livres actu Livres Actu

Accueil > Andreï Kourkov

Andreï Kourkov

Livres de Andreï Kourkov

Citations de Andreï Kourkov (54)

Je cherchais une issue à l'impasse de mon existence. Mais je la cherchais surtout dans mon imagination. Et voilà que l'issue apparaissait clairement, qui permettrait de sortir non seulement de ma situation mais de la vie tout court. J'avais trop d'amour-propre pour faire un bon suicidé, mais le rôle de victime m'irait comme un gant.

– L'ami du défunt

La purée de pois tenait lieu d'air. Des voitures prudentes rampaient sur la chaussée, tâtant la route de leurs phares jaunes. Les gens aussi progressaient de façon bizarre, surgissant de nulle part pour se dissoudre aussitôt dans le blanc. Ce mercredi débutait sur le mode mystique, comme si un autre monde était sur le point d'émerger des brumes, un monde parfait où pourraient se réfugier ceux qui n'avaient pas trouvé leur place dans le nôtre.

– L'ami du défunt

Mes pensées étaient petites, mesquines. Rien de sublime, rien de philosophique. A croire que j'avais toujours été un individu insignifiant, superficiel. Que la seule chose susceptible de m'élever, sinon à mes propres yeux, du moins aux yeux des autres, était une mort violente.

– L'ami du défunt

Quelqu'un m'avait dit un jour qu'un type normal n'avait aucune chance d'être admis aux Beaux-Arts. Apparemment, il ne m'avait pas menti. Avec cette seule nuance que les gens bizarres sont toujours plus intéressants que les gens normaux. En leur compagnie, on court parfois certains risques, mais jamais celui de s'ennuyer.

– L'ami du défunt

(incipit)Fumer m'aurait aidé ; après chaque petite scène de ménage - pratiquement imperceptible et indéchiffrable pour un observateur extérieur - j'aurais grillé plusieurs cigarettes, et la fumée chargée de nicotine, à défaut de conférer un sens et un parfum à ma vie, aurait servi de palliatif et, tel un encens brûlé à ma propre gloire, m'aurait permis de conserver une certaine joie de vivre. Mais devenir fumeur à trente ans me semblait puéril et stupide.

– L'ami du défunt

Le monde est bâti sur des désirs dont l'un des plus importants est de se soumettre à quelqu'un.

– L'ami du défunt

Il est des gens dont l'absence est source de joie et même de félicité. Malheur à celui dont la femme entre dans cette catégorie.

– L'ami du défunt

Le froid rétrécit les objets, j'ai appris ça à l'école. Apparemment, cette règle s'applique aussi à des phénomènes dépourvus de volume. L'hiver contracte les jours. Il rétrécit mon monde, me forçant à rester le plus souvent cloîtré entre quatre murs. La seule chose à se dilater au mépris des lois de la physique, c'est ma solitude.

– L'ami du défunt

Une pensée amusante a surgi dans mon cerveau balbutiant : si l'âme habite le corps, et si le corps habite un appartement, on peut considérer que l'âme cumule résidence principale et résidence secondaire.

– L'ami du défunt

[...] ... Durant les dix premières minutes de route, le prêtre se tint silencieux sur la banquette arrière.- "Dieu nous a enseigné de partager avec les pauvres, n'est-ce pas ?" demanda-t-il soudain d'une belle voix de baryton, cependant que bourdonnait en fond sonore le programme de "Chansons."Volodka [second garde du corps de Guennadi Ilitch et camarade de Semion] coupa aussitôt la radio et regarda dans le rétroviseur.- "Eh ! bien, moi, je vous le dis, il faut partager avec les pauvres," répéta le prêtre. "Parce que les pauvres sont toujours en plus grand nombre et que, lorsqu'on est en plus grand nombre, on représente une force.- Mais pourquoi nous parlez-vous des pauvres ?" s'enquit poliment Semion.- "Oh ! juste comme ça, pour me disposer à la bonté," bâilla le prêtre.Et comme il bâillait, la voiture s'emplit d'une odeur de bon cognac.- "Comment trouvez-vous l'église de Guennadi Ilitch ?" demanda Semion qui avait perçu la senteur de l'alcool.- "C'est une belle église, imposante. Elle n'a qu'un seul défaut. Elle n'a pas de paroissiens ! A part Guennadi Ilitch, personne n'y va à la messe.- Mais lui, il y va ?" s'exclama Semion, surpris.- "Oui. Il n'a appelé qu'une seule fois pour annuler. Au moins, ça m'a évité de me déplacer pour rien."Semion tenta d'imaginer la scène : Guennadi Ilitch, tout seul, debout au milieu de l'immense église [qu'il avait fait construire], et devant lui le père Onoufri prononçant son sermon.- "Des églises sans paroisse, comme ça, nous en avons pas mal aujourd'hui," poursuivit le prêtre. "Beaucoup de députés s'en font construire près de leur maison de campagne, des fonctionnaires aussi. Tant mieux, après tout ! Un député est un mortel et, à sa mort, que feront ses enfants ? Ils offriront l'église au peuple en mémoire de leur père chéri ... " [...]

