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Albert Camus

Albert Camus naît à Mondovi, en Algérie, en 1913. Pendant la seconde guerrre mondiale, il intègre un mouvement de résistance à Paris, puis devient rédacteur en chef du journal «Combat» à la Libération. Romancier, dramaturge et essayiste, il signe notamment «L'étranger» (1942) et «La Peste» (1947), et reçoit le prix Nobel de littérature en 1957. Il meurt en 1960 dans un accident de voiture.

Présentation de Albert Camus (Wikipedia)

Albert Camus, né le 7 novembre 1913 à Mondovi (aujourd’hui Dréan), près de Bône (aujourd’hui Annaba), en Algérie, et mort accidentellement le 4 janvier 1960 à Villeblevin dans un accident de voiture, dans l'Yonne en France[1], est un écrivain, philosophe, romancier, dramaturge, essayiste et nouvelliste français. Il est aussi journaliste militant engagé dans la Résistance française et, proche des courants libertaires[2],[3],[4], dans les combats moraux de l'après-guerre. Son œuvre comprend des pièces de théâtre, des romans, des nouvelles, des films, des poèmes et des essais dans lesquels il développe un humanisme fondé sur la prise de conscience de l'absurde de la condition humaine mais aussi sur la révolte comme réponse à l'absurde, révolte qui conduit à l'action et donne un sens au monde et à l'existence, et « alors naît la joie étrange qui aide à vivre et mourir »[5]. Il reçoit le prix Nobel de littérature en 1957. Dans le journal Combat, ses prises de position sont audacieuses, aussi bien sur la question de l'indépendance de l'Algérie que sur ses rapports avec le Parti communiste français, qu'il quitte après un court passage de deux ans[6]. Il ne se dérobe devant aucun combat, protestant successivement contre les inégalités qui frappent les musulmans d'Afrique du Nord, puis contre la caricature du pied-noir exploiteur, ou prenant la défense des Espagnols exilés antifascistes, des victimes du stalinisme et des objecteurs de conscience[7]. En marge des courants philosophiques, Camus est d'abord témoin de son temps, refusant toute compromission. Il n'a cessé de lutter contre les idéologies et les abstractions qui détournent de l'humain. Il est ainsi amené à s'opposer à l'existentialisme et au marxisme, sa critique du totalitarisme soviétique lui vaut les anathèmes de communistes et sa rupture avec Jean-Paul Sartre[8].

Livres de Albert Camus

Citations de Albert Camus (285)

La crise de l'homme est faite, pour moitié au moins, de l'inertie et de la fatigue des individus en face des principes stupides ou des actions mauvaises qu'on continue d'accumuler sur le monde. C'est que la tentation la plus forte de l'homme est la tentation de l'inertie. Et parce que le monde n'est plus peuplé par le cri des victimes, beaucoup peuvent penser qu'il continuera d'aller son train pendant quelques générations encore. Et parce qu'il est plus facile de faire son travail quotidien et d'attendre en paix que la mort vienne un jour, les gens croient qu'ils ont assez fait pour le bien de l'homme en ne tuant personne directement et en s'efforçant de ne mentir le moins possible. Mais en vérité aucun homme ne peut mourir en paix s'il n'a pas remis au moins une fois en question sa vie et celle des autres et s'il n'a pas fait ce qu'il faut pour que la condition humaine dans son ensemble soit pacifiée autant qu'il est possible.Sommes-nous des Pessimistes ? 1946

– Conférences et discours 1936-1958

Conférence au Casal de Catalunya (calendrier de la Liberté 19 juillet 1936) - Le 19 juillet 1951, le Casal de Catalunya célèbre dans les locaux de la ligue de l'enseignement, rue Récamier à Paris, le quinzième anniversaire de la révolution sociale et libertaire du 19 juillet 1936 en Espagne. ... Il est une autre race d'hommes, qui nous aide à respirer, qui n'a jamais trouvé d'existence et de liberté que dans la liberté et le bonheur de tous et qui puise par conséquent jusque dans les défaites des raisons de vivre et d'aimer. Ceux-là, même vaincus, ne seront jamais solitaires.

– Conférences et discours 1936-1958

J'ai rencontré dans l'histoire depuis que j'ai l'âge d'homme beaucoup de vainqueurs dont j'ai trouvé la face hideuse. Parce que j'y lisais la haine et la solitude. C'est qu'ils n'étaient rien quand ils n'étaient pas vainqueurs. Pour être seulement, il leur fallait tuer et asservir. Mais il est une autre race d'hommes, qui nous aide à respirer, qui n'a jamais trouvé d'existence et de liberté que dans la liberté et le bonheur de tous et qui puise par conséquent jusque dans les défaites des raisons de vivre et d'aimer. Ceux-là, même vaincus, ne seront jamais solitaires.Conférence au Casal de Catalunya 19 juillet 21936

– Conférences et discours 1936-1958

Je dois à l'Algérie non seulement mes leçons de bonheur mais aussi, et ce ne sont pas les moindres dans une vie d'homme, mes leçons de souffrance et de malheur. Ces leçons sont devenues un peu lourdes depuis quelques temps mais, enfin , elles sont là. Il s'agissait de les accepter et je ne suis pas sûr que dans la terrible tragédie où se trouve plonger notre terre commune, il n'y ait pas non seulement une raison d'espérer, mais peut-être aussi pour nous tous, Arabes et Français, une raison de progresser dans une démarche commune vers ce qu'on peut appeler la vérité. (Conférence à l'Algérienne 1958)

– Conférences et discours 1936-1958

Ce que je dois à l'Espagne 1958 ... Les exilés espagnols se sont battus pendant des années et puis ils ont accepté fièrement la douleur interminable de l'exil. Moi, j'ai seulement écrit qu'ils avaient raison. Et pour cela seulement, j'ai reçu depuis des années, et ce soir encore dans les regards que je rencontre, la fidèle, la loyale amitié espagnole, qui m'a aidé à vivre. Cette amitié-là, bien qu'elle soit en partie imméritée, est la fierté de ma vie. Elle est, à vrai dire, la seule récompense que je puisse désirer. Et je voudrais vous en remercier, vous et beaucoup d'autres en même temps, d'avoir si longtemps nourri en moi une faim que les hommes n'avouent pas facilement et que je n'ai pas besoin de nommer ce soir.

– Conférences et discours 1936-1958

Le temps est meurtrier L‘ Europe, aujourd'hui, est dans le malheur. Quel est ce malheur ? A première vue, il se définit simplement : on y a beaucoup tué ces dernières années et quelques-uns prévoient même qu'on tuera encore. Un si grand nombre de morts finit par alourdir l'atmosphère. Naturellement, ce n'est pas nouveau. L'histoire officielle a toujours été l'histoire des grands meurtriers. Et ce n'est pas d'aujourd'hui que Caïn tue Abel ! Mais c'est d'aujourd'hui que Caïn tue Abel au nom de la logique et réclame ensuite la Légion d'honneur. Je prendrai un exemple pour me faire mieux comprendre.Pendant les grèves de 1947, les journaux annoncèrent que le bourreau de Paris cesserait aussi son travail. On n'a pas assez remarqué, à mon sens, cette décision de notre compatriote. Ses revendications étaient nettes. Il demandait naturellement une prime pour chaque exécution, ce qui est dans la règle de toute entreprise. Mais, surtout, il réclamait avec force le statut de chef de bureau. Il voulait en effet recevoir de l'Etat, qu'il avait conscience de bien servir, la seule consécration, le seul honneur tangible qu'une nation moderne puisse offrir à ses bons serviteurs, je veux dire, un statut administratif. Ainsi s'éteignait, sous le poids de l'histoire, une de nos dernières professions libérales. Car c'est bien sous le poids de l'histoire, en effet. Dans les temps barbares, une auréole terrible tenait à l'écart du monde le bourreau. Il était celui qui, par métier, attente au mystère de la vie et de la chair. Il était et il se savait un objet d'horreur. Et cette horreur consacrait en même temps le prix de la vie humaine. Aujourd'hui, il est seulement un objet de pudeur. Et je trouve, dans ces conditions, qu'il a raison de ne plus vouloir être le parent pauvre qu'on garde à la cuisine parce qu'il n'a pas les ongles nets. Dans une civilisation où le meurtre et la violence sont déjà des doctrines et sont en passe de devenir des institutions, les bourreaux ont tout à fait le droit d'entrer dans les cadres administratifs. Et, à vrai dire, le bourreau de Paris avait raison, nous autres Français sommes un peu en retard. Un peu partout dans le monde, les exécuteurs sont déjà installés dans les fauteuils ministériels. Ils ont seulement remplacé la hache par le tampon à encre. (

– Conférences et discours 1936-1958

Avant-proposPour Albert Camus il y a un métier d'homme, qui consiste à s'opposer au malheur du monde afin d'en diminuer l'intensité, dans les limites propres à chaque individu. Son autorité d'intellectuel, son parcours singulier donnent à sa parole une audience particulière, dans un monde qui s'est déjà globalisé - en particulier sous l'effet des totalitarismes et des impérialismes. Albert Camus ne limite pas ses engagements aux frontières nationales : l'Europe est au cœur de ses préoccupations, voire de son indignation lorsqu'elle est celle de Franco et que l'on ne s'en offusque pas. Et Albert Camus monte à la tribune quand des frères d'Europe de l'Est sont soumis à l'oppression d'un totalitarisme fou, brisant toutes libertés dans le plus total irrespect de la personne humaine et de la justice. Plus que de culture, c'est de civilisation qu'il s'agit et du sentiment fraternel qui unit les hommes en lutte contre leur destin. Il se dessine par là une morale pour soi-même : ce métier d'homme est un apprentissage, une discipline, qui se joue au quotidien et toutes la vie durant ...

– Conférences et discours 1936-1958

Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu'elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde ne se défasse. Héritière d'une histoire corrompue où se mêlent les révolutions déchues, les techniques devenues folles, les dieux morts et les idéologies exténuées, où de médiocres pouvoirs peuvent aujourd'hui tout détruire mais ne savent plus convaincre, où l'intelligence s'est abaissée jusqu'à se faire la servante de la haine et de l'oppression, cette génération a dû, en elle-même et autour d'elle, restaurer à partir de ses seules négations un peu de ce qui fait la dignité de vivre et de mourir. Discours de Stockholm 10 décembre 1957

– Conférences et discours 1936-1958

Il ne faut pas être plus pressé que Dieu et tout ce qui prétend accélérer l'ordre immuable, qu'il a établi une fois pour toutes, conduit à l'hérésie.

– La peste

Question : Comment faire pour ne pas perdre son temps ? Réponse : L'éprouver dans toute sa longueur.

