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Guy De Maupassant

Livres de Guy De Maupassant

Citations de Guy De Maupassant (302)

Le meilleur âge pour se marier c'est 23 ans, parce que tu connais ton mari depuis au moins 10 ans.

– Maria

S'entraîner toute une vie pour garder la forme, c'est de la foutaise, car mourir en santé : quel gaspillage !

– Santa

Le Parisien adore qu’on lui dise que sa vie n’est pas une vie. Il se flatte de son endurance.

– Parisiennes / ces femmes qui ont inspiré les rues de Paris

Le méchant est comme les mouches qui ne s’arrête qu’aux plaies.

– Méchants

Les hommes, en général, prétendaient que la passion, comme les maladies, peut frapper plusieurs fois le même être, et le frapper à le tuer si quelque obstacle se dresse devant lui. Bien que cette manière devoir ne fût pas contestable, les femmes, dont l'opinion s'appuyait sur la poésie bien plus que sur l'observation, affirmaient que l'amour, l'amour vrai, le grand amour, ne pouvait tomber qu'une seule fois sur un mortel, qu'il était semblable à la foudre, cet amour, et qu'un cœur touché par lui demeurait ensuite tellement vidé, ravagé, incendié, qu'aucun autre sentiment puissant, même aucun rêve, n'y pouvait germer de nouveau.

– La parure / et autres nouvelles réalistes

Il y a une interrogation constante pour les femmes écrivains : est-il préférable d’avoir une vie heureuse ou un stock d’intrigues tragiques ?

– Une Vie

Tu ne te rends donc pas compte jusqu'à quel point nous menons une vie médiocre ? Que vaut la vie si elle est maintenue jour après jour par des concessions, des compromis, des lâchetés ?

– Une Vie

Une vie réussie est un acte de foi perpétuellement renouvelé. De foi en soi d'abord...

– Une Vie

Un moment de patience peut préserver de grands malheurs, un moment d'impatience, détruire toute une vie.

– Une Vie

Une vie sans amour, c'est comme une phrase sans ponctuation.

– Une Vie

Une vie, c'est autant d'enfances qu'il y a de journées.

– Une Vie

Une vie usée aux coude l'amour la retourne et elle peut encore servir.

– Une Vie

Il faut vivre toute une vie pour découvrir combien elle est courte.

– Une Vie

Un grand amour ne gêne pas une vie, une action, il l'éclaire.

– Une Vie

La simplicité suffit pour mener une vie pauvre.

– Une Vie

L'oeil. En lui, il y a l'âme, il y a l'homme qui pense, l'homme qui aime, l'homme qui rit, l'homme qui souffre !

– Le Horla / et autres contes fantastiques

— Ah ! vous ne comprenez pas, vous autres, comme c'est amusant, les affaires, non pas les affaires des marchands ou des commerçants, mais les grandes affaires, les nôtres ! Oui, mon cher, quand on les entend bien, cela résume tout ce qu'ont aimé les hommes, c'est en même temps la politique, la guerre, la diplomatie, tout, tout ! il faut toujours chercher, trouver, inventer, tout comprendre, tout prévoir, tout combiner, tout oser. Le grand combat, aujourd'hui, c'est avec l'argent qu'on le livre. Moi, je vois les pièces de cent sous comme de petits troupiers en culotte rouge, les pièces de vingt francs comme des lieutenants bien luisants, les billets de cent francs comme des capitaines, et ceux de mille comme des généraux. Et je me bats, sacrebleu ! je me bats du matin au soir contre tout le monde, avec tout le monde. Et c'est vivre, cela, c'est vivre largement, comme vivaient les puissants de jadis. Nous sommes les puissants d'aujourd'hui, voilà, les vrais, les seuls puissants ! Tenez, regardez ce village, ce pauvre village ! J'en ferai une ville, moi, une ville blanche, pleine de grands hôtels qui seront pleins de monde, avec des ascenseurs, des domestiques, des voitures, une foule de riches servie par une foule de pauvres ; et tout cela parce qu'il m'aura plu, un soir, de me battre avec Royat, qui est à droite, avec Châtel-Guyon, qui est à gauche, avec le Mont-Dore, La Bourboule, Châteauneuf, Saint- Nectaire, qui sont derrière nous, avec Vichy, qui est en face !

– Mont-Oriol

Elle ne comprenait pas qu'il était, cet homme, de la race des amants, et non point de la race des pères. Depuis qu'il la savait enceinte, il s'éloignait d'elle et se dégoûtait d'elle, malgré lui. Il avait souvent répété, jadis, qu'une femme n'est plus digne d'amour qui a fait fonction de reproductrice. Ce qui l'exaltait dans la tendresse, c'était cet envolement de deux cœurs vers un idéal inaccessible, cet enlacement de deux âmes qui sont immatérielles, c'était tout le factice et l'irréalisable mis par les poètes dans la passion. Dans la femme physique, il adorait la Vénus dont le flanc sacré devait conserver toujours la forme pure de la stérilité. L'idée d'un petit être né de lui, larve humaine agitée dans ce corps souillé par elle et enlaidi déjà, lui inspirait une répulsion presque invincible. La maternité faisait une bête de cette femme. Elle n'était plus la créature d'exception, adorée et rêvée, mais l'animal qui reproduit sa race. Et même un dégoût matériel se mêlait en lui à ces répugnances de l'esprit.

– Mont-Oriol

Une vie... Quelques jours et puis plus rien.

– Une vie

Une vie ! Quelques jours, et puis plus rien !

– Une vie

Tenez, j'sens bien que je ferai mieux de n'pas rester ici, parce que j'vous le reprocherais du matin au soir, et que j'vous ferais une vie d'misère. Ca, voyez-vous, j'vous l'pardonnerai jamais !

– Aux champs / et autres nouvelles

Le mariage est une loterie , il ne faut jamais choisir les numéros , ceux du hasard sont les meilleurs .

– Aux champs / et autres nouvelles

Alors le père Tuvache articula d'un ton coléreux:"Vas-tu pas nous r'procher d't'avoir gardé?"

– Aux champs / et autres nouvelles

Le mariage est une loterie; il ne faut jamais choisir les numéros, ceux de hasard sont les meilleurs.

– Aux champs / et autres nouvelles

" J'tai pas vendu, mé, j't'ai pas vendu mon p'tiot. J'vends pas m's éfants, mé. J'sieus pas riche, mais vends pas m's éfants. "

– Aux champs / et autres nouvelles

Mais alors, en son coeur si longtemps meurtri, se leva, comme une aurore, un amour inconnu pour ce petit être chétif qu'elle avait laissé là-bas; et cet amour même était une souffrance nouvelle, une souffrance de toutes les heures, de toutes les minutes.

– Aux champs / et autres nouvelles

Les deux paysans besognaient dur sur la terre inféconde pour élever leurs enfants .

– Aux champs / et autres nouvelles

Il faut que je les embrasse ! Comme je voudrais en avoir un celui-là , le tout petit

– Aux champs / et autres nouvelles

Il y a des idées qui entrent en nous, nous rongent, nous tuent, nous rendent fou, quand nous ne savons pas leur résister.

– Aux champs / et autres nouvelles

La Sicile a eu le bonheur d'être possédée, tour à tour, par des peuples féconds, venus tantôt du Nord et tantôt du Sud, qui ont couvert son territoire d'oeuvres infiniment diverses, où se mêlent, d'une façon inattendue et charmante, les influences les plus contraires.

– La Sicile

La maison Tellier :La maison était familiale, toute petite, peinte en jaune, à l'encoignure d'une rue derrière l'église Saint-Étienne ; et, par les fenêtres, on apercevait le bassin plein de navires qu'on déchargeait, le grand marais salant appelé “Retenue” et, derrière, la côte de la Vierge avec sa vieille chapelle toute grise.

– Les Prostituées

La maison Tellier :En un clin d'œil la nouvelle se répandit, on ne sait comment, on ne sait par qui M. Philippe, le fils du banquier, poussa même la complaisance jusqu'à prévenir par un exprès M. Tournevau emprisonné dans sa famille. Le saleur avait justement chaque dimanche plusieurs cousins à dîner, et l'on prenait le café quand un homme se présenta avec une lettre à la main M. Tournevau, très ému, rompit l'enveloppe et devint pâle : il n'y avait que ces mots tracés au crayon : “Chargement de morues retrouvé ; navire entré au port ; bonne affaire pour vous. Venez vite. “Il fouilla dans ses poches, donna vingt centimes au porteur, et rougissant soudain jusqu'aux oreilles : “Il faut, dit-il, que je sorte.” Et il tendit à sa femme le billet laconique et mystérieux.

– Les Prostituées

Des commandements criés d'une voix inconnue et gutturale montaient le long des maisons... tandis que derrière les volets fermés, des yeux guettaient ces hommes victorieux, maîtres de la cité, des fortunes et des vies par le "droit de guerre". Les habitants dans leurs chambres assombries, avaient l'affolement que donnent les cataclysmes, les grands bouleversements meurtriers de la terre, contre lesquels toute sagesse et toute force sont inutiles. Car la même sensation reparaît chaque fois que l'ordre établi des choses est renversé, que la sécurité n'existe plus, que tout ce que protégeaint les lois des hommes ou de la nature se trouve à la merci d'une brutalité inconsciente et féroce... l'armée glorieuse massacrant ceux qui se défendent, ... pillant au nom du Sabre et remerciant un Dieu au son du canon, sont autant de fléaux effrayants qui déconcertent toute croyance à la justice éternelle, toute la confiance qu'on nous enseigne en la protection du ciel et la raison de l'homme.

– Les Prostituées

C'était, en vérité, une de ces exaltées à principes, une de ces puritaines opiniâtres comme l'Angleterre en produit tant, une de ces vieilles et bonnes filles insupportables qui hantent toutes les tables d'hôte de l'Europe, gâtent l'Italie, empoisonnent la Suisse, rendent inhabitables les villes de la Méditerranée, apportent partout leurs manies bizarres, leurs mœurs de vestales pétrifiées, leurs toilettes indescriptibles et une certaine odeur de caoutchouc qui ferait croire qu'on les glisse, la nuit, dans un étui.

– Miss Harriet

C'était, en vérité, une de ces exaltées à principes, une de ces puritaines opiniâtres comme l'Angleterre en produit tant, une de ces vieilles et bonnes filles insupportables qui hantent toutes les tables d'hôte de l'Europe, gâtent l'Italie, empoisonnent la Suisse, rendent inhabitables les villes charmantes de la Méditerranée, apportent partout leurs manies bizarres, leurs mœurs de vestales pétrifiées, leurs toilettes indescriptibles et une certaine odeur de caoutchouc qui ferait croire qu'on les glisse, la nuit, dans un étui.Quand j'en apercevais une dans un hôtel, je me sauvais comme les oiseaux qui voient un mannequin dans un champ.Celle-là cependant me paraissait tellement singulière qu'elle ne me déplaisait point.

– Miss Harriet

C'était un soir tiède, amolli, un de ces soirs de bien-être où la chair et l'esprit sont heureux. Tout est jouissance et tout est charme. L'air tiède, embaumé, plein de senteurs d'herbes et de senteurs d'algues, caresse l'odorat de son parfum sauvage, caresse le palais de sa saveur marine, caresse l'esprit de sa douceur pénétrante. Nous allions maintenant au bord de l'abîme, au-dessus de la vaste mer qui roulait, à cent mètres sous nous, ses petits flots. Et nous buvions, la bouche ouverte et la poitrine dilatée, ce souffle frais qui avait passé l'Océan et qui nous glissait sur la peau, lent et salé par le long baiser des vagues.

– Miss Harriet

Pauvres êtres solitaires, errants et tristes des tables d'hôte, pauvres êtres ridicules et lamentables, je vous aime depuis que j'ai connu celui-là !

– Miss Harriet

je lui pris les mains par un mouvement d'affection brusque, un vrai mouvement de Français qui agit plus vite qu'il ne pense.

– Miss Harriet

On s'assied au bord d'une source qui sort au pied d'un chêne, au milieu d'une chevelure d'herbes frêles, hautes, luisantes de vie. On s'agenouille, on se penche, on boit cette eau froide et transparente…On est gai sur la colline, mélancolique au bord des étangs, exalté lorsque le soleil se noie dans un océan de nuages sanglants et qu'il jette aux rivières des reflets rouges. Et, le soir, sous la lune qui passe au fond du ciel, on songe à mille choses singulières qui ne vous viendraient point à l'esprit sous la brûlante clarté du jour.

– Miss Harriet

Le soleil, montant au ciel, versait sur la côte une pluie de feu; c'était vers la fin de mai, et des odeurs délicieuses voltigeaient, pénétraient dans les wagons dont les vitres demeuraient baissées. Les orangers et les citronniers en fleur, exhalant dans le ciel tranquille leurs parfums sucrés, si doux, si forts, si troublants, les mêlaient au souffle des roses poussées partout comme des herbes, le long de la voie, dans les riches jardins, devant les portes des masures et dans la campagne aussi.Elles sont chez elles, sur cette côte, les roses ! Elles emplissent le pays de leur arôme puissant et léger, elles font de l'air une friandise.

– Miss Harriet

Là-bas, là-bas, à la limite de la vue, un trois-mâts couvert de voiles dessinait sa silhouette sur le ciel enflammé, et un vapeur, plus proche, passait en déroulant sa fumée qui laissait derrière lui un nuage sans fin traversant tout l'horizon.Le globe rouge descendait toujours, lentement. Et bientôt il toucha l'eau, juste derrière le navire immobile qui apparut comme dans un cadre de fer, au milieu de l'astre éclatant. Il s'enfonçait peu à peu, dévoré par l'océan. On le voyait plonger, diminuer, disparaître. C'était fini. Seul le petit bâtiment montrait toujours son profil découpé sur le fond d'or du ciel lointain.

– Miss Harriet

C'était l'automne. Des deux côtés du chemin les champs dénudés s'étendaient, jaunis par le pied court des avoines et des blés fauchés qui couvraient le sol comme une barbe mal rasée. La terre embrumée semblait fumer. Des alouettes chantaient en l'air, d'autres oiseaux pépiaient dans les buissons.Le soleil enfin se leva devant nous, tout rouge au bord de l'horizon ; et, à mesure qu'il montait, plus clair de minute en minute, la campagne paraissait s'éveiller, sourire, se secouer et ôter sa chemise de vapeurs blanches.

– Miss Harriet

C'était par un jour de grand vent. Toute la ligne des arbres se courbait sous les rafales, gémissait, semblait pousser des cris, de ces cris sourds, profonds, que les forêts jettent dans les tempêtes.Les feuilles arrachées, jaunes déjà, s'envolaient comme des oiseaux, tourbillonnaient, tombaient puis couraient tout le long de l'allée, ainsi que des bêtes rapides.Le soir venait. Il faisait sombre dans les fourrés. Cette agitation du vent et des branches m'excitait, me faisait galoper comme un fou, et hurler pour imiter les loups.

– Miss Harriet

Alors l'écrivain, qui venait de jeter son pardessus sur son bras, s'approcha."L'homme, dit-il, qui découvrirait un vice nouveau, et l'offrirait à ses semblables, dût-il abréger de moitié leur vie, rendrait un plus grand service à l'humanité que celui qui trouverait le moyen d'assurer l'éternelle santé et l'éternelle jeunesse."

– Le Horla / et autres histoires étranges

14 juillet. - Fête de la République. Je me suis promené par les rues. Les pétards et les drapeaux m'amusaient comme un enfant. C'est pourtant fort bête d'être joyeux, à date fixe, par décret du gouvernement. Le peuple est un troupeau imbécile, tantôt stupidement patient et tantôt férocement révolté. On lui dit : "Amuse-toi.". Il s'amuse. On lui dit : "Va te battre avec le voisin." Il va se battre. On lui dit : " Vote pour l'Empereur." Il vote pour l'Empereur. Puis, on lui dit : "Vote pour la République." Et il vote pour la République.

– Le Horla / et autres histoires étranges

Un être nouveau! pourquoi pas? Il devait venir assurément! pourquoi serions-nous les derniers! Nous ne le distinguons point, ainsi que tous les autres créés avant nous? C'est que sa nature est plus parfaite, son corps plus fin et plus fini que le nôtre, que le nôtre si faible, si maladroitement conçu, encombré d'organes toujours fatigués, toujours forcés comme des ressorts trop complexes, que le nôtre, qui vit comme une plante et comme une bête, en se nourrissant péniblement d'air, d'herbe et de viande, machine animale en proie aux maladies, aux déformations, aux putréfactions, poussive, mal réglée, naïve et bizarre, ingénieusement mal faite, oeuvre grossière et délicate, ébauche d'être qui pourrait devenir intelligent et superbe.

– Le Horla / et autres histoires étranges

On sentait cet homme ravagé, rongé par sa pensée, par une Pensée, comme un fruit par un ver. Sa Folie, son idée était là, dans cette tête, obstinée, harcelante, dévorante. Elle mangeait le corps peu à peu. Elle, l'Invisible, l'Impalpable, l'Insaisissable, l'Immatérielle Idée minait la chair, buvait le sang, éteignait la vie. Quel mystère que cet homme tué par un Songe !

