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Amélie Nothomb

Présentation de Amélie Nothomb (Wikipedia)

Amélie Nothomb /ameli nɔtɔ̃b/[a], nom de plume de Fabienne Claire Nothomb, née le 9 juillet 1966[b] à Etterbeek[b] (Région de Bruxelles-Capitale), est une romancière belge d'expression française. Auteur prolifique, elle publie un ouvrage par an depuis son premier roman, Hygiène de l'assassin (1992)[1]. Ses romans font partie des meilleures ventes littéraires et certains sont traduits en plusieurs langues. Stupeur et Tremblements remporte en 1999 le grand prix du roman de l'Académie française. Ce succès lui vaut d'avoir été nommée commandeur de l'ordre de la Couronne et, sur la proposition du Vice-premier ministre et Ministre des affaires étrangères, le roi Philippe lui accorde la concession du titre personnel de baronne. En 2015, elle est élue membre de l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique.

Livres de Amélie Nothomb

Citations de Amélie Nothomb (362)

Fidèle à son inexorable habitude, la vie continua.

– Frappe-toi le coeur

"Pour instaurer son règne, la jalousie n'a aucun besoin d'un motif." (p.74)

– Frappe-toi le coeur

Il était un bon père en ceci qu'il aimait profondément ses trois enfants et leur montrait son attachement.Mais il avait pour sa femme un amour qui le rendait aveugle à ses défauts et aux souffrances qu'elle infligeait à Diane.

– Frappe-toi le coeur

–C'est la médaille Fields. Stanislas l'a remportée à l'âge de 39 ans. À l'appel de sa femme, le lauréat de la plus haute distinction mondiale en mathématiques s'assit à sa place, choisit une à une des feuilles de salade puis les contempla dans son assiette avec circonspection. Il finit par les manger en silence.

– Frappe-toi le coeur

"La bêtise, c'est de conclure", a écrit Flaubert. Cela se vérifiait rarement autant que dans les querelles, où l'on identifiait l'imbécile à son obsession d'avoir le mot de la fin.

– Frappe-toi le coeur

... le mépris était pire que la haine. Celle-ci est si proche de l'amour, quand le mépris lui est étranger.

– Frappe-toi le coeur

Lorsque les filles du cours parlaient de leur avenir, Marie s'esclaffait en son for intérieur : mariage, enfants, maison — comment pouvaient-elles se contenter de cela ? Quelle sottise de mettre des mots sur son espérance, à plus forte raison des mots aussi mesquins ?

– Frappe-toi le coeur

Curieusement, elle ne l'allaita pas. Elle n'avait jamais songé à donner le sein à Diane ni à Nicolas. Pour Célia, elle se posa la question. En 1977, il lui parut que ce procédé ternirait son image de mère moderne et que la petite elle-même rougirait de cette alimentation préhistorique.

– Frappe-toi le coeur

«  Frappe-toi le cœur, c'est là qu'est le génie. » Alfred de Musset, c'est ça ?– Oui.– Quel type ! Quelle révélation ! Savez-vous qu'il avait raison ? C'est un organe qui n'a rien à voir avec les autres ! Je comprends que les anciens y aient vu le siège de la pensée, de l'âme et de ces sortes de choses. 

– Frappe-toi le coeur

L'enfer est pavé de bonnes intentions ; semblablement les intentions les plus mesquines peuvent être à l'origine de joies sincères.

– Frappe-toi le coeur

Condoléances aux proches des victimes. Même pas peur. United we stand, divided we fall.

– Novembre

Les gens ne sont pas indifférents à l'extrême beauté: ils la détestent très consciemment.Le très laid suscite parfois un peu de compassion; le très beau irrite sans pitié. La clef du succès réside dans la vague joliesse qui ne dérange personne.

– Riquet à la houppe

Et lorsqu'il n'écoutait pas, il observait les élèves à la dérobée : un instinct le poussait à la camaraderie. Ceux qui le huaient en groupe, pris isolément ne semblaient pas disposer à le détester. La récréation n'était pas le moment le plus opportun pour s'approcher d'eux, qui cessaient alors d'être des individus pour devenir une cohorte.

– Riquet à la houppe

Il n'avait rien contre une poseuse mais déplorait la marchande de poissons. En équivalent langagier cela correspondait aux bigoudis des épouses d'autrefois : une fois mariée, la femme n'hésitait plus à s'exhiber devant son mari la tête couverte des petits rouleaux de plastique rose. Déodat appela ce phénomène le bigoudi verbal.

– Riquet à la houppe

"... rien de tel que la médiocrité pour penser du bien de soi." (p.58)

– Riquet à la houppe

Par bonheur, ils avaient peu de famille et peu d'amis. Ils eurent néanmoins à endurer des visites dont la politesse ne parvint pas à masquer la consternation. Énide observait le visage de ceux qui découvraient son petit ; chaque fois qu'elle constatait le tressaillement de dégoût, elle était au supplice. Après un silence crucifiant, les gens finissaient par hasarder un commentaire d'une maladresse variable : "C'est le portrait de son arrière-grand-père sur son lit de mort." Ou : "Drôle de tête ! Enfin, pour un garçon, ce n'est pas grave."Le sommet fut atteint par la méchante tante Épziba :- Ma pauvre Énide, tu te remets ?- Oui. La césarienne s'est bien passée. - Non, je veux dire, tu te remets d'avoir un gosse aussi vilain ?

– Riquet à la houppe

"depuis quelque temps, on professe que la laideur relève de la culture : elle nous inculquerait à trouver belles ou moches les personnes, bêtes ou choses. On confond l'essence et le détail."

– Riquet à la houppe

Les livres que l'on se sent appelé à lire sans savoir pourquoi étant souvent l'expression du destin, Trémière tomba dans une librairie aux rayon "Enfants" sur 'Riquet à la houppe' de Perrault et su qu'il fallait le lire. Ce petit conte délicieux l'aurait charmé si elle ne s'y était gravement reconnue :《Cette Belle, c'est moi. Ce n'est pas tant qu'elle est sotte, c'est qu'elle n'a pas d'esprit.》

– Riquet à la houppe

Le sommet fut atteint par la méchante tante Épziba :– Ma pauvre Énide, tu te remets ?– Oui. La césarienne s'est bien passée.– Non, je veux dire, tu te remets d'avoir un gosse aussi vilain ?

– Riquet à la houppe

"Ce que l'oiseau nous apprend, c'est que l'on peut être libre pour de bon, mais que c'est difficile et anxiogène. Ce n'est pas pour rien que cette espèce est sur le qui-vive : la liberté, c'est angoissant. Contrairement à nous, l'oiseau accepte l'angoisse."

– Riquet à la houppe

"Les gens ne sont pas indifférents à l'extrême beauté : ils la détestent très consciemment. Le très laid suscite parfois un peu de compassion ; le très beau irrite sans pitié. La clé du succès réside dans la vague joliesse qui ne dérange personne." (p.37)

– Riquet à la houppe

— Pourquoi l'avez-vous appelée ainsi ?— Comment cela ?— On n'appelle pas sa fille Sérieuse, voyons.— Et pourquoi non ? dit le comte qui pensait : «Vous vous appelez bien Rosalba, vous.»— On n'est pas sérieuse quand on a dix-sept ans.— Vous commettez une faute de français. «On» entraîne l'invariabilité.La voyante hocha la tête :— Je crois que vous avez un problème, monsieur.

– Le crime du comte Neville

Il fallait en toute circonstance donner l'impression de la sérénité, de l'aisance, de la dignité, de la moralité, de cet édifice insensé de complexité qui constituait le paraître.

– Le crime du comte Neville

- Être un bon père, ce n'est pas obéir à l'ordre insensé d'une gamine qui se prend pour Antigone.

– Le crime du comte Neville

"Cette prédiction me rappelle quelque chose", pensa Henri. Soudain, il se souvint d'un conte d'Oscar Wilde qui racontait une histoire similaire. La bibliothèque du Pluvier était si désordonnée qu'y retrouver un livre y relevait du miracle.Neville préféra se rendre à la librairie du village. Sur le catalogue Folio, il repéra le titre d'Oscar Wilde : Le crime de lord Arthur Saville. Le libraire en possédait un exemplaire.

– Le crime du comte Neville

Pourquoi a-t-on inventé l'enfer alors qu'il existe l'insomnie ?

– Le crime du comte Neville

Trois heures d'insomnie plus tard, il se rappela avec un rire amer la phrase de Stendhal : « La seule excuse de Dieu, c'est qu'il n'existe pas »

– Le crime du comte Neville

Plus que les autres, les insomniaques savourent le bonheur du sommeil : eux au moins, ils savent qu'ils dorment.

– Le crime du comte Neville

 — Ce n'est pas en lisant qu'on change. Il faut vivre

– Le crime du comte Neville

Les enfants de l'ancien monde n'avaient droit qu'à une portion congrue d'attention et d'affection, sauf s'ils s'efforçaient de séduire leurs parents ; les enfants modernes étaient dès leur naissance l'objet d'une tentative de séduction de la part de leurs parents – ces derniers n'ayant droit qu'à une portion congrue d'affection. C'était une révolution de point de vue : les enfants, qui dans l'ancien monde n'étaient qu'un moyen, étaient devenus la fin, le souverain but.

– Le crime du comte Neville

"J'aime qu'on parle comme on se déshabille,non pour se montrer,comme font les exhibitionnistes,mais pour cesser de se cacher."

– Le crime du comte Neville

Passer d'une rencontre de papier à une rencontre de chair et d'os, c'est changer de dimension.

– Pétronille / roman

Boire en voulant éviter l'ivresse est aussi déshonorant que d'écouter de la musique sacrée en se protégeant contre le sentiment du sublime.

– Pétronille / roman

J'ai une très grande expérience des séparations, je sais mieux que personne leur danger: quitter quelqu'un en se promettant qu'on va se revoir, cela présage les choses les plus graves. Le cas le plus fréquent, c'est qu'on ne revoit pas l'individu en question. Et ce n'est pas la pire éventualité. La pire consiste à revoir la personne et à ne pas la reconnaître, soit qu'elle ait réellement beaucoup changé, soit qu'on lui découvre alors un aspect incroyablement déplaisant qui devait exister déjà mais sur lequel on avait réussi à s'aveugler, au nom de cette étrange forme d'amour si mystérieuse, si dangereuse et dont l'enjeu échappe toujours: l'amitié.

