livres actu Livres Actu

Accueil > Boualem Sansal

Boualem Sansal

Né en 1949, Boualem Sansal vit à Boumerdès, près d'Alger. Il est notamment l’auteur du Serment des Barbares, Prix du premier roman 1999 et du Village de l'Allemand, Grand Prix RTL-Lire 2008 et Grand Prix SGDL du roman 2008. Boualem Sansal a reçu le Prix du Roman arabe 2012 pour Rue Darwin, et s’est vu décerner en 2013 le Grand Prix de la Francophonie de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre. 2084, La fin du monde a été récompensé par le Grand prix du roman de l’Académie française 2015.

Présentation de Boualem Sansal (Wikipedia)

Boualem Sansal (en arabe : بوعلام صنصال), né le 15 octobre 1949 à Theniet El Had, petit village des monts de l’Ouarsenis, est un écrivain algérien d'expression française, principalement romancier mais aussi essayiste, censuré en Algérie à cause de sa position très critique envers le pouvoir en place. Il est en revanche très reconnu en France et en Allemagne, pays dans lesquels ses romans rencontrent un grand succès public, et où il a reçu de nombreux prix.

Livres de Boualem Sansal

Citations de Boualem Sansal (76)

Le silence des intellectuels est le vecteur le plus fort de l'islamisme. Ils portent en effet une responsabilité lourde : en se dérobant à leur fonction sociale qui est d'expliciter à leur société les enjeux auxquels elle est confrontée, ils livrent la population et notamment les franges les plus fragiles, les jeunes, au chant de l'islamisme et du bazar ou à la corruption et au despotisme des pouvoirs arabes.

– Gouverner au nom d'Allah

« Les Arabes se sont entendus pour ne jamais s'entendre sur rien. »

– Gouverner au nom d'Allah

Nous voyons par exemple que les activistes islamistes, dont on parle souvent, et presque exclusivement quand on aborde la question de l'islam, dont désignés par de nombreux vocables : musulmans, fondamentalistes, intégristes, salafistes, jihadistes. Le profane est rebuté, l'islamisme lui paraît plus mystérieux que jamais, il s'imagine avoir affaire à une hydre à mille têtes échappée de l'Antiquité. De la même manière, le mot "islamisme" est concurrencé par autant de vocables : fondamentalisme, intégrisme, salafisme, islam politique, islam radical. La confusion est totale lorsque, en plus, et c'est ce qu'on fait souvent, on accole à ces mots d'autres vocables tels que wahhabite, sunnite, chiite, etc. On comprend qu'avec une telle profusion de mots d'aucuns en viennent à faire des amalgames, dont le plus préjudiciable pour tous est de confondre l'islam, religion respectable et brillante s'il en est, et l'islamisme, qui est l'instrumentalisation de l'islam dans une démarche politique, sinon politicienne, critiquable et condamnable. Le lecteur avisé ne tombera pas dans le piège, il cherchera plutôt à approfondir sa connaissance pour rester maître de son jugement.

– Gouverner au nom d'Allah

Le dialogue interreligieux a réellement besoin d'être relancé, soutenu et démocratisé.

– Gouverner au nom d'Allah

"Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde", disait Camus.Dans tous les pays, le débat s'est ainsi fermé à force d'intimidation, de censure, d'autocensure et de précautions oratoires. D'ores et déjà, le débat sur l'islam a disparu des enceintes publiques. Pourtant l'islam doit être étudié, discuté, interpellé, critiqué éventuellement. Comment faire évoluer le statut de la femme, comment concilier islam et modernité, islam et démocratie, droits et devoirs du croyant et du citoyen, comment ensigner l'islam aux jeunes en quête d'identité, comment construire un "vivre-ensemble" entre musulmans et non-musulmans, ce sont des questions qui attendent des réponses depuis des siècles, et de plus en plus urgemment dans le monde moderne qui bouleverse bien des certitudes du passé.

– Gouverner au nom d'Allah

Dans le contexte qui était celui des pays "arabes" sous la domination coloniale occidentale et chrétienne, le rigorisme religieux a été amplifié, l'islam était une armure, un refuge pour résister à l'emprise de la culture européenne et supporter la misère de l'indigénat et les injustices du colonialisme.