– La peste

Oh! oui, c'était ainsi, la vie de cet enfant avait été ainsi, la vie avait été ainsi dans l'île pauvre du quartier, liée par la nécessité toute nue, au milieu d'une famille infirme et ignorante, avec son jeune sang grondant, un appétit dévorant de la vie, l'intelligence farouche et avide, et tout au long un délire de joie coupé par les brusques coups d'arrêt que lui infligeait un monde inconnu, le laissant alors décontenancé, mais vite repris, cherchant à comprendre, à savoir, à assimiler ce monde qu'il ne connaissait pas, et l'assimilant en effet parce qu'il l'abordait avidement, sans essayer de s'y faufiler, avec bonne volonté mais sans bassesse, et sans jamais manquer finalement d'une certitude tranquille, une assurance oui, puisqu'elle assurait qu'il parviendrait à tout ce qu'il voulait et que rien, jamais, ne lui serait impossible de ce qui est de ce monde et de ce monde seulement, se préparant (et préparé aussi par la nudité de son enfance) à se trouver à sa place partout, parce qu'il ne désirait aucune place, mais seulement la joie, les êtres libres, la force et tout ce que la vie a de bon, de mystérieux et qui ne s'achète ni ne s'achètera jamais.

– Cahiers Albert Camus.7 - Le Premier Homme

La mer était douce, tiède, le soleil léger maintenant sur les têtes mouillées, et la gloire de la lumière emplissait ces jeunes corps d'une joie qui les faisaient crier sans arrêt. Ils régnaient sur la vie et sur la mer, et ce que le monde peut donner de plus fastueux , ils le recevaient et en usaient sans mesure, comme des seigneurs assurés de leurs richesses irremplaçables.

– Cahiers Albert Camus.7 - Le Premier Homme

Dans cette obscurité en lui, prenait naissance cette ardeur affamée, cette folie de vivre qui l'avait toujours habité et même aujourd'hui gardait son être intact, rendant simplement plus amer - au milieu de sa famille retrouvée et devant les images de son enfance - le sentiment soudain terrible que le temps de la jeunesse s'enfuyait, telle cette femme qu'il avait aimée, oh oui, il l'avait aimée d'un grand amour de tout le cœur et le corps aussi, oui, le désir était royal avec elle, et le monde quand il se retirait d'elle avec un grand cri muet au moment de la jouissance retrouvait son ordre brûlant, et il l'avait aimée à cause de sa beauté et de cette folie de vivre, généreuse et désespérée, qui était la sienne et qui lui faisait refuser, refuser que le temps puisse passer, bien qu'elle sût qu'il passât à ce moment même, ne voulant pas qu'on puisse dire d'elle un jour qu'elle était encore jeune, mais rester jeune au contraire, toujours jeune, éclatant en sanglots un jour où il lui avait dit en riant que la jeunesse passait et que les jours déclinaient: "oh non, oh non, disait-elle dans les larmes, j'aime tant l'amour", et, intelligente et supérieure à tant d'égards, peut-être justement parce qu'elle était vraiment intelligente et supérieure, elle refusait le monde tel qu'il était.

– Cahiers Albert Camus.7 - Le Premier Homme

Un enfant n'est rien par lui-même, ce sont ses parents qui le représentent. C'est par eux qu'il se définit, qu'il est défini aux yeux du monde. C'est à travers eux qu'il se sent jugé vraiment, c'est-à-dire jugé sans pouvoir faire appel.

– Cahiers Albert Camus.7 - Le Premier Homme

Ce que contenaient ces livres au fond importait peu. Ce qui importait était ce qu'ils ressentaient d'abord en entrant dans la bibliothèque où ils ne voyaient pas des murs de livres noirs mais un espace et des horizons multiples qui, dès le pas de la porte, les enlevaient à la vie étroite du quartier.

– Cahiers Albert Camus.7 - Le Premier Homme

Seule l'école donnait à Jacques et à Pierre ces joies. Et sans doute ce qu'ils aimaient si passionnément en elle, c'est ce qu'ils ne trouvaient pas chez eux où la pauvreté et l'ignorance rendaient la vie plus dure, plus morne, comme refermée sur elle-même ; la misère est une forteresse sans pont-levis;

– Cahiers Albert Camus.7 - Le Premier Homme

.Une houle légère et courte faisait rouler le navire dans la chaleur de juillet .Jacques Cormery , étendu à demi nu dans sa cabine , regardait danser sur les rebords de cuivre du hublot les reflets du soleil émietté sur la mer .

– Cahiers Albert Camus.7 - Le Premier Homme

lettre à son instituteurCher Monsieur Germain,Sans vous, sans cette main affectueuse que vous avez tendue au petit enfant pauvre que j'étais, sans votre enseignement et votre exemple, rien de tout cela ne serait arrivé.Cet honneur là est du moins une occasion pour vous dire ce que vous avez été et êtes toujours pour moi et pour vous assurer que vos efforts,votre travail et le coeur généreux que vous y mettiez sont toujours vivantschez un de vos petits écoliers qui, malgré l'âge, n'a pas cessé d'être votrereconnaissant élève.Je vous embrasse de toutes mes forces.

– Cahiers Albert Camus.7 - Le Premier Homme

... les hommes font semblant de respecter le droit et ne s'inclinent jamais que devant la force.

– Cahiers Albert Camus.7 - Le Premier Homme

Non, un homme ça s'empêche. Voilà ce que c'est un homme, ou sinon…

– Cahiers Albert Camus.7 - Le Premier Homme

"Ce monde est sans importance et qui le reconnait conquiert sa liberté."

– Caligula

CHEREA - Ici, tu te trompes, Caïus. Je ne te hais pas. Je te juge nuisible et cruel, égoïste et vaniteux. Mais je ne puis pas te haïr puisque je ne te crois pas heureux. Et je ne puis pas te mépriser puisque je sais que tu n'es pas lâche.

– Caligula

Mon malheur est de tout comprendre.

– Caligula

Maintenant je sais. Ce monde, tel qu'il est fait, n'est pas supportable. J'ai donc besoin de la lune, ou du bonheur, ou de l'immortalité, de quelque chose qui soit dément peut être, mais qui ne soit pas de ce monde

– Caligula

Tu es intelligent et l'intelligence se paie cher ou se nie.

– Caligula

CALIGULA : La solitude ! Tu la connais, toi, la solitude ? Celle des poètes et des impuissants. La solitude ? Mais laquelle ? Ah ! tu ne sais pas que seul, on ne l'est jamais ! Et que partout le même poids d'avenir et de passé nous accompagne ! Les êtres qu'on a tués sont avec nous. Et pour ceux-là, ce serait encore facile. Mais ceux qu'on a aimés, ceux qu'on n'a pas aimés et qui vous ont aimé, les regrets, le désir, l'amertume et la douceur, les putains et la clique des dieux. Seul ! Ah ! si du moins, au lieu de cette solitude empoisonnée de présences qui est la mienne, je pouvais goûter la vraie, le silence et le tremblement d'un arbre ! La solitude ! Mais non, Scipion. Elle est peuplée de grincements de dents et tout entière retentissante de bruits et de clameurs perdues. Et près des femmes que je caresse, quand la nuit se referme sur nous et que je crois, éloigné de ma chair enfin contentée, saisir un peu de moi entre la vie et la mort, ma solitude entière s'emplit de l'aigre odeur du plaisir aux aisselles de la femme qui sombre encore à mes côtés.LE JEUNE SCIPION : Tous les hommes ont une douceur dans la vie. Cela les aide à continuer. C'est vers elle qu'ils se retournent quand ils se sentent trop usés.CALIGULA : C'est vrai, Scipion.LE JEUNE SCIPION : N'y a-t-il donc rien dans la tienne qui soit semblable, l'approche des larmes, un refuge silencieux ?CALIGULA : Si, pourtant.LE JEUNE SCIPION : Et quoi donc ?CALIGULA : Le mépris.

– Caligula

Gouverner, c'est voler, tout le monde sait ça. Mais il y a la manière. Pour moi, je volerai franchement. Ça vous changera des gagne-petit.

– Caligula

CALIGULA : Qu' est-ce qu' un tyran ? SCIPION : Une âme aveugle .

– Caligula

Je puis nier une chose sans me croire obligé de la salir ou de retirer aux autres le droit d'y croire.

– Caligula

Ce monde, tel qu'il est fait, n'est pas supportable. J'ai donc besoin de la lune, ou du bonheur, ou de l'immortalité, de quelque chose qui soit dément peut-être, mais qui ne soit pas de se monde

– Caligula

Julien Green se demande ( Journal ) s' il est possible d' imaginer un saint qui écrive un roman. Naturellement non parce qu' il n'y a pas de roman sans révolte . Ou alors il faut imaginer un roman qui mette en accusation le monde terrestre et l' homme -un roman absolument sans amour . Impossible .

– Journaux de voyage

Peste: c'est un monde sans femmes et donc irrespirable

– Journaux de voyage

Mais Chamfort a raison : quand on veut plaire dans le monde il faut se résoudre à se laisser apprendre beaucoup de choses qu'on sait par des gens qui les ignorent.

– Journaux de voyage

C' est les jambes flageolantes que je reçois le premier coup de New-York . Au premier regard , hideuse ville inhumaine . Mais je sais qu' on change d' avis . Ce sont des détails qui me frappent : que les ramasseurs d' ordures portent des gants, que la circulation est disciplinée , sans intervention d' agents aux carrefours , etc.., que personne n' a jamais de monnaie dans ce pays et que tout le monde a l' air de sortir d' un film de série . Le soir traversant Broadway en taxi, fatigué et fiévreux , je suis littéralement abasourdi par la foire lumineu-se . ( quatrième de couverture ) .

– Journaux de voyage

Merveilleuse nuit sur l'Atlantique. Cette heure qui va du soleil disparu à la lune à peine naissante, de l'ouest encore lumineux à l'est déjà sombre. Oui, j'ai beaucoup aimé la mer - cette immensité calme - ces sillages recouverts - ces routes liquides. Pour la première fois un horizon à la mesure d'une respiration d'homme, un espace aussi grand que son audace. J'ai toujours été déchiré entre mon appétit des êtres, la vanité de l'agitation et le désir de me rendre égal à ces mers d'oubli, à ces silences démesurés qui sont comme l'enchantement de la mort. J'ai le goût des vanités du monde, de mes semblables, des visages, mais à côté du siècle, j'ai une règle à moi qui est la mer et tout ce qui dans ce monde lui ressemble. O douceur des nuits où toutes les étoiles oscillent et glissent au-dessus des mâts, et ce silence en moi, ce silence enfin qui me délivre de tout.

