livres actu Livres Actu

Accueil > Emmanuel Todd > L'illusion économique

Acheter ce livre - 17.8 €


36340ème dans les ventes


Emmanuel Todd

0 abonné

Emmanuel Todd, né le 16 mai 1951 à Saint-Germain-en-Laye, est un démographe, historien, essayiste, prospectiviste[1] français. Il travaille principalement sur les thèmes de la parenté et de la famille, qu'il aborde comme des systèmes (ou structures) ... Plus >

L'illusion économique (1998)

De Emmanuel Todd chez Gallimard
(6 votes, note moyenne : 4.3)

La chute des taux de croissance, la montée des inégalités et de la pauvreté, l'incohérence des évolutions monétaires sont des phénomènes bien réels, et de nature économique. Ils ne font cependant que refléter des déterminants culturels et anthropologiques beaucoup plus profonds. Le déclin éducatif américain, le choc malthusien produit en Europe par l'arrivée des classes creuses à l'âge adulte, l'émergence d'une stratification culturelle inégalitaire, l'affaissement des croyances collectives - parmi lesquelles la nation - définissent ensemble bien plus qu'une crise économique : une crise de civilisation.Mais l'idée d'une contrainte économique agissant «de l'extérieur» sur les États-Unis, le Japon, l'Allemagne ou la France, baptisée mondialisation, n'est qu'une illusion. Le sentiment d'impuissance qui paralyse les gouvernements ne sera surmonté que si renaît l'idée de nation.

Paru le 14-01-1998 - Format : Broché - 324 pages - 20 x 14 x 1 cm - 306 g - ISBN 10 : 2070748855 - ISBN 13 : 9782070748853

Collection : Hors Série Connaissance

Tags : interview, essai, démocratie, occident, pauvreté, obsessions, mondialisation, civilisation, crise, Société industrielle, Euro, démographie, société, libéralisme, politique, crise économique, économie, sociologie, developpement durable, littérature française, essai, occident, pauvreté, croyances, obsessions, mondialisation, civilisation, crise, union européenne, Euro, démographie, société, libéralisme, politique, étude sociologique, crise économique, économie, sociologie, developpement durable, littérature française.

Citations de L'illusion économique (10)

Dans notre monde post-moderne un jeune " vaut moins " qu'un vieux. Certes. Mais il y a là une entorse à la plus simple et la plus intuitive des lois de l'économie. Un bien présentant une utilité quelconque, s'il se raréfie, devrait valoir plus. Ce sont pourtant des jeunes en cours de raréfaction, par suite de la dépression démographique, qui valent de moins en moins, sur le marché du travail ou ailleurs. Trois décennies après le début de la chute de fécondité, les jeunes sont de moins en moins nombreux. La baisse a commencé vers 1990 : — 11 % prévisibles pour les 20-24 ans en France entre 1990 et 2010.On peut évidemment voir dans " l'effondrement du cours du jeune ", qui a accompagné la hausse du CAC 40, l'effet macro-sociologique d'un vieux principe bureaucratique : dernier arrivé, dernier servi. Mais l'analyse économique libérale explique aussi très bien comment, si ce n'est pourquoi, s'effectue la spoliation de la jeunesse occidentale. La mondialisation unifie les marchés du travail. À l'échelle planétaire, tiers-monde inclus, les jeunes sont relativement abondants et corvéables, les vieux sont rares et détenteurs du capital. La loi d'égalisation du coût des facteurs nous assure que, si un pays développé s'ouvre au libre-échange, le facteur de production relativement abondant, en l'occurrence le capital, démographiquement identifiable aux vieux, sera favorisé, et le facteur relativement rare, le travail, démographiquement identifiable aux jeunes, sera désavantagé. C'est très exactement ce que nous vivons.

L'idée de modernité s'oppose désormais à celle de progrès. La nécessité économique explique tout, justifie tout, décide pour l'humanité assommée qu'il n'y a pas d'autre voie. Le souci d'efficacité exige la déstabilisation des existences, implique la destruction des mondes civilisés et paisibles qu'étaient devenus, après bien des convulsions, l'Europe, les États-Unis et le Japon.La mondialisation — globalisation selon la terminologie anglo-saxonne — serait la force motrice de cette fatalité historique. Parce qu'elle est partout, elle ne peut être arrêtée nulle part. Principe de rationalité, d'efficience, elle n'appartient à aucune société en particulier. Elle flotte, a-sociale, a-religieuse, a-nationale, au-dessus des vastes océans, l'Atlantique et le Pacifique s'affrontant pour la prééminence dans un combat vide de conscience et de valeurs collectives. Que faire contre une telle abstraction, une telle délocalisation de l'histoire ?

L'analyse économique et idéologique de l'accalmie présente d'ailleurs un certain intérêt. Elle confirme l'hypothèse de la pensée zéro : nos dirigeants ne sont pas mus par des croyances positives (pensée unique) mais ils sont idéologiquement vides et seulement capables d'encenser le mouvement de l'histoire auquel ils s'abandonnent (pensée zéro). L'euro est fort, c'est formidable ; l'euro est faible, c'est formidable. Etc.

Les élections européennes révèlent assez bien ce lent mouvement de l'idéologie. Le taux d'abstention, massif à l'échelle continentale, évoque l'inexistence d'une conscience collective européenne. L'indifférence des peuples explique, autant que les perspectives sombres de l'économie, la faiblesse de l'euro. Pas de monnaie sans État, pas d'État sans nation, pas de nation sans conscience collective.(P.S. : ces lignes furent écrites en juin 1999 !)

