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Dany Laferrière

Présentation de Dany Laferrière (Wikipedia)

Dany Laferrière, né Windsor Klébert Laferrière le 13 avril 1953 à Port-au-Prince en Haïti, est un intellectuel, écrivain, et scénariste canado-haïtien, résidant principalement à Montréal, au Canada. Il reçoit le prix Médicis 2009 pour son roman L'Énigme du retour. Le 12 décembre 2013, il est élu à l'Académie française, où il est officiellement reçu le 28 mai 2015. Il est le deuxième membre de cette institution à l'intégrer sans avoir jamais possédé la nationalité française après Julien Green en 1971.

Livres de Dany Laferrière

Citations de Dany Laferrière (95)

« En débarquant à Montréal, j'avais vingt dollars en poche, ce qui ne faisait pas de moi un touriste. »

– Tout ce qu'on ne te dira pas, Mongo

Tout nouveau-né est un immigré qui doit apprendre pour survivre les codes sociaux. Une société ne livre ses mystères qu'à ceux qui cherchent à la comprendre, et personne n'échappe à cette règle implacable, qu'on soit du pays ou non.

– Tout ce qu'on ne te dira pas, Mongo

« Tout nouveau-né est un immigré qui doit apprendre pour survivre les codes sociaux. Une société ne livre ses mystères qu'à ceux qui cherchent à la comprendre, et personne n'échappe à cette règle implacable, qu'on soit du pays ou non. »

– Tout ce qu'on ne te dira pas, Mongo

« Quand on quitte son pays, on ignore qu'on ne reviendra plus. Il n'y a pas de retour possible, car tout change tout le temps. Les lieux, les gens, les usages. Même notre façon d'appréhender la vie. Si on ne change pas, les autres, eux, changent, et de cette manière nous changent. Perpétuel mouvement. Mais on ne sait pas ce que le temps fera de nous. On peut visualiser l'espace plus facilement. Le temps, c'est le monstre invisible qui dévore tout sur son passage. Ce genre de choses arrive à notre insu. On débarque dans un pays. On y passe des années. On oublie tout ce qu'on a fait pour survivre. Des codes appris à la dure. Chaque mauvais moment annulé par la tendresse d'un inconnu. Un matin, on est du pays. On se retrouve dans la foule. Et là, brusquement, on croise un nouveau venu et tout remonte à la surface. »

– Tout ce qu'on ne te dira pas, Mongo

« La plupart des gens prennent l'Afrique pour un pays où l'on ne fait qu'attendre la mort. Je suis étonné par un tel manque de curiosité. »

– Tout ce qu'on ne te dira pas, Mongo

Cette fois, on dirait qu'elle parle à Da. En tout cas, la cane la regarde bien en face en hurlant des coin-coin sur un ton furieux. -Da, dit Fatal, on dirait qu'elle essaie de te dire quelque chose.-Oui, dit Da en souriant, elle connaît la date de ma mort, alors chaque matin, elle me la répète en espérant qu'un jour je puisse comprendre son langage.

– Le Charme des après-midi sans fin

- Da, cela a dû faire mal à Izma de voir son fils souffrir ainsi.- Bien sûr, Vieux Os.- Donc elle doit être heureuse qu'il soit maintenant mort.- Elle est à la fois heureuse et malheureuse. La souffrance est une chose terrible, Vieux Os, mais la mort c'est autre chose...- Et qu'est-ce que c'est ?- Tout ce qu'on ne sait pas, dit Da pensivement.

– Le Charme des après-midi sans fin

Comment peux-tu aller dans la vie sans même prendre une tasse de café !

– Le Charme des après-midi sans fin

Je ne veux pas qu'on touche à mon sommeil. C'est mon bien le plus précieux. Mon dernier refuge. Personne n'a le droit de pénétrer dans mes rêves.

– Le Charme des après-midi sans fin

Cette fille m'est pire qu'une blessure. Celle qui vole mon sommeil parce que son visage ne disparaît pas quand je ferme les yeux. Et elle vient de me dire que je la fais souffrir. La couleur de l'après-midi change brusquement. Une joie si violente qu'elle ne rend triste.

– Le Charme des après-midi sans fin

N'importe quelle présence vaut mieux qu'une absence.

– Le Charme des après-midi sans fin

Je me demande si ce sera toujours ainsi : un jour, personne ne fait attention à toi, et le lendemain, tout le monde te saute dessus. Dans ce cas, quel mérite j'ai d'être aimé.