– Laitier de nuit

Dima se sentit davantage intéressé par un couple de perroquets dodus logés dans une belle et vaste cage. Après cinq bonnes minutes passées à observer ces oiseaux qu'on eût dit doués d'intelligence, il lui fallut bien revenir à son problème initial. Il alla faire un tour du côté de la ligne de tramway, au-delà de l'enceinte du marché. Aux dires de la vieille aux chats siamois, il y avait là des SDF qui pour trois hryvnia vous vendaient « n'importe quel bâtard à poil gris ». À ces mots, Dima avait tout de suite pensé à Mourik. Mais ce jour-là aucun SDF trafiquant de chats de gouttière n'était visible derrière la clôture du marché. Et pour finir, Dima, transi jusqu'à la moelle, se retrouva devant une femme aperçue auparavant, chaussée de grosses bottes et vêtue d'une chaude pelisse de paysanne, aux pieds de laquelle, dans un panier posé sur l'asphalte, plusieurs chatons gris se blottissaient sous un morceau de couverture.- C'est d'un grand gris que j'aurais besoin, déclara Dima dans un soupir.- Grand comment ? s'enquit la femme emmitouflée.Dima écarta les mains pour indiquer la taille approximative de Mourik. Puis il expliqua en quoi consistait son problème. Il parla du chagrin de sa femme et de la photographie du chat dans son cadre endeuillé d'un ruban noir.- Oh ! moi-même, quand ma Torchonette est passée sous une voiture, j'ai frisé l'infarctus ! s'exclama la femme en levant les bras au ciel. Votre femme a de la chance d'avoir un mari comme vous ! Le mien m'a traitée d'idiote durant trois semaines d'affilée !Dima goûta le compliment. Il faillit débiner l'époux indélicat, histoire de prolonger la conversation, mais se retint à temps : il venait de remarquer qu'une lueur s'était allumée dans les yeux de la femme.

– Laitier de nuit

-Et qu'est-ce que vous voulez boire?-Une double vodka, répondit Dima.-Moi pareil, ajouta Valia.-Toi, il ne t'en faut pas! (Dima regardait sa femme avec étonnement). Tu es enceinte !-Bon alors, qu'est-ce qu'elle prendra? demanda le marchand en s'adressant cette fois-ci à Dima.-Un verre de cognac, taille normale.

– Laitier de nuit

Boris, qui arborait de somptueuses moustaches lui descendant jusqu'au bas du menton, lança un coup d'œil en direction du chien et de son maître, figé sur place. Et il se tut pour mieux observer. Son collègue, Génia, lui aussi tourna la tête.– Il a repéré quelque chose, on dirait! s'exclama Génia.– Merde! soupira Boris en hochant tristement la tête. Une mallette comme ça, et on pourrait se tourner les pouces jusqu'à la fin de nos jours!Ils jetèrent chacun leur mégot par terre, et l'écrasèrent sous leurs grosses bottines noires, conformément aux règles de sécurité anti-incendie. Puis ils s'approchèrent de Dima.– Alors quoi? demanda Boria, le moustachu, au maître chien. Tu vas encore refiler la prise à tes connards de chefs, pour qu'ils puissent changer leur BMW contre une Lexus?

– Laitier de nuit

-Voilà les laits en poudre ! Ceux-ci, tenez, sont un peu plus chers, mais ils sont meilleurs !- Et celui-là, le Mon Bébé ? s'enquit Semion, ayant remarqué un emballage de produit national.- C'est pour les pauvres, répondit la vendeuse avec un sourire."