– Pétronille / roman

Tu m'as donné l'occasion d'appliquer l'une des devises de Napoléon, qui mettait toujours une bouteille de champagne au frais, pour après la bataille. « En cas de victoire, je la mérite, mais en cas de défaite, j'en ai besoin », disait-il. – Et quel est ton verdict ?

– Pétronille / roman

Combien de fois ai-je vécu ce moment en dédicace : voir apparaître devant moi une personne avec qui je corresponds. Le choc est toujours violent. Passer d'une rencontre de papier à une rencontre de chair et d'os, c'est changer de dimension.

– Pétronille / roman

L'ivresse ne s'improvise pas. Elle relève de l'art, qui exige don et souci. Boire au hasard ne mène nulle part.Si la première cuite est si souvent miraculeuse, c'est uniquement grâce à la fameuse chance du débutant : par définition, elle ne se reproduira pas.

– Pétronille / roman

Il y a deux attitudes possibles chez ceux à qui je viens de signer un livre: il y a ceux qui partent avec leur butin et ceux qui se rangent sur le côté et me regardent jusqu'au bout de la séance. Pétronille resta et m'observa. J'eus l'impression qu'elle voulait me consacrer un documentaire animalier.

– Pétronille / roman

L'ivresse ne s'improvise pas. Elle relève de l'art, qui exige don et souci. Boire au hasard ne mène nulle part.

– Pétronille / roman

Au premier coup d'œil, il y a des êtres qu'on aime et des malheureux qu'on ne peut pas encadrer.

– Pétronille / roman

Rien ne me désole plus que ces gens qui, au moment de goûter un grand vin, exigent de "manger un truc": c'est une insulte à la nourriture et encore plus à la boisson. "Sinon, je deviens pompette", bredouillent-ils, aggravant leur cas. J'ai envie de leur suggérer d'éviter de regarder de jolies filles: ils risqueraient d'être charmés.

– Pétronille / roman

La France est ce pays magique où le plus commun des troquets peut vous servir n’importe quand un grand champagne à température idéale.

– Pétronille / roman

MARINA. Sterpenich ! Quand je pense que vous m'avez forcée à le lire en première année.LE PROFESSEUR. Ne me dites pas que vous l'avez vraiment lu.MARINA. Mais si, Professeur. Je n'ai jamais été assez intelligente pour faire semblant d'avoir lu un livre. J'ai lu tout Sterpenich !LE PROFESSEUR (se tournant vers Daniel). Vous vous rendez compte, Daniel ? Nous avons des étudiants qui lisent les livres que nous leur demandons de lire ! Si j'avais su, j'aurai eu quelques scrupules en dictant les listes de lectures obligatoires. Ma pauvre petite, je suis désolé.

– Les Combustibles

MARINA. Après l'éternité, vous invoquez l'Occident ! Vous avez le talent de parler de grands machins qui n'existent pas.LE PROFESSEUR. Admirable, Marina ! Il faut proposer cela aux dictionnaires : "Occident : grand machin qui n'existe pas. Voir Éternité" - éternité serait écrit en gras. Oh, pardon.MARINA. Pourquoi vous excusez-vous ? LE PROFESSEUR. Parler de gras, devant vous, c'est de mauvais goût. Autant parler d'une chute d'eau au Sahel.

– Les Combustibles

L'évêque Remi baptisait Clovis en disant : "Brûle ce que tu as adoré, adore ce que tu as brûlé."

– Les Combustibles

Au fond de la pièce, une immense bibliothèque surchargée de livres couvre tout le mur. Le reste de la salle frappe par son dénuement : ni tables, ni bureau, ni fauteuil, seulement quelques chaises en bois, et à droite, un énorme poêle en fonte.

– Les Combustibles

Oui. Et puis c'est si confortable de continuer à salir la réputation d'un livre. Aucun risque que le bouquin se venge : c'est ça qui est bien avec la littérature. On peut tout se permettre.

– Les Combustibles

La formulation habituelle en est: "Quel livre emmèneriez-vous sur une île déserte ?" Interrogation que j'ai toujours trouvée un peu stupide, car absurde: si le métier de professeur d'université devait offrir, en prime, un voyage sur une île déserte, ça se saurait. Mais, posée à l'envers, la question devient essentielle: quels livres auriez-vous le moins de scrupules à détruire ? Sans la guerre, je n'aurais jamais envisagé cette hypothèse. Et s'il n'y avait pas eu Sterpenich, je me demande quel auteur j'aurais choisi en premier lieu.

– Les Combustibles

DANIEL : [...] La guerre, c'est se battre, et nous ne nous battons pas. Nous sommes assiégés.LE PROFESSEUR : Je ne suis pas d'accord. Vous vous battez. Pour nous autres, professeurs, continuer à donner cours, c'est se battre. Et pour nos étudiants, continuer, en dépit des bombes, à s'intéresser à la place de l'adverbe dans les subordonnées chez les poètes romantiques, c'est se battre.

– Les Combustibles

"Vous savez très bien qu'une phrase tirée de son contexte n'a pas d'intérêt."

– Les Combustibles

Jamais vous ne verrez deux femmes se battre sainement à coups de poing ni même s'envoyer une solide bordée d'injures : chez elles, c'est le triomphe des coups bas, des petites phrases immondes qui font tellement plus de mal qu'un direct dans la mâchoire.

– Hygiène de l'assassin

Avoir raison, quand on est journaliste, ne demande qu'un peu d'habileté. Avoir raison, quand on est écrivain, ça n'existe pas.

– Hygiène de l'assassin

- Vos yeux se sont-ils habitués à l'obscurité ? Distinguez-vous mon visage à présent ?- Oui vaguement.- Tant mieux pour vous. Apprenez, monsieur, que si j'étais beau, je ne vivrais pas reclus ici. En fait, si j'avais été beau, je ne serais jamais devenu écrivain. J'aurais été aventurier, marchand d'esclaves, barman, coureur de dots.- Ainsi, vous établissez un lien entre votre physique et votre vocation ?- Ce n'est pas une vocation. Ça m'est venu quand j'ai constaté ma laideur.- Quand l'avez-vous constatée ?- Très vite. J'ai toujours été laid.- Mais vous n'êtes pas laid.- Vous êtes délicat, vous au moins.- Enfin, vous êtes gros, mais pas laid.- Qu'est-ce qu'il vous faut ? Quatre mentons, des yeux de cochon, un nez comme une patate, pas plus de poil sur le crâne que sur les joues, la nuque plissée de bourrelets, les joues qui pendent - et, par égard pour vous, je me limite au visage.

– Hygiène de l'assassin

"L'écriture commence là où s'arrête la parole, et c'est un grand mystère que ce passage de l'indicible au dicible. La parole et l'écrit se relaient et ne se recoupent jamais."

– Hygiène de l'assassin

... le sommet du raffinement, c'est de vendre des millions d'exemplaires et ne ne pas être lu.

– Hygiène de l'assassin

"L'amour n'a aucun sens, et c'est pour cette raison qu'il est sacré."

– Hygiène de l'assassin

- A vous entendre, on jurerait que vous avez un compte à régler avec les femmes.- Et comment ! C'est l'une d'entre elles qui m'a donné la vie, alors que je ne lui avais rien demandé.

– Hygiène de l'assassin

le monde grouille d'assassins, c'est-à-dire de personnes qui se permettent d'oublier ceux qu'ils ont prétendu aimer

– Hygiène de l'assassin

La plupart des gens ne lisent pas. A ce sujet, il y a une citation excellente, d'un intellectuel dont j'ai oublié le nom : "Au fond, les gens ne lisent pas ; ou, s'ils lisent, ils ne comprennent pas ; ou, s'ils comprennent, ils oublient."Voilà qui résume admirablement la situation, vous ne trouvez pas ?

– Hygiène de l'assassin

La race humaine est ainsi faite que des êtres sains d'esprit seraient prêts à sacrifier leur jeunesse, leur corps, leurs amours, leurs amis, leur bonheur et beaucoup plus encore sur l'autel d'un fantasme appelé éternité.

– Hygiène de l'assassin

Je ne peux pas vous empêcher de parler, ce n'est pas interdit. Vous ne pouvez pas me forcer à répondre, ce n'est pas obligatoire.

– Cosmétique de l'ennemi

-Cette manie de qualifier de fous ceux que l'on ne comprends pas! Quelle paresse mentale!

– Cosmétique de l'ennemi

C'est flatteur, un viol. Ca prouve qu'on est capable de se mettre hors-la-loi pour vous.

– Cosmétique de l'ennemi

"_C'est ce qu'on appelle un risque._Risquer sa vie, en l'occurrence._C'est un pléonasme. Le risque, c'est la vie même. Et si on ne la risque pas, on ne vit pas."

– Cosmétique de l'ennemi

Heureusement, la plupart des gens ont trouvé le remède : ils ne pensent pas. Pourquoi penseraient-ils ? Ils laissent penser ceux dont ils considèrent que c'est le métier : les philosophes, les poètes. C'est d'autant plus pratique qu'on ne doit pas tenir compte de leurs conclusions.Ainsi, un magnifique philosophe d'il y a trois siècles peut bien dire que le moi est haïssable, un superbe poète du siècle dernier déclarer que je est un autre : c'est joli, ça sert à converser dans les salons, sans que cela affecte le moins du monde notre réconfortante certitude - je suis moi, tu es toi et chacun reste chez soi.

– Cosmétique de l'ennemi

Le remords est une faute supplémentaire.

– Cosmétique de l'ennemi

On voit tout de suite quand quelqu'un lit. Celui qui lit vraiment n'est pas là.

– Cosmétique de l'ennemi

- Si vous aviez tant besoin de mourir pour expier, pourquoi ne vous suicidiez-vous pas ?- Quel est ce charabia romantique ? D'abord, je n'avais pas besoin de mourir, j'avais besoin d'être tué.- Cela revient au même.- La prochaine fois que vous aurez envie de faire l'amour, on devrait vous dire : " Masturbez-vous. Cela revient au même. "

– Cosmétique de l'ennemi

C'est drôle ce besoin qu'ont les gens d'accuser les autres d'avoir gâché leur existence. Alors qu'ils y parviennent si bien eux-mêmes, sans l'aide de quiconque

– Cosmétique de l'ennemi

- Que me demandez-vous, au juste ?- De m'écouter.- Il y a des psy, pour ça.- Pourquoi irais-je chez un psy quand il y a des aéroports pleins de gens désœuvrés tout disposés à m'écouter ?