– Gouverner au nom d'Allah

Le phénomène de l'éveil de l'islam et de la radicalisation de nombreux croyants est difficile à comprendre parce que l'évolution passée de l'islam s'est faite à l'insu de tous. Il y a eu comme un effet de surprise qui a dérouté tout le monde.

– Gouverner au nom d'Allah

De plus, un peu partout, et paradoxalement dans les pays de vieille démocratie, le politiquement correct, inspiré par la peur ou le souci de ne pas exacerber les tensions entre les communautés, fait des ravages. Il empêche le vrai débat et l'émergence de contrepoids aux intimidations des uns et des autres. Aux yeux des radicaux, cette retenue est vue comme la preuve que la société est prête à capituler, qu'il suffit de la pousser pour qu'elle se brise.

– Gouverner au nom d'Allah

Les réactions toujours très violentes des islamistes à la moindre remarque sur l'islam, réactions promptement relayées et amplifiées par les médias, ont fini par dresser une sorte de "mur de Berlin" entre l'islam et la critique que tout homme peut émettre à l'endroit de toute idée, fût-elle sacrée.

– Gouverner au nom d'Allah

Une des raisons du malaise qui traverse le monde musulman tient à cela, le refus des institutions religieuses de considérer les interpellations de l'époque présente et de leur apporter des réponses appropriées.

– Gouverner au nom d'Allah

Il n'y avait jamais pensé, mais si on lui avait posé la question il aurait aurait répondu que les Abistani se ressemblaient tous, qu'ils étaient comme lui, comme les gens de son quartier à Qodsabad, les seuls êtres humains qu'il ait jamais vus. Or voilà qu'ils étaient infiniment pluriels et si différents qu'au bout du compte chacun était un monde en soi, unique, insondable, ce qui d'une certaine façon révoquait la notion de peuple, unique et vaillant, fait de frères et de soeurs jumeaux. Le peuple serait donc une théorie, une de plus, contraire au principe d'humanité, tout entière cristallisée dans l'individu, en chaque individu. C'était passionnant et troublant. C'est quoi alors un peuple?

– 2084 : La fin du monde

Le vie est exubérante et vorace, en bien et en mal, et ici en ce siècle elle l'avait prouvé. Il ne lui avait manqué qu'une chose, le moyen simplement mécanique de courir occuper les étoiles

– 2084 : La fin du monde

Mécroire, c'est refuser une croyance dans laquelle on est inscrit d'office mais, et c'est là que le bât blesse, l'homme ne peut se libérer d'une croyance qu'en s'appuyant sur une autre....

– 2084 : La fin du monde

Le système n'est jamais ébranlé par la révélation d'un fait gênant, mais renforcé par la récupération de ce fait.

– 2084 : La fin du monde

La paix était revenue un jour et la paix a ceci d'inévitable qu'elle efface les mémoires et remet les compteurs à zéro.

– 2084 : La fin du monde

La patience est l'autre nom de la foi, elle est le chemin et le but, tel était l'enseignement premier, au même titre que l'obéissance et la soumission, qui faisaient le bon croyant.

– 2084 : La fin du monde

Ils convinrent honnêtement que le grand malheur de l'Abistan était le Gkabul : il offrait à l'humanité la soumission à l'ignorance sanctifiée comme réponse à la violence intrinsèque du vide, et, poussant la servitude jusqu'à la négation de soi, l'autodestruction pure et simple, il lui refusait la révolte comme moyen de s'inventer un monde à sa mesure, qui à tout le moins viendrait la préserver de la folie ambiante.La religion, c'est vraiment le remède qui tue.

– 2084 : La fin du monde

Le principe de la contagion n'a pas toujours été bien compris, on ne meurt pas parce que les autres sont malades mais parce qu'on l'est soi-même.

– 2084 : La fin du monde

La religion fait peut-être aimer Dieu mais rien n'est plus fort qu'elle pour faire détester l'homme et haïr l'humanité.