– Journaux de voyage

Le soir après dîner comme nous devons passer au large des Açores, je vais sur le pont et, dans un coin abrité du grand vent qui souffle depuis le départ, je peux jouir d'une nuit pure, avec de rares mais très grosses étoiles qui filent au-dessus du navire du même mouvement rectiligne. Une lune menue met dans le ciel une lumière sans éclat qui éclaire l'eau turbulente dun reflet égal. Une fois de plus je regarde, comme je le fais depuis des années, les dessins que l'écume et le sillage font sur la surface des eaux, cette dentelle faite et défaite, ce marbre liquide... et une fois de plus je cherche la comparaison exacte qui fixera un peu pour moi cette merveilleuse éclosion de mer, d'eau et de lumière qui m'échappe depuis si longtemps. Encore en vain. Pour moi, c'est un symbole qui continue.

– Journaux de voyage

Il n 'y a pas d 'amour de vivre sans désespoir de vivre .

– Journaux de voyage

Une fois de plus je regarde , comme je le fais depuis des années , les dessins que l' écume et le sillage font sur la surface des eaux , cette dentelle faite et défaite, ce marbre liquide ...et une fois de plus je cherche la comparaison exacte qui fixera un peu pour moi cette merveilleuse éclosion de mer, d' eau et de lumière qui m' échappe depuissi longtemps . Encore en vain . Pour moi, c' est un symbole qui continue . .

– Journaux de voyage

Ô douceur des nuits où toutes les étoiles oscillent et glissent au-dessus des mâts, et ce silence en moi, ce silence enfin qui me délivre de tout.

– Journaux de voyage

J'ai toujours tout apaisé sur la mer et cette solitude infinie me fait du bien pour un moment, bien que j'aie l'impression que cette mer roule aujourd'hui toutes les larmes du monde.

– Journaux de voyage

La vie est courte et c'est péché de perdre son temps. Je suis actif, dit-on.Mais être actif, c'est encore perdre son temps, dans la mesure où l'on se perd.Aujourd'hui est une halte et mon coeur s'en va à la rencontre de lui-même.Si une angoisse encore m'étreint, c'est de sentir cet impalpable instantglisser entre mes doigts comme les perles de mercure.Laissez donc ceux qui veulent tourner le dos au monde.Je ne me plains pas puisque je me regarde naître.À cette heure, tout mon royaume est de ce monde.p.117, folio-essais 41

– L'envers et l'endroit

Il n'y a pas d'amour de vivre sans désespoir de vivre

– L'envers et l'endroit

Bien que je vive maintenant sans le souci du lendemain ,donc en privilégié , je ne sais pas posséder .Ce que j 'ai , et qui m 'est toujours offert sans que je l 'ai recherché , je ne puis rien en garder .

– L'envers et l'endroit

L'envers et l'endroit- Ce n'est plus d'être heureux que je souhaite maintenant, mais seulement d'être conscient.Un homme contemple et l'autre creuse son tombeau: comment les séparer ? Les hommes et leur absurdité? Mais voici le sourire du ciel. La lumière se gonfle et c'est bientôt l'été? Mais voici les yeux et la voix de ceux qu'il faut aimer. Je tiens au monde par tous mes gestes, aux hommes par toute ma pitié et ma reconnaissance. Entre cet endroit et cet envers du monde, je ne veux pas choisir, je n'aime pas qu'on choisisse. (....) (p.76- Folioplus-classiques)

– L'envers et l'endroit

La vie est courte et c'est péché de perdre son temps. Je suis actif, dit-on. Mais être actif, c'est encore perdre son temps, dans la mesure où l'on se perd. Aujourd'hui est une halte et mon cœur s'en va à la rencontre de lui-même. Si une angoisse encore m'étreint, c'est de sentir cet impalpable instant glisser entre mes doigts comme les perles de mercure. Laissez donc ceux qui veulent tourner le dos au monde. Je ne me plains pas puisque je me regarde naître. À cette heure, tout mon royaume est de ce monde.

– L'envers et l'endroit

Soudain il découvre ceci que demain sera semblable, et après-demain, tous les autres jours. Et cette irrémédiable découverte l'écrase. Ce sont des pareilles idées qui vous font mourir. Pour ne pouvoir les supporter, on se tue - ou si l'on est jeune, on en fait des phrases.

– L'envers et l'endroit

Ainsi, chaque fois qu'il m'a semblé éprouver le sens profond du monde, c'est sa simplicité qui m'a toujours bouleversé.

– L'envers et l'endroit

Mais il n'y a pas de limites pour aimer et que m'importe de mal étreindre si je peux tout embrasser. Il y a des femmes à Gênes dont j'ai aimé le sourire tout un matin. Je ne les reverrai plus et, sans doute, rien n'est plus simple. Mais les mots ne couvriront pas la flamme de mon regret. (Amour de vive)

– L'envers et l'endroit

Je sais que ma source est dans l 'Envers et l 'endroit , dans ce monde de pauvreté et de lumière où j 'ai longtemps vécu et dont le souvenir me préserveencore des deux dangers contraires qui menacent tout artiste , le ressentiment et la satisfaction .

– L'envers et l'endroit

Le style d'un peintre est dans cette conjonction de la nature et de l'histoire.

– L'homme révolté

L'homme cessa de sourire et regarda d'Arrast avec une franche curiosité.- Ça t'intéresse, Capitaine ?- Je ne suis pas capitaine, dit d'Arrast.- Ça ne fait rien. Mais tu es seigneur. Socrate me l'a dit.- Moi, non. Mais mon grand-père l'était. Son père aussi et tous ceux d'avant son père. Maintenant, il n'y a plus de seigneurs dans nos pays.- Ah ! dit le noir en riant, je comprends, tout le monde est seigneur.- Non, ce n'est pas cela. Il n'y a ni seigneurs ni peuple.L'autre réfléchissait, puis il se décida :- Personne ne travaille, personne ne souffre ?- Oui, des millions d'hommes.- Alors, c'est le peuple.(La pierre qui pousse)

– L'Exil et le royaume

...la mort aussi est fraîche et son ombre n'abrite aucun dieu...

– L'Exil et le royaume

Les patrons voyaient leurs affaires compromises, c'était vrai, mais ils voulaient quand même conserver une marge de bénéfices; le plus simple leur paraissait encore de freiner les salaires, malgré la montée des prix. Que peuvent faire des tonneliers quand la tonnellerie disparaît? On ne change pas de métier quand on a pris la peine d'en apprendre un ; celui-là était difficile, il demandait un long apprentissage. Le bon tonnelier, celui qui ajuste ses douelles courbes, les resserre au feu et au cercle de fer, presque hermétiquement, sans utiliser le rafia ou l'étoupe, était rare. Yvars le savait et il en était fier. Changer de métier n'est rien, mais renoncer à ce qu'on sait, à sa propre maîtrise, n'est pas facile. Un beau métier sans emploi, on était coincé, il fallait se résigner. Mais la résignation non plus n'est pas facile. Il était difficile d'avoir la bouche fermée, de ne pas pouvoir vraiment discuter et de reprendre la même route, tous les matins, avec la fatigue qui s'accumule, pour recevoir, à la fin de la semaine, seulement ce qu'on veut bien vous donner, et qui suffit de moins en moins.(Les muets P65)

– L'Exil et le royaume

On était au plein de l'hiver et cependant une journée radieuse se levait sur la ville déjà active. Au bout de la jetée, la mer et le ciel se confondaient dans un même état. Yvars, pourtant, ne les voyait pas. Il roulait lourdement le long des boulevards qui dominent le port. Sur la pédale fixe de la bicyclette, sa jambe infirme reposait immobile, tandis que l'autre peinait pour vaincre les pavés encore mouillés de l'humidité nocturne. Sans relever la tête, tout menu sur sa selle, il évitait les rails de l'ancien tramway, il se rangeait d'un coup de guidon brusque pour laisser passer les automobiles qui le doublaient et, de temps en temps, il renvoyait du coude, sur ses reins, la musette où Fernande avait placé son déjeuner. Il pensait alors avec amertume au contenu de la musette. Entre les deux tranches de gros pain, au lieu de l'omelette à l'espagnole qu'il aimait, ou du bifteck frit dans l'huile, il avait seulement du fromage.(Les muets)

– L'Exil et le royaume

Gilbert Jonas, artiste peintre, croyait en son étoile. Il ne croyait d'ailleurs qu'en elle, bien qu'il se sentit du respect, et même une sorte d'admiration devant la religion des autres. Sa propre foi, pourtant, n'était pas sans vertus, puisqu'elle consistait à admettre, de façon obscure, qu'il obtiendrait beaucoup sans jamais rien mériter. Aussi, lorsque, aux environs de sa trente-cinquième année, une dizaine de critiques se disputèrent soudain la gloire d'avoir découvert son talent, il n'en montra point de surprise. Mais sa sérénité, attribuée par certains à la suffisance, s'expliquait très bien, au contraire, par une confiante modestie. Jonas rendait justice à son étoile plutôt qu'à ses mérites.(Jonas ou l'artiste au travail)

– L'Exil et le royaume

"On se fait toujours des idées exagérées de ce qu'on ne connait pas."

– L'étranger

Depuis toujours, sur la terre sèche, raclée jusqu'à l'os, de ce pays démesuré, quelques hommes cheminaient sans trêve, qui ne possédaient rien mais ne servaient personne, seigneurs misérables et libres d'un étrange royaume. Janine ne savait pas pourquoi cette idée l'emplissait d'une tristesse si douce et si vaste qu'elle lui fermait les yeux. Elle savait seulement que ce royaume, de tout temps, lui avait été promis et que jamais, pourtant, il ne serait le sien, plus jamais, sinon à ce fugitif instant, peut-être, où elle rouvrit les yeux sur le ciel soudain immobile, et sur les flots de lumière figée, pendant que les voix qui montaient de la ville arabe se taisaient brusquement. Il lui sembla que le cours du monde venait alors de s'arrêter et que personne, à partir de cet instant, ne vieillirait plus ni ne mourrait. En tous lieux, désormais, la vie était suspendue, sauf dans son coeur où, au même moment, quelqu'un pleurait de peine et d'émerveillement.

– L'Exil et le royaume

Il m'a demandé alors si je n'étais pas intéressé par un changement de vie. J'ai répondu qu'on ne changeait jamais de vie.

– L'étranger

Que le désert est silencieux ! La nuit déjà et je suis seul , j' ai soif. Attendre encore , où est la ville , ces bruits au loin, et les soldais peut-être vainqueurs , non il ne faut pas , même si les soldats sont vainqueurs , ils ne sont pas assez méchants , ils ne sauront pas régner, ils diront encore qu' il faut devenir meilleur , et toujours encore des millions d' hommes entre le mal et le bien ,déchirés, interdits , ô fétiche pourquoi m' as-tu abandonné ? Tout est fini, j' ai soif, mon corps brûle , la nuit plus obscure emplit mes yeux .