– Le Charme des après-midi sans fin

Elle a l'air endormie comme ça, mais je sais qu'elle réfléchit. De temps en temps, je l'entends marmonner quelque chose que je ne parviens pas à déchiffrer. Je voudrais avoir des dents dans mes oreilles pour pouvoir mastiquer calmement ce qu'elle dit.

– Le Charme des après-midi sans fin

Vava me regarde. Tout mon sang vient de se retirer de mon corps. Je deviens livide. Les grands yeux noirs de Vava. Une dernière fois. Mes mains sont glacées. Ma bouche sèche. Le camion redémarre lentement.On entend craquer le vieux chassis en bois. Vava m'envoie un baiser. Délia se retourne vivement. -Ferme la fenêtre Valentine.La fenêtre se referme doucement, comme une caresse sur ma joue.Je suis mort.

– Le Charme des après-midi sans fin

J'ai un coeur qui ne se repose jamais, même pendant mon sommeil. Je rêve d'elle. Et elle ne sait même pas que je suis amoureux d'elle. Je n'ose pas prononcer son nom.

– Le Charme des après-midi sans fin

[...] dans l'échelle des valeurs occidentales, la Blanche est inférieure au Blanc et supérieur au Nègre. C'est pourquoi elle n'est capable de prendre son pied qu'avec un Nègre. Ce n'est pas sorcier, avec lui elle peut aller jusqu'au bout. Il n'y a de véritable relation sexuelle qu'inégale. LA BLANCHE DOIT FAIRE JOUIR LE BLANC, ET LE NÈGRE, LA BLANCHE. D'où le mythe du Nègre grand baiseur.

– Comment Faire L'Amour Avec Un Negre Sans Se Fatiguer

- Quand tu bandes, c'est avec ta vision du monde que tu le fais, les phantasmes de ton adolescence, le temps qu'il fait... et la beauté n'a rien à voir avec ça. - Un beau cul... - Ça n'existe que dans ta tête, Vieux. - Tu crois vraiment que c'est simplement dans ma tête qu'un cul existe. - Sûr, Vieux ; la preuve : quand tu fais l'amour avec une fille et qu'elle est couchée sur le dos, tu ne vois rien de ce fameux cul.- Nous ne faisons pas ça tous de la même maière, Bouba. - Ah ! de la poudre aux yeux, on revient toujours à ce bon vieux truc du missionnaire, crois-moi. Bon, prends la bouche. On rencontre une fille dans la rue. Elle a une bouche sensuelle et gourmande, ce que tu veux. Tu lui dis n'importe quoi, elle te répond n'importe quoi et vous vous embrassez deux heures plus tard : eh bien, quand tu l'embrasses, tu ne vois pas sa bouche. En close-up, on ne voit rien de quoi que ce soit.- On l'embrasse avec son imagination, comme tu disais. En l'embrassant, on conserve l'image de sa bouche dans sa tête. D'ailleurs, c'est ce qui nous a poussé à l'embrasser. Au moment où on l'embrasse, le désir est quasi consommé.- Alors la bouche que tu as dans ta tête, ta bouche idéale, est supérieure à la bouche réelle, à la bouche de telle fille rencontrée à tel coin de rue, à telle heure. Donc, à la dernière minute, elle pourrait changer de bouche et tu n'y verrais que du feu.

– Comment Faire L'Amour Avec Un Negre Sans Se Fatiguer

Le thé bout. On n'a pas de radio, pas de télé, pas de téléphone, pas de journal. Rien qui nous relie à cette foutue planète. L'Histoire ne s'intéresse pas à nous et nous, on ne s'intéresse pas à l'Histoire. C'est kif kif.

– Comment Faire L'Amour Avec Un Negre Sans Se Fatiguer

L'aube est arrivée, comme toujours, à mon insu. Gracile. Des rayons de soleil à fleurets mouchetés. Comme des pattes de saint-bernard. Le roman me regarde, là, sur la table, à côté de la vieille Remington, dans un gros classeur rouge. Il est dodu comme un dogue, mon roman. Ma seule chance. Va.