– 2084 : La fin du monde

Si d'aucuns avaient pensé qu'avec le temps et le mûrissement des civilisations les langues s'allongeraient, gagneraient en signification et en syllabes, voilà tout le contraire : elles avaient raccourci, rapetissé, s'étaient réduites à des collections d'onomatopées et d'exclamations, au demeurant peu fournies, qui sonnaient comme cris et râles primitifs, ce qui ne permettait aucunement de développer des pensées complexes et d'accéder par ce chemin à des univers supérieurs. À la fin des fins régnera le silence et il pèsera lourd, il portera tout le poids des choses disparues depuis le début du monde et celui encore plus lourd des choses qui n'auront pas vu le jour faute de mots sensés pour les nommer.

– 2084 : La fin du monde

L'homme est assez perfide pour tout se pardonner.

– Le village de l'Allemand ou Le journal des frères Schiller

J'ai eu un mal fou à lire le journal de Rachel. Son français n'est pas le mien. Et le dictionnaire ne m'aidait pas, il me renvoyait d'une page à l'autre. Un vrai piège, chaque mot en une histoire en soi imbriquée dans une autre. Comment se souvenir de tout?

– Le village de l'Allemand ou Le journal des frères Schiller

J'avais besoin d'être heureux et insouciant une heure ou deux, pour recharger les accus, pour ne pas sombrer dans la folie.

– Le village de l'Allemand ou Le journal des frères Schiller

Ainsi vont les grandes calamités, ça couve dans les entrailles de la terre, un jour ça se fissure dans un coin, un soir ça grince quelque part dans l'édifice, on soupçonne une possible ruine, on commence à croire que ça peut sauter d'un moment à l'autre, et le temps de se donner une raison d'espérer, tout à coup, patatras, tout est à terre Et une immense colonne de douleur monte vers le ciel. Puis tombe le silence et quelque chose qui ressemble à un vide colossal. On est hébété, écrasé, éreinté, amputé de sa dignité, puis on sombre dans la prostration, dans l'autisme, plus près que jamais de la fin. J'en étais là et même plus loin, dans la noirceurs absolue, le 9 de l'échelle de Richter et pour autant que l'on voit quoi que ce soit dans les grands abîmes, j'étais seul. Seul comme personne au monde. Dans les moments de lucidité, je me disais que mon tourment venait de ce que j'étais un drôle de rêveur, un pauvre débile arrivé dans un monde de cauchemars renouvelés, avec l'idée d'une vie simple, élégante, perpétuelle. Mais le plus souvent, à l'instar de ce cher Adolphe devant son absinthe mortifère, je ne me disais rien, le rêve, la vie, l'harmonie, la simplicité étaient des mots qui n'avaient pas de sens pour moi. Avais je le droit de les utiliser sachant combien mon père les avait bafoués? Ma position est étrange. J'étais dans la peau et le quotidien squelettique d'un déporté qui attend la fin et j'étais dans la peau de mon père, jaloux de son sacerdoce, qui apporte la fin. Les deux extrêmes étaient réunis en moi pour le pire. Comme les mâchoires d'un étau fermé.Page 147 (La plume de Boualem démontant les mécanismes psychologiques du fils de l'allemand. Percutant!)

– Le village de l'Allemand ou Le journal des frères Schiller

Pour qui fuit, l'idée même du refuge est un danger, il y voit le piège dans lequel il finira sa course. P 38

– Le village de l'Allemand ou Le journal des frères Schiller

C'est ainsi que je veux répondre à la question de Primo Levi, Si c'est un homme. Oui, quelle que soit sa déchéance, la victime est un homme, et qu'elle que soit son ignominie, le bourreau est aussi un homme. Mais en même temps, tout le choix nous appartient, à chaque instant.

– Le village de l'Allemand ou Le journal des frères Schiller

Le moral d'un homme est comme la fumée, un rien l'emporte d'un côté ou de l'autre et au bout du compte il s'étiole et se perd dans la folie.