– L'Exil et le royaume

"Quelle bouillie, quelle bouillie! Il faut mettre de l'ordre dans ma tête. Depuis qu'ils m'ont coupé la langue, une autre langue, je ne sais pas, marche sans arrêt dans mon crâne, quelque chose parle, ou quelqu'un, qui se tait soudain et puis tout recommence, ô j'entends trop de choses que je ne dis pourtant pas, quelle bouillie, et si j'ouvre la bouche, c'est comme un bruit de cailloux remués. De l'ordre, un ordre, dit la langue, et elle parle d'autre chose en même temps, oui j'ai toujours désiré l'ordre. Du moins, une chose est sûre, j'attends le missionnaire qui doit venir me remplacer. Je suis là sur la piste, à une heure de Taghâsa, caché dans un éboulis de rochers, assis sur le vieux fusil. Le jour se lève sur le désert, il fait encore très froid, tout à l'heure il fera trop chaud, cette terre rend fou et moi, depuis tant d'années que je n'en sais plus le compte...

– L'Exil et le royaume

Le temps me manquait pour m'intéresser à ce qui ne m'intéressait pas.

– L'étranger

« Il ne faut plus dire, affirmait Louise, qu'un tel est méchant ou laid, mais qu'il se veut méchant ou laid. »

– L'Exil et le royaume

Je n'étais pas trop malheureux. Toute la question, encore une fois, était de tuer le temps. J'ai fini par ne plus m'ennuyer du tout à partir de l'instant où j'ai appris à me souvenir.

– L'étranger

Une mouche maigre tournait, depuis un moment, dans l'autocar aux glaces pourtant relevées. Insolite, elle allait et venait sans bruit, d'un vol exténué. Janine la perdit de vue, puis la vit atterrir sur la main immobile de son mari. Il faisait froid. La mouche frissonnait à chaque rafale du vent sableux qui crissait contre les vitres. Dans la lumière rare du matin d'hiver, à grand bruit de tôles et d'essieux, le véhicule roulait, tanguait, avançait à peine. Janine regarda son mari.(La femme adultère)

– L'Exil et le royaume

(Attention ! Une fois n'est pas coutume, je vais citer à propos de ce livre une citation qui ne provient pas de ce livre, mais qui en est directement issue. Elle est l'œuvre du commentateur Pasdel lors d'un échange que nous avons eu à propos de "L'étranger". Je l'ai trouvée tellement belle et bien sentie, qu'elle mérite d'être offerte à tous. Si certains d'entre vous s'y opposaient, car ne faisant pas légitimement partie de l'œuvre de Camus, je la retirerais, car vous auriez, au sens strict, raison.)"Ce que l'on appelle chef d'œuvre n'est que superficiel, un livre inconnu peut nous apparaître comme un chef d'œuvre à une époque de notre vie et paraître insignifiant quelques années plus tard. Ce sont souvent nos émotions qui influent sur notre jugement."

– L'étranger

Un homme qui n'aurait vécu qu'un seul jour pourrait sans peine vivre cent ans dans une prison. Il aurait assez de souvenir pour ne pas s'ennuyer.

– L'étranger

on n'est jamais tout à fait malheureux

– L'étranger

Aujourd'hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J'ai reçu un télégramme de l'asile: "Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués." Cela ne veut rien dire. C'était peut-être hier.

– L'étranger

Mais tout le monde sait que la vie ne vaut pas la peine d'être vécue.

– L'étranger

On se fait toujours des idées exagérées de ce qu'on ne connaît pas.

– L'étranger

Et l'on se plaint d'être trop rapidement lassé quand il faudrait admirer que le monde nous paraisse nouveau pour avoir été seulement oublié.

– NOCES suivi de L'ETE

J'ai grandi dans la mer et la pauvreté m'a été fastueuse, puis j'ai perdu la mer, tous les luxes alors m'ont paru gris, la misère intolérable. Depuis j'attends.

– NOCES suivi de L'ETE

En tout cas, comment se limiter à l'idée que rien n'a de sens et qu'il faille désespérer de tout. Sans aller au fond des choses, on peut remarquer au moins que, de même qu'il n'y a pas de matérialisme absolu puisque pour former seulement ce mot il faut déjà dire qu'il y a dans le monde quelque chose de plus que la matière, de même il n'y a pas de nihilisme total. Dés l'instant où l'on dit que tout est non-sens, on exprime quelque chose qui a du sens. Refuser toute signification au monde revient à supprimer tout jugement de valeur. Mais vivre et par exemple se nourrir, est en soi un jugement de valeur. On choisit de durer dés l'instant qu'on ne se laisse pas mourir, et l'on reconnaît alors une valeur, au moins relative, à la vie.

– NOCES suivi de L'ETE

Sentir ses liens avec une terre, son amour pour quelques hommes, savoir qu'il est toujours un lieu où le cœur trouvera son accord, voici déjà beaucoup de certitudes pour une seule vie d'homme.p. 47

– NOCES suivi de L'ETE

Ce n'est pas si facile de devenir ce qu'on est, de retrouver sa mesure profonde.

– NOCES suivi de L'ETE

" Et vivre, c'est ne pas se résigner. "(page 37).

– NOCES suivi de L'ETE

Quand une fois on a eu la chance d'aimer fortement, la vie se passe à chercher de nouveau cette ardeur et cette lumière. Le renoncement à la beauté et au bonheur sensuel qui lui est attaché, le service exclusif du malheur, demande une grandeur qui me manque.p. 159

– NOCES suivi de L'ETE

Il n'y a pas de honte à être heureux. Mais aujourd'hui l'imbécile est roi, et j'appelle imbécile celui qui a peur de jouir.

– NOCES suivi de L'ETE

A certaines heures, la campagne est noire de soleil. Les yeux tentent vainement de saisir autre chose que des gouttes de lumière et de couleurs qui tremblent au bord des cils. L'odeur volumineuse des plantes aromatiques racle la gorge et suffoque dans la chaleur énorme. Noces à Tipasa

– NOCES suivi de L'ETE

Ce bain violent de soleil et de vent épuisait toutes mes forces de vie .A peine en moi ce battement d'ailes qui affleure,cette vie qui se plaint,cette faible révolte de l'esprit.[...]Et jamais je n'ai senti , si avant , à la fois mon détachement de moi-même et ma présence au monde .[...] Car pour un homme prendre conscience de son présent, c'est ne plus rien attendre.(Folio :p. 26 )

– NOCES suivi de L'ETE

Nous avions beaucoup à dominer et peut-être pour commencer la perpétuelle tentation où nous sommes de vous ressembler. Car il y a toujours en nous quelque chose qui se laisse aller à l'instinct, au mépris de l'intelligence, au culte de l'efficacité. Nos grandes vertus finissent par nous lasser. L'intelligence nous donne honte et nous imaginons parfois quelque heureuse barbarie où la vérité serait sans effort. Mais sur ce point, la guérison est facile : vous êtes là qui nous montrez ce qu'il en est de l'imagination, et nous nous redressons. Si je croyais à quelque fatalisme de l'histoire, je supposerais que vous vous tenez à nos côtés, ilotes de l'intelligence, pour notre correction. Nous renaissons alors à l'esprit, nous y sommes plus à l'aise.

– Lettres à un ami allemand

Je continue à croire que ce monde n'a pas de sens supérieur. Mais je sais que quelque chose en lui a du sens et c'est l'homme, parce qu'il est le seul être à exiger d'en avoir.

– Lettres à un ami allemand

Notre exploit difficile revenait à vous suivre dans la guerre, sans oublier le bonheur. Et à travers les clameurs et la violence, nous tentions de garder au cœur le souvenir d'une mer heureuse, d'une colline jamais oubliée, le sourire d'un cher visage. Aussi bien, c'était notre meilleure arme, celle que nous n'abaisserons jamais. Car le jour où nous la perdrions, nous serions aussi morts que vous. Simplement, nous savons maintenant que les armes du bonheur demandent pour être forgées beaucoup de temps et trop de sang.

– Lettres à un ami allemand

"Car c'est peu de chose que de savoir courir au feu quand on s'y prépare depuis toujours et quand la course vous est plus naturelle que la pensée. C'est beaucoup au contraire que d'avancer vers la torture et la mort, quand on sait de science certaine que la haine et la violence sont choses vaines par elles-mêmes. C'est beaucoup que de se battre en méprisant la guerre, d'accepter de tout perdre en gardant le goût du bonheur, de courir à la destruction avec l'idée d'une civilisation supérieure."

– Lettres à un ami allemand

Le bonheur est la plus grande des conquêtes, celle qu'on fait contre le destin qui nous est imposé.

– Lettres à un ami allemand

Si parfois nous semblions préférer la justice à notre pays, c'est que nous voulions seulement aimer notre pays dans la justice, comme nous voulions l'aimer dans la vérité et dans l'espoir. C'est en cela que nous nous séparions de vous, nous avions de l'exigence. Vous vous contentiez de servir la puissance de votre nation et nous rêvions de donner à la nôtre sa vérité.

– Lettres à un ami allemand

On ne montre pas sa grandeur pour être à une extrémité, mais bien en touchant les deux à la fois. (PASCAL)

– Lettres à un ami allemand

Ma tradition a deux élites, celle de l'intelligence et celle du courage, elle a ses principes de l'esprit et son peuple innombrable.

– Lettres à un ami allemand

Nous luttons pour cette nuance qui sépare le sacrifice de la mystique, l'énergie de la violence, la force de la cruauté, pour cette faible nuance encore qui sépare le faux du vrai et l'homme que nous espérons des dieux lâches que vous révérez.

– Lettres à un ami allemand

"Le bonheur est la plus grande des conquêtes ,Celle qu'on fait contreLe destin qui nous est imposé""1943---1944.

– Lettres à un ami allemand

Derrière les vitres, le matin riait sur la terre dorée et froide. Une grande joie glacée, des cris aigus d'oiseaux à la voix mal assurée, un débordement de lumière impitoyable donnaient à la matinée un visage d'innocence et de vérité.

– Cahiers Albert Camus.1 - La mort heureuse

Les chats dorment des journées entières et aiment de la première étoile jusqu'à l'aube. Leurs voluptés mordent et leur sommeil est sourd. Ils savent aussi que le corps a une âme où l'âme n'a point de part.

– Cahiers Albert Camus.1 - La mort heureuse

Une bêtise naturelle qui luisait dans ses yeux accusait encore son air lointain et impassible . Jusqu' ici chaque fois que Mersault avait lié avec une femme les premiers gestes qui engagent , conscient du malheur qui veut que l' amouret le désir s' expriment de la même façon , il songeait à la rupture avant d' avoir cet être dans ses bras . Mais Marthe était arrivée à un moment où Mersault se délivrait de tout lui-même .