– Comment Faire L'Amour Avec Un Negre Sans Se Fatiguer

Sans avertissement, j'éjacule – d'un jet puissant, éclaboussant tout le visage de Miz Littérature. Elle rejette, brusquement, la tête en arrière et j'ai le temps de voir une curieuse lumière au fond de ses yeux. Et elle replonge, bouche ouverte, vers mon pénis comme un piranha. Elle suce. Je grandis. Elle me chevauche. Ce n'est plus une de ces baises innocentes, naïves, végétariennes, dont elle a l'habitude. C'est une baise carnivore. Miz Littérature a commencé par pousser deux ou trois cris stridents. Le vase de pivoines, au-dessus de ma tête, menace à tout moment de nous fendre le crâne. Je fais l'amour au bord du gouffre. Miz Littérature s'est accroupie dans une sale position et elle monte et descend lentement le long de mon zob. Un mât suiffé. Son visage est complètement rejeté en arrière. Ses seins quasiment pointés vers le ciel et un sourire douloureux au coin de sa bouche. Je caresse ses hanches, son torse en sueur et la pointe exacerbée de ses seins. Elle se met tout à coup à me lancer de rapides et violentes saccades et un son rauque lui monte à la bouche.- Baise-moi !Ah ! merde alors, c'est incroyable !

– Comment Faire L'Amour Avec Un Negre Sans Se Fatiguer

Dazibao, rue Saint-Hubert, au-dessus du café Robutel. Il faut, pour y accéder, grimper un escalier assez raide soudé au Robutel comme une anse à cafetière. Comme prix d'entrée, il faut acheter un lot d'exemplaires de la NBJ, la revue des poètes d'avant-garde. Coût total : 2.50 $. Fini le temps des Maïakovski où la poésie était gratuite. A l'intérieur, tout ce que Montréal compte de laissés-pour-compte de la poésie. Poètes alcooliques, mystiques, bûcherons, camionneurs, poètes tuberculeux, poétesses surdraguées. Nous prenons place, Bouba et moi, dans le fond de la salle. Un grand type, à côté de Bouba, n'arrête pas de hurler à la mort, après chaque strophe. Des caisses de bière à côté de ses pieds. Poésie à l'ivromètre. Une énorme poétesse, ronde comme une barrique de bière, raconte l'histoire de son amant bûcheron jaloux de sa bibliothèque. Un géant doux voudrait nous chanter une berceuse. Une poétesse, complètement soûle, s'assoit entre Bouba et moi. Puis l'énorme poétesse revient à l'avant pour raconter l'histoire d'un amant qui puait des pieds. Ou il faisait l'amour avec ses bottes ou il s'en allait. La plupart du temps, il le faisait sans ses bottes et la maison restait empestée pendant une semaine. Je rentre chez moi. Le roman m'attendait. Je place une dernière bière à côté de ma Remington avant de me faire un sandwich. La nuit sera longue.

– Comment Faire L'Amour Avec Un Negre Sans Se Fatiguer

Longue file d'attente au bureau de poste. On est serré comme des sardines. J'avise une sardine, juste devant moi. Elle lit un bouquin. Je suis une sardine maniaque de bouquins. Dès que je vois quelqu'un en train de lire un livre, il faut que je sache quel est le titre, si elle aime ça et de quoi ça parle.- Ça parle de quoi ?- Quoi ?- Ton bouquin ?- C'est un roman.- Quel genre ?- Science-fiction.- T'aimes ça ?- Comme ça.- C'est pas bon alors ?- Sais pas.- T'aimes pas ça ?Elle relève sa tête rousse. Il y a des regards qui font peur. C'est une surdraguée et elle en a marre.- Qu'est-ce que tu veux ?Elle a haussé le ton.- Excuse-moi.- Fous-moi la paix, veux-tu ?- Oublie ça, je balbutie.

– Comment Faire L'Amour Avec Un Negre Sans Se Fatiguer

L'air est tout grouillant à force d'être chaud. Il n'y aurait qu'une allumette pour faire flamber Montréal. Je marche sans me presser. Un peu en avant de moi, une fille sort de la librairie Hachette avec un Miller sous le bras et presque rien sur le corps. Ma température grimpe aussitôt à 120 degrés. Il fait 90 degrés à l'ombre. Un rien et je flambe. Comme une de ces baraques des favelas de Rio. Je m'étais dit qu'il faut éviter les filles à l'air. A chaque été, je deviens complètement dingue. […] Juste au moment où je vais tomber amoureux de Miz Hachette, j'aperçois une autre fille qui s'avance en sifflant sur une bicyclette radieuse. J'arrête de respirer. Elle freine et s'arrête au carrefour. Lumière rouge : le pied gauche au sol, les reins légèrement cambrés et la nuque dégagée. Les filles veulent un minimum de cheveux en été. Le corps tendu comme un arc. Lumière verte : elle donne un vigoureux coup de pédale du pied droit. Le corps projeté en avant. Dernières images : un dos pur, le mouvement gracieux des hanches, des cuisses graciles de pubère. Emotion : la douleur de voir partir ainsi pour toujours quelqu'un qu'on a aimé éperdument, ne serait-ce que l'espace de douze secondes et trois dixièmes.

