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Georges Bernanos

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Georges Bernanos est un écrivain français, né le 20 février 1888 dans le 9e arrondissement de Paris et mort le 5 juillet 1948 à Neuilly-sur-Seine. Georges Bernanos passe sa jeunesse à Fressin, en Artois, et cette région du Pas-de-Calais constituera l... Plus >

La Grande Peur des bien-pensants (1998)

De Georges Bernanos chez Le Livre De Poche
(2 votes, note moyenne : 3.5)

Vous pouvez lire La Grande Peur des bien-pensants. D'ailleurs, vous n'aviez besoin de personne pour le faire. Quand un écrivain est un écrivain, on peut tout lire de lui forcément. Avec tendresse et  férocité comme Bernanos lisait. Nous n'allons pas pousser le ridicule jusqu'à offrir à Bernanos un certificat de moralité ou de littérature. Il mérite mieux que notre indulgence. L'antisémitisme est l'antisémitisme et celui de Bernanos ne vaut pas mieux qu'un autre. Il est d'époque et 1930 n'était pas une très bonne année. Mais quand on a été contre Pétain en 1940 et qu'on l'a été, comme Bernanos l'a été avant presque qu'il y ait eu un Pétain à la devanture de la misérable boutique de spécialités françaises de Vichy, alors laissons à Bernanos ces quelques souvenirs de jeunesse qui ne sont pas à notre goût. Et puis La Grande Peur des bien-pensants, c'est bien sûr quelques phrases admirables, mais c'est aussi un de ces bahuts que l'on regarde isolé dans son coin avec une vraie délectation. Comme certain meuble incroyable que l'on a déniché dans la salle des ventes d'une petite ville de province dont on n'oserait citer le nom. On s'en est entiché à jamais et on aimerait être le seul à le posséder.

Paru le 01-07-1998 - Format : Poche - 416 pages - 17 x 11 x 1 cm - 226 g - ISBN 10 : 2253933023 - ISBN 13 : 9782253933021

Collection : Biblio

Tags : essai, biographie, histoire, juif, pape, enseignement, antisémitisme, foi, edouard drumont, pamphlets, catholique, catholicisme, politique, totalitarisme, nazisme, france, France (3e République), littérature française, espagne, 20ème siècle.

Citations de La Grande Peur des bien-pensants (10)

Je suis resté longtemps étonnamment naïf ou même gobeur, et, au fond, peu curieux, aimant la contemplation plus que la fatigante investigation. Aussi ai-je toujours trouvé admirable un mot de saint Thomas d'Aquin. Il était à son travail lorsqu'un jeune frère vint lui dire : « Regardez donc ! Un bœuf qui vole en l'air ! » Le saint se met à la fenêtre, l'autre éclate de rire : « Comment avez-vous pu croire cela ? — Il me semblait bien plus naturel d'admettre qu'un bœuf volât en l'air que de supposer qu'un religieux pût mentir. »

Les puissantes démocraties capitalistes de demain, organisées pour l'exploitation rationnelle de l'homme au profit de l'espèce, avec leur étatisme forcené, l'inextricable réseau des institutions de prévoyance et d'assurances, finiront par élever entre l'individu et l'Église une barrière administrative qu'aucun Vincent de Paul n'essaiera même plus de franchir. Dès lors, il pourra bien subsister quelque part un pape, une hiérarchie, ce qu'il faut enfin pour que la parole donnée par Dieu soit gardée jusqu'à la fin, on pourra même y joindre, à la rigueur, quelques fonctionnaires ecclésiastiques tolérés ou même entretenus par l'État, au titre d'auxiliaires du médecin psychiatre, et qui n'ambitionneront rien tant que d'être traités un jour de « cher maître » par cet imposant confrère... Seulement, la chrétienté sera morte. Peut-être n'est-elle plus déjà qu'un rêve ?

« Que nous veut-il avec ce Drumont ? » direz-vous. Eh bien, je veux l'honorer, voilà tout. Je ne demande pas justice. Quelle justice ? C'était un homme de mon pays, de mon lignage (de mon lignage et du vôtre), un fort garçon français, un peu épais des épaules, au pas solide. De telles gens font leurs affaires eux-mêmes, aussi longtemps qu'ils tiennent debout. Aussi longtemps qu'ils tiennent debout, ils portent leur vie tout seuls, sans rien demander à personne, ils portent le bon et le mauvais, chaque chose à sa place, pour que Dieu d'y reconnaisse plus vite, au jour du jugement.

Là, sûrement, fut l'erreur du grand homme. Catholique de tradition, et pour ainsi dire de race, mais converti d'hier, il eut cette faiblesse de ménager des hommes dont il savait mieux que personne la prodigieuse lâcheté intellectuelle. Il commit cette folie de prétendre y recruter le meilleur de sa troupe, sa troupe de choc. Et la folie plus impardonnable encore de commencer par leur jeter à la face, dans le vain espoir de les redresse, ces vérités qu'ils ne pardonnent jamais parce qu'ils en subissent malgré eux l'évidence. [...]Espérer compromettre de tels hommes, quelle folie ! Au lieu que l'antisémitisme avait de quoi soulever les faubourgs. Une fois incarné dans de solides gaillards en pantalons de velours, on eût député vers elle des suppliants la corde au cou, et le mot d'antisémitisme serait prononcé aujourd'hui dans les sacristies avec la même dévotion que celui de démocratie, hier encore frappé d'interdit.

