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Guy De Maupassant

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Chroniques (2008)

De Guy De Maupassant chez Le Livre De Poche

C’est le besoin d’argent qui, très tôt, pousse le jeune Maupassant, alors employé de ministère, à donner des articles de critique littéraire. Mais il rechigne un peu à se lier à un journal comme à se livrer à une écriture trop hâtive : « Jamais mon nom au bas d’une chronique écrite en moins de deux heures. » Et cependant, après la publication de « Boule de suif » au printemps de 1880 – il a trente ans tout juste –, sa réputation de conteur change la donne : c’est une rémunération d’écrivain reconnu qu’on lui offre et, l’année suivante, une soixantaine de chroniques paraissent dans Le Gaulois . D’autres journaux accueilleront aussi sa signature jusqu’à ce que, en 1887, il décide de pleinement se consacrer à ses derniers livres. Mais il aura écrit près de deux cent cinquante chroniques, dont le présent volume offre une anthologie ordonnée selon quatre grands thèmes : société et politique, mœurs du jour, flâneries et voyages, lettres et arts. Ainsi se dessine un témoignage capital sur son époque, mais ainsi se construit aussi une part de son œuvre qu’on ne saurait négliger : dans les journaux, les chroniques alternent avec les contes ou les nouvelles, et des parentés de structure ou de thèmes ne manquent pas d’apparaître au point que l’on hésite à faire de tel texte une nouvelle plutôt qu’une chronique. Assurément, l’unité est ici celle d’un monde et d’une époque : mais c’est aussi bien celle que leur imposent le regard et la plume d’un homme qui a pu se dire « acteur et spectateur de lui-même et des autres ». Textes choisis, présentés et annotés par Henri Mitterand.

Paru le 05-11-2008 - Format : Poche - 1760 pages - 19 x 11 x 0 cm - 870 g - ISBN 10 : 2253131334 - ISBN 13 : 9782253131335

Collection : Pochothèque

Tags : 19ème siècle, littérature francophone, littérature française, science, voyages, politique, alcool, bourgeoisie, vin, critique littéraire, témoignage, nouvelles, chroniques, journalisme, journal.

Citations de Chroniques (4)

En une seconde nous sommes partis. On ne sent rien ; on flotte, on monte, on vole, on plane. Nos amis crient et applaudissent, nous ne les entendons presque plus ; nous ne les voyons qu'à peine. Nous sommes déjà si loin ! si haut ! Quoi ! nous venons de quitter ces gens là-bas ? Est-ce possible ? Sous nous maintenant, Paris s'étale, une plaque sombre bleuâtre, hachée par les rues, et d'où s'élancent de place en place, des dômes, des tours, des flèches ; puis, tout autour, la plaine, la terre que découpent les routes longues, minces et blanches au milieu des champs verts, d'un vert tendre ou foncé, et des bois presque noirs. La Seine semble un gros serpent roulé, couché immobile, dont on n'aperçoit ni la tête ni la queue ; elle vient de là-bas, elle s'en va là-bas, en traversant Paris, et la terre entière a l'air d'une immense cuvette de prés et de forêts qu'enferme à l'horizon une montagne basse, lointaine et circulaire. Le soleil qu'on n'apercevait plus d'en bas reparaît pour nous, comme s'il se levait de nouveau, et notre ballon lui-même s'allume dans cette clarté ; il doit paraître un astre à ceux qui nous regardent. M. Mallet, de seconde en seconde, jette dans le vide une feuille de papier à cigarettes et dit tranquillement : "Nous montons, nous montons toujours", tandis que le capitaine Jovis, rayonnant de joie, se frotte les mains en répétant : "Hein ? ce vernis, hein ! ce vernis," On ne peut, en effet, apprécier les montées et les descentes qu'en jetant de temps en temps une feuille de papier à cigarettes. Si ce papier, qui demeure, en réalité, suspendu dans l'air, semble tomber comme une pierre, c'est que le ballon monte ; s'il semble au contraire s'envoler au ciel, c'est que le ballon descend. Les deux baromètres indiquent cinq cents mètres environ, et nous regardons, avec une admiration enthousiaste, cette terre que nous quittons, à laquelle nous ne tenons plus par rien et qui a l'air d'une carte de géographie peinte, d'un plan démesuré de province. Toutes ses rumeurs cependant nous arrivent distinctes, étrangement reconnaissables. On entend surtout le bruit des roues sur les routes, le claquement des fouets, le "hue" des charretiers, le roulement et le sifflement des trains, et les rires des gamins qui courent et jouent sur les places. Chaque fois que nous passons sur un village, ce sont des clameurs enfantines qui dominent tout et montent dans le ciel avec le plus d'acuité.

Puis-je commettre une indiscrétion? L'éminent géographe M. Liénard prépare avec M. Jovis une des attractions futures et certaines de l'Exposition universelle. De la nacelle d'un ballon, élevée seulement de 12 mètres au-dessus du sol, on pourra voir sous ses pieds Paris, avec tous ses monuments, ses rues, ses environs, et le coeur même de la France jusqu'à la mer, jusqu'au Havre, car l'effet d'optique de cet étonnant panorama en relief, d'une exactitude absolue, sera obtenu d'une hauteur fictive de 2500 mètre.En terminant, lisons seulement un article des statuts de cette Société qui a pour président M. Delpeut, et qui compte parmi ses membres décédés (je ne veux parler que des morts) Gambetta, VIctor Hugo, Dupuy de Lôme, Henry Giffard, le général Farre, le vice-amiral Gougeard et Paul Bert. Lisons, dis-je, l'article 3 de ses statuts: "L'Union aéronautique de France, avec son matériel et son personnel, se tient constamment, à toute réquisition, à la disposition de l'Etat et en particulier du ministère de la Guerre, pour toutes les missions ou études qui paraîtront nécessaires.""Samedi 9 juillet 1887

Honte aux attardés, aux gens qui ne sont pas de leur siècle !L'humanité est toujours divisée en deux classes, celle qui tire en avant et celle qui tire en arrière. Les uns quelquefois vont trop vite ; mais les autres n'aspirent qu'à reculer, et ils arrêtent les premiers, ils retardent la pensée, entravent la science, ralentissent la marche sacrée des connaissances humaines.Et ils sont nombreux, ces ankylosés, ces pétrifiés, ces empêcheurs de sonder les mystères du monde : vieux messieurs et vieilles dames bardés de morale enfantine, de religion aveugle et niaise, de principes grotesques, gens d'ordre de la race des tortues, procréateurs de tous ces jeunes élégants à cervelle d'oiseau, sifflant les mêmes airs de père en fils, pour qui toute l'imagination consiste à distinguer ce qui est chic de ce qui ne l'est pas. Un assassin, un soldat traître, tout criminel, quelque monstrueux qu'il soit me semble moins odieux, est moins mon ennemi naturel, instinctif, que ces retardataires à courte vue, qui jettent entre les jambes des coureurs en avant leurs préjugés antiques, les doctrines surannées de nos aïeux, la litanie des sottises légendaires, des sottises indéracinables, qu'ils répètent comme une prière.Marchons en avant, toujours en avant, démolissons les croyances fausses, abattons les traditions encombrantes, renversons les doctrines séculaires sans nous occuper des ruines.

Dès lors que je sens un plaidoyer dans une œuvre, je me mets en garde ; dès lors qu'un écrivain cesse d'être un artiste, rien qu'un artiste, pour devenir un polémiste, je cesse de le suivre, m'estimant assez grand pour penser tout seul, et ne voulant de lui que l'œuvre d'art.


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