– Comment Faire L'Amour Avec Un Negre Sans Se Fatiguer

Charlie Parker crève la nuit. Une nuit moite et lourde des Tristes Tropiques. Le jazz me ramène toujours à la Nouvelle-Orléans et ça fait un Nègre nostalgique.

– Comment Faire L'Amour Avec Un Negre Sans Se Fatiguer

Faut lire Hemingway debout, Basho en marchant, Proust dans un bain, Cervantès à l'hôpital, Simenon dans le train (Canadian Pacific), Dante au paradis, Dosoto en enfer, Miller dans un bar enfumé avec hot dogs, frites et coke… Je lisais Mishima avec une bouteille de vin bon marché au pied du lit, complètement épuisé, et une fille à côté, sous la douche.

– Comment Faire L'Amour Avec Un Negre Sans Se Fatiguer

Les fourmis ont-elles un nom ? Elles courent comme des dingues dans les fentes des briques. Dès qu'elles se croisent, elles s'arrêtent une seconde, nez à nez, avant repartir à toute vitesse. Elles se ressemblent toutes. Peut-être portent-elles le même nom ?

– L'odeur du café

Un jour, j'ai demandé à Da de m'expliquer le paradis. Elle m'a montré sa cafetière. C'est le café des Palmes que Da préfère, surtout à cause de son odeur. L'odeur du café des Palmes. Da ferme les yeux. Moi, l'odeur me donne des vertiges.

– L'odeur du café

- Ce qu'il faut à ce garçon, Da, c'est de l'exercice. (le Docteur Cayemitte)Da lui jette un regard étonné.- Et vous avez attendu la fin des vacances pour me dire ça, docteur.- Quelles vacances !- Les vacances, dit Da d'un ton inquiet.Le docteur Cayemitte se frappe le front.- C'est pour ça qu'ils sont dans mes jambes tout le temps.Un Temps.- Et bien, faites-lui prendre des vacances durant l'année scolaire.- Vous n'êtes pas bien, docteur.- Laissez courir ce garçon, Da, c'est tout ce qu'il lui faut....- Tout va bien, Da. Ce garçon est prêt à apprendre toutes les bêtises qu'on va lui fourrer dans le crâne, de gré ou de force.- Et c'est comme qu'on qu'on devient docteur plus tard.

– L'odeur du café

Da m'a toujours dit que si le ciel est bleu, c'est à cause de la mer. J'ai longtemps confondu le ciel avec la mer. La mer a des poissons. Le ciel, des étoiles. Quand il pleut, c'est la preuve que le ciel est liquide.

– L'odeur du café

Lumièrele soleil paraît toujours plus vif après la pluie. On dirait que chaque flaque d'eau reçoit un rayon lumineux. Une petite lueur au fond de l'eau. Les yeux de la terre.

– L'odeur du café

- Ciel clair -Brusquement, la pluie s'est arrêtée. Le ciel devient plus clair, le soleil, plus chaud. La vie reprend son cours. Les gens quittent la galerie de Zette en riant. Je remarque qu'après une forte mais brève pluie, les gens semblent plus heureux.

– L'odeur du café

A ce moment-là, il me faut arrêter tout mouvement, car elle n'est pas loin. Vava est dans les parages. Je la sens qui s'approche. Mon ventre se met à bouillir. Ma tête devient vide. Je suis en sueur. Mes mains sont moites. Je me sens mal. Je vais mourir.

– L'odeur du café

LA RUENotre rue n'est pas droite. Elle court comme un cobra aveuglé par le soleil. Elle part des casernes pour s'arrêter brutalement au pied de la Croix-Jubilée. C'est une spéculateurs, qui achètent du café ou du sisal aux paysans. Le samedi, c'est jour de marché. Une vraie fourmilière. Les gens viennent des douze sections rurales environnantes qui forment le district de Petit-Goâve. Ils vont pieds nus avec un large chapeau de paille sur la tête. Les mulets les précèdent, chargés de sacs de café. Bien avant le lever du soleil, on entend un vacarme dans la rue. Les bêtes piaffent. Les hommes hurlent. Les femmes crient. Da se lève tôt, le samedi, pour leur préparer du café. Un café très noir.

