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Gilles Leroy

Présentation de Gilles Leroy (Wikipedia)

Gilles Leroy est un écrivain français né le 28 décembre 1958 à Bagneux (Hauts-de-Seine). Il a reçu le Prix Goncourt en 2007.

Livres de Gilles Leroy

Citations de Gilles Leroy (58)

- Je n'ai pas d'enfants et je n'en veux pas.- Parce que tu crois qu'on se pose la question d'en vouloir ? On en a, c'est tout.- Disons que j'aurais peur, si j'en avais, de découvrir un jour que ce n'était pas ceux que je voulais.

– Les Maîtres du monde

Jeune homme ? Jusqu'à quand reste-t-on un jeune homme ? Il n'y a que les têtes de fous qui ne blanchissent pas, dit le proverbe. Eh ! c'est vrai : pas un cheveu blanc, pas un bourrelet, pas une ride, j'ai gardé fraîche toute ma laideur.

– Les Maîtres du monde

Mais moi, le seul enfant que je voulais de toi, c'est toi.

– Les Maîtres du monde

Familles, vous me faites marrer.

Toute innocence se souille inéluctablement.

Citation de citation de citation. Ainsi s’écrivent les livres.

L'habitude menace la passion ; elle fonde et forme l'amour.

Les hommes trop beaux sont le fléau des femmes.

Nos livres nous séparent plus sûrement de nos amants que n'importe qu'elle infidélité.

Appeler un amant, c'est demander au téléphone qu'il te renvoie cette splendeur divine de ton désir.

C’est l’une des tortures les plus usantes qui soient de ne pas pouvoir aimer l’oeuvre d’un ami, sachant d’expérience ce que cette oeuvre a coûté.

Aussi tout peut reprendre, l’histoire recommencer à l’endroit précis où elle s’était défaite, je rembobine à la hâte et je retisse tout, mot après mot, corps contre corps.

Ecrire c’est passer tout de suite aux choses sérieuses, l’enfer direct, le gril continu, avec parfois des joies sous les décharges de mille volts.

Ce jour où l'on découvre que l'on n'est pas aimé de tout le monde. Qu'on ne le sera jamais, quelques efforts que l'on déploie, et même qu'on répugnera à certaines personnes. Qu'elles nous vomiront.

Il ne faut pas grand-chose pour se faire détester dans ce pays où tout le monde aime son prochain, comme il est ordonné par la constitution.

– Zola Jackson

Mon enfant, on dirait que c'est l'heure. L'heure de te rejoindre et je ne l'ai pas volée. Ça fait peur, ça fait un bien fou.Délivre moi mon fils, délivre moi du mal, délivre moi de mes péchés, libère moi de la peur, pardonne la bêtise, pardonne la jalousie, délivre moi du poinçon de haine, délivre moi du goût amer des passions tristes, délivre moi de ton amour pour toi, délivre moi.

– Zola Jackson

Ils étaient beaux, les garçons, quelle que soit ma peine à le dire, et quelle que fût ma colère parfois ; ils étaient beaux, pas comme des gravures de mode, non, ils étaient si sérieux avec leurs petites lunettes cerclées de métal, il étaient si ternes dans leurs grandes chemises de flanelle, et, s'ils venaient à se frôler, dans l'escalier ou dans la cuisine, l'amour qui les unissait non seulement n'échappait à personne, même pas à la mère aveugle que j'étais, mais il explosait du cadre de la photo, il éclaboussait le monde et le monde en était renseigné alors, oui, vraiment, je crois que c'était le plus grand amour qu'il m'ait été donné de voir et j'ai craché dessus, cet amour je l'ai condamné au nom de ce que je méprise le plus, la reproduction, j'ai fait souffrir mon fils pour un principe auquel je ne croyais pas et je ne sais pas, je ne sais quand mon supplice trouvera sa fin.

– Zola Jackson

Maman, c'est dingue. Dingue, comme on se bat tous avec les clés qu'on a en main et qui n'ouvrent pas forcément les portes.

– Zola Jackson

Cela fera bientôt onze années que la question me taraude : quelle force abrutie nous fait-elle accomplir les gestes du quotidien au sein même du plus profond désespoir, alors qu'on a perdu la foi en tout et d'abord en son lendemain ?

– Zola Jackson

Nous demeurons pour eux la cité barbare la cité barbare, celle qui ne voulait pas apprendre l'anglais, qui n'aurait jamais le goût du puritanisme, qui fraternisait avec les Indiens et qui, comme eux, adorait les esprits du fleuve Mississippi avec bien d'autres divinités arrivées comme nous du monde entier et comme lui chamarrées. Et nous avons mêlé nos sangs, nos couleurs, nos langues et nos dieux métèques de tant de façons que sans doute nous avons mérité cette épithète de barbare. Il s'agit maintenant d'en payer le prix. Car l'on paie toujours cher sa volonté d'être, disait mon fils“

– Zola Jackson

De même que je n'étais pas d'accord pour les réunions Tupperware, pas d'accord pour les réunions Avon, je n'ai pas joué le jeu du window treatment où les dames du quartier rivalisaient par fenêtres et froufrous interposés.