– Laitier de nuit

[...]... - "Bien !" soupira le député, une fois installé à la table de Semion. "Ecoute ! J'ai viré mon assistant. Je voudrais te proposer sa place. Ca ne changera rien pour toi [Semion lui sert déjà de garde du corps] sinon que tu toucheras plus d'argent, sorti de la caisse de l'Assemblée, et non plus de ma poche. Tu n'auras qu'à présenter là-bas ton livret de travail, et en échange tu recevras une carte. Pour toi, ça veut dire des honneurs, une expérience professionnelle, du respect, et moi, ça me fait plaisir !- D'accord !" répondit Semion.Guennadi Ilitch sourit et commanda un verre de cognac.- "Guennadi Ilitch, peut-être avez-vous entendu parler d'un médicament "rajeunisseur" importé d'Allemagne ?" demanda Semion à voix basse.Le député éclata de rire et posa sur son lieutenant un regard amusé.- "Un médicament ? Mais les médicaments, c'est de la chimie ! Or, la chimie, ça fait crever les gens plutôt que les rajeunir ! La jeunesse, on la retrouve grâce à autre chose.- Et grâce à quoi ?- Grâce aux produits laitiers frais", déclara Guennadi Ilitch, toujours le sourire aux lèvres, puis, adoptant soudain le chuchotement, il ajouta : "Et le meilleur de tous, c'est le lait maternel ! Fini le temps des lactariums pour les gosses. A présent, ils sont pour les adultes ! Et pour les dames, ce sont les "restos-hormones" Ne me demande pas ce qu'on leur sert au menu, je n'ai pas envie de dégueuler ! Ma femme aussi est adepte de ces trucs-là. Elle va sur les quarante-cinq berges mais je peux te dire que ce qu'elle a sur le cul, c'est de la peau de bébé. Et sans chimie, sans chirurgie ... Mais pourquoi demandes-tu ça ? Tu as l'intention de te lancer dans la politique ?- Pourquoi la politique ?" dit Semion, interloqué.- "Eh ! bien parce que, en politique, le plus important, c'est d'avoir un teint de jeune fille, une mine de porcelet bien nourri au sens naturel du terme. C'est pour les gens comme ça qu'on vote le mieux." ... [...]

– Laitier de nuit

-Au fait, j'ai oublié de te dire... fait Valia, soudain un peu nerveuse. Il faut que j'entre dans la maison sans que mes pieds touchent le seuil. C'est ce qu'a dit la voyante.-Qu'est-ce que ça veut dire? tu es censée franchir la porte en sautant?-Que tu es bête! dit Valia en souriant. Il ne t'est pas venu à l'idée de me porter dans tes bras?

– Laitier de nuit

Il est des histoires qui commencent un beau jour et jamais ne s'achèvent. Elles en sont tout bonnement incapables. Parce-que leur commencement engendre des dizaines d'autres histoiresindépendantes qui ont chacune leur prolongement. C'est comme le choc d'un gravier contre le pare-brise d'une voiture: au point d'impact se dessine une multitude de lézardes, et à chaque ornière rencontrée sur la route, l'une ou l'autre progresse et s'allonge. Ainsi la présente histoire avait-elle commencé une nuit d'hiver pour se poursuivre jusqu'à ce jour. Mais nous n'en connaissons pour le moment que le début. Le temps que vous la lisiez jusqu'à la fin, son dénouement n'en sera plus que le milieu. Il est impossible de suivre les histoires, une vie n'y suffirait pas. Mais au moins sait-on une chose: par quoi tout a commencé. Là, ça se passait à Kiev, une nuit, au coin de la rue Streletskaïa et du boulevard de Iaroslav, juste à deux pas de l'hôtel Radisson, à cet angle même de rue où, aujourd'hui encore, un inconnu abandonne chaque soir son Hummer rose. À dire vrai, tout commença même dans l'étroit passage subsistant entre ledit Hummer, garé en partie sur le trottoir, et le mur du café Au Bon Rillon ouvert depuis assez peu de temps, un an peut-être, tout au plus.

– Laitier de nuit

toujours plaisant de se retrouver dans l'univers de Kourkov entre réalité post soviétique grinçante et onirisme slave. Pas de réelle surprise cependant. Peut-être avec le temps l'humour noir cède-t-il à une certaine douceur?

– Laitier de nuit

C'est toute l'Ukraine qui est une fille mère.

– Laitier de nuit

Même l'énergie des miracles finit par s'épuiser.

– Les pingouins n'ont jamais froid

Le seul endroit où l'on pouvait se détendre un moment était le bar, au rez-de-chaussée du bâtiment d'habitation.Mais même là, tout était glacial.On n'y vendait pas à boire et il n'y avait jamais eu de serveur.