– Cosmétique de l'ennemi

"De toutes les drogues,la bouffe est la plus nocive et la plus addictive."

– Une forme de vie

Mais cette fois, je ne parvenais pas à m'abîmer dans la contemplation du paysage céleste. Mon cerveau avait un caillou dans la chaussure.

– Une forme de vie

Tu le sais : si tu écris chaque jour de ta vie comme une possédée, c'est parce que tu as besoin d'une issue de secours.Etre écrivain, cela signifie chercher désespérément la porte de sortie

– Une forme de vie

On attribue à ce dernier un nom fabuleux : ami, amour, camarade, hôte, collègue, selon. C'est une idylle. L'alternance entre l'identité et l'altérité ("C'est tout comme moi ! c'est le contraire de moi !") plonge dans l'hébétude, le ravissement d'enfant. On est tellement enivré qu'on ne voit pas venir le danger.Et soudain, l'autre est là, devant la porte. Dessaoulé d'un coup, on ne sait comment lui dire qu'on ne l'y a pas invité. Ce n'est pas qu'on ne l'aime plus, c'est qu'on aime qu'il soit un autre, c'est à dire quelqu'un qui n'est pas soi. Or l'autre se rapproche comme s'il voulait vous assimiler ou s'assimiler à vous.

– Une forme de vie

Si Melvin était un artiste, je l'avais privé d'une qualité essentielle à l'art : le doute. Un artiste qui ne doute pas est un individu aussi accablant qu'un séducteur qui se croit en pays conquis. Derrière toute œuvre, se cache une prétention énorme, celle d'exposer sa vision du monde. Si une telle arrogance n'est pas contrebalancée par les affres du doute, on obtient un monstre qui est à l'art ce que le fanatique est à la foi.

– Une forme de vie

Les tâches abrutissantes aident à vivre

– Une forme de vie

"Il y a une jouissance que rien n'égale : l'illusion d'avoir du sens."

– Une forme de vie

La nourriture est une drogue comme une autre mais il est plus facile de dealer les donuts que de la coke.

– Une forme de vie

L'unique chose qu'on voudra croire jusqu'au bout, c'est qu'il s'agissait bel et bien d'un ami : pourquoi un ami d'encre et de papier vaudrait-il moins qu'un ami de chair?

– Une forme de vie

les gens sont des pays. Il est merveilleux qu'il en existe tant et qu'une perpétuelle dérive des continents fasse se rencontrer des îles si neuves. Mais si cette tectonique des plaques colle le territoire inconnu contre votre rivage, l'hostilité apparaît aussitôt. Il n'y a que deux solutions : la guerre ou la diplomatie

– Une forme de vie

Quand un peuple refuse un progrès facile à mettre en oeuvre, quand un véhicule poussé par dix hommes reste sur place, quand un enfant s'avachit devant la télévision pendant des heures, on découvre, médusé, l'effroyable emprise de l'immobile.

– Métaphysique des tubes

Quelle est la différence entre les yeux qui ont un regard et les yeux qui n'en ont pas ? Cette différence a un nom : c'est la vie.

– Métaphysique des tubes

La vie c'est ce que tu vois : de la membrane, de la tripe, un trou sans fond qui exige d'être rempli. La vie est ce tuyau qui avale et qui reste vide.

– Métaphysique des tubes

Notre unique spécificité individuelle réside en ceci : dis-moi ce qui te dégoûte et je te dirai qui tu es.

– Métaphysique des tubes

La mort, comme un terrier, comme une chambre aux rideaux fermés, comme la solitude, est à la fois horrible et tentante : on sent qu’on pourrait y être bien.

– Métaphysique des tubes

A quoi bon se rappeler ce qui n’est pas lié au plaisir ? Le souvenir est l’un des alliés les plus indispensables de la volupté.

– Métaphysique des tubes

Si tu parviens à écrire les merveilles de ton paradis dans la matière de ton cerveau, tu transporteras dans ta tête sinon leur réalité miraculeuse, au moins leur puissance.

– Métaphysique des tubes

Il y a la croissance et puis il y a la décrépitude ; entre les deux il n’y a rien. L’apogée, ça n’existe pas.

– Métaphysique des tubes

Le temps est une invention du mouvement. Celui qui ne bouge pas ne voit pas le temps passer.

– Métaphysique des tubes

Les mensonges ont de curieux pouvoirs: celui qui les a inventés leur obéit.

– Le Fait du prince

"Il y a un instant, entre la quinzième et la seizième gorgée de champagne, où tout homme est un aristocrate".

– Le Fait du prince

L'autorité prétentieuse de mon propos produisit beaucoup d'effet. J'avais parlé avec l'orgueil d'un authentique richard. Le banquier ne douta plus de mon honnêteté.

– Le Fait du prince

- Vous n'êtes pas innocent. Quelqu'un est mort chez vous.- Il faut bien mourir quelque part.- Chez vous, pas au cinéma, pas à la banque, pas dans son lit. Ce quidam a attendu d'être chez vous pour passer l'arme à gauche. Le hasard n'existe pas. S'il est mort à votre domicile, vous y êtes forcément pour quelque chose.- Mais non. Cette personne peut avoir éprouvé une émotion violente à laquelle vous êtes étranger.- Elle a eu le mauvais goût de l'éprouver dans votre appartement. Allez expliquer cela à la police.

– Le Fait du prince

C'est l'un des rôles de l'Art : rendre justice à ceux qui en ont été privés.

– Le Fait du prince

Je n'ai rien contre l'ennui, mais s'ennuyer en se sentant obligé de manifester de l'intérêt, quelle plaie !

– Le Fait du prince

La villa n'a pas de fenêtres, mais des baies vitrées. J'en déteste la fonction. La fenêtre sert aux habitants d'une maison à voir l'extérieur, tandis que la baie vitrée sert aux habitants d'une villa à être vus de l'extérieur. La preuve, c'est que la baie vitrée va jusqu'à terre : or les pieds ne regardent pas. Cela permet de montrer aux voisins qu'on porte de belles chaussures, même quand on reste chez soi.

– Le Fait du prince

"Existe-il vacances plus profondes que de prendre congé de soi-même ?"

– Le Fait du prince

Il y a un moment entre la quinzième et la seizième gorgée de champagne, où tout homme est un aristocrate. Ce moment échappe au genre humain pour un motif médiocre : les êtres sont si pressés d'atteindre le comble de l'ivresse qu'ils noient ce stade fragile où il leur est donné de mériter la noblesse.

– Le Fait du prince

"Les mensonges ont de curieux pouvoirs : celui qui le a inventés leur obéit."

– Le Fait du prince

Il n'est pas de liberté plus grande que cette courte amnésie de l'éveil. On se lève, on cherche la porte, on est perdu comme à l'hôtel. Et puis les souvenirs réintègrent le corps en un éclair et lui rendent ce qui lui tient lieu d'âme. On est rassuré et déçu : on est donc cela, on n'est donc que cela.

– Journal d'hirondelle

Mais allez étudier par cœur ne serait-ce que les solos de basse de Radiohead, qui sont à peine une couche de mystère ! Le casque sur les oreilles, je m'isolais dans une sorte de caisse sensoriel où j'écoutais en boucle Amnesiac, Kid A et Hail To The Thief. Cela agissait comme une seringue m'inoculant en continu la drogue la plus délectable…

– Journal d'hirondelle

On n'est jamais si heureux que quand on a trouvé le moyen de se perdre.

– Journal d'hirondelle

En vérité, on passe son temps à lutter contre la terreur du vivant.

– Journal d'hirondelle

"On n'est jamais si heureux que quand on a trouvé le moyen de se perdre."

– Journal d'hirondelle

"Ce qui rend un texte sacré, c'est soit d'avoir été lu par le monde entier, comme la Bible, soit, au contraire, d'avoir été soigneusement dérobé à la lecture de quiconque. Il ne suffit pas à l'écrit de ne pas avoir été lu, ou trop de manuscrits mériteraient le nom de sacrés. Ce qui compte, c'est la profondeur du besoin qu'on a de cacher le texte."

– Journal d'hirondelle

Il y a des musiques qui obsèdent au point d'empêcher de dormir et même de vivre. Le cerveau les reprogramme en boucle, à l'exclusion de n'importe qu'elle autre forme de pensée. Au début, cette dépossession de soi au profit d'une mélodie est une jouissance. On s'exalte de ne plus être qu'une partition et d'avoir échapper ainsi à des ruminations pénibles. La force physique et l'ardeur au travail s'en accroissent.Peu à peu, les méninges commencent cependant à souffrir. Chaque note de la gamme a son siège dans la matière grise et, comme ce sont toujours les mêmes qui sont sollicitées, une ligne de crampe se dessine dans la tête. Le parcours de la musique devient le chemin de croix de l'influx mental. C'est d'autant plus bizarre que cela ne produit aucun décibel: il s'agit seulement de l'idée du son. Elle suffit à assourdir et à crisper jusqu'à la folie.Difficile de se libérer de ce que l'on a pris pour une libération.

– Journal d'hirondelle

- Tu n'as pas de coeur, l'entendis-je dire dans mon dos.Je n'en avais plus, en effet. Cet espace de souffrance et de plénitude n'habitait plus ma poitrine, qui n'était plus jamais ni trouée, ni irriguée.A la place, il y avait une pompe mécanique facile à ignorer.

– Journal d'hirondelle

"L'une des paranoïas des politiques consiste à imaginer que leurs petites affaires passionnent les foules."

– Journal d'hirondelle

C'est une histoire d'amour dont les épisodes ont été mélangés par un fou

– Journal d'hirondelle

- Le mont Fuji !C'était mon rêve. La tradition affirme que tout Japonais doit gravir le mont Fuji au moins une fois dans sa vie, faute de quoi il ne mérite pas si prestigieuse nationalité. Moi qui désirais ardemment devenir nippone, je voyais dans cette ascension une astuce identitaire géniale.

– Ni d'Eve ni d'Adam

Ceux qui s'évadent meurent perdus dans un excès d'espace. C'est le paradoxe de l'infini: on pressent une liberté qui n'y existe pas. C'est une prison si grande qu'on n'en sort jamais.