– Cahiers Albert Camus.1 - La mort heureuse

Je suis certain qu 'on ne peut être heureux sans argent .Voilà tout .Je n'aime ni la facilité ni le romantisme .J 'aime à me rendre compte .Eh bien ,j 'ai remarqué que chez certains êtres d 'élite il y a une sorte de snobisme spirituel à croire que l 'argent n 'est pas nécessaire au bonheur .C 'est bête , c 'est faux , et dans une certaine mesure , c 'est lâche .

– Cahiers Albert Camus.1 - La mort heureuse

Le monde ne dit jamais qu'une chose, et il intéresse, puis il lasse. Mais un temps vient toujours où il conquiert à force de répéter et touche le prix de sa persévérance.

– Cahiers Albert Camus.1 - La mort heureuse

Ce qui le frappait dans l' amour c' était , pour la première fois du moins ,l'intimité effroyable que la femme acceptait et le fait de recevoir en son ventre le ventre d' un inconnu ..

– Cahiers Albert Camus.1 - La mort heureuse

Je suis certain qu'on ne peut être heureux sans argent. Voilà tout. Je n'aime ni la facilité ni le romantisme. J'aime à me rendre compte. Eh bien, j'ai remarqué que chez certains êtres délite il y a une sorte de snobisme spirituel à croire que l'argent n'est pas nécessaire au bonheur. C'est bête, c'est faut , et dans une certaine mesure, c'est lâche,

– Cahiers Albert Camus.1 - La mort heureuse

Cette vie qui me dévore, je ne l'aurais pas connue tout à fait, et ce qui m'effraie dans la mort c'est la certitude qu'elle m'apportera que ma vie a été consommée sans moi.

– Cahiers Albert Camus.1 - La mort heureuse

Tout s'oublie, même les grands amours. C'est ce qu'il y a de triste et d'exaltant à la fois dans la vie. C'est pour ça qu'il est bon quand même d'avoir eu un grand amour, une passion malheureuse dans sa vie. ça fait au moins un alibi pour les désespoirs sans raison dont nous sommes accablés.

– Cahiers Albert Camus.1 - La mort heureuse

(1937-1939)Nous n'éprouvons pas des sentiments qui nous transforment, mais des sentiments qui nous suggèrent l'idée de transformation.Ainsi l'amour ne nous purge pas de l'égoïsme, mais nous le fait sentir et nous donne l'idée d'une patrie lointaine où cet égoïsme n'aurait plus de part. (p.125)

– Carnets (Tome 2-Janvier 1942 - Mars 1951)

[1935-1937]Jeudi 9 septembre(...) En descendant sur Florence, je me suis attardé sur des visages, j'ai bu des sourires. Suis-je heureux ou malheureux ? La question a peu d'importance. Je vis avec un tel emportement.Des choses, des êtres m'attendent et sans doute je les attends aussi et les désire de toute ma force et ma tristesse. Mais ici je gagne ma vie à force de silence et de secret. (p. 69)

– Carnets (Tome 2-Janvier 1942 - Mars 1951)

Ce qu'il y a d'insensé dans l'amour c'est que l'on désire précipiter et perdre les jours d'attente. C'est ainsi qu'on désire se rapprocher de la fin.C'est ainsi que par un de ses aspects l'amour coïncide avec la mort.

– Carnets (Tome 2-Janvier 1942 - Mars 1951)

(1937-1939)De même que la mort d'un écrivain fait qu'on exagère son oeuvre, la mort d'un individu fait qu'on surestime sa place parmi nous.Ainsi le passé est fait tout entier de la mort, qui le peuple d'illusions. (p.145)

– Carnets (Tome 2-Janvier 1942 - Mars 1951)

(1937-1939)10 OctobreAvoir ou n'avoir pas de valeur. Créer ou ne pas créer. Dans le premier cas, tout est justifié. Tout, sans exception. Dans le second cas, c'est l'Absurdité complète. Il reste à choisir le suicide le plus esthétique : mariage + 40heures ou revolver. (p.89)

– Carnets (Tome 2-Janvier 1942 - Mars 1951)

Je ne peux pas vivre longtemps avec les êtres. Il me faut un peu de solitude, la part d'éternité.

– Carnets (Tome 2-Janvier 1942 - Mars 1951)

16 mai 1936Je tiens au monde par tous mes gestes, aux hommes par toute ma reconnaissance. (p.30)

– Carnets (Tome 2-Janvier 1942 - Mars 1951)

Janvier-février 1942Le français a gardé l'habitude et les traditions de la révolution. Il ne lui manque que l'estomac: il est devenu fonctionnaire, petit bourgeois et midinette. Le coup de génie est d'en avoir fait un révolutionnaire légal. Il conspire avec l'autorisation officielle. Il refait le monde sans lever le cul de son fauteuil. (p,13)

– Carnets (Tome 2-Janvier 1942 - Mars 1951)

mai 1935Je n'ai qu'une chose à dire, à bien voir. C'est dans cette vie de pauvreté, parmi ces gens humbles ou vaniteux, que j'ai le plus sûrement touché ce qui me paraît le sens vrai de la vie. Les œuvres d'art n'y suffiront jamais. L'art n'est pas tout pour moi. Que du moins ce soit un moyen.(...)Je crois que le monde des pauvres est un des rares, sinon le seul qui soit replié sur lui-même, qui soit une île dans la société. A peu de frais, on peut y jouer les Robinson. (p. 16)

– Carnets (Tome 2-Janvier 1942 - Mars 1951)

Trois ans pour faire un livre, cinq lignes pour le ridiculiser et des citations fausses.

– Carnets (Tome 2-Janvier 1942 - Mars 1951)

- Cela est stupide à dire, Martha, mais il y a des soirs où je me sentirais presque des goûts de religion. - Vous n'êtes pas si vieille, ma mère, qu'il faille en venir là. Vous avez mieux à faire.

– Le Malentendu / Caligula

Une piece qui nous plonge des le debut dans une ambiance etrangement morbide mais a la fois mysterieuse et profondement tragique . Un grand aspect sombre sous jacent de cache derriere un drame familial . Mais c'est surtout la fin de la piece edifiante et tetanisante . L'absurdite du monde et sa tendre mais cruelle indifference se cristallisent sous la forme de personnages entre monstres et humains a la sensibilite exacerbee

– Le Malentendu / Caligula

Je suis lasse , en effet , et j' aimerais qu' au moins celui-là soit le dernier . Tuer est terriblement fatigant . Je me soucie peu de mourir devant la mer ou centre de nos plaines, mais je voudrais bien qu' ensuite nous partirons ensemble .

– Le Malentendu / Caligula

"Le Malentendu" - pièce en trois actes -Après une absence de vingt ans, Jan revient en Bohême dans l'auberge tenue par sa mère et par Martha, sa soeur, qui ne le reconnaissent pas.Par jeu et par curiosité, il décide de cacher jusqu'au lendemain son identité.Dans la nuit, les deux femmes l'endorment et, après l'avoir dépouillé, le jettent dans la rivière comme elles avaient coutume de le faire avec tous les riches voyageurs de passage.Apprenant au matin, de la bouche m^me de la femme de Jan, l'identité de leur victime, la mère se noie et Martha se pend.(extrait de "Récits, pièces et essais" de " Albert Camus" de la collection "Génies et Réalités" parue aux éditions "Hachette" en 1964)

– Le Malentendu / Caligula

Le Malentendu Martha : Tout ce que la vie peut donner à un homme lui a été donné. Il a quitté ce pays. Il a connu d'autres espaces, la mer, des êtres libres. Moi, je suis restée ici. Je suis restée, petite et sombre, dans l'ennui, enfoncée au cœur du continent et j'ai grandi dans l'épaisseur des terres. Personne n'a embrassé ma bouche et même vous, n'avez vu mon corps sans vêtements. Mère, je vous le jure, cela doit se payer. Et sous le vain prétexte qu'un homme est mort, vous ne pouvez vous dérober au moment où j'allais recevoir ce qui m'est dû. Comprenez donc que, pour un homme qui a vécu, la mort est une petite affaire. Nous pouvons oublier mon frère et votre fils. Ce qui lui est arrivé est sans importance : il n'avait plus rien à connaître. Mais moi, vous me frustrez de tout et vous m'ôtez ce dont il a joui. Faut-il donc qu'il m'enlève l'amour de ma mère et qu'il vous emmène pour toujours dans sa rivière glacée ?

– Le Malentendu / Caligula

Il en a terminé avec ce monde. Tout lui sera facile, désormais. Il passera seulement d'un sommeil peuplé d'images à un sommeil sans rêves.

– Le Malentendu / Caligula

Non, les hommes ne savent jamais comment il faut aimer. Rien ne les contente. Tout ce qu'ils savent, c'est rêver, imaginer de nouveaux devoirs, chercher de nouveaux pays et de nouvelles demeures. Tandis que nous, nous savons qu'il faut se dépêcher d'aimer, partager le même lit, se donner la main, craindre l'absence. Quand on aime, on ne rêve à rien. (...) C'est pour cela que l'amour des hommes est un déchirement. Ils ne peuvent se retenir de quitter ce qu'ils préfèrent.

– Le Malentendu / Caligula

[Préface de Pierre-Louis Rey] La Malentendu signifie grâce à un fait divers tragique (...) le tragique de l'existence.

– Le Malentendu / Caligula

Dans un monde injuste ou indifférent, l'homme peut se sauver lui-même, et sauver les autres, par l'usage de la sincérité la plus simple et du mot le plus juste.

– Le Malentendu / Caligula

la vie est plus cruelle que nous. C'est peut-être pour cela que j'ai du mal à me sentir coupable.

– Le Malentendu / Caligula

Il est méprisable de dire que ce peuple s'adapte à tout. M. Albert Lebrun lui-même, si on lui donnait 200 francs par mois pour sa subsistance, s'adapterait à la vie sous les ponts, à la saleté et à la croûte de pain trouvée dans une poubelle. Dans l'attachement d'un homme à sa vie, il y a quelque chose de plus fort que toutes les misères du monde. Il est méprisable de dire que ce peuple n'a pas les mêmes besoins que nous.(Misère de la Kabylie, 1939)

– Actuelles (Tome 3-Chroniques algériennes 1939-1958)

Les représailles contre les populations civiles et les pratiques de torture sont des crimes dont nous sommes tous solidaires. Que ces faits aient pu se produire parmi nous, c'est une humiliation à quoi il faudra désormais faire face. En attendant, nous devons du moins refuser toute justification, fût-ce par l'efficacité, à ces méthodes.

– Actuelles (Tome 3-Chroniques algériennes 1939-1958)

[... ] l'absolue pureté ne coïncide-t-elle pas, pour une nation, avec la mort historique ?