– Le Horla / et autres histoires étranges

Voir loin, c'est voir dans le passé

– Bel-Ami

Cette salade de société

– Bel-Ami

Entre le désir et l'action, monsieur, il y a place pour le respect.(Ce cochon de Morin)

– Contes de la bécasse

La nuit vint deux heures plus tôt, tant le ciel était sombre. J'avais pour guide un paysan qui marchait à mon côté, par un tout petit chemin, sous une voûte de sapins dont le vent déchaîné tirait des hurlements. Entre les cimes, je voyais courir les nuages en déroute, des nuages éperdus qui semblaient fuir devant une épouvante. Parfois, sous une immense rafale, toute la forêt s'inclinait dans le même sens avec un gémissement de souffrance ; et le froid m'envahissait, malgré mon pas rapide et mon lourd vêtement. Mon guide, par moments, levait les yeux et murmurait : « Triste temps ! » Les ténèbres étaient profondes. Je ne voyais rien autour de moi et toutes les branches entrechoquées emplissaient la nuit d'une rumeur incessante.

– Contes de la bécasse

Elle rit plus fort, toutes les dents au vent : «Entre le désir et l'action, monsieur, il y a place pour le respect.»

– Contes de la bécasse

On n'a vraiment peur que de ce qu'on ne comprend pas.

– Contes de la bécasse

Ma mère, Mme de Courlis, était une pauvre petite femme timide, que son mari avait épousé pour sa fortune. Toute sa vie fut un martyre. D'âme aimante, craintive, délicate, elle fut rudoyée sans répit par celui qui aurait du être mon père, un de ces rustres qu'on appelle des gentilshommes campagnards. Au bout d'un mois de mariage, il vivait avec une servante. Il eut en outre pour maîtresses les femmes et filles de ses fermiers ; ce qui ne l'empêcha point d'avoir deux enfants de sa femme ; on devrait compter trois, en me comprenant. Ma mère ne disait rien ; elle vivait dans cette maison toujours bruyante comme ces petites souris qui glissent sous les meubles. Effacée, disparue, frémissante, elle regardait les gens de ses yeux inquiets et clairs, toujours mobiles, des yeux d'être effaré que la peur ne quitte pas.(Dans "Le testament")

– Contes de la bécasse

Elles allaient à grands pas, comme des maraudeuses, à travers la plaine. Bientôt elles aperçurent la marnière et l'atteignirent, Mme Lefèvre se pencha pour écouter si aucune bête ne gémissait. - Non - il n'y en avait pas; Pierrot serait seul. Alors Rose qui pleurait, l'embrassa, puis le lança dans le trou; et elles se penchèrent toutes deux, l'oreille tendue.Elles entendirent d'abord un bruit sourd; puis la plainte aiguë, déchirante, d'une bête blessée, puis une succession de petits cris de douleur, puis des appels désespérés, des supplications de chien qui implorait, la tête levée vers l'ouverture.Il jappait, oh ! il jappait !

– Contes de la bécasse

Et soudain je compris, je devinais tout. Ils [les soldats prussiens] l'avaient abandonnée [une vieille folle] sur ce matelas, dans la forêt froide et déserte ; et, fidèle à son idée fixe, elle s'était laissée mourir sous l'épais et léger duvet des neiges et sans remuer le bras ou la jambe.Puis les loups l'avaient dévorée.Et les oiseaux avaient fait leur nid avec la laine de son lit déchiré.J'ai gardé ce triste ossement. Et je fais vœux pour que nos fils ne voient plus jamais de guerre.

– Contes de la bécasse

Quand la mort est entrée une fois dans une maison, elle y revient presque toujours immédiatement, comme si elle connaissait la porte.

– Contes de la bécasse

L'automne, l'automne merveilleux, mêlait son or et sa pourpre aux dernières verdures restées vives, comme si des gouttes de soleil fondu avaient coulé du ciel dans l'épaisseur du bois.

– Contes de la bécasse

Il en est des amoureux comme des ivrognes. Qui a bu boira - qui a aimé aimera. C'est une affaire de tempérament, cela.( "La rempailleuse")

– Contes de la bécasse

Qu'ont-ils donc fait pour prouver même un peu d'intelligence, les hommes de guerre ? Rien. Qu'ont-ils inventé ? Des canons et des fusils. Voilà tout.L'inventeur de la brouette n'a-t-il pas plus fait pour l'homme, par cette simple et pratique idée d'ajuster une roue à deux bâtons, que l'inventeur des fortifications modernes ?

– Sur l'eau

Raymond affirme que nous aurons vent d'est, Bernard tient toujours pour l'ouest et me conseille de changer d'allure et de marcher tribord amures sur le Drammont qui se dresse au loin. Je suis aussitôt son avis et, sous la lente poussée d'une brise agonisante, nous nous rapprochons de l'Esterel. La longue côte tombe dans l'eau bleue qu'elle fait paraître violette. Elle est bizarre, hérissée, jolie, avec des pointes, des golfes innombrables, des rochers capricieux et coquets, mille fantaisies de montagne admirée.

– Sur l'eau

J'aime cette heure froide et légère du matin, lorsque l'homme dort encore et que s'éveille la terre. L'air est plein de frissons mystérieux que ne connaissent point les attardés du lit.

– Sur l'eau

Si on pouvait ouvrir les esprits comme on lève le couvercle d'une casserole, on trouverait des chiffres dans la tête d'un mathématicien, des silhouettes d'acteurs gesticulant et déclamant dans la tête d'un dramaturge, la figure d'une femme dans la tête d'un amoureux, des images paillardes dans celle d'un débauché, des vers dans la cervelle d'un poète, mais dans le crâne des gens qui viennent à Cannes on trouverait des couronnes de tous les modèles, nageant comme les pâtes dans un potage.Des homme se réunissent dans les tripots parce qu'ils aiment les cartes, d'autres dans les champs de courses parce qu'ils aiment les chevaux. On se réunit à Cannes parce qu'on aime les Altesses Impériales et Royales.Elles y sont chez elles, y règnent paisiblement dans les salons fidèles à défaut des royaumes dont on les a privées.On en rencontre de grandes et de petites, de pauvres et de riches, de tristes et de gaies, pour tous les goûts. En général elles sont modestes, cherchent à plaire et apportent dans leurs relations avec les humbles mortels une délicatesse et une affabilité qu'on ne retrouve presque jamais chez nos députés, ces princes du pot aux votes.Mais si les princes, les pauvres princes errants, sans budgets ni sujets, qui viennent vivre en bourgeois dans cette ville élégante et fleurie, s'y montrent simples et ne donnent point à rire, même aux irrespectueux, il n'en est pas de même des amateurs d'Altesses.Ceux-là tournent autour de leurs idoles avec un empressement religieux et comique, et, dès qu'ils sont privés d'une, se mettent à la recherche d'une autre, comme si leur bouche ne pouvait s'ouvrir que pour prononcer "Monseigneur" ou "Madame" à la troisième personne.

– Sur l'eau

Mais de temps en temps on rencontre un pauvre être décharné qui se traîne d'un pas accablé, appuyé au bras d'une mère, d'un frère ou d'une sœur. Ils toussent et halètent ces misérables, enveloppés de châles malgré la chaleur, et nous regardent passer avec des yeux profonds, désespérés et méchants.Ils souffrent, ils meurent, car ce pays ravissant et tiède, c'est aussi l'hôpital du monde et le cimetière fleuri de l'Europe aristocrate.L'affreux mal qui ne pardonne guère et qu'on nomme aujourd'hui la tuberculose, le mal qui ronge, brûle et détruit par milliers les hommes, semble avoir choisi cette côte pour y achever ses victimes.Comme de tous les coins du monde on doit la maudire, cette terre charmante et redoutable, antichambre de la mort, parfumée et douce, où tant de familles humbles et royales, princières et bourgeoises ont laissé quelqu'un, presque toutes un enfant en qui germaient leurs espérances et s'épanouissaient leurs tendresses.Je me rappelle Menton, la plus chaude, la plus saine de ces villes d'hiver. De même que dans les cités guerrières on voit les forteresses debout sur les hauteurs environnantes, ainsi de cette plage d'agonisants on aperçoit le cimetière, au sommet d'un monticule.Quel lieu ce serait pour vivre, ce jardin où dorment les morts ! Des roses, des roses, partout des roses. Elles sont sanglantes, ou pâles, ou blanches, ou veinées de filets écarlates. Les tombes, les allées, les places vides encore et remplies demain, tout en est couvert. Leur parfum violent étourdit, fait vaciller les têtes et les jambes.Et tous ceux qui sont couchés là avaient seize ans, dix-huit ans, vingt ans.

– Sur l'eau

J'aime le ciel comme un oiseau, les forêts comme un loup rôdeur, les rochers comme un chamois, l'herbe profonde pour m'y rouler, pour un courir comme un cheval, et l'eau limpide pour y nager comme un poisson. Je sens frémir en moi quelque chose de toutes les espèces d'animaux, de tous les instincts, de tous les désirs confus des créatures inférieures. J'aime la terre comme elle et non comme vous, les hommes, je l'aime sans l'admirer, sans la poétiser, sans m'exalter. J'aime d'un amour bestial et profond, méprisable et sacré, tout ce qui vit, tout ce qui pousse, tout ce qu'on voit, car tout cela, laissant calme mon esprit, trouble mes yeux et mon cœur, tout : les jours, les nuits, les fleuves, les mers, les tempêtes, les bois, les aurores, le regard et la chair des femmes.

– Sur l'eau

C'est le calme, le calme doux et chaud d'un matin de printemps dans le midi ; et déjà, il me semble que j'ai quitté depuis des semaines, depuis des mois, depuis des années les gens qui parlent et qui s'agitent ; je sens entrer en moi l'ivresse d'être seul, l'ivresse douce du repos que rien ne troublera, ni la lettre blanche, ni la dépêche bleue, ni le timbre de ma porte, ni l'aboiement de mon chien. On ne peut m'appeler, m'inviter, m'emmener, m'opprimer avec des sourires, me harceler de politesses. Je suis seul, vraiment seul, vraiment libre. Elle court, la fumée du train sur le rivage ! Moi je flotte dans un logis ailé qui se balance, joli comme un oiseau, petit comme un nid, plus doux qu'un hamac et qui erre sur l'eau, au gré du vent, sans tenir à rien. J'ai pour me servir et me promener deux matelots qui m'obéissent, quelques livres à lire et des vivres pour quinze jours. Quinze jours sans parler, quelle joie !

– Sur l'eau

De toute la côte du Midi, c'est ce coin que j'aime le plus. Je l'aime comme si j'y étais né, comme si j'y avais grandi, parce qu'il est sauvage et coloré, que le Parisien, l'Anglais, l'Américain, l'homme du monde et le rastaquouère ne l'ont pas encore empoisonné.

– Sur l'eau

J'aime le ciel comme un oiseau, les forêts comme un loup rôdeur, les rochers comme un chamois, l'herbe profonde pour m'y rouler, pour y courir comme un cheval et l'eau limpide pour y nager comme un poisson.

– Sur l'eau

On s'acharne pendant des années à imiter ce qui est, et on arrive à peine, par cette copie immobile et muette des actes de la vie, à faire comprendre aux yeux exercés ce qu'on a voulu tenter.

– Sur l'eau

Sans amour pour le monde, où elle allait par préjugé, dont elle subissait les longues soirées avec des bâillements retenus dans la gorge et du sommeil dans les paupières, amusée seulement par les marivaudages, par ses caprices agressifs, par des curiosités changeantes pour certaines choses ou certains êtres, s'attachant juste assez pour ne se point dégoûter trop vite de ce qu'elle avait apprécié ou admiré, et pas assez pour découvrir un plaisir vrai dans une affection ou dans un goût, tourmentée par ses nerfs et non par ses désirs, privée de toutes les préoccupations absorbantes des âmes simples ou ardentes, elle vivait dans un ennui gai, sans la foi commune au bonheur, en quête seulement de distractions, et déjà courbaturée de lassitude, bien qu'elle s'estimât satisfaite.

– Notre cœur

Très bien doué, très fin, mais indolent, apte à tout comprendre et peut-être à faire bien beaucoup de choses, il s'était contenté de jouir de l'existence en spectateur, ou plutôt en amateur. Pauvre, il fût devenu sans aucun doute un homme remarquable ou célèbre ; né bien renté, il s'adressait l'éternel reproche de n'avoir pas su être quelqu'un.

– Notre cœur

La beauté naturelle de cette svelte, fine et blonde personne qui semblait en même temps grasse et fluette, armée de beaux bras fait pour attirer, pour enlacer, pour étreindre, et de jambes devinées longues et minces, faites pour fuir, comme celles des gazelles, avec des pieds si jolis , aux orteils si fins qu'ils ne devraient pas laisser de traces, lui paressait être une espèce de symbole de veines espérances.

– Notre cœur

« Ils s'étreignirent dans un de ces baisers aux yeux clos qui donnent l'étrange et double sensation du bonheur et du néant. » Deuxième partie, chapitre II.

– Notre cœur

Les lettres d'amour vraiment passionnées sont souvent plus dangereuses pour celui qui les écrit que pour celle qui les reçoit.

– Notre cœur

La parole éblouit et trompe, parce qu'elle est mimée par le visage, parce qu'on la voit sortir des lèvres, et que les lèvres plaisent et que les yeux séduisent. mais les mots noirs sur le papier blanc, c'est lâme toute nue.

– Notre cœur

Il la contemplait, lui, avec des yeux qui la dévoraient. Il avait envie de tomber à ses pieds, de s'y rouler, de mordre sa robe, de crier quelque chose, et surtout de lui faire voir ce qu'il ne savait pas dire, ce qui était en lui des talons à la tête, dans son corps comme dans son âme, inexprimablement douloureux parce qu'il ne le pouvait montrer, son amour, son terrible et délicieux amour.

– Notre cœur

Il était torturé, car il l'aimait. Différent des amoureux vulgaires, pour qui la femme élue par leur coeur apparaît dans une auréole de perfections, il s'était attaché à elle en la regardant avec des yeux clairvoyants de mâle soupçonneux et défiant qui n'a jamais été tout à fait capturé. Son esprit inquiet, pénétrant et paresseux, toujours sur la défensive dans la vie, l'avait préservé des passions. Quelques intrigues, deux courtes liaisons mortes dans l'ennui, et des amours payées rompues par dégoût, rien de plus dans l'histoire de son âme. Il considérait les femmes comme un objet d'utilité pour ceux qui veulent une maison bien tenue et des enfants, comme un objet d'agrément relatif pour ceux qui cherchent des passe-temps d'amour.

– Notre cœur

Ils se tenaient la main ainsi que les adolescents qui s'en vont côte à côte par les routes de campagne, et ils regardaient maintenant, d'un oeil vague, glisser sur la rivière les mouches à vapeur. Ils étaient seuls dans Paris, dans la rumeur confuse, immense, rapprochée et lointaine qui flottait sur eux, dans cette ville pleine de toute la vie du monde, plus qu'ils n'avaient été seuls au sommet de la tour aérienne ; et pendant quelques secondes ils oublièrent vraiment tout à fait qu'il existait sur la terre autre chose qu'eux.

– Notre cœur

La parole éblouit et trompe, parce qu'elle est mimėe par le le visage, parce qu'on la voit sortir des lèvres , et que les lèvres plaisent, et que les mots séduisent . Mais les mots noirs sur le papier blanc, c'est l'âme toute nue.

– Notre cœur

Lorsque les premiers beaux jours arrivent, que la terre s'éveille et reverdit, que la tiédeur parfumée de l'air nous caresse la peau, entre dans la poitrine, semble pénétrer au cœur lui-même, il nous vient des désirs vagues de bonheurs indéfinis, des envies de courir, d'aller au hasard, de chercher aventure, de boire du printemps.

– La Maison Tellier

Je m'en allais à petits pas dans ces rues de tombes, où les voisins ne voisinent point, ne couchent plus ensemble et ne lisent pas de journaux.(Les Tombales)

– La Maison Tellier

Madame ,issue d' une bonne famille de paysans du département de l' Eure, avait accepté cette profession absolument comme elle serait devenue modiste ou lingère .

– La Maison Tellier

Une bonne omelette que suivit une andouille grillée, arrosée de bon cidre piquant, rendit la gaieté à tout le monde. Rivet, pour trinquer, avait pris un verre, et sa femme servait, faisait la cuisine, apportait les plats, les enlevait, murmurant à l'oreille de chacun : " En avez-vous à votre désir ? " Extrait de "La maison Tellier"

– La Maison Tellier

Elle tomba lourdement à ses pieds et elle gémit en versant des flots de larmes. - Qu'est-ce que t'as contre moi? Il se mit à crier, jurant:- J'ai que je n'ai pas d'éfant, nom de Dieu! Quand on prend une femme, c'n'est pas fait pour rester tout seuls tous les deux jusqu'à la fin. V'là c'que j'ai. Quand une vache n'a point de viaux, c'est qu'elle ne vaut rien. Quand une femme n'a point d'éfant, c'est aussi qu'elle ne vaut rien. Elle pleurait, balbutiant, répétant: - C'n'est point d'ma faute! c'n'est point d'ma faute! Alors il s'adoucit un peu et il ajouta:- J'te dis pas, mais c'est contrariant tout de même. (Histoire d'une fille de ferme)

– La Maison Tellier

Mais on se fatigue de tout, et principalement des femmes.(Les Tombales)

– La Maison Tellier

La nuit était noire, pleine d'astres, parcourue par une haleine embrasée, par un souffle pesant. Elle promenait sur les visages une caresse chaude, faisait respirer plus vite, haleter un peu, tant elle semblait épaissie et lourde.Les crapauds, par tout l'horizon, lançaient leur note métallique et courte. Un oiseau inconnu modulait quelques sons qui arrivaient affaiblis par la distance. Sur les larges gazons la lune versait une molle clarté, comme une poussière de ouate ; elle pénétrait les feuillages, faisait couler la lumière sur l'écorce argentée des peupliers, criblait de sa pluie brillante les sommets frémissants des grands arbres.