– Ni d'Eve ni d'Adam

J'aimais l'idée de ne pas savoir si j'allais voir de la peinture, de la sculpture ou une rétrospective de divers bidules. Il faudrait toujours se rendre dans les expositions ainsi, par hasard, en toute ignorance. Quelqu'un veut nous montrer quelque chose : cela seul compte.J'aimais l'idée de ne pas savoir si j'allais voir de la peinture, de la sculpture ou une rétrospective de divers bidules. Il faudrait toujours se rendre dans les expositions ainsi, par hasard, en toute ignorance. Quelqu'un veut nous montrer quelque chose : cela seul compte.

– Ni d'Eve ni d'Adam

J'allais contempler la nuit sur une ville où, chaque année, la majorité des enfants de cinq ans apprenaient qu'ils avaient raté leur vie. Il me sembla entendre résonner des concerts de larmes étouffées.Rinri s'en tirait en étant le fils de son père : c'était compenser une douleur par la honte. Mais les autres, qui échouaient aux tests savaient dès leur plus jeune âge qu'ils deviendraient, au mieux, de la chair à entreprise, comme il y a eu de la chair à canon. Et l'on s'étonne que tant d'adolescents nippons se suicident. P 69-70

– Ni d'Eve ni d'Adam

Peu glorieuse, la fuite ? C'est pourtant mieux que de se laisser attraper. Le seul déshonneur, c'est de ne pas être libre.

– Ni d'Eve ni d'Adam

"C'est une réponse liquide en ceci qu'elle ne résolvait rien et remettait le problème à plus tard. Mais gagner du temps est la grande affaire de la vie."

– Ni d'Eve ni d'Adam

La langue dit juste: déguerpir, c 'est se sauver. Si tu meurs, pars. Si tu souffres, bouge. Il n'y a pas d'autre loi que le mouvement.

– Ni d'Eve ni d'Adam

Dire à quelqu'un que c'est terminé, c'est laid et faux. Ce n'est jamais terminé. Même quand on ne pense plus à quelqu'un, comment douter de sa présence en soi? Un être qui a compté compte toujours.

– Ni d'Eve ni d'Adam

Dire à quelqu'un que c'est terminé, c'est laid et faux. Ce n'est jamais terminé. Même quand on ne pense plus à quelqu'un, comment douter de sa présence en soi ? Un être qui a compté compte toujours.

– Ni d'Eve ni d'Adam

Ne dites pas trop de mal de vous-même : on vous croirait.

– Stupeur Et Tremblements /3 Cd

Monsieur Haneda était le supérieur de monsieur Omochi, qui était le supérieur de monsieur Saito, qui était le supérieur de mademoiselle Mori, qui était ma supérieure. Et moi, je n'étais la supérieure de personne.On pourrait dire les choses autrement. J'étais aux ordres de mademoiselle Mori, qui était aux ordres de monsieur Saito, et ainsi de suite, avec cette précision que les ordres pouvaient en aval, sauter les échelons hiérarchiques.Donc, dans la compagnie Yumimoto, j'étais aux ordres de tout le monde.

– Stupeur Et Tremblements /3 Cd

- Vous êtes ma supérieure, oui. Je n'ai aucun droit, je sais. Mais je voulais que vous sachiez combien je suis déçue. Je vous tenais en si haute estime.Elle eut un rire élégant : -Moi, je ne suis pas déçue. Je n'avais pas d'estime pour vous.

– Stupeur Et Tremblements /3 Cd

Elle marcha sur moi, avec Hiroshima dans l'oeil droit et Nagasaki dans l'oeil gauche.

– Stupeur Et Tremblements /3 Cd

Ce constat me rappela le mot d'André Maurois : "Ne dites pas trop de mal de vous-même : on vous croirait."

– Stupeur Et Tremblements /3 Cd

Un Japonais qui s'excuse pour de vrai, cela arrive environ une fois par siècle.

– Stupeur Et Tremblements /3 Cd

« Non : s'il faut admirer la Japonaise – et il le faut -, c'est parce qu'elle ne se suicide pas. On conspire contre son idéal depuis sa plus tendre enfance. On lui coule du plâtre à l'intérieur du cerveau : « Si à vingt-cinq ans tu n'es pas mariée, tu auras de bonnes raisons d'avoir honte », « si tu ris, tu ne seras pas distinguée », « si ton visage exprime un sentiment, tu es vulgaire », « si tu mentionnes l'existence d'un poil sur ton corps tu es immonde », « si un garçon t'embrasse sur la joue en public, tu es une putain », « si tu manges avec plaisir, tu es une truie », « si tu éprouves du plaisir à dormir, tu es une vache », etc. Ces préceptes seraient anecdotiques s'ils ne s'en prenaient pas a l'esprit. »

– Stupeur Et Tremblements /3 Cd

"Ne dites pas trop de mal de vous-même : on vous croirait."

– Stupeur Et Tremblements /3 Cd

Récapitulons, petite je voulais devenir Dieu. Très vite, je compris que c'était trop demander et je mis un peu d'eau bénite dans mon vin de messe : je serais Jésus. J'eus rapidement conscience de mon excès d'ambition et acceptai de « faire » martyre quand je serais grandeAdulte, je me résolus à être moins mégalomane et à travailler comme interprète dans une société japonaise. Hélas, c'était trop bien pour moi et je dus descendre un échelon pour devenir comptable. Mais il n'y avait pas de frein à ma foudroyante chute sociale. Je fus mutée au poste de rien du tout. Malheureusement –j'aurais dû m(en douter- rien du tout, c'était encore trop bien pour moi. Et ce fus alors que je reçus mon affectation ultime : nettoyeuse de chiottes.

– Stupeur Et Tremblements /3 Cd

C'est une grande chose que de savoir quand on va mourir. On peut s'organiser et faire de son dernier jour une œuvre d'art.

– Stupeur Et Tremblements /3 Cd

Vint le moment où la souffrance des autres ne leur suffit plus ; il leur en fallut le spectacle.

– Acide sulfurique / roman

Tandis qu'elle peinait au déblaiement des gravats, elle eut une crise de haine en pensant aux spectateurs. C'était une implosion lente qui partait de la cage thoracique et qui montait aux dents, les changeant en crocs : « Dire qu'ils sont là, avachis devant leur poste, à savourer notre enfer, en feignant sûrement de s'en indigner ! Il n'y en a pas un pour venir concrètement nous sauver, cela va de soi, mais je n'en demande pas tant : il n'y en a pas un pour éteindre son téléviseur ou pour changer de chaîne, j'en mets ma main à couper. »Le kapo Zdena vint alors l'arroser de coups de schlague en l'invectivant, puis alla s'occuper ailleurs.« Je la déteste aussi, et pourtant beaucoup moins que le public. Je préfère celle qui me frappe à ceux qui me regardent recevoir sa hargne. Elle n'est pas hypocrite, elle jour ouvertement un rôle infâme. Il y a une hiérarchie dans le mal, et ce n'est pas le kapo Zdena qui occupe la place la plus répugnante. »p.93

– Acide sulfurique / roman

Le sommet de l'hypocrisie fut atteint par ceux qui n'avaient pas la télévision, s'invitaient chez leurs voisins pour regarder « Concentration » et s'indignaient :- Quand je vois ça, je suis content de ne pas avoir la télévision !

– Acide sulfurique / roman

Elle serait Dieu pour tout. Il ne s'agissait plus de créer l'univers : c'était trop tard, le mal était déjà fait. Au fond, la création accomplie, quelle était la tâche de Dieu ? Sans doute celle d'un écrivain quand son livre est édité : aimer publiquement son texte, recevoir pour lui les compliments, les quolibets, l'indifférence. Affronter certains lecteurs qui dénoncent les défauts de l'œuvre alors que, même s'ils avaient raison, on serait impuissant à la changer. L'aimer jusqu'au bout. Cet amour était la seule aide concrète que l'on pourrait lui apporter.

– Acide sulfurique / roman

"_Regrettez-vous d'avoir été formidable ?_Non. Mais je ne m'attendais pas à ce que ce soit pour rien._C'est ça l'héroïsme : c'est pour rien."

– Acide sulfurique / roman

On peut aimer quelqu'un aussi longtemps qu'on peut le comprendre.

– Acide sulfurique / roman

Profiter des futilités de la vie, c'est un joli talent.

– Acide sulfurique / roman

Passé l'enfance, un âge identique ne suffit plus à constituer un point commun.

– Acide sulfurique / roman

Ne baisse pas les bras: tu risquerais de le faire une heure avant le miracle.

– Acide sulfurique / roman

Vint le moment où la souffrance des autres ne leur suffit plus; il leur en fallut le spectacle.

– Acide sulfurique / roman

C'était ça, l'université : croire que l'on allait s'ouvrir sur l'univers et ne rencontrer personne.

– Antéchrista

A six ans, se déshabiller n'est rien. A vingt-six ans, se déshabiller est déjà une vieille habitude. A seize ans, se déshabiller est un acte d'une violence insensée.

– Antéchrista

"A six ans, se déshabiller n'est rien. A vingt-six ans, se déshabiller est déjà une vieille habitude.A seize ans, se déshabiller est un acte de violence insensée."

– Antéchrista

"Ceux qui croient que lire est une fuite sont à l'opposé de la vérité : lire, c'est être mis en présence du réel dans son état le plus concentré - ce qui, bizarrement, est moins effrayant que d'avoir affaire à ses perpétuelles dilutions."

– Antéchrista

Un regard véritable n'a pas d'idée préconçue.

– Antéchrista

Toucher le fond est moins effrayant que rester à la surface de l'abject.

– Antéchrista

La lecture n'est pas un plaisir de substitution. Vue de l'extérieur, mon existence était squelettique ; vue de l'intérieur, elle inspirait ce qu'inspirent les appartements dont l'unique mobilier est une bibliothèque somptueusement remplie : la jalousie admirative pour qui ne s'embarrasse pas du superflu et regorge du nécessaire.

– Antéchrista

J'avais seize ans. Je ne possédais rien, ni biens matériels, ni confort spirituel. Je n'avais pas d'ami, pas d'amour, je n'avais rien vécu. Je n'avais pas d'idée, je n'étais pas sûre d'avoir une âme. Mon corps, c'était tout ce que j'avais.

– Antéchrista

Consommer la beauté ne l'altérait pas : je pouvais regarder ma mère pendant des heures, je pouvais dévorer des yeux ma soeur sans que lui manque ensuite le moindre morceau. Ainsi en allait-il de la jouissance des montagnes, des forêts, du ciel et de la terre.

