medecine et ces maux perdurent encore de nos jours;Sous la plume de Maupassant en ressort un roman dense, bien écrit et...

    Lire la critique complète >
    Par bfauriaux - publiée le 27/11/2019

  • Critique de Mont-Oriol par anniealliancebdx (Babelio)

    Vous n'envisagerez plus jamais votre cure thermale de le même façon!!!

    Lire la critique complète >
    Par anniealliancebdx - publiée le 16/01/2020

  • Critique de Mont-Oriol par Bigmammy (Babelio)

    Moins célèbre que Une Vie ou Bel-Ami, Mont-Oriol est le quatrième roman de l'auteur, publié en 1887. Maupassant brosse ici une peinture grinçante de la société bourgeoise de sa « Belle Epoque », une ...

    Lire la critique complète >
    Par Bigmammy - publiée le 15/04/2020

  • Critique de Mont-Oriol par nnb (Babelio)

    Dans mon panthéon littéraire, Maupassant reste le novelliste le plus talentueux et j'adore lire et relire ses contes et nouvelles. Mont-Oriol, son quatrième roman, beaucoup moins connu que ses autres ...

    Lire la critique complète >
    Par nnb - publiée le 06/07/2020
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