– La Maison Tellier

Alors commença le délire, ce délire fuyant des gens de la campagne qui se croient frappés par un sort, un besoin fou de partir, de s'échapper, de courir devant le malheur comme un vaisseau devant la tempête. « Histoire d'une fille de ferme »

– La Maison Tellier

Fumant, les coudes sur la table, un verre de fine champagne à moitié plein devant son assiette, engourdi dans une atmosphère de tabac aromatisé par le café chaud, il semblait chez lui tout à fait, comme certains êtres sont chez eux absolument, en certains lieux et en certains moments, comme une dévote dans une chapelle, comme un poisson rouge dans son bocal. « Les tombales »

– La Maison Tellier

Et puis, j'aime les cimetières parce que ce sont des villes monstrueuses, prodigieusement habitées. Songez donc à ce qu'il y a de morts dans ce petit espace, à toutes les générations de Parisiens qui sont logés là, pour toujours, troglodytes définitifs enfermés dans leurs petits caveaux, dans leurs petits trous couverts d'une pierre ou marqués d'une croix, tandis que les vivants occupent tant de place et font tant de bruit, les imbéciles. « Les tombales »

– La Maison Tellier

Les mouches maigres n'en piquent que plus fort.

– Allemand

Mme Oreille était économe. Elle savait la valeur d'un sou et possédait un arsenal de principes sévères sur la multiplication de l'argent.Le parapluie

– Les Soeurs Rondoli

Ecoute ton cerveau, il est plus intelligent que toi.

– Notre cœur

On est gourmand comme on est artiste, comme on est instruit, comme on est poète. Le goût, mon cher, c'est un organe délicat, perfectible et respectable comme l'oeil et l'oreille. bête, en un mot, comme on a l'esprit bête.

– Le Rosier de Madame Husson et autres nouvelles

Manquer de goût, c'est être privé d'une faculté exquise, de la faculté de discerner la qualité des aliments, comme on peut être privé de celle de discerner les qualités d'un livre ou d'une oeuvre d'art ; c'est être privé d'un sens essentiel, d'une partie de la supériorité humaine ; c'est appartenir à une des innombrables classes d'infirmes, de disgraciés et de sots dont se compose notre race ; c'est avoir la bouche bête, en un mot, comme on a l'esprit bête.

– Le Rosier de Madame Husson et autres nouvelles

Tu es donc gourmand ?Parbleu ! Il n'y a que les imbéciles qui ne soient pas gourmands. On est gourmand comme on est artiste, comme on est instruit, comme on est poète. Le goût, mon cher, c'est un organe délicat, perfectible et respectable comme l'œil et l'oreille. Manquer de goût, c'est être privé d'une faculté exquise, de la faculté de discerner la qualité des aliments, comme on peut être privé de celle de discerner les qualités d'un livre ou d'une œuvre d'art ; c'est être privé d'un sens essentiel, d'une partie de la supériorité humaine ; c'est appartenir à une des innombrables classes d'infirmes, de disgraciés et de sots dont se compose notre race ; c'est avoir la bouche bête, en un mot, comme on a l'esprit bête. Un homme qui ne distingue pas une langouste d'un homard, un hareng, d'un maquereau ou d'un merlan, et une poire crassane d'une duchesse, est comparable à celui qui confondrait Balzac avec Eugène Sue, une symphonie de Beethoven avec une marche militaire d'un chef de musique de régiment...

– Le Rosier de Madame Husson et autres nouvelles

Essayez de vous dégager de tout ce qui vous enferme, faites cet effort surhumain de sortir vivant de votre corps, de vos intérêts, de vos pensées, de l'humanité tout entière, pour regarder ailleurs.

– Le Rosier de Madame Husson et autres nouvelles

─ (...) Croyez-vous aux idées dangereuses ?─ Qu'entendez-vous par là ?─ Croyez-vous que certaines idées soient aussi dangereuses pour certains esprits que le poison pour le corps ?─ Mais, oui, peut-être.─ Certainement. Il y a des idées qui entrent en nous, nous rongent, nous tuent, nous rendent fous, quand nous ne savons pas leur résister. C'est une sorte de phylloxera des âmes. Si nous avons le malheur de laisser une de ces pensées-là se glisser en nous, si nous ne nous apercevons pas dès le début qu'elle est une envahisseuse, une maîtresse, un tyran, qu'elle s'étend heure par heure, jour par jour, qu'elle revient sans cesse, s'installe, chasse toutes nos préoccupations ordinaires, absorbe toute notre attention et change l'optique de notre jugement, nous sommes perdus.

– Le Rosier de Madame Husson et autres nouvelles

Que vous importe, alors, qu'elle soit mâle ou femelle ! La vertu est éternelle, elle n'a pas de patrie et pas de sexe : elle est la Vertu.

– Le Rosier de Madame Husson et autres nouvelles

La nuit était magnifique, une de ces nuits qui vous font passer dans l'âme des idées grandes et vagues, plutôt des sensations que des pensées, avec des envies d'ouvrir les bras, d'ouvrir les ailes, d'embrasser le ciel, que sais-je ? On croit toujours qu'on va comprendre des choses inconnues.(Enragée)

– Le Rosier de Madame Husson et autres nouvelles

Un homme qui ne distingue pas une langouste d'un homard, un hareng, cet admirable poisson qui porte en lui toutes les saveurs, tous les arômes de la mer, d'un maquereau ou d'un merlan, et une poire crassane d'une duchesse, est comparable à celui qui confondrait Balzac avec Eugène Sue, une symphonie de Beethoven avec une marche militaire d'un chef de musique de régiment, et l'Apollon du Belvédère avec la statue du général de Blanmont !

– Le Rosier de Madame Husson et autres nouvelles

Là est son crime: le respect ! C'est un sentiment, messieurs, que nous ne connaissons plus guère aujourd'hui, dont le nom seul semble exister encore et dont toute la puissance a disparu. Il faut entrer dans certaines familles arriérées et modestes pour y retrouver cette tradition sévère, cette religion de la chose ou de l'homme, du sentiment ou de la croyance revêtus d'une caractère sacré, cette foi qui ne supporte ni le doute ni le sourire, ni l'effleurement d'un soupçon. On ne peut être un honnête homme, vraiment un honnête homme, dans toute la force de ce terme, que si on est un respectueux. L'homme qui respecte a les yeux fermés. Il croit. Nous autres, dont les yeux sont grands ouverts sur le monde, qui vivons ici, dans ce palais de la justice qui est l'égout de la société, où viennent échouer toutes les infamies, nous autres qui sommes les confidents de toutes les hontes, les défenseurs dévoués de toutes les gredineries humaines, les soutiens, pour ne pas dire souteneurs, de toutes les drôlesses, depuis les princes jusqu'aux rôdeurs de barrière, nous qui accueillons avec indulgence, avec complaisance, avec bienveillance souriante tous les coupables pour les défendre devant vous, nous qui, si nous aimons vraiment notre métier, mesurons notre sympathie d'avocat à la grandeur du forfait, nous ne pouvons plus avoir l'âme respectueuse. Nous voyons trop ce fleuve de corruption qui va des chefs du Pouvoir aux derniers des gueux, nous savons trop comment tout se passe, comment tout se donne, comment tout se vend. Places, fonctions, honneurs, brutalement en échange de titres et de parts dans les entreprises industrielles, ou plus simplement contre un baiser de femme.

– Le Rosier de Madame Husson et autres nouvelles

Il me dit : "Il me faut mille francs pour jeudi. (...) J' te vends ma femme." (...) Je lui demande : "Combien ça que tu me la vends ?" Il réfléchit ou bien il fait semblant. Quand on est bu, on n'est pas clair, et il me répond : "Je te la vends au mètre cube." Moi, ça m'étonne pas, vu que j'étais autant bu que lui, et que le mètre cube ça me connaît dans mon métier. Ça fait mille litres, ça m'allait. Seulement le prix restait à débattre. Tout dépend de la qualité. Je lui dis : "Combien ça, le mètre cube ?" Il me répond : "Deux mille francs." Je fais un saut de lapin, et puis je réfléchis qu'une femme ça doit pas mesurer plus de trois cent litres. J' dis tout de même : "C'est trop cher." Il répond : "J' peux pas à moins. J'y perdrais." Vous comprenez, on n'est pas marchand de cochons pour rien. On connaît son métier. Mais s'il est ficelle, le vendeur de lard, moi je suis fil, vu que j'en vends Ah ! ah ! ah ! Donc je lui dis : "Si elle était neuve, j' dis pas : mais a t'a servi, pas vrai, donc c'est du r'tour. J' t'en donne quinze cents francs l' mètre cube, pas un sou de plus. Ça va-t-il ?" Il répond : "Ça va. Tope là !"

– Le Rosier de Madame Husson et autres nouvelles

-" Songez donc que jamais, vous entendez bien, jamais une femme ne brûle, ne déchire, ne détruit les lettres où on lui dit qu'elle est aimée. Toute notre vie est là, tout notre espoir, toute notre attente, tout notre rêve. Ces petits papiers qui portent notre nom et nous caressent avec de douces choses, sont des reliques, et nous adorons les chapelles, nous autres, surtout les chapelles dont nous sommes les saintes. Nos lettres d'amour, ce sont nos titres de beauté, nos titres de grâce et de séduction, notre orgueil intime de femmes, ce sont les trésors de notre coeur. Non, non, jamais une femme ne détruit ces archives secrètes et délicieuses de sa vie."

– Fort comme la mort

- Aujourd'hui,demain, comme hier, il n' y a eu et il n' aura que vous en ma vie .

– Fort comme la mort

-Écoute bien, Nanette. Tout ce que nous disons là, tu l'entendras répéter au moins une fois par semaine, jusqu'à ce que tu sois vieille. En huit jours tu sauras par cœur tout ce qu'on pense dans le monde, sur la politique, les femmes, les pièces de théâtre et le reste. Il n'y aura qu'à changer les noms des gens ou les titres des œuvres de temps en temps. Quand tu nous auras tous entendus exposer et défendre notre opinion, tu choisiras paisiblement la tienne parmi celles qu'on doit avoir, et puis tu n'auras plus besoin de penser à rien, jamais, tu n'auras qu'à te reposer.

– Fort comme la mort

Annette, à demi tournée vers lui, l'écoutait avec cette curiosité avide et jeune dont elle enveloppant le monde entier, et, par moment, elle jetait sur son fiancé, qui serait son mari dans quelques jours, un coup d'œil plein de tendresse. Elle l'aimait, maintenant, comme aiment les cœurs naïfs, c'est-à-dire qu'elle aimait en lui toutes les espérances du lendemain. L'ivresse des premières fêtes de la vie et l'ardent besoin d'être heureuse la faisait frémir d'allégresse et d'attente.

– Fort comme la mort

MADAME DE SALLUS : Mon cher, vous rêvez !... S'il était amoureux de la Santelli, il ne me dirait pas qu'il m'aime... S'il était éperdument préoccupé de cette cabotine, il ne me ferait pas la cour, à moi. S'il la convoitait violemment, enfin, il ne me désirerait pas, en même temps. JACQUES DE RANDOL : Ah ! comme vous connaissez peu certains hommes ! Ceux de la race de votre mari, quand une femme a jeté en leur coeur ce poison, l'amour, qui n'est pour eux que du désir brutal, quand cette femme leur échappe, ou leur résiste, ils ressemblent à des chiens devenus enragés. Ils vont devant eux comme des fous, comme des possédés, les bras ouverts, les lèvres tendues. Il faut qu'ils aiment n'importe qui, comme le chien ouvre la gueule et mord n'importe qui, n'importe quoi. La Santelli a déchaîné la bête et vous vous trouvez à portée de sa dent, prenez garde. Ça de l'amour ? non ; si vous voulez, c'est de la rage.

– Fort comme la mort

Mon cher, ne parlez pas de ce que vous ne connaissez point. Une femme, qui n'a plus d'intérêt à vous aimer, ne vous aime pas longtemps. Toutes les coquetteries qui les font exquises, quand elles ne nous appartiennent pas définitivement, cessent dès qu'elles sont à nous.

– Fort comme la mort

– Paris, disait-il, un verre de kummel à la main, la seule ville où un homme ne vieillisse pas, la seule où, à cinquante ans, pourvu qu'il soit solide et bien conservé, il trouvera toujours une gamine de dix-huit ans, jolie comme un ange, pour l'aimer.

– Fort comme la mort

– Quelle drôle d'idée vous avez là ?– Quelle idée ?– De me demander cinq mille francs.– Rien de plus naturel. Nous sommes étrangers l'un à l'autre, n'est-ce pas ? Or vous me désirez. Vous ne pouvez pas m'épouser puisque nous sommes mariés. Alors vous m'achetez, un peu moins peut-être qu'une autre.Or, réfléchissez. Cet argent, au lieu d'aller chez une gueuse qui en ferait je ne sais quoi, restera dans votre maison, dans votre ménage. Et puis, pour un homme intelligent, est-il quelque chose de plus amusant, de plus original que de se payer sa propre femme. On n'aime bien, en amour illégitime, que ce qui coûte cher, très cher. Vous donnez à notre amour... légitime, un prix nouveau, une saveur de débauche, un ragoût de... polissonnerie en le... tarifant comme un amour coté. Est-ce pas vrai ?

– Fort comme la mort

Ainsi il adorait les bêtes, les chats surtout, et ne pouvait apercevoir leur fourrure soyeuse sans être saisi d'une envie irrésistible, sensuelle, de caresser leur dos onduleux et doux, de baiser leur poil électrique.L'attraction qui le poussait vers la jeune fille ressemblait un peu à ces désirs obscurs et innocents qui font partie de toutes les vibrations incessantes et inapaisables des nerfs humains.

– Fort comme la mort

nous sommes des femmes du monde civilisé, monsieur. Nous ne sommes plus et nous refusons d'être de simples femelles qui repeuplent la terre.

– Fort comme la mort

Dans ce pays-ci, ce n'est pas facile de… de… vous y êtes. Et puis j'avais autre chose à faire. J'aime mieux tirer un coup de fusil. Bref, au moment de m'engager devant le maire et le prêtre à… à… ce que vous savez, j'ai eu peur. Je me suis dit : Bigre, mais si… si… j'allais rater. Un honnête homme ne manque jamais à ses engagements ; et je prenais là un engagement sacré vis-à-vis de cette personne. Enfin, pour en avoir le cœur net, je me suis promis d'aller passer huit jours à Paris.

– Mademoiselle Fifi

(Mots d'amour)Les affamés mangent en gloutons, mais les délicats sont dégoûtés, et ils ont souvent, pour peu de chose, d'invincibles répugnances. Il en est de l'amour comme de la cuisine.

– Mademoiselle Fifi

Moi ! moi ! Je ne suis pas une femme, moi, je suis une putain, c' est bien tout ce qu' il faut à des Prussiens ......

– Mademoiselle Fifi

« Numéro un, la nommée Paméla, adjugée au commandant. »

– Mademoiselle Fifi

Paris était bloqué, affamé et râlant. Les moineaux se faisaient bien rares sur les toits, et les égoûts se dépeuplaient. On mangeait n'importe quoi. ("Deux amis").

– Mademoiselle Fifi

Il fit sa cour, la demanda en mariage et l'épousa. Alors, ayant du toupet, il fit des visites de noce comme si de rien n'était. Quelques personnes les rendirent, d'autres s'abstinrent. Enfin, on commençait à oublier et elle prenait place dans le monde.Il faut vous dire qu'elle adorait son mari comme un dieu. Songez qu'il lui avait rendu l'honneur, qu'il avait fait rentrer dans la loi commune, qu'il avait bravé, forcé l'opinion, affronté les outrages, accompli, en somme, un acte de courage que bien peu d'hommes accompliraient. Elle avait donc pour lui une passion exaltée et ombrageuse.Elle devint enceinte, et, quand on apprit sa grossesse, les personnes les plus chatouilleuses lui ouvrirent leur porte, comme si elle eût été définitivement purifiée par la maternité. C'est drôle, mais c'est comme ça…Tout allait donc pour le mieux, quand nous avons eu, l'autre jour, la fête patronale du pays. Le préfet, entouré de son état-major et des autorités, présidait le concours des orphéons, et il venait de prononcer son discours, lorsque commença la distribution des médailles que son secrétaire particulier, Paul Hamot, remettait à chaque titulaire.Vous savez que dans ces affaires-là il y a toujours des jalousies et des rivalités qui font perdre la mesure aux gens.Toutes les dames de la ville étaient là, sur l'estrade.À son tour s'avança le chef de musique du bourg de Mormillon. La troupe n'avait qu'une médaille de deuxième classe. On ne peut pas en donner de première classe à tout le monde, n'est-ce pas ?Quand le secrétaire particulier lui remit son emblème, voilà que cet homme le lui jette à la figure en criant : « Tu peux la garder pour Baptiste, ta médaille. Tu lui en dois même une de première classe aussi bien qu'à moi. »Il y avait là un tas de peuple qui se mit à rire. Le peuple n'est pas charitable ni délicat, et tous les yeux se sont tournés vers cette pauvre dame.Oh, monsieur, avez-vous jamais vu une femme devenir folle ? — Non. — Eh bien, nous avons assisté à ce spectacle-là !(MADAME BAPTISTE).