– Zola Jackson

On pourrait se trisser…. sauf qu'on ne quitte pas cette ville. On y est né, on y a souffert à peu près tout ce qu'une créature du Seigneur peut encaisser, et on y reste.

– Zola Jackson

"On y est né, on y a souffert à peu près tout ce qu'une créature du Seigneur peut encaisser, et on y reste. Ce n'est pas le goût du malheur, non, et pas faute d'imagination. C'est juste qu'on n'a personne d'autre où aller." (p. 54)

– Zola Jackson

« On passe plus de temps à rire et à débiter des sornettes qu'à réviser les leçons. (…)Le rire des enfants est une musique du ciel. »

– Zola Jackson

Sombres, si tendus, nous marchons côte à côte dans cette forme d'angoisse siamoise qui était la nôtre, qui surgissait aussi souvent que l'un de nous avait peur, qui demeura aussi longtemps que vécu ce "nous" - l'angoisse étant le revers enténébré d'une médaille dont l'avers solaire, nos heures d'euphorie à danser et à rire à l'unisson, était tout aussi puissant.

– Grandir

(on n'avait pas encore inventé la direction des ressources humaines et son acronyme formidable "DRH", où l'on entend bien mieux tomber la hache, l'arrachage se faire et les déchirements)

– Grandir

Je compris enfin, ce matin-là, dans le grenier de Rueil, pourquoi les gens se disent "je t'aime"Un peu comme on dirait : "merci d'avoir essayé".Les années peuvent s'enfuir, les passions se succéder : aimer se traduit très bien par le verbe essayer. Leur synonymie se fait à chaque rencontre plus évidente. Essayer, puis essuyer.

– Grandir

On dit que ma folie nous a séparés. Je sais que c'est juste l'inverse : notre folie nous unissait. C'est la lucidité qui sépare.

– Alabama Song

Les hommes on les entend pisser dans l'urinoir, on entend la chasse, mais on n'entend pas l'eau du robinet, ni le glissement du savon sur son axe oblique, ni le rouleau de la serviette à mains. Après, ils vont vous caresser la joue, ils vont vous beurrer un toast et vous baiserez leurs doigts pour les remercier. Quand il est saoul, Francis lui aussi oublie de se laver les mains. J'ai envie de le tuer alors.Ça sent la crevette dès qu'il est entré dans le lit et qu'il brasse l'air des draps. Comment ne le sentent-ils pas eux-mêmes? Ils rougiraient et bondiraient hors de la couche si seulement ils pouvaient savoir, si seulement ils sentaient leur odeur de crevette. Ou de fromage italien. Ou de cadavre. Mais non, ils s'évitent eux-mêmes. C'est leur plus gros boulot, l'emploi principal de leur temps: éviter ce corps dont ils se vantent et n'ont que dégoût eux-mêmes.

– Alabama Song

J'aime le péril… les précipices…, les dés qu'on jette étourdiment en pariant sa vie entière, et je n'attends même pas qu'ils aient fini de rouler pour décider de ma ruine. Me perdre, j'aime aussi, à l'occasion. C'est moi. Rien ne m'en guérira.

– Alabama Song

« La belle flasque allait beaucoup servir, cadeau étrange et criminel, quand j'y repense. Scott l'égarait souvent et se maudissait de l'avoir sortie de sa poche de veston puis il partait à sa recherche comme un fou. Il pouvait retourner une chambre d'hôtel ou une maison en une demi-heure. On voyait l'angoisse grandir minute après minute, mais l'angoisse de quoi au juste ? La peur d'avoir perdu un objet précieux à son cœur, ou la peur de manquer de ce que l'objet renfermait – bathtub gin, corn whiskey, ou quelque autre bourbon de contrebande ? “Ne m'oublie pas” : n'est-ce pas la vérité, au fond ? On boit pour se souvenir autant que pour oublier. Avers et revers d'une même médaille, pas glorieuse, qui s'appelle le malheur. »

– Alabama Song

Plus je claquais des dents, plus il me serrait contre lui, toute menue, comme un grand rien contre lui si plein.

– Alabama Song

Les garçons des clubs, les jeunes officiers du mess, je les tiens dans ma main gantée de fil blanc. Je suis Zelda Sayre. La fille du juge. La future fiancée du grand écrivain.Du jour où je l'ai vu, je n'ai plus cessé d'attendre. Et d'endurer, pour lui, avec lui, contre lui.