– Le village de l'Allemand ou Le journal des frères Schiller

Les enfants ne savent pas;Ils vivent, ils jouent, ils aiment.Et quand ce qui fut vient à eux;les drames légués par les parents;Ils sont devant des questions étranges,Des silences glacés, Et des ombres sans nom.Ma maison s'est écroulée et la peine m'accable;Et je ne sais pas pourquoi.Mon père ne m'a rien dit.Vers ajoutés, par Rachel, au poème de Primo Levi : "Si c'est un homme"

– Le village de l'Allemand ou Le journal des frères Schiller

D'une manière générale, je fatigue avec ces peuples qui se veulent à la hauteur de leur réputation. L'Italien se montre exubérant et insiste alors qu'on ne lui demande rien, l'Espagnol s'oblige à monter sur ses ergots seulement parce qu'on lui demande des nouvelles de sa soeur, le Polonais s'en jette six de plus quand on lui crie stop, l'Arabe se cabre et tire le sabre alors qu'on le félicite pour sa sobriété légendaire, et que dire de l'Anglais qui se drape dans le flegme quand on lui signale que ses vêtements ont pris feu. Les Algériens dont je suis pour moitié me chagrinent avec leur façon de se poser en rois de l'hospitalité alors qu'ils ont fait de leur beau pays le plus inhospitalier du monde et de leur administration la plus repoussante qui soit sous le soleil de Satan. Quant à nous, les Français, n'en parlons pas, nous sommes tout à la fois. C'est notre côté universaliste, si je puis dire.

– Le village de l'Allemand ou Le journal des frères Schiller

Quand je lui ai dit que j'étais allemand, français et algérien, et que ça ne me gênait nulle part, il a ouvert la bouche. De quelle couleur parle-t-on à un caméléon sans le vexer ?

– Le village de l'Allemand ou Le journal des frères Schiller

La vigilance est le premier devoir de la vie et nous en avons abondamment manqué . Le système , « la mafia politico - financière » comme l'appelait le courageux Boudiaf , nous a eus dans les profondeurs , et , disons - le honnêtement , nos réponses n'ont jamais été à la hauteur . Certes , il y eut le printemps berbère d'avril 1980 , mais un printemps fait - il une vie ?

– Poste restante : Alger

“ L'arabe est notre langueRien n'est moins évident, mes chers compatriotes. L'arabe classique est langue officielle, c'est vrai, mais pas maternelle, pour personne. Chez soi, en famille, dans le clan, la tribu, l'arch, le douar, le quartier, vous le savez, c'est notre quotidien, nous parlons en berbère (kabyle, chaoui, tamashek…), en arabe dialectal ou en petit français colonial, voire les trois ensemble quand on a le bonheur de posséder l'un et l'autre. Personne ne le fait en arabe classique, n'est-ce pas, sauf à vouloir passer pour un ministre en diligence ou un imam sur son minbar. Plus tard, les choses se gâtent affreusement : pendant que les parents travaillent en arabe classique (dans certaines administrations) ou en français moderne (dans le reste du monde professionnel), les enfants papotent, jouent, s'amourachent ou se disputent, dans l'une ou l'autre des langues berbères ou en arabe dialectal mais font leurs devoirs en arabe classique, version ministère de l'Éducation, tandis que leurs grands frères, à l'université, étudient en français et se parlent dans une sorte d'espéranto empruntant à toutes les langues et patois usités dans le pays (résultat du brassage universitaire)."

– Poste restante : Alger

Et maintenant que nous avons bien parlé et arrêté d'utiles dispositions,nous avons à OEUVRER ; il n'y a rien de plus URGENTpour le moment. p 86

– Poste restante : Alger

[...] elle est là, au cœur du monde, c'est un grand et beau pays, riche de tout et de trop, et son histoire à de quoi donner à réfléchir : mille peuples l'ont habitée et autant de langues et de coutumes, elle a bu aux trois religions et fréquenté de grandes civilisations, la numide, la judaïque, la carthaginoise, la romaine, la byzantine, l'arabe, l'ottomane, la française [...].

– Poste restante : Alger

Nous nous étions enfermés dans le manichéisme d'un Orient décadent et possessif et nous avions perdu la force de marcher vers le futur ,ce lieu unique,qui n'est ni du Nord, ni du Sud , ni de l'Est, nid l'Ouest,ni chrétien , ni musulman,ni athée , ni païen,ou Dieu et la vérité des vérités attendent l'humanité depuis le commencement des temps.

– Petit éloge de la mémoire

Quelque part, ne l'oublions pas, nous sommes des chasseurs d'impossible.