– Biographie de la faim

A quinze ans, pour un mètre soixante-dix, je pesais trente-deux kilos. Mes cheveux tombaient par poignées. Je m'enfermais dans la salle de bains pour regarder ma nudité : j'étais un cadavre. Cela me fascinait. Dans ma tête, une voix commentait le reflet : « Elle va bientôt mourir. » Je m'en exaltais.

– Biographie de la faim

Le cerveau est constitué essentiellement de graisse. Les plus nobles pensées humaines naissent dans le gras. (174)

– Biographie de la faim

L'absence de faim est un drame sur lequel nul ne s'est penché.

– Biographie de la faim

Sa première réaction fut la fureur: Elle vole! Et des sucreries en plus! Et du premier choix, notre unique paquet de spéculos, un vrai trésor, on ne risque pas d'en trouver d'autres à Pékin!S'ensuivit la perplexité: Pourquoi ne me voit-elle pas? Pourquoi se regarde-t-elle manger? Enfin elle comprit et sourit: Elle a du plaisir et elle veut voir ça!Elle prouva alors qu'elle était une excellente mère: elle sortit sur la pointe des pieds et elle referma la porte. Elle me laissa seule avec ma jouissance.

– Biographie de la faim

Trop sucré » : l'expression me paraît aussi absurde que « trop beau » ou « trop amoureux ». Il n'existe pas de choses trop belles : il n'existe que des perceptions dont la faim de beauté est médiocre.

– Biographie de la faim

J'aurais tant voulu être cela: une chose sans détermination, libre de voler n'importe où. Au lieu de quoi j'étais enfermée dans un corps hostile et malade et dans un esprit obsédé par la destruction.

– Biographie de la faim

J'avais lu pour qu'on m'admire. Je lisais et je découvrais que j'admirais. Admirer était une activité exquise, cela donnait des picotements dans les mains et facilitait la respiration. La lecture était le lieu privilégié de l'admiration. Je me mis à lire beaucoup pour admirer souvent.

– Biographie de la faim

Plus tard, j'appris l'étymologie du mot « maladie ». C'était « mal à dire ». Le malade était celui qui avait du mal à dire quelque chose. Son corps le disait à sa place sous la forme d'une maladie. Idée fascinante qui supposait que si l'on réussissait à dire, on ne souffrirait plus.

– Biographie de la faim

Il n'y a pas d'avenir pour ce qui n'est que poétique.

– La Nostalgie Heureuse

Toute personne qui débarque dans la plus belle ville du monde est tentée de prononcer quelques solennelles bêtises. La tentation est encore plus forte quand on écrit à ce sujet. Mais ne pas consacrer un mot à la plus belle ville du monde serait une ineptie. Bref, me voilà bien dans l'entre-deux des choix stupides (p73).

– La Nostalgie Heureuse

Je sais que j'avais besoin d'être subjuguée, d'avoir la foi. Le Japon suscite cela chez moi. Il est les seul.

– La Nostalgie Heureuse

- Depuis le 11 mars 2011, la vie a changé. Beaucoup de gens ont quitté le Japon et même si je ne le ferai jamais, je peux les comprendre.Nous sommes hantés. Nous avons perdu l'insouciance.Nos existences nous pèsent.

– La Nostalgie Heureuse

Il n'y a pas que du mal à dire au sujet de la gêne. La langue le prouve: il n'est pire individu qu'un sans-gêne. La gêne est un étrange défaut du centre de gravité: n'est capable de l'éprouver qu'une personne dont le noyau est demeuré flottant. Les êtres solidement centrés ne comprennent pas de quoi il s'agit. La gêne suppose une hypertrophie de la perception de l'autre, d'où la politesse des gens gênés, qui ne vivent qu'en fonction d'autrui. Le paradoxe de la gêne est qu'elle crée un malaise à partir de la déférence que l'autre inspire.

– La Nostalgie Heureuse

Plus un chagrin est banal, plus il est sérieux. Tout le monde connait cette expérience cruelle : découvrir que les lieux sacrés de la haute enfance ont été profanés, qu'ils n'ont pas été jugés dignes d'être préservés et que c'est normal, voilà.

– La Nostalgie Heureuse

Le diner se termine, Rinri va repartir dans sa vie. La mienne est une succession d'adieux dont je ne sais jamais s'ils sont définitifs. Je devrais avoir plus d'entrainement que le commun des mortels, c'est le contraire. J'ai connu tant d'adieux que j'en ai le cœur démoli (p 125).

– La Nostalgie Heureuse

« Natsukashii » désigne la nostalgie heureuse, répond-elle, l'instant où le beau souvenir revient à la mémoire et l'emplit de douceur. Vos traits et votre voix signifiaient votre chagrin, il s'agissait donc de nostalgie triste, qui n'est pas une notion japonaise.A la question de savoir si la madeleine de Proust est nostalgique ou « Natsukashii », elle penche pour la deuxième option. Proust est un auteur nippon (p90).

– La Nostalgie Heureuse

Qu'est ce qu'une caméra peut percevoir de ce qui se passe en moi? Elle capte les remous à la surface du lac. Je reste dans mes grands fonds, là où aucune lumière n'arrive jamais.

– La Nostalgie Heureuse

A quoi sait-on qu'une personne âgée n'a plus toute sa tête ? Il y a comme un flottement. Ce n'est pas elle qui est perdue face à nous, c'est nous qui sommes perdus face à elle. Elle détient un savoir capital : elle connait l'art de ne plus assimiler ce qu'elle refuse. Nous voudrions tous être capables de ce prodige.

– La Nostalgie Heureuse

Car le Graal du ballet, c'est l'envol. Aucun professeur ne le formule comme ça, de peur d'avoir l'air d'un fou furieux. Mais qui a appris la technique de la sissone, de l'entrechat, du grand jeté en avant, ne peut plus en douter: ce qu'on cherche à lui enseigner, c'est l'art de s'envoler.

– Robert des noms propres

"Par ailleurs, avoir dix ans est ce qui peut arriver de mieux à un être humain [...] Dix ans est le moment le plus solaire de l'enfance. Aucun signe d'adolescence n'est encore visible à l'horizon: rien que l'enfance bien mûre, riche d'une expérience déjà longue, sans ce sentiment de perte qui assaille dès les prémices de la puberté. A dix ans, on n'est pas forcément heureux, mais on est forcément vivant, plus vivant que quiconque."

– Robert des noms propres

-Ne t'inquiète pas, dit Clémence à Denis. Avant la fin de la semaine, elle lira.Le pronostic était au-dessous de la vérité : deux jours plus tard, le cerveau de Plectrude avait tiré profit des lettres assommantes et vaines qu'il croyait ne pas avoir absorbé en classe et trouvé la cohérence entre les signes, les sons et le sens. Deux jours plus tard, elle lisait cent fois mieux que les meilleurs élèves du CP. COMME QUOI IL N'EST PAS QU'UNE CLEF POUR ACCEDER AU SAVOIR, ET C'EST LE DESIR;

– Robert des noms propres

"L'assassinat a ceci de comparable avec l'acte sexuel qu'il est souvent suivi de la même question : que faire du corps ? (p.65)

– Robert des noms propres

L'assassinat a ceci de comparable avec l'acte sexuel qu'il est souvent suivi de la même question : que faire du corps ? Dans le cas de l'acte sexuel, on peut se contenter de partir. Le meurtre ne permet pas cette facilité. C'est aussi pour cette raison qu'il constitue un lien beaucoup plus fort entre les êtres.

– Robert des noms propres

L'assassinat a ceci de comparable avec l'acte sexuel qu'il est souvent suivi de la même question : que faire du corps ? »

– Robert des noms propres

"Plectrude se dit que, si elle voulait connaître quelqu'un, elle l'inviterait à jouer. N'était-ce pas dans le jeu que les gens se révélaient?" (p.22)

– Robert des noms propres

En vérité, la barre correspond à l'entraînement que les oisillons reçoivent au nid: on leur apprend à déployer leurs ailes avant de s'en servir. Pour les oisillons, quelques heures suffisent. Mais si un humain a le projet invraisemblable de changer d'espèce et d'apprendre à voler, il est normalqu'il doive y consacrer plusieurs années d'exercices exténuants.

– Robert des noms propres

Il y a un malentendu autour de la danse classique. Pour beaucoup, elle n'est qu'un univers ridicule de tutus et de chaussons roses, de maniérismes à pointes et de mièvreries aériennes. Le pire, c'est que c'est vrai : elle est cela.Mais elle n'est pas que cela. Débarrassez le ballet de ses afféteries gnangnan, de son tulle, de son académisme et de ses chignons romantiques : vous constaterez qu'il restera quelque chose et que cette chose est énorme. La preuve en est que les meilleurs danseurs modernes se recrutent à l'école classique.

– Robert des noms propres

S'appeler Plectrude, c'était à double tranchant : soit on était laide et ce prénom soulignait votre laideur, soit on était belle et l'étrange sonorité de Plectrude démultipliait votre beauté.

– Robert des noms propres

Oui, ma bien-aimée, tu souffres par moi, ce n'est pas que j'aime la souffrance, si je pouvais te donner du bonheur, ce serait mieux, seulement j'ai bien compris que ce n'était pas possible, pour que je sois capable de t'apporter du bonheur, il faudrait d'abord que tu m'aimes, et tu ne m'aimes pas, tandis que pour te donner du malheur, il n'est pas nécessaire que tu m'aimes, et puis, pour te rendre heureuse, il faudrait d'abord que tu sois malheureuse - comment rendre heureux quelqu'un d'heureux -, donc, il faut que je te rende malheureuse pour avoir une chance de te rendre heureuse après, de toute façon, ce qui compte, c'est que ce soit à cause de moi, ma bien-aimée, si tu pouvais éprouver pour moi le dixième de ce que j'éprouve pour toi, tu serais heureuse de souffrir, à l'idée du plaisir que tu me ferais en souffrant.

– Le sabotage amoureux

Je n'aime pas les métaphores. Aussi ne dirai-je pas que la neige citadine est une métaphore de la vie. Je ne le dirai pas parce que ce n'est pas nécessaire : tout le monde l'a compris.