– Alabama Song

Personne ne sait comment on a pu s'aimer au départ ni comment on s'est supportés toutes ces années. Au départ, je me foutais de lui, à la fin il se foutait de moi.

– Alabama Song

Les gens qui s'aiment sont toujours indécents.

– Alabama Song

Divorce de ton rêve. Tout de suite.

– Alabama Song

« Sur le clavier, voulant écrire « désir », mes doigts tapent « désert »… »

– Le château solitude

C'est quand même inquiétant, cette époque malade des mots qui tient absolument à chasser du langage le mot efficace, le mot frontal, le mot flagrant qui frappe l'esprit et fait claquer la langue, pour son pâle succédané, son mol ersatz - sa cornegidouille. P182

– Le château solitude

J'évitais d'en parler, de peur de blesser. C'est une chose que j'ai apprise très tôt, dès la parole, je crois : il faut faire attention aux autres, y faire attention par deux fois; c'est-à-dire qu'il faut prendre soin d'eux et dans le même temps s'en méfier. Surtout, ne pas les mettre dans la position difficile de te haïr. Toujours penser aux autres; c'est l'impératif mondain qui tant fatigue qu'on en devient ours, on fuit ou on fait la gueule.P146

– Le château solitude

Au-delà de la connivence potache, je me rappelle combien était vif le plaisir de partager avec quelqu'un qui comprenait ce savoir inutile, gratuit, enfantin. Savoir pour rien, pour la beauté du mot, pour la liberté de penser ou pas. P86

– Le château solitude

Les livres que j'aime ont ce pouvoir de me mettre à l'abri du ressentiment et des passions tristes. P42

– Le château solitude

J'aime ce musicien israélien à la vie fêlée comme l'est sa voix. Un garçon beau, brillant, éternellement malheureux en amour, qui ose ce que peu d'hommes osent de nos jours, surtout les plus jeunes : dire le chagrin de l'amour perdu, à moins qu'il ne soit introuvable, femme après femme, d'une illusion à l'autre. Asaf Avidan a survécu à un cancer à vingt ans - mais c'est de survivre au désir qui le déchire et qu'il chante. P67

– Le château solitude

Notre durée n'est rien et celle de ceux qui nous succéderont ne vaudra pas plus. Autre chose, un tout autre choc est d'apprendre que le soleil mourra dans quatre ou cinq milliards d'années. La pauvre péripétie que notre disparition, alors, et la misérable pensée que celle qui accouche d'un calcul aussi aberrant : mesurer le temps qui nous sépare de la destruction de tout ce qui fut notre expérience de vivre, le jour, la nuit, la terre nourricière, l'air où nous volons et les mers que nous traversons – voguant, intrépides et stupides homuncules, voguant effrontément vers l'abîme.

– Le monde selon Billy Boy

Depuis vingt-cinq ans qu'Eliane était morte et que Myriam vivait en foyer, ces zouaves-là, ces zigomars et ces zozos de tous horizons avaient été sa vraie famille quand, futile neveu, je me croyais héroïque si j'allais la chercher, pour diner dans un restaurant voisin de son foyer ou si je l'emmenais en week-end chez moi. C'est avec eux qu'elle avait compté les heures et vu se succéder les saisons, puis les années. C'était à eux de parler d'elle, aussi j'ai passé mon tour.De toute façon, il valait mieux que je me taise : aurais-je ouvert la bouche, je me serais effondré.

– Le monde selon Billy Boy

Ce que je comprenais pourtant, à la façon dont il accrochait sa main à mon épaule, une main jamais pesante, c'est que, loin de m'en vouloir d'être son point final, il ne m'en aimait que plus exclusivement.Que signifie au juste cette obstination de deux lignées associées pour courir à leur perte ? C'est comme si un ordre supérieur du vivant avait décrété : il faut que ça cesse. Et les deux familles s'étaient trouvées pour arriver à leurs fins.

– Le monde selon Billy Boy

Ils perdent leur virginité tous les deux la même nuit.Ils la perdent ensemble, ignorant presque tout des gestes et des dangers – sans parler du plaisir introuvable.Et ils n'auront pas le temps de recommencer, pas le temps de le refaire, cet amour, de l'éprouver, de le réprouver, que déjà ils seront parents en puissance, propulsés dans l'âge adulte avec ce glaive sur leurs têtes, ce poids de décider si l'on tranchera la troisième vie ou si on la sauvera.

– Le monde selon Billy Boy

Et ce fut un garçon.Elle se voyait chanteuse à texte ou tragédienne, elle en avait la voix et le physique aussi. Lui se rêvait aventurier ou footballeur, un homme qui bouge, qui court le monde.Ils sont devenus père et mère – et leur fils un enfant fossoyeur.