– L'odeur du café

… il énonça son premier théorème : « Tout corps plongé dans l'eau en ressort mouillé. » (vlb, p. 137)

– L'odeur du café

D'après Zette, il parait que Galbaud se laisse mener par sa voiture.— Sa femme l'a toujours mené par le bout du nez aussi, Da. — Une auto n'est pas une femme, Zette. — Oui, Da. Mais un homme reste toujours un homme.

– L'odeur du café

Le téléphone, de nouveau. J'ai beau dire « Allô », aucune réponse. J'entends pourtant le souffle de la personne au bout du fil. Finalement une petite voix murmure :– J'étais assise pas loin de vous dans le métro il y a trois jours.– Vous dites ?– J'étais sur la même rangée que vous, et vous lisiez Basho.Je n'arrivais pas à faire un lien entre la voix et le visage. Je m'attendais à un accent asiatique.– Ah oui, je me souviens…– Là, vous me confondez avec la chinoise en face de vous que vous n'arrêtiez pas de regarder.– Cela arrive souvent, fais-je, on regarde quelqu'un alors qu'on est regardé sans le savoir par quelqu'un d'autre.– Elle, elle est chinoise, mais moi, je suis japonaise. C'est normal, vous étiez dans le quartier asiatique.– Et comment faites-vous pour savoir qu'elle est chinoise ?– Ma mère est coréenne et mon père japonais, je sais ce que c'est… Si elle n'est ni coréenne, ni japonaise, c'est qu'elle est chinoise.Elle rit toujours.– Et pour les rires… Y a-t-il une différence ?– Pas tellement. Par contre, le vagin japonais est placé en diagonale et celui de la Coréenne est à l'horizontale. Je ne sais pas pour la Chinoise si ça se trouve elle est verticale. Nous sommes des filles géométriques.Je ris.

– Je suis un écrivain japonais

On sait bien que les nègres sont paresseux. Voilà un cliché. Et quand un blanc travaille trop, il dit qu'il travaille comme un Nègre. Un arrêt. Le cliché franchit le temps et l'espace à la vitesse de l'éclair. Son arrêt provoque toujours un silence. Je regarde à la fenêtre pour voir passer trois jeunes femmes pressées.

– Je suis un écrivain japonais

Basho envisage la marche comme une façon de se laver de toute la crasse de cette réalité. Le haïku n'est qu'un petit savon bon marché. J'étais encore avec Basho quand elle s'est assise en face de moi.- Qu'est-ce que tu fais là ?- Rien.- Comment rien ?- Je termine mes frites.- Tu lis quoi ?- Basho.Regard suspicieux.- C'est qui lui ?- Un poète japonais.- Tu te moques de moi ?- Non.- T'es japonais ?- Non.- Tu n'es pas de la police par hasard ?- Même pas.- On a eu trois descentes de police ici cette semaine. C'est plus que dans toute l'histoire du Dog Café. On est dans la Zone Rouge depuis 54... Tu comprends ?On se regarde un long moment.- Pourquoi je serais de la police ?- Les gens viennent ici pour manger... En dix ans, je n'ai jamais vu quelqu'un avec un livre ici, et toi tu lis un livre en japonais.- C'est une traduction.

– Je suis un écrivain japonais

Après je m'installe dans le bain avec un bouquin de Tolstoï. Il n'y a qu'un chômeur qui vient de payer son loyer qui peut lire Guerre et Paix sans sauter les descriptions de paysages. J'ajoute aussi sur cette courte liste de lecteurs marathoniens les secrétaires de bureau qui naviguent dans les romans fleuves de Stephen Spielberg, avec un châle sur les épaules, à cause du froid glacial qui règne dans les tours de verre du centre-ville. Les gens préfèrent le régime minceur. "Pas plus de deux cents pages sinon je n'ouvre même pas le bouquin", disait dernièrement un célèbre critique littéraire à la télévision allemande. Je fais partie de ces gens qui ne regardent pas la télé, mais qui la citent sans arrêt. C'est comme avec le proverbe chinois, on peut lui faire dire n'importe quoi.

– Je suis un écrivain japonais

Qu'est-ce qu'un secret? Une chose qu'on brûle d'envie de hurler sans pouvoir le faire. (p. 249)

– Je suis un écrivain japonais

Le fantasme des hommes hétérosexuels n'a pas bougé depuis le néolithique.

– Je suis un écrivain japonais

Je n'ai aucune obligation de tenir des promesses que je fais à moi-même [...]