– Actuelles (Tome 3-Chroniques algériennes 1939-1958)

Quelle que soit la cause que l'on défend, elle restera toujours déshonorée par le massacre aveugle d'une foule innocente où le tueur sait d'avance qu'il atteindra la femme et l'enfant.

– Actuelles (Tome 3-Chroniques algériennes 1939-1958)

Par un petit matin, j'ai vu à Tizi-Ouzou des enfants en loques disputer à des chiens kabyles le contenu d'une poubelle. À mes questions, un Kabyle à répondu : "C'est tous les matins comme ça." Un autre habitant m'a expliqué que l'hiver, dans le village, les habitants, mal nourris et mal couverts, ont inventé une méthode pour trouver le sommeil. Ils se mettent en cercle autour d'un feu de bois et se déplacent de temps en temps pour éviter l'ankylose. Et la nuit durant, dans le gourbi misérable, une ronde rampante de corps couchés se déroule sans arrêt. Ceci n'est sans doute pas suffisant puisque le Code forestier empêche ces malheureux de prendre le bois où il se trouve et qu'il n'est pas rare qu'ils se voient saisir leur seule richesse, l'âne croûteux et décharné qui servit à transporter les fagots.[Misère de la Kabylie, 1939]

– Actuelles (Tome 3-Chroniques algériennes 1939-1958)

"Après tout, Gandhi a prouvé qu'on pouvait lutter pour son peuple, et vaincre, sans cesser un seul jour de rester estimable."

– Actuelles (Tome 3-Chroniques algériennes 1939-1958)

"Et c'est qu'en toute occasion, un progrès est réalisé chaque fois qu'un problème politique est remplacé par un problème humain."

– Actuelles (Tome 3-Chroniques algériennes 1939-1958)

Il semble que la métropole n'ait point su trouver d'autres politiques que celles qui consistaient à dire aux Français d'Algérie : "Crevez, vous l'avez bien mérité" ou : "Crevez-les. Ils l'ont bien mérité." Cela fait deux politiques différentes, et une seule démission, là où il ne s'agit pas de crever séparément, mais de vivre ensemble.

– Actuelles (Tome 3-Chroniques algériennes 1939-1958)

"Ceux qui ne veulent plus entendre parler de morale devraient comprendre en tout cas que, même pour gagner les guerres, il vaut mieux souffrir certaines injustices que les commettre, et que de pareilles entreprises nous font plus de mal que cent maquis ennemis." (1958)

– Actuelles (Tome 3-Chroniques algériennes 1939-1958)

(...) j'ai mal à l'Algérie, en ce moment, comme d'autres ont mal aux poumons.

– Actuelles (Tome 3-Chroniques algériennes 1939-1958)

L'art n'est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d'émouvoir le plus grand nombre d'hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes. Il oblige donc l'artiste à ne pas s'isoler ; il le soumet à la vérité la plus humble et la plus universelle. Et celui qui, souvent, a choisi son destin d'artiste parce qu'il se sentait différent, apprend bien vite qu'il ne nourrira son art, et sa différence, qu'en avouant sa ressemblance avec tous. L'artiste se forge dans cet aller retour perpétuel de lui aux autres, à mi-chemin de la beauté dont il ne peut se passer et de la communauté à laquelle il ne peut s'arracher. C'est pourquoi les vrais artistes ne méprisent rien ; ils s'obligent à comprendre au lieu de juger. Et, s'ils ont un parti à prendre en ce monde, ce ne peut être que celui d'une société où, selon le grand mot de Nietzsche, ne régnera plus le juge, mais le créateur, qu'il soit travailleur ou intellectuel.

– Discours de Suède

Le silence même prend un sens redoutable . A partir du moment où l' abstention elle-même est considérée comme comme un choix , puni ou loué comme tel, l' artiste, qu' il le veuille ou non , est embarqué . Embarqué me paraît ici plus juste qu' engagé ..

– Discours de Suède

J' ai connu ce désarroi et ce trouble intérieur . Pour retrouver la paix , il m' a fallu, en somme, me mettre en règle avec un sort trop généreux . Et, puis que je ne pouvais m' égaler à lui en m' appuyant sur mes seuls mérites, je n' ai rien trouvé d' autre pour m' aider que ce qui m' a soutenu , dans les circonstances les plus contraires , tout au long de ma vie : l' idée que je me fais de mon art et du rôle de l' écrivain .

– Discours de Suède

Le temps des artistes irresponsables est passé .Nous le regretterons pour nos petits bonheurs. Mais nous saurons reconnaître que cette épreuve sert en même temps nos chances d' authenticité , et nous accepterons le défi .La liberté de l' art ne vaut pas cher quand elle n' a d' autre sens que d' assurer le confort de l' artiste . .

– Discours de Suède

Mais pour parler de tous et à tous , il faut parler de ce que tous connaissent et de la réalité qui nous est commune . La mer , les pluies , le besoin , le désir , la lutte contre la mort , voilà ce qui nous réunit tous .

– Discours de Suède

Il s' agit de savoir que , sans liberté , nous nous ne réaliserons rien et que nous perdrons,à la fois, la justice future et la beauté ancienne . La beauté seule retire les hommes de l'isolement , la servitude , elle , ne plane que sur une foule de solitudes .

– Discours de Suède

Je n'ai jamais pu renoncer à la lumière, au bonheur d'être, à la vie libre où j'ai grandi. Mais bien que cette nostalgie explique beaucoup de mes erreurs et de mes fautes, elle m'a aidé sans doute à mieux comprendre mon métier, elle m'aide encore à me tenir, aveuglément, auprès de tous ces hommes silencieux qui ne supportent dans le monde la vie qui leur est faite que par le souvenir ou le retour de brefs et libres bonheurs.

– Discours de Suède

Je ne puis vivre personnellement sans mon art. Mais je n'ai jamais placé cet art au-dessus de tout. S'il m'est nécessaire au contraire, c'est qu'il ne se sépare de personne et me permet de vivre, tel que je suis, au niveau de tous. L'art n'est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d'émouvoir le plus grand nombre d'hommes en leur offrant une image privilégiée de souffrances et des joies communes. Il oblige donc l'artiste à ne pas s'isoler ; il le soumet à la vérité la plus humble et la plus universelle. Et celui qui, souvent, a choisi son destin d'artiste parce qu'il se sentait différent, apprend bien vite qu'il ne nourrira son art, et sa différence, qu'en avouant sa ressemblance avec tous. L'artiste se forge dans cet aller-retour perpétuel de lui aux autres, à mi-chemin de la beauté dont il ne peut se passer et de la communauté à laquelle il ne peut s'arracher. C'est pourquoi les vrais artistes ne méprisent rien ; ils s'obligent à comprendre au lieu de juger. Et, s'ils ont un parti à prendre en ce monde, ce ne peut être que celui d'une société où, selon le grand mot de Nietzsche, ne régnera plus le juge, mais le créateur, qu'il soit travailleur ou intellectuel.

– Discours de Suède

Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde.

– Discours de Suède

Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu'elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse.

– Discours de Suède

"On ne décide pas de la vérité d'une pensée selon qu'elle est à droite ou à gauche, et moins encore, selon ce que la droite et la gauche ont décidé d'en faire. A ce compte, Descartes serait stalinien et Péguy bénirait Mr Pinay, si enfin la vérité me paraissait à droite, j'y serais." aout 1952.Lettre envoyée par Camus aux Temps modernes (la revue de Sartre), après la parution d'un article très critique de Francis Jeanson sur le livre "L'homme révolté".

– Actuelles (Tome 2-Chroniques 1948-1953)

La vérité est à construire comme l'amour, comme l'intelligence. Rien n'est donné ni promis en effet, mais tout est possible à qui accepte d'entreprendre et de risquer. C'est ce pari qu'il faut tenir à l'heure où nous étouffons sous le mensonge, où nous sommes acculés contre le mur.

– Actuelles (Tome 2-Chroniques 1948-1953)

Rendons à notre société cette justice qu'elle supporte très bien les persécuteurs.Elle s'est habituée à l'idée qu'ils avaient leur utilité.http://wp.me/p5DYAB-1hq

– Actuelles (Tome 2-Chroniques 1948-1953)

C'est le moment de faire vite et de remuer brutalement les imaginations paresseuses et les cœurs insouciants.http://wp.me/p5DYAB-1jG

– Actuelles (Tome 2-Chroniques 1948-1953)

Il faut le reconnaître humblement, mon cher compatriote, j'ai toujours crevé de vanité. Moi, moi, moi, voilà le refrain de ma chère vie, et qui s'entendait dans tout ce que je disais. Je n'ai jamais pu parler qu'en me vantant, surtout si je le faisais avec cette fracassante discrétion dont j'avais le secret.

– La Chute

Vous êtes sans doute dans les affaires ? A peu près ? Excellente réponse ! Judicieuse aussi ; nous ne sommes qu'à peu près en toutes choses.

– La Chute

Vous savez ce qu'est le charme: une manière de s'entendre répondre oui sans avoir posé aucune question claire.

– La Chute

N'avez-vous jamais eu subitement besoin de sympathie, de secours, d'amitié ? Oui, bien sûr. Moi, j'ai appris à me contenter de la sympathie. On la trouve plus facilement, et puis elle n'engage à rien. "Croyez à ma sympathie", dans le discours intérieur, précède immédiatement "et maintenant, occupons-nous d'autre chose". C'est un sentiment de président du conseil : on l'obtient à bon marché, après les catastrophes. L'amitié, c'est moins simple. Elle est longue et dure à obtenir, mais quand on l'a, plus moyen de s'en débarrasser, il faut faire face. Ne croyez surtout pas que vos amis vous téléphoneront tous les soirs, comme ils le devraient, pour savoir si ce n'est pas justement le soir où vous décidez de vous suicider, ou plus simplement si vous n'avez pas besoin de compagnie, si vous n'êtes pas en disposition de sortir. Mais non, s'ils téléphonent, soyez tranquille, ce sera le soir où vous n'êtes pas seul, et où la vie est belle.

– La Chute

Trop de gens ont décidé de se passer de la générosité pour pratiquer la charité.

– La Chute

Quand on a beaucoup médité sur l'homme, par métier ou par vocation, il arrive qu'on éprouve de la nostalgie pour les primates.

– La Chute

Je vais vous dire un grand secret ... . N'attendez pas le Jugement dernier. Il a lieu tous les jours.

– La Chute

J'aime les chiens d'une très vielle et très fidèle tendresse. Je les aime parce qu'ils pardonnent toujours.

– La Chute

Regardez, la neige tombe ! Oh, il faut que je sorte ! Amsterdam endormie dans la nuit blanche, les canaux de jade sombre sous les ponts neigeux, les rues désertes, mes pas étouffés, ce sera la pureté, fugitive, avant la boue de demain. Voyez les énormes flocons qui s'ébouriffent contre les vitres. Ce sont les colombes sûrement.