– Les pingouins n'ont jamais froid

- Le peuple... C'est qu'il n'est pas homogène... Les pauvres ont besoin d'argent, les affamés, de nourriture, les repus, de confort et de baisses d'impôts...

– Les pingouins n'ont jamais froid

L'absence de chances confère toujours beaucoup plus de liberté que leur surabondance.

– Les pingouins n'ont jamais froid

- Mais les Ukrainiens ne vous font pas la guerre!- Ils font la guerre à qui, alors?- À personne!- Ce n'est pas bien, regretta Khatchaiev. Ça veut dire qu'ils se font la guerre à eux-mêmes... [...]

– Les pingouins n'ont jamais froid

[...] Chaque pays est une sorte d'immense corps composé de milliers d'organes et de millions de petites cellules qui s'agitent en tout sens, les humains. Plus le corps est grand, moins il est sain. Il faut en permanence le traiter, l'opérer, anesthésier certaines parties en espérant ne jamais avoir besoin de recourir à une anesthésie générale. Cette crainte contribue à multiplier les anesthésies locales.

– Les pingouins n'ont jamais froid

[...] Notre pays est immense, et les gens capables de penser et d'agir, ou simplement de penser, y sont bien trop rares. Un vrai désert intellectuel ! La quantité de problèmes dépasse largement la quantité d'hommes capables de les résoudre ...

– Les pingouins n'ont jamais froid

Tant que l'on y pense et qu'on se pose des questions à son sujet, l'avenir existe. Les réponses peuvent attendre. La vie finit toujours par les fournir.

– Les pingouins n'ont jamais froid

incipit :La traversée du détroit de Drake avait duré quatre jours, et il en fallut presque autant à Victor pour se remettre.

– Les pingouins n'ont jamais froid

[...] Les jeudis, Siéva rayonnait. En fait, il était toujours content, mais le jeudi, à la veille du vendredi "qui rapportait", il s'animait encore plus. La nuit du jeudi au vendredi était toujours chargée en cadavres, car, suivant un usage instauré par Aza bien avant leur arrivée, c'était tarif réduit pour tous. Victor et Siéva ignoraient le montant de la remise, car les clients traitaient directement avec Aza, mais en tout cas il y avait plus de travail, donc plus de pourboires.

– Les pingouins n'ont jamais froid

Pourquoi les hommes politiques ont-ils tant de mal à imaginer que les gens puissent sortir tout seul manifester quand quelque chose, au gouvernement, les met en rogne?

– Journal de Maïdan

En attendant, nous, citoyens d'Ukraine, tentons de comprendre de quelle manière le pays héritier de cette Union soviétique qui vainquit le fascisme en Europe en 1945 a pu lui-même s'engager sur la voie du fascisme et utiliser dans sa lutte non seulement des méthodes de propagande mensongères dignes de Goebbels, mais ses propres éléments fascistes, militants bien réels de l'Unité nationale russe (RNE) et d'autres groupes et groupuscules néonazis, qu'elle envoie dans l'est et dans le sud de l'Ukraine avec pour mission de commettre des pogroms, d'intimider et de démoraliser la population.

– Journal de Maïdan

Le monde semble devenu fou depuis ce matin. À Altchevsk, une eau bleue coulait des robinets. Un touriste suisse est entré en Géorgie juché sur le dos d'un chameau, animal dont il ne se sépare plus depuis plus de trente ans. Il s'appelle Roland Verdon, et on lui a remis à Tbilissi le diplôme du voyageur le plus original. Je me demande si on a remis aussi quelque chose au chameau.

– Journal de Maïdan

Quand rien ne se passe de particulier dans la vie d'un homme et de son pays, cet homme peut croire son existence stable et éternelle. À dire vrai, cette vie, où le temps se mesure en évolution de carrière, en achat de nouvelle maison ou de voiture, en fêtes familiales, en mariage et divorce, s'appelle justement stabilité. L'homme qui vit en un « point chaud » du monde, ou simplement au voisinage d'un volcan en activité, juge différemment le temps. La valeur de chaque journée, de chaque heure vécue se révèle infiniment plus grande que celle d'une semaine paisible.

– Journal de Maïdan

Chez nous, tout est plus simple et plus triste. Nous voilà à nouveau privés d'avenir.