– Je suis un écrivain japonais

Je suis étonné de constater l'attention qu'on accorde à l'origine de l'écrivain. Car, pour moi, Mishima était mon voisin. Je rapatriais, sans y prendre garde, tous les écrivains que je lisais à l'époque. Tous. Flaubert, Goethe, Whitman, Shakespeare, Lope de Vega, Cervantès, Kipling, Senghor, Césaire, Roumain, Amado, Diderot, tous vivaient dans le même village que moi. Sinon que faisaient-ils dans ma chambre? Quand, des années plus tard, je suis devenu moi-même écrivain et qu'on me fit la question : «Êtes-vous un écrivain haïtien, caribéen ou francophone?» je répondis que je prenais la nationalité de mon lecteur. Ce qui veut dire que quand un Japonais me lit, je deviens immédiatement un écrivain japonais.

– Je suis un écrivain japonais

J'ai quelques noms de filles, un titre, des voix, une ville que je connais trop bien, et une que je ne connais pas. Je n'ai besoin de rien d'autre pour faire un roman.

– Je suis un écrivain japonais

Je savais que la littérature comptait pour du beurre dans le nouvel ordre mondial. Il n'y a que les dictateurs du Tiers-Monde qui prennent les écrivains au sérieux en les faisant régulièrement emprisonner, ou fusiller même.

– Je suis un écrivain japonais

Eh bien, on ne va nulle part, ma chérie, tout se passe dans la voiture. [...]Justement, dit Choupette, c'est quand on n'a rien à faire que le temps est précieux. [...] Le temps va plus vite quand les gens veulent l'arrêter.

– Le goût des jeunes filles

"Steph est une écervelée qui pourrait me servir d'alibi de temps à autre si je pense changer d'univers. Je n'ai eu qu'une vraie conversation avec elle, il y a deux ou trois ans, et elle m'avait expliqué qu'on devait arriver vierge au mariage et ne prendre un amant qu'après que notre mari a ouvert le chemin. C'était sa morale. Elle n'y voyait là aucune hypocrisie. Tout ce qu'elle doit à son mari, c'est sa virginité. Après elle agira comme elle veut. Pour elle, c'est une attitude féministe. Quand l'hypocrisie se mélange avec la bêtise, il n'y a plus rien à faire."

– Le goût des jeunes filles

"Ma mère est trop maniérée pour venir d'une terre aussi brute, aussi primitive, aussi vraie que l'Afrique."

– Le goût des jeunes filles

"C'est cela mon drame: je suis née du mauvais côté de la ville et de la vie."

– Le goût des jeunes filles

Je n'avais rien contre les fabulations de Zaza, je n'aimais simplement pas sa façon de se servir de son pouvoir. Elle ajoutait l'arrogance à la sottise. Je n'ai rien contre le mensonge, je déteste la fausseté. On passe son enfance à se faire bercer avec des contes de fées qui sont d'ahurissants mensonges. Et après, on nous empêche de mentir.

– Le goût des jeunes filles

Nous, nos jambes nous aident à nous déplacer ; elle, chaque mouvement de son corps change l'atmosphère du lieu. La regarder simplement marcher est un spectacle en soi.

– Le goût des jeunes filles

On sait ce qu'on a écrit, mais le résultat reste quand même surprenant. Ecrire est une opération différente de celle de lire. Quand j'écris, j'y mets le fond de mon âme, et voilà que je lis tout à fait autre chose.

– Le goût des jeunes filles

Je n'ai rien contre le mensonge, je déteste la fausseté. On passe son enfance à se faire bercer avec des contes de fées qui sont d'ahurissants mensonges. Et après, on nous empêche de mentir.

– Le goût des jeunes filles

Ma mère, elle, ne crie jamais. Elle n'élève jamais le ton, mais si on la connait bien, on peut facilement entendre ses hurlements. Elle a simplement converti les cris en sarcasmes. Cela fait moins de bruit, mais plus de mal.

– Le goût des jeunes filles

L'adolescent, lui, ne connait pas encore le regret. Son temps est projeté dans l'avenir. Ses parents vivent dans un présent soucieux. Et ses grands-parents batifolent dans la nostalgie. Trois temps qui se jettent dans le fleuve de la vie commune.