– Le monde selon Billy Boy

Viens avec ta petite amie, si tu veux… comment l'appelles-tu déjà ?... Iliana ? Quel drôle de nom. C'est russe, ça ? Ils sont communistes dans la famille ?...Toujours ce flot ininterrompu, ce coq-à-l'âne continuel qui donnait la migraine ou soûlait l'auditoire, comme s'il fallait non pas tuer le silence mais dompter le fracas intérieur, la bête rugissante en elle, qui convulsait nuit et jour.

– Le monde selon Billy Boy

Tant est puissant l'opium de l'habitude qu'il en vient à rendre vivable le plus monstrueux, le moins acceptable de notre condition, ce que vingt années de toile cirée et de soupe anesthésiante lui avaient fait oublier, ce désespoir qui ne sait même plus qu'il désespère, voici qu'il resurgissait et lui coupait le souffle avec la violence d'un coup au sternum.

– Le monde selon Billy Boy

Parfois, elle se souvenait. "Pour toi, je n'aurai aucun de secret". Elle riait en se rappelant les recettes de bonnes femmes pour me faire passer, la plus ridicule étant selon elle le saut en lessiveuse. "Mais non, tu t'accrochais. Rien à faire contre ton envie de vivre."

– Le monde selon Billy Boy

"Quant à mon beau sac, princesse, tu n'y as vu que du feu, comme tous le monde : c'est de la tortue. C'est fait dans la peau des nageoires, oui."Elle dit ça avec solennité, avec aussi la bonne foi des criminels qui se savent protégés par la prescription ou bien absous par un vide juridique, comme rendant hommage à toutes les tortues sacrifiées au non du chic - ce bon goût vulgaire qui va avec l'astrakan, la panthère et les escarpins à mors.

– Le monde selon Billy Boy

 Je ne suis pas du sérail, moi, je n'ai rien fait pour devenir acteur et je n'ai eu aucun mal à arrêter. Eva Magnussen et Paul Young, mes parents, n'avaient que répugnance pour ce milieu et ce métier. Tricher à l'écran ou épouser Satan, c'était du pareil au même.

– Dans les westerns

Vivre avec quelqu'un qui a deux fois votre âge, c'est comme prendre un roman au milieu, mais un roman dont la première moitié aurait été arrachée ou bien noircie, rendue illisible.

– Dans les westerns

Mais surtout il y avait son regard. D'où venaient les abeilles dans ses yeux, des abeilles noir et or, insaisissables, qui virevoltaient sans fin et faisaient vibrer l'air autour ? Dans son regard, vous aviez le miel et l'instant d'après la morsure. Comme ça, pfft. Il souriait, il piquait.

– Dans les westerns

« Se revoir si jeune, qui en a envie au fond ? Ça fait du bien, ça fait encore plus de mal... Oui, je m'étais persuadée de ma laideur, une tare arrivée à la puberté et qu'on ne pouvait pas rater puisque c'était en plein visage : mon nez avait poussé, énorme avec une bosse au milieu. Je passais mon temps à la triturer, à évaluer sous mes doigts la déformation de l'os que j'imaginais monstrueuse. On eut beau me photographier de face et de profil pour me prouver le contraire, me dire que la bosse se devinait à peine et qu'elle ajoutait du caractère à mes traits, je me voyais défigurée.

– Dans les westerns

Un film de mecs, quoi, un Œdipe sans la mère, de la castration entre père et fils comme on en a tourné au kilomètre depuis que le cinéma existe, et moi là-dedans je jouais une fois de plus les utilités, mais là, rien de neuf non plus sous le soleil des plateaux.

– Dans les westerns

Vous parlez d'une vie. On passe son temps dans la terreur de son apparence. Face au miroir, chez soi ou dans sa loge, on triche, on se recompose, on se ment. Mais se voir à l'écran, sans pouvoir se corriger ni rembobiner, ça, c'est infect... Et les années n'apportent pas la sagesse, ce qu'on aurait pu gagner en confiance et en acceptation, on le perd avec le délabrement du corps. C'est sans fin, sans fond.

– Dans les westerns

« Que de bruit pour une reprise, tant d'énergie, tant d'argent. Partout dans la presse il n'est question que de la nouvelle copie. En arrivant tout à l'heure, j'ai vu le panneau géant à l'angle de Columbus et de la 65e. Bigre. Si je m'attendais à revoir un jour cette affiche. Vous connaissez la version d'origine, je veux dire : en noir et blanc, avec le son de casserole ? Non ?... Vous vous contrefichez du film, comme tout le monde. Vous êtes là pour Robert Lockhart. Moi pareil. Si ce n'était pour lui, Bob, parce que le festival lui rend hommage, je me serais abstenue, croyez-moi.

– Dans les westerns
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