– Mademoiselle Fifi

Mais, connaît-on jamais les femmes ? Toutes leurs opinions, leurs croyances, leurs idées sont à surprises. Tout cela est plein de détours, de retours, d'imprévu, de raisonnements insaisissables, de logique à rebours, d'entêtement qui semblent définitifs et qui cèdent parce qu'un petit oiseau est venu se poser sur le bord d'une fenêtre. « La relique »

– Mademoiselle Fifi

La petite fille grandit, marquée d'infamie, isolée, sans camarade, à peine embrassée par les grandes personnes qui auraient cru se tacher les lèvres en touchant son front. « Madame Baptiste »

– Mademoiselle Fifi

« Voyez-vous, madame, quel que soit l'amour qui les soude l'un à l'autre, l'homme et la femme sont toujours étrangers d'âme, d'intelligence ; ils restent deux belligérants ; ils sont d'une race différente ; il faut qu'il y ait toujours un dompteur et un dompté, un maître et un esclave ; tantôt l'un, tantôt l'autre ; ils ne sont jamais deux égaux. « La bûche »

– Mademoiselle Fifi

La pluie tombait à flots, une pluie normande qu'on aurait dit jetée par une main furieuse, une pluie en biais, épaisse comme un rideau, formant une sorte de mur à raies obliques, une pluie cinglante, éclaboussante, noyant tout, une vraie pluie des environs de Rouen, ce pot de chambre de la France. « Mademoiselle Fifi »

– Mademoiselle Fifi

On peut nouer un fil rompu, mais il y aura un noeud au milieu.

– Un fils / et autres contes

Les mouches ne se posent pas sur les casseroles en ébullition.

– Espagnol

Il faut toujours se contenter de ce que l'on a. Mathilde se plaignait sans cesse et était capricieuse envers son mari qui faisait de son mieux pour vivre dans les meilleures conditions.

– O&T - Maupassant (Guy de) : La Parure, Le Papa de Simon

Leur finesse native, leur instinct d'élégance , leur souplesse d'esprit sont leur seule hiérarchie, et font des filles du peuple les égales des plus grandes dames.

– O&T - Maupassant (Guy de) : La Parure, Le Papa de Simon

Il se releva boiteux, estropié jusqu'à la fin des siècles ; et, regardant au loin le Mont fatal, dressé comme un pic dans le soleil couchant, il comprit bien qu'il serait toujours vaincu dans cette lutte inégale, et il partit en traînant la jambe, se dirigeant vers des pays éloignés, abandonnant à son ennemi ses champs, ses plaines, ses coteaux, ses vallées et ses près.Et voilà comment saint Michel, patron des Normands, vainquit le diable.Un autre peuple avait rêvé autrement cette bataille.

– O&T - Maupassant (Guy de) : La Parure, Le Papa de Simon

Dieu a fait l'homme à son image, mais l'homme le lui a bien rendu.(La légende du Mont Saint-Michel aussi cité dans le Horla)

– O&T - Maupassant (Guy de) : La Parure, Le Papa de Simon

-Tu mettras des fleurs naturelles. c'est très chic en cette saison-ci. Pour dix francs tu auras deux ou trois roses magnifiques.Elle n'était point convaincue.- Non...il n'y a rien de plus humiliant que d'avoir l'air pauvre au milieu de femmes riches.

– O&T - Maupassant (Guy de) : La Parure, Le Papa de Simon

Comme la vie est singulière, changeante ! Comme il faut peu de chose pour vous perdre ou vous sauver !

– O&T - Maupassant (Guy de) : La Parure, Le Papa de Simon

La littérature c'est comme la pâtisserie.Pour que ce soit vraiment appétissant et délicieux à déguster, tout compte.Le goût, bien sûr, mais aussi la texture et l'aspect!Jean-Paul DominiciNouvelles-et-romans.fr

– O&T - Maupassant (Guy de) : La Parure, Le Papa de Simon

Oh ! ma pauvre Mathilde ! Mais la mienne était fausse . Elle valait au plus cinq cents francs !

– O&T - Maupassant (Guy de) : La Parure, Le Papa de Simon

Mme Loisel semblait vieille, maintenant. Elle était devenue la femme forte, et dure, et rude, des ménages pauvres. Mal peignée, avec les jupes de travers et les mains rouges, elle parlait haut, lavait à grande eau les planchers. Mais parfois, lorsque son mari était au bureau, elle s'asseyait auprès de la fenêtre, et elle songeait à cette soirée d'autrefois, à ce bal, où elle avait été si belle et si fêtée.

– O&T - Maupassant (Guy de) : La Parure, Le Papa de Simon

Le jour de la fête arriva. Mme Loisel eut un succès. Elle était plus jolie que toutes, élégante, gracieuse, souriante et folle de joie.Tous les hommes la regardaient, demandaient son nom, cherchaient à être présentés. Tous les attachés du cabinet voulaient valser avec elle. Le ministre la remarqua.Elle dansait avec ivresse, avec emportement, grisée par le plaisir, ne pensant plus à rien, dans le triomphe de sa beauté, dans la gloire de son succès, dans une sorte de nuage de bonheur fait de tous ces hommages, de toutes ces admirations, de tous ces désirs éveillés, de cette victoire si complète et si douce au cœur des femmes.

– O&T - Maupassant (Guy de) : La Parure, Le Papa de Simon

En une seconde nous sommes partis. On ne sent rien ; on flotte, on monte, on vole, on plane. Nos amis crient et applaudissent, nous ne les entendons presque plus ; nous ne les voyons qu'à peine. Nous sommes déjà si loin ! si haut ! Quoi ! nous venons de quitter ces gens là-bas ? Est-ce possible ? Sous nous maintenant, Paris s'étale, une plaque sombre bleuâtre, hachée par les rues, et d'où s'élancent de place en place, des dômes, des tours, des flèches ; puis, tout autour, la plaine, la terre que découpent les routes longues, minces et blanches au milieu des champs verts, d'un vert tendre ou foncé, et des bois presque noirs. La Seine semble un gros serpent roulé, couché immobile, dont on n'aperçoit ni la tête ni la queue ; elle vient de là-bas, elle s'en va là-bas, en traversant Paris, et la terre entière a l'air d'une immense cuvette de prés et de forêts qu'enferme à l'horizon une montagne basse, lointaine et circulaire. Le soleil qu'on n'apercevait plus d'en bas reparaît pour nous, comme s'il se levait de nouveau, et notre ballon lui-même s'allume dans cette clarté ; il doit paraître un astre à ceux qui nous regardent. M. Mallet, de seconde en seconde, jette dans le vide une feuille de papier à cigarettes et dit tranquillement : "Nous montons, nous montons toujours", tandis que le capitaine Jovis, rayonnant de joie, se frotte les mains en répétant : "Hein ? ce vernis, hein ! ce vernis," On ne peut, en effet, apprécier les montées et les descentes qu'en jetant de temps en temps une feuille de papier à cigarettes. Si ce papier, qui demeure, en réalité, suspendu dans l'air, semble tomber comme une pierre, c'est que le ballon monte ; s'il semble au contraire s'envoler au ciel, c'est que le ballon descend. Les deux baromètres indiquent cinq cents mètres environ, et nous regardons, avec une admiration enthousiaste, cette terre que nous quittons, à laquelle nous ne tenons plus par rien et qui a l'air d'une carte de géographie peinte, d'un plan démesuré de province. Toutes ses rumeurs cependant nous arrivent distinctes, étrangement reconnaissables. On entend surtout le bruit des roues sur les routes, le claquement des fouets, le "hue" des charretiers, le roulement et le sifflement des trains, et les rires des gamins qui courent et jouent sur les places. Chaque fois que nous passons sur un village, ce sont des clameurs enfantines qui dominent tout et montent dans le ciel avec le plus d'acuité.

– Chroniques

Puis-je commettre une indiscrétion? L'éminent géographe M. Liénard prépare avec M. Jovis une des attractions futures et certaines de l'Exposition universelle. De la nacelle d'un ballon, élevée seulement de 12 mètres au-dessus du sol, on pourra voir sous ses pieds Paris, avec tous ses monuments, ses rues, ses environs, et le coeur même de la France jusqu'à la mer, jusqu'au Havre, car l'effet d'optique de cet étonnant panorama en relief, d'une exactitude absolue, sera obtenu d'une hauteur fictive de 2500 mètre.En terminant, lisons seulement un article des statuts de cette Société qui a pour président M. Delpeut, et qui compte parmi ses membres décédés (je ne veux parler que des morts) Gambetta, VIctor Hugo, Dupuy de Lôme, Henry Giffard, le général Farre, le vice-amiral Gougeard et Paul Bert. Lisons, dis-je, l'article 3 de ses statuts: "L'Union aéronautique de France, avec son matériel et son personnel, se tient constamment, à toute réquisition, à la disposition de l'Etat et en particulier du ministère de la Guerre, pour toutes les missions ou études qui paraîtront nécessaires.""Samedi 9 juillet 1887

– Chroniques

Honte aux attardés, aux gens qui ne sont pas de leur siècle !L'humanité est toujours divisée en deux classes, celle qui tire en avant et celle qui tire en arrière. Les uns quelquefois vont trop vite ; mais les autres n'aspirent qu'à reculer, et ils arrêtent les premiers, ils retardent la pensée, entravent la science, ralentissent la marche sacrée des connaissances humaines.Et ils sont nombreux, ces ankylosés, ces pétrifiés, ces empêcheurs de sonder les mystères du monde : vieux messieurs et vieilles dames bardés de morale enfantine, de religion aveugle et niaise, de principes grotesques, gens d'ordre de la race des tortues, procréateurs de tous ces jeunes élégants à cervelle d'oiseau, sifflant les mêmes airs de père en fils, pour qui toute l'imagination consiste à distinguer ce qui est chic de ce qui ne l'est pas. Un assassin, un soldat traître, tout criminel, quelque monstrueux qu'il soit me semble moins odieux, est moins mon ennemi naturel, instinctif, que ces retardataires à courte vue, qui jettent entre les jambes des coureurs en avant leurs préjugés antiques, les doctrines surannées de nos aïeux, la litanie des sottises légendaires, des sottises indéracinables, qu'ils répètent comme une prière.Marchons en avant, toujours en avant, démolissons les croyances fausses, abattons les traditions encombrantes, renversons les doctrines séculaires sans nous occuper des ruines.

– Chroniques

Dès lors que je sens un plaidoyer dans une œuvre, je me mets en garde ; dès lors qu'un écrivain cesse d'être un artiste, rien qu'un artiste, pour devenir un polémiste, je cesse de le suivre, m'estimant assez grand pour penser tout seul, et ne voulant de lui que l'œuvre d'art.

– Chroniques

Après avoir traversé Piana, je pénétrai soudain dans une fantastique forêt de granit rose, une forêt de pics, de colonnes, de figures surprenantes, rongées par le temps, par la pluie, par les vents, par l'écume salée de la mer.Ces étranges rochers, hauts parois de cent mètres, mince comme des obélisques, coiffés comme des champignons, ou découpés comme des plantes, ou tordus comme des troncs d'arbres, avec des aspects,f'êtres, d'hommes prodigieux d'animaux, de monuments, de fontaines, des attitudes d'humanité pétrifiée, de peuple surnaturel emprisonné dans la pierre par le vouloir séculaire de quelque génie, formaient un immense labyrinthe de formes invraisemblables, rougeâtres ou grises avec des tons bleus. On y distinguait des lions accroupis, des moines debout dans leur robe tombante, des évêques, des diables effrayants, des oiseaux démesurés, des bêtes apocalyptiques , toute la ménagerie fantastique du rêve humain qui nous hante en nos cauchemars. »

– La Corse de Guy de Maupassant nouvelles et récits

Les sapins démesurés élargissaient sur nos têtes une voûte gémissante, poussaient une sorte de plainte continue et triste, tandis qu'à droite comme à gauche leurs troncs minces et droits faisaient une sorte d'armée de tuyaux d'orgue d'où semblait sortir cette musique monotone du vent dans les cimes.Au bout de trois heures de marche, la foule de ces longs fûts emmêlés s'éclaircit ; de place en place, un pin parasol gigantesque, séparé des autres, ouvert comme une ombrelle énorme, étalait son dôme d'un vert sombre.Quelques vieux arbres difformes semblent avoir monté péniblement, comme des éclaireurs partis devant la multitude tassée derrière.Un Bandit Corse.

– La Corse de Guy de Maupassant nouvelles et récits

Elle avait été jeune, avec toutes les défaillances poétiques qui troublent le coeur des jeunes êtres! Enfermée, emprisonnée dans une boutique à côté d'un mari vulgaire et parlant toujours commerce, elle avait rêvée de clair de lune, de voyages, de baisers donnés dans l'ombre des soirs. Et puis un homme, un jour, était entré comme entrent les amoureux dans les livres, et il avait parlé comme eux.

– Pierre et Jean, Maupassant

C'étaient de solides gaillards, posant beaucoup pour la vigueur, mais qui montraient en tous leurs mouvements, cette grâce élastique des membres qu'on acquiert par l'exercice, si différent de la déformation qu'imprime à l'ouvrier l'effort pénible, toujours le même.

– Une partie de campagne

On avait projeté depuis cinq mois d'aller déjeuner aux environs de Paris, le jour de la fête de Mme Dufour, qui s'appelait Pétronille. Aussi, comme on avait attendu cette partie impatiemment, s'était-on levé de fort bonne heure ce matin-là.

– Une partie de campagne

Elle écoutait l'oiseau, perdue dans une extase. Elle avait des désirs infinis de bonheur, des tendresses brusques qui la traversaient, des révélations de poésies surhumaines, et un tel amollissement des nerfs et du cœur, qu'elle pleurait sans savoir pourquoi. Le jeune homme la serrait contre lui maintenant ; elle ne le repoussait plus, n'y pensant plus.

– Une partie de campagne

Et il raconta sa vie de chaque jour, poétiquement, de façon à faire vibrer dans le cœur de ces bourgeois privés d'herbe et affamés de promenades aux champs cet amour bête de la nature qui les hante toute l'année derrière le comptoir de leur boutique.

– Une partie de campagne

1ERE nouvelle : la jeune fille, assise dans le fauteuil du barreur, se laissait aller à la douceur d'être sur l'eau. Elle se sentait prise d'un renoncement de pensées, d'une quiétude de ses membres, d'un abandonnement d'elle-même, comme envahie par une ivresse multiple. Cet extrait vous montre le style de Maupassant.

– Une partie de campagne

La riviére éclatait de lumiére; une buée s'en élevait, pompée par le soleil, et l'on éprouvait une quiétude douce, un rafraîchissement bienfaisant à respirer enfin un air plus pur qui n'avait point balayé la fumée noire des usines ou les miasmes des dépotoirs.

– Une partie de campagne

Le restaurant Grillon, ce phalanstère de canotiers, se vidait lentement. C'était, devant la porte, un tumulte de cris, d'appels ; et les grands gaillards en maillot blanc gesticulaient avec des avirons sur l'épaule.

– Une partie de campagne

Ô flots, que vous savez de lugubres histoires !Flots profonds, redoutés des mères à genoux,Vous vous les racontez en montant les maréesEt c'est ce qui vous fait ces voix désespéréesQue vous avez le soir quand vous venez vers nous.(Sur l'eau)

– Une partie de campagne

C'était une belle fille de dix-huit à vingt ans; une de ces femmes dont la rencontre dans la rue vous fouette d'un désir subit, et vous laisse jusqu'à la nuit une inquiétude vague et un soulévement des sens.

– Une partie de campagne

La mer démontée mugissait et secouait la côte, précipitant sur le rivage des vagues énormes, lentes et baveuses, s'écroulaient avec des détonations d'artillerie. Elles s'en venaient tout doucement, l'une après l'autre, hautes comme des montagnes, éparpillant dans l'air, sous les rafales, l'écume blanche de leurs têtes ainsi qu'une sueur de monstres.

– Une partie de campagne

La caresse, Madame, c'est l'épreuve de l'amour. Quand notre ardeur s'éteint après l'étreinte, nous nous étions trompés. Quand elle grandit, nous nous aimions.

– Caresses (Les)

Aimons la caresse savoureuse comme le vin qui grise, comme le fruit mûr qui parfume la bouche, comme tout ce qui pénètre notre corps de bonheur.

– Caresses (Les)

(...) aimons avant tout la caresse qui grise, affole, énerve, épuise, ranime, est plus douce que les parfums, plus légère que la brise, plus aiguë que les blessures, rapide et dévorante, qui fait prier, qui fait commettre tous les crimes et tous les courages! Aimons - la, non pas tranquille, normale, légale; mais violente, furieuse, immodérée!

– Caresses (Les)

Je ne restai pas longtemps ce jour-là et m'efforçai seulement de découvrir la couleur de sa misanthropie. Il me fit surtout l'effet d'un être fatigué des autres, las de tout, irrémédiablement désillusionné et dégoûté de lui-même comme du reste.

– La Petite Roque

Le vieux ne travaillait plus. Triste comme tous les sourds, perclus de douleurs, courbé, tortu, il s'en allait par les champs, appuyé sur son bâton, en regardant les bêtes et les hommes d'un œil dur et méfiant. Quelquefois il s'asseyait sur le bord d'un fossé et demeurait là, sans remuer, pendant des heures, pensant vaguement aux choses qui l'avaient préoccupé toute sa vie, au prix des œufs et des grains, au soleil et à la pluie qui gâtent ou font pousser les récoltes. Et, travaillés par les rhumatismes, ses vieux membres buvaient encore l'humidité du sol, comme ils avaient bu depuis soixante-dix ans la vapeur des murs de sa chaumière basse.