Nous sentons venir la fin de l'efficacité des politiques monétaires. Une baisse du taux d'intérêt ne produit plus guère qu'une euphorie boursière temporaire, et semble le pastiche monétaire d'une distribution de Prozac. [...] Il ne suffit pas d'abaisser le seuil de rentabilité de l'investissement par baisse du coût de l'emprunt. Il faut bien que les citoyens de base, et pas simplement 20 % de privilégiés, puissent acheter ce qui est produit.

Ce monde mal géré a le temps de réfléchir sans craindre une pulvérisation par les autarcies nationales et la guerre. Ces considérations rassurantes ne doivent cependant pas conduire à sous-estimer la lente mais sûre montée de la violence qui accompagne la dissolution des croyances collectives et l'éternisation des difficultés économiques. Violence diffuse interne, dans les banlieues, dans les écoles, dans les familles.

Il n'est bien entendu pas question de considérer cette mise en évidence d'une tendance à la sous-consommation par écrasement des salaires comme une contribution originale à la science économique. Il ne s'agit que d'un rappel, à l'échelle d'une économie mondialisée, de la contradiction fondamentale du capitalisme, étudiée par d'innombrables auteurs du dix-neuvième ou de la première moitié du vingtième siècle.

Dans le cadre des économies nationalement régulées d'après-guerre, il y avait une complémentarité entre production et consommation. Les entreprises avaient le sentiment, lorsqu'elles augmentaient les salaires, de créer de la demande pour l'économie en général. En régime de libre-échange, chaque entreprise considère que la plupart des consommateurs sont dans d'autres pays et traite les salaires comme un coût pur. Si toutes les entreprises de tous les pays du monde s'installent dans une logique de compression du coût salarial, nous obtenons, au terme de quelques décennies, un retard systémique de la consommation, une tendance à la stagnation. À ce processus s'oppose d'autres forces, dynamiques, comme le progrès technique, moteur d'un investissement autonome. Mais le jugement dernier de la croissance zéro est inéluctable.

Chacune des sociétés développées souffre dans sa masse de l'asphyxie progressive de la demande par le libre-échange, de la suppression de toute régulation macro-économique budgétaire par abandon du cadre national. Une telle mécanique historique conduit à la naissance d'un monde triste, écrasé par l'attente d'un futur régressif, dans lequel chacun cherche à sauvegarder sa place, espérant qu'avant lui son voisin, une autre profession, une autre tranche d'âge, payera le prix de la contraction. Avec au cœur le lâche espoir de toucher sa retraite et de décéder avant le Jugement dernier.

[C]e qui perce sous l'antinationisme, c'est la cause du passivisme : la rupture du groupe et des croyances collectives qui le solidifiaient. Si une communauté humaine n'existe pas, aucune action collective n'est par définition possible, et tout ce qui arrive ne peut qu'être accepté. Le noyau mou de la pensée zéro, c'est l'implosion du groupe. Une fois posée cette hypothèse simple et radicale, nous sommes conceptuellement armés pour comprendre l'impuissance des « contradicteurs de la pensée unique » qui n'ont à vrai dire rien à contredire qui ait une substance. Aucune doctrine à réfuter, aucune croyance solide à combattre. Même la monnaie unique, à l'origine un projet positif quoique mal pensé, n'apparaît plus à la veille de sa réalisation que comme un « machin qui arrive », qu'on ne peut empêcher, qu'on accepte sans même croire au moindre de ses avantage économiques. On s'y soumet désormais, comme au libre-échange, par passivisme. Munis de cette nouvelle hypothèse nous pouvons enfin expliciter la liquéfaction successive de tous les acteurs politiques, individus réduits à un infiniment petit social par la disparition des croyances collectives, acceptant leur impuissance, et pour cette raison catalogués les uns après les autres comme « se ralliant à la pensée unique », alors qu'ils ne peuvent nullement adhérer à une pensée qui n'a jamais eu de contenu. En France, le seul message délivré par les lieux et nœuds de pouvoir – le ministère des Finances, la présidence de la République, Matignon, la droite, le Parti socialiste et le journal Le Monde – est que ce qui existe, existe, ce qu'il est difficile de ne pas admettre, et que l'on n'y peut rien, ce qui est absolument vrai si l'on part de l'axiome que la France n'existe pas.

< Voir moins de citations
Voir plus de citations >

Critiques de L'illusion économique : avis de lecteurs (3)


  • Critique de L'illusion économique par Luniver (Babelio)

    Il y a quelques décennies, la fin de l'Histoire semblait actée : le monde ne pouvait que devenir libéral, qui apporte dans son sillage prospérité, démocratie, santé et éducation. Aujourd'hui, après av...

    Lire la critique complète >
    Par Luniver - publiée le 01/03/2020

  • Critique de L'illusion économique par daniel_dz (Babelio)

    Étant attiré par les idées qui sortent des sentiers battus, je ne peux que chanter les louange de cet essai sorti en 1998, peu de temps avant la mise en circulation de l'euro. Aussitôt refermé, il m'a...

    Lire la critique complète >
    Par daniel_dz - publiée le 28/05/2017

  • Critique de L'illusion économique par pbazile (Babelio)

    Un des meilleurs livre de Todd à mon avis. Avec "le destin des immigrés", c'est celui que je conseille pour une découverte. Dès 1998 il se moquait des économistes, ce qui apparaît très juste en ces t....

    Lire la critique complète >
    Par pbazile - publiée le 11/02/2009

Ils parlent de L'illusion économique

Du même auteur

Commentaires

Connexion




S'inscrire

Inscription à Livres Actu




Se connecter