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Chester Himes

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Chester Himes est né en 1909 à Jefferson City, dans le Missouri, il fait ses études à l'université d'Ohio State, puis passe sept ans au pénitencier de l'état d'Ohio pour vol à main armée. C'est là qu'il écrit son premier roman. En 1953, il quitte les... Plus >

L'aveugle au pistolet (1999)

De Chester Himes chez Gallimard
(6 votes, note moyenne : 3.5)

Sur la façade d'une maison en ruine de Harlem, dangereuse pour les passants, où seules des bonnes sœurs noires aux cheveux courts passent régulièrement, au point de faire croire aux voisins qu'il s'agit de l'annexe d'un couvent, est apposée du jour au lendemain une pancarte demandant des «Femmes fertiles». Deux flics intrigués réagissent et vont voir. Tout est cassé. L'endroit qui semblait désert grouille de monde. Un révérend habite là. Il a cent ans, est mormon, black, et accumule femmes et enfants. La perquisition rapide dévoile dans la cave trois monticules suspects. Trois cadavres de femmes. John Fossoyeur et Ed Cercueil vont entrer dans la danse. Cette affaire s'ajoute aux autres dans un Harlem qui n'en finit pas de surprendre, où il est impossible de finir une ronde tranquille.

Paru le 01-09-1999 - Format : Broché - 384 pages - 17 x 10 x 1 cm - 180 g - ISBN 10 : 2070410250 - ISBN 13 : 9782070410255

Collection : Folio Policier

Tags : roman social, roman, romans policiers et polars, roman noir, violence, noir et blanc, phares, anti-héros, noir, société, roman réaliste, minorités ethniques, harlem, absurde, critique sociale, social, sociologie, série noire, littérature américaine, 20ème siècle.

Citations de L'aveugle au pistolet (5)

Lorsque le premier flic revint après avoir demandé par radio des renforts au commissariat de Harlem, un très vieil homme drapé dans une robe blanche à longues manches constellée de taches était entré dans la cuisine d'où il avait fait sortir les femmes et les enfants. Il était rasé de frais et sa peau flasque et parcheminée qui semblait avoir pour seule fonction de voiler son squelette était tendue sur ses traits comme un masque de cuir. Ses paupières fripées telle des membranes desséchées retombaient sur ses yeux d'un bleu laiteux, lui conférant une vague ressemblance avec une vieille tortue d'eau. Dans sa voix cassée perçait une note de léger reproche. [...]- Alors c'est vous le patron ici ? dit le premier flic.- Oui, monsieur. Je suis le révérend Sam.- Vous êtes moine ? demanda le second flic.Un sourire parut effleurer le visage du vieil homme.- Non, je suis mormon.Le premier flic se gratta la tête.- Et qu'est-ce que toutes ces bonnes sœurs fabriquent ici ?- Elles sont mes épouses.- Ça alors, je veux bien être pendu ! Un négro mormon marié à une troupe de bonnes sœurs chocolat. Et tous ces gosses ? Vous dirigez un orphelinat, en plus ?- Non. Ce sont mes propres enfants. J'essaie de les élever du mieux que me le permet le Seigneur.Les policiers lui lancèrent un regard aigu. tous deux le soupçonnaient fortement de les prendre pour des imbéciles.- Vos petits-enfants, vous voulez dire, rectifia le premier flic.- Non, ils sont tous les fruits de ma semence.Les policiers le considérèrent avec des yeux ronds.- Vous avez quel âge, pépé ?-Je crois bien que je dois avoir à peu près cent ans, si je ne me trompe.

Les jeunes gens surgissaient brusquement du seuil des taudis plongés dans l'obscurité, du fond des impasses, de derrière les voitures en stationnement, des escaliers remontant des sous-sols, chargeaient vers la police, lançaient des légumes pourris, des détritus variés, des pierres et des briques s'ils pouvaient en trouver, et quelques œufs pourris aussi, mais le moins possible, parce qu'il fallait qu'un œuf soit vraiment en décomposition pour cesser d'être bon à Harlem ; provoquant la police, faisant des grimaces, tirant la langue, chantant « Crève donc blanchiotte ! » Leurs corps s'agitant sur des rythmes absurdes, lestes, agiles, insaisissables, mus par une excitation hystérique qui leur conférait l'air de pantins en folie. Les flics transpirants aux visages rouges dans leurs uniformes bleus, avec leurs casques blancs, zébraient l'air brûlant de la nuit de leurs longs bâtons blancs, comme s'ils exécutaient une version dansée et policière de West Side Story, et plongeaient pour éviter les projectiles volant de toutes parts, surtout pour ne pas recevoir d'ordures dans les yeux ; puis c'était à leur tour de se mettre en chasse et ils poursuivaient les jeunes Noirs qui faisaient volte-face et s'enfuyaient pour se dissoudre à nouveau dans l'obscurité. [...]- Pour eux, c'est jamais qu'un jeu, dit Ed Cercueil.- Non, pas du tout, contredit Fossoyeur. Ils expriment leur opinion.Tandis que les efforts de la police se trouvaient détournés vers un groupe de garçons et de filles qui venaient de lancer une opération de harcèlement sur la 125è Rue, une bande de jeunes gens un peu plus âgés s'élança de l'ombre à l'assaut d'un supermarché au milieu du bloc, avec des bouteilles de bière et des barres de fer. Les vitrines volèrent en éclats. Les jeunes se précipitèrent pour piller, tels des moineaux picorant avidement des miettes sous le bec d'oiseaux beaucoup plus grands.

