livres actu Livres Actu

Accueil > Enrique Vila Matas

Enrique Vila Matas

Livres de Enrique Vila Matas

Citations de Enrique Vila Matas (47)

Nous qui racontons des histoires, nous sommes tous des espions, des voyeurs. Comme la vie est trop courte pour vivre suffisamment d'expériences, il faut les voler.

– Étrange façon de vivre

[...] nous avons tous un brin de lâcheté qui est, curieusement, parfois responsable des grands choix que nous faisons dans notre vie.

– Étrange façon de vivre

La durée de nos passions dépend aussi peu de nous que la durée de notre vie.

– Étrange façon de vivre

Je crois que Stevenson avait prévu le syndrome qui a transformé tant d"individus - paradoxalement les plus singuliers - en points de rencontre de diverses personnalités. Mais c'est peut-être Fernando Pessoa qui a donné le grand coup de sifflet initial en se fractionnant lui-même en une série de personnages divergents : une vraie stratégie pour pouvoir s'adapter à l'impossibilité de s'affirmer comme un sujet unitaire, solide, aux contours parfaitement définis.

– Chet Baker pense à son art

Je peux imaginer un critique immergé dans le "vague flottement" d'une nuit de sa vie essayant d'écrire un long texte d'un genre qu'il appelle"fiction critique" et qui, quasiement sans s'en recndre compte, malgré la contrariété initiale que cela représente pour lui, se transforme en observateur et éventuel narrateur d'une histoire traditionnelle où il y a des personnages.Tout se passe à Turin, dans une chambre de la rue du Pô, à deux pas de l'endroit où Xavier de Maistre a écrit son livre le plus célèbre. D'une certaine façon, le critique par ailleurs Secrétaire perpétuel de la Société du Voyage autour de ma chambre, s'est installé dans cette chambre d'hôtel pour rendre hommage au livre du cmote de Maistre.

– Chet Baker pense à son art

......contrairement à ce que tant de gens croient, on n'écrit pas pour se distraire même si la littérature est l'une des choses les plus distrayantes du monde, on n'écrit pas non plus pour « raconter des histoires », bien que la littérature regorge de récits géniaux. Non. On écrit pour attacher le lecteur, pour se rendre maître de lui, le séduire, le subjuguer, entrer dans l'esprit d'un autre et y rester, pour l'ébranler, le conquérir…

– Impressions de Kassel

Avais-je oublié Humboldt, ce personnage de Saul Bellow qui aimait à rappeler le jour où Artaud avait invité les intellectuels les plus brillants de Paris à une conférence ? Quand ils furent tous réunis, il ne lut rien, il monta sur scène et se contenta de crier comme un animal sauvage. Il semblerait qu'après avoir ouvert la bouche, Artaud n'ait pas arrêté de pousser des cris tonitruants tandis que les intellectuels parisiens effrayés ne bougeaient pas de leurs sièges. Pour eux, c'était un acte délicieux. Pourquoi ? Humboldt dit qu'Artaud avait d'une certaine façon compris que le seul art qui pouvait intéresser les intellectuels était celui qui célébrerait la primauté des idées. Les artistes devaient intéresser les intellectuels, la nouvelle classe. Aussi la situation de la culture et de l'histoire de la culture était-elle devenue le thème de l'art. C'est pourquoi un auditoire raffiné de Français écoutait respectueusement Artaud quand il criait. Pour eux, le but exclusif de l'art était de suggérer et d'inspirer des idées…

– Impressions de Kassel

Kafka : « Est-il vrai qu'on peut s'attacher une jeune fille par l'écriture ? » On a rarement formulé avec autant d'ingénuité, de précision et de profondeur l'essence même de la littérature.

– Impressions de Kassel

Y eut-il, un jour, meilleur dessin de la condition humaine que les points de suspension avec leur joyeuse suspension de ce qui, tout compte fait, ne peut aspirer qu'à être éternellement en suspens ?

– Impressions de Kassel

Les gens qui soudain –ce qui est parfois mon cas, c'est pourquoi je me débrouille pour ne pas trop me laisser voir le soir –montrent un aspect d'eux-mêmes que nous n'aurions jamais imaginé, font toujours peur.