– Petit éloge de la mémoire

ACTE IBONJOUR, OISEAU !Alors que ma vie se vidaitQue le sable coulait entre mes doigtsQue le silence avait engourdi mon âmePour longtempsUn oiseau s'est posé sur mon épaule.« Cui-cui, cui-cui…! »M'a-t-il dit à l'oreilleEn faisant la cabriole.Je ne comprenais pas.Mais dans la solitudeLa parole est une fêteAlors j'ai jeté mon chapeletEt j'ai dansé.Un oiseau c'est beauHélas, il a des ailes.Comme elles lui servent pour se poserElles lui servent pour s'envoler.C'est tout le drame avec les oiseaux.

– Harraga

ACTE IIIVIVRE OU PÉRIRCe qui a commencé doit finirNous le savons de toute éternité.Dire est déjà se taireEt naître est déjà mourir.Peu nous chaut si Dieu veut celaEt si Diable s'en amuse.Notre raison d'êtreNotre éternelle folieEst de croire mordicusÀ l'impossible.Ce qui est fini est appeléÀ recommencerEt ainsi Vivre est possible.

– Harraga

Peut-être a-t-elle accouché dans un taxi...l'embouteillage est la première maternité dans ce pays.

– Harraga

ACTE ILe jour, la nuitDedans, dehorsLa chose immonde Elle guetteDard au poing.Contre la foiContre la loiLa chose immondeElle frappeLe croc brûlant.Haro, la femmeHaro, l'enfantLa chose immondeElle courtLa queue en l'air.TapiHeureuxL'homme attendSa bête chérieLA PEUR.

– Harraga

ACTE IILA MÉMOIRE OU LA MORTLa souvenance est une autre façon De vivre sa vie.Pleinement.Le mieux possible.Le moins durement.Et la solitude est le moyenDe garder en mémoireCe que le bruit des chosesEmporte dans l'oubli.Il faut bien lâcher d'un cotéPour tenir de l'autre.De ce qui renaît au jour le jourOn se fait une nouvelle vie.Et va le temps et va le rêve.On ne voyage jamais qu'en soi.

– Harraga

ACTE IVLa vie est un conte de féesÀ force de souffrir, on l'oublie.On ne grandit pas que dans la peineLa joie est un engrais plus puissant.Il suffit que Dieu le veuilleEt que le printemps soit là.

– Harraga

Louiza, mon enfantQuand le soleil se lèveraSur ton premier sourireNous prendrons la route.Nous serons des harragas.Louiza, mon amourNous larguerons le malheurEt nous laverons nos souvenirsDans le premier ruisseauAinsi font les harragas.Louiza, ma chérieNous irons par des chemins nouveauxNous chercherons où poussent les fleursOù vont les oiseaux.Ainsi sont les harragas.Louiza, mon cœurNous trouverons et la route et le tempsEt nous apprendrons à vivreEt nous apprendrons à rireAinsi rêvent les harragas.Louiza, ma vieQuand le soleil se lèvera Sur ton premier printempsNous serons loinAinsi vont les harragas.Mon enfantMon amourMon cœur, ma vieComme ta mère, ma fille, Nous serons des harragas.Écrit à Rampe Valée, en 2002, dans la maison du bon Dieu (tel est son nom aujourd´hui).

– Harraga

J'étais folle et je ne le savais pas. De bonnes âmes me le disaient, à leur manière, le regard en retrait, un pauvre sourire en offrande sur les lèvres. Je ripostais par un éclat de rire qui ouvrait grande la voie à la vraie médisance. Elle me revenait sous d'autres formes, portées par d'autres bouches, plus autorisées, des grands-tantes qui accouraient toutes chaudes à la remontrance, chargées de victuailles et de sentences, des cousines de passage qui ont le coeur tellement tranquille que j'en venais à craindre pour leur santé, et même de parfaites inconnues qui s'invitaient gaiement au nom d'une attribution tribale aussi lointaine qu'invérifiable, toutes royalement dotées en maris, en fruits légitimes du ventre et fortes du droit acquis de dire le bien et le mal. Il y avait de l'anathème sous les mots et des mises en garde dans le regard. Nous étions en terre d'islam, pas dans une colonie de vacances. Je le prenais mal, le grief appelle le Jugement dernier. Fou ne veut pas dire malsain, vivre seule n'est pas un crime, n'est pas un luxe pour débauchée ! Allah aurait-il peur d'une pauvre femme esseulée ?

