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Brigitte Aubert

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Brigitte Aubert, née à Cannes le 17 mars 1956, est une autrice française de romans policiers.


Citations de Transfixions (2)

[...] ... Retour à la garçonnière de Johnny. Je me planque sous le porche d'un immeuble voisin. Je m'aperçois que j'ai froid. Je me frictionne les bras. Qu'est-ce que tu fous, Johnny ? Viens, viens vite.Je reste là une heure, je ne me frictionne plus, je suis gelé. Frissons. C'est peut-être pas le froid, c'est peut-être la faim ? Est-ce que j'ai mangé aujourd'hui ? J'ai du mal à différencier mes sensations.Le psy, en taule, disait que c'était à cause de cette pièce où je me réfugiais quand mon père se déchaînait. Pas une vraie pièce, une pièce dans ma tête, un trou noir où on ne sent rien. Ouais, bon, peut-être. Rien à branler, du psy.On m'avait coupé les cheveux, je portais un uniforme à la con, je me sentais moche et il m'appelait Beaudoin à longueur de séance. Il disait que se travestir, c'était une manière d'imiter ma mère pour plaire à mon père. Pour l'amadouer, peut-être pour qu'il arrête de me haïr. Pour qu'il me fasse l'amour. Jamais eu besoin de me travestir pour que mon père me baise, lui avais-je dit. La seule chose que ce vieux dégueulasse n'ait pas enfilée dans la baraque, c'est le hamster, et encore, c'est parce que j'avais caché les clefs de la cage.On aurait dit que ça lui faisait de la peine, au psy, ma vie, tout ça. Que je me prostitue. Que je porte des soutifs en dentelles rouges. Mais qu'est-ce qu'il voulait que je lui dise ? D'abord, le rouge, ça va bien à mon teint. Enfin, avant que j'aie ce teint jaunâtre. Avant Johnny. Avant la descente.Un jour, je lui ai demandé s'il s'était déjà fait mettre, au psy. Il m'a dit que non. "Alors, je peux pas parler avec vous," lui ai-je répondu. "Je peux pas parler avec quelqu'un qui sait pas ce que c'est que de ressentir un autre à l'intérieur de soi." En même temps que je disais ça, j'avais l'impression de lui donner une définition de moi-même : quelqu'un habité en permanence par un corps étranger.Le psy m'a regardé, il a soupiré, il m'a demandé si je voulais des antidépresseurs. J'ai dit : "Non, pourquoi ?" Il m'a dit que je devais arrêter de commenter ma vie, comme ça, comme si je voyais un film. Que je devais la vivre. La ressentir. Faire taire la petite voix dans ma tête, celle qui ne la ferme jamais et qui se moque de tout. J'ai dit : "OK, filez-moi les antidépresseurs." ... [...]

[...] ... Claquements de portières. Les flics remontent en voiture. Le Pasteur [= Paul Luther, inspecteur de police] est resté un peu en arrière pour allumer une cigarette. Il lève la tête, aspire la fumée, balaie la place du regard et me voit. Il cligne des paupières, puis s'avance.- "J'ai failli ne pas te reconnaître," lance-t-il en posant son pied sur la chaise à côté de moi.Je ne réponds pas.- "Je suppose que tu es au courant," reprend-il. "Bull [= voisin de Johnny] a été assassiné. On l'a cogné à mort avec un objet contondant. Vu l'absence de tisonnier dans la piaule, je pencherais pour la batte de base-ball. Elle était à lui ?"Je fais signe que oui.- "T'es pas bavard ... de (il hésite, se rattrape) ce soir."Je ne réponds pas.- "T'as une idée sur ce qui a pu se passer ?"Je le sens mal à l'aise. En fait, il ne m'a presque jamais vu en femme, en tous cas il ne m'a jamais parlé quand je suis comme ça, et ça le déstabilise. Je laisse tomber :- "Bull fréquentait des tas de gens que je ne connais pas."Pourquoi ne pas lui dire la vérité ? Pourquoi ne pas lui dire l'assassinat de Bull et celui de Maeva [= autre travesti et ami de Bo'] sont liés à ceux des prostituées ? Il inhale lentement, la fumée ressort par ses narines. Il a un beau nez busqué de baron prussien.- "Le type qui a tué les putes ne va pas s'arrêter," dit-il. "Je te conseille de faire gaffe. Il pourrait croire que tu es vraiment une femme."Est-ce un compliment ? Je proteste avec véhémence : "Hé, je ne travaille plus !" et je vois Johnny sortir et tourner à droite. Oh ! non, il faut que je le rejoigne ! Mais le Pasteur ne bouge pas. Au contraire, il se penche vers moi, odeur de Gitanes et de cuir ciré.- "Ecoute, Ancelin. Mossa t'aime bien et je fais confiance à Mossa. Si tu as quelque chose à me dire, tu peux me joindre à n'importe quel moment à ce numéro."Il est déjà parti que je suis encore en train de déchiffrer le numéro gravé sur sa carte de visite. Décidément, c'est ma soirée mondaine. ... [...]


Critiques de Transfixions : avis de lecteurs (3)


  • Critique de Transfixions par Woland (Babelio)

    ISBN : 9782020375412 "Transfixions" tient à la fois du roman noir, avec son aspect social, et du thriller. Il ne dérange pas spécialement - de nos jours, prendre pour narrateur un travesti à l'en...

    Lire la critique complète >
    Par Woland - publiée le 13/08/2012

  • Critique de Transfixions par whynotgrove (Babelio)

    Livre très noir et dur, à réserver à un public averti.

    Lire la critique complète >
    Par whynotgrove - publiée le 08/08/2014

  • Critique de Transfixions par hellza24 (Babelio)

    Bo' est un jeune homme qui espère avoir un jour assez d'argent pour devenir ce qu'il est réellement : une femme. Abusé par son père dans sa jeunesse, il n'en finit plus de se punir en recherchant la ...

    Lire la critique complète >
    Par hellza24 - publiée le 19/09/2017

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