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Vie de Gérard Fulmard, de Jean Echenoz : quintessence du loser en littérature

Par La Rédaction, le 21-03-2020

L’antihéros est à la mode. Gérard Fulmard n’échappe pas à la règle, personnage houellebecquien à la sauce Jean Echenoz, 1,68 m pour 89 kg, bedonnant donc, et célibataire évidemment ! Il ne manquait plus qu’à lui faire perdre son travail de steward pour faute grave et voilà le dernier spécimen du loser en littérature, archétype effrayant qui a l’avantage de rassurer les lecteurs : leur vie est certainement un peu moins médiocre qu’ils ne le pensaient, à moins qu’ils ne s’identifient à ce minable héroïque et que chaque passage de ligne constitue une motivation supplémentaire à la création d’une internationale des nuls entièrement dévouée à répandre la médiocrité sur le monde ? 

A part ce nom, je ne suis pas sûr de provoquer l’envie : je ressemble à n’importe qui, en moins bien.

Le nouveau roman de Jean Echenoz est tour à tour drôle, absurde et navrant tellement cette épopée moderne est alimentée par la naïveté du personnage principal. On en regretterait presque que le destin ne l’ait pas sauvé d’une chute de satellite soviétique, qui eut la mauvaise idée de s’écraser à quelques encablures de son domicile de la rue Erlanger, ouvrant le roman dans un incipit savoureux qui démontre tout le talent d’écriture de l’auteur.

Cet acte manqué aurait pu achever les souffrances de notre antihéros dès le début du livre… hélas, malgré l’anéantissement de son supermarché par l’engin obsolète, Gérard Fulmard trouve la force de s’improviser détective privé, puis de devenir l’homme de main de la Fédération populaire indépendante (FPI), curieux parti politique où il devient la pièce maîtresse des plus obscures machinations…

Voici donc qu'après le coup de l'arme à feu, figure imposée dans ce genre d'histoire comme l'a pertinemment fait observer Gérard Fulmard, voici qu'on va vous faire le coup de l'exotisme. Ne manquerait plus maintenant qu'une scène de sexe pour remplir tous les quotas mais alors une vraie scène de sexe, bien sûr, savamment menée, moins déprimante et ratée que celle de Franck Terrail à Pigalle. Nous verrons cela plus tard. Gardons-la en réserve si l'occasion se présente.

Bien que la trame de cette « vie » n’ait rien d’exceptionnel, rendant le titre d’autant plus absurde, le lecteur est tranquillement happé par les multiples saillies humoristiques qui jalonnent le récit. Dans cet ouvrage qui ravira ses lecteurs les plus fidèles, Jean Echenoz s’amuse de lui-même et des stéréotypes du roman noir, comme s’il en avait littéralement plus rien à foutre ; il faut dire qu’il n’a plus à démontrer à quiconque ses talents littéraires !

Qu’on ne l’aime ou qu’on ne l’aime pas, Vie de Gérard Fulmard mérite toute sa place dans les bibliothèques des amateurs de littérature française. Il vous produira un effet sérotonique similaire à celui d’une comédie diffusée sur M6 le dimanche soir.


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