– Harraga

J'ai tout compris de l'économique arabo islamique :au boulot comme au foyer, les hommes causent,les femmes bossent et il n'y a de repos dominical pour personne.Mes collègues mariées, mères d'enfants et brus de belles mèresont des journées de quarante huit heures et encore douze à l'arrivée des petits enfants.Le soleil d'Allah brille d'un côté, pas de l'autre.Comment inverser son orbite est une question dangereuse, je ne me la pose plus.

– Harraga

Entre deux crises patriotiques, on ovationne la mort d'un chanteur libre ; un Matoub de perdu, dix âmes de sauvées.

– L'Enfant fou de l'arbre creux

Nous avons plus d'anciens moudjahidin que nous n'avons fait de combats, plus de sages que nous n'avions de fous, plus de riches que nous n'avions de pauvres. Durant la Thaoura, la clandestinité était la règle, les activistes du Front agissaient sous de fausses identités pour brouiller le travail de la Sûreté. Beaucoup ont profité de ces cafouillages pour se tailler un nouveau burnous.

– L'Enfant fou de l'arbre creux

Si la vérité a besoin d'une fraction de seconde pour éclater, il faut une vie et souvent davantages pour remettre de l'ordre dans ses idées. Vivre loin des menteurs est donc le chemin à trouver.

– L'Enfant fou de l'arbre creux

L'oreille du sot s'énerve quand la langue du sage va au fond des choses.

– L'Enfant fou de l'arbre creux

Savez-vous qu'à Lambèse les jours se confondent ? Et les heures, loin de se suivre, jouent comme à saute-mouton dans une bergerie en feu ?

– L'Enfant fou de l'arbre creux

la méfiance s'étiole dans la routine

– L'Enfant fou de l'arbre creux

La coutume est ce qui reste quand tout est oublié.

– L'Enfant fou de l'arbre creux

Il est des lieux qui font du temps un chemin de calvaire sans retour.

– L'Enfant fou de l'arbre creux

Mais voilà, il faut s'écouter au moins une fois dans sa vie. Et prendre ses pulsions par les cornes : sauter le mur, courir à perdre le souffle, patauger dans les marécages, contourner les postes de contrôle, et s'engager le cœur au vent dans le no man's land.

– L'Enfant fou de l'arbre creux

Ce n'est pas l'espoir qui fait vivre, hombre, mais l'idée que d'autres ont réussi à le transformer en réalité.

– L'Enfant fou de l'arbre creux

L'homme est une bête abominable, et cette bête vit en troupeau, or la vie en troupeau c'est ça, dévorer ou se faire dévorer, dominer ou être dominé, et dans cette affaire la femelle est une bête à part, inutile et déplorable, cruelle et insatiable.

– Rue Darwin

Je me dis que les phobies se soignent mais je me dis aussi qu'un monde sans imams serait nettement plus sûr. S'il en faut quand même, alors on doit les tenir loin de la mosquée, c'est trop dangereux un homme qui squatte une tour et qui de là-haut appelle à la sainteté chez les autres, car en vérité il n'est rien de plus crédule que le croyant, ni de plus pressé, il se croit appelé plus vite qu'à son tour.

– Rue Darwin

Je fis ainsi cette découverte que la guerre n'est connue que par la paix qu'elle engendre, comme l'arbre se reconnaît à ses fruits. La guerre qui n'apporte pas une paix meilleure n'est pas une guerre, c'est une violence faite à l'humanité et à Dieu, appelée à recommencer encore et encore avec des buts plus sombres et des moyens plus lâches, ceci pour punir ceux qui l'ont déclenchée de n'avoir pas su la conduire et la terminer comme doit s'achever une guerre : sur une paix meilleure.

– Rue Darwin

L'homme face à la mort qui emporte la vie qui lui a donné la vie est confronté à un trouble qui dépasse l'entendement même de Dieu.