– La Petite Roque

L'automne vint, les feuilles tombèrent.....Et le murmure presque insaisissable, le murmure flottant, incessant, doux et triste de cette chute, semblait une plainte, et ces feuilles tombant toujours, semblaient des larmes, de grandes larmes versées par les grands arbres tristes qui pleuraient jour et nuit sur la fin de l'année, sur la fin des aurores tièdes et des doux crépuscules, sur la fin des brises chaudes et des clairs soleils, et aussi peut être sur le crime qu'ils avaient vu commettre sous leur ombre, sur l'enfant violée et tuée à leur pied. Ils pleuraient dans le silence du bois désert et vide, du bois abandonné et redouté, où devait errer, seule, l'âme, la petite âme de la petite morte.

– La Petite Roque

Il demeurait là, le coeur battant, comme si un de ses rêves sensuels venaient de se réaliser, comme si une fée impure eût fait apparaître devant lui cet être troublant et trop jeune, cette petite Vénus paysanne, née dans les bouillons du ruisselet, comme l'autre, la grande, dans les vagues de la mer.(La petite Roque)

– La Petite Roque

Pour les douleurs, y a rien de tel qu'eune cataplasme d'andouille, Ca tient chaud l'ventre, avec un verre de trois-six!...(Le Père Amable)

– La Petite Roque

Dans l' esprit du paysan tout l' effort de la religion consis- -tait à desserrer les bourses, à vider les poches des hommes pour les coffres du ciel .

– La Petite Roque

Combien l'homme, parfois, est faible et incompréhensible !

– La Petite Roque

Il considérait la religion comme une sanction morale de la loi, l'une et l'autre ayant été inventées par les hommes pour régler les rapports sociaux.

– La Petite Roque

- Alors tu veux que je lui parle.- Tout juste. Vous l' dites !- Et qu'est-ce que je lui raconterai, moi, à ton père ?- Mais... c' que vous racontez au sermon pour faire donner des sous.Dans l'esprit du paysan tout l'effort de la religion consistait à desserrer les bourses, à vider les poches des hommes pour emplir le coffre du ciel.

– La Petite Roque

C'était quelque chose de sinistre et de superbe, ce chant de naufragés, de condamnés, quelque chose comme une prière, et aussi quelque chose de plus grand, de comparable à l'antique "Ave, Caesar, morituri te salutant".( L'épave )

– La Petite Roque

Et elle se résolut à la mort.Elle s'y décida tout d'un coup, tranquillement, comme s'il s'agissait d'un voyage, sans réfléchir, sans voir la mort, sans comprendre que c'est la fin sans recommencement, le départ sans retour, l'adieu éternel à la terre, à la vie.

– Yvette

Yvette pensait : " J e vais mourir ! Je vais mourir ! " .Et son cœur gonflé de sanglots , crevant de peine , l' étouffait .Ellesentait en elle un besoin de demander grâce à quel qu' un,d' être sauvée, d' être aimée .

– Yvette

Eh bien, oui, je suis une courtisane. Après ? Si je n'étais pas une courtisane, moi, tu serais aujourd'hui une cuisinière, toi, comme j'étais autrefois, et tu ferais des journées de trente sous, et tu laverais la vaisselle, et ta maîtresse t'enverrait à la boucherie, entends-tu ? Et elle te ficherait à la porte si tu flânais, tandis que tu flânes toute la journée parce que je suis courtisane. Voilà. Quand on n'est rien qu'une bonne, une pauvre fille avec cinquante francs d'économies, il faut savoir se tirer d'affaire, si on ne veut pas crever dans la peau d'une meurt-de-faim ; et il n'y a pas deux moyens pour nous, il n'y en a pas deux, entends-tu ! Quand on est servante ! Nous ne pouvons pas faire fortune, nous, avec des places, ni avec des tripotages de bourse. Nous n'avons rien que notre corps, rien que notre corps. (...) Tant pis ! Quand on est belle fille, faut vivre de ça, ou bien souffrir de misère toute sa vie... toute sa vie... pas de choix.

– Yvette

Vrai parisien , d' ailleurs , léger , sceptique , changeant , entraînable,énergique,et irrésolu , capable de tout et de rien , égoïste par principe et généreux par élan , il mangeait ses rentes avec modération et s' amusait avec hygiène .

– Yvette

"Qu'avez-vous donc, Mademoiselle? je vous trouve changée depuis l'autre semaine. Vous êtes devenue une personne toute raisonnable".Yvette répondit: "C'est la campagne qui m'a fait ça. Je ne suis plus la même. Je me sens tout drôle. Moi, d'ailleurs, je ne me ressemble jamais deux jours de suite. Aujourd'hui, j'aurai l'air d'une folle, et demain d'une élégie; je change comme le temps, je ne sais pas pourquoi.Voyez-vous, je suis capable de tout, suivant les moments. Il y a des jours où je tuerais des gens, pas des bêtes, jamais je ne tuerais des bêtes, mais des gens, oui, puis d'autres jours où je pleure pour un rien. Il me passe dans la tête un tas d'idées différentes. Ça dépend aussi comment on se lève. Chaque matin, en m'éveillant, je ne pourrais dire ce que je serai jusqu'au soir. Ce sont peut-être nos rêves qui nous disposent comme ça. Ça dépend aussi du livre que je viens de lire..."

– Yvette

C'est d'ailleurs une lectrice de romans enragée (...). Chaque semaine, la Librairie Nouvelle lui adresse, de ma part, tout ce qui a paru, et je crois qu'elle lit tout, pêle-mêle.ça doit faire dans sa tête une étrange salade..Cette bouillie de lecture est peut-être pour quelque chose dans les allures singulières de cette fille. Quand on contemple l'existence à travers quinze mille romans, on doit la voir sous un drôle de jour et se faire, sur les choses, des idées assez baroques.

– Yvette

Elle sentait bien, avec son flair de courtisane, que sa fille ne pourrait épouser un homme riche et du vrai monde que par un hasard tout à fait improbable, par une de ces surprises de l'amour qui placent des aventurières sur les trônes.

– Yvette

En arithmétique, un et un font deux. En amour, un et un devraient faire un.

– Yvette

- Eh bien ! oui, je suis une courtisane. Après ? Si je n'étais pas une courtisane, moi, tu serais aujourd'hui une cuisinière, toi, comme j'étais autrefois, et tu ferais des journées de trente sous, et tu laverais la vaisselle, et ta maîtresse t'enverrait à la boucherie, entends-tu ? et elle te ficherait à la porte si tu flânais, tandis que tu flânes toute la journée parce que je suis une courtisane. Voilà. Quand on n'est rien qu'une bonne, une pauvre fille avec cinquante francs d'économies, il faut savoir se tirer d'affaire, si on ne veut pas crever dans la peau d'une meurt-de-faim ; et il n'y a pas deux moyens pour nous, il n'y en a pas deux, entends-tu ? quand on est servante ! Nous ne pouvons pas faire fortune, nous, avec des places, ni avec des tripotages de bourse. Nous n'avons rien que notre corps, rien que notre corps.

– Yvette

La mer fouette la côte de sa vague courte et monotone. De petits nuages blancs passent vite à travers le grand ciel bleu, emportés par le vent rapide, comme des oiseaux ; et le village, dans le pli du vallon qui descend vers l'océan, se chauffe au soleil. Tout à l'entrée, une maison, seule, au bord de la route. C'est une petite demeure de pêcheur, aux murs d'argile, au toit de chaume empanaché d'iris bleus. Un chat dort sur la fenêtre, et des giroflées épanouies font, au pied du mur, un beau bourrelet de fleurs blanches, sur qui bourdonne un peuple de mouches.

– Yvette

Je sais bien que tu as pour toi l'expérience de l'âge, tu as peut-être couché avec Mathusalem.

– Rose

Vos femmes sont charmantes, mais une femme du monde ! Voyez-vous, c'est autre chose. Cette femme qui se donne, se livre, qui vous appartient tout entière. Voilà la femme comme je voudrais en posséder une.

– Rose

Est-ce qu'on met son sabre au fourreau pour aller à la charge ?

– Rose

Qu'est-ce qu'elles ont l'habitude de boire ces dames ? Ce doit être des sirops à l'essence de fleurs.

– Rose

Quand la vache perd sa queue, Dieu balaie les mouches.

– Vaches & veaux

L'aigle ne prend pas les mouches.

– Mouche'

On ne prend pas les mouches avec du vinaigre.

– Mouche'

Un homme est-il de valeur si petite ? Est-ce une mouche ? Ou un ver qui mérite sans nul égard si tôt être détruit ?

– Mouche'

Les mouches ne s’attaquent pas à un oeuf qui n’est pas fêlé.

– Oeufs

LES OIES SAUVAGESTout est muet, l'oiseau ne jette plus ses cris.La morne plaine est blanche au loin sous le ciel gris.Seuls, les grands corbeaux noirs, qui vont cherchant/ leurs proies,Fouillent du bec la neige et tachent sa pâleur.Voilà qu'à l'horizon s'élève une clameur ;Elle approche, elle vient, c'est la tribu des oies.Ainsi qu'un trait lancé, toutes, le cou tendu,Allant toujours plus vite, en leur vol éperdu,Passent, fouettant le vent de leur aile sifflante.Le guide qui conduit ces pèlerins des airsDelà les océans, les bois et les déserts,Comme pour exciter leur allure trop lente,De moment en moment jette son cri perçant.Comme un double ruban la caravane ondoie,Bruit étrangement, et par le ciel déploieSon grand triangle ailé qui va s'élargissant.Mais leurs frères captifs répandus dans la plaine,Engourdis par le froid, cheminent gravement.Un enfant en haillons en sifflant les promène,Comme de lourds vaisseaux balancés lentement.Ils entendent le cri de la tribu qui passe,Ils érigent leur tête ; et regardant s'enfuirLes libres voyageurs au travers de l'espace,Les captifs tout à coup se lèvent pour partir.Ils agitent en vain leurs ailes impuissantes,Et, dressés sur leurs pieds, sentent confusément,À cet appel errant se lever grandissantesLa liberté première au fond du cœur dormant,La fièvre de l'espace et des tièdes rivages.Dans les champs pleins de neige ils courent effarés,Et jetant par le ciel des cris désespérésIls répondent longtemps à leurs frères sauvages.

– Les Plus Belles Poesies De Guy De Maupassant

La nature, qui veut des êtres, a mis l'appât du sentiment au bout du piège de la reproduction. (préface)

– Les Sœurs Rondoli

Notre mémoire est un monde plus parfait que l'univers : elle rend la vie à ce qui n'existe plus !

– Les Sœurs Rondoli

Chacun de nous d'ailleurs garde dans leurs traits, sous la ligne humaine, un type animal, comme la marque de sa race primitive. Combien de gens ont des gueules de bulldog, des têtes de bouc, de lapin, de renard, de cheval, de boeuf ! Paul est un écureuil devenu homme.

– Les Sœurs Rondoli

"Je tiens à mon lit plus qu'à tout ! Il est le sanctuaire de la vie. On lui livre nue sa chair fatiguée pour qu'il la ranime et la repose dans la blancheur des draps et dans la chaleur des duvets. C'est là que nous trouvons les plus douces heures de l'existence, les heures d'amour et de sommeil. Le lit est sacré ! Il doit être respecté,vénéré par nous et aimé comme ce que nous avons de meilleur et de plus doux sur terre"

– Les Sœurs Rondoli

Chaque cerveau est comme un cirque, où tourne éternellement un pauvre cheval enfermé.

– Les Sœurs Rondoli

Nous sommes les jouets éternels d'illusions stupides et charmantes toujours renouvelées.

– Les Sœurs Rondoli

Et pourtant ces deux tentatives m' ont donné une idée charmante des mœurs de ce beau pays .

– Les Sœurs Rondoli

Le directeur, devinant le mensonge, dit en souriant :— Vous avouerez, madame, qu'il est bien étonnant que M. Oreille, n'ayant rien demandé pour un dégât de cinq cents francs, vienne réclamer une réparation de cinq ou six francs pour un parapluie.Elle ne se troubla point et répliqua :— Pardon, monsieur, le dégât de cinq cents francs concernait la bourse de M. Oreille, tandis que le dégât de dix-huit francs concerne la bourse de Mme Oreille, ce qui n'est pas la même chose.Il vit qu'il ne s'en débarrasserait pas et qu'il allait perdre sa journée, et il demanda avec résignation :— Veuillez me dire alors comment l'accident est arrivé.Elle sentit la victoire et se mit à raconter :— Voilà, monsieur ; j'ai dans mon vestibule une espèce de chose en bronze où l'on pose les parapluies et les cannes. L'autre jour donc, en rentrant, je plaçai dedans celui-là. Il faut vous dire qu'il y a juste au-dessus une planchette pour mettre les bougies et les allumettes. J'allonge le bras et je prends quatre allumettes. J'en frotte une ; elle rate. J'en frotte une autre; elle s'allume et s`éteint aussitôt. J'en frotte une troisième; elle en fait autant.Le directeur l'interrompit pour placer un mot d'esprit :— C'étaient donc des allumettes du gouvernement ?Elle ne comprit pas et continua :— Ça se peut bien. Toujours est-il que la quatrième prit feu et j'allumai ma bougie ; puis je rentrai dans ma chambre pour me coucher. Mais au bout d'un quart d'heure il me sembla qu'on sentait le brûlé. Moi j'ai toujours peur du feu. Oh ! si nous avons jamais un sinistre, ce ne sera pas ma faute ! Surtout depuis le feu de cheminée dont je vous ai parlé, je ne vis pas. Je me relève donc, je sors, je cherche,je sens partout comme un chien de chasse et je m'aperçois enfin que mon parapluie brûle. C'est probablement une allumette qui était tombée dedans. Vous voyez dans quel état ça l'a mis... Le directeur en avait pris son parti ; il demanda :— À combien estimez-vous le dégât ?Elle demeura sans parole, n'osant pas fixer un chiffre. Puis elle dit, voulant être large :— Faites-le réparer vous-même, je m'en rapporte à vous.Il refusa :— Non, madame, je ne peux pas. Dites-moi combien vous demandez.— Mais... il me semble que... Tenez, monsieur, je ne peux pas gagner sur vous, moi... nous allons faire une chose. Je porterai mon parapluie chez un fabricant qui le recouvrira en bonne soie, en soie durable, et je vous apporterai la facture. Ça vous va-t-il ?— Parfaitement, madame ; c'est entendu. Voici un mot pour la caisse, qui remboursera votre dépense.Et il tendit une carte à Mme Oreille, qui la saisit, puis se leva et sortit en remerciant, ayant hâte d'être dehors, de crainte qu'il ne changeât d'avis.Elle allait maintenant d'un pas gai par la rue, cherchant un marchand de parapluies qui lui parût élégant. Quand elle eût trouvé une boutique d'allure riche, elle entra et dit, d'une voix assurée :— Voici un parapluie à recouvrir en soie, en très bonne soie. Mettez-y ce que vous avez de meilleur. Je ne regarde pas au prix.LE PARAPLUIE.

– Les Sœurs Rondoli

Il relisait à tout instant l'ordonnance, avec l'espoir, sans doute d'y trouver un sens inaperçu, de pénétrer la pensée secrète du médecin, et de découvrir aussi quel exercice favorable pourrait bien le mettre à l'abri de l'apoplexie.

– Les dimanches d'un bourgeois de Paris

À droite, une délégation d'antiques citoyennes sevrées d'époux, séchées dans le célibat, et exaspérées dans l'attente, faisait vis-à-vis à un groupe de citoyens réformateurs de l'humanité, qui n'avaient jamais coupé ni leur barbe ni leurs cheveux, pour indiquer sans doute l'infini de leurs aspirations.

– Les dimanches d'un bourgeois de Paris

Un grand désir de campagne lui était venu tout à coup, un besoin de s'attendrir devant les arbres, cette soif d'idéal champêtre qui hante au printemps les parisiens (....)Il leva les yeux aussitôt vers un petit carré de ciel qui apparaissait entre les toits, et il aperçut un morceau de bleu foncé, plein de soleil déjà, traversé sans cesse par des vols d'hirondelles qu'on ne pouvait suivre qu'une seconde.Il se dit que, de là-haut, elles devaient découvrir la campagne lointaine, la verdure des coteaux boisés, tout un déploiement d'horizons.

– Les dimanches d'un bourgeois de Paris

Vous avez le beau rôle, mesdames, puisque vous êtes pour nous la séduction de la vie, l'illusion sans fin, l'éternelle récompense de nos efforts. Ne cherchez donc point à en changer. Vous ne réussirez pas d'ailleurs.

– Les dimanches d'un bourgeois de Paris

Ce sera une fête ; ce que M. Patissot, bourgeois de Paris, appelle une fête : une de ces innombrables cohues qui, pendant quinze heures, roulent d'un bout à l'autre de la cité toutes les laideurs physiques chamarrées d'oripeaux, une houle de corps en transpiration où ballotteront, à côté de la lourde commère à rubans tricolores, engraissée derrière son comptoir et geignant d'essoufflement, l'employé rachitique remorquant sa femme et son mioche, l'ouvrier portant le sien à califourchon sur la tête, le provincial ahuri, à la physionomie de crétin stupéfait, le palefrenier rasé légèrement, encore parfumé d'écurie.

– Les dimanches d'un bourgeois de Paris

Il était plein de ce bon sens qui confine à la bêtise.