– Impressions de Kassel

....elle a ri parce qu'elle venait de lire le curriculum vitae de Numminem inscrit dans le programme. La traduction de sa biographie en castillan était sûrement sortie directement du traducteur anarchique de Google : « M. A. Numminem est né en 1940 à Somero, Finlande. Il a fait des études de philosophie, de sociologie et de linguistique à l'université d'Helsinki […]. Il a composé des intimés philosophiques, des films écrits, des poèmes, expérience en génialité et tango. »

– Impressions de Kassel

J'aurais aimé avouer, à ce moment-là, à Boston qu'il me semblait incroyable de ne pas avoir su remarquer, dès le premier instant, que le politique ou plutôt l'éternelle chimère d'un monde humanisé était inséparable de la recherche artistique et de l'art le plus avancé.

– Impressions de Kassel

Jovani disait aussi, si ma mémoire ne me jouait pas des tours, qu'il fallait se demander qui souhaiterait vraiment avoir un urinoir signé dans le salon de sa maison. Les différences entre art exposé dans les musées et art sans foyer ni direction, art de l'intempérie si visible à Kassel dans diverses installations, ne pouvaient peut-être pas trouver meilleure synthèse que dans cette question.

– Impressions de Kassel

Arrivé sur les lieux, n'ayant rien à y faire, j'aurai pu partir. Mais je me suis aussitôt dit que c'était tourner le dos à l'incertitude et je suis resté. Je ne devais absolument pas m'inquiéter du risque de m'ennuyer, me suis-je dit, parce que si je voulais m'occuper toute la nuit, il me suffisait, par exemple, de me demander ce que faisait Dieu avant de créer le monde.

– Impressions de Kassel

C'est dans la grotte d'Artaud que je me suis souvenu de ma vieille conviction - toujours valide après vérification - que celui qui se consacre à la littérature n'a pas renoncé au monde, c'est celui qui l'a tout simplement expulsé ou ne l'a jamais admis comme locataire.

– Impressions de Kassel

La vie puise dans l’écriture et les livres s’inspirent de la réalité.

Notre espoir réside désormais dans la résistance de notre être face aux prévisions de notre esprit.

Les écrivains français sont très à l’aise dans les cafés.

Chaque fois que j’écris, j’ai l’impression que j’en connais moins sur moi-même.

Nous nous étions lancés dans une conversation formidable sur nos goûts artistiques et nous étions tous tombés d'accord que nous étions pour la brièveté en littérature et que notre préférence, même dans le cas des livres inspirés, allait aux plus courts.

– Abrege D'Histoire De La Litterature Portative

... il y a longtemps que Joyce a démissionné de notre société parce qu'il croyait qu'il fallait payer une cotisation pour en être membre

– Abrege D'Histoire De La Litterature Portative

Jeune homme pauvre et médiocre, 21 ans, mains propres, épouserait femme 24 cylindres, érotomane ou parlant annamite, de préférence répondant au nom de O'Keefe. S'adresser à Jacques Rigaut, 73, bd du Montparnasse, Paris. Sans domicile fixe à New York.

– Abrege D'Histoire De La Litterature Portative

Mais miniaturiser c'est également dissimuler, Duchamp, par exemple, s'était lui-même toujours senti attiré par l'extrêmement petit, en fait par tout ce qui exigeait d'être déchiffré: symboles, manuscrits, monogrammes. Miniaturiser, pour lui, revenait à rendre inutilisable: "Ce qui se réduit se voit d'une certaine façon libéré de toute signification. La petitesse des réductions en fait à la fois le tout et le fragment. L'amour du petit est une émotion infantile". Infantile comme le regard de Kafka qui, on le sait, s'était lancé dans une lutte à mort pour son intégration dans la société paternelle, ce qu'il n'aurait d'ailleurs consenti à réussir qu'à la condition de pouvoir demeurer l'enfant irresponsable qu'il était.

– Abrege D'Histoire De La Litterature Portative

et j'ai pu de la sorte avoir des nouvelles de Scott Fitzgerald, par exemple, qui dit avoir fini un roman sur un nommé Gatsby : c'est l'histoire d'un homme qui se confronte à son passé dans une inexorable marche de son destin vers le néant.

– Abrege D'Histoire De La Litterature Portative

C'est triste à dire (...) mais on tend de moins en moins à glorifier l'art au profit de l'artiste créateur, l'artiste est de plus en plus préféré à son oeuvre. Et c'est bien triste, crois-moi.

– Suicides exemplaires

Allez, demain il fera jour, ai-je dit. Et c'est à ce moment précis qu'a retenti, sec et dur, le coup de pistolet qui lui a permis de disparaître de la circulation.