Mais cette nouvelle génération de jeunes Noirs avec leur comportement de spécimens de l'ère spatiale représentait pour lui l'inconnu. Pourquoi déclenchaient-ils des émeutes, pourquoi provoquaient-ils la police des Blancs d'une part et composaient-ils des poèmes assez délirants pour désarçonner complètement un brillant intellectuel de Harvard de l'autre ? On ne pouvait pas tout mettre sur le compte des foyers brisés, du manque de débouchés, du chômage, de l'inégalité fondamentale, de la pauvreté, de la discrimination — ou encore du génie. La plupart étaient issus de ces taudis misérables qui n'engendrent guère le génie ou les rêves, mais il y en avait un certain nombre appartenant à des familles de la bonne bourgeoisie moyenne qui ne souffraient pas de façon aussi cruciale de l'inégalité. Et les bons et les mauvais, les finauds et les lourdauds constituaient tous les éléments d'un ferment racial: tous se retrouvaient parmi les membres d'une certaine opposition. Et ce n'était fichtrement pas la peine de perdre son temps à discuter pour découvrir le responsable : il n'y avait pas de responsable.

Les habitants de Harlem étaient furieux comme seuls peuvent l'être les Harlemites. La municipalité de New York avait ordonné la démolition des taudis condamnés comme insalubres dans le bloc situé sur le côté nord de la 125ème Rue entre Lenox et la Septième Avenue et les occupants ne savaient pas où aller. Ceux des autres secteurs de Harlem étaient furieux parce que ces expulsés allaient leur être balancés dans les pattes et que les maisons de leur quartier deviendraient des taudis. En outre, c'était un bloc à usage commercial et les propriétaires des petites boutiques installées au rez-de-chaussée des bâtisses étaient également furieux parce que le loyer des nouveaux immeubles serait prohibitif. Le même problème se posait aux résidents, mais la plupart n'avaient pas encore songé à un avenir aussi lointain. Pour l'instant, le souci immédiat de retrouver un toit suffisait à les absorber et ils étaient ulcérés de se voir vidés de maisons où certains étaient nés, où leurs enfants étaient nés, où d'autres s'étaient mariés, où des parents, des amis étaient morts ; peu importait qu'on eût attribué à ces maisons l'étiquette : Taudis condamnés comme impropre à l'habitat. Ils avaient été forcés de vivre entre ces murs, dans toute cette crasse et cette indignité jusqu'à ce qu'ils aient fini par s'y adapter et maintenant on les jetait dehors. Cela suffisait pour provoquer une émeute.

-On est débordés ,patron, répondit Fossoyeur.-Bob,ça va , je vais demander des renforts .Qu'est-ce qui a déclenché l'affaire?-Un aveugle avec un pétard.-Quoi!-Vous m'avez bien compris ,patron.-Mais ça ne tient pas debout!-Ah ça,je vous le fais pas dire!


Critiques de L'aveugle au pistolet : avis de lecteurs (6)


  • Critique de L'aveugle au pistolet par lehibook (Babelio)

    Années soixante : Harlem bouillonne : les arnaques habituelles des malfrats mais aussi les mouvements religieux plus ou moins fantaisistes et fanatiques, et les groupes de contestation politique . ...

    Lire la critique complète >
    Par lehibook - publiée le 03/12/2019

  • Critique de L'aveugle au pistolet par archi41 (Babelio)

    Je suis déçu par ce dernier opus de Chester Himes, ce livre à perdu tous sens, pas de fil conducteur, c'est cafouilleux,pas drôle, je ne me suis pas fais transporté dans New York, tout l'inverse des l...

    Lire la critique complète >
    Par archi41 - publiée le 06/11/2018

  • Critique de L'aveugle au pistolet par kaliss (Babelio)

    et la plongée dans le harlem des 70s continue avec toujours la critique sociale sous la veste de costard rouge vif

    Lire la critique complète >
    Par kaliss - publiée le 29/09/2017

  • Critique de L'aveugle au pistolet par Nastasia-B (Babelio)

    Qu'on ne s'y trompe pas. Ceci n'est pas un roman policier. Bien sûr il y a des morts, des flics, des innocents, des coupables... mais à vrai dire, cela nous est bien égal. Non, ce que Chester Himes...

    Lire la critique complète >
    Par Nastasia-B - publiée le 27/08/2014

  • Critique de L'aveugle au pistolet par polarKP (Babelio)

    L'aveugle au pistolet n'est pas un polar, mais de la littérature pure, une oeuvre littéraire exprimant la rage de la communauté noire américaine et la dénonciation des inégalités sociales entre les Bla...

    Lire la critique complète >
    Par polarKP - publiée le 03/02/2014

  • Critique de L'aveugle au pistolet par maltese (Babelio)

    Les deux flics noirs de Himes, Ed Cercueil et Fossoyeur, sont de retour. Mais ici, nulle enquête véritable, il s'agit plutôt du portrait de Harlem et des conditions de vie du peuple noir, livré par pe...

    Lire la critique complète >
    Par maltese - publiée le 30/09/2010

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