– L'art presque perdu de ne rien faire

L'ART DE PARLER À UN INCONNUC'est difficile de converser avec quelqu'unqui vous connait autantsans qu'il ne se mette à vous abreuverde ces lourds conseils d'ami.On a l'impression d'être pour luiun vieux livre annoté. La vie serait bientriste s'il n'y avait pas de ces rencontresspontanées qui arrivent n'importe oùsans crier gare durant un souperchez des amis. Sur le quai d'une gare.Au coin de la rue.Et cela peut débuter par un sourirecomme par un malentendu.On se croit, un bref moment, adversairespour se découvrir, pas longtemps après,une sensibilité toute proche.On se met à causer alors d'égal à égal.Ce genre de rencontre ne commencejamais par bonjour. On garde l'impressiond'une conversation qui a débuté bien avant ce moment-là. On trouve un endroitdiscret pour se raconter des choses qu'on atoujours gardées secrètes pour la famillecomme pour les amis.Puis on se quitte sans se dire au revoir.Et c'est toujours mieux ainsi.

– L'art presque perdu de ne rien faire

Rien n'est plus abstrait qu'une lettre, mais rien n'est plus concret qu'un mot.

– L'art presque perdu de ne rien faire

Il arrive qu'une histoire finisse par exploser en nous des années après sa lecture.

– L'art presque perdu de ne rien faire

L'ART DE CHANGER DE CAFÉDès qu'on s'installe dans un café, tout le restede la ville s'efface.On passe du nous bruyant au je en sourdine.Ce n'est pas un salon c'est un romandont on devient instantanémentun des personnages secondaires.Ce qui nous permet d'entrer dans le caféet d'en sortir sans toucher à la trame du récit.Tout ici ne se déroule pas toujoursde manière harmonieusemais nous sommes des animaux capablesd'endurer les situations les plus inconfortables.J'ai vu des gens subir sans broncherle mépris de serveurs maussadesou l'indifférence de leurs voisins de tablealors qu'il suffisait de traverser la ruepour se rendre au café d'en face et changerainsi de roman ou de vie.

– L'art presque perdu de ne rien faire

C'est qu'il est impossible d'extraire du coeur de l'homme son enfance, ses rêves, son ciel étoilé et sa ronde lune. Tout homme, quel qu'il soit, cache en lui de telles pépites.

– L'art presque perdu de ne rien faire

Tout au fond un homme sous une lampe allumée. Si concentré que je l'imagine sur une île déserte. Je m'avançai vers lui pour découvrir qu'il était en train de lire. Il leva lentement les yeux vers moi. J'avais en face de moi un animal en voie d'extinction. Le libraire qui ne cherche pas à vous satisfaire malgré vous. C'est ici que j'aimerais que mes livres finissent leurs jours. Chez cet homme presque grincheux qui les défendra contre ces butors qui ignorent qu'un livre est une somme de passions. P.162.

– L'art presque perdu de ne rien faire

L'émotion annule le temps.

– L'art presque perdu de ne rien faire

Lire n'est pas nécessaire pour le corps, seul l'oxygène l'est, mais un bon livre oxygène l'esprit.

– L'art presque perdu de ne rien faire

L'ART DE LIRE LA POÉSIEVoilà une chose dont on ne parlepresque jamais et qui devrait fairepartie de notre mode de vie urbain :la lecture de la poésie.Depuis qu'on a quitté la campagnepour cette vie accélérée la lecturede la poésie est devenue aussiessentielle que l'oxygène.Les médecins auraient dû prescrire la poésiecomme traitement contre le stress.Si les poètes semblent si angoissés c'estpour que leurs lecteurs puissent mieuxrespirer. D'abord un conseil : ça ne se lit pas comme un roman. Chaque poèmeest autonome. Prenez deux poèmes par jour :un le matin et un autre le soir.Trouvez un vers qui vous plaît et ruminez-le durant toute la journéejusqu'à ce qu'il s'incruste dans votre chair.

– L'art presque perdu de ne rien faire

"Trois choses comptent aujourd'hui.Apprendre.Manger.Dormir.Dormir est la plus précieuse."

– Chronique de la dérive douce

Lire les grands romans russesde la findu dix-neuvième sièclec'est le privilèged'un chômeur qui vientde payer son loyer.J'ai commencé Guerre et paixce matin.

– Chronique de la dérive douce

"C'est une sensation bien illusoire que de se croire seul quand on traîne derrière soi une longue lignée de gens qu'on ne risque plus de croiser le jour mais qui continuent à s'agiter dans notre mémoire et à se manifester dans nos rêves."

– Chronique de la dérive douce

"On a tous nos angoisses.Il faut savoir avec lesquelles on accepte de passer la nuit."

– Chronique de la dérive douce

"Le temps est plus impitoyable qu'un tigre.Il nous lacère de l'intérieur."

– Chronique de la dérive douce

"Je commence à regretter le temps où je n'avais ni gîte ni couvert.Quand tu n'as pas d'adresse, c'est toute la ville qui t'appartient."