– Journal de Maïdan

« Jimi, tu entends ? dit-il en s'adressant à la croix. Les services secrets viennent encore se mêler de nos affaires. Mais nous n'allons rien changer entre nous. Nous ne t'avons jamais trahi, ni avant le 18 septembre 1970, ni après. Pas une seule année nous n'avons manqué de nous rassembler ici pour arranger ta tombe. Même quand on avait très envie de nous en empêcher ! ».

– Le concert posthume de Jimi Hendrix

« Tu sais, déclara le Lituanien d'un ton assuré, certaines villes n'existent que pour qu'on rêve d'y aller un jour. Mais le rêve est quelquefois plus important que le voyage... »

– Le concert posthume de Jimi Hendrix

Un être humain, ce n'est jamais, en gros, qu'un vivant "appareil", très ordinaire et élémentaire, de transformation du futur en passé.

– Le concert posthume de Jimi Hendrix

Mais vous avez dû tomber amoureux, n'est-ce pas ? Vous êtes devenu du jour au lendemain un homme heureux ! C'est ça ? Les gens heureux, tant qu'ils sont heureux, ne remarquent pas les anomalies, mais ce n'est que temporaire. Les anomalies sont toujours là, à côté d'eux!

– Le concert posthume de Jimi Hendrix

Il ne voulait penser qu'à elle, à Darka, comme si c'était pour la revoir qu'il lui fallait foncer à bord d'une vieille guimbarde dans les rues les plus cahoteuses de Lviv, secouer ses passagers pour les libérer de leurs calculs rénaux et aller ensuite la rejoindre, retrouver son guichet éclairé toute la nuit, rempart de lumière protégeant sa magicienne aux longs gants colorés.

– Le concert posthume de Jimi Hendrix

L'automne est la saison idéale pour les nécrologies. C'est le temps du déclin, de l'affliction, du repli sur le passé. L'hiver, lui, correspond bien à la vie. Il est joyeux en soi, avec son froid vivfiant, sa neige qui scintille au soleil.

– Le Pingouin

Telles des cases de mots croisés, les fenêtres de l'immeuble d'en face se dessinaient dans la nuit. Elles comportaient de nombreuses lettres.Victor contemplait ces témoignages de vies ordinaires. Il était triste, mais le silence le réconfortait, et il fut peu à peu gagné par un grand calme, étrange, presque douloureux, comme avant un orage.

– Le Pingouin

"Généralement, ceux qui méritent une nécro ont atteint une position enviable, ils ont lutté pour parvenir à leurs fins, et dans ces conditions, il est difficile de rester pur et honnête. En outre, aujourd'hui, toute lutte se résume à une bataille pour des biens matériels. Les idéalistes fous n'existent plus en tant que classe. Restent les pragmatiques forcenés."

– Le Pingouin

A chaque époque sa "normalité". Ce qui, auparavant, semblait monstrueux, était maintenant devenu quotidien, et les gens, pour éviter de trop s'inquiéter, l'avaient intégré comme une norme de vie, et poursuivaient leur existence.

– Le Pingouin

Buvons pour que ce ne soit pas pire. Mieux, ça a déjà été.

– Le Pingouin

Micha fut heureux de retrouver son maître. Il était déjà dans le couloir lorsque celui-ci entra et alluma.- Salut mon grand !Victor s'accroupit et l'observa. Il lui sembla que Micha avait sourit.Effectivement, des étincelles de joie brillaient dans les yeux du pingouin, qui fit, maladroit, un pas vers Victor."Il y a au moins quelqu'un qui m'attend en ce bas monde ! pensa-t-il. Il se releva, quitta sa veste et passa dans la salle. Le pingouin le suivit en se dandinant.

– Le Pingouin

Tu comprends, Sonia, il doit avoir envie de retourner chez lui, et chez lui, c'est très très loin.- Vraiment complètement loin ?- Oui, en Antarctique.- Où c'est l'Antarctique ?- Imagine que la terre est ronde. Tu y es ?- Comme un ballon ? Je vois.- Et bien, nous sommes en haut du ballon et les pingouins vivent en bas, presque en dessous par rapport à nous...- La tête en bas ? dit-elle, riant à cette idée.