– Rue Darwin

Je me demande si on peut connaître la mort. La question me turlupine tant. C'est une telle réalité pourtant, terrible, irréfragable, une complexité effroyable, une somme incalculable de souffrances, de destructions, une plaie et de pénibles cauchemars pour tous les temps à venir, mais c'est aussi une histoire que l'on se raconte, et au bout du compte, de bouche à oreille, d'arrangement en arrangement, l'histoire transcende la réalité et arrive le stade suprême proprement orwellien où il n'y a plus que l'Histoire, souveraine, une pure abstraction, la réalité ayant disparu dans les limbes et les musées, et avec elle les survivants, éléments égarés d'un monde devenu hypothétique. Affranchis du réel, nous ne sommes que le reflet de nos rêves. C'est peut-être une forme de bonheur que d'exister sans avoir à vivre.

– Rue Darwin

Quand son temps est passé, vivre est une douleur extrême.

– Rue Darwin

Affranchis du réel, nous ne sommes que le reflet de nos rêves. C'est peut-être une forme de bonheur que d'exister sans avoir à vivre.

– Rue Darwin

Je crois bien en définitive que j'ai seulement aidé maman à porter l'immense amour qu'elle vouait à ses enfants. J'ai dû sentir, à un moment ou à un autre, que ce poids était en train de l'écraser. Alors j'ai aimé mes frères et soeurs d'un amour de forçat, si fort que j'en ai oublié de vivre.

– Rue Darwin

J'ai trahi, et la trahison est une plaie qui ne se referme pas.

– Rue Darwin

Une fois écrite, l'histoire est comme un arbre coupé de sa terre, ébranché, écorcé, rectifié, débarrassé de ses noeuds et rangé dans un coin. C'est une grume lisse et propre qu'on peut emporter aisément. En me relisant, je constate qu'il reste tant de questions sans réponses et d'ombres que je ne peux dissiper. Autour de l'histoire il y a une histoire et dans l'histoire il y a l'histoire de chacun de ceux qui s'y sont trouvés mêlés, tout se tient. L'arbre est aussi dans ses branches et ses racines, et dans la sylve qui l'entoure.

– Rue Darwin

Dans leur sillage, des chiens éborgnés, d'autres démembrés, boitillant en rond, des chats en catalepsie, des moineaux manchots, des moineaux équeutés, des musaraignes dépiautées; des filles en larmes et en hoquets, la robe enfoncée dans l'anus, formant corolle sur les fesses tétanisées, cul en fleurs; cul en pleurs;ça y est le cri du tendron a donné l'alerte; les saligauds du village abandonnent leurs positions et accourent prendre part au viol (...)p.94

– Le serment des barbares

Il enfourcha sa mémoire pour une nouvelle promenade. Parce qu'il était vieux et que le temps ne compte pas quand son enfance a été bercée par la magie des mots, il le fit à la manière des conteurs de souks, drogués des Mille et Une Nuits qui se plaisent autant à parler qu'à s'écouter, s'émerveillant de l'engouement des malheureux agglutinés autour d'eux et qui atteignent à l'ineffable lorsque après une longue pause tactique, pouvant durer jusqu'au retour des nomades, ils reprennent en un tour de main leur public avide de tromperies.

– Le serment des barbares

(...) zebi! c'est nos peaux lisses et notre intérêt inné pour le sexe et la délation qui lui manquaient (...)p. 146

– Le serment des barbares

Ne trahit que celui qui sait, et l'on n'est jamais trahi que par les siens.

– Le serment des barbares

«Tout est douteux à Rouiba, son opulence autant que sa prétention d'être le poumon économique de la capitale. L'agriculture est un vice qui n'a plus de troupes. L'industrie bricole dans le vacarme et la gabegie. Les rapports d'experts le proclament ; mais qui les lit ? Le commerce est mort de mort violente, les mercantis lui ont ôté jusqu'à la patente. À ceux qui s'en inquiètent, des nostalgiques de la mamelle socialiste ou des sans-le-sou, les bazaris jurent que c'est l'économie de marché et que ça a du bon. Leurs complices du gouvernement, qui ont fini de chanter la dictature du prolétariat, apportent de l'eau à leur moulin en discourant jusqu'à se ruiner le gosier. Et si le Coran, le règlement et la pommade sont de la conversation, ce n'est pour ces camelotiers ruisselant de bagou qu'artifices pour emmancher le pigeon et boire son jus. Soyons justes, on ne saurait être commerçant florissant et se tenir éloigné de l'infamie ; l'environnement est mafieux, le mal contagieux ; un saint troquerait son auréole pour un étal [...] Les rapports avaient prévu la dérive ; mais qui les a lus ?Ainsi était Rouiba ; il y a peu.»