Si intimidée qu'on la suppose, une nation vieille de mille ans reste un être organisé, garde un cœur et un cerveau, ne saurait s'arrêter de penser. Elle a besoin d'un fond d'idées et de sentiments communs, d'une opinion : la république a mis près d'un siècle à le créer. Ayant d'abord abruti de notions contradictoires, de grands mots venus d'ailleurs, puis finalement réduit au silence le peuple autochtone, elle a dû se servir, pour refaire peu à peu ce qu'elle avait détruit, des quelques éléments restés à sa disposition. L'ardente minorité juive, admirablement douée pour la controverse, profondément indifférente à la phraséologie occidentale, mais qui voit dans la lutte des idées, menées à coups de billets de banque, un magistral alibi, devint tout naturellement le noyau d'une nouvelle France qui grandit peu à peu aux dépens de l'ancienne jusqu'à se croire, un jour, de taille à jouer la partie décisive. Mais entre-temps, l'autre France était morte... Tradition politique, religieuse, sociale ou familiale, tout avait été minutieusement vidé, comme l'embaumeur pompe un cerveau par les narines. Non seulement ce malheureux pays n'avait plus de substance grise, mais la tumeur s'était si parfaitement substituée à l'organe qu'elle avait détruit, que la France ne semblait pas s'apercevoir du changement, et pensait avec son cancer !

Les décrets des conciles, les brefs et les encycliques, les prédications et les miracles ne nous apprendraient rien de plus que l'humble vérité que j'énonce ici, avec une tranquille assurance : la société qui se crée peu à peu sous les yeux réalisera aussi parfaitement que possible, avec une sorte de rigueur mathématique, l'idéal d'une société sans Dieu. Seulement, nous n'y vivrons pas. L'air va manquer à nos poumons. L'air manque. Le Monde qui nous observe avec une méfiance grandissante s'étonne de lire dans nos yeux la même angoisse obscure. Déjà quelques-uns d'entre nous ont cessé de sourire, mesurent l'obstacle du regard... On ne nous aura pas... On ne nous aura pas vivants !

Grâce à eux, le temps n'est pas loin, s'il n'est déjà venu, où rien ne distinguera plus le premier-né de l'ordre chrétien, celui que l'Église a bercé tant de siècles au creux de son giron, du mauvais riche et du voluptueux. Une police attentive l'aura ramassé sur la voie publique, avec les débris des poubelles et les chiens errants, lavé, rincé, passé au phénol, habillé d'un complet de toile sorti tout chaud de l'étuve.

Après quoi on ne lui demandera que d'entretenir, au cœur de la Cité moderne et à un point convenable de tension, cette vertu de l'Envie, indispensable au Progrès, et qui semble tenir dans notre civilisation la place réservée jadis à la vertu de Charité. Sous cette nouvelle forme, j'avoue que le Pauvre sera devenu tout à fait méconnaissable : il s'appellera le chômeur, viendra manger deux fois par jour dans la main de l'État, son maître, recevra de lui chaque semaine son bon de cinéma et d'amour, mi-réfractaire et mi-policier, entrepreneur de grèves ou d'émeutes, mercenaire au service des puissances rivales de l'Industrie ou de la Banque. Lorsque l'animal, en dépit d'une hygiène sévère, se sera dangereusement multiplié, les nobles démocraties se hâteront de lui reprendre son complet de toile, retireront de l'étuve un uniforme, et habilleront le chômeur en militaire, pour une nouvelle guerre de la Justice et du Droit.

Dans une société qui a complètement perdu le sens chrétien de la douleur, au point de la haïr, et même de ne haïr qu'elle, il est juste que le pauvre reprenne sa place aux côtés du milliardaire, puisqu'ils appartiennent désormais l'un et l'autre à ce Monde pour lequel le Christ a refusé de prier — n'en déplaise aux fiers séminaristes démocrates qui, jusqu'à l'âge de la totale sénilité, continueront de voir ce monde tel qu'il se présentait jadis à leurs imaginations de petits paysans précoces, c'est-à-dire sous les espèces d'une sorte de salon de sous-préfecture, rouge et or, théâtre de toutes les impudicités, où des messieurs très bien, ivres de Champagne, pincent les fesses de la marquise !

Le monde entier peut travailler systématiquement, cyniquement, à se passer de Dieu, préparer avec une énergie sauvage, dont le ressort reste mystérieux, l'avènement d'une nouvelle forme de barbarie — celle-là probablement sans remède, car elle aura sa loi et son ordre propres, disposera de moyens assez puissants pour imposer à des milliers d'esclaves la discipline strictement biologique de la ruche ou de la termitière — cette transformation réellement prodigieuse d'une société hier encore imprégnée de christianisme jusqu'aux moelles semble avoir passé presque inaperçue d'une part considérable de ce clergé, jadis glorieux, aujourd'hui gâté par un siècle de politique sans franchise, faite d'abandons retentissants et de revanches sournoises, et dont la vanité crédule grandit sans cesse à proportion des humiliations subies.

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Critiques de La Grande Peur des bien-pensants : avis de lecteurs (2)


  • Critique de La Grande Peur des bien-pensants par generalmarechal (Babelio)

    Pour ceux qui connaissent et apprécient le Bernanos opposé au nazisme, ce texte a de quoi surprendre. Oeuvre de jeunesse, l'écrivain y fait l'apologie à peine nuancée d'Edouard Drumont, son maître à p...

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    Par generalmarechal - publiée le 27/11/2019

  • Critique de La Grande Peur des bien-pensants par Luniver (Babelio)

    Premier écrit politique de l'écrivain, la grande de peur des bien-pensants est un hommage à un homme politique français, Edouard Drumont. Ce dernier est auteur de « La France juive », pamphlet qui dén...

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    Par Luniver - publiée le 23/06/2013

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