– Les dimanches d'un bourgeois de Paris

Histoire facile à comprendre, avec de l'intrigue.

– N 4 Cinq Nouvelles Realistes

"Voici un parapluie a recouvrir en soie, en très bonne soie. Mettez-y ce que vous avez de meilleur. Je ne regarde pas au prix" (Le parapluie)

– N 4 Cinq Nouvelles Realistes

"Il n'y a que les femmes pour savoir aimer"

– N 4 Cinq Nouvelles Realistes

"Voila pourquoi tu me verras quelquefois donner cent sous aux vagabonds" (Mon oncles Jules)

– N 4 Cinq Nouvelles Realistes

Oh! ma pauvre Mathilde! Mais la mienne était fausse. Elle valait au plus cinq cents francs!...

– N 4 Cinq Nouvelles Realistes

En une nuit, toute la plaine fut ensevelie… On n'entendait rien que le glissement vague et continu de cette poussière tombant toujours. Cela dura huit jours pleins, puis l'avalanche s'arrêta. La terre avait sur le dos un manteau épais de cinq pieds.Et, pendant trois semaines ensuite, un ciel clair comme un cristal bleu le jour et, la nuit, tout semé d'étoiles, s'étendit sur la nappe unie, dure et luisante des neiges. La plaine, les haies, les ormes des clôtures, tout semblait mort, tué par le froid. Ni hommes ni bêtes ne sortaient plus : seules les cheminées des chaumières en chemise blanche révélaient la vie cachée, par les minces filets de fumée qui montaient droit dans l'air glacial.Claire de Lune.

– N 4 Cinq Nouvelles Realistes

Le chien dormait couché sur le paillasson de la porte d'entrée, sous une brûlante tombée de soleil ; deux chats, qu'on eût crus morts, étaient allongés sur le rebord des deux fenêtres, les yeux fermés, les pattes et la queue tout au long étendues.Une grosse poule gloussante promenait un bataillon de poussins, vêtus de duvet jaune, léger comme de la ouate, à travers le petit jardin ; et une grande cage accrochée au mur, couverte de mouron, contenait un peuple d'oiseaux qui s'égosillaient dans la lumière de cette chaude matinée de printemps.

– N 4 Cinq Nouvelles Realistes

Son père était rempailleur et sa mère rempailleuse. Elle n'a jamais eu de logis planté en terre. Toute petite, elle errait, haillonneuse, vermineuse, sordide. On s'arrêtait à l'entrée des villages, le long des fossés ; on dételait la voiture ; le cheval broutait ; le chien dormait, le museau sur ses pattes ; et la petite se roulait dans l'herbe pendant que le père et la mère rafistolaient, à l'ombre des ormes du chemin, tous les vieux sièges de la commune. On ne parlait guère dans cette demeure ambulante. Après les quelques mots nécessaires pour décider qui ferait le tour des maisons en poussant le cri bien connu : « Remmmpailleur de chaises ! »LA REMPAILLEUSE.

– N 4 Cinq Nouvelles Realistes

Elle avait été élevée dans une de ces familles qui vivent enfermées en elles-mêmes, et qui semblent toujours loin de tout. [...] Les enfants ne se doutent de rien, et ils arrivent à l'âge de vivre à leur tour, avec un bandeau sur les yeux et sur l'esprit, sans soupçonner les dessous de l'existence, sans savoir qu'on ne pense pas comme on parle, et qu'on ne parle point comme on agit ; sans savoir qu'il faut vivre en guerre avec tout le monde, ou du moins en paix armée, sans deviner qu'on est sans cesse trompé quand on est naïf, joué quand on est sincère, maltraité quand on est bon. Les uns vont jusqu'à la mort dans cet aveuglement de probité, de loyauté, d'honneur ; tellement intègres que rien ne leur ouvre les yeux. Les autres, désabusés sans bien comprendre, trébuchent éperdus, désespérés, et meurent en se croyant les jouets d'une fatalité exceptionnelle, les victimes misérables d'événements funestes et d'hommes particulièrement criminels.LE PARDON.

– N 4 Cinq Nouvelles Realistes

Simon entra sans être vu et alla tout doucement tirer son ami par la manche. Celui-ci se retourna. Soudain le travail s'interrompit, et tous les hommes regardèrent, très attentifs. Alors, au milieu de ce silence inaccoutumé, monta la petite voix frêle de Simon.— Dis donc, Philippe, le gars à la Michaude qui m'a conté tout à l'heure que tu n'étais pas mon papa tout à fait.— Pourquoi ça ? demanda l'ouvrier.L'enfant répondit avec toute sa naïveté :— Parce que tu n'es pas le mari de maman.Personne ne rit. Philippe resta debout, appuyant son front sur le dos de ses grosses mains que supportait le manche de son marteau dressé sur l'enclume. Il rêvait. Ses quatre compagnons le regardaient et, tout petit entre ces géants, Simon, anxieux, attendait. Tout à coup, un des forgerons, répondant à la pensée de tous, dit à Philippe :— C'est tout de même une bonne et brave fille que la Blanchotte, et vaillante et rangée malgré son malheur, et qui serait une digne femme pour un honnête homme.— Ça, c'est vrai, dirent les trois autres.L'ouvrier continua :— Est-ce sa faute, à cette fille, si elle a failli ? On lui avait promis mariage, et j'en connais plus d'une qu'on respecte bien aujourd'hui et qui en a fait tout autant.— Ça, c'est vrai, répondirent en chœur les trois hommes.Il reprit : — « Ce qu'elle a peiné, la pauvre, pour élever son gars toute seule, et ce qu'elle a pleuré depuis qu'elle ne sort plus que pour aller à l'église, il n'y a que le bon Dieu qui le sait. »— C'est encore vrai, dirent les autres.Alors on n'entendit plus que le soufflet qui activait le feu du foyer. Philippe, brusquement, se pencha vers Simon :— « Va dire à ta maman que j'irai lui parler ce soir. »Puis il poussa l'enfant dehors par les épaules.Il revint à son travail et, d'un seul coup, les cinq marteaux retombèrent ensemble sur les enclumes. Ils battirent ainsi le fer jusqu'à la nuit, forts, puissants, joyeux comme des marteaux satisfaits.

– N 4 Cinq Nouvelles Realistes

On me remit les journaux que le facteur venait d'apporter et je m'en allai sur la rive, à pas tranquilles, pour les lire.Dans le premier que j'ouvris, j'aperçus ces mots : "Statistique des suicides" et j'appris que, cette année, plus de huit mille cinq cents êtres humains se sont tués.Instantanément, je les vis ! Je vis ce massacre, hideux et volontaire des désespérés las de vivre. Je vis des gens qui saignaient, la mâchoire brisée, le crâne crevé, la poitrine trouée par une balle, agonisant lentement, seuls dans une petite chambre d'hôtel, et sans penser à leur blessure, pensant toujours à leur malheur.J'en vis d'autres, la gorge ouverte ou le ventre fendu, tenant encore dans leur main le couteau de cuisine ou le rasoir.J'en vis d'autres, assis tantôt devant un verre où trempaient des allumettes, tantôt devant une petite bouteille qui portait une étiquette rouge.Ils regardaient cela avec des yeux fixes, sans bouger ; puis ils buvaient, puis ils attendaient ; puis une grimace passait sur leurs joues, crispait leurs lèvres ; une épouvante égarait leurs yeux, car ils ne savaient pas qu'on souffrait tant avant la fin.Ils se levaient, s'arrêtaient, tombaient et, les deux mains sur le ventre, ils sentaient leurs organes brûlés, leurs entrailles rongées par le feu du liquide, avant que leur pensée fût seulement obscurcie.J'en vis d'autres pendus au clou du mur, à l'espagnolette de la fenêtre, au crochet du plafond, à la poutre du grenier, à la branche d'arbre, sous la pluie du soir. Et je devinais tout ce qu'ils avaient fait avant de rester là, la langue tirée, immobiles. Je devinais l'angoisse de leur cœur, leurs hésitations dernières, leurs mouvements pour attacher la corde, constater qu'elle tenait bien, se la passer au cou et se laisser tomber.J'en vis d'autres couchés sur des lits misérables, des mères avec leurs petits enfants, des vieillards crevant la faim, des jeunes filles déchirées par des angoisses d'amour, tous rigides, étouffés, asphyxiés, tandis qu'au milieu de la chambre fumait encore le réchaud de charbon.Et j'en aperçus qui se promenaient dans la nuit sur les ponts déserts. C'étaient les plus sinistres. L'eau coulait sous les arches avec un bruit mou. Ils ne la voyaient pas..., ils la devinaient en aspirant son odeur froide ! Ils en avaient envie et ils en avaient peur. Ils n'osaient point ! Pourtant, il le fallait. L'heure sonnait au loin à quelque clocher, et soudain, dans le large silence des ténèbres, passaient, vite étouffés, le claquement d'un corps tombant dans la rivière, quelques cris, un clapotement d'eau battue avec des mains. Ce n'était parfois aussi que le clouf de leur chute, quand ils s'étaient lié les bras ou attaché une pierre aux pieds.Oh ! les pauvres gens, les pauvres gens, les pauvres gens, comme j'ai senti leurs angoisses, comme je suis mort de leur mort !L'ENDORMEUSE

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[L'homme de Mars] les planètes les plus éloignées sont les plus vieilles, et doivent être, par conséquent, les plus civilisées. (...) Voulez-vous admettre que ces planètes soient habitées comme la Terre? - Mais certainement. Pourquoi croire que la Terre est une exception?

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Les jours, les semaines, les mois, les saisons, les années s'étaient ressemblés. À la même heure, chaque jour, il se levait, partait, arrivait au bureau, déjeunait, s'en allait, dînait et se couchait, sans que rien eût jamais interrompu la régulière monotonie des mêmes actes, des mêmes faits, et des mêmes pensées. (Promenade)

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Je ne l'entendais pas, tant je la regardais Par sa robe entr'ouverte, au loin je me perdais, Devinant les dessous et brûlé d'ardeurs folles: Elle se débattait, mais je trouvai ses lèvres! Ce fut un baiser long comme une éternité Qui tendit nos deux corps dans l'immobilité Elle se renversa, râlant sous ma caresse; Sa poitrine oppressée et dure de tendresse Haletait fortement avec de longs sanglots. Sa joie était brûlante et ses yeux demi-clos; Et nos bouches, et nos sens, nos soupirs se mêlèrent Puis, dans la nuit tranquille où la campagne dort, Un cri d'amour monta, si terrible et si fort Que des oiseaux dans l'ombre effarés s'envolèrent Ainsi que deux forçats rivés aux mêmes fers Un lien nous tenait…l'affinité des chairs.

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La neige, qui tombait toujours, les poudrait de blanc dans l'ombre ; elle ne fondait pas sur leurs vêtements, de sorte que, la nuit étant obscure, ils tachaient à peine la pâleur uniforme de la campagne. On faisait halte de temps en temps. Alors on n'entendait plus que cet innommable froissement de la neige qui tombe, plutôt sensation que bruit, murmure sinistre et vague. Un ordre se communiquait à voix basse, et, quand la troupe se remettait en route, elle laissait derrière elle une espèce de fantôme blanc debout dans la neige. Il s'effaçait peu à peu et finissait par disparaître. C'étaient les échelons vivants qui devaient guider l'armée.

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J'aime la nuit avec passion. Je l'aime comme on aime son pays ou sa maîtresse, d'un amour instinctif, profond, invincible. Je l'aime avec tous mes sens, avec mes yeux qui la voient, avec mon odorat qui la respire, avec mes oreilles qui en écoutent le silence, avec toute ma chair que les ténèbres caressent. Les alouettes chantent dans le soleil, dans l'air bleu, dans l'air chaud, dans l'air léger des matinées claires. Le hibou fuit dans la nuit, tache noire qui passe à travers l'espace noir, et, réjoui, grisé par la noire immensité, il pousse son cri vibrant et sinistre. Le jour me fatigue et m'ennuie. Il est brutal et bruyant. Je me lève avec peine, je m'habille avec lassitude, je sors avec regret, et chaque pas, chaque mouvement, chaque geste, chaque parole, chaque pensée me fatigue comme si je soulevais un écrasant fardeau. Mais quand le soleil baisse, une joie confuse, une joie de tout mon corps m'envahit. Je m'éveille, je m'anime. A mesure que l'ombre grandit, je me sens tout autre, plus jeune, plus fort, plus alerte, plus heureux. LA NUIT

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Les fous m'attirent. (...) Eux seuls peuvent être heureux sur la terre, car, pour eux, la Réalité n'existe plus.MADAME HERMET.

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Le suicide ! mais c'est la force de ceux qui n'en ont plus, c'est l'espoir de ceux qui ne croient plus, c'est le sublime courage des vaincus !

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- Mais vous êtes donc fous aujourd'hui, vous êtes fous. Le bon Dieu vous a donné l'amour, la seule séduction de la vie ; l'homme y a mêlé la galanterie, la seule distraction de nos heures, et voilà que vous y mettez du vitriol et du revolver, comme on mettrait de la boue dans un flacon de vin d'Espagne !Berthe ne paraissait pas comprendre l'indignation de son aïeule.- Mais, grand-mère, cette femme s'est vengée. Songe donc, elle était mariée, et son mari la trompait.La grand-mère eut un soubresaut.- Quelles idées vous donne-t-on, à vous autres, jeunes filles d'aujourd'hui ?Berthe répondit :- Mais le mariage, c'est sacré, grand-mère.L'aïeule tressaillit en son cœur de femme née encore au grand siècle galant.- C'est l'amour qui est sacré, dit-elle. Écoute, fillette, une vieille qui a vécu trois générations et qui en sait long, bien long sur les hommes et sur les femmes. Le mariage et l'amour n'ont rien à voir ensemble. On se marie pour fonder une famille, et on forme une famille pour constituer la société. La société ne peut pas se passer du mariage. Si la société est une chaîne, chaque famille en est un anneau.Pour souder ces anneaux-là, on cherche toujours les métaux pareils. Quand on se marie, il faut unir les convenances, combiner les fortunes, joindre les races semblables, travailler pour l'intérêt commun qui est la richesse et les enfants. On ne se marie qu'une fois, fillette, et parce que le monde l'exige ; mais on peut aimer vingt fois dans sa vie, parce que la nature nous a faits ainsi. Le mariage ! c'est une loi, vois-tu, et l'amour, c'est un instinct qui nous pousse tantôt à droite, tantôt à gauche. On a fait des lois qui combattent nos instincts, il le fallait ; mais les instincts toujours sont les plus forts, et on a tort de leur résister, puisqu'ils viennent de Dieu, tandis que les lois ne viennent que des hommes.(Extrait de la nouvelle "Jadis")

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J'ai donc vu brûler un homme sur un bûcher et cela m'a donné le désir de disparaître de la même façon. Ainsi, tout est fini tout de suite. L'homme hâte l'œuvre lente de la nature, au lieu de la retarder encore par le hideux cercueil où l'on se décompose pendant des mois. La chair est morte, l'esprit a fui. Le feu qui purifie disperse en quelques heures ce qui fut un être, il le jette au vent, il en fait de l'air et de la cendre, et non point de la pourriture infâme.Cela est propre et sain. La putréfaction sous terre, dans cette boîte close où le corps devient bouillie, une bouillie noire et puante, a quelque chose de répugnant et d'atroce. Le cercueil qui descend dans ce trou fangeux; serre le cœur d'angoisse; mais le bûcher qui flambe sous le ciel a quelque chose de grand, de beau et de solennel.LE BÛCHER.

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Car la haine de l'étranger arme toujours quelques intrépides prêts à mourir pour une Idée.

– Boule de suif et autres nouvelles

Vraiment, un homme sans moustache n'est plus un homme. Je n'aime pas beaucoup la barbe ; elle donne presque toujours l'air négligé, mais la moustache, oh! la moustache est indispensable à un physionomie virile.

– Boule de suif et autres nouvelles

Cornudet insistait avec vivacité. Il disait :" Voyons, vous êtes bête, qu'est-ce que ça vous fait ?"Elle avait l'air indignée et répondit :" Non, mon cher, il y a des moments où ces choses-là ne se font pas ; et puis ici, ce serait une honte."Il ne comprenait point, sans doute, et demanda pourquoi. Alors elle s'emporta, élevant encore le ton :" Pourquoi ? Vous ne comprenez pas pourquoi ? (...) "Il se tut. Cette pudeur patriotique de catin (...) dut réveiller en son cœur sa dignité défaillante.

– Boule de suif et autres nouvelles

L'angoisse de l'attente faisait désirer la venue de l'ennemi.

– Boule de suif et autres nouvelles

La femme, une de celles appelées galantes, était célèbre par son embonpoint précoce qui lui avait valu le surnom de Boule de suif. Petite, ronde de partout, grasse à lard, avec des doigts bouffis, étranglés aux phalanges, pareils à des chapelets de courtes saucisses, avec une peau luisante et tendue, une gorge énorme qui saillait sous sa robe, elle restait cependant appétissante et courue, tant sa fraîcheur faisait plaisir à voir. Sa figure était une pomme rouge, un bouton de pivoine prêt à fleurir; et là-dedans s'ouvraient, en haut, deux yeux noirs magnifiques, ombragés de grands cils épais qui mettaient une ombre dedans; en bas, une bouche charmante, étroite, humide pour le baiser, meublée de quenottes luisantes et microscopiques. Elle était de plus, disait-on, pleine de qualités inappréciables.

