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Citations de J'ai tout entendu (10)

Chez les chrétiens, le diable a bon dos, avec sa batterie de tentations qu'il met en travers du chemin des justes. Mais en réalité, les tragédies sont toujours le fruit des faiblesses humaines. Le diable n'a rien à voir là – dedans, tout au plus grappille – t – il les reliefs du festin, comme une hyène.

Je passe un certain temps à entretenir la tombe de Jenkins, au dépotoir humain de Barrington. Officiellement, le lieu s'appelle le cimetière du mémorial, mais c'est un nom trop solennel à mon goût ; si on ne peut pas rire de la mort, alors à quoi ça rime de vivre ? La plupart des gens n'ont pas la bonne attitude vis-à-vis de la mort : ce n'est pas parce qu'ils la traitent avec respect qu'elle les épargnera. Il n'y a rien à faire, des milliards d'individus en ont déjà fait les frais. D'ailleurs, elle est bien souvent le terme heureux d'une vie malheureuse.

Je haussai les épaules. La plupart des vies dites normales que j'avais pu observer me paraissent peu enviables. Mon silence était ma protection, il me permettait de fixer les modalités de mon rapport avec le monde. Je serai bien bête d'abandonner ça juste pour devenir un plouc de plus qui espère s'en sortir en jacassant.

N'empêche qui ne regarde pas le ciel prend la pluie.

Perry Ray lui fit remarquer un professeur, vous ne pouvez pas conduire les gens à Jésus avec un gosier plein d'eau. Il faut leur pincer le nez, sans quoi vous risquez de passer votre temps à célébrer les funérailles des gens que vous avez noyés en les baptisant.

Les idées les plus saugrenues viennent aux gens à la lecture de la presse. Ils ne se rendent pas compte que les journaux sont l'œuvre d'écrivains frustrés, de demi-talents, qui passent leur vie professionnelle dans des salles de rédaction bruyantes, à se nourrir de leurs névroses mutuelles, et à essayer d'oublier que, tandis qu'ils rêvent de changer le monde,leur véritable fonction est de couvrir le sport au lycée, les légumes géants et les chiens égarés ayant regagné leur domicile après une odyssée à travers le pays. J'ai idée que ça les rend fous, ou malveillants. Ou les deux à la fois.

Barrington est l'archétype de la ville du Sud. Nichée dans les petites collines au nord-est d'Atlanta, elle est jolie comme tout, avec ses clochers dépassant de la cime des arbres, et son vieux tribunal trônant au milieu d'une vaste pelouse. On y trouve quelques rues avec des demeures néoclassiques appartenant aux notables, d'autres rues avec les maisons modestes et classées de la classe moyenne ; quelques îlots de caravanes et de baraques de fortune en marge de la ville, où vivent les blancs pauvres ; enfin une communauté noire regroupée dans le quartier de Buttermilk Bottom. Elle compte aussi une entreprise de conditionnement de viande de poulet, deux usines produisant l'une des pots de peinture et l'autre des fermetures Éclair, et – Dieu soit loué d'avoir placé un gisement de granit aussi près – une carrière qui fournit des stèles funéraires à trois États.Une douzaine d'écoles élémentaires alimentent en élèves deux lycées, qui à leur tour livrent au monde leurs contingents d'égorgeurs de poulets et de tailleurs de stèles. On y dénombre trente et une églises, trois détaillants de machines agricoles, une quarantaine de gardiens de la paix, trois bibliothèques, zéro marchand de vin et taverne, une statue de soldat confédéré, en mémoire des troupes que Barrington envoya défendre la cause, et dont la majeure partie trouva la mort dés la première nuit, après qu'un soldat ivre eut renversé une lanterne dans la grange où ils bivouaquaient.

Un dernier point. Je ne vais pas truffer ce récit d'accents ou d'idiomes régionaux. C'est vrai que Barrington se situe au cœur des États du sud, et que certains des faits qui s'y sont produits seraient inimaginables ailleurs, mais tout le reste, la cupidité, la duplicité, les intrigues et la concupiscence, est universel, et donc ne levez pas les yeux au ciel devant les agissements de ces originaux du Sud.

Les gens font preuve d'une candeur remarquable quand ils se parlent en ma présence. Du coup ; je sais qui a couché avec qui, qui fraude le fisc, qui a fait un mauvais mariage et qui s'est fait avorter à Atlanta. Citer le nom de n'importe quel habitant de Barrington et je peux vous dire s'il est riche ou pauvre, heureux ou malheureux, frigide ou obsédé, intelligent ou stupide, s'il fait partie des gagnants ou des perdants. Je sais tout ce qui s'est passé dans cette ville depuis des décennies, mais la plupart de ces histoires ne valent pas la peine qu'on en parle. Ce sont plus ou moins les mêmes qu'ailleurs.

Ma réputation de conteur est encore à faire. Ça n'a rien d'étonnant, vu que je n'ai pas prononcé un seul mot depuis le matin où je suis descendu du car à Barrington, il y a cinquante – deux ans. J'avais dix ans, et ma mère venait de se volatiliser au beau milieu de la nuit. Depuis, elle n'a plus jamais donné signe de vie, et moi je n'ai plus jamais quitté Barrington ; on ne peut pas dire que je me sois aventuré bien loin de la gare routière. C'est là que j'ai dormi presque toute ma vie, dans le cagibi à l'arrière du bâtiment.

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Critiques de J'ai tout entendu : avis de lecteurs (6)


  • Critique de J'ai tout entendu par carnet-de-voyage (Babelio)

    Sammy Ayers est âgé de 10 ans quand il se retrouve, seul, à la gare routière de Barrington, Georgie.... Quelques minutes auparavant, il fut réveillé par le chauffeur du bus, qui nettoyait son car.....

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    Par carnet-de-voyage - publiée le 24/10/2015

  • Critique de J'ai tout entendu par Joa (Babelio)

    Pour ceux qui ont adoré "Un petit boulot" de Levison, je vous conseille vivement de vous précipiter sur "J'ai tout entendu", récit d'un homme, abandonné enfant dans une gare par sa mère et q...

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    Par Joa - publiée le 25/07/2015

  • Critique de J'ai tout entendu par Marymary (Babelio)

    L'histoire est bien ficelée, l'atmosphère du sud des Etats-Unis depuis les années 40 est bien retranscrite, mais j'ai trouvé que les personnages manquaient de consistance, même le narrateur paraît un ...

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    Par Marymary - publiée le 11/03/2015

  • Critique de J'ai tout entendu par domyla (Babelio)

    Une lecture qui change ... On se laisse emmener car on veut connaître la suite ... On pense avoir compris mais on veut savoir! Suspense sans être un polar.... J'adore

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    Par domyla - publiée le 30/12/2013

  • Critique de J'ai tout entendu par Einigriv (Babelio)

    Une vraie bonne surprise. J'ai adoré l'histoire de cet homme qui se fait passer pour sourd pour qu'on le laisse tranquille, et qui attend patiemment l'heure de la vengeance. Tous les travers de la bie...

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    Par Einigriv - publiée le 29/03/2012

  • Critique de J'ai tout entendu par benjamin2010 (Babelio)

    Un vrai petit bijou ce livre ! Une intrigue rondement menée, de l'humour noir, des détails livrés au compte goutte et de manière très subtile... Au début, on ne voit pas trop où l'auteur veut nous ...

    Lire la critique complète >
    Par benjamin2010 - publiée le 05/02/2011

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