– Chronique de la dérive douce

"Quitter son pays pour aller vivre dans un autre pays dans cette condition d'infériorité, c'est-à-dire sans filet et sans pouvoir retourner au pays natal, me paraît la dernière grande aventure humaine."

– Chronique de la dérive douce

J'épingle cette notesur le mur jaune, à côté du miroir : « Je veux toutles livres,le vin,les femmes,la musique,et tout de suite. »

– Chronique de la dérive douce

"Ce n'est pas toujours simple pour celui qui vient d'un pays d'été où tout le monde est noirde se réveiller dans un pays d'hiver où tout le monde est blanc.Certains jours on ne voit les choses qu'en noir et blanc."

– Chronique de la dérive douce

Une fille passe, je me retourne.Une autre passe, je me retourne.Une troisième passe,je me retourne.Finalement, je m'assoispour les regarder passer.Il faut avoir traversél'enfer de l'hiverpour connaîtrela fièvre du printemps.

– Chronique de la dérive douce

Son père lui avait bien expliqué que, quand vous avez un associé haïtien, il n'y a que deux conclusions possibles : ou vous faites faillite après un an ou deux, ou il s'arrangera pour vous faire jeter en prison et garder l'affaire pour lui seul.

– Vers le sud

Il prenait mon corps pour sa guitare, et croyez-moi, il savait jouer de cet instrument.

– Vers le sud

Dans un pays comme Haïti où les riches s'enferment dans leurs maisons luxueuses au flanc des montagnes, c'est uniquement sur le banc des écoles que nous avons une chance de les côtoyer, nous autres les pauvres, et de tisser des liens avec eux.

– Vers le sud

Les gens cyniques, j'ai remaqué, sont toujours très fragiles.

– Vers le sud

On a déplacé le poids de la vie afin de retrouver la légèreté de l'adolescence.

– Vers le sud

Des fois, je me dis que toutes ces histoires de classes sociales, c'est de la vraie merde. …Pourquoi ce serait mieux qu'elle baise avec un petit con qui a un nom ? De toute façon, je ne distingue vraiment personne ici. Pour moi c'est un tout. Juste des Haïtiens. Alors lui ou un autre ?

– Vers le sud

- Vous, les femmes, vous êtes impossibles, franchement impossibles.- On essaie simplement de se défendre, fait Tanya en minaudant un peu. - Quand vous voulez quelqu'un, vous êtes capables de faire deux cents kilomètres sur les genoux, et si nous on fait ne serait-ce qu'un pas vers vous, vous sortez les griffes.- C'est comme ça, papa...- Ne m'appelle pas papa.- Oui papa.

– Vers le sud

Le pouvoir, l'argent et le sexe, disait mon prof d'histoire, voilà le trio infernal qui mène les hommes. Quand vous aurez compris cela, messieurs, vous aurez tout compris. Et l'amour? Écoutez, on parle de choses sérieuses ici, lançait-il alors de sa voix tonitruante, (p.17)

– Vers le sud

C'est simple : pour empêcher un Haïtien de rêver, il faut l'abattre.

– Vers le sud

L'écrivain est un homme privilégié à qui on donne le droit de traverser les barrières entre les classes sociales aussi bien que les frontières entre les pays.

Le sourire est une invention britannique. Pour être précis, les Anglais l'ont rapporté de leur campagne japonaise.

Le temps va plus vite quand les gens veulent l'arrêter.

On est vraiment mort quand il n'y a personne pour se rappeler notre nom, sur cette terre.

Ceux qui aiment ont toujours raison.

Un bon livre se retrouve toujours entre les mains d’un lecteur libre. Sinon il n’y reste pas longtemps, car le mauvais lecteur cherche à se débarrasser de tout ce qui ne ressemble pas à ce qu’il a déjà lu. Un livre-pute n’est jamais loin de devenir un livre-culte.

Lire n'est pas nécessaire pour le corps (cela peut même se révéler nocif), seul l'oxygène l'est. Mais un bon livre oxygène l'esprit.

Lire n’est pas nécessaire pour le corps, seul l’oxygène l’est, mais un bon livre oxygène l’esprit

On ne dévore pas un bon livre, c’est plutôt dans son ventre que vous risquez de finir

Pour bien comprendre quelqu'un, c'est mieux de lire, par-dessus son épaule, les livres qu'il lit.

Quand on met le vêtement d’académicien, il se passe quelque chose…

C'est quand on n'a rien à faire que le temps est précieux.

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