– Boule de suif et autres nouvelles

Les femmes n'ont point de caste ni de race, leur beauté, leur grâce et leur charme leur servant de naissance et de famille.

– Boule de suif et autres nouvelles

Ces hommes de lettres, vraiment, ne savent rien du monde. Ils ignorent tout à fait comment on pense et comment on parle chez nous. Je leur permettrais parfaitement de mépriser nos usages, nos conventions et nos manières, mais je ne leur permets point de ne pas les connaitre.

– Boule de suif et autres nouvelles

La guerre est une barbarie quand on attaque un voisin paisible ; c'est un devoir sacré quand on défend la patrie.

– Boule de suif et autres nouvelles

Ces flocons légers qu'un voyageur, Rouennais pur sang, avait comparés à une pluie de coton, ne tombaient plus.

– Boule de suif et autres nouvelles

- [...] Quel que soit le bien-être qui engourdit notre coprs, nous désirons toujours quelque chose de plus... pour le coeur.Et l'autre, souriant :- Un peu d'amour?- Oui.

– Boule de suif et autres nouvelles

Messieurs les écrivains qui sont tous parisiens nous chantent la Parisienne sur tous les tons, parce qu'ils ne connaissent qu'elle, mais je déclare, moi ! que la provinciale vaut cent fois plus, quand elle est de qualité supérieure. La provinciale fine a une allure toute particulière, plus discrète que celle de la Parisienne, plus humble, qui ne promet rien et donne beaucoup, tandis que la Parisienne, la plupart du temps, promet beaucoup et ne donne rien au déshabillé. La Parisienne, c'est le triomphe élégant et effronté du faux. La provinciale, c'est la modestie du vrai. Une petite provinciale délurée, avec son air de bourgeoise alerte, sa candeur trompeuse de pensionnaire, son sourire qui ne dit rien, et ses bonnes petites passions adroites, mais tenaces, doit montrer mille fois plus de ruse, de souplesse, d'invention féminine que toutes les Parisiennes réunies, pour arriver à satisfaire ses goûts, ou ses vices, sans éveiller aucun soupçon, aucun potin, aucun scandale dans la petite ville qui la regarde avec tous ses yeux et toutes ses fenêtres.

– Bibliocollège - Toine et autres contes, Maupassant

Une planche glissa et j'aperçus, étalée sur un fond de velours noir, une merveilleuse chevelure de femme! Oui, une chevelure, une énorme natte de cheveux blonds, presque roux, qui avaient dû être coupés contre la peau, et liés par une corde d'or. Je demeurai stupéfait, tremblant, troublé ! Un parfum presque insensible, si vieux qu'il semblait l'âme d'une odeur, s'envolait de ce tiroir mystérieux et de cette surprenante relique.Je la pris doucement, presque religieusement, et je la tirai de sa cachette. Aussitôt elle se déroula, répandant son flot doré qui tomba jusqu'à terre, épais et léger, souple et brillant comme la queue en feu d'une comète.Une étrange émotion me saisit. Qu'était-ce que cela?

– Bibliocollège - Toine et autres contes, Maupassant

Messieurs les écrivains qui sont tous parisiens nous chantent la Parisienne sur tous les tons, parce qu'ils ne connaissent qu'elle, mais je déclare, moi ! que la provinciale vaut cent fois plus, quand elle est de qualité supérieure.La provinciale fine a une allure toute particulière, plus discrète que celle de la Parisienne, plus humble, qui ne promet rien et donne beaucoup, tandis que la Parisienne, la plupart du temps, promet beaucoup et ne donne rien au déshabillé.La Parisienne, c'est le triomphe élégant et effronté du faux. La provinciale, c'est la modestie du vrai.

– Bibliocollège - Toine et autres contes, Maupassant

Aucun bruit dans la forêt que le frémissement léger de la neige tombant sur les arbres. Elle tombait depuis midi : une petite neige fine qui poudrait les branches d'une mousse glacée, qui jetait sur les feuilles mortes des fourrés un léger toit d'argent, étendait par les chemins un immense tapis moelleux et blanc, et qui épaississait le silence illimité de cet océan d'arbres.Devant la porte de la maison forestière, une jeune femme, les bras nus, rapporta ses fagots et ses bûches et les entassa le long de la cheminée, ressortit pour fermer les auvents, d'énormes auvents en cœur de chêne, et rentrée enfin, elle poussa les lourds verrous de la porte.

– Bibliocollège - Toine et autres contes, Maupassant

Alors, elle remarqua le tic-tac de la pendule et un autre petit bruit, ou , plutôt, un bruissement presque imperceptible.C'était la montre de petite mère qui continuait à marcher, oubliée dans la robe jetée sur une chaise au pied du lit. Et soudain un vague rapprochement entre cette morte et cette mécanique qui ne s'était pas arrêtée raviva la douleur au cœur de Jeanne.

– Une vie

page 110 [...] Ses relations avec Julien avaient changé complètement. Il semblait tout autre depuis le retour de leur voyage de noces, comme un acteur qui a fini son rôle et reprend sa figure ordinaire. C'est à peine s'il s'occupait d'elle, s'il lui parlait même ; toute trace d'amour avait subitement disparu ; et les nuits étaient rares où il pénétrait dans sa chambre.Il avait pris la direction de la fortune et de la maison, révisait les baux, harcelait les paysans, diminuait les dépenses ; et ayant revêtu lui-même des allures de fermier gentilhomme, il avait perdu son vernis et son élégance de fiancé.Il ne quittait plus, bien qu'il fut tigré de taches, un vieil habit de chasse en velours, garni de boutons de cuivre, retrouvé dans sa garde-robe de jeune homme, et envahi par la négligence des gens qui n'ont plus besoin de plaire, il avait cessé de se raser, de sorte que sa barbe longue, mal coupée, l'enlaidissait incroyablement. Ses mains n'étaient plus soignées ; et il buvait, après chaque repas, quatre ou cinq petits verres de cognac.Jeanne ayant essayé de lui faire quelques tendres reproches, il avait répondu si brusquement : "Tu vas me laisser tranquille, n'est-ce pas ?" qu'elle ne se hasarda plus à lui donner des conseils.Elle avait pris son parti de ces changements d'une façon qui l'étonnait elle-même. Il était devenu un étranger pour elle, un étranger dont l'âme et le cœur lui restaient fermés. [...]

– Une vie

Alors elle s'aperçut qu'elle n'avait plus rien à faire, plus jamais rien à faire. Toute sa jeunesse au couvent avait été préoccupée de l'avenir, affairée de songeries. La continuelle agitation de ses espérances emplissait, en ce temps-là, ses heures sans qu'elle les sentît passer. Puis, à peine sortie des murs austères où ses illusions étaient écloses, son attente d'amour se trouvait tout de suite accomplie. L'homme espéré, rencontré, aimé, épousé en quelques semaines, comme on épouse en ces brusques déterminations, l'emportait dans ses bras sans la laisser réfléchir à rien. Mais voilà que la douce réalité des premiers jours allait devenir la réalité quotidienne qui fermait la porte aux espoirs indéfinis, aux charmantes inquiétudes de l'inconnu. Oui, c'était fini d'attendre. Alors plus rien à faire, aujourd'hui, ni demain ni jamais. Elle sentait tout cela vaguement à une certaine désillusion, à un affaissement de ses rêves.

– Une vie

La seule vérité qui ne mente pas est la souffrance.

– Une vie

La vie est une défaite, la vie, l'adolescence passée, est une chose qui ne peut que se défaire, qui, au mieux, s'arrange dans les derniers jours, lorsque l'on a renoncé à tout et que l'on n'attend plus rien.

– Une vie

L'amour ! Il l'emplissait depuis deux années de l'anxiété croissante de son approche. Maintenant elle était libre d'aimer; elle n'avait plus qu'à le rencontrer, lui !Comment serait-il ? Elle ne le savait pas au juste et ne se le demandait même pas. Il serait lui, voilà tout.Elle savait seulement qu'elle l'adorerait de toute son âme et qu'il la chérirait de toute sa force. Ils se promèneraient par les soirs pareils à celui-ci, sous la cendre lumineuse qui tombait des étoiles. Ils iraient, les mains dans les mains, serrés l'un contre l'autre, entendant battre leurs coeurs, sentant la chaleur de leurs épaules, mêlant leur amour à la simplicité suave des nuits d'été, tellement unis qu'ils pénétreraient aisément, par la seule puissance de leur tendresse, jusqu'à leurs plus secrètes pensées.Et cela continuerait indéfiniment, dans la sérénité d'une affection indescriptible.

– Une vie

(...) et elle sentait entre elle et lui comme un voile, un obstacle, s'apercevant pour la première fois que deux personnes ne se pénètrent jamais jusqu'à l'âme, jusqu'au fond des pensées, qu'elles marchent côte à côte, enlacées parfois, mais non mêlées, et que l'être moral de chacun de nous reste éternellement seul par la vie.

– Une vie

On pleure parfois les illusions avec autant de tristesse que les morts.

– Une vie

Quelle que soit la chose qu'on veut dire, il n'y a qu'un mot pour l'exprimer, qu'un verbe pour l'animer et qu'un adjectif pour la qualifier.

– Pierre et Jean

Nos yeux, nos oreilles, notre odorat, nos goûts différents créent autant de vérités qu'il y a d'hommes sur la terre.

– Pierre et Jean

Des larmes apparurent dans ses yeux, ces larmes silencieuses des femmes, gouttes de chagrin venues de l'âme qui coulent sur les joues, et semblent si douloureuses , étant si claires.

– Pierre et Jean

Le baiser frappe comme la foudre, l'amour passe comme un orage, puis la vie, de nouveau, se calme comme le ciel, et recommence ainsi qu'avant. Se souvient-on d'un nuage?

– Pierre et Jean

"Illusion du beau qui est une convention humaine !Illusion du laid qui est une opinion changeante !Illusion du vrai jamais immuable !Illusion de l'ignoble qui attire tant d'êtres !Les grands artistes sont ceux qui imposentÀ l'humanité leur illusion particulière." 1888.

– Pierre et Jean

Il portait en lui un petit point douloureux, une de ces presque imperceptibles meurtrissures dont on ne trouve pas la place, mais qui gênent, fatiguent, attristent, irritent, une souffrance inconnue et légère,quelque chose comme une graine de chagrin.

– Pierre et Jean

Je m'étais donnée à lui tout entière, corps et âme, pour toujours, avec bonheur, et pendant plus de dix ans j'ai été sa femme comme il a été mon mari devant Dieu qui nous avait faits l'un pour l'autre. Et puis, j'ai compris qu'il m'aimait moins. Il était toujours bon et prévenant, mais je n'étais plus pour lui ce que j'avais été. C'était fini ! Oh ! que j'ai pleuré !... Comme c'est misérable et trompeur, la vie !... Il n'y a rien qui dure...

– Pierre et Jean

Il portait en lui un petit point douloureux, une de ces presque insensibles meurtrissures dont on ne trouve pas la place, mais qui gênent, fatiguent, attristent, irritent, une souffrance inconnue et légère, quelque chose comme une graine de chagrin.

– Pierre et Jean

Illusion du beau qui est une convention humaine !Illusion du laid qui est une opinion changeante !Illusion du vrai jamais immuable ! Illusion de l'ignoble qui attire tant d'êtres ! Les grands artistes sont ceux qui imposent à l'humanité leur illusion particulière.Extrait de la Préface

– Pierre et Jean

J'ai vu des fous; j'en ai connu qui restaient intelligents, lucides, clairvoyants même sur toutes les choses de la vie, sauf sur un point. Ils parlaient de tout avec clarté, avec souplesse, avec profondeur, et soudain leur pensée, touchant l'écueil de leur folie, s'y déchirait en pièces, s'éparpillait et sombrait dans cet océan effrayant et furieux, plein de vagues bondissantes, de brouillards, de bourrasques, qu'on nomme "la démence".

– Le Horla et autres nouvelles

Le peuple est un troupeau imbécile, tantôt stupidement patient et tantôt férocement révolté.

– Le Horla et autres nouvelles

Est-ce que nous voyons la cent millième partie de ce qui existe ? Tenez, voici le vent, qui est la plus grande force de la nature, qui renverse les hommes, abat les édifices, déracine les arbres, soulève la mer en montagnes d'eau, détruit les falaises, et jette aux brisants les grands navires, le vent qui tue, qui siffle, qui gémit, qui mugit -- l'avez-vous vu, et pouvez-vous le voir ? Il existe, pourtant.

– Le Horla et autres nouvelles

Sur le perron, une dame apparut, parée pour la visite, coiffée pour la visite, avec des phrases prêtes pour la visite. Ce n'était plus la fillette blonde et fade que j'avais vue à l'église quinze ans plus tôt, mais une grosse dame à falbalas et à frisons, une de ces dames sans âge, sans caractère, sans élégance, sans esprit, sans rien de ce qui constitue une femme. C'était une mère, enfin, une grosse mère banale, la pondeuse, la poulinière humaine, la machine de chair qui procrée sans autre préoccupation dans l'âme que ses enfants et son livre de cuisine.

– Le Horla et autres nouvelles

L'oeil... Tout l'univers est en lui, puisqu'il voit, puisqu'il reflète.

– Le Horla et autres nouvelles

Au lieu de conclure par ces simples mots : "Je ne comprends pas parce que la cause m'échappe", nous imaginons aussitôt des mystères effrayants et des puissances surnaturelles.

– Le Horla et autres nouvelles

Ô morale, ô logique, ô sagesse ! A son âge ! Donc, on le privait du seul plaisir qu'il pouvait encore goûter, par souci de sa santé ! Sa santé ! qu'en ferait-il, ce débris inerte et tremblotant ? On ménageait ses jours, comme on dit ? Ses jours ? Combien de jours, dix, vingt, cinquante ou cent ? Pourquoi ? Pour lui ?(La Famille)

– Le Horla et autres nouvelles

Il faudrait aimer, aimer éperdument, sans voir ce qu'on aime. Car voir c'est comprendre, et comprendre c'est mépriser.

– Le Horla et autres nouvelles

Le passé m'attire, le présent m'effraie parce que l'avenir c'est la mort.

– Le Horla et autres nouvelles

Le peuple est un troupeau imbécile, tantôt stupidement patient et tantôt férocement révolté. On lui dit : « amuse-toi. » Il s'amuse. On lui dit : « Vote pour l'Empereur. » Il vote pour l'Empereur. Puis, on lui dit : « Vote pour la République. Et il vote pour la République.Ceux qui le dirigent sont aussi sots, mais au lieu d'obéir à des hommes, ils obéissent à des principes, c'est-à-dire des idées réputées certaines et immuables, en ce monde où l'on n'est sûr de rien, puisque la lumière est une illusion, puisque le bruit est une illusion

– Le Horla et autres nouvelles

Elle semblait sage en tout, modérée et raisonnable, une de ces femmes dont l'esprit est aligné comme un jardin français. On y circule sans surprise, tout en y trouvant un certain charme.

– Bel-Ami

Je ne suis qu'un pauvre diable sans fortune et dont la position est à faire, vous le savez. Mais j'ai de la volonté, quelque intelligence à ce que je crois, et je suis en route, en bonne route. Avec un homme arrivé on sait ce qu'on prend ; avec un homme qui commence on ne sait pas où il ira.

– Bel-Ami

La vie est une côte. Tant qu'on monte, on regarde le sommet, et on se sent heureux ; mais, lorsqu'on arrive en haut, on aperçoit tout d'un coup la descente, et la fin, qui est la mort. Ça va lentement quand on monte, mais ça va vite quand on descend.

– Bel-Ami

Pensez à tout cela, jeune homme, pensez-y pendant des jours, des mois et des années, et vous verrez l'existence d'une autre façon. Essayez donc de vous dégager de tout ce qui vous enferme, faites cet effort surhumain de sortir vivant de votre corps, de vos intérêts, de vos pensées et de l'humanité tout entière, pour regarder ailleurs, et vous comprendrez combien ont peu d'importance les querelles des romantiques et des naturalistes, et la discussion du budget."Il se remit à marcher d'un pas rapide."Mais aussi vous sentirez l'effroyable détresse des désespérés. Vous vous débattrez, éperdu, noyé, dans les incertitudes. Vous crierez " A l'aide " de tous les côtés, et personne ne vous répondra. Vous tendrez les bras, vous appellerez pour être secouru, aimé, consolé, sauvé; et personne ne viendra."Pourquoi souffrons-nous ainsi? C'est que nous étions nés sans doute pour vivre davantage selon la matière et moins selon l'esprit; mais, à force de penser, une disproportion s'est faite entre l'état de notre intelligence agrandie et les conditions immuables de notre vie. 

– Bel-Ami

Il s'était imaginé jusque-là que pour aborder et conquérir une de ces créatures tant désirées, il fallait des soins infinis, des attentes interminables, un siège habile fait de galanteries, de paroles d'amour, de soupirs et de cadeaux. Et voilà que tout d'un coup, à la moindre attaque, la première qu'il rencontrait s'abandonnait à lui, si vite qu'il en demeurait stupéfait.

– Bel-Ami

Il n'y a pas de bonheur comparable à la première pression des mains, quand l'une demande : "M'aimez-vous ?" et quand l'autre répond : "Oui, je t'aime."

– Bel-Ami

Les paroles d'amour, qui sont toujours les mêmes, prennent le goût des lèvres dont elles sortent.