– La Chute

J'ai connu un homme qui a donné vingt ans de sa vie à une étourdie, qui lui a tout sacrifié, ses amitiés, son travail, la décence même de sa vie, et qui reconnut un soir qu'il ne l'avait jamais aimée. Il s'ennuyait, voilà tout, il s'ennuyait comme la plupart des gens. Il s'était donc créé de toutes pièces une vie de complications et de drames. Il faut que quelque chose arrive, voilà l'explication de la plupart des engagements humains.

– La Chute

C'est facile, c'est tellement plus facile de mourir de ses contradictions que de les vivre.

– Les justes

Tout le monde ment. Bien mentir voilà ce qu'il faut.

– Les justes

L'honneur est la dernière richesse des pauvres.

– Les justes

Vivre est une torture puisque vivre sépare.

– Les justes

C'est tuer pour rien, parfois que de ne pas tuer assez.

– Les justes

Pour cesser d'être douteux, il faut cesser d'être, tout bellement.

– La chute

Quand on n'a pas de caractère, il faut bien se donner une méthode.

– La chute

N'attendez pas le jugement dernier. Il a lieu tous les jours.

– La chute

Nul homme n'est hypocrite dans ses plaisirs.

– La chute

J'ai accepté de tuer pour renverser le despotisme. Mais derrière ce que tu dis, je vois s'annoncer un despotisme qui, s'il s'installe jamais, fera de moi un assassin alors que j'essaie d'être un justicier.

– Les Justes

KALIAYEV : Comment leur expliquer ? La révolution, bien sûr ! Mais la révolution pour la vie, pour donner une chance à la vie, tu comprends ?DORA : Oui... Et pourtant, nous allons donner la mort.

– Les Justes

[...] c'est cela l'amour, tout donner, tout sacrifier sans espoir de retour.

– Les Justes

Et si l'humanité entière rejette la révolution ? Et si le peuple entier, pour qui tu luttes, refuse que ses enfants soient tués ? Faudra-t-il le frapper aussi ?

– Les Justes

STEPAN : Je n'aime pas la vie, mais la justice qui est au-dessus de la vie.KALIAYEV : Chacun sert la justice comme il peut. Il faut accepter que nous soyons différents. Il faut nous aimer, si nous le pouvons.STEPAN : Nous ne le pouvons pas.

– Les Justes

DORAOuvre les yeux et comprends que l'Organisation perdrait ses pouvoirs et son influence si elle tolérait, un seul moment, que des enfants fussent broyés par nos bombes.STEPANJe n'ai pas assez de coeur pour ces niaiseries. Quand nous nous déciderons à oublier les enfants, ce jour-là, nous serons les maîtres du monde et la révolution triomphera.DORACe jour-là, la révolution sera haïe de l'humanité entière.STEPANQu'importe si nous l'aimons assez fort pour l'imposer à l'humanité entière et la sauver d'elle-même et de son esclavage.

– Les Justes

Même les lâches peuvent servir la révolution. Il suffit de trouver leur place.

– Les Justes

Mourir pour l'idée, c'est la seule façon d'être à la hauteur de l'idée.

– Les Justes

Je sais maintenant qu'il n'y a pas de bonheur dans la haine.

– Les Justes

La bêtise insiste toujours.

– La Peste

On se fatigue de la pitié, quand la pitié est inutile.

– La Peste

Qui pouvait affirmer ... que l'éternité d'une joie pouvait compenser un instant de douleur humaine ?

– La Peste

« Vous n'avez pas de cœur », lui avait-on dit un jour. Mais si, il en avait un. Il lui servait à supporter les vingt heures par jour où il voyait mourir des hommes qui étaient faits pour vivre. Il lui servait à recommencer tous les jours. Désormais, il avait juste assez de cœur pour ça.

– La Peste

Il est des heures dans l'histoire où celui qui ose dire que 2 et 2 font 4 est puni de mort .

– La Peste

Vous voulez mon avis ? Ils sont malheureux parce qu'ils ne se laissent pas aller. Et je sais ce que je dis.

– La Peste

Question : comment faire pour ne pas perdre son temps ? Réponse : l'éprouver dans toute sa longueur. Moyens : passer des journées dans l'antichambre d'un dentiste, sur une chaise inconfortable ; vivre à son balcon le dimanche après-midi ; écouter des conférences dans une langue qu'on ne comprend pas ; choisir les itinéraires de chemin de fer les plus longs et les moins commodes et voyager debout naturellement ; faire la queue au guichet des spectacles et ne pas prendre sa place, etc.

– La Peste

... l'habitude du désespoir est pire que le désespoir lui-même.

– La Peste

Rien au monde ne vaut qu'on se détourne de ce qu'on aime

– La Peste

"Le mal qui est dans le monde vient presque toujours de l'ignorance, et la bonne volonté peut faire autant de dégâts que la méchanceté si elle n'est pas éclairée."

– La Peste

Grande mer, toujours labourée, toujours vierge, ma religion avec la nuit ! Elle nous lave et nous rassasie dans ses sillons stériles, elle nous libère et nous tient debout.

– L'été

Que signifie Prométhéé pour l' homme d' aujourd'hui ? On pourrait dire sans doute que ce révolté dressé contre les dieux est le modèle de l' homme contem- -porain et que cette protestation élevée, il y a des milliers d' années, dans les déserts de la Scythie, s' achève aujourd'hui dans une convulsion historique qui n' a pas son égale .

– L'été

Est-ce qu' on fait la nomenclature des charmes d' une femme très aimée ?

– L'été

Dans la clameur où nous vivons , l' amour est impossible et la justice ne suffit pas . C' est pourquoi l' Europe hait le jour et ne sait qu 'opposer l' injustice à elle-même . Mais pour empêcher que la justice se racornisse, beau fruit orange qui ne contient qu' une pulpe amère et sèche , je redécouvrais à Tipaza qu' il fallait garder intactes en soi une fraîcheur , une source de joie, aimer le jour qui échappe à l' injustice, et retourner au combat avec cette lumière conquise .

– L'été

J' ai grandi dans la mer et la pauvreté m' a été fastueuse , puis j' ai perdu la mer , tous les luxes alors m' ont paru gris , la misère intolérable .

– L'été

La rivière et le fleuve passent, la mer passe et demeure. C'est ainsi qu'il faudrait aimer, fidèle et fugitif. J'épouse la mer.

– L'été

De quelque côté qu'on se tournât alors, il semblait qu'on respirât de l'eau, l'air enfin se buvait.

– L'été

Si je devais mourir, entouré de montagnes froides, ignoré du monde, renié par les miens, à bout de forces enfin, la mer, au dernier moment, emplirait ma cellule, viendrait me soutenir au-dessus de moi-même et m'aider à mourir sans haine.

– L'été

Car il y a seulement de la malchance à n'être pas aimé : il y a du malheur à ne point aimer.

– L'été

La longue revendication de la justice épuise l'amour qui pourtant lui a donné naissance.

– L'été

La justice au contraire, et Paris vient de le prouver dans ses nuits illuminées des flammes de l'insurrection, ne va pas sans la révolte.

– Actuelles (Tome 1-Chroniques 1944-1948)

L'insurgé qui, dans le désordre de la passion, meurt pour une idée qu'il a fait sienne, est en réalité un homme d'ordre parce qu'il a ordonné toute sa conduite à un principe qui lui paraît évident. Mais on ne pourra jamais nous faire considérer comme un homme d'ordre ce privilégié qui fait ses trois repas par jour pendant toute une vie, qui a sa fortune en valeurs sûres, mais qui rentre chez lui quand il y a du bruit dans la rue. Il est seulement un homme de peur et d'épargne. Et si l'ordre français devait être celui de la prudence et de la sécheresse de cœur, nous serions tentés d'y voir le pire désordre, puisque, par indifférence, il autoriserait toutes les injustices.

– Actuelles (Tome 1-Chroniques 1944-1948)

Nous croyons que l'idéalisme est vain. Mais notre idée, pour finir, est que le jour où des hommes voudront mettre au service du bien le même entêtement et la même énergie inlassable que d'autres mettent au service du mal, ce jour-là les forces du bien pourront triompher - pour un temps très court peut-être, mais pour un temps cependant, et cette conquête sera alors sans mesure.

– Actuelles (Tome 1-Chroniques 1944-1948)

Les hommes et les nations ne voient pas toujours où sont leur intérêt et leur vraie richesse. Les gouvernements, quels qu'ils soient, des démocraties, sont en train de faire la preuve, dans ce cas particulier, qu'ils ignorent où sont leurs vraies élites. Elles sont dans ces camps infects, où quelques survivants d'une troupe héroïque se battent encore contre l'indifférence et la légèreté des leurs. La France particulièrement a perdu les meilleurs de ses fils dans le combat volontaire de la Résistance. C'est une perte dont elle mesure tous les jours l'étendue. Chacun des hommes qui meurent aujourd'hui à Dachau accroît encore sa faiblesse et son malheur.

– Actuelles (Tome 1-Chroniques 1944-1948)

Je n'ai aucun goût pour la haine. [...] Mais le pardon ne me paraît pas plus heureux et pour aujourd'hui, il aurait des airs d'injure. Dans tous les cas, ma conviction est qu'il ne nous appartient pas.

– Actuelles (Tome 1-Chroniques 1944-1948)

Je n'ai pas appris la liberté dans Marx.Il est vrai:je l'ai apprise dans la misère.

– Actuelles (Tome 1-Chroniques 1944-1948)

Mais j'ai toujours pensé que si l'homme qui espérait dans la condition humaine était un fou, celui qui désespérait des événements était un lâche. Et désormais, le seul honneur sera de tenir obstinément ce formidable pari qui décidera enfin si les paroles sont plus fortes que les balles.

– Actuelles (Tome 1-Chroniques 1944-1948)

Puisque les moyens de nous exprimer sont dès maintenant conquis, notre responsabilité vis-à-vis de nous-mêmes et du pays est entière. L'essentiel, et c'est l'objet de cet article, est que nous en soyons bien avertis. La tâche de chacun de nous est de bien penser ce qu'il propose de dire, de modeler peu à peu l'esprit du journal qui est le sien, d'écrire attentivement et de ne jamais perdre de vue cette immense nécessité où nous sommes de redonner à un pays sa voix profonde. Si nous faisons que cette voix demeure celle de l'énergie plutôt que de la haine, de la fière objectivité et non de la réthorique, de l'humanité plutôt que de la médiocrité, alors beaucoup de choses seront sauvées et nous n'aurons pas démérité.

– Actuelles (Tome 1-Chroniques 1944-1948)

Le vrai désespoir ne naît pas devant une adversité obstinée, ni dans l'épuisement d'une lutte inégale. Il vient de ce qu'on ne connaît plus ses raisons de lutter et si, justement, il faut lutter.

