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L'homme qui pleure de rire, de Frédéric Beigbeder : la repentance d’un ricaneur pantalonné

Par La Rédaction, le 31-01-2020

On a tous un Octave Parango en nous. C’est cette idée qui fuse, ce spasme qui dérape, cette irrationalité qui détruit tout pour tout libérer. C’est cette décision qui change le cours de notre vie, pour le meilleur ou pour le pire. Frédéric Beigbeder espérait s’en être débarrassé pour de bon après 99 francs et Au secours pardon mais le voilà de retour dans L'homme qui pleure de rire

Cette fois-ci, c’est lors d’une chronique matinale sur France Inter que le double de Frédéric Beigbeder surgit d’une nuit de fête, provoquant son licenciement en direct. Le roman commence par la description de cette chronique désormais culte dans l’histoire audiovisuelle française, où l’auteur explique qu’il a perdu son texte vers trois heures du matin, au Medellin, boite de nuit parisienne. Les réactions de ses collègues de la radio la plus écoutée de France sont plus que mitigées ; l’auteur prend la plume pour régler ses comptes, faisant de Nicolas Demorand un être autoritaire et froid, « un bulldozer » propice à victimiser Parango. Pas tendre avec lui-même, tout le monde en prend pour son grade, transformant la première partie du roman en un pamphlet néo-dadaïste, à la limite du malaise.

« J’ai cette manie de toujours chercher à me faire virer. Ma psychanalyste prétend que c’est par manque de confiance en moi, que je cherche à vérifier l’amour qu’on me porte, comme un enfant capricieux casse ses joujoux. Cette fois le test ne sera pas concluant. »

L’homme qui pleure de rire, dont le titre est représenté par l'emoticon le plus utilisé au monde dans un coup marketing dont seul Frédéric Beigbeder a le secret, est le récit heure par heure d’une soirée qui culmine dans ce « suicide en direct », comme si l’auteur voulait se justifier d’en être arrivé à un tel niveau de décadence, d'inacceptable, de ridicule. Ce faux mea culpa chronologique entraîne le lecteur au coeur d’une société mondaine imperméable à la révolte du peuple. Alors que les riches ricanent, les gilets jaunes crient leur indignation.

Trente ans après la publication de ses Mémoires d'un jeune homme dérangé, Frédéric Beigbeder proclamerait-il la fin des ricaneurs pantalonnés ? Lui qui s'esclaffait si facilement s’offusque désormais de voir notre société consommée par le rire permanent. On utilise l’humour comme une arme pour humilier ses collègues, on ricane de nos dirigeants politiques, on se gausse du manque de réussite d’autrui… Le rire n’est plus le symbole de la légèreté de l’être, mais la conséquence maléfique d’une société à la dérive. Oscar Parango dévoile la triste vérité : si l’Occident s’efforce tant à rire, c'est pour oublier que nous sommes profondément malheureux.

« Aujourd’hui la drôlerie est obligatoire. Les présentateurs plaisantent, les hommes politiques badinent, les chauffeurs de taxi galèjent, même les pilotes d’avion et les conducteurs de train tentent des annonces comiques au micro. La grande rigolade est universelle. »

Dans une France tiraillée par les gilets jaunes, Frédéric Beigbeder nous embarque dans un récit qui se moque des rieurs panurgiques au risque de nous arracher quelques sourires à sa lecture. Il nous rappelle que l'autodérision est parfois la meilleure arme des écrivains.


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