– Suicides exemplaires

Le monde est très ennuyeux ou, ce qui revient au même, ce qui s'y passe est sans intérêt si un bon écrivain ne le raconte pas. Mais quelle poisse que d'avoir à aller à la chasse de ces écrivains et de ne jamais tomber sur un vrai génie !

– Dublinesca

Il a toujours admiré les écrivains qui entreprennent chaque jour un voyage vers l'inconnu et restent malgré tout constamment assis dans une pièce. Les portes de leurs chambres sont fermées, ils n'en bougent jamais, cependant leur confinement leur donne la liberté absolue d'être qui ils veulent et d'aller où les mènent leurs pensées.

– Dublinesca

Riba sait bien que l'une des caractéristiques majeures de l'imagination est de toujours nous donner l'impression d'être à la fin d'une époque. Depuis qu'il fait usage de la raison, il a toujours entendu dire que nous vivons des temps de crise majeure, une transition catastrophique vers une nouvelle culture. Mais l'idée d'apocalypse a toujours existé. Sans aller chercher plus loin, on la trouve dans la Bible, dans l'Enéide, dans toutes les civilisations. Selon Riba, l'apocalypse ne peut être de nos jours qu'abordée sur le mode parodique. [...] Il en a finalement par-dessus la tête d'entendre dire depuis sa plus tendre enfance que notre situation historique et culturelle est plus terrible que jamais et d'une certaine façon privilégiée, un point cardinal dans le temps. [...] Toute crise n'est au fond que la projection de notre angoisse existentielle. Notre seul privilège est peut-être d'être vivants et de savoir que nous allons mourir tous ensemble ou séparément. Finalement, pense Riba, l'apocalypse a un splendide état romanesque, mais il ne faut pas la prendre trop au sérieux [...].

– Dublinesca

Tout être humain porte en lui une certaine dose de haine envers lui-même, et cette haine, celle de ne pas pouvoir se supporter, doit être transférée vers une autre personne, la mieux désignée étant celle qu'il aime.

– Dublinesca

(...) rien ni personne n'a réussi à le convaincre que vieillir a du charme. Est-ce sûr ?

– Dublinesca

Il rêve d'un temps où la magie du best-seller cédera en s'éteignant la place à la réapparition du lecteur talentueux où le contrat moral entre l'auteur et le public se posera en d'autres termes. [...] Parce qu'il ne faut pas se leurrer : ce voyage qu'est la lecture passe très souvent par des terrains difficiles qui exigent une aptitude à s'émouvoir intelligemment, le désir de comprendre autrui et d'approcher un langage différent de celui de nos tyrannies quotidiennes.

– Dublinesca

Il pense que, si l'on exige d'un éditeur de littérature ou d'un écrivain qu'ils aient du talent, on doit aussi en exiger du lecteur. Parce qu'il ne faut pas se leurrer : ce voyage qu'est la lecture passe très souvent par des terrains difficiles qui exigent une aptitude à s'émouvoir intelligemment, le désir de comprendre autrui et d'approcher un langage différent de celui de nos tyrannies quotidiennes.

– Dublinesca

Il rêve d'un temps où la magie du best-seller cédera en s'éteignant la place à la réapparition du lecteur talentueux et où le contrat moral entre l'éditeur et le public se posera en d'autres termes. Il rêve d'un jour où les éditeurs de littérature, ceux qui se saignent aux quatre veines pour un lecteur actif, pour un lecteur suffisamment ouvert pour acheter un livre et laisser se dessiner dans son esprit une conscience radicalement différente de la sienne, pourront à nouveau respirer.

– Dublinesca

Lire et écrire exigent les mêmes qualités. Les écrivains passent à côté des lecteurs, mais le contraire est aussi vrai, les lecteurs passent à côté des écrivains quand ils ne cherchent en eux que la confirmation que le monde est comme ils le voient ...

– Dublinesca

Pour devenir moins latin, il s'entraîne devant la glace à perdre l'instinct du mélodrame et de l'exagération, à se transformer en un gentleman froid et sans passions, qui ne fait pas de moulinets avec ses mains quand il donne son avis.

– Dublinesca

En un temps où les artistes démolissent ou déprécient les œuvres de leurs collègues en croyant qu'ils en sortiront fortifiés et placés au-dessus de leurs rivaux (sans se rendre compte qu'ils dépendent de leur propre talent et non de l'exécution de leurs adversaires), j'adore le charme d'un certain genre de livres - rares, aimables, stimulants - dans lesquels un artiste explique pourquoi il admire un autre.