– Le sabotage amoureux

Existe-t-il histoire plus flatteuse pour une femme que L'Iliade? Deux civilisations s'étripent sans merci et jusqu'au bout, l'Olympe s'en mêle, l'intelligence militaire connait ses lettres de noblesse, un monde disparait - et tout ça pour quoi, pour qui? Pour une belle fille.

– Le sabotage amoureux

En septembre, il y eut l'école.Pour moi, ce n'était pas nouveau. Pour Eléna, ce fut la première fois.Mais la petite Ecole française de Pékin n'avait pas grand chose à voir avec l'enseignement.Nous autres, enfants de toutes les nations - hormis les anglophones et les germanophones -, eussions été très étonnés si l'on nous avait révélé que nous fréquentions cet établissement dans le but d'apprendre.Nous n'avions rien remarqué. Pour moi, l'école était une grande fabrique de petits avions en papier.A tel point que les professeurs nous aidaient à les construire. Et pour cause : comme ils n'étaient ni professeurs, ni instituteurs, c'était à peu près tout ce qu'ils pouvaient faire.

– Le sabotage amoureux

J'ai eu beau lire Hô Chi Minh dans le texte, traduire Marx en hittite classique, me livrer à une analyse stylistique des épanadiploses du Petit Livre Rouge, réaliser une transcription oulipienne de la pensée de Lénine, j'ai eu beau offrir le communisme en pâture à ma réflexion, ou inversement, je n'ai pas pu dépasser les conclusions de mes cinq ans.

– Le sabotage amoureux

On se moque des enfants qui justifient leur mauvais coups par ce gémissement : "c'est lui qui a commencé !" Or, aucun conflit adulte ne trouve sa genèse ailleurs.

– Le sabotage amoureux

Au grand galop de mon cheval, je paradais parmi les ventilateurs. J'avais sept ans. Rien n'était plus agréable que d'avoir trop d'air dans le cerveau. Plus la vitesse sifflait, plus l'oxygène entrait et vidait les meubles. Mon coursier déboucha sur la place du Grand Ventilateur, appelée plus vulgairement place Tien An Men. Il prit à droite, boulevard de la Laideur Habitable. Je tenais les rênes d'une main. L'autre main se livrait à une exégèse de mon immensité intérieure en flattant tour à tour la croupe du cheval et le ciel de Pékin. L'élégance de mon assiette suffoquait les passants, les crachats, les ânes et les ventilateurs. Je n'avais pas besoin de talonner ma monture. La Chine l'avait créé à mon image : c'était une emballée des allures grandes. Elle carburait à la ferveur intime et à l'admiration des foules.

– Le sabotage amoureux

Jusqu'à mes quarorze ans, j'ai divisé l'humanité en trois catégories : les femmes, les petites filles et les ridicules.

– Le sabotage amoureux

Ma mère se lança alors dans une explication des lois de l'univers. Elle dit qu'il y avait sur terre des personnes très méchantes et, en effet, très séduisantes. Elle assurait que, si je voulais me faire aimer de l'une d'entre elles, il y avait une seule solution : il fallait que je devienne très méchante avec elle, moi aussi.– Tu dois être avec elle comme elle est avec toi.– Mais c'est impossible. Elle ne m'aime pas.– Sois comme elle et elle t'aimera.

– Le sabotage amoureux

La seule manière de cesser de souffrir, c'est de n'avoir plus que du vide dans la tête.

– Le sabotage amoureux

Je ne savais pas que vous aimiez le champagne, bredouilla-t-il.- Pas vous ?- Je ne sais pas.- A quoi bon être riche si ce n'est pour boire d'excellents champagnes ? Vous qui êtes obsédé par l'or, ne savez-vous pas que le champagne en est la version fluide ?

– Barbe bleue

« Ce type se nourrit de l'angoisse des autres, et des femmes en particuliers. Je veux lui montrer qu'il ne m'impressionne pas. » (p. 61)

– Barbe bleue

Vous disiez que vous en aviez assez des gens. J'en conclus que vous en avez assez des hommes.- Les femmes sont aussi lassantes que les hommes. Mais avec certaines d'entre elles, l'amour est possible, qui ne lasse pas. Il y a là un mystère.

– Barbe bleue

Le monde extérieur me choque par sa vulgarité et son ennui.

– Barbe bleue

“Mon ambition était de devenir un oeuf.”

– Barbe bleue

- Je demeurerai une étrangère pour vous.- Tant mieux. Ainsi, je vous inventerai.

– Barbe bleue

" Dosis sola facit venenum " : Seule la dose fait le poison.

– Barbe bleue

Une seule consigne : ne pas prendre de champagne rosé.- Cela va de soi. Préférer la mièvrerie du rose au mysticisme de l'or, quelle absurdité !- L'inventeur du champagne rosé a réussi le contraire de la quête des alchimistes : il a transformé l'or en grenadine.

– Barbe bleue

"Tomber amoureux est le phénomène le plus mystérieux de l'univers. Ceux qui aiment au premier regard vivent la version la moins inexplicable du miracle : s'ils n'aimaient pas auparavant, c'est parce qu'ils ignoraient l'existence de l'autre. Le coup de foudre à retardement est le polus gigantesque défi à la raison."

– Barbe bleue

- Regarde-moi, Joe. Est-ce que je ne suis pas une belle femme?- Oui, maman.- Alors, dis-moi pourquoi je n'en garde pas un !Joe se tait. Mais il aurait plusieurs réponses à lui proposer. D'abord, le coup des prénoms. Ensuite, son haleine de tabac et d'alcool. Enfin, les choses qu'il se formule ainsi : "Moi aussi je te quitterais, maman. Parce que tu es égoïste. Parce que tu parles fort. Parce que tu te plains tout le temps."

– Tuer le père

"La magie déforme la réalité dans l'intérêt de l'autre, afin de provoquer en lui un doute libérateur ; la triche déforme la réalité au détriment de l'autre, dans le but de lui voler son argent." (p.28)

– Tuer le père

C'était la traduction exacte de ce qu'il ressentait sexuellement : il n'avait droit qu'aux joujoux alors qu'il se sentait prêt pour l'immense réalité.

– Tuer le père

Nous vivons avec ce malentendu que chacun possède un corps. Dans l'immense majorité des cas, nous n'occupons pas ce corps, ou alors si mal que c'est une pitié, un gâchis, comme ces superbes palazzi romains qui servent de sièges à des multinationales quand ils étaient destinés à être des lieux de plaisir. Personne n'habite autant la totalité de son corps que les grands danseurs.

– Tuer le père

- Je n'ai jamais voulu enseigner.- Tout ce savoir que vous avez, vous voulez le garder pour vous?

– Tuer le père

" - De toute façon, dit Joe, la magie, c'est de la triche.- Je ne suis pas d'accord. Il y a une différence fondamentale: la magie déforme la réalité dans l'intérêt de l'autre, afin de provoquer en lui un doute libérateur; la triche déforme la réalité au détriment de l'autre, dans le but de lui voler son argent."

– Tuer le père

"Les enfants que ne reconnaît pas le père en souffrent. Mais il existe une souffrance plus grande : celle d'un père que son enfant ne reconnaît pas."

– Tuer le père

"Les enfants que ne reconnaît pas leur père en souffrent. Mais il existe une souffrance plus grande : celle d'un père que son fils ne reconnaît pas" (p.74)

– Tuer le père

"Les sages affirment que rien n'a de sens. Les amoureux possèdent une sagesse plus profonde que les sages. Qui aime ne doute pas une seconde du sens des choses."

– Tuer le père

Le but de la magie, c'est d'amener l'autre à douter du réel.

– Tuer le père

Les femmes aiment toujours à contretemps. p.126

– Le Voyage d'hiver

Supprimez les médias et tous les terroristes se retrouveront au chômage.

– Le Voyage d'hiver

Il paraît qu'à l'instant de mourir, on voit défiler sa vie entière en une seconde. Je saurai bientôt si c'est vrai. Cette perspective me plaît, je n'aimerais pour rien au monde manquer le best of de mon histoire.

– Le Voyage d'hiver

Faire le mal est à la portée du premier venu; il suffit de dire merci à ceux qui vous y aident.

– Le Voyage d'hiver

Je me concentrai sur les points positifs. Ainsi, j'avais ressenti un soulagement profond quand j'avais eu fini de lire ce livre. Certes, j'avais souffert en le lisant, mais pas pour des raisons littéraires.

– Le Voyage d'hiver

—C'est tellement beau, chuchota-t-elle.—Pourquoi parles-tu à voix si basse ?—Parce que c'est si beau que c'est forcément un secret.

– Le Voyage d'hiver

Celui qui attend une lettre de la personne aimée sait ce pouvoir de vie et de mort des mots.

– Le Voyage d'hiver

J'ignore ce qu'est la réussite d'une histoire d'amour, mais je sais ceci: il n'y a pas d'échec amoureux. C'est une contradiction dans les termes. Éprouver l'amour est déjà un tel triomphe que l'on pourrait se demander pourquoi l'on veut davantage.

– Le Voyage d'hiver

Je suis sidérée par le nombre de Parisiens qui ignorent l'origine de l'emblème architectural de leur ville, dit-elle. Gustave Eiffel était fou amoureux d'une femme qui s'appelait Amélie. D'où son obsession pour la lettre A, qui domine Paris depuis plus d'un siècle.

– Le Voyage d'hiver

Il n'y a pas d'échec amoureux. C'est une contradiction dans les termes. Eprouver l'amour est déjà un tel triomphe que l'on pourrait se demander pourquoi l'on veut davantage. p.56

– Le Voyage d'hiver

Toi seule peut me soigner. Tu es à la fois la cause et le remède. J'ai besoin de toi comme le désert a besoin d'eau.

– Attentat

Ma laideur était confortable comme une paire de pantoufles, et ce, pour cette simple et unique raison qu'elle s'était faite à mon âme comme les souliers se font aux pieds. On revient toujours à ses vieilles chaussures, même si elles sont devenues immontrables, parce qu'on s'y sent tellement mieux.

– Attentat

Si le corps humain comportait vingt-cinq sexes au lieu d'un, il perdrait beaucoup de son pouvoir érotique. Ce qui fascine, ce sont les îlots.