– Le Pingouin

[...] Micha, le pingouin, se promenait dans le couloir sombre, cognant de temps à autre à la porte fermée de la cuisine. Victor finit pas se sentir coupable et lui ouvrit. Il s'arrêta près de la table. Haut de presque un mètre, il parvenait à embrasser des yeux tout ce qui s'y trouvait. Il fixa d'abord la tasse de thé, puis Victor, qu'il examina d'un regard pénétrant, comme un fonctionnaire du Parti bien aguerri. Victor eut envie de lui faire plaisir. Il alla lui préparer un bain froid. Le bruit de l'eau fit immédiatement accourir le pingouin, qui s'appuya au rebord de la baignoire, bascula et plongea sans attendre qu'elle soit pleine.

– Le Pingouin

Généralement, ceux qui méritent une nécro ont atteint une position enviable, ils ont lutté pour parvenir à leurs fins, et dans ces conditions, il est difficile de rester pur et honnête. En outre, aujourd'hui, toute lutte se résume à une bataille pour des biens matériels. Les idéalistes n'existent plus en tant que classe. Restent les pragmatiques forcenés…

– Le Pingouin

[...] Ils trinquèrent et burent leur cognac.- Tu sais, poursuivit Igor Lvovitch, en veine de confidences, j'ai déjà plusieurs confrères qui m'ont appelé. Ils sont jaloux, ces parasites ! Ils disent que j'ai inventé un genre !Il pouffa de satisfaction.- C'est à toi qu'en revient tout le mérite, naturellement ! Mais ton existence doit rester secrète, et donc, je prendrai sur moi toutes les retombées, positives ou négatives, d'accord ?Victor acquiesça, mais fut intérieurement peiné de ne pas pouvoir se montrer sous les projecteurs de la gloire, fût-elle journalistique. Le rédacteur en chef dut remarquer quelque chose dans ses yeux, car il ajouta :- T'en fais pas, un jour, tout le monde connaitra ton vrai nom, si tu le veux ... Mais pour l'instant, et dans ton intérêt, il vaut mieux que tu restes un "Groupe de Camarades" anonyme."

– Le Pingouin

Tu as tort, a-t-il protesté en russe. Tu as tort sur toute la ligne. On n'est pas des nazis. Il ne faut pas avoir peur de nous. "L'Ukraine aux Ukrainiens" ne fait pas parti de nos slogans. Si tu aimes Kiev, tu dois aimer l'Ukraine. Et rien ne t'oblige pour autant à renoncer à tes origines. Tous ensemble, Ukrainiens, Juifs, Russes et Kazakhs, nous pouvons faire de l'Ukraine un pays européen...

– Le caméléon

Galia a tendu la moitié de son Snickers à Goulia qui l'a aussitôt englouti. J'ai songé à ajouter les barres Snickers à la liste des objets et actions susceptibles d'apaiser les conflits nationaux.

– Le caméléon

Je suis resté une quinzaine de minutes à me tenir ce genre de réflexion, puis j'ai examiné la tombe d'un autre point de vue, comme un coffre-fort qu'il me fallait ouvrir. Pour parvenir à la conclusion que tout travail réclame un professionnel. Je savais exactement ce qu'il me fallait : pas des fossoyeurs, bien sûr, qui coûtaient très cher et qui risquaient de me dénoncer, vu que mon projet était certainement illégal. Je devais trouver des clochards qui ne soient pas encore parvenus au dernier stade de l'alcoolisme et deux pelles. Il faudrait creuser la nuit, ce qui avait aussi son charme mystique.

– Le caméléon

Le moment était bien choisi pour oublier nos différences. Cette soirée nous était commune, la nature autour de nous était une et indivisible, et le sable qui dissimulait l'objet mystérieux de notre quête était lui aussi d'une parfaite uniformité.

– Le caméléon

Et qu'est la grande littérature, selon vous ? Juste des mots et des métaphores ? C'est le moyen de transmission de l'énergie spirituelle, comme un fil conducteur. Vous voulez vous charger d'une énergie sombre et profonde ? Lisez Dostoïevski. Vous cherchez à vous purifier et à passer un moment dans un état de grâce. Prenez Tourgueniev.Une femme-ange qui suit le voyageur et décide si elle va l'aider ou le tuer. Si le voyageur lui déplaît, elle lui envoie un scorpion et il meurt. S'il lui plaît, elle lui envoie un caméléon et le voyageur reste en vie. Le caméléon est un animal qui porte chance.La raison du plus fort est toujours la meilleure ... Ou comme on disait à l'époque soviétique : c'est la victoire de l'amitié entre les peuples !

– Le caméléon
< Voir moins de citations
Voir plus de citations >

Commentaires

Connexion




S'inscrire

Inscription à Livres Actu




Se connecter