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Alphonse Boudard

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Alphonse Boudard, né le 17 décembre 1925 à Paris et mort le 14 janvier 2000 à Nice, est un romancier et scénariste français. Après s'être engagé dans la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale, il sombre dans la délinquance et découvre la littér... Plus >


Citations de Le Corbillard de Jules (10)

Le dab, d'entrée, elles me le portraiturent à la fiente, elles lui crèvent les yeux en effigie avec des épingles rouillées. Elles savent mitonner la fausse confidence, saler tout ça, poivrer comme il faut. Une science très au point.

On trouve toujours plus juif que soi, plus collabo, plus nègre, plus bourgeois, plus sale gueule de fasciste assassin. Ce qui est le plus difficile à traverser… ces sortes de parenthèses de paix, d'abstinence, on s'y ennuie ferme et on fermente. Mais l'homme a des ressources utopiques, philanthropiques, des petites doctrines qui vont vous faire le bonheur universel… il finit toujours par se trouver une nouvelle bonne cause pour laquelle tuer, faire sauter la bombe sur le paillasson, brûler les panards des récalcitrants. En plus il se sent héroïque, il a le frisson, il défend les opprimés, il se sent généreux… il plane !

Pas eu le temps de bien le connaître , ce garçon. On a couché ensemble quinze, vingt jours... côte à côte dans la grange. N'allez pas croire , émancipés sexuels lecteurs fin de XXe siècle, que nous pédalâmes. Point n'y songeâmes. Nous n'étions alors que des patriotes engagés tous les deux pour sauver l'honneur de la France outragée, violée, sodomisée pour ainsi dire par les soudards du IIIe Reich. Qu'elle ne se soit pas tellement débattue, qu'elle y est pris un peu de plaisir, on n'avait pas bien entendu.... si c'était des gémissements de douleur ou de volupté !

Où irions-nous, si les détenus brisant leurs chaînes ne les rafistolaient pas aussi sec pour y cadenasser leurs adversaires? (Folio, p 201)

Cézig, en tout cas, il a vraiment saisi tout le monde lorsqu'on l'a vu avec un brassard, qu'il s'est mis à raconter qu'il jouait le double jeu depuis 1941, qu'il profitait de son ausweiss pour sillonner toute l'Ile-de-France, la Picardie, la Champagne, afin de mieux renseigner la Résistance. Ca expliquait d'un seul coup tout... le pourquoi on l'avait vu cul et chemise avec les Boches...qu'il recevait jusque chez lui le major Rotteman, un nom comme ça à coucher dehors. Il lui tirait soi-disant les vers du nez, etc.

Je m'instruis, on peut dire, sur lui aussi bien que sur elles. D'une certaine façon les concierges, comme les peintres, font toujours leur autoportrait. Elles m'assènent que ce n'est pas le brave homme qu'on pourrait croire. Il s'en est fallu d'on ne sait quoi (mais c'est là la grande question) pour qu'il aille se laver les pinceaux à Drancy, Gaston Ribourdoir... Dans le camp où furent bouclés les Juifs et où on enferme à présent les vedettes et tout le menu fretin de la Collaboration.

Mort, on vous gratifie de toutes les qualités possibles. On vous enjolive le portrait posthume, ça vous fait un joli tibia !

...la mine teutonne, il se l'est prise, le pauvre, plein bide, pleine poitrine ! Il a été projeté en l'air... revenu au sol bouillie, meurtri... boucherie ! ca fait drôle d'ailleurs puisque c'était son métier la boucherie précisément... que depuis sa sortie de communale, à quatorze ans, son papa l'avait initié à tuer, dépecer les bêtes...découper le rosbif. L'impression que je garde...que ça le passionnait pas excessif louchébem comme profession...

On se promettait toujours les uns les autres des aventures amoureuses, des conquêtes, des prouesses érotiques… on s'en racontait… mais c'était rare qu'on les mène à terme Là où nous sommes passés, en général les Américains nous avaient précédés avec leur chocolat, leur ration K… tout le prestige de l'armée victorieuse on ne pouvait pas rivaliser guenilleux plouques, sapés de broc… hargneux flingueurs. Sur le plan physique ils nous rendent le double six, les Amerloques, on doit reconnaître ! D'immenses balèzes… la démarche souple, caoutchouteuse.

On ne sait jamais rien de ce qu'on n'expérimente pas soi-même. Tout ça, à présent, s'enfonce dans les manuels d'Histoire, les derniers protagonistes radotent, chevrotent en chaise roulante. La signification de toutes ces souffrances et celles d'après, de Dachau, de Stalingrad, des villes anéanties sous les bombes ?Y a-t-il seulement un tout petit bout de quelque chose à y entraver ? La confusion, la nuit… rideau ! Waterloo n'est plus qu'une gare anglaise… un poème ennuyeux à apprendre pour les écoliers… une morne plaine… un monument en Belgique où les touristes traînent leur Leica.

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Critiques de Le Corbillard de Jules : avis de lecteurs (2)


  • Critique de Le Corbillard de Jules par brumaire (Babelio)

    Je n'avais jamais lu Alphonse Boudard. Dans cette période ingrate que l'on nomme adolescence, je me faisais presque une gloire de cracher sur ce genre de littérature : Simonin, Le Breton, Audiard , mê...

    Lire la critique complète >
    Par brumaire - publiée le 14/05/2018

  • Critique de Le Corbillard de Jules par 19chantal (Babelio)

    Cela fait du bien de replonger dans les phrases de Boudard, cette gouaille argotique si particulière de l'après-guerre. C'est aussi l'occasion de voir combien notre société a évolué sur la place des f...

    Lire la critique complète >
    Par 19chantal - publiée le 22/07/2017

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