– Attentat

Je suis maigre, ce qui peut être beau chez un homme ; mais ma maigreur est vilaine. Le Christ sur la croix a une certaine allure avec son ventre creusé et ses côtes lisibles. La plupart des hommes décharnés ressemblent à des vélos, ce qui est joli. Moi, je ferai plutôt penser à un pneu crevé. A l'exemple des chiens sharpeïs, j'ai trop de peau. Mon ossature débile et ma pauvre chair flottent à l'intérieur de cet accoutrement qui, mal rempli, ne peut que pendouiller.

– Attentat

J'ai besoin de toi comme le désert a besoin d'eau. Quand il pleut sur le Sahara, le sol se recouvre aussitôt d'un tapis de fleurs ravissantes. Pleus sur moi et tu me verras fleurir. J'ai créé pour toi cet impératif qui n'existe pas. Pleus ! Pleus sur moi, Ethel !

– Attentat

La rose qui meurt de soif a besoin du jardinier, mais le jardinier a encore plus besoin de la rose qui meurt de soif: sans la soif de sa fleur, il n'existe pas.

– Attentat

Comme quoi les gens mentent. Je me demande s'ils en sont conscients. C'est cela qui m'énerve : l'idée qu'ils mentent sans le savoir.

– Attentat

"Il n'y a pas d'amour impossible."

– Attentat

« Chacun tue ce qu'il aime », a écrit Wilde

– Attentat

L'esprit humain souffre d'une carence intellectuelle fondamentale : pour qu'il comprenne la valeur d'une chose, il faut le priver de cette chose.

– Attentat

L'axe Nord-Sud, c'est l'axe richesse-pauvreté. L'axe Est-Ouest est moins fondamental : il oppose deux cultures, deux philosophies. Le dialogue semble possible et la confrontation est piquante. L'axe Nord-Sud cloue toutes les gorges : comment oser parler de la faim, de la soif, de la mort ? Montesquieu et ses nombreux émules ont charmé l'Occident ; mais il n'y aura jamais d'équivalent des Lettres persanes pour le Sud, il n'y aura jamais de Lettres tchadiennes ou de Lettres rwandaises, parce que ce seraient des livres terrifiants.

– Péplum

- Du lait ? Puis-je savoir comment l'on procède pour traire une baleine ? / - Comme avec une vache, mais avec un grand seau et un grand tabouret.

– Péplum

Nommer les choses, c'est leur enlever leur danger. (p.109)

– Péplum

- En 2580, nous avons un moyen infaillible pour prouver aux gens qu'ils ne rêvent pas. - Je hais le vingt-sixième siècle. Je ne veux pas connaître votre moyen infaillible. Si vous essayez de me le dire, je me bouche les oreilles. - Il suffit de… Je me bouchai les oreilles. Je voyais les lèvres de Celsius qui continuaient à remuer. J'éprouvai un certain soulagement : en 2580, il était encore possible de se boucher les oreilles. Tout n'était pas perdu.

– Péplum

« Le silence est la plus belle expression de l'amour. »

– Péplum

- Racontez-moi une blague du vingt-sixième siècle. - Une blague ? - Vous savez, une petite histoire drôle pour faire rire les gens à la fin du repas. - Nous n'aimons pas que les gens rient à la fin des repas. C'est vulgaire. - Certainement. Mais vous vous racontez des histoires drôles, quand même ? - Euh… il nous arrive de raconter des choses désobligeantes sur les Levantins. Cela nous fait rire. - Ouais. L'humour n'a pas changé autant que vous le prétendiez. Allez-y, racontez-moi une blague sur les Levantins. - Eh bien… c'est un Levantin qui rencontre un autre Levantin. Il lui dit : « Bonjour, comment vas-tu ? » Et l'autre lui répond : « A pied. » - Et puis après ? - Rien. C'est fini. - Vous aviez raison. L'humour a changé.

– Péplum

"La capacité de résistance des humains à l'horreur dépasse l'imagination."

– Péplum

Il y aura toujours dans la foule un crétin qui, sous prétexte qu'il ne comprend pas, décrétera qu'il n'y a rien à comprendre.

– Péplum

Si ce n'étaient que les miroirs ! Si ce n'étaient que les vitres ! On ne me laisse jamais prendre un bain sans en avoir troublé l'eau à force d'huile parfumée. Pas le moindre meuble en marqueterie, pas l'ombre d'un objet en laque. A table, je bois dans un verre dépoli, je mange avec des couverts en métal écorché. Le thé que l'on me verse contient déjà du lait. Il y aurait de quoi rire de ces attentions méticuleuses si elles ne soulignaient pas tant l'étendue de ma difformité.

– Mercure

Les imbéciles ne pensent qu'à partager leurs merveilles avec la multitude, ce qui est le plus sûr moyen de perdre son butin, et surtout de le voir se muer en une chose vulgaire.

– Mercure

«Pourquoi est-il impossible de faire du bien à quelqu'un sans lui faire de mal ? Pourquoi est-il impossible d'aimer quelqu'un sans le détruire ?»

– Mercure

La femme n'a pas besoin que l'homme soit beau pour le désirer

– Mercure

Il faut accepter de ne pas comprendre certaines choses chez ses amis.

– Mercure

La laideur, c'est rassurant: il n'y a aucun défi à relever, il suffit de s'abandonner à sa malchance, de s'en gargariser, c'est si confortable. La beauté, c'est une promesse: il faut pouvoir la tenir, il faut être à la hauteur. C'est difficile.

– Mercure

À présent, j'entrevois la logique qu'il y a à choisir ce trépas. L'eau et l'amour sont le berceau de toute vie: il n'y a pas plus fécond. Mourir par l'amour ou mourir par l'eau, ou mieux encore par les deux ensemble, c'est boucler la boucle, c'est prendre la porte d'entrée pour porte de sortie. C'est se tuer par la vie même.

– Mercure

-On n'est pas forcé d'avoir les mêmes opinions que ses amis, n'est-ce pas?-Sûrement pas.-L'amitié est une chose bizarre : on n'aime ses amis ni pour leurs corps, ni pour leurs idées. En ce cas, d'où cet étrange sentiment provient-il?

– Mercure

L'amour : c'est une maladie qui rend mauvais. Dès que l'on aime vraiment quelqu'un, on ne peut s'empêcher de lui nuire, même et surtout si l'on veut le rendre heureux.

– Mercure

En vérité, Dieu était l'incarnation de la force d'inertie – la plus forte des forces. La plus paradoxale des forces, aussi : quoi de plus bizarre que cet implacable pouvoir qui émane de ce qui ne bouge pas ? La force d'inertie, c'est la puissance du larvaire. Quand un peuple refuse un progrès facile à mettre en œuvre, quand un véhicule poussé par dix hommes reste sur place, quand un enfant s'avachit devant la télévision pendant des heures, quand une idée dont on a prouvé l'inanité continue à nuire, on découvre, médusé, l'effroyable emprise de l'immobile.

– Métaphysique des tubes

Face à la découverte de cette spoliation future il n'y a que deux attitudes possibles : soit on décide de ne pas s'attacher aux êtres et aux choses, afin de rendre l'amputation moins douloureuse ; soit on décide, au contraire d'aimer d'autant plus les êtres et les choses, d'y mettre le paquet - "puisque nous n'aurons pas beaucoup de temps ensemble, je vais te donner en un an tout l'amour que j'aurais pu te donner en une vie.

– Métaphysique des tubes

- Mais non, tu ne mourras pas.En effet: je mourais déjà. Je venais d'apprendre cette nouvelle horrible que tout humain apprend un jour ou l'autre: ce que tu aimes, tu vas le perdre. "ce qui t'a été donné te sera repris": c'est ainsi que je me formulai le désastre qui allait être le leitmotiv de mon enfance, de mon adolescence et des péripéties subséquentes. "Ce qui t'a été donné te sera repris": ta vie entière sera rythmée par le deuil.

– Métaphysique des tubes

Il existe depuis très longtemps une immense secte d'imbéciles qui opposent sensualité et intelligence. C'est un cercle vicieux : ils se privent de volupté pour exalter leurs capacités intellectuelles, ce qui a pour résultat de les appauvrir. Ils deviennent de plus en plus stupides, ce qui les conforte dans leur conviction d'être brillants – car on n'a rien inventé de mieux que la bêtise pour se croire intelligent.

– Métaphysique des tubes

Quelle est la différence entre les yeux qui ont un regard et les yeux qui n'en ont pas ? Cette différence a un nom : c'est la vie. La vie commence là où commence le regard.

– Métaphysique des tubes

Parler est un acte aussi créateur que destructeur.

– Métaphysique des tubes

On n'a rien inventé de mieux que la bêtise pour se croire intelligent.

– Métaphysique des tubes

Il existe depuis très longtemps une immense secte d'imbéciles qui oppose sensualité et intelligence. C'est un cercle vicieux: ils se privent de volupté pour exalter leurs capacités intellectuelles, ce qui a pour résultat de les appauvrir. Ils deviennent de plus en plus stupides, ce qui les conforte dans leur conviction d'être brillants - car on n'a rien trouvé de mieux que la bêtise pour se croire intelligent.

– Métaphysique des tubes

L’axe Nord-Sud, c’est l’axe richesse-pauvreté. L’axe Est-Ouest est moins fondamental : il oppose deux cultures, deux philosophies. Le dialogue semble possible et la confrontation est piquante. L’axe Nord-Sud cloue toutes les gorges.

– Péplum

Le Bien ne laisse aucune trace matérielle - et donc aucune trace, car vous savez ce que vaut la gratitude des hommes. Rien ne s’oublie aussi vite que le Bien.

– Péplum

Rien ne passe aussi inaperçu que le Bien, puisque le Bien véritable ne dit pas son nom - s’il le dit, il cesse d’être le Bien, il devient de la propagande.

– Péplum

Etre jugé sur son intelligence est aussi injuste que d’être jugé sur sa beauté. L’un et l’autre sont, à 65 %, des qualités innées. Ce sont donc des critères égaux en iniquité.

– Péplum

Le Beau et le Bien sont régis par des lois opposées : le Beau est d’autant plus beau qu’on parle de lui, le Bien est d’autant moins bien qu’il en est question.

– Péplum

Entre ce qui a eu lieu et ce qui n'a pas eu lieu, il n'y a pas plus de différence qu'entre plus zéro et moins zéro.

– Péplum

La laideur, c’est rassurant : il n’y a aucun défi à relever, il suffit de s’abandonner à sa malchance, de s’en gargariser, c’est si confortable. La beauté est une promesse : il faut pouvoir la tenir, il faut être à la hauteur.