– Marienbad électrique

En général, quand on dit "je sais", on ne sait pas, on croit.

– Marienbad électrique

"Ce n'est pas pour me justifier mais cette attirance envers ce type de chambre unique, d'espace fermé, est logique. C'est la sorte de pièce qui attire é cause de ce qu'elle représente fondamentalement, car elle est le lieu mythique où se déroule toujours le grand drame humain, non exempt à l'occasion de lumière. Tout compte fait, une chambre est l'espace central de toute tragédie - l lieu où Hölderlin sombra dans la folie, où Juan Carlos Onetti médita sur le monde et décida qu'il valait mieux ne plus sortir du lit, où Emily Dickinson s'enferma avec ses mille sept cents poèmes -, mais aussi l'endroit ou Vermeer connut l'expérience de la plénitude et de l'indépendance du moment présent.Une chambre fermée est probablement, comme dit un ami, le prix à payer pour parvenir à voir la luminosité. Elle était mon lieu préféré pour trouver ma vie à l'intérieur des textes que je lisais. Il y a ainsi, par exemple, une scène de Tolstoï que j'ai intériorisée et dans laquelle je me vois moi-même en train de lire : celle où un personnage est dans un train, un livre dans les mains, tandis que dans le compartiment, une lumière éclaire sa lecture. Pour moi, c'est une image du bonheur que seule la littérature peut probablement donner. Car il faut savoir que la littérature permet de penser ce qui existe, mais aussi ce qui s'annonce et qui n'est pas encore advenu. Penser aussi, par exemple, que le monde est un texte, une grande fiction que DGF lit passionnément tous les jours. Le monde est un passage, celui-ci est notre vie et il est dans les livres. Nous ne vivons vraiment qu'au fur et à mesure que nous lisons notre histoire en la transcendant. Parce que seule la littérature est vraiment transcendante, elle nous fait découvrir les autres et nous demander comment il se peut que les signes sur une tablette d'argile, les signes tracés par une plume ou un crayon soient capables de créer une personne (un don Quichotte, un Gregor Samsa, une Béatrice, un Jakob von Gunten, un Falstaff, une Anne Karénine), dont la substance excède dans leur réalité, leur longévité personnifié, la vie elle-même. Il n'est pas d'énigme plus grande que celle de la pièce unique. Dans ce cabinet, aussi paradoxal que cela puis paraître, nous finissons tous pas ressembler à Robinson Crusoé. Les vagues alentour, l'eau infinie comme l'air, la chaleur de la jungle derrière : "je suis retranché du nombre des hommes ; je suis un solitaire, un banni de la société humaine." "

– Marienbad électrique

Pour s'engager en littérature, il faut d'abord s'engager dans la vie.

– Mac et son contretemps

Parfois, j'imagine que je m'en vais.Je me transforme alors en homme en voyage se dirigeant vers quelque chose qui ressemble au bout du monde, un type qui porte une veste élégante et soignée, dont les poches cependant sont de plus en plus effilochées, peut-être parce que s'y cache son identité de vagabond.

– Mac et son contretemps

En réalité, je veux le dire sans perdre davantage de temps, écrire, c'est cesser d'être écrivain.

– Mac et son contretemps

Pourquoi la préférence des femmes pour d'autres nous donne-t-elle toujours l'impression qu'elles ont choisi un abruti ?

– Mac et son contretemps

En définitive : que d'autres avancent.

– Mac et son contretemps

Si on vit encore avec une certaine joie, c'est parce qu'on sait qu'aussi tard soit-il, on n'a pas encore perdu la possibilité de tout abandonner et de s'en aller.

– Mac et son contretemps

Parfois, même si on doit s'absenter pour y parvenir, on se bat pour quelque chose d'aussi essentiel et, en même temps, d'aussi simple que ceci, on fait des efforts pour qu'au moins, on daigne nous confirmer notre existence.

– Mac et son contretemps

Il me semblait que l'excès en soi peut être perçu comme une manifestation de la vie et curieusement nous faire nous sentir plus vivants.

– Mac et son contretemps
< Voir moins de citations
Voir plus de citations >

Commentaires

Connexion




S'inscrire

Inscription à Livres Actu




Se connecter