– Bel-Ami

On naît, on grandit, on est heureux, on attend, puis on meurt. Adieu ! homme ou femme, tu ne reviendras point sur la terre ! Et pourtant chacun porte en soi le désir fiévreux et irréalisable de l'éternité, chacun est une sorte d'univers dans l'univers, et chacun s'anéantit bientôt complètement dans le fumier des germes nouveaux. Les plantes, les bêtes, les hommes, les étoiles, les mondes, tout s'anime, puis meurt pour se transformer. Et jamais un être ne revient, insecte, homme ou planète !

– Bel-Ami

"Je n'attends rien… je n'espère rien. Je vous aime. Quoi que vous fassiez, je vous le répéterai si souvent, avec tant de force et d'ardeur, que vous finirez bien par le comprendre. Je veux faire pénétrer en vous ma tendresse, vous la verser dans l'âme, mot par mot, heure par heure, jour par jour, de sorte qu'enfin elle vous imprègne comme une liqueur tombée goutte à goutte, qu'elle vous adoucisse, vous amollisse et vous force, plus tard, à me répondre : "Moi aussi je vous aime."

– Bel-Ami

La vie est une côte. Tant qu'on monte, on regarde le sommet, et on se sent heureux; mais, lorsqu'on arrive en haut, on aperçoit tout d'un coup la descente, et la fin, qui est la mort. Ça va lentement quand on monte, mais ça va vite quand on descend. A votre âge, on est joyeux. On espère tant de choses, qui n'arrivent jamais d'ailleurs. Au mien, on n'attend plus rien... que la mort.

– Bel-Ami

– Je l'tiens ! Je l'tiens Le brigadier Sénateur se pencha sur son homme : – Qué que tu tiens, le lapin ? – Non, l'voleux !– L'voleux ! Amène, amène ! Les deux bras du gendarme allongés sous le lit avaient appréhendé quelque chose, et il tirait de toute sa force. Un pied, chaussé d'un gros soulier, parut enfin, qu'il tenait de sa main droite. Le brigadier le saisit : – Hardi ! hardi ! tire ! […]La figure parut enfin, la figure furieuse et consternée de Polyte dont les bras demeuraient étendus sous le lit. – Tire ! criait toujours le brigadier. Alors un bruit bizarre se fit entendre ; et comme les bras s'en venaient à la suite des épaules, les mains se montrèrent à la suite des bras et, dans les mains, la queue d'une casserole, et, au bout de la queue, la casserole elle-même, qui contenait un lapin sauté. – Nom de Dieu, de Dieu, de Dieu, de Dieu ! hurlait le brigadier fou de joie […]. Et la peau du lapin, preuve accablante, dernière et terrible pièce à conviction, fut découverte dans la paillasse. Alors les gendarmes rentrèrent en triomphe au village avec le prisonnier et leurs trouvailles.(le Lapin)

– La Main gauche

Il vociferait comme un prophète antique, dune voie furieuse, sous le ciel étoilé, criant, avec une rage de désespéré, la honte glorifiée de toutes les maîtresses des vieux monarques, la honte respectée de toutes les vierges qui acceptent de vieux époux, la honte tolérée de toutes les jeunes femmes qui cueillent, souriantes, de vieux baisers.

– La Main gauche

Il avait assez parlé, cet homme, il n'en pouvait plus. Il se sentait d'ailleurs à présent le coeur tranquille, il voulait mourir en paix. Qu'avait-il besoin de se confesser au délégué de Dieu, puisqu'il venait de se confesser à son fils, qui était de la famille, lui!

– La Main gauche

Oui, il lui ressemblai de plus en plus, de seconde en seconde; il lui ressemblait par l'intonation, par le geste, par toute l'allure; il lui ressemblait comme un singe ressemble à l'homme; mais il était d'elle, il avait mille traits déformés, irrécusables, irritants, révoltants.

– La Main gauche

LE LAPIN :« Sur sa maigre figure irritée, toute sa fureur paysanne, toute son avarice, toute sa rage de femme économe contre le valet toujours soupçonné, contre la servante toujours suspectée, apparaissaient dans la contraction de la bouche, dans les rides des joues et du front. »

– La Main gauche

...une de ces vieilles tantes qui effraient la gaieté et qui sont l'ange morose et ridé des familles de province.

– Clair de lune et autres nouvelles

Près d'elle, il devenait muet, incapable de rien dire et même de penser, avec une espèce de bouillonnement dans le cœur, de bourdonnement dans l'oreille, d'effarement dans l'esprit. Était-ce donc de l'amour, cela ?(L'enfant)

– Clair de lune et autres nouvelles

Tout lui paraissait créé dans la nature avec une logique absolue et admirable. Les « Pourquoi » et les « Parce que » se balançaient toujours. es aurores étaient faites pour rendre joyeux les réveils, les jours pour mûrir les moissons, les pluies pour les arroser, les soirs pour préparer au sommeil et les nuits sombres pour dormir. Les quatre saisons correspondaient parfaitement à tous les besoins de l'agriculture ; et jamais le soupçon n'aurait pu venir au prêtre que la nature n'a point d'intentions et que tout ce qui vit s'est plié, au contraire, aux dures nécessités des époques, des climats et de la matière.

– Clair de lune et autres nouvelles

Ils animèrent tout à coup ce paysage immobile qui les enveloppait comme un cadre divin fait pour eux.

– Clair de lune et autres nouvelles

Un sceptique de génie a dit : « Dieu a fait l'homme à son image, mais l'homme le lui a bien rendu. » Ce mot est d'une éternelle vérité et il serait fort curieux de faire dans chaque continent l'histoire de la divinité locale, ainsi que l'histoire des saints patrons dans chacune de nos provinces. Le nègre a des idoles féroces, mangeuses d'hommes ; le mahométan polygame peuple son paradis de femmes ; les Grecs, en gens pratiques, avaient divinisé toutes les passions.

– Clair de lune et autres nouvelles

Je gagnai les Champs-Élysées où les cafés-concerts semblaient des foyers d'incendie dans les feuillages. Les marronniers frottés de lumière jaune avaient l'air peints, un air d'arbres phosphorescents. Et les globes électriques, pareils à des lunes éclatantes et pâles, à des œufs de lune tombés du ciel, à des perles monstrueuses, vivantes, faisaient pâlir sous leur clarté nacrée, mystérieuse et royale, les filets de gaz, de vilain gaz sale, et les guirlandes de verres de couleur.

– Clair de lune et autres nouvelles

Mais chez ceux-là que le hasard a fait passionnés, madame, les sens sont invincibles. Pouvez-vous arrêter le vent, pouvez-vous arrêter la mer démontée? Pouvez-vous entraver les forces de la nature? Non. Les sens aussi sont des forces de la nature, invincibles comme la mer et le vent. Ils soulèvent et entraînent l'homme et le jettent à la volupté sans qu'il puisse résister à la véhémence de son désir. Les femmes irréprochables sont les femmes sans tempérament.

– Clair de lune et autres nouvelles

Alors le docteur, éperdu d'orgueil, revint vers la foule. Dès qu'il fut assez près pour se faire entendre, il cria : « Hurrah ! hurrah ! La République triomphe sur toute la ligne. » Aucune émotion ne se manifesta. Le médecin reprit : « Le peuple est libre, vous êtes libres, indépendants. Soyez fiers ! » Les villageois inertes le regardaient sans qu'aucune gloire illuminât leurs yeux. À son tour, il les contempla, indigné de leur indifférence, cherchant ce qu'il pourrait dire, ce qu'il pourrait faire pour frapper un grand coup, électriser ce pays placide, remplir sa mission d'initiateur.

– Clair de lune et autres nouvelles

C'est d'ailleurs une chose curieuse et intéressante à noter que la facilité des hommes, de tous les hommes, et même des femmes,d e toutes les femmes, à se laisser tromper. Nous sommes pris aux moindres ruses de tous ceux qui nous entourent, de nos enfants, de nos amis, de nos domestiques, de nos fournisseurs. L'humanité est cédule; et nous ne déployons point pour soupçonner, deviner et déjouer les adresses des autres le dixième de la finesse que nous employons quand nous voulons, à notre tour, tromper quelqu'un.

– Clair de lune et autres nouvelles

C'était la fille d'un percepteur de province, mort depuis plusieurs années. Elle était venue ensuite à Paris avec sa mère, qui fréquentait quelques familles bourgeoises de son quartier dans l'espoir de marier la jeune personne. Elles étaient pauvres et honorables, tranquilles et douces. La jeune fille semblait le type absolu de l'honnête femme à laquelle le jeune homme sage rêve de confier sa vie. Sa beauté modeste avait un charme de pudeur angélique, et l'imperceptible sourire qui ne quittait point ses lèvres semblait un reflet de son cœur.Tout le monde chantait ses louanges ; tous ceux qui la connaissaient répétaient sans fin : « Heureux celui qui la prendra. On ne pourrait trouver mieux. »M. Lantin, alors commis municipal au ministère de l'intérieur, aux appointements annuels de trois mille cinq cents francs, la demanda en mariage et l'épousa.Il fut avec elle invraisemblablement heureux. Elle gouverna sa maison avec une économie si adroite qu'ils semblaient vivre dans le luxe. Il n'était point d'attentions, de délicatesses, de chatteries qu'elle n'eût pour son mari ; et la séduction de sa personne était si grande que, six ans après leur rencontre, il l'aimait plus encore qu'aux premiers jours.Il ne blâmait en elle que deux goûts, celui du théâtre et celui des bijouteries fausses.LES BIJOUX.

– Clair de lune et autres nouvelles

Christiane, navrée, bouleversée, voyait toute cette misérable vie d'animal finie ainsi au bord d'un chemin : le petit bourricot joyeux, à grosse tête où luisaient de gros yeux, comique et bon enfant, avec ses poils rudes et ses hautes oreilles, gambadant, libre encore, dans les jambes de sa mère, puis la première charrette, la première montée, les premiers coups ! et puis, et puis l'incessante et terrible marche par les interminables routes ! les coups ! les coups ! les charges trop lourdes, les soleils accablants, et pour nourriture un peu de paille, un peu de foin, quelques branchages, et la tentation des prairies vertes tout le long des durs chemins !Et puis encore, l'âge venant, la pointe de fer pour remplacer la souple baguette, et le martyre affreux de la bête usée, essoufflée, meurtrie, traînant toujours des fardeaux exagérés, et souffrant dans tous ses membres, dans tout son vieux corps, râpé comme un habit de mendiant. Et puis la mort, la mort bienfaisante à trois pas de l'herbe du fossé, où la traîne, en jurant, un homme qui passe, pour dégager la route.Christiane, pour la première fois, comprit la misère des créatures esclaves ; et la mort aussi lui apparut comme une chose bien bonne par moments.

– Mont-Oriol

Cependant elle se sentait changée, comme si cette crise eût modifié son âme. Elle souffrait moins et songeait davantage. Les événements terribles, si proches, lui paraissaient reculés dans un passé déjà lointain, et elle les regardait avec une clarté d'idées dont son esprit n'avait encore jamais été éclairé. Cette lumière, qui l'avait envahie soudain, et qui illumine certains êtres en certaines heures de souffrance, lui montrait la vie, les hommes, les choses, la terre entière avec tout ce qu'elle porte comme elle ne les avait jamais vus.Alors, plus même que le soir où elle s'était sentie tellement seule au monde dans sa chambre en revenant du lac de Tazenat, elle se jugea totalement abandonnée dans l'existence. Elle comprit que tous les hommes marchent côte à côte, à travers les événements, sans que jamais rien unisse vraiment deux êtres ensemble. Elle sentit, par la trahison de celui en qui elle avait mis toute sa confiance, que les autres, tous les autres ne seraient jamais plus pour elle que des voisins indifférents dans ce voyage court ou long, triste ou gai, suivant les lendemains, impossibles à deviner. Elle comprit que, même entre les bras de cet homme, quand elle s'était crue mêlée à lui, entrée en lui, quand elle avait cru que leurs chairs et leurs âmes ne faisaient plus qu'une chair et qu'une âme, ils s'étaient seulement un peu rapprochés jusqu'à faire toucher les impénétrables enveloppes où la mystérieuse nature a isolé et enfermé les humains. Elle vit bien que nul jamais n'a pu ou ne pourra briser cette invisible barrière qui met les êtres dans la vie aussi loin l'un de l'autre que les étoiles du ciel.Elle devina l'effort impuissant, incessant depuis les premiers jours du monde, l'effort infatigable des hommes pour déchirer la gaine où se débat leur âme à tout jamais emprisonnée, à tout jamais solitaire, effort des bras, des lèvres, des yeux, des bouches, de la chair frémissante et nue, effort de l'amour qui s'épuise en baisers, pour arriver seulement à donner la vie à quelque autre abandonné !

– Mont-Oriol

Christiane songeait : « Voici donc mon mari. » Et elle le contemplait avec des yeux surpris comme s'ils l'eussent regardé pour la première fois. C'était lui, l'homme à qui la loi l'avait unie, l'avait donnée ! l'homme qui devait être, d'après les idées humaines, religieuses et sociales, une moitié d'elle ! plus que cela, son maître, le maître de ses jours et de ses nuits, de son cœur et de son corps ! Elle eut presque envie de sourire, tant cela, à cette heure, lui parut étrange, car, entre elle et lui, aucun lien jamais n'existerait, aucun de ces liens si vite brisés, hélas ! mais qui semblent éternels, ineffablement doux, presque divins.Aucun remords même ne lui venait de l'avoir trompé, de l'avoir trahi ! Elle s'en étonna, cherchant pourquoi. Pourquoi ?… Ils étaient trop différents sans doute, trop loin l'un de l'autre, de races trop dissemblables. Il ne comprenait rien d'elle ; elle ne comprenait rien de lui. Pourtant il était bon, dévoué, complaisant.Mais seuls, peut-être, les êtres de même taille, de même nature, de même essence morale peuvent se sentir attachés l'un à l'autre par la chaîne sacrée du devoir volontaire.

– Mont-Oriol

Et elle comprit soudain comment on appartient à quelqu'un, comment on n'est plus rien sous l'amour qui vous possède, comment un être vous prend, corps et âme, chair, pensée, volonté, sang, nerfs, tout, tout, tout ce qui est en vous, ainsi que fait un grand oiseau de proie aux larges ailes en s'abattant sur un roitelet.

– Mont-Oriol

Les deux Oriol avaient longtemps causé après que les petites s'étaient couchées. Emus et excités par la proposition d'Andermatt, ils cherchaient les moyens d'allumer davantage son désir, sans compromettre leurs intérêts. En paysans précis, pratiques, ils pesaient avec sagesse toutes les chances, comprenant fort bien que, dans un pays où les sources minérales jaillissent le long de tous les ruisseaux, il ne fallait pas repousser, par une demande exagérée, cet amateur inattendu, impossible à retrouver. Et cependant il ne fallait pas non plus lui laisser entièrement entre les mains cette source qui pouvait donner un jour un flot d'argent liquide, Royat et Châtel-Guyon leur servant d'enseignement.

– Mont-Oriol

" Liane, votre œil est comme le ciel ! il est bleu, avec tant de reflets, avec tant de clarté ! Il me semble que j'y vois passer des hirondelles ! ce sont vos pensées, sans doute ? "

– Mont-Oriol

Elle vit bien que nul jamais n'a pu ou ne pourra briser cette invisible barrière qui met les êtres dans vie aussi loin l'un de l'autre que les étoiles du ciel.

– Mont-Oriol

C'était le Puy de Dôme, le roi des monts auvergnats, puissant et lourd, et gardant sur sa tête, comme une couronne posée par le plus grand des peuples, les restes d'un temple romain. 

– Mont-Oriol

Celui d'aujourd'hui n'avait rien gardé de l'autre, rien, ni le visage, ni les allures, rien, car son image première avait passé peu à peu, jour après jour,par toutes les lentes modifications que subit dans un esprit un être aperçu qui devient un être connu, puis un être familier, un être aimé. On prend possession de lui heure par heure, sans s'en douter, on prend possession de ses traits, de ses mouvements, de ses attitudes, de sa personne physique et de sa personne morale. Il entre entre vous, dans le regard et dans le cœur ,par sa voix , par tous ses gestes, par ce qu'il dit et par ce qu'il pense.On l'absorbe, on le comprend, on le devine dans toutes les intentions de son sourire et de sa parole; il semble enfin qu'il vous appartienne tout entier, tant on aime inconsciemment encore tout ce qui est de lui et tout ce qui vient de lui. (p 84)

– Mont-Oriol

Les dames Paille, la mère et la fille, veuves toutes les deux, fortes du devant et du derrière : "Vous voyez bien, disait Gontran, qu'elles ont mangé leurs maris, ce qui leur a fait mal à l'estomac".

– Mont-Oriol

Un baiser légal ne vaut jamais un baiser volé.

De toutes les passions, la seule vraiment respectable me parait être la gourmandise.

Le talent provient de l'originalité, qui est une manière spéciale de penser, de voir, de comprendre et de juger.

J’ai quitté Paris et même la France, parce que la tour Eif­fel finis­sait par m’ennuyer trop.

La vie, voyez-vous, ça n'est jamais si bon ni si mauvais qu'on croit.

On aime sa mère presque sans le savoir, et on ne s’aperçoit de toute la profondeur des racines de cet amour qu’au moment de la séparation dernière.

Le réaliste, s’il est un artiste, cherchera, non pas à nous montrer la photographie banale de la vie, mais à nous en donner la vision plus complète, plus saisissante, plus probante que la réalité même

L'amour est délicat : un rien le froisse ; tout dépend, sache-le, du tact de nos câlineries. Un baiser maladroit peut faire bien du mal.

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