– Le serment des barbares

Le cimetière connut des périodes fastes et des périodes noires. La chose se décidait à Alger et à Paris, selon que les négociateurs s'entendaient ou pas sur le traitement des contentieux opposant les deux pays depuis les accords d'Evian. Pour un contrat, c'était un piège en bonne et due forme ; trente années après le divorce, nous voilà ruinés et avec plus de nostalgiques que le pays ne comptait d'habitants et plus de rappetout qu'il n'abritait de colons. Celui de l'entretien des cimetières chrétiens en Algérie, peu connu du public, n'en est pas le moins important. Pour les rapatriés, il est au coeur de leur mémoire. Ainsi, tour à tour, ces lieux furent-ils délaissés, saccagés, souillés, squattés, puis, sur un ordre d'Alger, vidés, nettoyés, restaurés, et régulièrement inspectés.

– Le serment des barbares

La tournure d'esprit du musulman overdosé est de se croire indispensable et, de plus, comptable agréé par le créateur de ce qui vit et périt ici bas.

– Le serment des barbares

Ils ont toujours un verset pour justifier la dictature (P. 40)

– Le serment des barbares

Connais-tu l'histoire de ce sultan qui un jour décida d'aller voir ce qui se passait dans son royaume ? La nuit tombée, il se déguisa en mendiant et vint s'asseoir au coin d'une rue. Quel ne fut pas son étonnement lorsqu'il vit ses sujets circuler à tâtons alors que tous portaient une lampe... éteinte ! Le lendemain, il convoqua son vizir et lui demanda l'explication de cette nouvelle coutume. Le vizir répondit sans rougir : "ô maître adulé, depuis longtemps l'huile se fait rare, aussi les gens n'en usent-ils qu'avec parcimonie, ce qui est une bonne chose". Peu satisfait de cette révélation, le sultan fit secrètement appeler un sujet et lui posa la question en ajoutant que s'il lui venait à l'esprit de mentir, il aurait la tête tranchée. L'homme avoua : "ô suprême majesté aimée d'Allah, il est vrai que l'obscurité de la nuit est grande et ta lumière aveuglante mais si nous n'allumons pas nos fanaux de route pour rejoindre nos demeures c'est pour ne pas voir ce qui, à la faveur de la nuit, se passe dans ton royaume." Le sultan apprit que dans ses terres sévissaient les quarante maux du monde, mais ce qui le désola à pleurer des larmes de sang c'est que les gens qui subissaient cette déchéance préféraient ne pas la voir plutôt que de la regarder et d'agir pour la faire disparaître. Lorsqu'un royaume est pourri, ses sujets ne le sont jamais moins. Les gens sont ainsi, mon ami ; quand ils savent, ils se taisent. Ils ne parlent que pour applaudir. Quand on ne connaît pas sa situation ou qu'on refuse de la regarder, où peut-on trouver la force de la corriger ? Quand on a accepte le mensonge pour vérité, ne sommes-nous pas déjà morts ? N'est-ce pas ce qui nous arrive ?

– Le serment des barbares

La tournure d'esprit du musulman overdosé est de se croire indispensable et de plus, comptable agréé par le Créateur de ce qui vit et périt ici bas. C'est une vie énigmatique, et dangereuse pour le passant qui ne fait que passer dans la vie. A ces gens il manque un boulon et c'est dans les ossements qu'ils le cherchent. Ils regardent la vie comme un dû à la mort et en Dieu ils voient un liquidateur de comptes (P. 24)

– Le serment des barbares

Je me suis mis à écrire comme on enfile une tenue de combat.

< Voir moins de citations
Voir plus de citations >

Commentaires

Connexion




S'inscrire

Inscription à Livres Actu




Se connecter