– Mercure

Les imbéciles ne pensent qu’à partager leurs merveilles avec la multitude, ce qui est le plus sûr moyen de perdre son butin, et surtout de le voir se muer en une chose vulgaire.

– Mercure

Pour la plupart des gens, aimer est un détail de l’existence, au même titre que le sport, les vacances, les spectacles. L’amour a intérêt à être pratique, à cadrer avec la vie que l’on s’est choisie.

– Mercure

Il nous est ordonné d’être jeunes et belles et, dès qu’il s’agit de tomber amoureuses, il nous est conseillé de ne pas tenir compte de ce genre de détails.

– Mercure

Il n’y a rien qu’un être humain fasse une seule fois. Si un être humain fait une chose un jour, c’est que c’est dans sa nature. Chaque personne passe son temps à reproduire les mêmes actes.

L’erreur, c’est comme l’alcool : on est très vite conscient d’être allé trop loin, mais plutôt que d’avoir la sagesse de s’arrêter pour limiter les dégâts, une sorte de rage dont l’origine est étrangère à l’ivresse oblige à continuer.

Si vous voulez connaître la lie des sentiments humains, penchez-vous sur les sentiments que nourrissent les femmes envers les autres femmes : vous frissonnerez d'horreur devant tant d'hypocrisie, de jalousie, de méchanceté, de bassesse.

Comme l’or, le bien ne se rencontre jamais à l’état pur dans la nature : il est donc normal de ne pas le trouver impressionnant. Il a la fâcheuse habitude de ne rien faire ; il préfère se donner en spectacle.

La sagesse des autres n’a jamais servi à rien. Quand arrive le cyclone - la guerre, l’injustice, l’amour, la maladie, le voisin -, on est toujours seul, tout seul, on vient de naître et on est orphelin.

C'est drôle ce besoin qu'ont les gens d'accuser les autres d'avoir gâché leur existence. Alors qu'ils y parviennent si bien eux-mêmes, sans l'aide de quiconque.

Le regard est un choix. Celui qui regarde décide de se fixer sur telle chose et donc forcément d’exclure de son attention le reste de son champ de vision. C’est en quoi le regard, qui est l’essence de la vie, est d’abord un refus.

A la différence du roman, la chanson cherche inlassablement la clef d'une énigme tendue par la mélodie.

Les livres aussi, ce sont des voisins - des voisins de rêve, qui viennent chez vous seulement quand vous les appelez, et qui s’en vont dès que vous ne voulez plus les voir.

On ne sait rien de soi. On croit s’habituer à être soi, c’est le contraire. Plus les années passent et moins on comprend qui est cette personne au nom de laquelle on dit et on fait les choses.

Le mal s’apparente à un gaz : il n’est pas facile à voir, mais il est repérable à l’odeur. Il est le plus souvent stagnant, réparti en nappe étouffante.

Quand une femme détruit la vie d'un autre, elle considère cet exploit comme la preuve suprême de sa spiritualité. "Je fous la merde, donc j'ai une âme", raisonne-t-elle.

Il y aura toujours dans la foule un crétin qui, sous prétexte qu'il ne comprend pas, décrétera qu'il n'y a rien à comprendre.

La littérature n’est absolument pas une démocratie et heureusement !

On n’est jamais si heureux que quand on a trouvé le moyen de se perdre.

L'absence de faim est un drame sur lequel nul ne s'est penché.

On peut rater sa vie à cause d'un seul mot.

Le Beau peut durer toujours : il est sa propre trace. On parle de lui et de ceux qui l’ont servi.

Aucune réalité humaine n’exprime aussi bien l’idée de destin que les paroles malheureuses et leurs conséquences inexpiables.

Prétendre avoir été exhaustif quant aux potentialités de l’avenir, c’est un sommet dans l’histoire de la sottise.

Un intellectuel : c'est-à-dire un être qui attend passionnément qu'on le contredise.

En mathématiques, plus par plus font plus, alors que le mot oui multiplié par deux équivaut toujours à une négation.

La force d’inertie, c’est la puissance du larvaire.

Tout désir est commémoratif. Toute aimée est la réincarnation d’une défunte inassouvie.

Le souvenir a le même pouvoir que l'écriture.

On a le sens de l'éternité ou on ne l'a pas : c'est inné.

Les gens sont les mêmes dans la lecture que dans la vie : égoïstes, avides de plaisir et inéducables.

A quoi bon se tuer à naître si ce n’est pour connaître le plaisir ?

La seule manière de cesser de souffrir, c’est de n’avoir plus que du vide dans la tête.

On n’a rien inventé de mieux que la bêtise pour se croire intelligent.

Un livre, c'est un détonateur qui sert à faire réagir les gens.

Le doute et la peur sont les auxiliaires des grandes initiatives.

Il est bien plus divertissant d'être ennuyeux que d'être intéressant.

L’adjectif vrai, comme le chiffre zéro, est une expression indispensable du vide.

Parler est un acte aussi créateur que destructeur.

La proportion de 100 % est exclue à tout jamais de la terminologie scientifique.

L’amoureux est un être complexe qui cherche aussi à rendre heureux.

Est vrai ce qui est beau. Le reste est invention.

Sur terre, personne n’est indispensable, sauf l’ennemi.

La planète fourmille de criminels qui fuient leur châtiment.

Tout être humain a le droit d'être en contradiction avec lui même.

La guerre est dans la nature humaine.

Ce qui t’a été donné te sera repris : ta vie entière sera rythmée par le deuil.

On se moque des enfants qui justifient leurs mauvais coups par ce gémissement : C’est lui qui a commencé ! Or, aucun conflit adulte ne trouve sa genèse ailleurs.

Qu’est ce qu’une fleur ? Un sexe géant qui s’est mis sur son trente et un.

Les adultes ont accès à mille sortes de voluptés, mais pour les enfançons, il n’y a que la gourmandise qui puisse ouvrir les portes de la délectation.

Pourquoi est-il impossible de faire du bien à quelqu’un sans lui faire de mal ? Pourquoi est-il impossible d’aimer quelqu’un sans le détruire ?

Sans ennemi, l’être humain est une pauvre chose. Sa vie est une épreuve, un accablement de néant et d’ennui.

La Parisienne est une légende, donc, elle existe plus que les autres femmes, et ce pour l’éternité.

L'esprit humain souffre d'une carence intellectuelle fondamentale : pour qu'il comprenne la valeur d'une chose, il faut le priver de cette chose.

L'oubli est un gigantesque océan sur lequel navigue un seul navire, qui est la mémoire.

L’esprit a des systèmes de défense incompréhensibles : on l’appelle à l’aide et, au lieu d’apporter du secours, il n’injecte que de belles images.

Je juge les actes à l'aune de la jouissance qu'ils donnent. L'extase voluptueuse est le but souverain de l'existence.

Le risque, c'est la vie même. On ne peut risquer que sa vie. Et si on ne la risque pas, on ne vit pas.

Que notre vie n'ait pas de valeur artistique, c'est très possible. Raison de plus pour que la littérature en ait une.

La vraie générosité est celle que personne ne peut comprendre. Dès que la bonté rentre dans le domaine de l’admirable, elle n’est plus de la bonté.

Il est des maisons qui donnent des ordres. Elles sont plus impérieuses que le destin : au premier regard on est vaincu. On devra habiter là.

Le cérémonial a toujours servi à se mettre du plomb dans la cervelle. Sans la grandiloquence des rites, on n’aurait de force pour rien.

L’amour : c’est une maladie qui rend mauvais. Dès que l’on aime vraiment quelqu’un, on ne peut s’empêcher de lui nuire, même et surtout si l’on veut le rendre heureux.

La seule excuse de la guerre, c’est qu’elle correspond à une folie de l’espèce humaine.

Le seul mauvais choix est l’absence de choix.

Affronter un bavard est une épreuve, certes. Mais que faire de celui qui vous envahit pour vous imposer son mutisme ?

Tout le monde a un ennemi à l'intérieur de soi.

Quand le destin de quelqu'un s'accomplit, il faut sourire.

Les amis sont les meilleurs traîtres en puissance.

Le plaisir est une merveille qui m'apprend que je suis moi.

Peut-il arriver mieux à une belle jeune fille que de tomber sur un monstre ?

La meilleure raison, pour se suicider, c’est la peur de la mort.

Il est frappant de constater combien la laideur est toujours la plus forte.

Comme les rêves sont cruels, qui nous laissent entrevoir des merveilles pour mieux nous en priver !

Que devrait être le corps ? Un objet de pur plaisir et de pure liesse.

Seuls les grammairiens sont assez naïfs pour penser que l’exception confirme la règle.

Quand je serai grand, je penserai à quand j’étais petit.

Les théories servent à irriter les philistins, à séduire les esthètes et à faire rire les autres.

Ce sont les petits esprits qui sont les plus nuisibles.

De toute éternité, le Beau est plus rentable que le Bien.

Le silence est la plus belle preuve de l’amour.

Nommer les choses, c’est leur enlever leur danger.

Le sens moral disparaît au-delà de 180 de quotient intellectuel.

La bonté mal pratiquée n’est pas de la bonté.

On ne manque de rien quand on n’aime rien.

La sagesse n’est jamais du côté de celui qui parle.

La volupté élève, quelle qu’en soit la source.

A quoi serviraient les morts, sinon à aimer les vivants davantage ?

Le silence est plus tapageur que tout.

Il faut admirer les gens capables d’être heureux.

Le propre des grands livres est que chaque lecteur en est l’auteur.

Vivre signifie refuser.

L’univers existe pour que j’existe.

La vie commence là où commence le regard.

On ne possède même pas son propre corps.

On lit pour découvrir une vision du monde.

Pas besoin d'intérêt pour mentir. Le plaisir suffit.

La laideur, elle est étale, promise à durer.

Il n’est d’intelligence que créatrice.

Personne n’est la victime de personne.

L’amour n’est pas la spécialité des humains.

Le son est souvent plus important que le sens.

La parole émancipe.

Le bonheur forcé est un cauchemar.

Charlie Hebdo est le journal le moins consensuel de l’univers et le moindre des paradoxes n’est pas de le voir susciter à présent le plus consensuel des soutiens.

J'admire la gentillesse qui a pour origine la gentillesse ou l'amour.

Ce sont toujours les mochetés qui critiquent le physique des autres mochetés.

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