– Actuelles (Tome 1-Chroniques 1944-1948)

Le malheur est que nous sommes au temps des idéologies et des idéologies totalitaires, c'est-à-dire assez sûres d'elles mêmes, de leur raison imbécile ou de leur courte vérité, pour ne voir le salut du monde que dans leur propre domination. Et vouloir dominer quelqu'un ou quelque chose, c'est souhaiter la stérilité, le silence ou la mort de ce quelqu'un. Il suffit, pour le constater, de regarder autour de nous. Albert Camus,Le témoin de la Liberté.

– Actuelles (Tome 1-Chroniques 1944-1948)

Tous les feux devront être éteints à neuf heures du soir et aucun particulier ne pourra demeurer dans un lieu public ou circuler dans les rues de la ville sans un laissez-passer e due forme qui ne sera délivré que dans des cas extrêmement rares et toujours de façon arbitraire. Tout contrevenant à ces dispositions sera puni des rigueurs de la loi.

– L'État de siège

Les bons principes disent que le vote est libre. C'est-à-dire que les votes favorables au gouvernement seront considérés comme ayant été librement exprimés. Quant aux autres, et afin d'éliminer les entraves secrètes qui auraient ou être apportées à la liberté du choix, ils seront décomptés suivant la méthode préférentielle, en alignant le panachage divisionnaire au quotient des suffrages non exprimés par rapport au tiers des votes éliminés. Cela est-il clair ?Nous partons seulement du principe qu'un vote négatif n'est pas un vote libre. C'est un vote sentimental et qui se trouve par conséquent enchaîné par les passions.

– L'État de siège

En 1941, Barrault eut l'idée de monter un spectacle autour du mythe de la peste, qui avait tenté aussi Anthonin Artaud. Dans les années qui suivirent, il lui parut plus simple d'adapter à cet effet le grand livre de Daniel Defoe, "le journal de l'année de la peste". Il fit alors le canevas d'une mise en scène.Lorsqu'il apprit que, de mon côté, j'allais publier un roman sur le même thème, il m'offrit d'écrire des dialogues autour de ce canevas.J'avais d'autres idées et, en particulier, il me paraissait préférable d'oublier Daniel Defoe et de revenir à la première conception de Barrault.Il s'agissait, en somme, d'imaginer un mythe qui puisse être intelligible pour tous les spectateurs de 1948. "L'état de siège" est l'illustration de cette tentative, dont j'ai la faiblesse de croire qu'elle mérite qu'on s'y intéresse...(extrait de l'avertissement signé Albert Camus placé en ouverture de l'édition parue à la NRF en 1948)

– L'État de siège

"L'état de siège" - spectacle en trois parties (1948)L'épidémie s'abat sur Cadix sous les traits d'un gros homme, Peste, accompagné de sa secrétaire, Mort.Par un accord mutuel et librement conclu, le gouverneur de la ville cède la place à Peste, qui ferme les portes de Cadix et y instaure un régime d'arbitraire et de terreur.La panique s'empare des habitants. Mais le jeune étudiant Diego, surmontant sa peur, lance un défi au tyran.Les stigmates de la peste s'effacent alors sur lui. Il organise la résistance et, déjà, le fléau perd de son pouvoir quand on apporte sur une civière Victoria, la fiancée de Diego.Peste propose au jeune homme de la sauver : ils pourront fuir tous deux à condition qu'ils le laissent régner sur la ville.Contre le bonheur individuel, Diego choisit la solidarité. Sa mort ressuscitera Victoria et délivrera Cadix.(extrait de "Récits, pièces et essais" issu de "Albert Camus" de la collection "Génies et réalités" publiée aux éditions "Hachette" en 1964)

– L'État de siège

Vous allez apprendre à mourir dans l'ordre[...]Vous serez dans la statistique et vous allez enfin servir à quelque chose.

– L'État de siège

Ma vie n'est rien, ce qui compte ce sont les raisons de ma vie.

– L'État de siège

"Quand les hommes ont peur, c'est pour eux-mêmes. Mais leur haine est pour les autres."

– L'État de siège

Ne pleurez pas, femmes. la terre et douce à ceux qui l'ont beaucoup aimée.Page 184

– L'État de siège

La Peste parleMoi, je règne, c'est un fait, c'est donc un droit. Mais c'est un droit qu'on ne discute pas : vous devez vous adapter.Du reste, ne vous y trompez pas, si je règne c'est à ma manière et il serait plus juste de dire que je fonctionne. Vous autres, Espagnols, êtes un peu romanesques et vous me verriez volontiers sous l'aspect d'un roi noir ou d'un somptueux insecte. Il vous faut du pathétique, c'est connu ! Eh bien ! non. Je n'ai pas de sceptre, moi, et j'ai pris l'air d'un sous-officier. C'est la façon que j'ai de vous vexer, car il est bon que vous soyez vexés : vous avez tout à apprendre. Votre roi a les ongles noirs et l'uniforme strict. Il ne trône pas, il siège. Son palais est une caserne, son pavillon de chasse, un tribunal. L'état de siège est proclamé.Page 86

– L'État de siège

La femmeJe n'ai jamais rien entendu à ce langage. Le diable parle ainsi et personne ne le comprend ! NadaC'est pas un hasard, femme. Il s'agit ici de faire en sorte que personne ne se comprenne, tout en parlant la même langue. Et je puis bien te dire que nous approchons de l'instant parfait où tout le monde parlera sans jamais trouver d'écho, et où les deux langages qui s'affrontent dans cette ville se détruiront l'un l'autre avec une telle obstination qu'il faudra bien que tout s'achemine vers l'accomplissement dernier qui est le silence et la mort.Page 112

– L'État de siège

L'important n'est pas de guérir, mais de vivre avec ses maux.

Il n'est pas de punition plus terrible que le travail inutile et sans espoir.

Rien au monde ne vaut qu'on se détourne de ce qu'on aime.

Si le monde était clair, l'art ne serait pas.

La vraie générosité envers l'avenir consiste à tout donner au présent.

Le nombre de mauvais romans ne doit pas faire oublier la grandeur des meilleurs.

L'absurde, c'est la raison lucide qui constate ses limites.

L'héroïsme est peu de chose, le bonheur est plus difficile.

En vérité, le chemin importe peu, la volonté d'arriver suffit à tout.

Commencer à penser, c'est commencer d'être miné.

Ma patrie, c'est la langue française.

Tout le malheur des hommes vient de l'espérance.

Le sens de la vie supprimé, il reste encore la vie.

L'habitude du désespoir est plus terrible que le désespoir lui-même.

Il faut savoir se prêter au rêve lorsque le rêve se prête à nous.

L'absurde est la notion essentielle et la première vérité.

Créer, aussi, c'est donner une forme à son destin.

Faire souffrir est la seule façon de se tromper.

Parler de ses peines, c’est déjà se consoler.

Il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser.

La bêtise insiste toujours.

On ne peut haïr sans mentir.

Ce qu'on appelle raison de vivre est en même temps une excellente raison de mourir.

Le désespoir, comme l'absurde, juge et désire tout, en général et rien, en particulier.

C'est cela l'amour, tout donner, tout sacrifier sans espoir de retour.

Il n'y a que l'amour qui nous rende à nous-mêmes.

Il n’y a pas d’endroit dans le monde où l’homme est plus heureux que dans un stade de football

Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou.

J'ai compris qu'il ne suffisait pas de dénoncer l'injustice, il fallait donner sa vie pour la combattre.

Il y a seulement de la malchance à n'être pas aimé ; il y a du malheur à ne point aimer.

Le grand courage, c'est encore de tenir les yeux ouverts sur la lumière comme sur la mort.

L’espoir, au contraire de ce qu’on croit, équivaut à la résignation. Et vivre, c’est ne pas se résigner.

Qu’est-ce que le bonheur sinon l’accord vrai entre un homme et l’existence qu’il mène ?

Tout homme est un criminel qui s’ignore.

Un homme est toujours la proie de ses vérités.

Collectionner, c'est être capable de vivre de son passé.

Une seule certitude suffit à celui qui cherche.

Le monde est beau, et hors de lui, point de salut.

Le Brésil est un pays trop chaud où la nature mangera un jour les fragiles décors surélevés dont l’homme essaie de s’entourer. Les termites vont dévorer les gratte-ciel, tôt ou tard, les lianes vierges bloqueront les autres et la vérité du Brésil éclatera enfin.

La tentation la plus dangereuse : ne ressembler à rien.

Nous habitons notre corps bien avant de le penser.

Un journal, c'est la conscience d'une nation.

Vieillir, c'est passer de la passion à la compassion.

Il n'y a pas de honte à préférer le bonheur.

Il faut bien que vieillesse se passe.

Les doutes, c’est ce que nous avons de plus intime.

Créer, c’est vivre deux fois.

Le mépris des hommes est souvent la marque d'un coeur vulgaire.

Que serait la justice sans la chance du bonheur ?

Nous finissons toujours par avoir le visage de nos vérités.

Une certaine continuité dans le désespoir peut engendrer la joie.

Les tristes ont deux raisons de l'être, ils ignorent ou ils espèrent.

La société politique contemporaine : une machine à désespérer les hommes.

Il n'y a que la haine pour rendre les gens intelligents.

Vouloir c'est susciter les paradoxes.

Aimer un être, c'est accepter de vieillir avec lui.

Un homme a toujours deux caractères : le sien et celui que sa femme lui prête.

La joie est une brûlure qui ne se savoure pas.

Je ne connais qu'un devoir : c'est celui d'aimer.

Nous sommes lucides. Nous avons remplacé le dialogue par le communiqué.

La passion la plus forte du vingtième siècle : la servitude.

La nature a horreur des trop longs miracles.

Toutes les révolutions modernes ont abouti à un renforcement de l’Etat.

La fin dernière, attendue mais jamais souhaitée, la fin dernière est méprisable.

Comme remède à la vie en société, je suggère les grandes villes : c'est le seul désert à notre portée.

Un homme se définit aussi bien par ses comédies que par ses élans sincères.

Il n'y a qu'une action utile, celle qui referait les hommes et la terre.

Dans l'univers du révolté, la mort exalte l'injustice. Elle est le suprême abus.

Il n'y a pas d'amour de vivre sans désespoir de vivre.

Tout ce que je sais de plus sûr à propos de la moralité et des obligations des hommes, c'est au football que je le dois.

L'absurde n'est pas dans l'homme ni dans le monde, mais dans leur présence commune.

De toutes les gloires, la moins trompeuse est celle qui se vit.

L’homme est la créature qui, pour affirmer son être et sa différence, nie.

Il n'y a pas d'ordre sans justice et l'ordre idéal des peuples réside dans le bonheur.

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